1918 L'assaut final

 

L'assaut final

 

Les coups de marteau du maréchal Foch

 

Début août, la situation militaire du front Ouest est inversée : certes les armées allemandes alignent plus de 200 divisions, mais les meilleures se sont usées dans les offensives de printemps alors que l'armée américaine, qui grossit au rythme de 250 000 hommes par mois, compte plus de 1 200 000 soldats, dont près d'un million , en état de combattre.

 

 

Le plan du général Foch, élevé à la dignité de maréchal au début du mois d'août, consiste tout d'abord à dégager les voies ferrées et réduire les poches et les saillants formés par les différentes offensives allemandes. Dans son esprit, une offensive généralisée ne pourrait intervenir qu'à la fin de l'année et la décision définitive, libération du territoire ou écrasement de l'armée allemande, qu'au cours de l'année 1919. La coordination d'offensives sur tous les fronts permettrait peut-être d'accélérer les résultats. Aussi, Foch souhaite-t-il que les Italiens prennent l'initiative contre les Austro-Hongrois, qui viennent en juin de subir un grave échec sur le Piave. Mais le général Diaz refuse d'engager prématurément des troupes transalpines encore marquées par le désastre de Caporetto d'octobre 1917.


Sur le front de France, c'est en Picardie que les Alliés frappent le premier coup, début août, puis, après un temps d'arrêt, l'offensive reprend à la fin du mois sur le plateau de Picardie. Le 2 septembre, Ludendorff doit reporter le front allemand en arrière, sur la ligne Hindenburg, de la Lys au Chemin des Dames, perdant tout le terrain gagné en mars. Le commandant en chef allemand juge la partie perdue. Des troupes d'élite ont en effet cédé, les effectifs alliés progressent et les chars d'assaut français s'avèrent redoutables dans l'offensive.

 

Des soldats américains appartenant à la 1re division d'infanterie américaine "Big Red One" posent sur le pont du navire. Juin 1917. Source : ECPAD

 

 

Du 12 au 14 septembre, une attaque franco-américaine réduit le saillant de Saint-Mihiel, dans la Meuse, dégageant la voie ferrée Paris-Avricourt. Foch prépare aussitôt une offensive générale qui se déclenche le 26 septembre, associant toutes les armées alliées du front Ouest sur près de 350 km. Résistant pied à pied, les régiments allemands, aux effectifs de plus en plus réduits, reculent peu à peu en Artois, en Picardie, en Lorraine. A Berlin, les autorités politiques et militaires savent que la situation est presque désespérée, d'autant que d'autres fronts s'écroulent.

 

L'attaque du 26 septembre 1918, au nord de Tahure : fantassins traversant un terrain criblé de trous d'obus devenus autant de mares. Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 



Armistices en cascade

 

Depuis le début du mois de septembre, les armées alliées ont préparé une offensive de grande envergure sur le front d'Orient, contre la Bulgarie. Commencée le 15, elle s'avère de suite être un grand succès. Le 24, l'armée bulgare est coupée en deux et un raid de cavalerie sur Uskub vient menacer les arrières ennemies. Deux jours plus tard, le général Franchet d'Esperey reçoit une demande d'armistice de Sofia. La Bulgarie est le premier élément de la Quadruplice à céder sous la poussée alliée. Il est vrai que le moral du pays n'était guère élevé par suite des difficultés d'approvisionnement et surtout des réticences allemandes face aux revendications bulgares sur certains territoires roumains. Lors du traité de Bucarest, la Roumanie avait été assez ménagée par l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie pour entraîner une certaine amertume du côté de Sofia.

 

Les clauses d'armistice (évacuation immédiate des territoires serbes et grecs, démobilisation de l'armée, occupation par les Alliés de points stratégiques dans le pays...) permettent aux armées de l'Entente de menacer directement la vallée du Danube et l'Autriche, et d'isoler la Turquie. Premier armistice victorieux côté allié, il est une véritable revanche pour les partisans de la thèse du "ventre mou" et de la "stratégie périphérique" dont Briand était le principal défenseur.

 

 

 

Prisonnier bulgare montrant à deux officiers, un Français et un Serbe, les positions des batteries ennemies sur le Dobropolje, à gauche, et le Vetrenik, à droite. Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 

 

De fait, le 28 septembre, Hindenburg et Ludendorff décident que la situation militaire ne permet plus de continuer la lutte. Le lendemain, à Spa, une conférence réunit les autorités politiques et militaires du Reich. Se fiant aux déclarations des militaires, Guillaume II et le chancelier Hertling approuvent une demande d'armistice aux Alliés sur la base des Quatorze Points de Wilson. Mais pour ce faire, il est impératif de modifier le gouvernement de Berlin, le président américain ayant à plusieurs reprises déclaré ne pas vouloir négocier avec le pouvoir en place en Allemagne.

 

Acceptant la démission de Hertling, Guillaume II et son gouvernement choisissent le prince Max de Bade comme nouveau chancelier, sa réputation de libéral lui permettant d'obtenir la majorité au Reichstag et son rang de prince de sauvegarder l'image de la dynastie. Dès le début du mois d'octobre, il met en place une réforme constitutionnelle du Reich, tout en tentant de négocier avec Wilson sur la base des Quatorze Points. Au milieu du mois, le gouvernement allemand doit se rendre à l'évidence : les USA ne négocieront pas la paix avec l'actuelle dynastie au pouvoir. De plus, la situation militaire se dégrade de jour en jour, les armées allemandes reculent et le front s'établit maintenant sur la ligne Tournai-Valenciennes, Guise, Rethel et la vallée de la Meuse. Fin octobre, le gouvernement accepte la modification constitutionnelle radicale demandée par Wilson. Cependant Guillaume II refuse d'abdiquer, soutenu par les militaires dont le successeur de Ludendorff, le général Groener. Début novembre, c'est la situation intérieure du pays qui se dégrade à son tour. Le 3, une mutinerie à caractère révolutionnaire éclate au sein de la flotte, et s'étend rapidement. La défection des alliés de l'Allemagne met la région bavaroise à portée de ses ennemis.

 

Le camel corps de l'armée britannique de Palestine : un camp dans le désert. Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 

 


En Palestine, le général britannique Allenby, qui a pris l'offensive à la mi-septembre, occupe les pays arabes et fait refluer l'armée ottomane sur Alep. L'effondrement bulgare qui découvre Constantinople entraîne la démission du gouvernement des "Jeunes Turcs" début octobre. Le nouveau gouvernement entre immédiatement en négociation avec la seule Grande-Bretagne : le 31, l'armistice est signé et ratifié par la France qui, malgré ses protestations auprès de son alliée, n'a pas participé aux négociations.


Au sein de l'empire austro-hongrois, la situation n'est guère meilleure. Minée depuis longtemps par les mouvements séparatistes, la double monarchie se désagrège peu à peu. Les Polonais, les Tchécoslovaques et les Serbo-Croates, manifestent ouvertement depuis le début du mois d'octobre leur désir d'indépendance. D'ailleurs les Alliés avaient largement encouragé les séparatistes en reconnaissant depuis le printemps la Tchécoslovaquie et, à l'automne, la Pologne. Dès lors que les USA, début septembre, avaient reconnu la Tchécoslovaquie, il n'était plus possible pour Vienne de négocier sur la base des Quatorze Points. Ceux-ci prévoyaient seulement une "autonomie" des peuples de l'empire. En plaçant la barre plus haut, Wilson condamnait la double monarchie.

 

Le maréchal Foch et le général Diaz au grand quartier italien a la veille de l'offensive italienne. Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 

 

Le 24 octobre, un an jour pour jour après Caporetto, l'Italie prend l'offensive sur le Piave. Ses troupes percent le front et remportent la victoire de Vittorio-Veneto. L'armée autrichienne n'est plus capable de résister, des régiments entiers de Hongrois, Polonais ou Tchèques refusent de se battre alors qu'ils sont certains d'acquérir leur indépendance dans quelques semaines. Face à une situation militaire aussi grave que la situation politique, l'empereur Charles signe l'armistice avec l'Italie le 3 novembre, puis quitte le territoire autrichien alors que la République y est proclamée.



A Berlin, la question n'est plus de savoir s'il est possible d'éviter la défaite, mais si le Reich peut encore éviter la révolution. La majorité du gouvernement est décidée à sacrifier le trône impérial mais Guillaume II s'y refuse, certain que l'armée défendra le régime. Le 7 novembre, des délégués allemands sont envoyés auprès du maréchal Foch pour y recevoir les conditions de l'armistice. À Berlin, la révolution a éclaté, des régiments se sont constitués en conseils de soldats, les ouvriers sont en grève. Dans la matinée, forçant la main à l'empereur, Max de Bade annonce sa renonciation au trône. À 14 heures, le socialiste Scheidemann proclame la République, tandis qu'est constitué un gouvernement dirigé par le socialiste Ebert. Le 9 novembre, l'émeute révolutionnaire et la grève générale éclatent à Berlin. Le même jour, l'Empereur abdique et passe en Hollande.

 

Par ailleurs, sur le front allié, Pétain concentre une forte armée en Lorraine sous les ordres de Castelnau, destinée à une offensive au coeur du dispositif ennemi, en direction de Metz. Prévue pour le 14 novembre, elle devait causer l'effondrement du front allemand en portant la guerre sur le territoire du Reich. C'est dire que l'armistice n'était pas attendu avant 1919.

 

 

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Source : MINDEF/SGA/DMPA