Alençon

Créé et inauguré en novembre 1922, élevé alors place de la Pyramide, le monument a souffert des bombardements de 1944, et a été restauré et déplacé square du Poilu, sur l'avenue de Courteille en 1959. Voici la manière dont l'évoquait l'alençonnais R. Jouane dans son ouvrage "Promenade à travers le vieil Alençon", paru en 1923, agrémenté de bois de Albert-Henri Besnard : "Après la guerre, les Alençonnais ont fait édifier sur le fonds de verdure du Champ de foire un monument original dû au sculpteur Barillet. On remarquera le bas-relief du socle qui représente un combattant soutenant un camarade blessé et défaillant. L'obélisque porte sur sa face antérieure des motifs sculptés sobrement, tels le canon et le tank, auxiliaires précieux des batailles. Une statue domine l'ensemble dont elle alourdit la silhouette. Et cependant ceux qui ont vu la maquette primitive, déposée au Musée de sculpture, ont admiré précisément la légèreté de la Minerve casquée, armée de la lance et du bouclier long, dont l'attitude hiératique et stylisée paraissait inspirée de l'antiquité. Devant cette Victoire épaisse, d'un symbolisme inquiétant, qui s'appuie sur un glaive pesant et porte dans sa main puissante un frêle rameau [p. 133] d'olivier, nous regrettons, pour notre part, les influences qui ont pu s'exercer dans un sens péjoratif et faire naître dans l'esprit d'un artiste de grand talent des doutes injustifiés sur les proportions de son oeuvre. Sous cette réserve, le monument aux morts d'Alençon n'est pas banal et plus d'une ville pourrait le lui envier. Sur trois faces de l'obélisque ont été gravés les noms des 420 enfants d'Alençon tombés au champ d'honneur. La liste est longue pour une petite cité. René Benjamin, qui a vu dans les yeux de nos compatriotes que "deux et deux font quatre et dans certains le regret que deux et deux ne fassent pas cinq", accuse la ville d'avoir, le jour de la mobilisation, compté "tout son monde, homme par homme, pour pouvoir se plaindre au retour de ce qui manquerait." Les injures gratuites ne sont pas des arguments et l'auteur de Gaspard a trop d'esprit pour n'en point convenir. Au lendemain de l'armistice, quand, après le retour des absents, s'accusèrent les vides cruels qui s'étaient faits dans ses rangs, la ville d'Alençon, sans se plaindre, ne compta tout son monde que pour mieux s'assurer qu'aucun disparu ne serait oublié sur la pierre du Souvenir. Elle a voulu tenir cette comptabilité de sa reconnaissance. Il ne se trouvera aucun homme de coeur pour le lui reprocher..."
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Jean-François Hémery - 12/11/2008