Avant-propos

Général d'armée François Lecointre, chef d'état-major des armées

"Lamantin", "Bonite", "Épervier", "Corymbe", "Licorne", "Pamir", "Arès", "Baliste", "Barkhane", "Chammal", et bien d’autres encore… La litanie des noms d’opération témoigne de l’engagement ininterrompu de la France, hors de ses frontières, tout au long des dernières décennies.

 

Les mandats, les objectifs, les milieux, les durées d’intervention et les volumes de forces varient. Une constante demeure : le niveau d’engagement exceptionnel des armées françaises, dans la durée. Il atteste de la volonté de la France d’assumer ses responsabilités en s’appuyant sur une autonomie stratégique préservée.

 

À chaque fois que cela s’est révélé nécessaire, la projection des forces terrestres, aériennes et navales, conventionnelles ou spéciales, a été décidée, par le président de la République, pour contrer les velléités bellicistes des adversaires de la France et de ses alliés, défendre les intérêts nationaux, protéger les ressortissants français, honorer les engagements du pays et promouvoir ses valeurs.

 

À chaque fois, nos armées ont répondu avec détermination et sans relâche, opposant la force à la violence. Cette implication de nos forces, en faveur de la paix et de la stabilité du monde, leur vaut d’être respectées par leurs alliés et craintes par leurs adversaires. Trois qualités leur sont plus particulièrement reconnues.

 

La polyvalence, tout d’abord. Depuis 50 ans, la France fait le choix, courageux et responsable, de se doter d’un modèle d’armée complet qui lui permet de décider, souverainement et rapidement, grâce à une chaîne de décision réactive constitutionnellement définie, de la réponse à apporter à une menace spécifique, en autonome comme dans un cadre européen ou multinational.

 

L’excellence opérationnelle, ensuite. Elle résulte de la combinaison entre une compétence technique reconnue, une intégration interarmées remarquable et une expérience riche et diversifiée engrangée, année après année, sur le terrain des opérations extérieures.

 

L’état d’esprit, enfin. J’y vois le véritable point commun entre les opérations extérieures d’hier et celles que nos armées conduisent aujourd’hui. Génération après génération, les hommes et les femmes de nos armées se distinguent par la haute idée qu’ils se font de leur mission et leur sens aigu du service.

 

En tant que chef d’état-major des armées, je suis particulièrement heureux que l’équipe des Chemins de la mémoire ait choisi de consacrer un numéro spécial aux opérations extérieures. Sa lecture attentive nous inspire une grande fierté et nous exhorte à la persévérance.

 

Fierté, parce que nos armées ont toujours su s’adapter, en temps réel, à la situation rencontrée sur le terrain. Les opérations conduites - interministérielles, interarmées, interalliées - démontrent la maturité pérenne de nos forces. Nous la devons à nos soldats, à nos marins, à nos aviateurs et au personnel civil de nos armées, qui ne comptent pas leurs efforts et cherchent, avec constance et volonté, à donner le meilleur, dans des conditions souvent éprouvantes et parfois extrêmes.

 

Persévérance, parce que le durcissement de la donne sécuritaire des dernières années a encore accentué la pression qui s’exerce sur nos armées. La réalité des succès enregistrés, tout au long des dernières décennies, ne doit pas masquer le besoin de régénération d’un modèle, désormais sous forte tension. Il en va du succès durable des armes de la France.