Camp Joffre à Rivesaltes

 

Construit en 1938, le camp de Rivesaltes ou camp Joffre, sis sur 600 hectares entre les communes de Rivesaltes et de Salses.

 

Le camp de Rivesaltes ou camp Joffre, situé sur 600 hectares entre les communes de Rivesaltes et de Salses, a été construit en 1938, après trois ans d'étude, afin de servir à l'instruction et à l'acclimatation des troupes en provenance d'outre-mer.

 

Sa situation géographique le rend accessible aux navires, le littoral méditerranéen étant proche, et au reste de la France par la gare ferroviaire de Corbières.

  • Baraques de l'îlot F

    Baraques de l'îlot F. Source : Mémorial au Camp Joffre de Rivesaltes

  • Maternité d'Elne Conditions de vie des rapatiés d'Algérie à la fin de 1962

    Maternité d'Elne. Source : www.redcross.ch Conditions de vie des rapatiés d'Algérie à la fin de 1962. Source : www.ldh-toulon.net

  • Baraque sanitaire de la Croix-Rouge Suisse Enfants Tziganes internés

    Baraque sanitaire de la Croix-Rouge Suisse.
    Source : www.redcross.ch Enfants Tziganes internés.
    Source : www.eastrenfrewshire.gov.uk

  • Vue générale du camp

    Vue générale du camp. Source : www.cg66.fr

 

 

Histoire du camp

 

En février 1939, date d'arrivée des premiers civils, le camp se compose de 16 îlots (A à P) de baraques en fibro-ciment - 9 seulement sont viables. La Retirada jette sur les routes les Républicains Espagnols, adversaires du régime de Franco bientôt rejoints par les populations fuyant le nazisme.

 

D'août 1939 à novembre 1942 - officiellement le camp est ouvert le 14 janvier 1941, et fermé le 22 novembre 1942 -, Rivesaltes, passé sous le contrôle du régime de Vichy, sert ainsi au regroupement ou au rassemblement familial d'Espagnols (55 %), de Juifs (33 %). Les Tziganes, indigents et opposants politiques, "étrangers ennemis, indésirables ou suspects pour la sécurité nationale et l'ordre public" y sont aussi détenus. D'une capacité de 18 000 personnes, le camp accueillera 21 000 détenus entre 1941 et 1942.

 


L'administration du camp comporte plusieurs niveaux : la préfecture transmet les ordres du gouvernement et contrôle par des visites le "bon fonctionnement" du camp ; le chef de camp applique les directives et rend compte à ses supérieurs. Les conditions de vie, en raison du surnombre, se détériorent rapidement et les familles sont bien souvent séparées. La population souffre de sous-alimentation, cause de dégénérescence visuelle, osseuse et dentaire, ainsi que de maladies comme la dysenterie, la typhoïde ou la septicémie. Ce délabrement sanitaire causera, selon Serge Klarsfeld, le décès de 128 Israélites entre 1941 et novembre 1942.

 

Les tentatives pour rendre la détention supportable émanent des associations caritatives et d'initiatives individuelles. Un groupe de femmes s'efforce de protéger les femmes enceintes en les faisant sortir pour accoucher à la maternité d'Elne où elles peuvent entrer en contact avec les mouvements de résistance. Le travail des oeuvres, pour la plupart confessionnelles (OSE, ORT (Organisation Reconstruction Travail), la CIMADE, le YMCA, les Quakers américains, le Secours suisse aux Enfants dépendant de la Croix-Rouge Suisse), permettra à nombre de captifs de survivre, même si les pratiques frauduleuses et le marché noir abondent. De même qu'elles distribuent des rations de nourriture aux plus faibles, elles transforment l'îlot J en centre de santé, et animent le camp par des concerts, des ateliers de petits travaux, la création d'une bibliothèque.

 


Seules les sorties pour aller effectuer des travaux d'intérêt général sont autorisées, le camp étant un vivier de main d'oeuvre gratuite. Les hommes âgés de 18 à 55 ans, jugés aptes physiquement, sont envoyés dans des groupements de Travailleurs Etrangers (GTE) comme au camp annexe de Goudex, ou dans le 157e camp de Travailleurs Etrangers (CTE) de Rivesaltes, composé pour une part d'Espagnols ; certains iront grossir les rangs de volontaires susceptibles de travailler pour les Allemands. Les femmes et les jeunes gens à partir de 15 ans effectuent des travaux saisonniers.

 

La politique raciste du régime de Vichy s'accentue au cours de l'année 1941 : en avril 1941, David Gustave Humbert, chef du camp, décide de regrouper dans les îlots B les familles juives. Le camp Joffre passe successivement du statut de "centre de regroupement familial" à celui de Centre régional puis national, à la fin août 1942, de rassemblement des Israélites pour toute la zone libre provenant des autres camps ou pris dans des rafles. Les îlots K et F sont transformés en centre de triage et de transit des Juifs. Une commission arbitraire de criblage (août à novembre 1942) se prononce sur le sort de chaque Juif à son arrivé au camp et établit une fiche individuelle comportant la mention "part", "exclus" ou "réservé".

 

Les convois fonctionnent ainsi : les individus sont entassés dans des wagons à bestiaux sur le sol desquels de la paille est disposée ; les déportés disposent de deux seaux et deux brocs pour 25 personnes ; les vivres sont prévues pour deux à cinq jours. Neufs convois quitteront Rivesaltes entre le 11 août et le 6 novembre 1942 (convois n° 19, 24, 29, 30, 31, 37, 42), parmi lesquels 2 300 juifs. Au total, 20 000 personnes (hommes, femmes, enfants, Espagnols, Tziganes, Tchèques, Polonais, Russes, Slaves, Allemands, Hollandais, Belges, Français et Anglo-Saxons) transiteront par Rivesaltes.

 

Le 11 novembre 1942, l'armée allemande envahit la zone libre. La partie militaire du camp est alors occupée par l'armée allemande qui s'en sert pour le cantonnement et l'instruction de troupes d'infanterie dont les unités concourent à la défense côtière. En novembre 1942, le camp est dissous. Les mille derniers internés sont envoyés à Gurs, sauf les Tziganes qui sont dirigés sur le Camp de Saliers construit à leur intention dans les Bouches-du-Rhône. Dès l'automne 1940, les Tziganes avaient été internés, majoritairement, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès puis, après leur fermeture à la fin de 1941 et en juillet 1942, avaient été transférés à Rivesaltes. Ce seront six mille Tsiganes qui seront internés sur l'ensemble de la France entre 1940 et 1946 dans une trentaine de camps.

 


Avant son retrait, le 19 août 1944, l'armée allemande s'applique à rendre inutilisables les installations électriques et l'adduction d'eau de plusieurs îlots. A la Libération, le camp est utilisé pour l'internement des prisonniers allemands et des collaborateurs. Sous l'autorité directe du commissaire à l'Intérieur, le préfet des Pyrénées orientales crée le 12 septembre 1944, au camp Joffre, le centre de séjour surveillé de Rivesaltes (C.S.S), composé de sept îlots, réduits à quatre fin 1944. Le prisonniers allemands sont employés à réparer les dommages de guerre et à travailler dans les mines de fer. L'Epuration achevée à la fin de 1945, le ministre de l'Intérieur dissout le centre.

 

La libération des derniers prisonniers a lieu début 1948. Le ministère de la défense utilise le camp Joffre pour l'hébergement des harkis à la fin de la guerre d'Algérie, après les accords d'Evian du 19 mars 1962. Les compagnies de supplétifs militaires algériens, les Harkis, sont ramenés en métropole et cantonnées avec leur famille dans plusieurs îlots du camp. Ils séjourneront au camp de Rivesaltes jusqu'en 1964. Les baraques étant trop petites, les rapatriés sont installés sous des tentes. Cette situation de promiscuité, de manque d'hygiène, de manque d'infrastructures scolaires et de rudesse hivernale, annoncée comme provisoire durera jusqu'à la fin des années soixante. Le 24e Régiment d'infanterie de Marine de Perpignan prendra la suite. Le camp sera abandonné progressivement à partir des années soixante-dix.

 

 


Rivesaltes et la Mémoire

 

Deux stèles dédiées aux internés et déportés rappellent les faits. L'îlot F, avec l'ensemble de ses baraquements a fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques par l'arrêté du 18 juillet 2000. Le Mémorial-Historial de Rivesaltes occupera 42 hectares de l'ancien camp Joffre. Ce projet est l'aboutissement d'un travail en commun entre le Conseil Général des Pyrénées Orientales, les représentants des différentes communautés, les partenaires associatifs et institutionnels. Il a "pour vocation de rendre compte de l'histoire de l'internement en France pendant la Seconde Guerre mondiale, de l'histoire du camp dans sa pluralité de situations et de populations de 1930 à nos jours, et de l'histoire des oeuvres d'assistance humanitaire au XXe siècle".

 

Le site se veut un haut lieu de mémoire et de réflexion sur l'internement par l'évocation de l'histoire des hommes, femmes et enfants internés à partir de 1939: Israélites, Républicains Espagnols, Tziganes, Harkis, etc. Denis Peschanski, Directeur de recherche au CNRS, assure la direction scientifique du projet. Sources : Etudes Tsiganes, 1995, 1999, 2000 - Klarsfeld, Mémorial de la Déportation des Juifs en France - Laharie, Le camp de Gurs - Moine, La déportation et la résistance en Afrique du Nord - Moumen, Entre histoire et mémoire, les rapatriés d'Algérie - Peschanski et alii, Les Tsiganes en France 1939-1946 - Peschanski, La France des camps (1938-1946) - Peschanski, Vichy, 1940-1944: contrôle et exclusion.

 

 

Sources complémentaires : Anne Boitel, "camp de Rivesaltes 1941-1942 : du Centre d'hébergement au Drancy de la zone libre", Ed. PUP/Mare Nostrum, mars 2000