Ecrire en guerre, écrire la guerre

Nicolas Beaupré
Par milliers, auteurs connus et inconnus se sont saisis de leur vécu au front pour tenter d'en rendre compte par les moyens de la littérature.

L'une des réponses culturelles les plus singulières à la Grande Guerre a été sans nul doute l'écriture littéraire de l'expérience guerrière. Par milliers, auteurs connus et inconnus (Henri Barbusse, August Stramm, Ernst Jünger, Léon Werth, Maurice Genevoix, Kurt Heynicke...) se sont saisis de leur vécu au front pour tenter d'en rendre compte par les moyens de la littérature. Leur production, en prose ou en vers, est au centre de cet ouvrage qui examine le phénomène de manière comparative en France et en Allemagne. Extrait du livre "Les routes d'un blanc neigeux, accablées de soleil, éblouissant sur un fond de ciel bleu foncé. De gigantesques nuages de poussière blanche s'élevaient au loin ; c'étaient les seules traces de vie. De temps à autres, une explosion lointaine ; à part ça, le silence." Max Beckmann Écrits, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, 2002, p. 168. "Comme toutes ces choses sont indicibles. Indiciblement belles." Si l'opinion contenue dans la seconde partie de cet aphorisme du peintre et écrivain combattant Franz Marc fut loin d'être partagée par tous, celle portée par la première phrase était en revanche communément répandue : l'expérience du front et de ses violences serait impossible à transmettre, et ce, que la guerre soit jugée "jolie" ou atroce. C'était là la version moderne de la maxime latine "Inter arma silent musae".

Et pourtant, dès les premiers jours de la guerre et dans tous les pays belligérants, ils furent des centaines à tenter d'"écrire la guerre". Recueils de poèmes, correspondances, journaux intimes, récits, nouvelles, romans et essais inondèrent le marché du livre. Très vite, ces écrivains de guerre formèrent une nouvelle catégorie d'auteurs. (...) C'est moins la recherche d'une vérité des faits rapportés par les récits et poèmes de guerre qui nous intéresse que la réalité des représentations qu'ils véhiculent. En ce sens, nous nous plaçons délibérément en rupture avec une historiographie qui, à la suite de Jean Norton Cru, a cherché à démontrer ou à infirmer les affirmations de ce qu'elle a baptisé des "témoins". Il ne s'agit pas en effet pour nous de rechercher dans les textes étudiés un reflet représentatif de l'expérience des soldats à travers les textes littéraires. C'est la littérature en tant que pratique culturelle qui est notre objet, de même que les représentations qu'elle véhicule. En cela, elle se prête particulièrement bien à une "histoire visant à reconnaître la manière dont les acteurs sociaux donnent sens à leurs pratiques et à leurs discours" et c'est pourquoi nous avons fait le choix de l'étudier dans un contexte qui bouleverse les "pratiques et les discours".

Ecrire en guerre, écrire la guerre Auteur : Nicolas Beaupré Editeur : CNRS Eds Format 17 cm x 24 cm ISBN 2271064333 296pages Prix : 25 €

Auteur :
Nicolas Beaupré
Editeur :
CNRS