La Chine dans la Première Guerre mondiale

La Chine entre 1914 et 1918

 

République depuis 1912, la Chine se déclare neutre, le 6 août 1914, dans une guerre qui concerne son territoire dans la mesure où des puissances étrangères y possèdent des concessions. Dès le 2 septembre, les Japonais alliés des Français et Anglais s'emparent partiellement des possessions allemandes du Shandong.

 

Le pays se trouve alors aux mains des "Seigneurs de la guerre". Ceux-ci à la tête de mercenaires se coalisent au gré de leurs intérêts avec l'appui occasionnel de pays étrangers. Ce contexte chaotique, qui affaiblit toute autorité centrale, s'aggrave à la mort de Yuan Che Kai : en juin 1917, le général Zhang Xun tente en vain de restaurer Pu-Yi "le dernier empereur" ; le 25 août de la même année, Sun Yat Sen, le fondateur de la République, crée un gouvernement militaire à Canton, ce qui déclenche une guerre civile qui ne s'achèvera qu'à la fin de 1918.

C’est dans ce contexte, alors que l’Assemblée nationale vient d’être dissoute et qu’un président par intérim, Feng Guozhang, est nommé, que la Chine entre en guerre aux côtés des Alliés, sous l'impulsion du Premier ministre, Duan Qirui. 

Duan Qirui, chef du gouvernement en 1913, 1916, 1917 et 1918, et chef de l'État par intérim de 1924 à 1926. Source : Libre de droit

 

 


Le 14 août 1917, la Chine déclare la guerre à l'Allemagne, en prenant le prétexte de la guerre sous-marine à outrance menée par la marine impériale allemande.

 

En échange, les Alliés accordent des facilités économiques à la Chine, tout en maintenant leur emprise (en novembre 1917, les Américains reconnaissent aux Japonais, par l'accord secret Lansing-Ishii, des droits sur la Mandchourie).

 

Les travailleurs chinois de la Première Guerre mondiale

 

Si l’entrée en guerre de la Chine n'a eu aucune conséquence militaire, elle a permis aux Français et aux Anglais d'accentuer le recrutement de travailleurs.

 

En Europe en effet, dès 1915, la guerre s'annonce longue, ce qui a des conséquences sur les stratégies militaires mais aussi sur l'organisation de la main d'œuvre à l'arrière, puisque des milliers d'ouvriers et d'agriculteurs sont maintenus sous les armes.

 

En France, le recrutement de travailleurs étrangers venant d'Espagne ou d'Afrique du Nord.est accéléré. Rapidement, des sources plus lointaines sont explorées. C'est ainsi que, cette même année, les autorités françaises entament des négociations avec le gouvernement chinois – pays où la France possède une enclave, le territoire de Kouang-Tcheou, ainsi que diverses concessions, bureaux, etc. – pour recruter des travailleurs.

 

Le 14 décembre 1915, une mission, dirigée par le lieutenant-colonel Truptil, est envoyé à Beijing  pour négocier le recrutement et contrôler l'embarquement des ouvriers pour la France. Le 14 mai 1916, les négociations aboutissent à la signature de l'accord connu sous le nom de "contrat Truptil-Huimin", du nom de la compagnie privée (ou plutôt syndicat) créée par les officiels chi­nois qui organisent les opérations d'embauches en échange d'une rémunération pour chaque recrue, ces travailleurs étant assimilés aux travailleurs coloniaux.

 

Source : Le Miroir, n° 237, dimanche 9 juin 1918.


Agés de 20 à 35 ans, les ouvriers chinois sont majoritairement originaires des provinces du Shandong, du Hebei, et du Jiangsu. Valables pour 5 ans, les contrats d'embauche sont signés par les ouvriers ou portent leurs empreintes. 

 

Près de Blangy, Pas-de-Calais, arrivée de travailleurs chinois. Mai 1918. Source : Photographe : Albert Moreau. ECPAD

 

Ce recrutement ne va pas sans heurts : en 1916, des manifestations anti-françaises éclatent à Laoxikai et à Tianjin.

 

Des travailleurs chinois de la Grande Guerre s'exerçant au Kung-Fu Wushu dans la forêt de Crécy. Source : Libre de droit

 

Au total, près de 140 000 travailleurs chinois gagnèrent le front de l’Ouest européen. Environ 96 000 furent employés au profit de l'armée anglaise, 37 000 au profit de l'armée française, tandis que les autres furent mis à la disposition du corps expéditionnaire américain vers la fin de la guerre. 

 

Oudezeele, Nord, travailleurs chinois partant aux travaux de routes et de tranchées. Juin 1918
Source : Photographe : Lorée. ECPAD


Les chinois furent affectés dans la zone des Armées et dans la zone de l'intérieur pour effectuer des manutentions dans les ports, les ateliers et usines métallur­giques, les gares, les chantiers et entreprises d'armements ou des constructions d'entrepôts de munitions, de routes, etc.

 

Un travailleur chinois près du front en 1917 prend un peu de repos avant le portage. Source : Libre de droit

 

Au lendemain de l'Armistice, ils opérèrent dans les régions libérées, notamment à la reconstruction. Un grand nombre participa, sous la direction du service de l'état civil militaire, aux recherches de sépultures sur les champs de bataille et aux créations de cimetières militaires.

 

L'expiration du contrat qui avait servi de base à leur recrutement devait les renvoyer vers leur pays durant l'année 1921.

 

Environ 3 000 travailleurs chinois choisirent de rester en France. À Paris, beaucoup d'entre eux s'installèrent dans les environs de la Gare de Lyon (XIIe arrondissement) où ils allaient créer le premier quartier chinois de Paris. Une plaque, apposée rue Chrétien de Troyes, rappelle cette installation.

 

Plaque commémorative en souvenir des Chinois morts pour la France entre 1916 et 1918. Source : Licence Créative Commons.


À titre d'exemples peuvent être cités quelques noms de travailleurs chinois morts pour la France : Wang Tsuen Sing, mort le 18 octobre 1918 à l'hôpital de Fontainebleau, 29 ans ; Tien Tchen Yen, né à Tchou Man Tsoung, détaché à la Poudrerie du Bouchet, mort le 16 septembre 1917 à l'hôpital militaire Villemain à Paris, 26 ans ; Li Kouang Chan, né Tien-Tsin, détaché à la manufacture d’armes de Châtellerault, mort le 8 octobre 1918 à l’hôpital de Châtellerault, 24 ans.

 

80 de ces travailleurs reposent dans des cimetières militaires français, dont 43 dans des nécropoles nationales comme à Choloy (Meurthe-et-Moselle) ou à Dunkerque (Nord).

 

 

Les combattants chinois dans l'armée française

 

À titre personnel, 6 Chinois s’engagèrent dans les rangs de l’armée française pour la durée de la guerre. Ils combattirent sous le drapeau du régiment de marche de la Légion étrangère.

 

L’un d’entre eux est « mort pour la France », le légionnaire Ma Yi Pao.

 

Le corps de Ma Yi Pao repose dans la nécropole nationale de Vic-sur-Aisne  curieusement sous une stèle musulmane. Source : Association Soissonnais 14-18


Né en 1894 à Kunming (province du Yunnan), Ma Yi Pao est « mort pour la France » le 2 septembre 1918. Il repose dans la nécropole nationale de Vic-sur-Aisne (Aisne), carré F, tombe 59.

Elève de l'école militaire de Nankin, le jeune homme en sortit officier de l'armée républicaine chinoise en 1913.

En 1917, âgé de 23 ans, il se rendit à Hanoi (Tonkin) où il s'engagea dans l'armée française comme volontaire pour la durée de la guerre. Étranger, il fut incorporé comme simple légionnaire dans le régiment de marche de la Légion étrangère (R.M.L.E.). Après un séjour au Maroc et en Algérie où il fit ses classes, le jeune légionnaire arriva au front en 1918.

Lors des combats sur l'Ancre, dans la Somme, en mars 1918, il fut blessé à la tête. Guéri, il revint à son unité pour participer à la bataille de l'Oise, en juin, où il fut gazé et évacué. Soigné à Paris, il reçut la Croix de Guerre.

De retour au front après une nouvelle guérison, il succomba à de nouvelles blessures à l'ambulance 3/55, à Jaulzy, dans l'Oise, le 2 septembre 1918.

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA