La Résistance en Bigorre (65)

Le 22 juin 1940, un armistice met un terme aux combats...

 

L'armée française a résisté, en vain, à la Blitzkrieg : l'armée du Nord est encerclée autour de Dunkerque, la ligne Maginot contournée. Le 14 juin, l'armée allemande entre dans Paris ; le 22, dans La Rochelle et Lyon.

Le gouvernement Reynaud démissionne, déléguant ses pouvoirs au Maréchal Pétain. Ce dernier installe le pouvoir à Vichy, en zone libre, alors que la Wehrmacht occupe le nord du pays et le littoral atlantique. Les réfugiés affluent : Tarbes doit accueillir 90 000 personnes, dont 21 000 "franciliens", en juillet 1940.

Pendant ce temps, le général de Gaulle, continue le combat depuis Londres, appelant les Français à poursuivre la lutte : la Résistance est née.

 

André Fourcade - Fondateur de Libération dans les Hautes-Pyrénées - Commissaire de la République à Limoges - Fusillé le 27 août 1944. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 

 

Pierre Dumas - Fondateur de Combat dans les Hautes-Pyrénées. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 

 

Ses premières manifestations, au niveau national, sont la création spontanée de réseaux de renseignement et de filières de passage.

Les mouvements de résistance se structurent peu à peu. Refuge et zone de regroupement stratégique, le relief favorise le développement des maquis :

  • dans l'armée d'armistice, tel le lieutenant Ceroni
  • au sein de l'action syndicale, devenue illégale, se forme la section locale de "Libération" (Fourcade, Le Goff, Nolibos)
  • dans l'administration et les services publics (les préfets Gonzalve et Le Gentil)
  • chez les Anciens Combattants de 1914-1918, réagissant au programme de collaboration d'Etat (entrevue de Montoire, octobre 1940) et à leur manipulation, comme Pierre Cohou
  • chez les cheminots, qui écrivent les pages de la "bataille du rail" lors des combats au dépôt de Tarbes, aux gares de Lannemezan, de Lourdes, etc.
  • dans la presse où des journalistes comme Pierre Dumas ou Pierre Bertrand prennent position dans la Petite Gironde.

 

Les réseaux, formations nationales, locales ou directement issues des états-major anglais (Intelligence Service) ou français (2e Bureau et B.C.R.A.) exercent une activité de renseignement (militaire ou politique), organisent les passages de la frontière, préparent et réceptionnent les parachutages, mènent des actions de sabotage. Le réseau "Edouard" est créé par les Britanniques dès juillet 1940. L'animateur de ce réseau est le restaurateur Gaston Hèches. Filiale du Special Operation Executive (S.O.E.), le réseau "Action", dirigé par Charles Rechenmann, dépend directement de celui du major Buckmaster. D'autres formations liées au S.O.E. sont constituées : les réseaux "Hilaire", "Whelwright", "Polonais", "Alliès" à Lourdes, "Meccano" à Tarbes et Lourdes, "Kasanga-Bigorre", lié au mouvement "Combat" à Tarbes créé par Jean Cénac (Pailhé) en mai 1942, "Alliance" monté à l'instigation du capitaine Doué à Lourdes en novembre 1942, "Andalousie", émanation du B.C.R.A., dans le secteur de Lourdes/Argelès, commandé par le colonel Bistos, etc.

 

Sabotage d'un train allemand (rampe de Capvern) Juin 1944. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 


Les mouvements de Résistance reflètent le caractère national de la contre-propagande. "Combat", formé en zone occupée par Henry Frenay dès 1941, est structuré au niveau départemental par Pierre Dumas. Avec Pierre Teitgen, il organise la publication et la diffusion des journaux clandestins. Le mouvement comptera dans ses rangs des personnalités locales : Sahuc, Mercier, Cénac, Charier, Sajous, Moreau, Lafon-Puyo, Gachies.

Le groupe vient en aide aux clandestins et mène quelques actions de guérilla, plastiquant, en août 1942, le Bureau de la Main d'oeuvre pour l'Allemagne à Bagnères-de-Bigorre. Le mouvement des Franc-Tireurs-Partisans-Français (F.T.P.F.), mis hors la loi dès septembre 1939, poursuivi par le gouvernement de Pétain, rassemble nombre de communistes et de syndicalistes ainsi que de rescapés de l'Armée Républicaine espagnole, les "Guérilleros". Il est organisé en petites cellules indépendantes. En novembre 1942, sont créés les F.T.P.F. en zone sud, alors que l'armée allemande vient de franchir la ligne de démarcation. Ses cellules intègrent les Mouvements Unis de la Résistance en 1943. Jean Toujas, Bordedebat, Serra, Briard, Chastellain animent le combat des F.T.P.F dans les Hautes-Pyrénées. Ils diffusent le journal L'Humanité clandestine et prennent en charges les résistants recherchés par la police et les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Se constituent alors les maquis de Nistos-Esparros et de Soulagnets, les groupes de Marquis, Torres et Dhugues. Les F.T.P.F. occupent le secteur de Bagnères dès le 10 juin 1944 et participent à la libération de Lourdes (19 août 1944).

 

En gare de Tarbes, le 10 juin 1943, un train de Requis pour le S.T.O. Les patriotes du groupe Fer ont marqué leur désapprobation. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 



L'Organisation Métropolitaine de l'Armée (O.M.A.), Organisation de la Résistance de l'Armée (O.R.A.) à partir de 1944, composée de cadres, d'officiers et sous officiers de l'Armée d'armistice ainsi que le groupement sud-ouest du Corps Franc Pommiès (officier du 18e régiment d'infanterie), témoignent de l'engagement militaire dans la lutte contre le Reich et ses alliés.

 

Sabotage de l'Usine Hispano à Soues, le 15 Avril 1944 - Commando Pottier (C.F.P. - A.S. - F.T.P.F. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 



Bien implantés à tous les niveaux de l'administration, ses membres collectent des renseignements sur la production des usines, les transports de matériel de troupes, le ravitaillement. Ils coordonnent les parachutages, conduisent des actions de sabotage : un commando, composé de F.T.P.F., de membres de l'A.S. et de C.F.P. (Corps Franc Pommiès), met fin à l'activité de l'usine Hispano le 15 avril 1944.



Les Mouvements Unis de la Résistance (M.U.R.), formés par Jean Moulin en janvier 1943 afin de regrouper et d'unir sous un même commandement les organisations nationales "Libération", "Franc-Tireur" et "Combat", se mettent en place à partir de juillet 1943. La direction régionale est confiée à Verdier (Forain) ; Marcel Le Goff et Pierre Cohou assurent cette fonction au niveau départemental.

 

Le 20 août 1944, le département des Hautes-Pyrénées est libéré. Les 150 actions de guérilla menées entre juillet 1942 et août 1944 auront coûté la vie à 205 résistants auxquels viennent se joindre les 527 internés et déportés pour actes de résistance, opinions politiques ou juifs. Les représailles allemandes sur les populations civiles auront fait 78 morts et 50 blessés dans les trois derniers mois.

 

 

Sources : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre, 1989 - http://www.cg65.fr