La Wehrmacht, instrument de la répression de la Résistance en France

En France, la Wehrmacht était présente sous deux formes : d'une part à travers son administration militaire, d'autre part à travers ses troupes d'occupation stationnées en France. Les commandants militaires successifs en France (Militärbefehlshaber in Frankreich, MbF) dirigeaient une administration militaire dont les effectifs ne dépassèrent pas 100 000 hommes. Cette administration, présente dans chaque département, était chargée du maintien de l'ordre et de la surveillance de l'administration française. Devant l'imminence d'un débarquement allié sur les côtes françaises, Hitler avait décidé d'y renforcer son dispositif militaire. Durant l'année 1944, le nombre des Panzer allemands prêts à combattre à l'Ouest a été doublé et environ 1,5 million d'hommes ont été stationnés en France, principalement sur le littoral. Ces troupes d'opération sont placées sous la direction du haut commandant de l'Ouest (OBW), le maréchal von Rundstedt. A partir de l'été 1943, la lutte contre les résistants est transférée à l'OBW.

 

L'année 1944 a marqué une radicalisation de la répression allemande en France. Le 3 février, le maréchal Hugo Sperrle, adjoint de von Rundstedt, a promulgué un décret valable pour la France et la Belgique qui prescrit à la troupe de répondre immédiatement par le feu en cas d'attaque par la résistance. Si des civils étaient tués, la faute est rejetée sur les "terroristes". Si les tirs provenaient d'un bâtiment, celui-ci devait être incendié. L'instruction dite "Sperrle-Erlass" précisait : "Il ne faut punir que le chef manquant de fermeté et de résolution car il menace la sécurité des troupes qui lui sont subordonnées et l'autorité de la Wehrmacht allemande. Face à la situation actuelle, des mesures trop sévères ne peuvent entraîner de punition pour leurs auteurs. Au contraire, il faudra punir un chef trop souple, car il met la sécurité de ses hommes en danger". Cet ordre, complété par celui du maréchal Keitel qui ordonne de fusiller sur-le-champ les francs-tireurs capturés une arme à la main, explique en partie les crimes allemands de l'année 1944. La progressive radicalisation des troupes allemandes à l'été 1944 s'explique aussi par le contexte militaire qui devenait défavorable, au moment où le régime nazi jouait sa survie. La Wehrmacht était désormais engagée dans une guerre totale et idéologique à l'Ouest et elle appliqua dans sa lutte contre les partisans souvent les mêmes méthodes que sur le front est, mais pour une durée plus brève. Ainsi, le 29 août 1944, des soldats de la 3e division de grenadiers en provenance d'Italie massacrèrent 86 hommes à Couvonges, à Robert-Espagne et dans deux autres villages du département de la Meuse. Les autres massacres de civils français sont avant tout imputables à la SS.

 

  • Arrestation d'un suspect par des soldats allemands (France, 1943). L'armée allemande applique en France une répression de la résistance sans faiblesse. Copyright Archives allemandes

  • Panzer VI (Tigre) dans un village normand, été 1944. Copyright Archives allemandes

  • Lance-roquettes allemand, bataille de Normandie, été 1944. Copyright Archives allemandes

  • Parachutistes allemands sur le front de Normandie, le 21 juin 1944. Copyright Archives allemandes

  • Chasseur parachutiste allemand au combat en Normandie, juin 1944. Copyright Archives allemandes

  • En France, à Villers-Bocage, un Panzer VI Tiger I (juin 1944). Copyright Archives allemandes

  • Parachutiste allemand au combat en France, été 1944. Copyright Archives allemandes

 

L'appel aux supplétifs

La Waffen-SS était devenue moins regardante, à compter de l'automne 1943, sur le recrutement d'étrangers. Si elle pouvait certes compter sur des volontaires qui s'engageaient pour des raisons généralement  idéologiques, elle utilisait aussi les services de reîtres provenant de l'Est européen : des soldats de "l'armée Vlassov" (du nom d'un général soviétique retourné par les Allemands), entre autres des Géorgiens, des Azerbaïdjanais ou encore des Tamouls. Certains d'entre eux furent enrôlés en France dans les troupes d'occupation ; surnommés par les Résistants les "Cosaques", ils faisaient montre d'une férocité sans pareille.