Le Combattant de Verdun d'après L'Illustration

 

 

Dès le 4 mars 1916, l'Illustration fait une large place à la Bataille de Verdun. Dans l'esprit de la revue c'est effectivement la photographie, le dessin et la carte qui tiennent la plus grande place des pages consacrée à la Bataille.

 

Dans l'ensemble l'apport documentaire est très riche et donne même une impression d'accumulation inutile, de redites. Le numéro du 4 mars 1916 par exemple: 4 cartes d'ensemble de la zone des combats, cinq photos panoramas clairement légendées, qui accompagnent un texte d'Ardouin-Dumazet. Jusqu'à la fin de 1916 la richesse documentaire ne se dénombre pas.

 

Mais des constantes apparaissent :

- Volonté délibérée de donner du soldat français une image rassurante sous deux aspects - c'est le soldat calme, sûr de lui, bien équipé, reposé, décidé, - c'est un vainqueur magnanime et généreux.

- L'accent est mis sur le matériel. Dès le début mars des photographies dont il est difficile , sinon impossible ,d'affirmer qu 'elles furent prises dans le secteur de Verdun, donneront l'impression que Verdun dispose d'obus de gros calibres et de pièces lourdes; donc que les hommes sont ménagés grâce à cette présence rassurante de gros matériels.

- L'ennemi est, au contraire, épuisé, à bout de forces, résigné; une nuance toutefois : la caricature et le dessin réservent davantage leurs traits grotesques aux chefs allemands plutôt qu'aux hommes qui apparaissent davantage comme des victimes que comme des acteurs d'un combat qu'ils ne désirent pas.

- Les chefs français sont calmes, lucides, décidés. Des le numéro du 4 mars, le général Pétain apparaît; le numéro du 11 amplifie cette image et offre une brève biographie du Général que "l'on connaît peu"... et un portrait en couleurs détachable outre 3 photographies. Le Chef apparaît le plus souvent au milieu de ses hommes confiants ou dans l'austérité laborieuse d'un Etat-Major ou d'un bureau Spartiate. (Pétain à Souilly ou dans son wagon-bureau).

- Heureusement les documents ne sont pas toujours datables avec précision et peuvent difficilement être localisés. Plus grave, les textes et les commentaires outre une volonté naïve et maladroite que le soldat baptise rapidement "bourrage de crâne" de glorifier sans cesse le fantassin, offrent un grave décalage entre la réalité de l'événement et l'information qui en est donnée.

 

Source : Colloque international sur la bataille de Verdun. 6-7-8 juin 1975 - Résumé de l'intervention de Gérard Canini, Agrégé de l'Université.