Les parachutistes français libres du "Spécial Air Service"

 

 

1940-1943

 

Dès le mois de septembre 1940, le général de Gaulle décida la création au sein de la France Libre d'une unité de parachutistes ; le capitaine Bergé en prit le commandement. C'est dans ses rangs que furent sélectionnés ceux qui accomplirent sur le sol de France, au début de 1941, les premières missions parachutées. Le capitaine Bergé les inaugurera au mois de mars à Elven, en Bretagne.

 

Le capitaine Bergé. Photo Fondation de la France Libre

 

 

En juillet 1941, la Compagnie de Parachutistes Français Libres fut envoyée au Moyen-Orient, proche du seul théâtre d'opérations lybien où les Alliés s'opposaient aux forces de l'Axe et principalement à l'Afrika Korps de Rommel.

 

David Stirling, créateur du "Special Air Service" en 1941. Photo Fondation de la France Libre

 



Afin de faciliter sa participation aux combats, le général de Gaulle accepta, au début de 1942, l'intégration de la Compagnie de Parachutistes au "Spécial Air Service". Celui-ci était une petite unité autonome créée par le major David Stirling. Elle opérait, par petits groupes, sur les lointains arrières ennemis, avec pour objectif principal les aérodromes, où elle détruisait au sol les appareils de combat. C'est ainsi que les Parachutistes Français Libres, associés aux Britanniques, réussirent, mais au prix de lourdes pertes, à faire sauter plus de 400 avions de guerre, ce qui favorisa, le jour venu, la grande offensive de la 8e Armée de Montgomery.

 

En 1943, après la défaite de l'Afrika Korps en Tunisie, les S.A.S. britanniques poursuivront leurs missions en Italie, alors que les Français retourneront en Angleterre.



Ceux-ci doivent en effet y retrouver les nombreux volontaires évadés de France par l'Espagne ou venus d'Afrique du Nord, afin de les encadrer et les former. A partir de l'automne 1943, tous vont être soumis en Ecosse à un entraînement dur et à une formation très poussée devant les préparer à leurs futures missions. Elles auront lieu dans le cadre de l'opération de débarquement sur les côtes françaises.

 

Deux bataillons sont formés, toujours intégrés au Special Air Service devenu brigade. Les 3e et 4e S.A.S. français savent qu'ils seront parachutés derrière les lignes ennemies, à une époque encore indéterminée. L'hiver 1943-1944 s'écoule à parfaire leur préparation : art de l'embuscade, connaissance des nouvelles armes, des divers types de mines et de pièges, techniques de sabotage, marches nocturnes, exercices d'orientation et entraînement physique.

 

Spécial Air Service - les S.A.S. Source : Photo DMPA

 



1944

 

Dès le printemps de 1944, chacun peut constater que partout en Grande-Bretagne se déploie une intense activité, qui va croissant. Progressivement, les moyens du Débarquement qui se précise se mettent en place.

 

Le colonel Bourgoin. Photo DMPA

 



Fin mai 1944, le branle-bas tant attendu atteint les S.A.S. Le 4e Régiment du colonel Bourgoin et de Puech Samson sont acheminés au camp secret de Fairford, au nord de l'Angleterre. Le général Mac Leod, chef du Special Air Service, apprend aux deux chefs français que le Débarquement est imminent et qu'ils doivent préparer leur unité au combat. La grande opération pour la libération de la France portera le nom de code d'« Overlord » et, dans le cadre de celle-ci, une mission d'une grande importance sera confiée au 4e S.A.S.



Au début de juin, cette mission est précisée : la veille du Débarquement, les premiers éléments de l'unité seront parachutés en Bretagne et rejoints ensuite progressivement par le reste du régiment, dans le but essentiel d'empêcher coûte que coûte les 150 000 Allemands stationnés dans la péninsule bretonne de faire mouvement pour aller renforcer le front de Normandie et s'opposer aux têtes de pont que les Alliés vont créer sur les plages. La mission portera le nom de code de « Grog ».

 

A J-1, dans la nuit précédant le Débarquement, les premiers éléments parachutés devront organiser deux bases destinées à recevoir le reste du régiment, le ravitaillement et l'armement.

 

Chronologiquement, donc, les S.A.S. français seront les premiers de toute l'armada alliée à être engagés dans « Overlord ».

 

La base nord, dans la forêt de Duault, au sud de Trégastel, portera le nom de code de « Samwest » ; l'autre, dans le Morbihan, près de Malestroit, s'appellera « Dingson ». Pour chacune, deux « sticks » de huit hommes seront largués. Les lieutenants Botella et Deschamps commanderont à Samwest, les lieutenants Marienne et Deplante à Dingson. Ils disposeront d'une importante équipe radio.

 

Dès le lendemain, dix-huit sticks avec des missions de sabotage seront parachutés pour attaquer toutes les voies de communication ennemies. Les bases établies devront permettre aux S.A.S. de se faire rapidement épauler par les hommes des maquis et de les équiper, mais les informations reçues au départ sont imprécises, et l'évaluation exacte devra donc être faite sur place.

 

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 a lieu le parachutage ; il s'effectue sans difficulté sur Samwest, mais à peine organisée, la base est détectée par les Allemands. Attaquée en force, elle est détruite dès le 10 juin, soit quatre jours après son installation. Botella est grièvement blessé et perd la moitié de ses hommes.


 

Emile Bouëtard, parachutiste SAS. Photo Fondation de la France Libre

 

 

A Dingson, le stick de Deplante est largué près de Guéhenno, à dix kilomètres du point prévu. De son côté, Marienne atterrit près de Plumelec. Il ne sait pas que le moulin qui domine le site est un observatoire utilisé par les Allemands. Il n'y a pas une heure qu'il a retrouvé son pays les armes à la main que son équipe radio est décimée ; trois hommes sont blessés et prisonniers. Emile Bouëtard, Breton, a été tué. Il est le premier mort des forces alliées lancées dans l'opération « Overlord ».



A la suite des opérations de Bretagne, au cours desquelles le 4e S.A.S. eut 79 tués, 172 blessés et 17 prisonniers sur un effectif engagé de 395 hommes, le général de Gaulle a fait le drapeau des S.A.S. Compagnon de la Libération, avec la citation suivante :

 

« Le 2e R.C.P., sous les ordres du colonel Bourgoin, formation d'élite qui a eu l'insigne honneur d'être la première des unités françaises à combattre à nouveau sur le sol de la Patrie. Parachutée au-dessus de la Bretagne au cours du mois de juin, a réussi à regrouper autour d'elle plus de six mille résistants. Avec cette aide et au prix de lourdes pertes, a procédé avec le plus grand succès à l'attaque de certains ennemis et à de nombreuses destructions de réseaux téléphoniques, de dépôts de munitions et de voies de communication d'importance capitale pour l'ennemi. A eu aussi une grande part dans le succès de l'offensive alliée à partir de la tête de pont de Normandie et a été à l'origine de la libération de la Bretagne. »

 

 

 

Mémoire

 

Motif du Mémorial de Sennecey-le-Grand. Photo Fondation de la France Libre


 

Le 4 septembre 1984 était inauguré à Sennecey-le-Grand, en Saône-et-Loire, un Mémorial dédié à tous les combattants du Special Air Service. En 1989, le Secrétariat d'État chargé des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre a inscrit les cérémonies des 3 et 4 juin au programme national. Un monument dédié aux Parachutistes Français Libres, érigé à l'initiative de l'Amicale des Parachutistes, oeuvre du sculpteur J. Mélinand, a été inauguré sur le site du Moulin de Plumelec. Ce site, hautement symbolique, est le témoin de la participation des Français Libres en avant-garde des Armées Alliées au combat qui devait permettre à la France de retrouver honneur et liberté.

 

Les opérations des SAS en France. Photo Fondation de la France Libre

 

 

 

site internet externe : France Libre

 

Source : DMPA et Fondation de la France Libre