Les quatorze points de Wilson (8 janvier 1918)

Une diplomatie pour la paix. Déclaration sur les buts de guerre des Alliés faite en quatorze points par le président des Etats-Unis, W. Wilson, dans un discours prononcé le 8 janvier 1918.

 

Le livret Société des Nations : étude illustrée, publié en 1925 à consulter en lien www.wdl.org

Le 3 février 1917, la séance du Congrès américain dans laquelle le président Wilson annonça la rupture des relations diplomatiques avec l'Allemagne.
Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 

 

Lorsqu'éclate la guerre, Woodrow Wilson, déclare la neutralité des Etats-Unis. Mais avec la reprise de la guerre sous-marine à outrance et la découverte du télégramme Zimmermann dans lequel l'Allemagne aurait déclaré soutenir le Mexique pour une reconquête des Etats du sud - le Texas (intégré en 1845), l'Arizona et le Nouveau-Mexique, parmi les derniers territoires ralliés à l'union en 1912 - le Congrès l'autorise, le 6 avril 1917, à déclarer la guerre à l'Allemagne. Wilson mène alors une double politique : faire la guerre pour instaurer une paix durable.

 

Le général Pershing débarque à Boulogne du transport "Invicta", le 13 juin 1917.
Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 

 

En envoyant le corps expéditionnaire en Europe sous le commandement du général Pershing, il rompt avec la politique isolationniste de la doctrine Monroe - le 2 décembre 1823, le président James Monroe déclare que l'Amérique ne pourra plus faire l'objet d'une colonisation européenne, ainsi que toute intervention d'une puissance européenne serait considérée comme une manifestation inamicale, en échange de quoi, les Etats-Unis se refusent à intervenir dans les affaires européennes - ; et conduit en politique intérieure une campagne de mobilisation de la nation : recrutement, effort économique, aide aux populations civiles.

 

Le 8 janvier 1918, il prononce un discours en quatorze points sur les buts de guerre alliés et marque ainsi une évolution dans le règlement du conflit.

 

 


Les tentatives de médiation. Plaidoyer pour une diplomatie ouverte.

 

Dans les premiers mois de guerre en effet, lors de la première bataille de la Marne, le président américain tente vainement de se poser en médiateur auprès des chancelleries des belligérants (missions du colonel House). Il s'inscrit alors dans un courant en faveur de la paix, aux côtés du roi d'Espagne Alphonse XIII, du Pape Benoît XV, de Gustave V de Suède, et de personnalités suisses et vénézuéliennes.

 

Conscient qu'il "n'est pas sage encore de rechercher" les conditions d'un terrain d'entente en novembre 1914, il demande aux combattants dans son message de Noël de suspendre les armes, lettre morte à l'instar de son message en juillet de l'année suivante en faveur d'une paix rapide. Les négociations, selon le code diplomatique traditionnel, demeurent secrètes et bilatérales : le marquis italien D'Adda rencontre Théophile Delcassé en décembre 1914 sur les questions levantines, Alphonse XIII suggère à Wilson de se rapprocher de Zita de Habsbourg en décembre 1915, Hugo Stinnes, un industriel allemand, rencontre en mars 1916 pour le compte du Reich, le représentant japonais à Stockhom, en vue d'une paix séparée, de même que le comte Toerring-Jettenbach, proche par mariage du roi Albert Ier de Belgique, en février 1916, tente de négocier un apaisement germano-belge.

 

Fin 1916, le gouvernement allemand, assuré de sa supériorité militaire, fait une offre publique de négociation à l'Entente qui la rejette en raison de ses termes, notamment la demande d'évacuation française de la Haute Alsace.

 

 

Woodrow Wilson, President des Etats-Unis d’Amérique, 1919.
Source : Library of Congress

 

 

Woodrow Wilson saisit l'occasion pour demander à tous les belligérants, le 18 décembre 1916, de rendre publics leurs buts de guerre, condition à l'ouverture de négociations. L'Allemagne s'y refuse et dénonce l'ingérence des Etats-Unis et des neutres. L'Entente, bien qu'embarrassée par le présupposé américain - un accord entre les alliés sur les buts de son action - y donne suite dans une note du 10 janvier 1917, laquelle annonce de profonds changements en Europe tels que le respect des nationalités et leur droit à l'émancipation, qu'il faut interpréter en relation avec l'entrée en guerre des Etats-Unis à leurs côtés et la note du 12 janvier 1917 de Wilson aux Etats neutres où pointant la question des peuples "soumis" (colonies, question irlandaise, etc.)


La prise de position américaine, le retrait russe du conflit, l'intensification des mouvements de contestation et des mutineries, incitent les Empires Centraux à reprendre les négociations, timidement à l'initiative de l'Autriche-Hongrie, puis lors de rencontres à Lausanne (du 10 juin au 23 septembre 1917), entre le baron Van der Lacken, représentant de Guillaume II, et le Français Aristide Briand. Cette tentative, infructueuse cependant, montre une convergence des initiatives pour la paix en Europe et le retour de la diplomatie secrète. Les princes Sixte, officier de l'armée belge, et Xavier de Bourbon-Parme, frères de la princesse Zita, épouse du prince héritier de la couronne d'Autriche, rencontrent, à l'initiative de Paul Cambon au Quai d'Orsay, à Neuchâtel et Vienne le comte Erdoedy et le chancelier Czernin (février-mars 1917).

 

Les propositions autrichiennes seront refusées par l'Entente lors de la conférence de Saint-Jean-de-Maurienne (19 avril), d'autant que la conférence de Londres (5 septembre 1914) établissait l'impossibilité d'une paix séparée par un des membres de l'Entente - principe battu en brèche tout de même par la Russie.

 

D'autres initiatives de paix, la rencontre entre les comtes Revertera et Armand (7 et 22 août 1917) et la note pontificale de Benoît XV (15 août 1917), connaissent la même issue en raison des positions tranchées des Français, des Allemands et des Italiens. Des positions d'autant plus inextricables que l'année 1917 marque le tournant de la Première Guerre mondiale.

 

Les Empires centraux ont l'avantage militaire : Nivelle échoue au Chemin des Dames, les Italiens se replient derrière la Piave, alors que le front de l'Est s'effondre dans les affres de la Révolution russe (armistice germano-russe de Brest-Litovsk, le 15 décembre 1917) ; mais l'Entente trouve un second souffle avec l'entrée en guerre des Etats-Unis. Le danger cependant est autre : blocus maritimes, renchérissement du coût de la vie, sentiment d'inutilité des combats et perte de confiance dans les dirigeants militaires et politiques forment le terreau des mouvements de contestation : les grèves et les manifestations secouent l'arrière alors que les mutineries, réprimées par des bains de sang et des procès expéditifs, ébranlent les fronts. De part et d'autre, on attend l'effondrement de l'adversaire ; les chefs sont remplacés, de nouveaux plans de guerre pointent dans les états-majors.

 

Le rêve : Guillaume II, devant Soissons, fixant du doigt sur la carte le point où ses généraux doivent écraser l'armée française.
Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 



Les Quatorze points de Wilson

 

Conscient de l'impréparation des troupes américaines et de la position particulière des Etats-Unis, non-signataires du traité de l'Entente (septembre 1914), entrés en guerre tardivement et avec des buts de guerre différents de ses "alliés", Wilson continue ardemment son offensive internationale pour mettre fin à ce conflit que certains n'hésiteront pas à qualifier de "guerre civile européenne".

 

Il charge, à la fin d'octobre 1917, la Chambre des Représentants de demander aux Européens de formuler leurs buts de guerre. Déçu par l'attitude des nations en guerre, il en conclut qu'il faut substituer au système européen, vieux de trois siècles d'équilibre des forces où se mêlent allègrement les rivalités dynastiques et territoriales aux frustrations nationales dans une masse de négociations et de traités secrets, un nouvel ordre international capable d'éviter les guerres.

 

Dans un discours prononcé le 8 janvier 1918, le président Wilson présente en quatorze points une déclaration des buts de guerre des Etats-Unis, qui deviendra bientôt celle des Alliés. Il s'agit dans un premier temps, pour les Etats-Unis, de prendre position face à l'Entente, convaincue de la divergence de leurs buts de guerre, en particulier au sortir de la première réunion du Conseil supérieur interallié, en novembre 1917, où Italiens et Français se sont montrés réservés sur cette question.

 

S'alliant aux courants libéraux, il se pose alors en promoteur d'une diplomatie ouverte et de la création d'une Société des Nations - premier et dernier points de son discours - en relation avec un libéralisme économique : liberté des mers et limitation des barrières douanières, réduction des armements nationaux (troisième et quatrième points).

En héritier des "Pères fondateurs" des Etats-Unis, Wilson consacre le dernier point de son projet de création d'un "nouveau monde" au droit des peuples colonisés de disposer d'eux-mêmes, objet d'un différend avec les Anglo-Français décidés à se partager les anciens territoires coloniaux et zones d'influence allemands (Turquie, Perse, Chine). Le président américain traite ensuite des questions relatives à la fin de la guerre, lesquelles figuraient dans les buts de guerre des membres de l'Entente :

 

  • L'évacuation de la Russie, promue par Lloyd George, montre l'évolution de la politique étrangère britannique qui, jusqu'à l'effondrement de l'empire tsariste, était son principal concurrent, en Perse notamment. Il s'agit désormais d'empêcher les Allemands d'imposer leur domination à l'Est.

 

  • L'évacuation, la restauration de la Belgique et son droit à indemnisation, est au premier chef des buts de guerre britanniques exposés par leur Premier ministre devant le congrès des Trade Unions dans un long discours, le 4 janvier 1918.

 

Fêtes du 9 décembre 1918 à Strasbourg. Le Président de la République dépose une gerbe de roses devant la statue de Kléber.
Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 


En plus de ces buts de guerre qualifiés d'obligatoires, Wilson ajoute six autres points dits conditionnels, jugés non-indispensables selon lui pour le rétablissement de la paix. La restitution de l'Alsace-Lorraine à la France figure parmi les préoccupations de la Grande-Bretagne, qui se pose en un indéfectible allié. Le gouvernement anglais cependant justifie sa position non par rapport au traditionnel "tribut" dû au vainqueur mais en raison d'une injustice de 1871 : le rattachement des Alsaciens et Lorrains "sans la moindre attention portée aux voeux de la population". Le retour sans condition da la "ligne bleu horizon", la réparation du "tort fait à la France en 1871" sont les principales motivations françaises annoncées publiquement par le ministre des Affaires étrangères, Stephen Pichon, en janvier 1918, qui préfère mener une politique commerciale offensive à l'égard de l'Allemagne à partir des territoires retrouvés que de "faire la guerre", objectif affiché (et ultime) du gouvernement Clemenceau et de l'état-major français. La modification des frontières italiennes selon les limites des nationalités prouve l'écart de vues entre l'Entente et les Etats-Unis.

 

Août 1917. Sur le front italien, M. Poincaré décore un soldat italien en présence du roi Victor-Emmanuel III.
Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 

 


Victor-Emmanuel III avait en effet négocié son entrée en guerre aux côtés des Anglo-Français en échange de positions dans les Balkans (Tyrol du Sud, côte dalmate) lors du traité de Londres (avril 1915).

 

L' indépendance des peuples de l'empire austro-hongrois, entité multiethnique (Autrichiens, Magyars, Allemands, Italiens Slovènes, Tchèques, Slovaques, Polonais, etc.), en raison du droit des peuples à disposer d'eux mêmes, présente le même hiatus.

 

Les Britanniques, alors qu'ils affichent publiquement leurs buts de guerre, conduisent en secret, des négociations, en Suisse, avec des émissaires autrichiens et turcs, afin d'isoler diplomatiquement l'Allemagne, qui se verrait bien jouer un rôle au sein d'une Mitteleuropa, et de créer une zone de stabilité et de contre-poids à l'Est où, depuis décembre 1917, une guerre civile oppose les Bolcheviks aux contre-révolutionnaires. Le gouvernement britannique est alors favorable au maintien de la Double Monarchie, sur un mode fédératif auquel viendrait s'adjoindre la Pologne, en contradiction avec les 11e et 13e points wilsoniens concernant l'évacuation de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, les alliés de la première heure, et la création d'un Etat polonais avec libre accès à la mer, le "corridor de Dantzig".

 

Finalement, W.Wilson ne fait que déplacer et multiplier le problème des Etats-nations et des minorités nationales : la Roumanie des traités de paix comptera des millions de Hongrois et la Pologne des Allemands.

 


La question ottomane met à nouveau en évidence les divergences de vue entre les partenaires. Alors que Wilson, dans son douzième point, entend limiter la souveraineté ottomane aux seules régions turques, selon le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et garantir le libre usage des Dardanelles, Anglais, Français et Italiens avaient, dès le Traité de Londres, établi un plan de partage de l'empire ottoman. Les Britanniques reviennent sur leurs positions, allant jusqu'à proposer de reconnaître les droits particuliers des peuples de l'empire dans le cadre d'une suzeraineté turque purement formelle qui leur permettrait de renforcer leur présence dans ces régions.

 

Le président Wilson termine son discours par un appel à l'Allemagne, au nom de l'esprit de conciliation avec lequel l'Amérique aborderait la construction du nouvel ordre international : "Nous ne voulons pas la blesser ni faire obstacle en aucune façon à son influence ou à sa puissance légitimes. Nous ne voulons pas la combattre par les armes ou par des accords commerciaux hostiles [...] Nous voulons seulement qu'elle accepte une place d'égale parmi les peuples du monde".

 

 

Les "Quatorze Points", pierre angulaire des négociations de paix 1918 : année des révolutions

 

Jusqu'à l'été 1918 la situation est incertaine pour chacun des belligérants. Les contours d'une paix semblent vouloir se dessiner dans chaque camp où l'on mobilise ses ressources humaines et technologiques pour prendre l'avantage. Le 3 mars 1918, la paix germano-russe est signée, les empires centraux sont libérés du front de l'Est et peuvent ainsi concentrer leurs efforts sur le front occidental.

 

Hindenburg et Ludendorff renouent avec la guerre de mouvement et conduisent quatre attaques sur le territoire français : secteur de Saint-Quentin (mars-avril), sur le front d'Armentières (avril), autour du Chemin des Dames (mai), en Champagne (juillet). Peu concluantes et fort coûteuses en hommes et matériels, les attaques allemandes sont abandonnées, alors qu'à partir du 18 juillet s'enclenche la contre-offensive alliée en deux temps (plan Foch) : dégagement des poches allemandes de Picardie et d'Argonne, puis offensive générale sur l'ensemble du front.

 

Parallèlement, les troupes alliées l'emportent à Salonique, sur le front italien, en terre ottomane et en Asie avec l'entrée en guerre de la Chine. Les empires centraux sont aussi minés de l'intérieur par des mouvements de grèves dans les usines et des mutineries (Wilhelmshaven, Brême), des manifestations révolutionnaires de gauche (Cologne, Berlin, Budapest, Vienne, Sofia, en Bavière, en Rhénanie) et les revendications indépendantistes des Polonais, Tchèques, Croates, Serbes, Roumains.

 

Le 9 novembre 1918, une ultime révolution à Berlin provoquera la chute du gouvernement de Guillaume II. Le gouvernement social-démocrate Ebert-Scheidemann nomme une délégation pour demander un armistice.

 



1918 : l'année Wilson

 

A force de ténacité et porté par les événements, Wilson finit par rallier les membres de l'Entente à ses vues, nonobstant les réserves du gouvernement britannique concernant la liberté des mers et les demandes françaises de condamnation de l'Allemagne à verser des réparations aux populations civiles.

 

Les "Quatorze points" seront ainsi complétés, au cours de l'année 1918, par d'autres exposés et notes du président américain et de ses partenaires qui s'y réfèrent alors, le 4 juillet 1918, dans la déclaration "Quatre Buts de Guerre" des Alliés : l'anéantissement de la domination autocratique qui ne repose pas sur la volonté du peuple ; la convention de tous les Etats de régler, à l'avenir, leurs conflits dans la négociation et dans le respect du droit des peuples ; la reconnaissance du droit des peuples par tous les peuples ; l'institution d'une organisation internationale pour la paix.

 

Le président américain apparaît alors au niveau international comme une personnalité incontournable. Il est sollicité dès le 5 octobre par les gouvernements allemands, autrichiens et turcs pour conclure un armistice général sur la base des "Quatorze Points" : Max de Bade demande la paix dans un message au président américain (nuit du 3 au 4 octobre 1918) et Charles Ier, le 7 octobre. Les négociations sont ponctuées par quatre échanges de notes. Dans les deux premières, le gouvernement allemand doit préciser ses intentions (échanges des 8/9 et 12 octobre), les Alliés craignant une manoeuvre pour gagner du temps en vue de reprendre les combats. Les troisièmes courriers concernent les conditions de paix (20 et 23 octobre) ; dans le dernier échange, l'Allemagne accepte de capituler dans le cadre des conditions de l'armistice, de ne pas reprendre les armes et de mettre en place un gouvernement démocratique (24-26 octobre).

 

Pendant ce temps, en habile et ferme médiateur, Wilson laisse aux militaires l'initiative de mettre un terme aux combats. Le conseil interallié réuni à Senlis (Foch, Pétain, Haig et Pershing) accepte les conditions militaires d'un armistice le 25 octobre. C'est sur cette base que le gouvernement allemand, et avec lui ses alliés, acceptera de cesser les combats et d'entamer les négociations de paix.

 

En ce sens, on peut dire du discours de Wilson que "jamais encore on n'avait formulé des buts aussi révolutionnaires en les assortissants d'aussi peu de directives sur la manière de les mettre en oeuvre. Le monde auquel songeait Wilson se fondait sur le principe et non la force, sur le droit et non l'intérêt, et chacun, vainqueur ou vaincu, devait y trouver sa place." (H. Kissinger, Diplomatie, p. 206).

 



Les "Quatorze Points" de Wilson, vers un nouvel ordre international : naissance de la Société des nations (S.D.N.)

 

Le Palais Wilson de Genève en 1928, premier siège de la SDN.. Source : German Federal Archive

 

 

Fidèle à son principe que la démocratie génère la paix par l'égalité et la concertation, Wilson entend instaurer un nouvel ordre international dont la Société des Nations serait le moteur, garante de l'indépendance territoriale et politique de tous les Etats sans distinction aucune. Quatorzième point de son texte, la création d'une organisation internationale pour la paix en constitue le point d'orgue. Le "Pacte de la Société des Nations", mis au point par les Quatre Alliés, se retrouve dans les vingt-six articles de la première partie de chacun des traités qui rétablissent officiellement la paix : le traité de Versailles (28 juin 1919), le traité de Saint-Germain (10 septembre 1919), le traité de Neuilly (27 novembre 1919), le traité de Trianon (4 juin 1920), le traité de Sèvres (10 août 1920) remplacé par le traité de Lausanne (24 juillet 1923).

 

La naissance de la Société des Nations. Le 28 avril 1919, le président Wilson, debout devant la fenêtre du milieu,
donne lecture du pacte qui constitue la Société des Nations. Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 


Le Pacte de la S.D.N. se veut être le garant de la sécurité collective. Il repose alors sur un double contrat "garantir la paix et la sécurité internationales en prévenant ou réprimant les guerres et développer la coopération entre les nations dans tous les domaines pour favoriser les progrès culturel et social" ; l'engagement est ainsi individuel car chaque membre s'engage à privilégier l'arbitrage sur la force, et collectif puisque le recours à la force est issu d'une décision collective : "le droit de se fonder sur la force commune, non sur la force individuelle, des nations dont dépendra la paix générale" (Discours de Woodrow Wilson au Sénat, 1917).

 

La S.D.N. comprend trente-deux membres fondateurs, au premier rang desquels les quatre vainqueurs et les Etats neutres. Le siège de cette organisation internationale est domicilié à Genève (Suisse). Chaque Etat dispose d'une et une seule voix à l'Assemblée générale, lieu de négociation pour une action commune, qui se réunit pour débattre des menaces sur la paix.

 

Un Conseil, composé de cinq membres de droit (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie, Japon) et de quatre autres élus par l'Assemblée, assure la direction des actions de sauvegarde de la paix. Il propose ainsi à l'Assemblée les juges de la Cour de Justice (quinze juges élus pour neuf ans, siégeant à La Haye) ainsi que le Secrétaire général en charge de la permanence de l'institution.

 

L'initiative de W. Wilson, bien qu'à l'origine d'une transformation du droit international et de sa pratique, laquelle produira l'Organisation des Nations Unies en 1945, porte en elle sa propre contradiction : les Etats-Unis n'ont jamais pu adhérer à la S.D.N., le Sénat américain s'étant opposé à la ratification du traité de Versailles.

Source : MINDEF/SGA/DMPA