Les répressions en France en 1944

La répression de la Résistance fut menée à la fois par les forces de Vichy, par la Wehrmacht et par les services de police allemands. L'appareil répressif de Vichy s'appuyait sur un grand nombre de "polices", mais c'est la Milice française qui constitua l'organe le plus puissant, celui dont les prérogatives furent les plus importantes. De sa création, le 30 janvier 1943, jusqu'à la fin du régime de Vichy, à l'été 1944, la Milice de Joseph Darnand n'eut de cesse de traquer les juifs et les résistants, en particulier communistes et gaullistes. S'engageant dans une fuite en avant criminelle à mesure que sa défaite approchait, elle fut jusqu'au bout fidèle à Vichy et à l'occupant allemand, lui prêtant main-forte, par exemple, dans la répression sanglante des maquis. On peut classer dans les "guerres franco-françaises" cette lutte de la Milice contre les résistants.

 

Du côté de l'Occupant, la répression de la Résistance fut d'abord une tâche exclusivement policière avant de prendre une dimension militaire au cours de l'année 1943. Elle fut donc menée par la coopération entre l'armée régulière (Wehrmacht), les forces de la SS et les services policiers allemands (Sipo-SD). 

 

 

La répression de la Résistance en France est triple, menée à la fois, et parfois conjointement, par les forces de Vichy, par la Wehrmacht et par les services de police allemands. Pour Vichy, la lutte contre la Résistance s'imposait car elle représentait une triple menace. Tout d'abord, ses actions troublaient l'ordre public que Vichy se faisait fort de maintenir, aux yeux de la population française comme de l'Occupant. Ensuite, la Résistance représentait une menace à l'encontre de la Révolution nationale, le grand projet idéologique de politique intérieure défendu par le maréchal Pétain. Enfin, en appelant au sabotage et à la désorganisation de l'appareil productif français au service de l'effort de guerre allemand, la Résistance menaçait la collaboration d'Etat dans laquelle Vichy s'était engagée et qui lui permettait de conserver certaines marges d'action. Ces différentes raisons expliquent l'engagement sans retenue des différents services de Vichy dans la répression des résistants, en particulier communistes et gaullistes. L'appareil répressif de Vichy s'articule autour d'un grand nombre de services dont voici quelques exemples : Service de police anticommuniste (SPAC), Service de répression des menées antinationales (SRMAN), Brigades régionales de police de sûreté (BR), Renseignements généraux (RG), Section des affaires politiques (SAP), Police des questions juives (PQJ), Service des sociétés secrètes (SSS), Gendarmerie, Service d'ordre légionnaire (SOL) ou encore Milice française. De toutes ces "polices" de l'Etat français, c'est bien la Milice qui fut l'organe le plus puissant, investissant les rouages de Vichy au cours de l'année 1944. La Milice française se caractérisa par sa brutalité, ses membres les plus actifs, au sein des Francs-Gardes, s'engageant dans une spirale de violence criminelle à mesure que la défaite du Reich approchait.

 

  • Lantilly en Côte-d'Or, des militaires allemands ont capturé des résistants qui vont être exécutés. Copyright Archives allemandes

  • En mai 1944, les corps des résistants de Lantilly exécutés par les Allemands. Copyright Archives allemandes

  • Les Allemands brûlent des maisons après avoir fusillé 23 résistants à Lantilly, mai 1944. Copyright Archives allemandes

  • Dans la Drôme, des maquisards ont été exécutés sommairement par les Allemands, hiver 1943-1944. Copyright Collection particulière

  • Fusillade d'un jeune résistant condamné à mort par le tribunal militaire de la Feldkommandantur d'Amiens pour sabotage de lignes téléphoniques. Citadelle d'Amiens, novembre 1940. Copyright Collection particulière

  • En juin 1944, lors de la bataille du Mont Mouchet, 13 civils sont fusillés à Clavières (Cantal) par le SS Polizei Regiment 19. Le village est ensuite incendié. Copyright Collection particulière

  • Circulaire de la police de Vichy concernant des résistants recherchés, mars 1944 Copyright MRN

  • Dans son numéro du 24 mai 1943, le journal de la résistance L'Université Libre commémore la fusillade, le 27 mai 1942, d'intellectuels résistants, Politzer, Decour, Solomon, Dudach, Bauer. Copyright PP

À partir de l'été et de l'automne 1943, alors que la Résistance se renforce dans certaines zones rurales, les Allemands utilisent pour la première fois leurs troupes d'Occupation pour la combattre : la répression n'est plus une tâche uniquement policière, elle devient alors aussi une tâche militaire. La répression se fait de plus en  plus sévère et brutale et sa dimension militaire se renforce devant l'imminence d'un débarquement sur les côtes françaises, et plus encore après. De février 1944 à la retraite militaire allemande au mois d'août suivant, la lutte contre la Résistance prend la forme d'une guerre totale contre des partisans auxquels on dénie le statut de combattant. En mars 1944, un ordre du maréchal Keitel spécifie que les francs-tireurs capturés une arme à la main doivent être fusillés sur-le-champ et non plus livrés aux tribunaux militaires. La lutte sans merci contre les maquis, la traque sans relâche des résistants mais aussi, toujours, des juifs, est donc menée par la coopération entre l'armée régulière (Wehrmacht), les services policiers allemands (Sipo-SD) et la Waffen-SS. Si c'est une division SS qui perpétra le massacre d'Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944, ce fut en revanche la Wehrmacht qui réprima dans le sang le maquis du Vercors en juillet suivant. Les responsabilités dans la répression de la Résistance et les violences à l'encontre des civils sont donc partagées par les différentes composantes des troupes d'occupation, même si la majeure partie des massacres incombe aux unités de la Waffen-SS.