Libération de la poche de l'île de Ré

 

Face à l'avancée alliée à l'été 1944, Hitler ordonne aux secteurs fortifiés de la côte ouest de la France de résister.

 

Au printemps 1945, les armées de libération laissent ainsi à l'arrière des poches littorales de résistance allemande à Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire, sur l'Ile de Ré, l'île d'Oléron, à Royan, sur la Pointe de Grave et à La Rochelle.

 

Ce front est défendu par 100 000 hommes à l'abri derrière le puissant dispositif de l'organisation Todt du Mur de l'Atlantique : 1000 blockhaus, 1300 pièces d'artillerie protégés par des mines et des barbelés.

 

A partir de mai 1942, l'Ile de Ré est occupée par la marine allemande. Avec l'île d'Oléron, elle est un bastion avancé du dispositif de défense côtier du Mur de l'Atlantique en Charente-Maritime, et est destinée à protéger la base sous-marine de La Pallice.
 

Bunker de la Wehrmacht sur l'île de Ré. Source : Licence Creative Commons.

 

 

Les troupes allemandes installent leur quartier général à La Couarde. Le Kapitän zur See Oskar Günther assure le commandement militaire de l'île. Il a sous ses ordres 2 300 hommes, répartis en huit formations, composées de marins, de forces terrestres, de personnels au sol de l'armée de l'air et de d'un corps de détection radioélectrique.

 

Les troupes de marines rassemblent le groupe d'artillerie légère de marine n° 686 qui est installé sur l'île depuis fin avril 1942 et qui est formé de 953 marins ; le groupe d'artillerie côtière de marine n°282, constitué en 1940 et dont les 576 hommes protègent en particulier l'accès aux chenaux menant au port de La Pallice ; et le groupe d'artillerie antiaérienne de marine n°812, regroupant 876 soldats, qui assure la couverture aérienne avancée de la base sous-marine. La batterie Karola, commandée par le Kapitänleutnant Günter Meisenburg, et armée au début de l'année 1944 de deux tourelles doubles de 20,3 cm provenant du croiseur Seydlitz, constitue, avec ses quatre pièces d'une portée de 37 km, une véritable forteresse autonome. Elle est le fleuron du dispositif de défense côtier en avant-poste de le base de La Pallice.

 

Une station radioélectrique (2/3 Funkmess-Abteilung) située sur le phare des Baleines et composée de 24 hommes, surveille le secteur et émet des messages optiques. Une compagnie d'infanterie de forteresse (la 5/Festa LXXX) de 200 hommes, cantonnée dans le secteur d'Ars-en-Ré occupe les points d'appuis antichars et antipersonnels. Une compagnie antiaérienne de l'armée de l'air (la 4/gen Flak 195), sise sur la pointe de Sablanceaux, renforce la défense de la base de sous-marins.

 

A partir de janvier 1944, une compagnie italienne, détachée du bataillon San Marco de Bordeaux, et commandée par le capitaine Ascani, vient grossir les rangs des défenseurs allemands.

 





Avec le débarquement anglo-normand, l'activité de la Résistance s'intensifie et s'organise sur l'île de Ré. Le réseau rétais porte le nom de code de "Manipule". Il est placé sous l'autorité de l'officier des équipages à La Flotte, le commandant Marc (Ferdinand Couillaud). L'île est divisée en trois secteurs. Le secteur A (Ars, Saint-Clément, Les Portes) est dirigé par Jean Drillaud d'Ars-en-Ré. Le Secteur B (Saint-Martin, Le Bois Plage, La Couarde et Loix) est placé sous l'autorité de Bernard de La Bigne de Saint-Martin-de-Ré. Le secteur C (Sainte-Marie, La Noue, La Flotte, Rivedoux, Sablanceaux) est confié à Camille Perrain de La Noue. L'action de la Résistance se limite à la recherche de renseignements. Elle établit des contacts avec les soldats russes, polonais et italiens, dont le capitaine Ascani, des positions côtières, qui lui fournissent des informations sur l'état de la défense allemande : armement, effectifs, moral des troupes. Les renseignements sont transmis soit par liaison hertzienne au le détachement de l'armée de l'Atlantique établi à L'Aiguillon, soit par courrier au réseau "Alliance" et au régiment Guitton à La Rochelle.



En mai 1945, alors que les derniers points de résistance allemande cèdent progressivement au prix d'âpres combats, le capitaine de frégate Meyer, négociateur auprès des autorités allemandes de La Rochelle, obtient, en vertu de la convention d'octobre 1944, que l'Ile de Ré se rende en même temps que la Poche.

 

Sur place, pourtant, un incident met en péril les accords. Le 7 mai, en effet, décidé à obtenir par la force la capitulation de l'île, le colonel Schumaker des services secrets de renseignement américain, basé à L'Aiguillon, lance de sa propre initiative une opération commando et débarque à 19h30 à La Flotte. Les chefs du commando se font conduire au quartier général allemand de La Couarde et s'entretiennent avec le Kapitän zur See Oskar Günther. Informé de la situation, le commandement français désavoue l'entreprise et intime l'ordre à l' expédition de rembarquer ; chose faite le lendemain. La libération de l'Ile de Ré est effective le 9 mai 1945. Le 3e bataillon du 4e régiment de zouaves commandé par le chef de bataillon Ardouin est chargé d'occuper l'île et de désarmer les unités allemandes. Ce dernier installe son poste de commandement à la mairie de Saint-Martin-de-Ré, d'où il planifie l'occupation de l'île en trois secteurs, alors qu'il délègue auprès du Kapitän zur See des officiers afin de régler les aspects techniques de la capitulation, signée quelques heures plus tard à la mairie de Saint-Martin-de-Ré.

 

La garnison allemande est regroupée et internée à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, à La Couarde et à Rivedoux.

 

Les compagnies de zouaves secondées par des sections de déminages allemandes nettoient les plages et aident les canonniers-marins à inventorier le matériel militaire des anciens défenseurs. Cette action est continuée par le 1er bataillon du 114e régiment d'infanterie après leur départ, le 21 mai 1945.

 

Sources : BROTHE Eric, CHAZETTE Alain, REBERAC Fabien, Charente-Maritime Vendée 1939-1945, pp. 73-75, 203-205.