Pétain et la collaboration d'État

Le régime de Vichy, mis en place par le maréchal Pétain au lendemain de la défaite de juin 1940, dut dès ses débuts composer avec l'Occupant nazi. Si le Reich avait accepté le maintien d'un semblant de souveraineté française sur une partie du territoire national, c'est parce que le chef de l'Etat français s'était précocement et résolument engagé dans la voie d'une triple collaboration administrative, économique et militaire. L'entrée dans la collaboration devait permettre à Pétain de réaliser la Révolution nationale, son grand dessein de politique intérieure. Elle allait surtout permettre au IIIe Reich de faire de la France un rouage indispensable à son économie de guerre.

 

Parmi ceux que l'on qualifiait de "Kollabos" dans la France de 1944, il faut distinguer les tenants d'une collaboration d'Etat qui se voulait pragmatique de celle des "collaborationnistes". Les premiers, au nom du réalisme et de la Realpolitik, espéraient tirer bénéfice d'une collaboration permettant de pallier les retombées de la défaite militaire et de l'Occupation. Les seconds, tels Jacques Doriot ou Marcel Déat, épousaient de manière souvent inconditionnelle l'idéologie des vainqueurs et voulaient accentuer la politique de collaboration pour infléchir la nature de l'Etat français et lui donner une couleur plus totalitaire et fasciste. Ils s'accommodèrent parfaitement de l'Etat milicien instauré en 1944.

 

 

  • Affiche de propagande de Vichy louant le travail. Travail Famille Patrie est la devise de l’Etat français du maréchal Pétain. Copyright MRN

  • Affiche de propagande de Vichy consacrant la famille. Travail Famille Patrie est la devise de l’Etat français du maréchal Pétain. Copyright MRN

  • Affiche de propagande de Vichy célébrant la patrie. Travail Famille Patrie est la devise de l’Etat français du maréchal Pétain. Copyright MRN

  • Affiche de propagande de Vichy reprenant les termes d’un discours du maréchal Pétain. Copyright MRN

  • Affiche de propagande de Vichy en faveur de la "relève" et du travail en Allemagne. Copyright MRN

  • L’amiral Darlan, vice-président du conseil du maréchal Pétain. Copyright Collection particulière

  • Le maréchal Pétain et son chef de gouvernement, Pierre Laval, à Vichy, 1942-1943. Copyright Collection particulière

  • Affiche de propagande de Vichy en faveur de la légion tricolore qui doit combattre le bolchevisme sur le front russe. Copyright MRN

En novembre 1943, l'évolution du contexte militaire poussait le Maréchal à tenter de s'affranchir d'une tutelle allemande de plus en plus pesante, pour rétablir un pouvoir devenu à bien des égards fictif. En effet, non seulement l'armée allemande semblait de plus en plus en mauvaise posture sur le front de l'Est (défaites successives de Stalingrad et de Koursk), mais, de surcroît, son allié italien était en train de demander l'armistice aux Anglo-saxons qui étaient parvenus à débarquer dans l'Italie du Sud. En outre, à Alger, le 3 novembre 1943, le général de Gaulle avait réuni pour la première fois une assemblée consultative qui se voulait représentative de la totalité de la France combattante. Pétain, quant à lui, souhaitait reprendre la main vis-à-vis de son chef de gouvernement, Pierre Laval. Celui-ci présentait le double inconvénient d'être à la fois très impopulaire et de lui avoir été imposé par Hitler. Pétain et Laval ne poursuivaient pas exactement les mêmes objectifs politiques, même si un anticommunisme viscéral les rassemblait. Ainsi Laval déclarait-il dans son discours du 22 juin 1942 à propos de la situation en Europe : "Je souhaite la victoire de l'Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s'installerait partout". Le Maréchal restait convaincu de sa légitimité en tant que chef de l'Etat et il demeurait la colonne vertébrale du régime. Mais en 1944, il était étroitement surveillé par Cecil Renthe-Fink, "Délégué spécial diplomatique du Führer auprès du chef de l'Etat français". D'ailleurs, Hitler considérait dorénavant Pétain comme une simple "baudruche" et Laval comme celui qui devait régulièrement la "regonfler". En janvier 1944, des ultras étaient entrés dans le gouvernement de Vichy, tels Henriot ou Darnand. Ce dernier, à la tête de la Milice française chargée de la traque des juifs et des résistants, fera de l'année 1944 l'apogée de la répression en France.

 

Mais les manœuvres du Maréchal échouèrent, achevant de mettre fin à l'illusion d'un Etat français souverain de plus en plus difficile à faire accepter à l'opinion publique française. Et si l'occupant maintenait cette fiction, c'était pour mieux poursuivre son exploitation économique de la France. De même, confier le maintien de l'ordre aux forces de Vichy permettait de ne pas avoir à renforcer les troupes d'Occupation. Bref, l'année 1944 marque l'ultime étape du processus de satellisation de Vichy par le Reich.