Pierre Brossolette

1903-1944

Issu d'une famille profondément républicaine, il fait des études d'histoire. Entré premier à l'École Normale Supérieure en 1922, il est second de la promotion de l'agrégation en 1925, mais choisit la carrière de journaliste dans la presse écrite, notamment à Notre Temps, l'Europe Nouvelle et au Populaire, et radio diffusée (1936-1939). Il s'est spécialisé dans l'analyse de la politique internationale. Comme son père, il devient socialiste et adhère à la SFIO en 1930. Opposé aux accords de Munich de septembre 1938, qui prévoient le démantèlement de la Tchécoslovaquie, parce qu'ils sont déshonorants pour la France, partisan de ce qu'il appelait "l'esprit de résistance", il est exclu de la Radio nationale en février 1939. En septembre suivant, il est affecté comme lieutenant au 5e Régiment d'infanterie. Il se bat vaillamment en juin 1940, ce qui lui vaut la Croix de guerre. Démobilisé le 23 août 1940, il achète avec son épouse, une librairie-papeterie, rue de la Pompe. C'est là qu'il est contacté par des résistants du groupe du Musée de l'Homme au cours de l'hiver 1940-41.

 

Devenu le principal rédacteur de la publication clandestine, le Bulletin officiel du Comité national de Salut public, il rédige ainsi entièrement le dernier numéro après le démantèlement du réseau par la Gestapo. Devenu professeur d'histoire au Collège Sévigné, il est mis en contact par un de ses collègues avec le réseau de renseignement du colonel Rémy, la Confrérie Notre Dame, et durant l'hiver 1941-1942, organise sous le pseudonyme de Pedro, les liaisons entre Libération-Nord, l'Organisation Civile et Militaire et la France Libre. Toutes ces activités en font un connaisseur avisé de la France occupée, réclamé à Londres. 

A la fin du mois d'avril 1942, il s'envole pour la capitale anglaise où il propose au général de Gaulle de repartir en France pour y rallier à la France Libre d'éminentes personnalités politiques parmi lesquelles Louis Vallon, André Philip et Charles Vallin. Fait le 17 octobre 1942 Compagnon de la Libération, le commandant Bourgat, son pseudonyme dans la capitale anglaise, choisit de rejoindre les services secrets de la France combattante où il prend, fin septembre 1942, la direction du "Bloc opérations", trait d'union entre les Résistances intérieure et extérieure.

Avec Passy, le chef du BCRA, il est à l'origine des missions Arquebuse et Brumaire qui doivent organiser pour la zone nord au début de 1943, un comité de coordination équivalent à celui mis sur pied par Jean Moulin en zone libre. Cet organisme est ainsi créé en mars. En avril, il rejoint Londres et son poste au BCRA. En juin-juillet, il anime l'émission " Honneur et Patrie " à la BBC. En septembre, il est chargé d'installer en France le nouveau délégué du CFLN auprès des mouvements de la Résistance intérieure, Émile Bollaert (en remplacement de Jean Moulin arrêté le 21 juin 1943), et de travailler à la future organisation de la presse et de la radio à la libération.

Pendant trois mois, les deux hommes travaillent à colmater les brèches ouvertes dans la Résistance par les arrestations de l'été et de l'automne.

Appelés tous deux à Londres, ils sont arrêtés lors de leur embarquement le 3 février 1944.

 

Reconnu, emmené dans les locaux de la Gestapo, avenue Foch, Pierre Brossolette se défenestre du 5e étage pour ne pas parler sous la torture.

Il meurt le jour-même le 22 mars 1944. Ce combattant de l'ombre est bien - selon sa propre expression " un soutier de la gloire ".

Source : Christine Lévisse-Touzé, Fondation de la Résistance
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