Général Simon

Le général Simon sert en Indochine de 1951 à 1956. Au moment où débute la bataille de Diên Biên Phu, dans le Tonkin, il effectue son deuxième séjour dans le pays, à l’est de Saigon, en Cochinchine.

Témoignage.

Général Simon
Général Simon - © Cyril Caudron

Mon général, vous étiez lieutenant et commandiez le territoire de Xa-Bang, à l’est de Saigon. Quel était votre rôle ?

 

Les combats au Sud-Vietnam ont été aussi meurtriers que ceux du Tonkin. Notre mission était double : d'une part protéger la population en éliminant le système politico-militaire clandestin par lequel le Viêt-Minh s'efforçait de la contrôler. D'autre part, détruire les bataillons réguliers qui organisaient les attaques contre nos postes, assuraient les liaisons avec le Tonkin et les distributions des armes envoyées par la Chine et l'URSS. À la fin, les Russes les envoyaient par bateaux et les débarquaient à Ham-Tan, à la frontière, entre le sud de l'Annam et le nord-est de la Cochinchine. Les bataillons réguliers viêt-minh venaient les chercher et les distribuer dans toute la Cochinchine en faisant le tour par les rizières. Et c'est là que je les attendais pour les intercepter.

 

Comment avez-vous appris la défaite de Diên Biên Phu ?

 

Par le journal. J'étais abonné au journal de Saigon qui arrivait par convoi deux fois par semaine. C'est vous dire que ce n'était pas notre sujet principal.

 

Comment voyiez-vous les événements qui se passaient au Tonkin par rapport à ce qui se passait en Cochinchine ?

 

On ne les voyait pas. Je vivais très bien sans être au courant. Il faut penser que le commandement en chef depuis plusieurs années avait prélevé tout ce qu'il pouvait sur les effectifs de la Cochinchine. Il n'y avait plus en Cochinchine un seul légionnaire, un seul tirailleur nord-africain, un seul tirailleur africain. Tous étaient partis au Tonkin.

Et à nous d’agir avec un recrutement local qu'on racolait comme on pouvait, par exemple avec les sectes : Hoa-Hao, Binh-Xuyen et Caodaïstes qu'on essayait d'appâter et de mobiliser.

On avait plutôt de la rancœur contre le commandement en chef et les gens du Tonkin qui pompaient tout ce qu'ils pouvaient en nous laissant nous débrouiller. C'était ça le sentiment.

 

Qu'avez-vous pensé quand Diên Biên Phu est tombé ? Est-ce que cela vous a semblé être un moment décisif du conflit ?

 

Il n’y avait là bas que 5% du corps expéditionnaire, les autres continuaient à se battre et n'étaient pas encore morts ! On ignorait ce qui se passait à Genève. On ignorait l'aide chinoise. Ce qui a été décisif, c'est l'aide chinoise. Pas seulement localement, mais sur un plan stratégique. Les Chinois se sont lancés dans l'affaire et ça, personne ne le sait : il n’y a pas très longtemps qu'on le dit. Mais notre souci était plus proche… Personne n'en parle, mais il y a eu une bataille aussi dramatique que Diên Biên Phu, qui s'est déroulée dans le sud du plateau montagnard, c'est la retraite d'An-Khé (cf. encadré). On était beaucoup plus malheureux du désastre d'An-Khé que de celui de Diên Biên Phu. Diên Biên Phu a été un événement considérable mais son mérite principal n’est pas celui qu'on croit : c'est ce jour-là que la France civile s’est aperçue qu'on faisait la guerre en Indochine.

La rédaction

Pour en savoir plus

Biographie :

Né en 1926. Engagé en Indochine puis en Algérie, à la tête du commando d’Extrême-Orient.

Directeur du cabinet militaire du Premier ministre de 1981 à 1983.

Directeur de l’Association nationale des anciens et des amis de l’Indochine (ANAI) de 1986 à 2012.

La retraite d’An-Khé

Entre le 24 et le 28 juin 1954, les 3000 hommes du groupement mobile 100 tombent dans une série d’embuscades en tentant d’évacuer par la route le camp retranché d’An-Khé. Plus d’un millier d’entre eux sont tués ou portés disparus.