Sentinelles de pierre

Ouvrage collectif
Les sentinelles de pierre, tout au long de nos frontières, guettent inlassablement. Ces citadelles et forteresses forment un patrimoine monumental, parfois pittoresque, toujours spectaculaire...

Préface de Jean Dutourd, de l'Académie française Quand j'étais petit, je raffolais des châteaux forts, n 'en subsistât-il que des ruines. Mon père m'encourageait dans ce goût ; nous sillonnions la France en automobile ; ainsi ai-je visité des dizaines de vieux nids d'aigle, grisé par l'odeur d'humidité et de pierre qui s'en dégageait. À huit ans, à dix ans, je vivais plus dans le Moyen Age qu 'à mon époque, j'avais la tête pleine de poternes, d'échauguettes, de chemins de ronde, de meurtrières, de donjons, de barbacanes, de mâchicoulis. En

imagination, je peuplais ces décors de chevaliers et d'hommes d'armes à l'âme simple et violente. Les murs de trois mètres d'épaisseur me parlaient d'une époque de fortes vertus, où l'on se garantissait par la maçonnerie des entreprises du mal. Les brigands, les mercenaires en chômage, les bandes armées parcouraient les campagnes ; quand les paysans avaient vent de leur venue, ils se réfugiaient avec leurs pauvres biens, dans le château de leur seigneur, qui était là pour les protéger contre ces sauvages et qui était imprenable, ou presque. Cette mission du château fort me faisait rêver plus que toutes les autres. J'y voyais une justification de l'esprit féodal, qui était faite de devoirs autant que de droits.

Vers quatorze ou quinze ans, je n 'étais pas encore revenu de ma passion car c'est à cet âge ou à peu près que je vis pour la première fois la cité de Carcassonne, laquelle, naturellement, me plongea dans le ravissement. On eut beau me dire que Viollet-le-Duc était passé par là vers 1860 et que sans lui, il n'y aurait plus que quelques tours à demi-écroulées et quelques éboulis de remparts, la magie du paysage fut la plus forte. Que cette ville resserrée entre ses fortifications, montrant à tout le pays d'alentour un visage résolu de guerrier de pierre, fut authentique ou non m'était bien égal : elle ressuscitait à mes yeux ce qui me plaisait dans l'histoire de France. Beaucoup plus tard, alors que j'avais passé la quarantaine et que je m'étais quelque peu éloigné de la chevalerie, j'eus un éblouissement du même genre en Syrie devant le Krak des chevaliers qui m'apparut comme un immense fantôme de la présence franque en Orient.

Jusqu 'au XV siècle, les forteresses ont découpé sur le ciel leur splendeur martiale. Elles étaient hautes, formidables, orgueilleuses, entourées de douves profondes à l'eau noirâtre et stagnante dans lesquelles on se noyait immanquablement, pour peu que l'on portât une cuirasse. Quand on s'en approchait, on se sentait petit comme devant une montagne. Le seul moyen pour y pénétrer était un pont-levis qui n'était pas souvent baissé. Il n 'a pas fallu moins que l'invention de la poudre pour venir à bout des murs titanesques de l'architecture médiévale. Encore cela prit-il cent ans. Ce n'est qu 'au temps de Louis XII ou de François Ier que les canons commencèrent à être assez puissants et à lancer des boulets assez lourds pour faire des brèches dans les courtines féodales... Sentinelles de pierres Coédité par le MINDEF/SGA/DMPA et les éditions d'art Somogy Prix : 44,97 ?

Auteur :
Ouvrage collectif
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Coédité par MINDEF/SGA/DMPA et Editions d'art Somogy
Source : MINDEF/SGA/DMPA