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Aménagements « Résistances en Morvan : Chemins de Mémoire »

La plupart de ces sites se situent sur des itinéraires de randonnées pédestres, équestres, circuits VTT et sont proposés en e-randonnée.

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70 ans après, le Morvan offre une (re)découverte des lieux de Mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Stèles, plaques, cimetières, monuments... 21 sites ont été aménagés afin de poursuivre cette oeuvre de mémoire, de la mettre en valeur, de l'enrichir et de la comprendre. Ils sont reliés entre eux et s'inscrivent dans un circuit global avec une identité bien reconnaissable.

Lien direct vers le lieux de mémoire

 

Les aménagements « Résistances en Morvan : Chemins de Mémoire » mettent en valeur 21 sites mémoriels répartis sur onze communes : Saint-Brisson, Dun-les-Places, Saint-Agnan, Moux-en-Morvan, Ouroux-en-Morvan, Chaumard, Montsauche-les-Settons, Chalaux, Lormes, Saint-Martin-du-Puy et Marigny-l'Eglise.

 

L'ensemble de ces sites est réalisé avec une scénographie et un aménagement paysager particuliers :

 

- Chaque aménagement propose en effet un volume virtuel solide, en métal, couleur cuivre qui vient mettre en relief le lieu de mémoire.

 

- Chaque volume vous présente le contexte, les évènements et l'histoire du lieu, afin de vous comprendre pourquoi tel monument a été installé ici.

 

- Une unité se retrouve sur chaque aménagement par la présence d'une charte graphique : vocabulaire symbolique de la guerre et de la Résistance, typographie inspirée des années 1940 pour les titres, silhouette de maquisard, photos sérigraphiées, pictogrammes symboliques... tout est là pour vous faire reconnaître le lieu et le comprendre.

 

- Une palette végétale composée de graminées et de bouleaux vient compléter l'aménagement paysager.

 

Ces aménagements apportent une approche pédagogique et sensible à cette histoire, en proposant de :

 

- Découvrir l'Histoire de la Résistance et la Seconde Guerre mondiale ... Le Morvan, région montagneuse fortement boisée, est un refuge pour tous ceux qui cherchent à fuir la répression et continuer la lutte contre l'occupant.

 

- Partir sur les traces des maquis...

 

Dès 1943, des meneurs locaux créent des embryons de maquis. A partir du printemps 1944 leur nombre augmente et les maquisards affluent grâce aux parachutages d'armes alliées pour préparer les combats de la Libération.

 

- Se souvenir des villages-martyrs... Si les maquis libèrent à eux seuls l'essentiel du territoire morvandiau, la guerre laisse derrière elle un profond traumatisme lié à la barbarie nazie.

 

 

Plusieurs thèmes historiques sont abordés à travers ces aménagements :

 

LES MAQUIS

 

- Les débuts du Maquis Bernard - Croix Grenot, Saint-Brisson - L'hôpital du Maquis Camille - Vermot, Dun-les-Places - Hommage au Maquis Camille - Plainefas, Saint-Martin-du Puy - Le refuge du maquis Vauban - Chapelle Saint-Pierre, Saint-Agnan - Le Maquis des Fiottes - Bois des Fiottes, Moux-en-Morvan - Le Maquis de Chaumard - Bois de Chaumard

 

COMBATS ET ACTIONS ARMEES

 

- L'embuscade de la Verrerie - La Verrerie, Montsauche-les-Settons - La bataille de Vermot - Vermot, Dun-les-Places - La ferme des Goths, un camp imprenable - Chalaux - Les combats du 12 juin 1944 - Mairie, Lormes.

 

LES VILLAGES-MARTYRS

 

- Un village-martyr - Monument aux morts, Montsauche-les-Settons - Le massacre de Dun-les-Places - Eglise et cimetière de Dun-les-Places

 

LA LIBERATION

 

L'Etat-Major de la Résistance - Mairie, Ouroux-en-Morvan

 

LA REPRESSION

 

- Mémorial de la Résistance - Moux-en-Morvan - Le massacre du Maquis de Chaumard - Cimetière et stèle, Chaumard

 

LES ALLIES DANS LA GUERRE

 

- Accident d'un bombardier anglais - Cimetière - Saint-Brisson - Cimetière franco-britannique - Coeuzon, Ouroux-en-Morvan - Dramatiques parachutages - Mazignien et cimetière de Marigny-l'Eglise

 

Ces lieux de Mémoire vous attendent en Morvan, dans de magnifiques sites naturels.

 

La plupart de ces sites se situent sur des itinéraires de randonnées pédestres, équestres, circuits VTT et sont proposés en e-randonnée.

Étape 1 Autres lieux de mémoire

La bataille des haies

La bataille des haies se déroule dans le Bocage normand au mois de juillet 1944. Elle oppose la 1re armée américaine de Bradley au LXXXIVe corps de von Choltitz dans des conditions rendues plus difficiles encore par un temps très pluvieux et un sol détrempé. Dans les semaines qui suivent le Débarquement, l’armée américaine a rapidement progressé en Normandie et a pris, à la fin du mois de juin, Cherbourg, le « port de la libération », dont le rôle est essentiel pour assurer le ravitaillement des Alliés. Le général Bradley envisage alors de progresser vers le sud pour sortir du Cotentin et bénéficier d’un terrain plus propice à la manœuvre des blindés.


La supériorité matérielle américaine sur la Wehrmacht est réelle et ne cesse de se renforcer, jour après jour : à la mi-juillet, on compte trois fois plus d’hommes, cinq fois plus de chars et une maîtrise totale de l’air qui laissent envisager aux Américains une sortie rapide de cette zone marécageuse  difficilement pénétrable située à la base de la péninsule du Cotentin. Il n’en est rien. D’une part, en raison du mauvais temps persistant et d’un plafond nuageux très bas, l’appui de l’aviation n’est que de peu d’utilité. D’autre part, avec ses champs exigus et enclos, ses haies vives de la hauteur d’un char, couronnées de buissons épineux et de ronces, impénétrables et infranchissables, avec ses fossés de drainage qui constituent autant de tranchées de communication, le bocage constitue un formidable rempart naturel pour les Allemands. Le mois de juillet 1944 est particulièrement pluvieux, transformant en bourbier les champs dans lesquels les chars américains s’enlisent, offrant des cibles faciles aux chasseurs de chars allemands armés de leurs redoutables Panzerfaust et autres Panzerschreck. Dans ce labyrinthe végétal, les Allemands organisent un système défensif en profondeur reposant sur la présence de champ de mines, de nids de mitrailleuses et de mortiers parfaitement dissimulés. Les Américains sont surpris en découvrant ces haies si denses, si hautes, si différentes de ce qu’ils avaient pu voir lors de leurs entraînements dans le sud de l’Angleterre. Le général Collins dit du bocage normand qu’il n’avait rien à envier à ce qu’il avait vu de pire dans la jungle de Guadalcanal. Le terrain y est favorable aux défenseurs. Et ceux-ci sont pour nombre d’entre eux des combattants aguerris appartenant à des troupes d’élites comme les divisions parachutistes et SS.

 

 

De fait, les pertes américaines sont effrayantes : entre le 3 et le 14 juillet 1944, le VIIIe corps de Middleton perd 10 000 hommes pour un gain de 10 kilomètres, soit un homme par mètre gagné. Les pertes du VIIe corps de Collins ne sont pas moins élevées : entre le 4 et le 9 juillet, 7 000 soldats américains sont mis hors de combat. Durant la première quinzaine de juillet, la 1re armée de Bradley a perdu au total 40 000 hommes, à 90 % des fantassins. Mais la saignée est elle aussi importante du côté allemand, plusieurs bataillons de la 17e SS Götz von Berlichingen perdant alors les deux tiers de leurs effectifs. Certes, du côté américain, les pertes sont remplacées ; mais les nouveaux arrivants sont souvent inexpérimentés. Au total, près de la moitié des troupes américaines n’a jamais combattu avant la Normandie. Le taux de pertes chez ces soldats qui connaissent leur baptême du feu dans l’enfer des haies est largement supérieur à celui qui touche les soldats expérimentés. Aux blessures physiques s’ajoutent les blessures psychologiques : la brutalité de cette guerre, les conditions particulières dans lesquelles elle se déroule, la fatigue, la peur et l’omniprésence de la mort sont telles qu’en Normandie, les troubles neuropsychiatriques représentent à eux seuls 12 % des admissions dans les hôpitaux de campagne américains.

 

 

 


Du côté allemand, en revanche, les renforts sont loin de combler les pertes, comme le constate le général Rommel dans son rapport envoyé à Hitler le 17 juillet 1944 : « En regard des pertes que nous avons subies : 97 000 hommes dont 2 360 officiers, soit 2 500 à 3 000 hommes par jour, les renforts reçus jusqu’à ce jour ne sont que de 10 000 hommes dont 6 000 seulement sont actuellement parvenus sur la ligne de feu. Nos pertes en matériel sont immenses et n’ont été compensées que dans une proportion réduite ; par exemple, nous avons reçu 17 chars en tout pour remplacer les 225 chars perdus ». Le jour-même, Rommel est gravement blessé lors de l’attaque de sa voiture par un avion allié. Comme la plupart des généraux allemands, il pressentait l’effondrement de la Wehrmacht à l’ouest. C’est finalement l’opération de grande ampleur baptisée Cobra, du 25 au 31 juillet 1944, qui permet à la 1re armée américaine de se sortir du piège du bocage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Vue aérienne du bocage normand et de son paysage de haies spécifique. Copyright collection particulière

  • Un chasseur parachutiste allemand et sa mitrailleuse MG 42 en Normandie, été 1944. Copyright Bundesarchiv

  • Un GI américain se repose dans les environs de Saint-Lô, été 1944. Copyright US Nara

  • Copyright US Nara

  • Un cher Sherman M4 "Rhino" doté d'un dispositif lui permettant d'ouvrir des brèches dans les haies. Copyright US Nara

  • Des GI's américains avancent à travers la brèche créée dans une haie par un char "Rhino". Normandie, juin-juillet 1944. Copyright US Nara

  • Trois soldats américains avancent le long d'une haie typique du bocage normand, juin-juillet 1944. Copyright US Nara

  • Une patrouille américaine dans un petit chemin de campagne en Normandie, juin-juillet 1944. Copyright US Nara

La bataille de Normandie

La bataille de Normandie est l’un des affrontements majeurs de la Seconde Guerre mondiale. De par le nombre de soldats allemands qu’elle mobilise, de par les pertes qu’elle fait subir à une Wehrmacht qui ressort laminée de combats acharnés se finissant parfois au corps à corps,  cette bataille joue un rôle fondamental dans la libération de la France et dans celle de l’Europe de l’Ouest. De l’assaut sur les plages du débarquement à la retraite allemande dans le « couloir de la mort » à la mi-août et à la libération de Lisieux le 23 août 1944, la bataille de Normandie dure  environ 80 jours.  De l’enfer des haies aux faubourgs de Caen, ce sont presque trois mois d’une bataille âpre, souvent indécise, toujours violente. Pour les soldats mais aussi pour les civils. On dénombre 20 000 Normands tués (dont 14 000 pour la seule Basse-Normandie), pour la plupart victimes des bombardements aériens alliés, certaines localités étant totalement dévastées par de véritables tapis de bombes. Les Alliés perdent un peu plus de 200 000 hommes, dont 37 000 tués. Pour les Allemands, le bilan humain est difficile à établir, allant de 300 000 à 450 000 pertes, dont 55 000 à 60 000 tués. La Wehrmacht perd ainsi pas moins de la moitié des effectifs qu’elle a engagés en Normandie. La stratégie imposée par Hitler en personne consistait à tenir coûte que coûte pour contenir l’invasion alliée en attendant l’arrivée hypothétique des armes secrètes censées faire basculer le cours de la guerre. La guerre d’usure qui s’en est suivi a penché du côté des Alliés qui sont parvenus, grâce à un formidable effort logistique, à faire parvenir en Normandie toujours plus de munition, plus d’armement, plus de pétrole et plus d’hommes.


Au soir du 6 juin, les 156 000 soldats alliés mis à terre en Normandie font face à 80 000 soldats allemands. Dès lors, il est de la plus haute importance de consolider la tête de pont et l’avantage numérique en entravant le plus possible l’arrivée des renforts allemands. C’est la raison pour laquelle une dizaine de villes bas-normandes, qui étaient autant de nœuds routiers, sont rasées par les bombardements alliés, de Pont l’Evêque à Coutances en passant par Vire, Condé-sur-Noireau, Lisieux et Saint-Lô, « capitale des ruines ». De même, les infrastructures ferroviaires et les ponts sont particulièrement visés. Dans ces conditions, les renforts allemands peinent à arriver. Ils proviennent pour l’essentiel de Bretagne, du sud-ouest de la France et même de Scandinavie. Si les troupes allemandes n’affluent pas en masse vers le front normand, c’est aussi en raison du succès de l’opération d’intoxication du haut état-major allemand qui reste persuadé, jusqu’à la mi-juillet, que le débarquement de Normandie n’est qu’une diversion avant le véritable débarquement qui aura lieu, lui, dans le Pas-de-Calais. Les Allemands se privent ainsi de la XVe armée de von Salmuth, dont l’arrivée en Normandie dans les jours suivant immédiatement le débarquement, aurait sans aucun doute compliqué davantage la tâche des Alliés.


 Deux semaines après le D-Day, ceux-ci sont environ 640 000 sur le front normand, contre 250 000 allemands. Au 1er août, 1 600 000 soldats américains, britanniques et canadiens ont été engagés en Normandie, contre 510 000 Allemands, soit trois fois plus. L’armée allemande a les pires difficultés à remplacer ses pertes, le déséquilibre ne cessant de s’accentuer avec le temps. À l’est, le lancement de l’opération Bagration par l’Armée rouge, le 22 juin 1944, retient sur le front oriental près des deux tiers des effectifs de la Wehrmacht. Et pourtant, en dehors de quelques succès rapides, comme la prise, le 26 juin, de Cherbourg et de son port en eau profonde, capital pour assurer leur ravitaillement, les Alliés ont les pires difficultés à avancer, prenant un retard important par rapport au calendrier prévu par le haut commandement. Ainsi, Caen, qui devait être pris à J+1 n’est libéré totalement que le 19 juillet, après six semaines de combats acharnés et de lourdes pertes de part et d’autre. Et si les Britanniques et les Canadiens se sont longtemps cassés les dents sur le verrou blindé tendu devant Caen par les Panzerdivisionen, que dire des Américains pris au piège de « l’enfer des haies » dans le Bocage ?


Solidement campés sur leurs positions, les soldats allemands tiennent tête aux Alliés et les contraignent à une guerre d’attrition. L’infériorité de leurs effectifs est en partie compensée par le fait que la proportion des troupes combattantes par rapport aux services  logistiques est bien supérieure à ce qu’elle est dans les rangs alliés où ceux-ci représentent environ la moitié des hommes. Mais surtout, les combattants allemands sont beaucoup plus aguerris que leurs adversaires et appartiennent pour certains à des unités d’élite ayant fait leurs armes sur d’autres champs de bataille, comme un certain nombre de divisions blindées SS. A l’inverse, nombre de soldats anglo-américains débarquent en Normandie pour leur baptême du feu : c’est le cas pour 70 % d’entre eux. Enfin, le terrain est largement défavorable aux assaillants. Le bocage normand, avec ses champs enclos de haies touffues et impénétrables, offre aux Allemands de redoutables positions défensives dont ils tirent profit, infligeant de lourdes pertes aux Alliés tout au long du mois de juillet 1944.


Avantage de taille pour les Alliés : leur maîtrise du ciel est totale. Pour leurs aviateurs, le danger ne vient pas des avions de la Luftwaffe, mais des canons de la FLAK (artillerie antiaérienne), en particulier de ses canons de 88mm, utilisés aussi comme terribles armes anti-chars, efficaces jusqu’à une altitude de 8 000 mètres.  A terre, l’indéniable infériorité matérielle  allemande en termes quantitatifs est partiellement compensée par sa supériorité qualitative. Ainsi en va-t-il de la redoutable mitrailleuse allemande MG42, dont la cadence de tir de 1 500 coups à la minute est trois fois supérieure à celle des mitrailleuses américaines – Browning – et britanniques – Bren. Durant la bataille de Normandie, les Alliés engagent au total 8 700 chars et chasseurs de chars (tanks destroyers), contre 2 300 chars, canons d’assaut et chasseurs de chars du côté allemand. Mais la qualité des blindés allemands, les Tiger et autres Panther, surclasse celle des chars Churchill, Cromwell  et Sherman. Les divisions blindées constituent d’ailleurs le point fort de la Wehrmacht en Normandie. En revanche, son artillerie est insuffisamment motorisée, ce qui entraîne un recours massif aux attelages hippomobiles. Entre 2 600 et 3 600 chars alliés sont détruits en Normandie, contre 1 000 à 1 500 du côté allemand. Mais les chars de remplacement alliés parviennent si vite que leur nombre finit par dépasser leurs pertes, ce qui est loin d’être le cas pour l’armée allemande qui dirige l’essentiel de sa production vers le front de l’est. Bien que distant d’environ 2 000 kilomètres, le front oriental tient donc un rôle décisif dans le sort de la bataille de Normandie.

  • Chars Sherman du 30e Corps britannique dans les rue de Bayeux, libérée les 7 et 8 juin 1944. Copyright IWM - Réf. B 5685

  • Vue aérienne montrant la fumée après le bombardement des aciéries Colombelles, à l'est de Caen, par l'aviation britannique durant la bataille de Normandie. Copyright IWM - Réf. C 4476

  • Saint-Lô, détruite à 95 % par les bombardements de juin 1944, surnommée la "capitale des ruines". Copyright Conseil régional de Basse-Normandie / US Nara

  • Un char Cromwell et un groupe de soldats de l'infanterie britannique avancent le long d'un passage déminé délimité par un ruban près de Le Beny Bocage, 1er août 1944. Copyright IWM - Réf. B 8345

  • Canon auto-moteur de 105 mm du 31e Field Regiment de la Royal Artillery durant l'assaut sur Caen, le 17 juin 1944. Copyright IWM - Réf. B 5766

  • La place centrale de Falaise au 16 août 1944. Copyright Conseil régional de Basse-Normandie / Archives nationales du Canada

  • Chars Cromwell du 2e Northamptonshire Yeomanry, 11e division britannique, à Flers, le 17 août 1944. Copyright Imperial War Museums

  • Des soldats de l'infanterie canadienne marchent dans une rue dont le sol est parsemé de décombres, le 10 juillet 1944. Copyright Conseil régional de Basse-Normandie / US Nara

  • Les tankistes polonais de la 1re division blindée dans le chaos de la retraite allemende à la fin de la bataille de Normandie. Copyright Polish Government Ministry of Information Photo Service

  • Soldats de la 1re division blindée polonaise exténués après la bataille de la poche de Falaise (12-21 août 1944). Copyright IWM - Réf. HU 31069

  • Le Français libre et correspondant de guerre Pierre Lefevre enregistre un reportage tandis qu'un char Sherman progresse vers le champ de bataille. Normandie, 5 août 1944. Copyright IWM - Réf. B 8710

  • Un char Cromwell de la 14re division blindée polonaise utilise une haie pour se dissimuler durant l'opération Totalise en Normandie (8-10 août 1944). Copyright IWM - Réf. HU 99807

  • Un char Cromwell et une jeep passent devant un canon anti-char allemand de 88 mm abandonné durant l'opération Totalise (8-10 août 1944). Copyright IWM - Réf. B8833

  • À Caen, depuis la fenêtre d'une maison, le tireur d'élite Sutcliffe cherche la présence d'éventuels tireus allemand embusqués. Copyright IWM - Réf. B 6800

Les Normands dans la guerre

L’histoire des Normands pendant la bataille de Normandie est celle d’une population prise entre deux feux, perdue au beau milieu d’une bataille. Dans les jours qui suivent le débarquement, la situation est bien différente pour ceux qui vivent dans les zones libérées par les Alliés, autour de la tête de pont, et pour ceux qui survivent dans les zones encore occupées par les Allemands. C’est en Basse-Normandie que les combats sont les plus longs et les plus rudes ; c’est donc en Basse-Normandie que les populations souffrent le plus.


Dans les jours qui suivent, plus de 100 000 civils rescapés quittent les  villes détruites pour aller chercher refuge dans les villages et les fermes des alentours. C’est un véritable flot de réfugiés qui se déplace dans une région encore sous contrôle allemand. L’occupant fait peser une menace permanente sur les civils qui craignent en particulier la brutalité des SS. Plus de 500 civils normands sont sommairement exécutés, qu’ils soient résistants ou non, hommes, femmes et enfants. Dès les premiers parachutages de soldats alliés, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, certains habitants s’engagent dans la lutte contre les Allemands. C’est dans l’Orne que la résistance armée est la plus active, organisée en petits maquis bénéficiant du couvert boisé. De lourdes réquisitions pèsent également sur les civils. Si le ravitaillement en nourriture ne pose pas problème dans une campagne normande où abondent la viande et le lait, la question de l’hygiène se pose quant à elle de manière cruciale, du fait de l’entassement et de la promiscuité. La gale, par exemple, se développe de manière inquiétante.

 

  • Au matin du 18 juillet 1944, le village de Cagny, au sud-est de Caen, subit un violent bombardement aérien dans le cadre de l'opération Goodwood. Copyright Imperial War Museums. Réf. C 4475

  • Le général américain Collins, commandant du 7e corps qui a libéré le port de Cherbourg regarde la cité depuis son fort, en compagnie de quelques officiers. Copyright Imperial War Museums. Réf. EA 38531

  • 10 juillet 1944. Des civils passent devant un char Sherman dans les ruines de Caen. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6888

  • Vue du centre-ville de Caen montrant l'étendue des dégâts causés par les bombardements alliés. 9 juillet 1944. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6691

  • Vue du centre-ville de Caen montrant l'étendue des dégâts causés par les bombardements alliés. 9 juillet 1944. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6714

  • Des troupes britanniques se frayent un passage à travers les décombres dans les ruines de Caen, le 9 juillet 1944. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6727

  • Un soldat britannique porte une petite fille dans ses bras à travers les ruines de Caen, le 10 juillet 1944. Copyright Imperial War Museums. Réf. B 6781

  • Dans un champ près de la piste d'atterrissage de Matragny, en Normandie, deux paysans travaillent près de la carcasse d'un Ju-88 abattu par les Alliés. Copyright IWM - Réf. TR 2107

  • 18 juillet 1944, près de Caen. Une famille rentre dans son village de Buron, complètement détruit par les combats. Copyright IWM B

  • 10 juillet 1944, une jeep et des camions garés dans une rue dévastée de Caen. Copyright IWM B 6790

  • 9 juillet 1944, quelques uns des premiers soldats britanniques à entrer dans Caen posent avec des habitants devant des boutiques détruites. Copyright IWM B 6722

  • Une famille dont le domicile a été détruit par les bombardements a trouvé refuge dans le cloître de la cathédrale de Caen. Copyright IWM B 7101

À la fin du mois de juillet 1944, pas moins de deux millions de combattants s’affrontent dans une région peuplée par environ un million d’habitants. Durant les 80 jours que dure la bataille de Normandie, ceux-ci paient un lourd tribut à leur libération. Si quelques rares villes sont épargnées, telle Bayeux, une des toutes premières villes françaises libérée, nombreux sont les villages, les bourgs et les villes partiellement ou totalement détruits par les bombardements et les combats. Dans le cadre du « Transportation Plan », le haut commandement allié avait en effet planifié la destruction des principaux nœuds routiers en arrière des plages du débarquement afin d’entraver l’arrivée des renforts allemands, notamment blindés, sur la ligne de front. Il s’agissait de consolider la tête de pont tout en évitant une contre-attaque allemande. Pour cela avait été programmée la destruction d’une dizaine de villes bas-normandes  disposées en arc de cercle entre Pont l’Evêque et Coutances en passant par Vire, Condé-sur-Noireau, Lisieux et Saint-Lô,  « capitale des ruines ». Ces villes sont rasées par un véritable tapis de bombes qui s’abat sur elles les 6 et 7 juin. Près de 3 000 civils périssent alors, dont plus de 700 à Lisieux. Mais le calvaire de la ville ne fait commencer, elle qui est bombardée plus de vingt fois jusqu’à sa libération au mois d’août. Dans les jours suivants, Falaise, L’Aigle, Avranches, Valognes, Vimoutiers, Périers, Marigny, Saint-Hilaire-du-Harcouët, Mézidon, Domfront ou encore Thury-Harcourt sont également visés par l’aviation alliée. Au total, durant la bataille de Normandie, deux tiers des 20 000 civils normands tués périssent sous les bombardements aériens. De l’avis même des responsables alliés, ces bombardements stratégiques ne sont pas déterminants : ils ralentissent certes l’ennemi dans ses mouvements, mais ils ne le bloquent pas.

Si le début de la bataille de Normandie est marqué par ces bombardements dont l’ampleur est sans rapport avec les résultats obtenus, la fin de la bataille de Normandie est marquée par le bombardement du Havre qui reste quant à lui une plaie ouverte dans la mémoire normande. Transformée sur ordre d’Hitler en véritable forteresse, le port du Havre est protégé par une garnison de 12 000 Allemands  qui tiennent un redoutable système de défenses. Le port est un enjeu de haute importance pour les Alliés qui comptent sur lui pour assurer leur ravitaillement en carburant et en munition. Ce sont les Britanniques qui sont chargés de prendre libérer la ville. Le 5 septembre, 1944, l’aviation britannique détruit totalement le centre-ville du Havre, tuant sur le coup 1 100 habitants ; un bombardement massif qui ne visait aucune installation militaire. Jusqu’au 11 septembre 1944, Le Havre subit quatre autres bombardements aériens, en plus des tirs de l’artillerie de marine et de l’artillerie terrestre. La ville est libérée le 12 septembre : elle est rasée à 85 % et plus de 2 000 civils ont trouvé la mort sous les bombes alliées, dont 300 qui s’étaient réfugiés dans un tunnel qui s’est écroulé sur eux. Le lendemain, le journal Le Havre-Matin peut écrire : « Nous vous attendions dans la joie ; nous vous accueillons dans le deuil ».


En dépit de la souffrance et des destructions subies, la population normande ne manifeste pas d’hostilité envers ceux que la propagande de Vichy présente comme ses « libéra-tueurs ». Certes,  dans les villages et les villes détruits par les bombardements alliés, l’accueil est parfois réservé, dans la crainte surtout du retour des soldats allemands. Mais après s’être assurés du départ définitif de l’ennemi, les Normands se détendent et les témoignages des soldats alliés ayant traversé la Normandie libérée insistent tous sur les signes de reconnaissance à leur égard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La France comme champ de bataille

« Après tant de combats, de fureurs, de douleurs, voici venu le choc décisif, le choc tant espéré. Bien entendu, c’est la bataille de France et c’est la bataille de la France ! »

Le 6 juin 1944, pas ces quelques mots, le général de Gaulle confiait aux Français un rôle décisif dans la libération de leur pays. 

À la fin de 1944, la nation que le général de Gaulle évoquait dans son appel du 18 juin 1940 est finalement reconstituée. L'engagement dans le combat final doit permettre à la France de retrouver son rang de grande puissance. L’année 1944 est décisive puisqu’elle fait de la libération du territoire et de cette nouvelle campagne de France un enjeu stratégique fondamental. Le territoire français devient cette année-là le théâtre privilégié des opérations. En juin et juillet, elle est presque tout entière un champ de bataille. C'est en août que se placent les libérations de bon nombre de villes. Dans l'automne, la lutte redevient âpre.

Les libérations ne se réduisent pas aux seuls débarquements mais "Overlord", le 6 juin 1944, est une étape décisive de cette campagne de France. Il fallait gagner la « bataille des plages ». Cette opération "Overlord", placée sous le commandement du général Eisenhower, est lancée dans la nuit du 5 au 6 juin avec 5 divisions, plus de 5 000 navires et 10 000 avions. Pendant six semaines, les hommes avancent très difficilement en Normandie. Mais le 31 juillet, le général Patton exploite la percée d'Avranches, un tournant dans la bataille de France. La Bretagne est rapidement libérée, tandis qu'Américains, Anglais et Français de la 2e Division blindée (DB) marchent vers l'Est, décidant, après avoir hésité, à libérer Paris les 24, 25 et 26 août. Or, depuis le 15 août, Américains et Français avaient débarqué sur les côtes provençales; leur progression vers le Nord menaçant d'encerclement les forces de la Wehrmacht stationnées dans le Sud-Ouest. D'ailleurs, le 12 septembre 1944,  la jonction est réalisée entre les détachements de Français débarqués les uns en Normandie, les autres en Provence. La libération totale du territoire sera, cependant, laborieuse : en décembre 1944, Strasbourg est encore menacée par une contre-attaque de la Wehrmacht. Cette libération de la France intervient après quatre années d'Occupation. On pouvait craindre que n'éclate la guerre civile. Ce ne fut pas le cas, même si l'épuration fut parfois sévère.

Le général de Gaulle, plébiscité par le peuple de Paris, sut rétablir relativement vite l'ordre républicain. Les combats se poursuivent en Allemagne jusqu'à la capitulation du Reich, le 8 mai 1945. L'Armée rouge avait atteint la première Berlin, après avoir joué un rôle important dans le succès d'"Overlord", en immobilisant à l'Est un bon nombre de divisions de la Wehrmacht.

 

 

 

Revue juin/juillet 2017 n°259 Revue juin/juillet 2017 n°259

Le dossier

Les plages du débarquement

Normandie, 6 juin 1944

Le 5 novembre 1943, Hitler nomme le maréchal Erwin Rommel inspecteur général des côtes de la mer du Nord et de l'Atlantique. En tant que commandant du groupe d'armée B, il a sous son commandement la 7ème armée dont dépend le secteur s'étendant de la Bretagne au Cotentin. Le "renard du désert" est convaincu qu'au moment du débarquement, le sort de la bataille allait se jouer dans les deux jours : l'ennemi devra être repoussé à la mer dès les premières heures de la bataille pour l'empêcher d'établir une tête de pont et de débarquer davantage d'hommes et de matériel. Il entreprend donc de renforcer considérablement le "mur de l'Atlantique" car si les défenses allemandes sont très fortes sur le littoral du Pas-de-Calais, là où il semble le plus évident que les Alliés débarqueront, elles sont bien plus faibles ailleurs, en dehors des grands ports comme Cherbourg, ou Saint-Nazaire, transformés sur ordre du Führer en "Festungen", en forteresses. De son côté, le supérieur de Rommel, le maréchal Gerd von Rundstedt, commandant en chef du front Ouest depuis 1942, considérait le mur de l'Atlantique comme "un simple coup de bluff à deux sous".

Le maréchal Rommel sait que sa mission est essentielle pour l'avenir du Reich et il est déterminé à la mener à bien. Envisageant de plus en plus sérieusement l'hypothèse d'un débarquement allié sur les plages de l'ouest de la Normandie, il fait inonder les zones basses à la base du Cotentin et entreprend d'y renforcer les défenses : édification d'une seconde ligne de défense en arrière des côtes, multiplication des mines et des obstacles sur les plages, mise sous casemate des canons en encuvement. A la veille du Jour-J, dans la zone d'Overlord, environ 200 000 obstacles sont répartis des dunes au large : barrières métalliques provenant de la ligne de défense belge de 1940, troncs d'arbre obliques recouverts d'une lame en acier ou surmontés d'une mine, "hérissons tchèques" (ensemble de 3 poutres métalliques croisées en leur milieu et ancrées dans du béton). Des millions de mines ont été enfouies, des murs antichars réalisés, des kilomètres de fil barbelé déroulés. De plus, près de 2 000 blockhaus ont été construits par les travailleurs requis français et par des prisonniers de guerre italiens mis au service de l'Organisation Todt. Des tourelles de chars français capturés en 1940 sont fixées aux bunkers en béton pour former des "tobrouks", du nom d'une bataille en Libye. Bien que disséminées, ces défenses empêchaient tout débarquement nocturne, ainsi qu'un débarquement à marée haute. À marée basse, les "envahisseurs" seraient contraints de parcourir une grande distance à découvert, et seraient donc très vulnérables. Enfin, pour empêcher l'atterrissage de planeurs, des milliers de pieux en bois sont enfoncés sur les sites les plus probables : ce sont les  "asperges de Rommel". Pour défendre la Normandie, celui-ci dispose au total d'environ 80 000 hommes.
 
Le 29 janvier 1944, le maréchal allemand est en visite d'inspection sur le littoral normand. Après avoir traversé Colleville-sur-Mer, son convoi s'arrête au bord d'une falaise qui domine la plage des Sables d'or, longue de 7 kilomètres. Encaissée entre de hautes et abruptes falaises, parsemée d'obstacles naturels, parmi lesquels un remblai de galets d'une vingtaine de mètres de large bordé par un muret de pierres, surplombée de dunes et de collines, la plage est favorable aux défenseurs, à condition d'y aménager davantage de positions fortifiées. Cette plage, Rommel la rapproche de celle du golfe de Salerne où les Alliés ont débarqué le 9 septembre 1943. Se tournant alors vers Ernst Goth, le commandant du 916e régiment de grenadiers dont dépend le secteur, il dit : "Goth, c'est chez vous qu'ils arriveront". Cette plage, le commandant en chef de la 1ère armée américaine, le général Bradley, l'a baptisée Omaha.

À la veille du débarquement, les stratèges du SHAEF le savent bien : la plage d'Omaha sera la plus difficile à prendre, celle qui offre la topographie la moins favorable aux assaillants. Quinze positions de défense  - Widerstandsnester (WN) - numérotées de 60 à 74 ont été installées, dont douze dominent la plage qu'elles tiennent sous des feux croisés, entravant l'accès à l'intérieur des terres. Chacune d'entre elles possède  des canons (de 50 à 88 mm) ou une tourelle de char, des mitrailleuses, des mortiers. A Longues-sur-Mer (6 km à l'est) est installée une batterie de 4 canons de 152 mm, capable d'intervenir devant Omaha. Le secteur est défendu par 2 000 soldats allemands.
Située entre les plages d'Utah et de Gold, il n'est cependant pas envisageable de la laisser aux mains des Allemands. C'est la raison pour laquelle on compte sur le bombardement aérien et naval qui précédera l'heure H pour réduire le plus possible les défenses ennemies.



Les plages américaines : Utah et Omaha


Les plages d'Utah et d'Omaha doivent être prises par la 1ère armée américaine du général Bradley. Elles sont situées de part et d'autre de l'estuaire de la Vire. A l'ouest, le secteur d'Utah Beach est affecté à la 4e division. Au matin du 6 juin 1944, à 6h30, les soldats débarquent à 2 km au sud de l'objectif prévu, en raison des forts courants de marée qui ont déporté les barges de débarquement : au lieu de débarquer devant les dunes de Varreville, ils débarquent devant Sainte-Marie-du-Mont où les défenses allemandes sont plus faibles. Au soir, le débarquement sur Utah peut être considéré comme un succès : les pertes sont plus faibles que prévues– 300 hommes – et plus de 21 000 soldats ont pris pied sur la plage. Des sorties sont ouvertes pour les hommes et le matériel et une tête de pont est solidement établie après la jonction avec les éléments de la 82e  division aéroportée. Ce bilan très positif contraste terriblement avec celui d'Omaha.


La plage d'Omaha est située à l'est de l'estuaire de la Vire. Ce secteur est affecté aux hommes des 1ère et 29e divisions. Les bombardements aérien et naval qui devaient détruire les défenses allemandes, considérablement renforcées dans ce secteur, ont complètement raté leurs cibles. En outre, le dispositif allemand a été renforcé par une très bonne unité, la 352e division d'infanterie, bien pourvue en artillerie et dont les Américains ignorent la présence. La présence d'une telle division intacte sur le littoral est d'autant plus inquiétante que le débarquement ne se déroule pas comme prévu. Les chars amphibies chargés d'atteindre les plages les premiers afin d'appuyer les troupes d'assaut et les équipes du génie, dont la mission est de détruire les obstacles, coulent presque tous du fait d'une trop forte houle. C'est d'autant plus fâcheux que les Américains n'ont pas jugé utile d'embarquer avec eux les chars spéciaux conçus par le général britannique Hobbart pour détruire blockhaus et champs de mines. En outre, des courants font dériver les unités d'assaut dont certaines sont déportées 1 kilomètre trop à l'est du secteur qui leur avait été assigné. Sapeurs et GI's se trouvent alors mêlés et dispersés, œuvrant dans des secteurs qui ne correspondent pas à ceux qu'on leur a montrés à l'entraînement. Le chaos et la confusion règnent parmi les assaillants qui débarquent à découvert. Les Allemands attendent que les troupes débarquent pour ouvrir le feu. Les huit premières compagnies américaines des 116e et 16e RCT sont décimées. Les fantassins tentent de s'abriter derrière les obstacles des plages ou la levée. Sous le feu ennemi, les soldats du génie dégagent avec difficulté quelques chenaux pour les barges suivantes avant que la marée ne monte, subissant eux aussi de lourdes pertes. L'essentiel du matériel radio de la première vague est perdu, empêchant des communications normales avec le commandement.  Pour se protéger, les hommes ont tendance à se regrouper au centre de la plage, offrant ainsi une cible évidente pour les tireurs ennemis. La première vague à atteindre le rivage est presque totalement anéantie. La panique est telle qu'à 9 heures, le général Bradley, qui se trouve au large sur le croiseur Augusta, a le sentiment que ses troupes ont subi une défaite irréversible. Il envisage alors de se limiter à une tête de pont autour d'Utah et adresse au SHAEF un message par lequel il demande l'autorisation de renvoyer les troupes non encore débarquées vers la côte anglaise. Ce n'est qu'à 13h30 qu'il renonce à son projet de rembarquement, au vu de l'amélioration progressive de la situation. Plus à l'ouest, les combats menés à la Pointe du Hoc, plus brefs, furent eux aussi terriblement meurtriers. Au soir, 34 000 hommes avaient débarqué. La tête de pont était trois fois moins grande que celle initialement prévue. Mais les pertes étaient dix fois supérieures à celles subies à Utah : avec 3 000 tués, blessés ou disparus, soit 30 % du total des pertes alliées du Jour-J, Omaha était devenue Bloody Omaha, "Omaha la sanglante". Les difficultés que rencontrent les parachutistes américains dans le bocage, mais aussi les problèmes dus aux inondations dans la cuvette de Carentan retardent la jonction entre Utah et Omaha qui n'est effective que le 10 juin.

 

Les plages anglo-canadiennes : Gold, Juno, Sword
 
La 2e armée britannique, commandée par le général Dempsey, débarque à partir de 7h30 sur Gold, Juno et Sword, dans un secteur d'une quarantaine de kilomètres de large compris entre Arromanches, à l'ouest, et Merville, à l'embouchure de l'Orne, à l'est. L'objectif qui lui est assigné est de prendre Bayeux, de faire la jonction avec les troupes américaines à l'ouest et de prendre Caen pour protéger le flanc est de l'invasion. Les plages n'offrent pas la même toponymie que celles de Utah et d'Omaha: ici, pas d'obstacles naturels, pas de lagunes inondées ni de hautes falaises. En outre, la préparation d'artillerie navale a duré une heure de plus que du côté américain. L'approche des péniches de débarquement se fait donc dans d'assez bonnes conditions, en dépit du mauvais temps. Mais en, arrivant à proximité du rivage, les obstacles défensifs éventrent ou font chavirer un certain nombre de péniches. Et sur les plages, les défenseurs sont bien présents : 10 compagnies d'infanterie, 50 équipes de mortiers, 500 mitrailleuses et 90 pièces d'artillerie attendent les assaillants, l'arrière-pays étant gardé par 19 compagnies d'infanterie et par une vingtaine de batterie. De surcroît, la 21e Panzer est basée à Caen.

Sur le secteur de Gold, la 50e division britannique parvient à débarquer au prix de pertes légères : 25 000 hommes ont débarqué, 413 ont été tués. A la fin de la journée, la jonction avec les Américains d'Omaha n'est pas réalisée, mais les Britanniques tiennent les hauteurs d'Arromanches et de Port-en-Bessin, à 4 kilomètres au nord de ses positions prévues.

Sous les ordres du général Keller, la 3e division d’infanterie canadienne (au total près de 14 000 soldats) débarque sur la plage de Juno, au centre du dispositif britannique. La tâche des Canadiens est d’établir une tête de pont entre Courseulles et Saint-Aubin-sur-Mer. Ils doivent ensuite poursuivre vers l’aérodrome de Carpiquet. La 3e division d’infanterie canadienne reçoit pour mission d’occuper la route et le chemin de fer reliant Caen et Bayeux, qui doivent être prises par les Britanniques.
Après de sanglants combats sur les plages, les Canadiens prennent Courseulles et Bernières-sur-Mer. Dans l’après-midi, les Canadiens pénètrent à l’intérieur des terres jusqu’à Sainte-Croix et Banville. Appuyés par un escadron de chars, le régiment de la Chaudière libère Bény-sur-Mer. Il poursuit son avance et s’empare du point fort allemand des Moulineaux, une batterie de quatre canons de 105 mm, avant d’entrer dans Basly.
Le 6 juin au soir, les 24 000 Canadiens débarqués tiennent de solides positions. Pourtant, même si les troupes canadiennes ont avancé à l’intérieur des terres plus loin que tous les autres Alliés, les hommes du général Keller n’ont pas atteint leurs objectifs du Jour-J, les Britanniques n’ayant pu libérer ni Caen ni Bayeux. Les pertes canadiennes s’élèvent à 805 hommes, dont quelque 300 tués.

Dévolue à la 3e division d'infanterie britannique, Sword  est la plus orientale des plages. S'étendant entre les villes de Lion-sur-Mer et Ouistreham, à l'embouchure de l'Orne, la zone a été divisée en quatre grands secteurs. Mais compte tenu du relief côtier, l'attaque se fait surtout sur une bande de deux kilomètres de large, entre Hermanville-sur-Mer et Colleville. En bordure de mer, une solide ligne de villas a été investie en autant de postes de combat, tout comme le casino de Riva-Bella qui a été fortifié. Outre les défenses installées sur la plage ("hérissons tchèques", mines sur poteaux, etc.), des murs antichars et un grand fossé interdisent la pénétration des assaillants. Plus en arrière, des batteries sont implantées, prenant l'embouchure de l'Orne sous leurs feux. Quatre gros points fortifiés complétés de casemates ont été aménagés près d'Ouistreham et de Colleville.
Deux heures avant le début du débarquement, un intense bombardement aérien commence, relayé par un bombardement naval qui détruit des batteries à Villerville, Houlgate, Benerville et Ouistreham. La batterie de Merville, qui balayait l'estuaire de l'Orne, a été prise par les parachutistes de la 6e  aéroportée. Enfin, les plages sont systématiquement pilonnées.

Par une forte houle, les barges mettent à l'eau deux bataillons de chars amphibies du 22nd Dragoons (les "chars DD", des Sherman munis d'hélices et enfermé dans une "jupe" caoutchoutée leur permettant de flotter). 18 sur 40 sont noyés ou détruits par les mines ou les tirs ennemis. D'autres chars spéciaux sont débarqués comme les Sherman Crab dotés de chaînes rotatives destinées à faire exploser les mines enfouies dans le sable, ou les chars Churchill Crocodile munis d'un lance-flamme.

Puis vingt péniches de débarquement amènent sur la plage les hommes du 1er South Lancashire et du 2nd East Yorkshire. Des tirs allemands nourris fauchent les assaillants. C'est parmi ces premières vagues d'assaut que les pertes sur Sword sont les plus importantes.

À 7 h 30, les 177 Français du commando Kieffer, seule force terrestre française présente  sont débarqués et se regroupent immédiatement dans les ruines d'une colonie de vacances. Les assaillants se protègent derrière la dune ou le mur antichar qui borde la route, traversent les lignes de barbelés et s'élancent vers les premières lignes de maisons, sous le feu de l'ennemi.

Le débarquement de la 1ère Special Service Brigade reste associé au souvenir de Bill Millin, sonneur de cornemuse, à qui Lord Lovat demande de jouer "Hieland Laddie" puis "The road to the isles", ce qu'il fait, tout en avançant en pleine bataille. Il en fera de même, plus tard, sur le Pegasus Bridge.

La faible superficie de plage entre les premières lignes de maisons et le rivage ne favorise pas les Alliés qui subissent les tirs de mitrailleuses et de mortiers. Mais peu à peu, les tirs ennemis se font moins nourris, permettant une arrivée des troupes plus rapide.

La marée montante, en réduisant la surface de sable sec, entraîne la congestion de la plage encombrée de matériaux divers et de véhicules détruits, au point que les  débarquements doivent s'interrompre un moment. Nombre de blessés ne peuvent être évacués et beaucoup d'entre eux périssent noyés. Ce n'est qu'aux environs de midi que la plage est véritablement nettoyée. Les hommes du génie dégagent peu à peu des sorties qui permettent la reprise des opérations.

Entretemps, le commando Kieffer a réussi à investir le casino de Riva-Bella et à en chasser les défenseurs.  Dans ce même secteur, le 2nd East Yorkshire enlève la batterie fortifié de Riva-Bella et atteint le port. La 1ère brigade de commandos peut se déployer dans la campagne et avancer sur les ponts de l'Orne, se heurtant à une défense sporadique. Le  commando n° 6 se dirige quant à lui vers le pont de Bénouville (Pegasus Bridge), défendu contre les Allemands par des éléments de la 6e aéroportée. Le commando atteint l'ouvrage à midi, suivi du reste de la brigade : la jonction est opérée avec succès.
Au soir du 6 juin, les Alliés disposent d'une tête de pont de 8 km de profondeur. Ils ont atteint Varaville, Biéville et dépassé Ranville. Des points fortifiés sont établis. Hermanville, Colleville et Ouistreham sont ainsi libérés au prix de pertes plus légères que prévues : 28 000 hommes ont débarqué, 630 sont tués, blessés ou disparus.
Toutefois, si nombre d'objectifs ont ainsi été atteints, la résistance des soldats allemands a empêché la jonction totale de la 185e brigade avec les troupes canadiennes débarquées sur Juno Beach, et la ville de Caen est loin d'être investie. Une conférence de presse avait été prévue dans la ville à 16 h pour les correspondants de guerre alliés. Elle ne se tiendra qu'après le 6 juillet, date de libération de la ville.

Au total, au soir du 6 juin, 156 000 soldats alliés ont pris pied sur le sol normand au prix de pertes moins sévères qu'escomptées : on dénombre environ 10 000 tués, blessés ou disparus alors que l'état-major avait chiffré à 25 000 le nombre de pertes probable. Environ 3 000 civils normands ont péri sous les bombardements. Quant aux pertes allemandes, elles sont estimées entre 4 000 et 9 000.

 

 

 

 

 

 

  • Vue aérienne de navires de la Royal Navy massés au large de l'Ile de Wight avant de se diriger vers les plages normandes. Copyrignt Imperial War Museums (A 237 20 A)

  • 6 juin 1944 - Vue aérienne de la flotte alliée au large d'Omaha. Copyrignt Imperial War Museums (MH 24887)

  • 6 juin 1944 - Vue aérienne du secteur de Gold durant le débarquement de la 50e division britannique. Un fossé anti-chars est visible sur la gauche, en face de Ver-sur-Mer. Copyrignt Imperial War Museums (MH 24887)

  • Commandos de la Royal Navy s'apprêtant à faire exploser des hérissons tchèques posées sur les plages par les Allemands. Date et lieu inconnus. Copyrignt Imperial War Museums (A 23992)

  • Montage d'une pièce d'artillerie dans un buker allemand du nord de la France, le 21 juin 1943. Copyright Bundesarchiv

  • Le maréchal Rommel, à gauche, inspecte les défenses allemandes du Mur de l'Atlantique. Date inconnue. Imperial War Museums (HU 28594)

  • 5 juin 1944 - Un convoi de barges de débarquement transportant troupes et véhicules des 13e et 18e Royal Hussars vogue vers la Normandie. Imperial War Museums (B 5108)

  • 6 juin 1944 - Le HMS Orion fait feu sur des positions allemandes sur les côtes normandes. Imperial War Museums (FLM 4021)

  • 6 juin 1944 - Troupes canadiennes de la 3e division débarquant à Bernières dans le secteur de Juno Beach. Copyright Archives nationales du Canada, Phot. G. Milne (PA 137013)

  • 6 juin 1944 - L'infanterie canadienne débarque sur la plage de Juno Beach et marche en direction de Bernières-sur-Mer, le 6 juin 1944. SourceL'infanterie canadienne débarque sur la plage de Juno Beach et marche en direction de Bernières-sur-Mer. Copyright Archives Nationales du Canada.

  • 6 juin 1944 - Photo aérienne du débarquement sur Mike Beach, dans le secteur de Juno, à l'ouest de Courseulles-sur-Mer. Copyright Imperial War Museums (CL 41)

  • 6 juin 1944 - Photo aérienne montrant la jonction des troupes britanniques entre les plages de King Red et de King Green, dans le secteur de Juno. Copyright Imperial War Museums (CL 3947)

  • Le général britannique Percy Hobart, inventeur des chars modifiés dits Funnies. Copyright Imperial War Museums (H 20 697)

  • Char amphibie M5 ou M3 Stuart DD (Duplex Drive) munie de sa jupe imperméable en caoutchouc qui assure sa flottaison. Copyright Imperial War Museums (H 35181)

  • Char amphibie Sherman DD (Duplex Drive) utilisé sur les plages du débarquement. Copyright Imperial War Museums (MH 3660)

  • Char Bobbin, qui déroule un tapis de toile pour pouvoir avancer sur le sable mou. Copyright Imperial War Museums (H 37859)

  • Char Fascine destiné à combler les fossés anti-chars en y déversant des fagots de bois. Copyright Imperial War Museums (H 29043)

  • Une plage bondée de véhicules de différents types, peu après le débarquement. Copyright Imperial War Museums (A 23947)

  • Un char M3 Stuart britannique détruit sur une plage après le débarquement - Date inconnue Copyright Imperial War Museums (A 23946)

  • Sword Beach, la percée des Alliés - Copyright SGA-Com (Ministère des Armées)

Les déclarations du 6 juin 1944

Déclaration aux peuples d'Europe occidentale du général Eisenhower, diffusée par la BBC vers 9h30, le 6 juin 1944

 

"Peuples de l'Europe occidentale,

 

Les troupes des Forces Expéditionnaires Alliées ont débarqué sur les côtes de France.

 

Ce débarquement fait partie du plan concerté par les Nations unies, conjointement avec nos grands alliés Russes, pour la libération de l'Europe.

 

C'est à vous que j'adresse ce message. Même si le premier assaut n'a pas eu lieu sur votre territoire, l'heure de cette libération approche.

 

Tous les patriotes, hommes ou femmes, jeunes et vieux, ont un rôle à jouer dans notre marche vers la victoire finale. Aux membres des mouvements de Résistance dirigés de l'intérieur ou de l'extérieur, je dis : "Suivez les instructions que vous avez reçues !". Aux patriotes qui ne sont point membres de groupes de Résistance organisés je dis: "Continuez votre résistance auxiliaire, mais n'exposez pas vos vies inutilement : attendez l'heure où je vous donnerai le signal de vous dresser et de frapper l'ennemi. Le jour viendra où j'aurai besoin de votre force unie". Jusqu'à ce jour, je compte sur vous pour vous plier à la dure obligation d'une discipline impassible.

 

Citoyens français :

 

Je suis fier de commander une fois de plus les vaillants soldats de France. Luttant côte à côte avec leurs Alliés, ils s'apprêtent à prendre leur pleine part dans la libération de leur Patrie natale.

 

Parce que le premier débarquement a eu lieu sur votre territoire, je répète pour vous, avec une insistance encore plus grande, mon message aux peuples des autres pays occupés de l'Europe occidentale. Suivez les instructions de vos chefs. Un soulèvement prématuré de tous les Français risque de vous empêcher, quand l'heure décisive aura sonné, de mieux servir encore votre pays. Ne vous énervez pas et restez en alerte.

 

Comme commandant suprême des Forces expéditionnaires alliées, j'ai le devoir et la responsabilité de prendre toutes les mesures nécessaires à la conduite de la guerre. Je sais que je puis compter sur vous pour obéir aux ordres que je serai appelé à promulguer.

 

L'administration civile de la France doit effectivement être assurée par des Français. Chacun doit demeurer à son poste, à moins qu'il ne reçoive des instructions contraires. Ceux qui ont fait cause commune avec l'ennemi et qui ont trahi ainsi leur patrie seront révoqués. Quand la France sera libérée de ses oppresseurs, vous choisirez vous-mêmes vos représentants ainsi que le gouvernement sous l'autorité duquel vous voudrez vivre.

 

Au cours de cette campagne qui a pour but l'écrasement définitif de l'ennemi, peut-être aurez-vous à subir encore des pertes et des destructions. Mais si tragiques que soient ces épreuves, elles font partie du prix qu'exige la victoire. Je vous garantis que je ferai tout en mon pouvoir pour atténuer vos épreuves. Je sais que je puis compter sur votre fermeté, qui n'est pas moins grande aujourd'hui que par le passé. Les héroïques exploits des Français qui ont continué la lutte contre les Nazis et contre leurs satellites de Vichy, en France, en Italie et dans l'Empire français, ont été pour nous tous un modèle et une inspiration.

 

Ce débarquement ne fait que commencer la campagne d'Europe occidentale. Nous sommes à la veille de grandes batailles. Je demande à tous les hommes qui aiment la liberté d'être des nôtres. Que rien n'ébranle votre foi. Rien non plus n'arrêtera nos coups. Ensemble, nous vaincrons."

 

 

 

 

Déclaration à la Chambre des communes de Winston Churchill, vers midi, le 6 juin 1944

 

"Je pense que la Chambre doit avoir formellement connaissance de la libération de Rome par les armées alliées, placées sous le commandement du général Alexander, assisté pour les Etats-Unis par les généraux Clark et Oliver Leese qui commandaient respectivement les 5e et 8e armées. Il s'agit d'un événement mémorable et glorieux, qui vient récompenser les combats intenses des cinq derniers mois en Italie. […]

 

Je dois aussi annoncer à la Chambre que cette nuit et aux premières heures du jour, la première vague de notre débarquement en force sur le continent européen a commencé. L'assaut libérateur a lieu, cette fois, sur les côtes de France. Une immense armada, comprenant lus de quatre mille vaisseaux et plusieurs milliers de petites embarcations, a traversé la Manche. Des parachutages en masse ont été effectués avec succès derrière les lignes ennemies, et les débarquements sut les plages ont lieu en divers points au moment où je vous parle. Le feu des batteries côtières a été largement réduit au silence. Les obstacles qui avaient été dressés en mer n'ont pas été si ardus qu'on le craignait. Les alliés anglo-américains sont appuyés par environ 11 000 avions de premier rang qui peuvent être mobilisés selon les nécessités et les besoins de la bataille. Je ne peux naturellement pas livrer plus de détails. Les rapports se succèdent avec rapidité. Les commandants engagés dans ce combat écrivent que tout se déroule jusqu'à présent selon le plan prévu. Et quel plan ! Cette vaste opération est sans aucun doute la plus compliquée et la plus difficile qui ait jamais eu lieu. Elle doit tenir compte des marées, des vents, des vagues, de la visibilité en mer et dans les airs, et de l'emploi combiné des forces terrestres, aériennes et navales, au plus haut degrés de cohésion, face à des conditions qui ne pouvaient et qui ne peuvent pas être totalement prévues.

 

Nous avons d'ores et déjà l'espoir d'avoir obtenu un effet de surprise tactique, et nous espérons continuer de surprendre l'ennemi tout au long du combat. La bataille qui vient de commencer va s'étendre et s'intensifier au cours des semaines à venir, mais je ne prendrai pas le risque de spéculer sur son déroulement. J'aimerai toutefois dire ceci : une complète unité de vue prévaut au sein des armées alliées. Une même fraternité d'armes règne entre nous et nos amis des Etats-Unis. La confiance la plus totale est placée dans le commandant suprême, le général Eisenhower, et dans ses lieutenants, tout autant que dans le commandant de la Force expéditionnaire, le général Montgomery. L'ardeur et le moral de ces troupes, dont j'ai moi-même été témoin lors de leur embarquement ces derniers jours, offraient un spectacle splendide."

 

 

 

 

 

Déclaration du général de Gaulle diffusée par la BBC à 18 heures, le 6 juin 1944

 

"La Bataille suprême est engagée !

 

Après tant de combats, de fureurs, de douleurs, voici venu le choc décisif, le choc tant espéré. Bien entendu, c'est la bataille de France et c'est la bataille de la France !

 

D'immenses moyens d'attaque, c'est-à-dire, pour nous, de secours, ont commencé à déferler à partir des rivages de la vieille Angleterre. Devant ce dernier bastion de l'Europe à l'ouest fut arrêtée naguère la marée de l'oppression allemande. Voici qu'il est aujourd'hui la base de départ de l'offensive de la liberté. La France, submergée depuis quatre ans, mais non point réduite, ni vaincue, la France est debout pour y prendre part.

 

Pour les fils de France, où qu'ils soient, le devoir simple et sacré est de combattre par tous les moyens dont ils disposent. Il s'agit de détruire l'ennemi, l'ennemi qui écrase et souille la patrie, l'ennemi détesté, l'ennemi déshonoré.

 

L'ennemi va tout faire pour échapper à son destin. Il va s'acharner sur notre sol aussi longtemps que possible. Mais, il y a beau temps déjà qu'il n'est plus qu'un fauve qui recule. De Stalingrad à Tarnapol, des bords du Nil à Bizerte, de Tunis à Rome, il a pris maintenant l'habitude de la défaite.

 

Cette bataille, la France va la mener avec fureur. Elle va la mener en bon ordre. C'est ainsi que nous avons, depuis quinze cents ans, gagné chacune de nos victoires. C'est ainsi que nous gagnerons celle-là.

 

En bon ordre ! Pour nos armées de terre, de mer, de l'air, il n'y a point de problème. Jamais elles ne furent plus ardentes, plus habiles, plus disciplinées. L'Afrique, l'Italie, l'océan et le ciel ont vu leur force et leur gloire renaissantes. La terre natale les verra demain !

 

Pour la nation qui se bat, les poids et les poings liés, contre l'oppresseur armé jusqu'aux dents, le bon ordre dans la bataille exige plusieurs conditions.

 

La première est que les consignes données par le gouvernement français et par les chefs français qu'il a qualifiés pour le faire soient exactement suivies.

 

La seconde est que l'action menée par nous sur les arrières de l'ennemi soit conjuguée aussi étroitement que possible avec celle que mènent de front les armées alliées et françaises. Or, tout le monde doit prévoir que l'action des armées sera dure et sera longue. C'est dire que l'action des forces de la Résistance doit durer pour aller s'amplifiant jusqu'au moment de la déroute allemande.

 

La troisième condition est que tous ceux qui sont capables d'agir, soit par les armes, soit par les destructions, soit par le renseignement, soit par le refus du travail utile à l'ennemi, ne se laissent pas faire prisonniers. Que tous ceux-là se dérobent d'avance à la clôture ou à la déportation ! Quelles que soient les difficultés, tout vaut mieux que d'être mis hors de combat sans combattre.

 

La bataille de France a commencé. Il n'y a plus, dans la nation, dans l'Empire, dans les armées, qu'une seule et même volonté, qu'une seule et même espérance. Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes voici que reparaît le soleil de notre grandeur."

 

 

 

 

  • Le général Dwight Eisenhower dans son quartier général, le 1er février 1945. Copyright US Nara (80-G-331330)

Le jour-J

6 juin 1944

"Je dois annoncer à la Chambre que cette nuit et aux premières heures du jour, la première vague de notre débarquement en force sur le continent européen a commencé. […] Cette vaste opération est sans aucun doute la plus compliquée et la plus difficile qui ait jamais eu lieu." Ainsi Winston Churchill annonçait-il le début de l'opération Overlord ("Suzerain") dans sa déclaration à la Chambre des communes le 6 juin, à midi.

En tant que tel, le débarquement n'était pas une surprise, ni pour les députés britanniques, ni pour les Allemands qui avaient acquis la quasi-certitude qu'il aurait lieu. Ils en ignoraient cependant et la date et le lieu…

Le lieu : il fut un des secrets les mieux gardés de la guerre. Les Alliés avaient dépensé des trésors de ruse pour le préserver et intoxiquer l'ennemi en mettant sur pied, par exemple, Fortitude South. Cette vaste opération d'enfumage consistait à faire croire à un débarquement dans le Pas-de-Calais, avec constitution d'une véritable armée d'invasion factice commandée par le général Patton, chars Sherman gonflables, avions en contreplaqué et en toile, faux engins de débarquement et faux embarcadères, le tout magistralement mis en scène par une équipe de décorateurs de théâtre dans le Kent.

La date : elle fut incertaine jusqu'au dernier moment, jusqu'au fameux "OK,let's go !" lancé par le général Eisenhower dans la nuit du 4 ou 5 juin, après qu'on lui eut annoncé l'ouverture d'une fenêtre météo favorable pour le lendemain. Du côté allemand, les services météorologiques avaient été moins performants : la Kriegsmarine jugeait hautement improbable un débarquement entre le 5 et le 7 juin en raison des intempéries. Elle avait d'ailleurs annulé ses propres patrouilles. Quant au maréchal Rommel (commandant du groupe d'armées B sur le front de l'Ouest), confiant en ces mêmes prévisions météo, il s'était rendu en Allemagne pour célébrer l'anniversaire de sa femme et tenter de convaincre le Führer de déployer davantage de divisions blindées à l'Ouest.

C'est d'ailleurs sous son impulsion que le système défensif allemand sur les côtes normandes, un des maillons du "Mur de l'Atlantique", s'était renforcé depuis début 1944 : multiplication des mines et obstacles sur les plages, mais aussi inondations des terres basses, notamment à la limite du Cotentin. Redouté par les Allemands, le débarquement était espéré depuis de longs mois par Staline qui réclamait avec insistance à ses alliés l'ouverture d'un second front à l'ouest afin de soulager ses troupes à l'Est. De fait, depuis juin 1941, l'Armée rouge était seule à combattre sans répit la Wehrmacht sur le continent européen. Maintenant sur le front de l'Est une part importante des troupes allemandes, les Soviétiques allaient prendre leur part dans le succès des opérations sur le front ouest.

 


L'idée d'une invasion de grande ampleur de la France remontait à l'année 1942. Mais elle fut maintes fois reportée jusqu'à ce que sa planification ne débute véritablement en janvier 1944. La direction des opérations avait été confiée, au début de décembre 1943, au général américain Dwight Eisenhower, nommé commandant suprême de la force expéditionnaire (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force, SHAEF). Les cinq mois qui précédèrent le Jour-J furent donc décisifs pour assurer le succès de ce qui reste la plus grande opération combinée de l'histoire, tant par sa complexité que par les moyens mis en œuvre. La planification dans les moindres détails des opérations fit alors l'objet d'un soin extraordinaire.

 

 

 

Dans la nuit du 5 au 6 juin, à partir de minuit, les parachutistes des 82e et 101e divisions aéroportées américaines et de la 6e division aéroportée britannique sautent, respectivement, sur le Cotentin et à l'est de l'Orne. Au total, 17 000 hommes sont parachutés. Des planeurs transportant hommes, jeeps, mitrailleuses lourdes et armes anti-chars, atterrissent tant bien que mal dans les champs. La BBC diffuse toute une série de messages personnels à l'adresse de la Résistance française pour lancer les opérations de sabotage de grande envergure contre les voies et les moyens de communication prévus par le Bloc Planning. Précédant l'arrivée de l'armada de débarquement, 3 467 bombardiers lourds et 1 645 bombardiers moyens déversent leurs bombes contre les défenses côtières allemandes avec un succès très relatif.
 
À 5h45, le bombardement naval allié contre les places fortes et les batteries côtières allemandes débute.  Le plus souvent, il échoue lui aussi à atteindre ses cibles. Mais si leurs batteries ne sont pas détruites, le moral des défenseurs commence à être atteint par ce déluge de feu venu de la mer.

Ce n'est qu'entre 2 et 3 heures du matin que les quelques stations radars allemandes encore intactes avaient détecté l'écho de l'énorme flotte d'invasion précédée par un écran de 277 dragueur de mines. Celle-ci est composée de 1 200 bâtiments de guerre et de 5 700 navires de transport. Preuve que l'effet de surprise était réussi : pas un seul sous-marin allemand n'atteignit la Manche pour attaquer l'armada alliée. La partie d'Overlord concernant la traversée de la Manche avait été baptisée Neptune. Les trois premières marées voient débarquer 130 000 hommes, essentiellement américains, britanniques et canadiens, ainsi que 20 000 véhicules. Conformément au plan minutieusement préparé par le SHAEF, ils prennent pied sur cinq plages situées à la base orientale du Cotentin, entre Quinéville et Ouistreham : la 1ère armée américaine sur les plages d'Utah et Omaha, la 2e armée britannique, comprenant la 3e division canadiene, sur les plages de Gold, Juno et Sword.

Sur Utah Beach, la 4e division d'infanterie US atteint ses objectifs avec des pertes plus faibles que prévu. Plus à l'Est,  la 50e division britannique prit pied tout aussi promptement sur Gold Beach et s'enfonça rapidement vers l'intérieur des terres. Le débarquement de la 3e division britannique sur Sword Beach et de la 3e division canadienne dans le secteur de Juno Beach fut plus compliqué, la résistance des défenseurs y étant plus âpre. Débarqués sur Sword, les Français du commando Kieffer s'emparèrent du casino de Riva-Bella de Ouistreham au prix de lourdes pertes avant de faire leur jonction avec les hommes de la 6e aéroportée britannique à la hauteur du pont de Bénouville (Pegasus Bridge). Mais c'est sur Omaha Beach, longue plage incurvée surplombée de falaises, dont celles de la pointe du Hoc, plus à l'ouest, que les pertes alliées furent les plus importantes. Les défenses allemandes y étaient intactes, les bombardements aériens et navals ayant tous raté leurs cibles. Les mitrailleuses fauchèrent les premières vagues de soldats américains sortant à découvert des péniches de débarquement et les combattants de la Wehrmacht défendirent leurs positions avec acharnement. C'est au prix de très lourdes pertes, et après avoir un moment songé à abandonner purement et simplement cet objectif, que les 1re et 29e divisions d'infanterie américaines réussirent à prendre cet objectif. Pour les Américains, Omaha reste pour toujours Bloody Omaha, "Omaha le sanglante".

 


Au soir du 6 juin, l'opération Overlord est un succès. Côté allié, les pertes sont moins élevées que prévu, mais l'on dénombre tout de même 10 000 morts, blessés ou disparus, dont un quart sur la seule Omaha et un autre quart pour les 82e et 101e divisions aéroportées américaines. Les Alliés tiennent  plusieurs têtes de pont d'une dizaine de kilomètres de profondeur. La Bataille de Normandie peut débuter. Pour les belligérants, tout allait dépendait de leur capacité à monter en puissance dans les jours qui allaient suivre.

 

 

 

 

 

  • Sous contrôle allemand, une équipe de travailleurs installe des obstacles sur une plage normande - 1944. Copyright US Nara

  • Vue aérienne des navires de la Royal Navy massés au large de l'Ile de Wight avant leur départ pour les plages normandes. Copyright Imperial War Museums (A 237 20 A)

  • 5 juin 1944 - Le général Eisenhower s'adresse aux soldats de la 101e division aéroportée avant leur envol. Copyright US Nara

  • 6 juin 1944 - Une péniche de débarquement touchée par un tir ennemi est en feu alors qu'elle s'approche d'Omaha Beach. Copyright US Nara - US Coast Guard

  • 6 juin 1944 - Dans leur péniche de débarquement, des fantassins américains approchent d'Omaha Beach. Leurs fusils sont protégés de l'eau par un film imperméable. Copyright US Nara

  • 6 juin 1944 - Pour rendre hommage à leur camarade tombé sous les balles allemandes, des soldats américains ont disposés à côté de sa dépouille deux fusils en croix. Copyright US Nara

  • 6 juin 1944 - Soldats américains tombés sur la plage d'Omaha. Copyright US Nara

  • 6 juin 1944 - Secteur d'Omaha. Le survivant du naufrage d'une barge de débarquement américaine est aidé par ses camarades à sortir de l'eau. Copyright Imperial War Museums (EA 26319)

  • 6 juin 1944 - Soldats américains s'abritant derrière une digue à Utah Beach. Copyright US Nara

  • Utah Beach peu après le débarquement : casemate allemande dotée d'un canon de 88mm. Copyright US Nara

  • 6 juin 1944 - Queen beach, dans le secteur de Sword. Un groupe de prisonniers allemands regardent le remorquage d'une jeep à côté d'un Sherman Crabe. Copyright IWM (B 5089)

  • 6 juin 1944 - Dans le Cotentin, les cadavres des soldats tués dans le crash de leur planeur Horsa sont alignés devant celui-ci. Copyright US Nara

  • 6 juin 1944 - Planeur américain Horsa ayant atterri à Hiesville, derrière Utah Beach. Copyright US Nara

  • Dans la soirée du 6 juin 1944, des parachutistes de la 6e division aéroportée accrochent une remorque à une jeep qui vient d'être déchargée d'un planeur Horsa. Imperial War Museums (B 5200)

  • Photo aérienne de la zone de largage de la 6e aéroportée, entre Ranville et Amfreville, sur la rive droite de l'Orne. Des planeurs Horsa sont visibles. Copyright Imperial War Museums (MH 2076)

  • 6 juin 1944 - Chars Sherman DD et soldats britanniques avançant dans Ouistreham, dans le secteur de Sword. Copyright Imperial War Museums (MH 2013)

  • 6 juin 1944 - Soldats canadiens du régiment de la Chaudière arrivant à Bény-sur-Mer depuis Juno Beach. Copyright Archives nationales du Canada (PA 131436)

  • 6 juin 1944 - Soldats britanniques de la 50e division d'infanterie sur une route entre Ver-sur-Mer et Crepon. Copyright Imperial War Museums (B 5277)

  • 6 juin 1944 - Soldats de la 82e division aéroportée américaine patrouillant dans Sainte-Mère-Eglise libérée. Copyright US Nara

  • 7 juin 1944 - Soldats britanniques débarquant sur une des plages normandes.Copyright Imperial War Museums (A 24012)

  • 7 juin 1944 - Soldats américains à bord de canons automoteurs M12 de 15mm sur une plage dans le secteur de Gold. Copyright Imperial War Museums (B 5131)

  • 8 juin 1944 - Prisonniers allemands à la Pointe du Hoc. Copyright US Nara

  • Vue aérienne du port artificiel Mulberry d'Arromanches qui montre clairement l'efficacité du brise-lames. Copyright Imperial War Museums (C 4846)

  • Vue aérienne du port artificiel Mulberry d'Arromanches (jetées et brise-lames). Copyright Imperial War Museums (C 4626)

  • Vue aérienne de la ville de Vire après les bombardements du 6 juin 1944, l'église Notre-Dame est le seul édifice debout au milieu des immeubles en ruines. Copyright Archives Nationales du Canada

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