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La Résistance en action

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, alors que l'armada alliée se dirige vers les côtes normandes, la BBC diffuse, à compter de 21h15, 210 "messages personnels" à destination de la Résistance française. Ces messages codés donnent l'ordre de mettre en œuvre sur l'ensemble du territoire national les plans de mobilisation élaborés par le "Bloc Planning". Dirigé par le lieutenant-colonel Combaux, le Bloc Planning est une section du Bureau de renseignement et d'action de Londres (le BRAL, ex-BCRA). Son but est de planifier la participation de la Résistance française au succès de la stratégie alliée. La difficulté principale à laquelle se heurte le cerveau stratégique du Bloc Planning, le capitaine tchèque Miksche, engagé dans les Forces françaises libres, est l'ignorance du lieu du futur débarquement. Il met ainsi au point quatre scénarii dont l'un envisage un débarquement sur les côtes du Cotentin, qui serait combiné avec un autre débarquement sur les côtes méditerranéennes.

Les plans sont élaborés par le Bloc Planning en liaison avec la Résistance intérieure. A Londres, ils sont approuvés par le général Pierre-Marie Koenig, à la tête de l'état-major des FFI, par les services secrets britanniques (le Special Operations Executive, SOE) et par l'état_major interallié. Ils ont pour objectif d'entraver au maximum les forces d'occupation au moment du débarquement allié :
- le Plan Vert, préparé en liaison avec Résistance-Fer, consiste à paralyser le réseau ferroviaire ;
- le Plan Tortue, devenu par la suite Bibendum, vise à paralyser le système routier dans le quart nord-ouest de la France ;
- le Plan Violet prévoit le sabotage des lignes téléphoniques ;
- le Plan Bleu prévoit celui des lignes à haute tension pour priver de courant les voies ferrées électrifiées et les zones côtières.

Le Plan Rouge prévoit le déclenchement de la guérilla à partir de six zones difficilement accessibles : Morvan, Massif Central, Pyrénées, Alpes, Jura, Vosges. Considérées comme des "réduits", ces zones doivent servir de refuge et de base pour les maquis dont la mission est de harceler les arrières allemands.
Enfin, le Plan Caïman envisage des actions à mener en cas de second débarquement en Provence pour libérer le Sud-Ouest et certains secteurs alpins.

Approuvée par le général de Gaulle, l'"Instruction concernant l'emploi de la Résistance sur le plan militaire au cours des opérations de libération de la métropole" datée du 16 mai 1944 définissait une action "progressive et dosée" et visait à éviter une multiplication d'actions insurrectionnelles spontanées. Le principe avait d'ailleurs été approuvé par les Alliés lors d'une conférence de planification franco-anglo-américaine qui s'était tenue le 20 mai suivant. Les plans élaborés par le Bloc Planning devaient donc être réalisés progressivement, dans le temps et dans l'espace, en fonction de la progression des armées alliées et de l'évolution du théâtre des opérations.
Mais le 2 juin, le haut-commandement allié (SHAEF) décide, de manière unilatérale, de déclencher les actions sur l'ensemble du territoire national, y compris les ordres de déclenchement d'action généralisée. Il s'agit de semer la confusion dans les état-s-majors allemands et de les tromper sur le lieu où se produira l'effort principal afin de les maintenir dans l'incertitude et de tenir le plus possible de troupes éloignées du front normand. Cette décision entrait dans le cadre de la vaste opération d'intoxication baptisée Fortitude. Elle montrait néanmoins que la mobilisation de la Résistance française s'effectuait dans un contexte de tensions et d'incompréhension entre de Gaulle et les Alliés, entre les Alliés et la Résistance, entre les états-majors londoniens, qu'ils soient alliés ou français, et les formations agissant sur le terrain.
 
Au final, l'exécution des plans remporte un certain nombre de succès : l'arrivée des renforts ennemis, en particulier des divisions blindées, est considérablement retardée, ce qui permet d'établir de solides têtes de pont en Normandie. Enfin, l'état-major de la Wehrmacht reste persuadé, jusqu'à la mi-juillet, que le débarquement en Normandie n'est qu'une diversion en attendant le débarquement principal, qui doit avoir lieu dans le Pas-de-Calais.

Le Plan Vert est réalisé par des équipes de sabotage déjà bien rodées. Dans les vingt-quatre heures suivant le débarquement, la quasi-totalité des coupures de voies ferrées prévues est réalisée. A compter du 6 juin et durant tout l'été 1944, aucun train ne peut effectuer de long trajet sans subir une ou plusieurs interruptions et 820 locomotives sont endommagées. Quant aux voies ferrées remises en état, elles subissent très vite de nouvelles coupures. Mais les sabotages de la Résistance ne sont pas les seuls responsables de cette paralysie d'un réseau ferroviaire qui était également la cible des bombardements aériens alliés.
Le Plan Tortue est réalisé au gré des déplacements des soldats allemands : épandage de crève-pneus sur les chaussées, ponts et carrefours endommagés, arbres coupées mis en travers des routes, déplacements de panneaux indicateurs sont autant d'actions menées pour ralentir l'ennemi.
Le Plan Violet vise les lignes téléphoniques allemandes qui subissent 7 coupures le 6 juin 1944, 32 le lendemain. Près d'une centaine de coupures de câbles à longue distance sont effectuées pour le seul mois de juin.
Le Plan Bleu permet le sabotage d'un certain nombre de lignes à haute tension.

Plus problématique est la mise en œuvre du Plan Rouge. En effet, sur bien des aspects, le déclenchement de l'insurrection pouvait paraître prématuré. Au printemps 1944, les "maquisards" sont au nombre d'environ 50 000, concentrés essentiellement dans les zones de moyenne montagne.  Pour la plupart d'entre eux, ils sont mal équipés, mal armés. L'enthousiasme accompagnant l'annonce du débarquement entraîne un afflux massif de volontaires dans les maquis. Cela pose un problème d'encadrement, d'armement et donc d'efficacité militaire face à une Wehrmacht expérimentée et incomparablement mieux équipée. Certes, les parachutages de containers d'armes à la Résistance française s'accélèrent à l'été 1944. Mais il s'agit pour l'essentiel d'armes légères individuelles. Les armes collectives, mitrailleuses et mortiers, font cruellement défaut.

Dans les jours qui suivent le 6 juin 1944, des dizaines de communes passent sous le contrôle de la Résistance, en particulier dans le sud et dans les zones montagneuses et périphériques, au gré de la grande "montée au maquis". Ces libérations s'accompagnent parfois de proclamations du retour de la République, comme à Oyonnax où la "IVe République" est proclamée. Mais rapidement, la Wehrmacht se ressaisit et écrase les maquis qui menacent ses lignes de communication, en particulier dans la vallée du Rhône, et les accès aux cols alpins, voies de retraite vers les Vosges et l'Italie. La 157e division de montagne du général Pflaum mène ainsi les opérations de répression - les "Aktionen" - contre les maquis des Bauges, de l'Ain, du Vercors et de l'Oisans. Dans le Limousin, c'est la 2e division blindée de Waffen-SS "Das Reich" qui réprime violemment les maquis de la région. Ces opérations s'accompagnent de massacres d'une ampleur jusque là inconnue en France : Tulle (99 pendaisons) et Argenton-sur-Creuse (56 habitants massacrés) le 9 juin, Oradour-sur-Glane (642 habitants massacrés) le 10 juin, ou encore Vassieux-en-Vercors les 21 et 22 juillet (72 habitants massacrés). Au final, le bilan humain est lourd pour les combattants des maquis, devenus Forces françaises de l'intérieur (FFI) et pour les populations civiles. Refusant de reconnaître les FFI comme des combattants réguliers, l'armée allemande exécute sommairement tous ceux qu'elle capture, les assimilant à des "francs tireurs".

Craignant de ne plus maîtriser la situation, l'état-major du général Koenig envoie aux organisations de Résistance le télégramme suivant le 10 juin :
"Freiner au maximum activités de guérilla. Impossible actuellement nous ravitailler en armes et munitions en quantités suffisantes. Rompez partout contact dans mesure du possible pour permettre phase réorganisation. Evitez gros rassemblements. Constituez petits groupes isolés." Difficilement compris, ce coup d'arrêt fut difficilement applicable.

Certaines zones libérées par la Résistance sont épargnées : ce sont celles que les Allemands ne jugent pas stratégiques ou celles qu'ils n'ont pas les moyens de reprendre, comme les cantons de Mauriac dans le Cantal, ou de Vabre, dans le Tarn.

Quel bilan peut-on tirer de l'action de la Résistance à l'été 1944 puis pendant toute la campagne de France ? L'efficacité de la Résistance est difficilement quantifiable. Dans son ouvrage de mémoires intitulé Croisade en Europe, paru en 1949, le général Eisenhower dit des résistants français qu'ils ont "joué un rôle particulièrement important. Ils ont été extrêmement actifs en Bretagne, et, en tous points du front, ils nous ont aidé de mille façons. Sans eux, la libération de la France et la défaite de l'ennemi en Europe occidentale auraient été bien plus longues et nous aurait coûté davantage de pertes". Sans nul doute, les sabotages ont ralenti les communications allemandes. Sans nul doute, l'activité de harcèlement des maquis et des FFI a plongé la Wehrmacht dans un climat d'insécurité permanent qui a contribué à accélérer sa retraite. Sans nul doute, la Résistance a joué un rôle déterminent dans la libération du territoire national.

La préparation du Débarquement de Normandie

C'est le 6 décembre 1943 que le commandement suprême de l'opération Overlord échoit au général américain Dwight Eisenhower. La prépondérance américaine en troupes et en matériels justifiait le choix d'un ancien de West Point à ce poste. Logisticien de grand talent, doté des qualités de diplomate nécessaires à ses nouvelles responsabilités, "Ike" avait auparavant supervisé l'opération Torch et dirigé les campagnes de Tunisie, de Sicile et d'Italie avec succès. Le 17 janvier 1944, le COSSAC laisse la place au Supreme Headquarter, Allied Expeditionary Force (SHAEF). Basé à une quinzaine de kilomètres de Londres, l'état-major du commandement suprême des forces expéditionnaires alliées comprend le maréchal de l'air Tedder (chef adjoint des forces alliées), l'amiral Ramsay (commandant des forces navales), le maréchal de l'air Leigh-Mallory (commandant des forces aériennes), et le maréchal Montgomery (commandant des forces terrestres) auquel avaient été adjoints les généraux Bradley (à la tête de la 1ère armée américaine) et Dempsey (2ème armée britannique). C'est donc l'amiral Ramsay qui était chargé du versant naval du débarquement : l'opération Neptune. Le général Eisenhower lui dit : "Nous voulons traverser la Manche de nuit pour que l'obscurité dissimule notre importance et notre destination. Nous avons besoin de la lune pour nos parachutages. Nous avons besoin d'environ quarante minutes de jour avant l'heure H de l'assaut pour pouvoir parachever les bombardements préparatoires. Nous devons attaquer presque à marée basse afin de nous débarrasser des obstacles avant que la mer ne les recouvre". Le débarquement étant prévu pour le mois de mai 1944, il ne restait que cinq mois aux planificateurs du SHAEF pour mettre au point les détails de la plus grande opération combinée de l'histoire.

La tâche qui attendait le commandement allié était immense. La coordination de l'action des forces navales, aériennes et terrestres (coopération interarmées) était au cœur des préoccupations des responsables militaires, tout comme la réflexion entreprise autour de la mise en place d'une solide protection de la tête de pont  afin de la préserver des contre-attaques allemandes. Une fois le débarquement effectif, il était donc impératif de retarder l'arrivée des renforts allemands. Le problème de la logistique se posait également de manière aiguë. L'approvisionnement et le soutien des forces débarquées étaient de la plus haute importance, afin que ces dernières puissent déboucher le plus rapidement possible de la tête de pont. Enfin, à côté des moyens "traditionnels" employés, bombardements des voies de communications et des principaux points sensibles (nœuds routiers, gares ferroviaires), les Alliés mirent au point un vaste plan d'intoxication appelé Fortitude. Fortitude South reposait sur la création d'un corps d'armée fictif de 22 divisions commandé par le général Patton, sur des personnels arborant des insignes de divisions imaginaires et sur la fourniture de "Dummies" (engins factices), le tout gardé dans de véritables bases et garnisons implantées dans l'Est du Royaume-Uni.

Les capacités des Alliés en matière de renseignement ont facilité leur travail de préparation et ont compté dans le succès de l'opération Overlord. En effet, le décryptement des communications allemandes codées par la machine "Enigma" ainsi que des messages entre Berlin et Tokyo ont donné des informations capitales sur la perception allemande des intentions alliées. Cela permet de mesurer la réussite totale de Fortitude, les Allemands restant persuadés plusieurs semaines après le D-Day que les Alliés étaient sur le point d'opérer un autre débarquement, cette fois-ci dans le Pas-de-Calais. Ainsi, un décryptement du 15 juillet confirmait qu'une contre-offensive allemande ne serait lancée qu'une fois connue avec certitude l'emploi de l'armée Patton.


La préparation du débarquement passait également par de nombreux exercices sur des plages ressemblant à celles de Normandie. C'est, par exemple, l'exercice Tiger à Slapton Sands, dans le Devon, choisie en raison de sa ressemblance topographique avec Utah Beach, à la fin du mois d'avril 1944. Lors de celui-ci, l'attaque surprise de vedettes lance-torpilles allemandes et des tirs fratricides parmi les navires alliés entraînent un lourd bilan (638 morts, 300 blessés). Cet exercice donne à l'état-major allié un aperçu très concret des difficultés à venir et à résoudre.
 

 

 

Afin de réaliser la projection des forces à partir de la Grande-Bretagne vers la France, dans le but d'assurer leur stationnement, leur entraînement, des quantités énormes de matériel et d'équipement s'avèrent nécessaires. Seuls les Etats-Unis ont la capacité de les produire et de les acheminer en Grande-Bretagne, 3 liberty ships (paquebots armés) sortant chaque jour des chantiers navals américains en 1943. Ainsi, 17 millions de tonnes de marchandises sont au total expédiées de la côte est des Etats-Unis vers les ports du Royaume-Uni. L'opération d'acheminement des troupes et des matériels américains des Etats-Unis vers la Grande-Bretagne avait été baptisée Bolero, car sa montée en puissance, à l'approche du D-Day, évoquait celle, plus pacifique, de l'œuvre de Ravel. En plus des liberty ships, des paquebots de ligne avaient été réquisitionnés pour assurer les traversées transatlantiques, tels le Queen Mary et le Queen Elisabeth, capables d'accueillir à leurs bords 15 000 hommes à chaque traversée. De décembre 1943 à mai 1944, 2 divisions américaines arrivèrent tous les mois en Grande-Bretagne, les effectifs américains passant de 774 000 à 1 527 000 hommes qu'il fallait loger, nourrir, approvisionner et soigner dans les camps du Devon, du Somerset et du Dorset, au sud-ouest de l'Angleterre, où certains villages comptaient un Américain pour deux Britanniques. De leur côté, les forces britanniques et canadiennes sont stationnées dans les comtés du Sud et du Sud-Est de l'Angleterre. Ecoles, hôtels et pensions de famille sont réquisitionnés pour cantonner les soldats. Il fallait en outre leur fournir des terrains d'entraînement : des zones littorales entières sont transformées en terrains militaires et vidées de leurs habitants.

Du point de vue logistique, l'effort assuré par les Alliés est colossal. Pour ravitailler en carburant les troupes débarquées, les ingénieurs d'Overlord mettent au point d'énormes tambours flottants "Conundrum" sur lesquels est enroulé le pipe-line baptisé Pluto (Pipe-line under the ocean). Pour pallier l'absence de port en eaux profondes sur la zone de débarquement, ils conçoivent les ports "Mulberry", ports artificiels composés d'un assemblage de caissons de béton formant des quais. De plus, afin de protéger les plages de la houle, ils décident de couler au large un grand nombre de vieux navires qui formeront des brise-lames appelés "Gooseberry", tandis que des caissons de béton "Phoenix" seront posés sur le fond pour constituer une barrière solide. Pour contourner les obstacles naturels mais aussi les obstacles défensifs disposés en grand nombre par les Allemands sur les plages, les Alliés mettent au point toute une gamme d'engins spéciaux, des tanks baptisés "Funny" : chars "Crabs" dotés de chaînes rotatives pour faire sauter les mines, chars "Crocodiles" lance-flammes ou encore "poubelles volantes", véhicules blindés dotés d'un mortier de gros calibre pour détruire les bunkers allemands. En complément des renseignements précieux fournis par la Résistance française sur la nature et la position des défenses ennemies, les Alliés ont à leur disposition des milliers de photographies aériennes. Et dans les semaines qui précèdent le D-Day, de petites équipes vont jusqu'à prélever et rapporter en Angleterre du sable des plages du débarquement afin d'en étudier la structure…

 Rien n'était laissé au hasard dans la préparation de l'opération Overlord dont la minutie était à la hauteur des enjeux. Cependant, les exercices réalisés dans les mois et les semaines précédant le D-Day avaient mis au jour quelques défaillances importantes, notamment en ce qui concerne la coopération entre les forces terrestres et aériennes. A la veille du débarquement, les Alliés avaient fait le maximum pour en assurer le succès ; néanmoins, ils ne pouvaient pas tout maîtriser, et certains impondérables, notamment météorologiques, échappaient à leur contrôle.

 

  • Le général Frederick Morgan qui fut, en tant que COSSAC, l'un des principaux planificateurs d'Overlord. Imperial War Museums (EA 33078)

  • Le général Dwight Eisenhower, commandant suprême de la force expéditionnaire. Imperial War Museums (NYP 31355)

  • L'amiral Sir Bertram Ramsay, commandant en chef des forces navales pendant l'opération Neptune, le volet naval d'Overlord. Imperial War Museums (A 23443)

  • Avant le débarquement, exercice allié à Slapton Sands, dans le Devon (Angleterrre). 1944 Copyright US Nara - US Coast Guard

  • Vue aérienne de la batterie de Merville, à 3 kms à l'est de Ouistreham (secteur de Sword Beach) après son bombardement en mai 1944. Copyright Imperial War Museums

  • Carte Top Secret de la Pointe du Hoc réalisée par les Alliés. En date du 21 avril 1944, elle localise avec précision l'organisation des défenses allemandes. Copyright US Nara

  • 4 juin 1944 - Des bombardiers moyens de la 9e Air Force viennent de frapper la Pointe du Hoc. Copyright US Nara

  • Construction des caissons Phoenix devant servir de brise-lames - Weymouth, avril 1944. Copyright Imperial War Museums (A 25792)

  • Pipe-line rangé à terre avant d'être enroulé sur un tambour flottant Conodrum. Copyright Imperial War Museums (T 31)

  • Mise à l'eau d'un tambour flottant Conundrum dans le cadre de l'opération Pluto, juin 1944. Copyright Imperial War Museum (T30)

  • Pipie-line étant enroulé sur un tambour flottant Conundrum dans le cadre de l'opération Pluto, juin 1944. Copyright Imperial War Museums (T 32)

  • Planeurs Horsa en attente sur un terrain d'aviation anglais, 4-5 juin 1944. Copyright Imperial War Museums (H 39087)

  • 31 mai 1944 - Sur une base de planeurs de la RAF, en Angleterre, des membres des Womens Auxiliary Force réparent et plient les parachutes destinés aux troupes aéroportées. Copyright Imperial War Museums (TR 1783)

  • 22 avril 1944, des parachutistes britanniques à bord d'un Dakota de la RAF pour un saut d'entraînement. Copyright IWM (TR 1662)

  • Parachutistes de la 6e division aéroportée britannique recevant leur solde en monnaie française à la veille du Débarquement. Copyright Imperial War Museums (H 39081)

  • Des parachutistes de la 6e division aéroportée britannique sont briefés avant le début de l'opération Overlord, 4-5 juin 1944. Copyright Imperial War Museums (H 39089)

  • Le Major-General Richard Gale, de la 6e division aéroprtée britannique, s'adresse à ses hommes, 4-5 juin 1944. Copyright Imperial War Museums (H 39075)

  • Des parachutistes de la 6 division aéroportée britannique embarquant dans un Albemarle de la RAF au soir du 5 juin 1944. Copyright Imperial War Museums (H 39071)

Débarquer : le choix de la Normandie

L'idée d'un débarquement sur les côtes de France est le fruit d'une lente maturation. En janvier 1942, les Alliés décident de coordonner leur politique militaire lors de la conférence de Washington. L'Armée Rouge étant en mauvaise posture face aux attaques de la Wehrmacht, Staline réclamait l'ouverture d'un second front en Europe de l'Ouest afin de contraindre Hitler à prélever une partie de ses troupes sur le front de l'Est. Si Churchill préconisait de frapper l'Allemagne par la Méditerranée, qu'il considérait comme le "ventre mou " de l'Europe, les Américains étaient alors plutôt favorables à un débarquement près de Calais. Désigné sous le nom de code Sledgehammer ("Marteau-pilon"), il était envisagé au cours de l'été 1942. Il devait être la prémisse à une invasion de grande envergure de la France au début 1943 : l'opération Round-up ("Rassemblement"). Mais le cours des événements ne permit pas la réalisation de ces projets dans ces délais. Si l'Amérique pouvait fournir le matériel et les troupes nécessaires à la réalisation d'une opération de cette envergure, encore fallait-il pouvoir assurer leur transport vers le Royaume-Uni, sur des routes maritimes qui étaient alors infestées par les sous-marins allemands. Il revenait aux marines alliées de remporter la bataille de l'Atlantique, il revenait à l'industrie américaine de produire plus de navire que les Allemands ne pouvaient en couler.

En janvier 1943, lors de la conférence de Casablanca, Round-up est reporté à l'année 1944. Au mois de mars, sa planification est confiée au général britannique Morgan qui reçoit le titre de chef d'état-major du commandant en chef allié (Chief of Staff to the Supreme Allied Commander, COSSAC), celui-ci n'étant pas encore nommé. Fort d'une équipe comprenant tous ceux qui avaient préparé les opérations Torch et Sledgehammer, le COSSAC allait élaborer un nouveau plan d'invasion de l'Europe.

C'est lors de la conférence Rattle, qui se tint en Ecosse du 29 juin au 4 juillet 1943, que les Alliés choisirent le lieu du futur débarquement. Les grands ports en eaux profondes étant solidement défendus par les Allemands, c'est là également que fut prise la décision de créer des ports artificiels capables de débarquer troupes et matériels. Deux options s'offraient alors aux planificateurs du COSSAC : le Pas-de-Calais et la Normandie.

La solution qui semblait la plus évidente était le Pas-de-Calais car c'est là que la distance entre les côtes britanniques et françaises était la plus courte, autant pour le trafic maritime que pour la couverture aérienne. Néanmoins, c'est là également que les Allemands attendaient les Alliés : ils y avaient donc renforcé leurs défenses en conséquence. Mais attaquer par le Pas-de-Calais obligeait en réalité les navires mouillés dans les ports de l'Ouest de la Grande-Bretagne à un long voyage en suivant la côte méridionale de l'Angleterre.

En revanche, si l'on choisissait la Normandie, les convois pourraient converger vers une zone de rassemblement équidistante de tous les grands ports anglais. Les membres du COSSAC optèrent finalement pour la base occidentale du Cotentin, dans une zone située entre l'Orne et la Vire. Les défenses ennemies y étaient plus faibles que dans le Pas-de-Calais et la région de Caen offrait de vastes plages abritées des vents dominants. Ce choix fut définitivement approuvé lors de la conférence de Québec, en août 1943. Restait à mettre au point les détails de ce qui allait la plus grande opération combinée de l'histoire, tant par sa complexité que par les moyens mis en œuvre : l'opération Overlord ("Suzerain").

  • La conférence de Québec, du 10 au 24 août 1943. Le président américain Franklin Roosevelt, le gouverneur général du Canada Earl of Athlone, les premiers ministres canadien et britannique Mackenzie King et Winston Churchill. Copyright IWM (TR 1347)

Vers le Rhin

septembre-novembre 1944

Fin août 1 944 : débarquée à partir du 15 août en Provence, au sein de la 7e armée américaine que commande le général Patch, l'armée B du général de Lattre de Tassigny a libéré cette région et remonté la vallée du Rhône aux côtés des Américains, à la poursuite de la XIXe armée allemande en retraite, qui subit un désastre près de Montélimar.

Un obusier allemand détruit lors de la bataille de Montélimar, août 1944. © ECPAD/Auclaire

 

D'autres d'unités ennemies, dont celles de la 1re armée allemande, se dirigent également vers la Bourgogne depuis le Centre et le Sud-Ouest. Partout les maquisards ont en même temps intensifié leur activité et les FFI (forces françaises de l'intérieur) sont au combat.

 

C'est ainsi que la 1re DFL (division française libre) et les FFI vont libérer définitivement Lyon le 3 septembre. Entre-temps, les Français sont entrés dans l'Ain avec la 45e DIUS (division d'infanterie américaine), puis dans le Jura. Le 3 septembre, le général Patch s'entend avec de Lattre pour pousser ensemble vers Belfort grâce aux progrès déjà réalisés par le 6e CAUS (corps d'armée américain) du général Truscott. De Lattre en conséquence fait avancer ses 1er et 2e corps d'armée des généraux Béthouart et de Monsabert.

 

Sur le flanc droit de l'avance alliée, les Français livrent un dur combat à Mouthe, dans le sud du Doubs, pour s'ouvrir la route de Pontarlier tenue par des troupes russes de l'armée Vlassov alliée des nazis. Le 5, la ville est prise, les cosaques anéantis et le groupement Goutard fonce au nord-est atteignant Morteau et Maiche. Parvenu à Baume-les-Dames, le groupe Guillebaud isole Besançon par l'est mais des chars de la XIe panzerdivision contre-attaquent. La 3e DIA (division d'infanterie algérienne) établit le contact avec le maquis du Lomont, 2 500 FFI animés par le commandant Paul, qui tenait tête à l'ennemi depuis le 17 août. Les villes de Besançon, Vesoul, Lure, Luxeuil sont conquises par les Américains.

 

Mâcon est libéré par les unités du général Sudre. Sur le flanc gauche, au 2e corps d'armée, les opérations du général de Monsabert visent à prendre la Côte d'Or comme objectif immédiat. En Bourgogne, l'ennemi est déjà largement désorganisé par l'action des FFI et des SAS (special air service) car, venus de Bretagne en jeeps, des unités françaises et britanniques ont rejoint la région où elles harcèlent les Allemands ; d'autres sont parachutées comme le 3e SAS. Ainsi, le 4 septembre, se déroule à Sennecey-le-Grand un raid de commandos français mené par le capitaine de Combaud, au cours duquel est détruit un important convoi de camions armés, mais où la plupart des SAS trouvent la mort.

 

Des résistants du 2e bataillon FFI (forces françaises de l'intérieure) du Charolais, rattaché à la 1re division de marche d'infanterie

le 8 septembre 1944, en observation autour de la ville d'Autun qu'ils ont contribué à libérer. © ECPAD/Auclaire

 

La bataille d'Autun, livrée par l'armée B et les FFI, permet de bloquer les Allemands en retraite depuis le Sud-Ouest, entraînant la capture de milliers de prisonniers et la destruction de nombreux convois d'armement. Le 8 septembre, Beaune est libérée. Le général Touzier du Vigier, chef de la 1re division blindée, lance ses unités vers Dijon. Le 11, au matin, les spahis, les chasseurs d'Afrique etc. entrent dans la ville où de Monsabert installe son quartier général. Des éléments du 2e spahis continuent, avançant vers Langres, en Haute-Marne.

 

Arrivée des chars de la 1re division de marche d'infanterie à Nuits-Saint-Georges.

La division poursuit ensuite sa route vers Langres, septembre 1944. © ECPAD/Auclaire

 

C'est dans cette période-là que se déroule la jonction entre les forces alliées débarquées en Provence et celles venues de Normandie. Le 11 septembre, près de Saulieu, une patrouille du 3e peloton de reconnaissance rencontre des éléments du RMSM (régiment de marche des spahis marocains) de la 2e DB (division blindée) de Leclerc. Le 12, à Aisey, le capitaine Gaudet du 12e cuirassiers rencontre le capitaine Quérat de la 1re DB.

 

À Montbard, fusiliers-marins de la 1re DFL tombent sur des spahis du 1er RMSM. De son côté, amené par un avion venu de Brétigny, un officier de la 1re DB a gagné le poste de commandement (PC) du général Leclerc à Busson avant de revenir à Saulx-le-Duc.

 

À Courceau, le général Diego Brosset croise une patrouille de la 2e DB. Une jeep dans laquelle a pris place l'officier de liaison Eve Curie, fille des célèbres physiciens, atteint Châtillon où se trouve le PC des spahis de Leclerc avant de revenir vers la 1re DFL à Nuits-Saint-Georges.

 

Le 13, Langres est emporté par un assaut conjoint du 2e cuirassiers, du 3e zouaves, du 2e spahis, des FFI, des commandos de France, des artilleurs du 68e RA (régiment d'artillerie) fédérés par le général Sudre.

 

Chaumont, en Haute-Marne, est atteinte où le 2e spahis rejoint au contact la 2e DB.

 

La jonction des armées alliées a modifié le commandement général. Chef suprême des armées alliées, le général Eisenhower étend son autorité sur le 6e groupe d'armées US créé le 15 septembre sous les ordres du général Devers ; l'armée B y devient la 1re armée française, non plus subordonnée à la 7e armée US mais pourvue d'une autonomie opérationnelle.

 

La 1re armée doit rabattre sa manœuvre vers l'est, du nord de Lure à la frontière suisse avec pour objectifs Belfort, Mulhouse et le Rhin, tandis que les Américains se réservent la Moselle, les Vosges du Nord, le Bas-Rhin.

 

Face au front français, l'ennemi s'est constitué une ligne défensive qu'il va s'agir de rompre. Le 17, le général de Lattre donne le Rhin comme objectif à ses troupes. Son armée reçoit alors des renforts FFI qui sont transformés en unités régulières, au total 137 000 hommes, en même temps que les soldats de couleur de la Coloniale sont relevés ainsi que trois régiments nord-africains vont l'être. Ce sera "l'amalgame" que veut réussir de Lattre en intégrant peu à peu aux côtés de l'armée "régulière" des unités composées de résistants.

 

Le 24 septembre, le général de Gaulle se rend auprès de cette armée, décore de Lattre de Tassigny de l'Ordre de la Libération et fait officier de la Légion d'Honneur le général Diego Brosset.

 

Du 25 au 28, la lutte est sévère sur le front de la Haute-Saône où la 1re DFL prend des villages bien défendus par l'ennemi.

 

Au nord, jusqu'en octobre, se développe sans succès décisifs une bataille dans les Vosges, pour Le Thillot, La Bresse, vers Gérardmer, où luttent les Nord-Africains du général Guillaume, les parachutistes du 1er RCP (régiment de chasseurs parachutistes), les commandos d'Afrique.

 

Le 24 octobre, de Lattre charge Béthouart de déclencher par surprise une attaque dans le Doubs pour déboucher sur Belfort et Dannemarie. Trois jours plus tard, le général Devers entérine ce plan et fournit aux Français de l'artillerie lourde.

 

Le mois de novembre amène des intempéries très rudes, la neige tombant sans arrêt, désolant les combattants transis de froid qui souffrent sur les sommets ou dans la boue gelée des routes et des ravins. Le 13, arrivés en train à Besançon, Churchill et de Gaulle parcourent le secteur français, rencontrant de Lattre au camp de Valdahon.

 

Le général de Gaulle et Winston Churchill passent les troupes en revue dans l’est de la France, novembre 1944. © ECPAD

 

Le 14, à 11h15, l'offensive Béthouart démarre par un bombardement d'artillerie et à midi ses troupes s'élancent. La 9e division d'infanterie coloniale (DIC), la 2e division d'infanterie marocaine (DIM), la 5e DB du général de Vernejoul, le groupement Molle, attaquent. Un territoire de 5 km sur 15 est conquis. L'ennemi contre-attaque à Ecot mais le 15, partout, la ligne de résistance allemande est brisée. Le lendemain, les tanks entrent largement en action. Les CC (combat-command) 1, 2, 3, 4 et 5 progressent partout les jours suivants. Héricourt, Montbéliard sont prises. De sévères combats éclatent. Ainsi au village de Sainte-Marie, attaqué par le CC 5 de la 5e DB et où la lutte fut acharnée ou à Roche-lès-Blamont dont le 9e zouaves s'empare maison par maison.

 

Le 8e tirailleurs marocains, soutenu par les chars du CC 4, s'empare de Trémoins et de Tavey tandis que deux pelotons du 1er cuirassiers, suivis de Marocains, atteignent Héricourt à 1l h. À la nuit, les légionnaires du RMLE (régiment de marche de la légion étrangère) attaquent. Submergés, les Allemands sont défaits. Le 5e RTM (régiment de tirailleurs marocains) a réduit tous les points d'appui du Mont Bart, pris le fort, libéré le village de Bart et atteint à 17 h, le 17, Sainte-Suzanne et ses cités ouvrières.

 

Progression des chars français sur les routes sinueuses des Vosges, 1944. © ECPAD

 

Béthouart relance ses hommes en avant le 18 novembre pour l'effort suprême vers l'Alsace. Le général Carpentier attaque Belfort avec sa 2e DI marocaine dont les unités font des actions d'éclat. Le groupement Chappuis progresse, aidé par les commandos d'Afrique qui ont conquis le fort du Salbert. Les chars du 6e chasseurs d'Afrique sont à la pointe de l'avance. Durant quatre jours, la bataille de rues est générale dans Belfort. La prise de la ville précipite l'offensive vers l'Alsace.

 

Delle avait été conquise le 18 novembre par le RICM (régiment d'infanterie chars de marine) et des zouaves. La 1re DB a libéré Morvillars. Le CC 3 du colonel Caldairou, divisé en trois groupes, s'empare de Friesen, Largitzen, Pfetterhouse, Moernach, Seppois.

 

Enfin, le 19 novembre, depuis Jettingen, le peloton de chars du lieutenant de Loisy, du 2e chasseurs d'Afrique, atteint le Rhin le premier, à Rosenau, à 18h30. Le 20 novembre, la 1re division blindée investit Mulhouse où elle entre le lendemain.

 

Combats de la 1re division blindée pour la libération de Mulhouse, novembre 1944. © ECPAD/Viguier

 

Pour la 5e DB, les combats sont vifs à Montreux. La 1re DFL se bat les 19 et 20 novembre à Champagney, pris par le Bataillon du Pacifique, à Plancher-les-Mines. Le même jour, dans les Vosges, l'avance de la 3e DI algérienne du général Guillaume permet à ses spahis et FFI d'entrer à Gérardmer en ruines. Au soir du 21, Giromagny est atteint. Le 24 novembre, à Plancher-Bas, la jeep du général Diego Brosset dérape sur un pont et bascule dans le Rhin, causant la mort de l'officier.

 

L'offensive sur Colmar, combats du CC 6 de la 5e division blindée dans le secteur de Jebsheim. © ECPAD/Henri Malin

 

La 1re armée française campée sur ses positions gagnées très durement va entamer dès lors sa campagne d'Alsace qui se terminera par la libération de Colmar avant l'entrée en Allemagne.

Ministère de la défense/SGA/DPMA

Libye-Égypte 1941-1943

Le Fezzan

 

Durant l'hiver 1940, la Libye devient une cible aux yeux des Alliés : pour les Britanniques, qui ont contenu, à l'est, les attaques italiennes, et pour les Français Libres qui ont rallié, au sud, le Tchad. Le 2 décembre 1940, à Fort-Lamy, le colonel Leclerc prend le commandement des troupes d'Afrique Équatoriale Française. Son but est d'attaquer les Italiens dans le Fezzan où leurs compagnies sont solidement implantées.

 

Fort-Lamy, décembre 1940, Leclerc prend le commandement des troupes du Tchad. © ECPAD

 

Parallèlement, les Britanniques, qui ont lancé l'offensive en direction de la Tripolitaine, veulent mener des raids dans le désert libyen. Le 11 janvier 1941, un élément du Long Range Desert Group (LRDG) et une troupe motorisée française conduite par le lieutenant-colonel d'Ornano, attaquent le fort de Mourzouk et son terrain d'aviation. Les objectifs sont atteints mais l'officier français est tué dans l'engagement. Un autre raid, mené contre Tedjéré par le Groupe Nomade du Tibesti (GNT), échoue. Leclerc décide alors de mener un raid contre l'oasis de Koufra, devenue depuis 1931 un poste avancé italien aux confins de l'Égypte.

 

Le canon français de 75 de montagne Schneider. © Musée-Mémorial Leclerc et de la Libération de Paris/Musée Jean Moulin

 

Le 31 janvier, il part de Tumma avec un peu plus de 300 hommes dont 200 indigènes, un canon de 75, 60 camions. 600 km le séparent de Koufra défendue par 1 200 hommes. Le 1er février, au puits de Sarra, il discute avec ses officiers - de Guillebon, Dio, Hous… - pour décider d'une reconnaissance. Le 6 février au soir, la palmeraie est atteinte. Trois patrouilles à pied sont lancées de nuit ; Leclerc y participe. Elles font un prisonnier, attaquent le terrain d'aviation et incendient deux appareils avant de se retirer. Le 10, Leclerc rejoint à Faya le gros de ses troupes. Le 17, la colonne au complet fonce vers Koufra qu'elle aborde par le nord. Les Français se heurtent aux Italiens de la Compania Sahariana qui décrochent bientôt.

 

Appuyée par des avions, celle-ci contre-attaque le lendemain, mais les manœuvres de Leclerc l'obligent à se débander. Le 19, ce dernier attaque alors le fort d'El Tadj, qui protège le village, avec son canon de 75 et ses mortiers de 81. Dans le fort encerclé et bombardé, les assiégés perdent espoir. Le 1er mars, Leclerc emporte la décision et la garnison se rend : 59 Italiens, 273 soldats libyens, ainsi qu'un important matériel (14 véhicules, 53 mitrailleuses…), sont pris.

 

Prisonniers italiens sur les pistes entre Koufra et Faya-Largeau.

© Musée-Mémorial Leclerc et de la Libération de Paris/Musée Jean Moulin

 

Le 2 mars, à 8 h 00, le drapeau tricolore à la flamme à croix de Lorraine est hissé sur le fort. Leclerc prononce alors son serment fameux : celui de ne s'arrêter que lorsque le drapeau français flottera aussi sur Metz et Strasbourg. Les Français rentrent au Tchad pour se renforcer et se réarmer, laissant Koufra à la garde du groupe nomade de l'Ennedi dans l'attente des Anglais du LRDG venus d'Égypte. Les hommes de Leclerc sont prêts à nouveau lors de l'hiver 1941. Avec l'accord du général de Gaulle, qui l'a promu général de brigade, et des chefs britanniques au Caire, Leclerc repart en campagne à partir de Zouar, contre le Fezzan italien. Le 17 février 1942, il lance cinq groupes motorisés (de Guillebon, Massu, Geoffroy, Dio, Houe) en raid sur des objectifs précis. Le 28 février, le poste de Gatroun est pris ainsi que son terrain d'aviation ; de Guillebon s'empare, le 1er mars, du poste de Tmessa ; le 2 mars, Leclerc et Dio enlèvent le fort de Tedjéré. Mais à Oum el Araneb, Massu est repoussé et le capitaine Bergère tué ; le 3 mars, le raid de Geoffroy échoue à Oum el Kebir. La petite aviation des Français Libres bombarde Mourzouk. Subissant les attaques de l'aviation ennemie, les Français se replient et se regroupent à Zouar le 14 mars.

 

Leclerc est nommé commandant supérieur des troupes de l'Afrique française libre, à Brazzaville. Il entreprend de renforcer son outil de combat : unités, armement, transports, dépôts ; une aviation de 17 appareils est constituée. En novembre 1942, la conférence franco-britannique de Fort-Lamy convient que les Français devront rejoindre la 8e armée lors de sa prochaine offensive.

 

Le 17 décembre, depuis le Tibesti, les colonnes du général Leclerc s'ébranlent. Après des centaines de kilomètres, les combats éclatent contre la Sahariana soutenue par son aviation. Le 4 janvier 1943, l'ennemi est battu à Oum el Araneb. Le 6, Gatroun est pris. L'ennemi est partout en retraite dans le Fezzan, menacé au sud par Leclerc, au nord par la 8e armée de Montgomery. Les Français Libres s'emparent de Sebha, Mourzouk, Brack. Le Fezzan est conquis. Leclerc monte vers la Tripolitaine, prenant Mizda le 22 janvier. Le lendemain, un élément français entre en contact avec les Anglais. Le 24, le lieutenant-colonel Dio entre à Tripoli, quelques heures après les Britanniques. La jonction est réalisée, la Méditerranée atteinte. Dans l'après-midi, Leclerc arrive en avion à Castel-Benito. Le 26, à Tripoli, il rencontre Montgomery qui, avec l'accord du commandant en chef, Alexander, va l'employer avec ses hommes dans la campagne de Tunisie qui se déclenche. À cette fin, Leclerc crée alors, avec le colonel Ingold, sa Force L. La campagne victorieuse des Français Libres en Libye a beaucoup contribué à renforcer la cause du général de Gaulle auprès des Alliés.

 

Bir Hakeim et El Alamein

 

En mars 1941, le général Catroux est délégué du général de Gaulle au Moyen-Orient, au Caire. La décision est prise de former une Force Française Libre à Quastina, en Palestine. Les généraux Legentilhomme et Koenig rassemblent des unités éparses pour la créer, que de Gaulle passe en revue au mois de mai. Elle est composée de deux brigades, comprenant notamment le 1er bataillon d'infanterie de marine, qui a déjà combattu en Cyrénaïque aux côtés des Anglais à Sollum, Bardia, Tobrouk, et de nombreux coloniaux.

 

Le bataillon de marche de l'Oubangui-Chari en Syrie (mai-décembre 1941), bivouac du bataillon de marche n° 2

au camp de Quastina, mai 1941. © ECPAD/Général Henri Amiel

 

Par ordre du généralissime anglais Auchinleck, la 1re brigade du général Koenig fait mouvement, le 1er janvier 1942, de Guizeh à Halfaya, en face de l'Afrika Korps. Elle capture environ 5 000 ennemis démoralisés qui se rendent sans combattre, puis va relever une brigade britannique, en s'installant à Bir Hakeim le 14 février. À cette époque, l'Afrika Korps de Rommel, qui a brisé en juin 1941 l'offensive de la 8e armée britannique, la repoussant même un temps à la frontière égyptienne avant de refluer, s'est avancé jusqu'à Gazala. Auchinleck a dû mettre en place une ligne défensive dont Bir Hakeim forme la pointe sud. À 80 km de la mer, dans un désert plat, de sable et de cailloux, les Français se sont installés, passant des semaines à renforcer, sur 16 km2, une défense constituée de trous, de tranchées, de vastes champs de mines, où sont embusqués 26 canons de 75 mm, 62 pièces antichars et anti-aériennes, de nombreux mortiers, et mitrailleuses. La troupe, aux ordres du général Koenig, est forte de 4 000 hommes : 1er BIM, 1er régiment d'artillerie, 1er fusiliers marins (DCA), bataillon du Pacifique, bataillon de l'Oubangui, 13e DBLE (la Légion), soit 6 bataillons. Les défenseurs lancent aux alentours de nombreuses patrouilles motorisées appelées "Jock Columns".

 

En avril 1942, ces forces, ainsi que la 2e brigade de Français Libres, sont intégrées, sous le nom de French Forces in the Western Desert (FFWD), aux ordres du général de Larminat, à la 8e armée britannique commandée par le général Ritchie.

 

Attentifs à l'horizon d'où surgira l'ennemi, les Français attendent, subissant de terribles vents de sable. Le 26 mai, Rommel lance l'offensive. La division italienne Ariete disperse la 3e brigade indienne au nord de Bir Hakeim, mais les Français repoussent ses attaques en détruisant de nombreux véhicules ; le terrain est parsemé de carcasses en feu.

 

La 1re BFL en première ligne. © Collection du musée de l'Ordre de la Libération-DR

 

L'ennemi remonte vers le nord en enveloppant le point d'appui de Bir Hakeim, refoulant la 8e armée. Immobilisé durant deux jours, faute d'essence, l'Afrika Korps, qui a pris El Oualeb et fait 3 000 prisonniers anglais, reprend sa marche le 2 juin. Le centre du champ de bataille britannique, "Knight bridge", devient l'enjeu de combats acharnés où Rommel manœuvre pour couper la Via Balba et encercler les Anglais. Afin de gagner du temps pour permettre l'arrivée de renforts, le général Ritchie ordonne au général Koenig de fixer l'ennemi en tenant Bir Hakeim jusqu'au 7 juin. Le 2 juin, 1 000 véhicules ennemis arrivent au nord-est. Une demande de reddition, apportée par deux officiers italiens, est repoussée par Koenig. Dès lors, Rommel s'acharne sur Bir Hakeim où la résistance est sans faille, encaissant bombardements par l'artillerie et par avions, attaques de chars et de fantassins. Les sapeurs du génie allemands dominent, ouvrent des brèches où s'engouffrent les chars.

 

Le général Kœnig avec ses officiers supérieurs à Bir Hakeim. © Service historique de la défense

 

Ce jour-là, à Londres, à la Chambre des Communes, le Premier Ministre, Winston Churchill, évoque la bataille, reprenant les mots du général Auchinleck "les Français Libres sont splendides" que les députés applaudissent longuement. Le général Ritchie, lui, a télégraphié en français à Koenig : "Vives félicitations, magnifique travail à Bir Hakeim". En Angleterre, les journalistes magnifient le courage des Français et la BBC ne tarit pas d'éloges. Le 3, Rommel, par messagers, somme la garnison de capituler : Koenig répond à coups de canons. Bombardements aériens et attaques terrestres reprennent, encore plus violents. Le 8, l'ennemi atteint en certains points l'intérieur du périmètre. La résistance des défenseurs n'est pas brisée mais ils souffrent du manque d'eau malgré un ravitaillement par quelques camions-citernes  dans la nuit du 7 au 8. Par télégramme, de Gaulle déclare : "Général Koenig, sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil". Le 10 juin, la position subit de terribles attaques de bombardiers en piqué protégés par des chasseurs qu'attaquent la RAF et la DCA des fusiliers-marins. Le général Ritchie donne l'ordre d'évacuer la position et de se replier vers la 7e brigade motorisée anglaise qui s'avance à 10 km. À la nuit, la garnison, 2e bataillon de légionnaires en tête, fonce pour s'échapper en livrant un vif combat qui brise l'encerclement ennemi.

 

Le siège de Bir Hakeim a coûté 800 hommes à la 1re brigade, dont le lieutenant-colonel Broche, les commandants Savey, de Roux, Bricogne.

 

Churchill félicite chaleureusement de Gaulle qui, le 16 juin, prononce dans un discours au micro de la BBC : "La Nation a tressailli de fierté en apprenant ce qu'ont fait ses soldats à Bir Hakeim. Braves et purs enfants de France qui viennent d'écrire, avec leur sang, une des plus belles pages de notre gloire !".

 

La résistance française a permis à la 8e armée britannique de se retirer en bon ordre. Mais l'Afrika Korps avance toujours, prend Tobrouk le 20 juin et pénètre en Égypte.

 

Le 31 août, une attaque de Rommel, qui n'a plus la suprématie aérienne, pour prendre le Caire et Suez échoue sur les champs de mines. L'Afrika Korps doit stopper son offensive. Jusqu'en octobre, l'armée britannique va se renforcer.

 

Progression de colonnes blindées et de camions de ravitaillement allemands et italiens, 30 août-23 octobre 1942. © ECPAD

 

Lancée par le général Alexander, la bataille d'El Alamein débute le 23 octobre 1942 lorsque la 8e armée du général Montgomery s'élance à l'assaut. Dans cette gigantesque bataille qui va durer 20 jours, la 1re BFL est chargée d'attaquer le plateau rocheux d'EI Himeinat. Le 24, la 13e DBLE se bat pour sa possession, appuyée par des chars des spahis. Le lieutenant-colonel Amilakvari est tué par un obus. Cette attaque oblige l'ennemi à envoyer des renforts, découvrant ainsi son front nord. Pendant ce temps, la 2e BFL (Brigade Française Libre) se bat à 10 km au nord de l'Himeinat. Le 4 novembre, Rommel ordonne la retraite, laissant 30 000 prisonniers à la 8e armée. Les 1re et 2e BFL passent en réserves sauf le BIMP et le 1er RMSM qui avancent vers la Tunisie : ils rencontreront à Tripoli les Français Libres du Tchad de Leclerc pour continuer l'offensive.

 

Blindés Panzer III lors de la seconde bataille d'El Alamein, 25 octobre-4 novembre 1942. © ECPAD

 

Le 1er février 1943, la 1re DFL est formée avec tous les éléments des FFWD par le général de Larminat. La Force L devient la 2e DFL puis la 2e DB.

Ministère de la défense/SGA/DPMA

Camp de Bergen-Belsen, avril 1945. Les soldats britanniques libérateurs inhument les dépouilles des déportés puis incendient les baraques pour éviter la propagation des maladies. Film muet d'époque

© ECPAD

Le 12 avril 1945, les généraux américains Eisenhower, Bradley, Patton et Walker visitent le camp d'Ohrdruf. Film muet d'époque

© ECPAD - Réf. SA 621-06 -

Civils allemands de Weimar contraints de visiter le camp de Buchenwald après sa libération en avril 1945. Film muet d'époque

© ECPAD - Réf. SA 313 -

Libération du camp de concentration de Buchenwald, avril 1945. Film muet d'époque

© ECPAD - Réf. SA 260 -

La libération des camps nazis

À partir de la mi-1944, la libération des camps nazis, camps de concentration et camps d’extermination, suit l’avancée des troupes alliées, en particulier soviétiques, à l’Est. La chronologie de la libération et de la découverte des camps nazis s’étend donc sur une longue période d’environ neuf mois. Ainsi, en juillet 1944, en Pologne, c’est l’Armée rouge qui libère le premier camp, celui de Majdanek, près de Lublin. Le 23 novembre 1944, les Américains de la 6e armée découvrent, en Alsace, le camp de Natzweiler-Struthof. Précédent l’arrivée des forces alliées, les Allemands avaient pris soin d’évacuer ces deux camps et de transférer leurs détenus vers d’autres camps, plus éloignés des lignes de front. Les détenus du camp alsacien sont en majorité transférés vers le camp de Dachau, mais d’autres sont dirigés vers des camps annexes du Struthof, comme Neckarelz, dans le Bade-Wurtemberg, vers d’autres camps comme Buchenwald, Sachsenhausen ou encore Ravensbrück, ce qui prolonge leur calvaire, la mortalité des déportés atteignant des taux terrifiants dans les derniers mois de la guerre. Partout dans le Reich pris en étau entre les Anglo-Américains et les Français, à l’Ouest, et les Soviétiques, à l’Est, les SS vident les camps à l’approche des Alliés. De juillet à décembre 1944, 137 000 prisonniers sont déportés vers les camps situés au cœur de l’Allemagne. Au cours de l’hiver 1944-1945, ce sont entre 250 000 et 350 000 déportés (dont plus de la moitié étaient des prisonniers juifs) qui succombent de faim, de froid ou sommairement abattus lors des 59 « marches de la mort » organisées par les SS. Bien souvent, les libérateurs découvrent donc des camps presque déserts mais présentant tous les mêmes caractéristiques : baraques, barbelés, miradors, fours crématoires qui permettent d’esquisser une première image de l’univers concentrationnaire et de son horreur. Dans les semaines qui suivent la capitulation allemande, les maladies comme le typhus continuent de décimer les derniers rescapés : ainsi, 13 000 prisonniers de Bergen-Belsen meurent du typhus, sur les 25 000 rescapés qui avaient été libérés par les Britanniques, en avril 1945.

 

Le 27 janvier 1945, les Soviétiques libèrent les quelques 7 000 détenus encore présents à Auschwitz-Birkenau, trop faibles pour être évacués. En effet, quelques jours auparavant, les 18 et 19 janvier, les SS avaient entraîné 58 000 déportés dans une longue marche de la mort vers l’Ouest. Camp de concentration (Auschwitz I), camp d’extermination (Auschwitz II-Birkenau) et camp de travail (Monowitz ou Auschwitz III), le complexe d’Auschwitz-Birkenau symbolise la Solution finale car il en est le lieu principal. En effet, sur les 1,3 million de personnes qui y ont été déportées, 1,1 million y sont mortes, dont 960 000 Juifs, 70 000 à 75 000 Polonais, 21 000 Tziganes, 15 000 prisonniers de guerre soviétiques et 10 000 à 15 000 détenus d’autres nationalités. Malgré les tentatives des SS pour effacer les traces de leurs crimes - le 26 novembre 1944, ils détruisent à l’explosif les chambres à gaz-crématoire de Birkenau - la monstrueuse réalité de la machine de mort nazie est mise à jour.

 

Après avoir été informé par ses services secrets des tueries perpétrées par les Einsatzgruppen à partir de la fin juin 1941 sur le territoire soviétique, le Premier ministre britannique Winston Churchill déclarait à la BBC le 22 août 1941 : « Nous sommes en présence d’un crime qui n’a pas de nom ». Le 10 novembre 1941, l’ambassadeur de France en Roumanie notait : « Aujourd’hui, il n’y a plus aucun doute qu’on est en présence d’un plan systématique d’extermination conçu depuis déjà quelque temps ». En mai 1942, un rapport est transmis au pape Pie XII. Rédigé par un abbé italien en mission secrète en Pologne, il expose les faits suivants : « Le combat contre les Juifs est implacable et s’intensifie constamment, avec des déportations et des exécutions massives. Le massacre des Juifs d’Ukraine est désormais presque achevé. En Pologne et en Allemagne, ils veulent en terminer aussi par un système de meurtres ». Le 2 juin 1942, toujours au micro de la BBC, Szmul Zygielbojm, représentant du Bund au sein du gouvernement polonais en exil, dénonçait le massacre systématique des Juifs de Pologne. Un an plus tard, en juillet 1943, un courrier du gouvernement polonais en exil, Jan Karski, était reçu à Washington par le président Roosevelt à qui il faisait un rapport détaillé de ce qu’il avait pu voir de ses propres yeux, lui qui était parvenu à s’introduire clandestinement à deux reprises dans le ghetto de Varsovie. Ainsi, depuis 1942, des informations sur le génocide des Juifs et sur l’univers concentrationnaire sont clairement parvenues jusqu’aux leaders alliés. Pour autant, pour les soldats, sur le terrain, la surprise et la consternation sont totales : jamais les libérateurs n’avaient pensé découvrir une telle horreur. Si les centres d’extermination de Chelmno, de Sobibor, de Majdanek et de Treblinka ont été détruits par les Allemands, le centre d’Auschwitz est encore en place, même si certaines installations (notamment les chambres à gaz-crématoires) ont été détruites. Il témoigne du crime total : les nazis ont voulu exterminer « industriellement » les Juifs d’Europe. Au total, plus de 5,8 millions de Juifs et 200 000 Tsiganes ont été assassinés, dont environ 3 millions dans les camps nazis.

 

Au-delà de sa dimension génocidaire, Auschwitz démontre également que des centaines de milliers de détenus, juifs, polonais, russes ou venus de toute l’Europe, ont été réduits en esclavage, soumis au sadisme de leurs gardiens SS et obligés de travailler jusqu’à la mort pour soutenir l’effort de guerre allemand.

 

Mais l’opinion publique occidentale, encore peu informée par la presse, n’a encore que très peu d’informations sur ces premiers camps découverts ou libérés par les Alliés. Des images ont été tournées par les Soviétiques à Majdanek et Auschwitz, mais elles ne sont pas montrées en France par peur des représailles allemandes contre ceux qui sont encore enfermés et par crainte d’un mouvement de panique dans les familles des déportés. Au rythme de leur avancée, les libérateurs mesurent peu à peu l’ampleur des crimes nazis. En avril sont libérés les camps de concentration de Buchenwald, de Nordhausen, de Dora, de Flossenbürg puis de Dachau par les Américains ; de Bergen-Belsen et de Neuengamme par les Britanniques ; de Vaihingen, camp annexe du Struthof, par les Français ; de Sachsenhausen, de Ravensbrück par les Soviétiques. Au début mai, ceux de Mauthausen par les Américains, de Gross-Rosen et de Theresienstadt par les Soviétiques.

 

 

Des centaines de milliers d’esclaves du système concentrationnaire nazi, hommes et femmes, sont enfin libres. Mais souvent, les détenus doivent rester confinés dans les camps : les Alliés craignent les épidémies, notamment le typhus qui ravage Bergen-Belsen, et instaurent une quarantaine difficilement supportable pour ceux qui espéraient pouvoir rapidement rentrer chez eux. Face à l’urgence de la situation, face à la misère humaine qu’ils découvrent, alors que les Allemands combattent toujours, les Alliés sont totalement dépourvus. Les unités sanitaires sont insuffisantes. À Dachau libéré, le général Leclerc met à la disposition des dirigeants du comité des déportés français l’unité médicale de la 2e DB.

 

 

Le 12 avril 1945, le général Eisenhower, général en chef des armées alliées, accompagné par les généraux Bradley et Patton, visite Ohrdruf, annexe du camp de Buchenwald, premier camp libéré par les Occidentaux en Allemagne, le 5 avril. Il veut tout voir. On lui montre tout : les amas de cadavres, les fours crématoires, les baraques sur lesquelles plane une odeur de mort, les survivants décharnés. Il affirme alors : « On nous dit que le soldat américain ne sait pas pourquoi il combat. Maintenant, au moins, il saura contre quoi il se bat ». Eisenhower fait venir des équipes de cinéma pour filmer l’inimaginable, pour exposer l’atroce réalité aux yeux de tous. L’univers concentrationnaire est alors révélé au monde entier et les journaux multiplient les reportages. En Allemagne occupée, les Alliés font parfois venir les populations civiles pour qu’elles ne puissent plus dire qu’elles ne savaient pas. Cela fait partie de l’entreprise de dénazification des esprits voulue par les vainqueurs. Les images font le tour du monde. En France, les actualités filmées, la radio et les journaux font découvrir aux Français l’horreur et la réalité de la barbarie nazie.

 

 

 

  • Allemagne, fin avril 1945. Des prisonniers de guerre français rencontrent des déportées libérées. Collection particulière

  • Le camp de Vaihingen libéré par les soldats français le 7 avril 1945. Il restait une centaine de rescapés qui purent être sauvés d'une mort certaine. Entouré de miradors, le camp était ceint de barbelés. Copyright ECPAD. Photographe Germaine Kanova - Réf. TERRE 10300-L19

  • Libération du camp de Vaihingen en Allemagne. Survivants libérés par les soldats français le 7 avril 1945. Copyright ECPAD. Photographe Cadin - Réf. TERRE 10288-R01

  • Camp de Vaihingen, avril 1945. Très éprouvé par la détention, un rescapé est photographié dans un block où les détenus s'entassaient à 3 ou 4 par châlit. Copyright ECPAD. Photographe Germaine Kanova - Réf. TERRE 10300-R01

  • Inscriptions indiquant l'emplacement des dépouilles de déportés juifs inhumées au camp de Vaihingen libéré par les soldats français le 7 avril 1945. Copyright ECPAD. Photographe Germaine Kanova - Réf. TERRE 10300-R06

  • Des infirmières et des soldats français du 49e régiment d'infanterie apportent les premiers secours aux survivants du camp de Vaihingen. Les camions les conduiront à l'hôpital ou les rapatrienront en France. Copyright ECPAD. Photographe Germaine Kanova - Réf. TERRE 10300-R17

  • Des infirmières et des soldats français du 49e régiment d'infanterie apportent les premiers secours aux survivants du camp de Vaihingen. Les camions les conduiront à l'hôpital ou les rapatrienront en France. Copyright ECPAD. Photographe Germaine Kanova - Réf. TERRE 10300-R06

  • Transport de la dépouille d'un déporté vers une fosse commune après la libération du camp de Vaihingen. A l'arrière-plan, un soldat de la 3e division d'infanterie algérienne. Copyright ECPAD. Photographe Cadin - Réf. TERRE 10288-R02

  • Au camp de Vaihingen, un détachement de soldats de la 3e division d'infanterie algérienne rend les honneurs à 12 prisonniers morts la veille, en présence de 4 notbles allemands. Copyright ECPAD. Photographe Cadin - Réf. TERRE 10288-R07

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