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Trois jours à Lyon

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Étape 1 Découverte de la ville de Lyon
Étape 2 Ballade à la périphérie de Lyon
Étape 3 Ballade aux alentours de Lyon

Honoré d'Estienne d'Orves (1901-1941)

Dès la signature de l'Armistice, le 22 juin 1940, Henri Louis Honoré d'Estienne d'Orves, officier de marine, choisit la clandestinité pour combattre l'Allemagne nazie. Un an plus tard, ce pionnier de la résistance est condamné à mort pour espionnage. Le 29 août 1941, il est exécuté par les nazis au fort du Mont-Valérien, avec deux compagnons de résistance, Maurice Barlier et Yan Doornik.

I - D'Estienne d'Orves avant 1940 : un officier de marine ouvert sur le monde 1901

 

Le 5 juin, naissance de Henri Louis Honoré, comte d'Estienne d'Orves, à Verrières-le-Buisson (Essonne). Il est issu d'une longue lignée nobiliaire : les d'Estienne, famille d'origine provençale, par son père, et les Vilmorin, par sa mère.

  • Photo de couverture : Honoré d'Estienne d'Orves en 1930

    Photo de couverture : Honoré d'Estienne d'Orves en 1930. Source : Service Historique de la Défense (SHD) *

  • Honoré d'Estienne d'Orves, entré à l'École Polytechnique en 1921

    Honoré d'Estienne d'Orves, entré à l'École Polytechnique en 1921. Source : Service Historique de la Défense (SHD) *

  • Honoré d'Estienne d'Orves, officier d'ordonnance de l'amiral Basire, commandant les forces navales françaises d'Extrême-OrientHonoré d'Estienne d'Orves, officier d'ordonnance de l'amiral Basire, commandant les forces navales françaises d'Extrême-Orient

    Honoré d'Estienne d'Orves, officier d'ordonnance de l'amiral Basire, commandant les forces navales françaises d'Extrême-Orient. Source : Service Historique de la Défense (SHD) *

  • La maison où fut hébergé Honoré d'Estienne d'Orves en débarquant d'Angleterre, à Plogoff, près de la Pointe du Raz Le poste-émetteur du réseau Nemrod

    La maison où fut hébergé Honoré d'Estienne d'Orves en débarquant d'Angleterre, à Plogoff, près de la Pointe du Raz. Source : Service Historique de la Défense (SHD) * Le poste-émetteur du réseau Nemrod. Source : Service Historique de la Défense (SHD) *

  • Extrait de la dernière lettre écrite le 28 août 1941 par le commandant d'Estienne d'Orves à sa soeur

    Extrait de la dernière lettre écrite le 28 août 1941 par le commandant d'Estienne d'Orves à sa soeur. Source : Service Historique de la Défense (SHD) *

  • Plaque commémorative apposée dans la cour d'honneur de l'École Polytechnique

    Plaque commémorative apposée dans la cour d'honneur de l'École Polytechnique. Source : Collection Ecole Polytechnique

1917 - D'Estienne d'Orves passe son baccalauréat.

1921 - D'Estienne d'Orves intègre l'École Polytechnique. Ses condisciples le décrivent comme un homme affable, spirituel et d'un esprit curieux.

1923 - En août, à sa sortie de Polytechnique, d'Estienne d'Orves sert dans la marine. En octobre, il est élève à bord de la Jeanne d'Arc. Ses embarquements successifs l'emmènent vers de nouveaux horizons : du Brésil à la Chine, du Maroc à Bali. Les escales sont pour lui autant d'occasions d'apprendre, de tenter de comprendre les hommes et leurs cultures.

1929 - D'Estienne d'Orves épouse Éliane de Lorgeril. De cette union naîtront cinq enfants.

1939 - Début de la Seconde Guerre mondiale Le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni (les Alliés) déclarent la guerre à l'Allemagne nazie, en réponse à l'invasion de la Pologne par les troupes d'Hitler.

Le lieutenant de vaisseau d'Estienne d'Orves est affecté sur le croiseur Duquesne, à l'état-major de la Force "X" qui, sous les ordres de l'amiral Godfroy, doit renforcer la flotte britannique de l'amiral Cunningham en Méditerranée orientale.

 

II - D'Estienne d'Orves en 1940 : un pionnier de la résistance contre l'Allemagne nazie 22 juin 1940 -

 

Le gouvernement Pétain signe l'armistice Lorsque l'Armistice intervient, d'Estienne d'Orves est, avec la Force "X", à Alexandrie. Un accord tacite entre les amiraux français et anglais évite l'affrontement entre les alliés de la veille, mais les bateaux français sont immobilisés. D'Estienne d'Orves choisit alors de poursuivre le combat et de désobéir à ses supérieurs hiérarchiques. Sa décision n'est pas prise sans déchirement, car il place très haut le devoir d'obéissance. Il est pourtant assuré qu'un combat n'est jamais vraiment perdu tant que subsiste la possibilité d'une action libre.

Juillet 1940 - D'Estienne d'Orves choisit la résistance contre l'Allemagne nazie Dans une lettre datée du 10 juillet, adressée à l'amiral Godfroy, d'Estienne d'Orves fait part de son choix de continuer la lutte contre l'Allemagne nazie en ces termes : "... Vous devinez mes sentiments. J'ai été élevé dans le culte de la Patrie - mes camarades aussi, j'en suis sûr - mais 1870 et 1914 ont tellement marqué sur mes parents et sur moi-même que je ne puis concevoir l'asservissement actuel de la France. Sans me permettre de juger le Département, je ne puis me croire qualifié pour reconstruire la France ainsi qu'on nous le propose. Tant qu'il y aura une lueur d'espoir, je combattrai pour débarrasser mon pays de l'emprise de cet homme qui veut détruire nos familles et nos traditions..."

D'Estienne d'Orves prend le pseudonyme de "Châteauvieux" (du nom de l'une de ses aïeules). Il met sur pied un commando de quelques hommes, des officiers et des marins venant des bâtiments de la force "X" : le 1er Groupe marin. Il propose ses services au général Legentilhomme, commandant des troupes françaises à Djibouti, qui souhaite rallier la colonie au général de Gaulle. Avec quelques marins, il gagne Suez où il rencontre le colonel de Larminat qui vient de rejoindre la France Libre. Le 23 juillet 1940, d'Estienne d'Orves débarque de l'Antenor à Aden pour apprendre que Legentilhomme a échoué dans son projet. Il décide alors de gagner la Grande-Bretagne où des bâtiments français attendent des équipages.

Septembre 1940 - D'Estienne d'Orves rejoint la France Libre, en Grande-Bretagne Embarqués le 2 août, d'Estienne d'Orves et ses compagnons arrivent à Londres fin septembre. Le 1er octobre, d'Estienne d'Orves est promu capitaine de corvette. Il est affecté au 2e Bureau de l'état-major des Forces navales françaises libres. Adjoint du colonel Passy, chef du Bureau central de renseignement et d'action (BCRA), d'Estienne d'Orves jette les bases du réseau Nemrod. La tâche primordiale du service de renseignements de la France Libre est de connaître le mouvement des troupes ennemies dans les territoires occupés, l'emplacement des aérodromes, les positions des batteries, etc. Plusieurs agents ont déjà été envoyés dans ce but sur les côtes françaises pour établir des contacts. Le 6 septembre 1940, Maurice Barlier était le premier à gagner la France ; le 1er octobre, Yan Doornik le suivait. D'Estienne d'Orves veut aller lui-même sur place pour coordonner l'action de ses hommes, nouer les contacts indispensables, recruter d'autres agents. Il prend alors la tête du service, Passy étant appelé temporairement à d'autres fonctions.

Décembre 1940 - D'Estienne d'Orves, dit "Jean-Pierre", revient en France pour développer le service de renseignements de la France Libre Le 21 décembre, le chalutier la Marie-Louise part de Newlyn, en Cornouailles, avec à son bord d'Estienne d'Orves - devenu "Jean-Pierre" - et un jeune radio alsacien, Alfred Gaessler, dit "Marty". Le soir même, ils débarquent non loin de la Pointe du Raz, puis ils sont hébergés à Chantenay, près de Nantes. A Lorient et à Nantes, ils rencontrent les membres du réseau Nemrod.

Le 25 décembre, la première liaison radio entre la France occupée et Londres est établie. Barlier est chargé de prospecter la région bordelaise, d'Estienne d'Orves s'occupant du Nord et de la région parisienne. Le 27 décembre, d'Estienne d'Orves est à Paris. Il rencontre les responsables des autres réseaux de Résistance. De Bretagne, "Marty" envoie régulièrement d'importants messages vers Londres. Il se montre toutefois très imprudent, multipliant les indiscrétions.

 

III - D'Estienne d'Orves en 1941 : un héros de la France Libre exécuté par les nazis au fort du Mont-Valérien Janvier 1941 -

 

D'Estienne d'Orves et ses compagnons sont dénoncés et arrêtés Le 19 janvier 1941, d'Estienne d'Orves est de retour à Nantes. Il décide de ramener "Marty" avec lui en Angleterre, lors de son prochain voyage. Cependant, "Marty", fils d'un Alsacien pro-nazi, germanophile lui-même, a contacté ce même jour le contre-espionnage allemand, donnant les noms des trente-quatre membres du réseau. Dès lors, les arrestations se succèdent. Dans la nuit du 21 au 22 janvier, d'Estienne d'Orves est arrêté. A Nantes, les prisonniers subissent les premiers interrogatoires. Puis ils sont successivement transférés à Angers, Paris et Berlin, tandis que "Marty" émet, jusqu'en février, de faux messages vers Londres.

Février 1941 - D'Estienne d'Orves et ses compagnons sont incarcérés à Paris Le 26 février 1941, d'Estienne d'Orves et ses compagnons sont de nouveau incarcérés à Paris, dans la prison du Cherche-Midi.

Mai 1941 - D'Estienne d'Orves est condamné à mort pour espionnage Le 13 mai 1941, d'Estienne d'Orves et vingt-six de ses compagnons comparaissent devant la cour martiale allemande de Paris. Au cours du procès, qui dure douze jours, d'Estienne d'Orves couvre ses co-détenus. Les juges militaires prononcent neuf sentences de mort et des peines de prison, non sans avoir rendu hommage aux condamnés. Des recours en grâce sont déposés. Le sursis dont bénéficie d'Estienne d'Orves est diversement expliqué : certains y voient le désir de von Stülpnagel, le commandant militaire en France, d'attendre une occasion spectaculaire pour frapper les esprits ; d'autres rappellent que la condamnation provoqua une forte émotion dans la marine, à Londres mais aussi à Vichy, au point que l'amiral Darlan intervint auprès des autorités allemandes. Dans la prison du Cherche-Midi, puis dans celle de Fresnes, d'Estienne d'Orves lit, médite, prie, commente les grands classiques littéraires, entretient le moral de ses co-détenus. Surtout, il écrit. Son journal est un témoignage, presque au sens religieux du terme : il raconte aux siens son enfance, justifiant son engagement en tant que chrétien et que soldat. Espoirs et déceptions se succèdent au fil des jours. Son avocat, l'Oberleutnant Mörner, paraît confiant.

Août 1941 - D'Estienne d'Orves est exécuté par les nazis au Fort du Mont-Valérien Le 21 août, un soldat allemand, l'aspirant Moser de la Kriegsmarine, est abattu à Paris, dans la station de métro Barbès-Rochechouart. Le 22 août, le général Schaumburg, commandant du "Gross Paris", signe une ordonnance transformant les Français arrêtés en otages. Parallèlement, von Stülpnagel, le commandant militaire en France, trouve sans doute l'occasion de faire un "exemple", en exécutant des prisonniers déjà condamnés à mort.

Le 28 août, dans sa dernière lettre écrite à sa soeur, d'Estienne d'Orves évoque la France : "Je meurs pour elle, pour sa liberté entière, j'espère que mon sacrifice lui servira" D'Estienne d'Orves avait aussi écrit : "N'ayez à cause de moi de haine pour personne, chacun a fait son devoir pour sa propre patrie. Apprenez au contraire à connaître et à comprendre mieux le caractère des peuples voisins de la France". Le 29 août, Barlier, Doornik et d'Estienne d'Orves sont emmenés au fort du Mont-Valérien. Leurs six autres compagnons ont été graciés. Quelques minutes avant de mourir, l'officier de marine se montre égal à lui-même, pardonnant publiquement à ses juges. Il demande à ne pas avoir les mains liées ni les yeux bandés. A 6h30, les trois hommes sont fusillés. Le 30 août 1941, les Parisiens apprennent, par une affiche jaune bordée de noir placardée sur les murs de la capitale, que Henri Louis Honoré, comte d'Estienne d'Orves, condamné à mort pour espionnage par un tribunal allemand, a été fusillé la veille, ainsi que Maurice Barlier et Yan Doornik.

1943 - Louis Aragon publie un poème, en hommage à deux héros de la résistance Le 11 mars 1943, Louis Aragon fait paraître son poème "La Rose et le Réséda", qui évoque le combat commun de "celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas", en hommage à Honoré d'Estienne d'Orves et Gabriel Péri. Pour en savoir plus : De Montety Étienne, Honoré d'Estienne d'Orves - Un héros français, 2001. Honoré d'Estienne d'Orves Rose et Philippe, Honoré d'Estienne d'Orves - Pionnier de la Résistance, 1990.

Nota (*) Les archives privées du capitaine de frégate Honoré d'Estienne d'Orves - correspondance, notes, cahiers et albums - sont pour l'essentiel conservées au Service historique de la défense (département marine).

Source : Collection "Mémoire et citoyenneté", N°17, Publication Ministère de la défense SGA/DMPA

Musée Mémorial des combats de la poche de Colmar

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Sur les murs de la ravissante cité médiévale de Turckheim, rien ne rappelle les terribles combats qui se sont déroulés ici à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Turckheim est pourtant située au coeur de la " Poche de Colmar", dernier bastion allemand sur le territoire national. De Mulhouse au sud de Strasbourg, de la crête des Vosges au Rhin, sur un front de 160 kms, les combats ont fait rage de novembre 1944 à février 1945 dévastant toute la plaine d'Alsace et ses contreforts. La  population alsacienne, qui attendait depuis 4 ans sa libération, dut faire preuve de patience et de sacrifices durant  ces 3 mois de combats acharnés par des températures polaires. 

 
Dans cette cave du XVIIIe siècle qui servit d'abri aux habitants de Turckheim pendant dix semaines, sans eau ni électricité, couchés à même le sol, se trouve aujourd'hui un musée unique en Alsace, dédié à la mémoire de la libération de la Poche de Colmar et de tous ceux qui y ont participé.

 

  • Musée Mémorial des Combats de la Poche de Colmar

    © Musée Mémorial des Combats de la Poche de Colmar

  • Musée Mémorial des Combats de la Poche de Colmar

    © Musée Mémorial des Combats de la Poche de Colmar

  • Musée Mémorial des Combats de la Poche de Colmar

    © Musée Mémorial des Combats de la Poche de Colmar

Source : Musée Mémorial des Combats de la Poche de Colmar

Issu d'un projet datant de 1988 (de l'association "souvenirs et respect des Combats pour la Liberté - Poche de Colmar - Hiver 44/45" et fondée par de jeunes gens passionnés d'histoire), le Musée Mémorial a été inauguré le 11 novembre 1993 et agrandi en 2001. Il dispose aujourd'hui de deux salles d'exposition d'une surface totale de 300 m².

 
Musée de paix plus que de guerre, l'endroit célèbre la mémoire de toutes les victimes civiles et militaires, quel que soit leur camp, au nom d'une seule valeur, celle du mot LIBERTE.
Il présente le témoignage de plusieurs mois d'enfer autour de Colmar, à travers les acteurs de cet affrontement et les matériels militaires de l'époque. Par son thème, il est unique en Alsace.
 
Le Musée Mémorial présente  une magnifique collection d'objets (comme cet uniforme authentique du Maréchal de Lattre), de matériel aéronautique, et d'armes des plus diverses, mis en valeur par vitrines thématiques. La quasi totalité des pièces exposées est connue et  permet de restituer avec une très grande précision l'histoire de chaque objet.
 
 
La vie du soldat au combat est évoquée dans des reconstitutions fidèles à la réalité, dans un souci du moindre détail. De très nombreuses photos et affiches, ainsi qu'un film d'époque viennent compléter l'exposition et passent en revue toutes les phases de la bataille, sans oublier le sort de la population civile.
 
Le Musée Mémorial des Combats de la Poche de Colmar s'est donné pour mission d'être un vecteur pédagogique et culturel apte à transmettre à la jeunesse actuelle et celle à venir une page de notre histoire régionale et de notre patrimoine national et  accueille dans cette optique, chaque année, de nombreux groupes scolaires.

 

Site internet et Facebook

http://musee.turckheim-alsace.com/

https://www.facebook.com/mmcpcolmar/

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Le Mont-Valérien, lieu d'histoire, lieu de mémoire

 

Le Mont-Valérien fut pendant des siècles un important lieu de pèlerinage chrétien, puis au milieu du XIXe siècle, un fort de la ceinture parisienne y fut construit.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le site a été le principal lieu d'exécution des autorités allemandes en France.

 

Mémorial de la France combattante, Mont-Valérien. Source : Jacques ROBERT - SGA/DMPA

 

Après la défaite et l'armistice du 22 juin 1940, la France est divisée en plusieurs zones : la zone nord est occupée par l'armée allemande, tandis que le nouvel "Etat français" s'installe en zone sud, à Vichy. Le commandement militaire allemand en France occupée (Militärbefehlshaber in Frankreich - MBF) met immédiatement en place un arsenal répressif pour assurer la sécurité de ses troupes et le maintien de l'ordre. Face aux premiers actes de résistance de ceux qui refusent l'Occupation, la répression est immédiate et sévère. Dès 1941, le MBF fait du Mont-Valérien le lieu d'exécution, attaché à la région parisienne, des résistants condamnés à mort par un tribunal militaire allemand, puis des otages désignés en représailles aux attentats commis contre des soldats. De mars 1941 à août 1944, plus d'un millier de personnes sont exécutées au Mont-Valérien.

 


Le lieu d'exécution des tribunaux militaires allemands du Gross Paris

 

Une sentinelle allemande monte la garde devant l'entrée de la forteresse du Mont-Valérien. Source : Société historique de Suresnes

 

 

Le Mont-Valérien est avant tout le lieu d'exécution des tribunaux militaires allemands du département de la Seine et plus largement, de ce que l'occupant désigne comme le "Gross Paris" (correspondant à peu près aux limites de l'actuelle région Île-de-France).

 

Dès l'automne 1940, la répression allemande fait ses premières victimes, mais la première exécution connue à Suresnes survient quelques semaines plus tard, le 23 mars 1941. Plusieurs peines capitales sont aussi appliquées dans d'autres sites du département de la Seine, comme Vincennes et Chatenay-Malabry, et le Mont-Valérien n'apparaît pas encore comme un lieu privilégié par les autorités allemandes.

 

C'est à partir de la fin du mois d'août 1941 que les autorités d'occupation semblent définitivement choisir le Mont-Valérien comme lieu d'exécution.

 

Avis d'exécution de d'Estienne d'Orves et de ses compagnons par l'occupant, le 29 août 1941. Source : coll. Musée de la Résistance nationale - Champigny -94

 



Les 26 et 27 août, cinq résistants communistes y sont fusillés. Le 29 août, ce sont trois gaullistes, Honoré d'Estienne d'Orves, Maurice Barlier et Jan Doornick, du réseau de renseignements "Nemrod", qui tombent face au peloton d'exécution allemand. Jusqu'au mois de juillet 1942, les exécutions au Mont-Valérien se succèdent alors à un rythme grandissant : 200 condamnés à mort par les tribunaux allemands de Paris y sont fusillés.



A partir de juillet 1942, les Allemands utilisent en parallèle un autre lieu de mise à mort, un ancien stand de tir de l'armée française, place Balard (15e arrondissement). Ces deux lieux d'exécution sont alors tour à tour ou conjointement utilisés. Le Mont-Valérien reste néanmoins le lieu privilégié par les tribunaux militaires allemands pour leurs fusillades sur toute la période : 61 exécutions en 1941, plus de 200 en 1942, environ 180 en 1943 et plus de 180 autres durant les huit premiers mois de l'année 1944.

 

Extrait du journal collaborationniste France au travail (25 août 1941). Source : Archives nationales

 

Il semble que la discrétion du site et sa proximité avec Paris, sans toutefois en être trop proche, soient les raisons qui amènent les Allemands à privilégier la forteresse de Suresnes. Par ailleurs, les autorités allemandes font juger à Paris, où le MBF s'est installé, des affaires mettant en cause la Résistance non seulement parisienne, mais bien celle de toute la zone occupée.

 

De cette façon, l'occupant affirme sa prééminence face aux autorités de Vichy en matière de maintien de l'ordre et instaure une propagande active autour de sa politique de répression destinée à frapper l'opinion. Sur plus de 640 condamnés à mort fusillés à Suresnes, près de 40% ont été arrêtés en dehors du département de la Seine avant d'être transférés dans la capitale afin d'y être jugés.

 

 

Les exécutions d'otages



De même que pour les condamnés à mort, le Mont-Valérien est le plus important site utilisé en zone occupée pour l'application de la "politique des otages".

 

A partir de septembre 1941, pour chaque attentat commis contre les forces d'Occupation, un nombre déterminé d'otages doit être exécuté. Ces victimes doivent appartenir au "cercle présumé des auteurs des attentats" et donc être issues des mêmes milieux politiques, sociaux et géographiques qu'eux. De plus, leur exécution doit avoir lieu, autant que possible, dans les régions concernées par ces attentats.

 

Avis d'exécution d'otages, le 16 septembre 1941. Source : coll. Musée de la Résistance nationale - Champigny -94



Ceci explique qu'en zone occupée, les exécutions d'otages du mois de septembre 1941 se soient déroulées exclusivement au Mont-Valérien puisqu'elles répriment des attentats commis à Paris par la résistance communiste. Trois fusillades ont lieu les 6, 16 et 20 septembre faisant, au total, 25 victimes.

 

Le 15 décembre 1941, survient l'une des exécutions les plus massives de toute l'Occupation. En représailles à plusieurs séries d'attentats ayant touché Paris et sa banlieue depuis le mois de novembre, le MBF ordonne que 100 otages soient fusillés. Pour la première fois les Juifs sont clairement désignés pour porter le poids de ces représailles aux côtés des communistes. Ne disposant pas des 100 otages en région parisienne, ce sont 95 personnes qui sont mises à mort ce jour là, dont 69 au Mont-Valérien, les autres étant exécutées dans d'autres départements de la zone occupée (parmi elles, neuf sont extraites du camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure), quatre sont sorties de la prison de Fontevrault (Maine-et-Loire) et treize de la maison centrale de Caen (Calvados).

 

Au début de 1942, le problème des autorités allemandes est alors d'avoir toujours à leur disposition une réserve suffisante d'otages à exécuter dans les territoires touchés par la lutte armée. Surtout que depuis l'exécution massive du 15 décembre, le MBF a décidé d'associer aux exécutions, la déportation systématique vers l'Allemagne d'éléments "judéo-bolcheviques".

 

Avis de représailles après l'attentat du colonel Hotz, à Nantes. Source : coll. Musée de la Résistance nationale - Champigny -94

 



De ce fait, alors même qu'un grand nombre de communistes et de Juifs partent vers les centres d'internement parisiens pour être déportés en Allemagne, les autorités d'occupation viennent à manquer de prisonniers pouvant servir d'otages en province.

 

La place des exécutions au Mont-Valérien s'en trouve indirectement renforcée. En effet, parallèlement aux représailles ordonnées pour des attentats commis en région parisienne - qui se multiplient jusqu'au mois de mai 1942 - les autorités du Gross Paris sont amenées à fusiller au Mont-Valérien les otages qui font défaut dans les régions de province touchées également par les attentats. Le camp de Drancy pour les Juifs et les prisons de Fresnes, de la Santé et du Cherche-Midi pour les communistes deviennent des réserves d'otages dans lesquelles les Allemands puisent. Du mois de février 1942 à la fin du mois de mai suivant, ce sont plus de 60 personnes qui sont fusillées au Mont-Valérien pour des attentats commis aux quatre coins de la zone occupée.

 

Ainsi, sur plus de 730 personnes exécutées en France de septembre 1941 à octobre 1943 dans le contexte de la "politique des otages", plus de 370 ont été mises à mort à Suresnes, soit un otage sur deux. Mais il y a aussi des exécutions en zone rattachée du Nord-Pas-de-Calais. Au total, en additionnant les exécutions en zone nord et en zone rattachée, on dépasse les 830 victimes.

 


Ainsi, sur plus de 730 personnes exécutées en France de septembre 1941 à octobre 1943 dans le contexte de la "politique des otages", plus de 370 ont été mises à mort à Suresnes, soit un otage sur deux. Mais il y a aussi des exécutions en zone rattachée du Nord-Pas-de-Calais. Au total, en additionnant les exécutions en zone nord et en zone rattachée, on dépasse les 830 victimes.

 

 

 

 

Une fusillade au Mont Valérien

 

Photographie extraite d'une série réalisée lors d'une exécution au Mont-Valérien en février 1944, prises clandestinement par le sous-officier Clemens Ruther. Source : ECPAD, cliché transmis par l'association des amis de Franz Stock

 

 

Les fusillades suivent un schéma pré-établi. Les prisonniers sont transportés en camions militaires dans l'enceinte du fort. Lors des exécutions massives, comme celles d'octobre 1943, certains étaient enfermés dans la chapelle désaffectée, où ils ont passé leurs derniers instants. Ils ont gravé sur les murs leur témoignage, en délivrant leurs ultimes messages. Pour tous, une fois arrivés à la clairière, un officier leur notifie en allemand la décision du tribunal qui les a condamnés ou l'ordonnance qui les a désignés pour être exécutés comme otages. Par petits groupes de 3 ou de 5, ils sont attachés mains derrière le dos aux poteaux, les yeux bandés s'ils le désirent. Le peloton (qui peut comporter jusqu'à 40 hommes) procède à la mise à mort, parfois devant les camarades qui vont leur succéder. L'officier allemand donne le coup de grâce, puis un médecin militaire constate le décès.



Après les exécutions, les corps des fusillés étaient transportés vers différents cimetières de la région parisienne pour y être inhumés dans des fosses communes ou des tombes individuelles : essentiellement à Ivry-sur-Seine, mais aussi à Suresnes, Puteaux, Bois-Colombes, Thiais, ou encore au Père-Lachaise où ils étaient incinérés. La dispersion et l'anonymat des corps, imposés par les forces d'occupation, avaient pour but d'éviter que ces sépultures ne deviennent des lieux de rassemblement et des symboles du martyr de la Résistance.

 

Photographie extraite d'une série réalisée lors d'une exécution au Mont-Valérien en février 1944, prises clandestinement par le sous-officier Clemens Ruther.
Source : ECPAD, cliché transmis par l'association des amis de Franz Stock.

 

 

Le rôle du camp de Romainville



Au printemps 1942, Hitler nomme le général Oberg en tant que chef suprême des SS et de la police en France et retire progressivement les prérogatives répressives du MBF pour les confier à la Sipo SD, les policiers nazis.En août 1942, après un attentat contre des soldats allemands au stade Jean Bouin, le général Oberg décide de redonner leur caractère massif aux représailles. 93 otages sont extraits des camps de Compiègne, de Romainville et des prisons de la région parisienne puis regroupés au fort de Romainville avant d'être conduits au Mont-Valérien. Le 11 août, 88 otages y sont abattus, cinq d'entre eux n'ayant pu être amenés à temps sur le lieu de l'exécution.

 

Constatant que le regroupement des otages à Romainville a largement facilité l'application des représailles, les SS font du fort le lieu de rassemblement des "victimes expiatoires" détenues de façon préventive en région parisienne.

 

Entrée du fort de Romainville. Source : SHD

 

 

Le 21 septembre 1942, pour sanctionner une nouvelle série d'attentats, les Allemands décident d'exécuter 116 otages. 46 personnes sont alors extraites du camp de Romainville pour être fusillées au Mont-Valérien ; les 70 autres sont exécutées à Bordeaux car les autorités allemandes ne disposent pas encore de suffisamment d'otages sur Paris.

 

 

Le fort de Romainville où de nombreux otages furent fusillés par les Allemands avant la reddition de la garnison. Source : SHD


A l'automne 1942, les Allemands mettent en sommeil la politique des otages jugée inefficace puisque les attentats se poursuivent. Exceptionnellement, une nouvelle fusillade d'otages est décidée à la fin du mois de septembre 1943 en représailles à l'assassinat de Julius Ritter, le président allemand du service de la main-d'œuvre en France. Le 2 octobre, 50 otages sont extraits du camp de Romainville et conduits au Mont-Valérien.

 

Julius Ritter, S.S.-Standartenfuhrer et représentant en France du commissaire général allemand à la main-d'œuvre. Septembre 1943. Source : Deutsches Bundesarchiv

 

Au total, 184 internés du fort de Romainville sont fusillés à Suresnes à partir d'août 1942. En utilisant le camp de Romainville comme unique réserve d'otages, et en seulement trois vagues d'exécutions, les policiers nazis font exécuter au Mont-Valérien autant d'otages que les militaires du MBF pendant toute la période précédente.

 

Romainville, Compiègne, Drancy, Fresnes, le Cherche-Midi, la Santé, Ivry-sur-Seine... différents lieux jalonnent le parcours des fusillés du Mont-Valérien. Tous ces sites ont une fonction bien précise dans le dispositif de répression allemand et forment un réseau dont le centre est le Mont-Valérien. Condamnés à morts et otages expiatoires, de 1941 à 1944, plus de 1000 personnes y ont été fusillées, faisant du Mont-Valérien le principal lieu d'exécution de toute la zone occupée.

 

Vue d'ensemble du camp de Compiègne-Royallieu. Source : coll. Musée de la Résistance nationale - Champigny -94

 

 

 

La libération du fort du Mont-Valérien


 

Le 20 août 1944, les Allemands présents à Suresnes, rejoints par des miliciens français, se réfugient dans la forteresse. Après les combats pour la libération de Neuilly, la compagnie des FFI de Suresnes, composée en majeure partie des jeunes résistants de Suresnes, Nanterre, Puteaux, Courbevoie et de Boulogne, encercle le fort. Cependant, l'officier qui commande les troupes allemandes refuse de se rendre à des hommes sans uniforme. Le colonel Rémy du 1er régiment de spahis marocains (2e DB), stationné à Longchamp, est appelé pour parlementer. Les Allemands acceptent enfin de se rendre. Juste avant la reddition de la forteresse, les troupes retirent les cinq poteaux d'exécution érigés dans la clairière afin de ne pas laisser de traces. Le 26 août 1944, à 10h30, le drapeau français flotte sur le Mont-Valérien.

 

La clairière des fusillés au Mont-Valérien. Source : Claire CAMERON - SGA/DMPA

 


Le 1er novembre 1944, le général de Gaulle rend "l'hommage de la Toussaint aux morts de la Résistance", il va d'abord se recueillir dans la clairière du Mont-Valérien, avant de se rendre au fort de Vincennes , puis au cimetière d'Ivry-sur-Seine, principal lieu d'inhumation des fusillés d'Île-de-France. Parallèlement, dès cette époque, les associations des familles des fusillés, souhaitant à la fois préserver le site, qui est encore une emprise militaire, et honorer la mémoire des résistants et des otages, organisent les premières cérémonies d'hommage.

 

Le Fort de Vincennes. Ruines à l'intérieur. Source : SHD

 

1er novembre 1944, lors de la visite du général de Gaulle au carré des fusillés du cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine.
Source : Mme Charitas-Warocquier

 

 


Autre lieu de fusillade à Paris. Le premier parisien fusillé par les Allemands est exécuté au fort de Vincennes. Du 20 au 22 août 1944, 56 résistants, policiers et agents de la RATP, sont arrêtés et rassemblés à Vincennes ; 36 d'entre eux sont fusillés dans les fossés du fort et à la Cartoucherie.

 

1er novembre 1944, lors de la visite du général de Gaulle au carré des fusillés du cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine. Source : Archives municipales d'Ivry-sur-Seine

 

 

La cérémonie du 18 juin



Le 18 juin 1945, lors des célébrations du cinquième anniversaire de l'Appel de Londres, le général de Gaulle préside le défilé militaire sur les Champs-Élysées, puis, de nouveau, se rend au Mont-Valérien. Dès le 18 juin suivant, décidé à faire de cette date et du site du Mont-Valérien un véritable rendez-vous de la mémoire nationale, de Gaulle préside une cérémonie devant la crypte provisoire où reposent les quinze Morts pour la France.

 

Dorénavant, chaque 18 juin, accompagné du chancelier de l'Ordre de la Libération, des Compagnons de la Libération et d'une foule nombreuse, le général de Gaulle rallume la flamme devant la crypte provisoire du Mont-Valérien. Dans le même temps, les associations des familles des fusillés, fidèles à la mémoire de leurs proches, organisent des cérémonies, des prises d'armes dans la clairière, au cours desquelles les noms des fusillés sont rappelés.

 

Le Mont-Valérien. Cérémonie de commémoration des fusillés du Mont-Valérien de 1942. Date : 1962. Source : SHD

 



Depuis le 18 juin 1960, l'esplanade de la France combattante est le lieu de nombreuses cérémonies, et notamment de celle qui commémore l'appel du général de Gaulle le 18 juin 1940, organisée sous l'égide de la Chancellerie de l'Ordre de la Libération.

 

Elle regroupe les plus hautes autorités de l'État, les Compagnons de la Libération, leurs familles et celles des Compagnons décédés, ainsi que les représentants des villes et unités militaires titulaires de l'Ordre.

 

 

Le 18 juin 1958, le général de Gaulle arrive au Mont-Valérien. Source : ECPAD

 

 

Depuis 2006, la cérémonie officielle du 18 juin fait partie des journées nationales annuelles de commémoration. Dès lors, le site a fait l'objet d'une mise en valeur de la part de la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la défense, destiné à créer les aménagements donnant au grand public les clefs de lecture nécessaires à la compréhension d'un haut lieu de la mémoire nationale complexe et méconnu

 

 

Le 18 juin 1958, le général de Gaulle arrive au Mont-Valérien. Source : ECPAD.

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

La bataille de la Dyle - mai 1940

 

Le 10 mai 1940, à 10 h du matin, précédés par les véhicules de leurs groupes de reconnaissance et du corps de cavalerie mécanique, les 7e et 1re armées françaises ainsi que le corps expéditionnaire britannique pénètrent en Belgique, exécutant la manœuvre Dyle, prévue depuis novembre 1939, afin de tenir sur la ligne Anvers-Namur face à l'offensive allemande, des unités de la 7e armée allant même jusqu'en Hollande.

 

Motocyclistes d'un G.R. en Belgique, mai 1940. Source ECPAD

 

Sur un front entre la mer et la coulée Sambre-Meuse s'engage donc une puissante force composée de 14 divisions françaises, 9 divisions anglaises, appuyées des divisions belges.



Ces troupes, placées sous le commandement du général Billotte, chef du groupe d'armées n° 1, obéissent aux généraux Georges (front Nord-Est) et Doumenc (G.Q.G.) tandis que le commandement suprême des forces terrestres se trouve au P.C. du général Gamelin, à Vincennes. L'ennemi envahit la Hollande, la Belgique et le Luxembourg avec ses groupes d'armées A et B forts de 72 divisions, soit cinq armées, appuyés d'une puissante aviation.

 

10 mai 1940. Entrée des régiments français en Belgique. Source : ECPAD

 

 

En Belgique, l'armée française va opposer un corps de cavalerie, deux divisions cuirassées et quelques bataillons de chars à neuf divisions blindées (PzD. ou Panzer-Division) réparties en quatre corps blindés (PzK.). Cette force allemande compte environ 2 500 chars. Au corps de cavalerie du général Prioux, les 2e et 3e D.L.M. (les abréviations seront expliquées à la fin du dossier) se sont, au soir du 10 mai, profondément enfoncées en Belgique pour tenir une position de couverture sur la ligne Tirlemont-Huy afin d'y couvrir l'arrivée de la 1re armée. Le 11 mai, les généraux Georges et Billotte ordonnent l'accélération de la manœuvre Dyle car l'armée belge s'avère déjà débordée.



Des chars français atteignent donc le canal Albert, près de Liège. Les deux jours suivants, le C.C. du général Prioux reçoit le choc principal car il est dans l'axe de progression du 16e PzK du général Hoeppner, dont les 3e et 4e panzerdivisionen attaquent brutalement. Il doit reculer jusqu'au contact de la 1re armée du général Blanchard qui se met en position de défense entre la Dyle et la Meuse, alignant ses 3e, 4e et 5e corps d'armée dans la trouée de Gembloux, de Wavre à Namur.

 

Le Canal Albert vu du fort d'Eben Emael, en mai 1940. Source : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive)

 



Les 12 et 13 mai, l'armée belge est en pleine retraite vers Anvers et Malines tandis que les combats éclatent sur la Gette, dans la position de couverture française. Appuyés de bombardiers en piqué, les chars allemands attaquent et se heurtent à Crehen au 3e escadron du 2e cuirassiers. La lutte a lieu tank contre tank avec une supériorité numérique pour l'ennemi. Le peloton de cinq chars du lieutenant Geneste est anéanti après trois heures de lutte intense. Le 3e escadron perd 11 chars sur 20, le capitaine Sainte-Marie-Perrin est tué. Le peloton du sous-lieutenant Lotsisky a aussi succombé héroïquement. Des contre-attaques de chars Somua S35 et de Hotchkiss H39 se déroulent bien malgré la défense anti-tanks ennemie et, à Marilles, une fraction cernée du 11e dragons est dégagée. Les blindés s'affrontent à Crehen, Merdorp, Thisnes, Jandrain, Jauche. Les 2e (général Bougrain) et 3e D.L.M. (général Langlois) sont durement accrochées, des unités se sacrifient avec abnégation. L'ennemi est contenu un moment mais il pousse les défenseurs au repli; il perd beaucoup de chars sous les obus des tankistes et des artilleurs français mais ceux-ci souffrent d'un manque d'appui aérien bien que 18 avions Bréguet 693 des groupes I et II/54 aient bombardé la veille les routes de Tongres en perdant 9 appareils abattus par la D.C.A. allemande, la Flak. A la 3e D.L.M. combattent de futurs vainqueurs de 1944-45, les colonels de Vernejoul, de Touzier du Vigier, qui seront généraux de blindés à l'armée de Lattre.

 

En Belgique, une civile et un soldat allemand devant un Char B1 abandonné d'un régiment de cavalerie de l'armée française, mai 1940. Source Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive), Auteur : Heinz Fremke

 



Le 14, la pression ennemie s'accentue, prenant Saint-Trond, Perwez, et atteignant Gembloux en dépit de la défense française acharnée. Vers midi, 35 panzers atteignent Ernage, frappant en plein sur des unités de l'armée d'Afrique, des Marocains, qui les repoussent. L'artillerie du corps de cavalerie (canons de 75, de 105 court, de 47, de 25) va participer à la lutte jusqu'au lendemain.



Au sud, à Huy-sur-Meuse, la ville est tenue avec ténacité par les 54e et 56e bataillons de mitrailleurs motorisés avec des éléments de la 4e brigade légère mécanisée, couvrant le repli général du C.C. Prioux.

 

Portrait du général Prioux. Source : SHD

 

 

La première attaque allemande contre la 1re armée est enrayée. Cette armée, au soir du 14, a pris position de Wavre à Namur, entre Anglais et Belges, ainsi : 2e D.I. nord-africaine, 1re D.I. motorisée, 1re Division marocaine, 15e D.I. motorisée, 12e D.I. motorisée, 5e D.I. nord-africaine, des généraux Dame, de Camas, Mellier, Juin, Janssens, Vieillard, des 3e, 4e, 5e corps d'armée soit, en ligne, 18 régiments d'infanterie, 12 régiments d'artillerie et 6 G.R.D.I. Parmi les fantassins se trouvent 7 régiments de tirailleurs (quatre marocains, deux algériens, un tunisien) et 3 régiments de zouaves (les 8e, 11e, 14e).

 

Au centre du dispositif, le 4e C.A. constitué des 1re D.M. et 15e D.I.M. est commandé par le général Aymes. Le chef de la 15e division, Juin, est le futur vainqueur des combats du Garigliano en 1944. Replié, le C.C. a eu une action très efficace ainsi que les groupes de reconnaissance qui l'ont épaulé. Les cavaliers ont subi des pertes de 50 à 60 % en personnels et deux tiers de leurs chars Hotchkiss, un tiers de leurs Somua, ont été détruits.



Ils ont infligé aux assaillants la perte d'environ 160 blindés endommagés ou démolis. Le 15 mai, l'attaque allemande est générale contre le front français. Le centre de la position, à Ernage, est surtout visé par les 3e et 4e PzD. Les bombardements, par obus de l'artillerie et bombes de stukas, préparent le terrain à l'assaut des chars et des fantassins. La position est une large plaine à peine ondulée, parsemée de localités et de grosses fermes, coupée de quelques ruisseaux et d'une voie ferrée. A la 2e D.I.N.A., les 22e algériens et 11e zouaves résistent à Ottignies et à Limelette. La 1re D.I.M. a son 110e R.I. presque submergé malgré sa vaillance à se battre. L'ennemi progresse entre lui et le 7e marocains. Par le bois de l'Hermitage, il atteint les artilleurs du 15e R.A.D. obligés de défendre leurs canons. Pris sous des tirs de mitrailleuses, le P.C. du général de Camas doit se replier. Les Allemands sont stoppés par une défensive acharnée. Du côté de la Division marocaine, le 80e G.R.D.I. se bat durement comme les R.T.M. qui résistent à outrance contre des masses de blindés et d'infanterie mais le village d'Ernage est pris par l'ennemi.

 


Le 2e bataillon du 7e R.T.M. contre-attaque. Parmi ses combattants, le général Mellier se déplace en moto pour donner ses ordres au milieu du combat. Depuis Ernage, les chars allemands attaquent par vagues, soutenus par leur aviation qui mitraille au sol les positions françaises. La bataille fait rage à Gembloux, Courtil-Noirmont, Beuzet, Chastre. Vers 15 h, le 2e R.T.M., accompagné de chars, arrête la poussée ennemie dans son secteur au prix de 35% de pertes. Le 1er marocain tient lui aussi. Bien que les avions en piqué Stukas aient bombardé les batteries des 64e et 264e R.A.A., les artilleurs d'Afrique ont tiré de plein fouet sur les tanks allemands qui, détruits, brûlent. Leurs obus et les projectiles antichars des canons de 25 des fantassins font une hécatombe de blindés. Ainsi, sur le front du 2e R.T.M. se trouvent quarante carcasses de tanks détruits. Les canonniers des 1er et 201eR.A., de la 15e D.I.M., brisent les attaques ennemies, soutenant l'action du 134e R.I. près de Gembloux et celles des 4e, 15e R.I. Stoppés, éprouvés, les attaquants piétinent. Leur masse s'infléchit, surtout vers le sud-est. Du côté français, les pertes sont lourdes. Elles vont de 30 à 50% des effectifs des unités.

 

Carte générale des opérations militaires de mai 1940 sur la Meuse belge. Source MINDEF/SGA/DMPA

 



Les divisions d'infanterie se sont battues sans esprit de recul, ne retraitant que sur ordre supérieur. Au soir du 15 mai, elles sont demeurées maîtresses du terrain d'où l'ennemi s'est retiré. Depuis leur cruciale position, les unités de tirailleurs marocains ont brisé six principaux assauts allemands. Mais, la 9e armée étant percée à Dinant-sur-Meuse par le 39e Panzer-Korps, un risque d'enveloppement par le sud-est contraint l'aile droite de la 1re armée à abandonner le terrain si chèrement défendu.

 

Un "Char B1" français du 37e bataillon après qu'il ait été détruit par son propre équipage, le 16 mai 1940, Haumont, en Belgique. Source : Source Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive), Auteur : Heinz Fremke

 

 



 



Les vainqueurs de Gembloux se replient le 16 mai derrière le canal Bruxelles-Charleroi. La veille, les blindés ennemis ont avancé vers Philippeville, en refoulant les 2e et 11e corps d'armée. A Mettet et à Flavion, la 1re Division cuirassée de réserve du général Bruneau envoyée en renfort et affronte les 5e et 7e PzD en de furieux combats de chars.

 

Dès le 18 mai commence la bataille des Flandres car les panzers ennemis foncent vers l'ouest entre Maubeuge et Rethel. Les combats de l'Escaut vont s'engager.

 

En 1947-48, les 1er et 2e R.T.M. et le 64e R.A.A. sont cités à l'ordre de l'Armée en récompense de leur action héroïque de mai 1940. Chaque cravate de leurs drapeaux reçoit la Croix de Guerre avec palme et sur la soie des emblèmes est brodée l'inscription glorieuse en lettres dorées : GEMBLOUX 1940. Ils sont également décorés de la Croix de Guerre belge avec palme.

 

Médaille commémorative des combats de Gembloux en mai 1940. Source : D.R.

 

 

Les lieux de Mémoire



Sitôt les combats éteints, les équipes d'inhumations ennemies ont procédé à l'ensevelissement des corps des combattants gisant sur le théâtre des opérations.

 

Après la guerre, l'entretien de nombreux petits cimetières militaires français en Belgique par le Service des sépultures du ministère des Anciens combattants, à Paris, s'avère difficile. Malgré les restitutions de corps aux familles grâce à la loi du 16 octobre 1946, portant sur 2 000 tombes, il demeure en Belgique plus de 1 000 sépultures à regrouper. Dès 1950, leur réunion est envisagée en une même nécropole.

 

Le cimetière de Chastre. Source : D.R.

 


L'ambassade de France fait part au gouvernement belge de cette intention En 1967, ce dernier met à la disposition de la France le terrain nécessaire à la création du cimetière, à 7 km de Gembloux.



D'une superficie de 7 ares, situé sur la commune de Chastre, province de Brabant, il peut aussitôt être mis en travaux d'aménagement qui durent de 1968 à 1971. Les services français exhument, en juin et juillet 1969, 1 058 corps dont 65 sont rendus à leurs familles. Les exhumations de restes mortels ont été menées dans 311 communes belges dont certaines très au sud dans la province de Luxembourg. Ces opérations de regroupement concernent les morts des combats de 1940 livrés dans toute la Belgique et pas seulement à Gembloux. Ainsi, le cimetière militaire français de Chastre est celui qui a recueilli les morts de la bataille de Belgique de 1940 que les familles ont désiré laisser reposer avec leurs frères d'armes. Les Morts pour la France du 4e corps d'armée n'y sont que 21 % du total et les Nord-Africains qui y reposent représentent 30 % des inhumés dont une majorité de Marocains.

 

Tombe musulmane au cimetière de Chastre. Source : vivreensemble.lalibreblogs



La nécropole est inaugurée le 10 mai 1970 par M. Duvillard, ministre des Anciens combattants et victime de guerre, et par M. Segers, ministre de la Défense nationale du royaume de Belgique, en présence de l'ambassadeur du Maroc, des généraux Mellier, Touzet du Vigier, du bour-guemestre de Chastre, de nombreux anciens combattants et de la population wallonne. Le cimetière français a recueilli au total 192 Français de 1914-1918 dont 3 sont inconnus, et 1 030 Français de 1939-1945 dont 171 inconnus. De la période 1940, les inhumés appartiennent à de multiples régiments d'infanterie ainsi qu'à des unités de tirailleurs marocains, comme à de nombreuses autres unités diverses reflétant l'étendue de l'intervention française en Belgique. A Jandrain, dans le Brabant, s'élève le monument du corps de cavalerie, haut lieu de l'épopée glorieuse des équipages de blindés dès le 10 mai 1940, orné de l'écusson au heaume et à la devise fière "Premier et dernier au feu", surmonté de la déesse figurant la France, guerrière brandissant un bouclier dont le symbole évoque le blindage des chars. Ce mémorial a été inauguré le 17 mai 1953 par les autorités françaises et belges en présence du général Langlois, ancien chef de la 3e D.L.M., et des anciens combattants du C.C. Prioux. D'autres monuments plus modestes, des stèles, des plaques, érigés par des amicales ou par des familles, se trouvent aussi en Belgique pour y commémorer les actions, les unités françaises et les combattants de mai 1940.

 



Abréviations

 

B.C.C.: Bataillon de Char de Combat

C.A. : Corps d'Armée

C.C. : Corps de Cavalerie

D.C.A. : Défense Contre Avions

D.I.M. : Division d'Infanterie Motorisée

D.L.M. : Division Légère Mécanique

D.M. : Division Marocaine

G.R. : Groupe de Reconnaissance

G.Q.G. : Grand Quartier Général

R.A.A. : Régiment d'Artillerie d'Afrique

R.A.D. : Régiment d'Artillerie Divisionnaire

R.C.C. : Régiment de Chars de Combat

R.T.M. : Régiment de Tirailleurs Marocains

 

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

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