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La résistance en Corrèze et en Creuse

 

Le mouvement Combat est implanté en Haute-Corrèze.

 

De 1942 à 1943, les résistants traqués par la Gestapo et la police de Vichy doivent se munir de fausses pièces d'identités et des terrains de parachutage sont recherchés.

 

Celui de Thamaly, près d'Ussel, est homologué, et des avions anglais peuvent y atterrir en juin 1942. Les premiers réfractaires au STO sont placés dans les maquis de la Mazière-Basse et de Chambon, près de Lapleau. Les parachutages effectués à Sornac et Bassignac permettent d'armer les troupes clandestines. Les camps de l'AS (Haute-Corrèze) mènent plusieurs opérations armées contre l'ennemi parachutages et transports d'armes, sabotage des lignes à haute tension et voies ferrées à Bonaygue, Millevaches, Neuvic...

 

Dans la région de Tulle, la résistance se développe en 1942. En octobre 1943, les parachutages sur les terrains du Pouget, de Saint-Martial complètent l'armement des maquis.

 

Parachutage en Provence en 1945. Source DR

 

 



Au sud du département, Edmond Michelet prend la direction du mouvement Combat.

 

La Corrèze va compter jusqu'à 71 maquis. Ces maquis ont l'effectif moyen d'une section pouvant atteindre celui d'un bataillon.

 

Dès juillet 1940, en Corrèze, des communistes français, qui n'acceptent pas la défaite, se regroupe pour résister à l'occupant. En septembre 1940, Georges Guingouin prend le commandement de VOS de la Haute-Corrèze. De juin 1942 à décembre 1943, les FTP corréziens se distinguent par un nombre impressionnant d'opérations contre l'occupant.

 

Sabotages © Musée de la Résistance nationale, Champigny-sur-Marne

 

 

En Creuse, c'est surtout le mouvement Libération qui a le plus d'ampleur. L'origine du premier groupe FTP en Creuse remonte à octobre 1940 ; des noyaux de groupes se forment à Guéret, Lizières, Saint-Privat, La Souterraine... D'août à septembre 1942, des pylônes à haute tension sont sabotés à Eguzon et Chatelus.

Le premier parachutage a lieu en septembre 1942, sur un terrain de la commune de Maillat.

 

Les FFI en Creuse sont placées sous l'autorité du général Koenig qui les dirige depuis l'Angleterre.

 

 

Sites internet externes :

Fondation de la résistance

 

 

Source : Secrétariat d'Etat au Tourisme - délégation régionale du Limousin

Fusillés et déportés du Nord-Pas-de-Calais - Lieux de mémoire

 

Fusilles et déportés du Nord-Pas-de-Calais (1940-1945)

 

Lieux de mémoire

 

Les fossés de la citadelle d'Arras

 

Les fossés de la citadelle d'Arras (Pas-de-calais) ont été, de 1941 à 1944, le lieu d'exécution de nombreux otages et résistants, pour la plupart originaires du Nord et du Pas-de-Calais ; une grande majorité étaient des militants du parti communiste français. Sur les murs de brique ont été posées 218 plaques portant les noms des fusillés. Le plus jeune, Julien Delval, avait seize ans ; le plus âgé, Henri Quéval, soixante-neuf ans. Les victimes appartenaient à neuf nationalités, les Français (189) et les Polonais étant les plus nombreux. 130 des fusillés étaient ouvriers mineurs.

 

 

Le fort Lobau (Bondues)

 

Fort de Bondues - cour des batteries

Fort Lobau de Bondues - cour des batteries. Source : Photo DMPA

 

Le fort Lobau, à Bondues (Nord), a été le théâtre de l'exécution, en 1943 et 1944, de 68 résistants, appartenant pour la plupart à des organisations de Résistance non communistes (mouvement Voix du Nord, réseaux Alliance et Sylvestre Farmer). Un musée de la Résistance a été aménagé dans une aile du fort.

 

 

Le mémorial du "train de Loos"

 

Le mémorial a été aménagé devant la grande prison située à la périphérie de Lille, qui fut, de 1940 à 1944, pour des centaines d'hommes et de femmes, l'antichambre de la déportation. La plupart des détenus du quartier allemand de la prison furent évacués le 1er septembre 1944, par un train constitué en gare de Tourcoing. Seuls 275 environ des 871 hommes déportés en Allemagne survivaient à la libération des camps, au printemps 1945. En 2003, des plaques de bronze portant les noms des déportés ont été posées sur les murs du mémorial.

 

 

Crypte des décapités de Munich (Vitry-en-Artois)

 

Ce lieu célèbre la mémoire de 9 résistants, membres de l'OCM, de Voix du Nord et du réseau Centurie, arrêtés par les Allemands en septembre 1943 pour leur participation à la réception d'un parachutage d'armes. Déportés en Allemagne, ils furent condamnés à mort par le "tribunal du peuple" de Munich, le 16 septembre 1944, et décapités à la hache, le 28 novembre.

 

 

La Coupole, Saint Omer

 

Vue extérieure de la Coupole. Source : Licence Creative Commons. Photo : Clare Wilkinson

 

 

Cet immense complexe souterrain, protégé par un puissant dôme de béton armé, a été construit par les Allemands en 1943-1944, pour lancer les fusées V2 contre Londres. Il a été transformé en un vaste musée, qui évoque l'histoire de la Seconde Guerre mondiale dans le Nord-Pas-de-Calais.

Source : Fusillés et déportés du Nord-Pas-de-Calais. La Voix du Nord Editions. 2005

L'internement des tsiganes

 

L'internement des Tsiganes en France 1940-1946

 


Selon l'historien Denis PESCHANSKI, environ 3 000 Tsiganes - vivant pour la plupart en France - ont été regroupés dans près de 30 camps d'internements entre 1940 et 1946. Si le gouvernement de Vichy et les troupes d'occupation allemande portent la responsabilité des mesures prises à l'encontre de cette population, il faut cependant rappeler que celles-ci ont trouvé leurs justifications dans les lois votées dés le début du XXème siècle par les responsables politiques de la IIIème République.



Ainsi, le 16 juillet 1912, le gouvernement français promulgue une loi sur « l'exercice des professions ambulantes et la réglementation et la circulation des nomades ». Destiné à contrôler plus efficacement et de manière systématique le déplacement des Tsiganes, ce texte leur impose la possession, dés l'âge de 13 ans, d'un carnet anthropométrique d'identité à faire viser, lors de chaque nouvelle installation sur une commune, par un représentant de la force publique. Etat civil, empreintes digitales, données morphologiques sont quelques-unes des informations figurant sur ce sinistre document, réservé à l'origine à l'identification des criminels.

 

Roger Demetrio, 1944. Photographie extraite de son carnet anthropométrique – Coll. Archives départementales des Bouches-du-Rhône.

 

Objet de toutes les méfiances, étroitement surveillés durant la Grande Guerre, les Tsiganes sont soumis, lors du déclenchement du second conflit mondial, à de nouvelles vexations. En effet, le 6 avril 1940 un décret-loi signé d'Albert Lebrun, dernier Président de la IIIème République, interdit la circulation des nomades sur l'ensemble du territoire métropolitain et les assigne à résidence. Si l'invasion de la France en mai 1940 et la débâcle permettent à un bon nombre d'entre eux d'échapper à cette loi, les choses changent radicalement après l'armistice.

 

 

 


Dès le mois de septembre, les premiers Tsiganes d'Alsace-Lorraine sont expulsés par les autorités allemandes, puis enfermés dans les camps d'internement de la zone libre. On dénombre ainsi 382 nomades dans le camp d'Argelès-sur-mer, dans les Pyrénées-Orientales, en novembre 1940.

Il faut d'ailleurs préciser que ces lieux d'Internement sont mixtes ; seul le camp de Saliers, près d'Arles (Bouches du Rhône), est exclusivement destiné aux populations nomades. Créé le 25 mars 1942, celui-ci devait devenir, pour Vichy, un modèle pour contrer les attaques de la presse étrangère dénonçant l'existence de camps d'internement en zone libre.

Les premières familles - 300 personnes en provenance de Rivesaltes - arrivent donc le 27 novembre 1942 dans un camp inachevé. Saliers, outil de propagande au service de Vichy, se révèle vite un échec en raison notamment d'un manque d'hygiène évident et d'une sous-alimentation chronique. Il ferme ses portes le 15 octobre 1944.


Au nord de la ligne de démarcation, le commandement militaire allemand ordonne le 4 octobre 1940 l'internement des Tsiganes se trouvant en zone occupée dans des camps surveillés par des policiers français. 10 centres, situés pour la plupart à l'ouest et au sud-ouest de la zone occupée accueillent ainsi 1 700 nomades à la fin de l'année 1940. Ce sont ceux de Linas-Montlhéry dans la Seine-et-Oise, Poitiers dans la Vienne, les Alliers près d'Angoulême (Charentes), ou bien encore la Morellerie à Avrillé-les-Ponceaux, en Indre-et-Loire.
 

Le camp de Montreuil-Bellay vu du mirador côté Loudun (1944). Photo Jacques Sigot

 

Les baraquements en bois du camp de Montreuil-Bellay , côté Loudun (1944) Photo Jacques Sigot

 

 

A l'est du territoire occupé, en revanche, l'ordonnance est appliquée plus tardivement, à partir du printemps 1941. Au total, en novembre, on dénombre 3 200 nomades internés dans une quinzaine de camps de la zone occupée, parmi lesquels Arc-et-Senans (Doubs), Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes (Yonne), Jargeau (Loiret), Coudrecieux (Sarthe) et surtout Montreuil-Bellay dans le Maine-et-Loire. Ouvert le 8 novembre 1941, ce dernier camp - à l'origine une cité destinée à accueillir le personnel d'une poudrerie construite au cours du premier semestre 1940 pour le ministère de l'Armement - compte, en août 1942, jusqu'à 1 086 nomades. Les conditions d'hygiène y sont déplorables. Entre la fin de l'année 1942 et le début de l'année 1943, en raison notamment de la sous-alimentation et du froid, une soixantaine d'internés, principalement des clochards raflés à Nantes au cours du printemps précédent, mais aussi des Tsiganes, dont quelques enfants décèdent à Montreuil-Bellay.

 

Adultes et enfants dans le camp de Montreuil-Bellay (1944). Photo Jacques Sigot

 

Jargeau : La stèle dans la cour du collège. Source : Cliché : J. Sigot

 


Mais, au-delà de ces chiffres, il convient de s'interroger sur les conditions de vie à l'intérieur de ces camps d'internement. Les Tsiganes sont internés par familles entières, vieillards et enfants compris - ces derniers représentant 30 à 40% des effectifs - dans des lieux insalubres. Les locaux mis à leur disposition sont inhabitables ; glacées l'hiver, suffocantes l'été, les baraques disposent rarement de l'eau courante et les lits ne sont bien souvent que des châlits sans matelas ni couverture. Dans ces conditions, les familles qui le peuvent préfèrent s'installer dans leur roulotte quand elle est entrée avec leurs propriétaires dans les camps, ce qui n'est pas le cas à Montreuil-Bellay.. De plus, les conditions sanitaires déplorables et la faim aggravent cette situation. Enfin, ces populations ne reçoivent pratiquement aucune aide extérieure.

Aussi, pour subvenir aux besoins des familles, certains adultes sont amenés à travailler à l'extérieur du camp pour le compte d'entreprises privées. D'autres sont même réquisitionnés afin de travailler en Allemagne pour le compte de l'organisation Todt ou du STO. Cette dernière remarque permet d'ailleurs de poser la question de la Déportation des Tsiganes.

 

Anonyme. Petits garçons à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) 1942. © Mémorial de la Shoah/CDJC

 

 

D'après les recherches de l'historienne Marie-Christine HUBERT, auteur d'une monumentale thèse de Doctorat ayant pour titre " les Tsiganes en France. 1939-1946. Assignations à résidence, internement, déportation ", on sait que la préfecture de la Vienne, voulant éviter le départ vers l'Allemagne de jeunes du département, les a remplacés par des Tsiganes du camp de Poitiers. Or, pour des raisons encore difficiles à expliquer aujourd'hui, certains d'entre eux ont été déportés vers des camps de concentration nazis. 70 nomades ont ainsi quitté Poitiers le 13 janvier 1943 en direction d'Orianenbourg-Sachsenhausen, et 25 autres seraient partis le 23 juin 1943 pour le camp de Buchenwald. 351 Tsiganes en provenance de Malines en Belgique ont également été déportés à Auschwitz par le convoi Z (Zigeuner) du 15 janvier 1944. Parmi eux, 145 français, arrêtés dans les départements du Nord de la France - alors rattachés au commandant militaire de la Belgique - entre le 22 octobre et le 9 décembre 1943. Il s'agirait des rares cas de déportation de nomades, vivant ou internés sur le territoire français, vers des camps de concentration ou d'extermination nazis. Or, sachant qu'entre 50 000 et 80 000 Tsiganes (selon l'historien Denis PESCHANSKI) ont été exterminés durant la seconde guerre mondiale, on peut estimer qu'il s'agit là d'une spécificité française. Il est vrai que l'internement avait avant tout pour objectif de contraindre les populations Tsiganes à se sédentariser. Certaines familles ont pu d'ailleurs être libérées lorsqu'elles trouvaient une habitation fixe.

 

Néanmoins, cette exception française n'excuse pas l'extrême précarité dans laquelle ont vécu, pendant près de cinq années, plusieurs milliers de tsiganes, et le traumatisme qu'a représenté pour eux cette sédentarisation forcée. Car les camps d'internement de nomades se sont prolongés au-delà de la guerre. Il faut attendre en effet la loi du 10 mai 1946 portant fixation de la date légale de cessation des hostilités pour que le décret du 6 avril 1940 soit enfin abrogé et que le dernier camp - celui des Alliers - soit définitivement fermé le 1er juin 1946.

 

Plus de 60 ans après les évènements, cette histoire douloureuse reste encore trop peu connue du grand public. Elle est pourtant essentielle. N'oublions pas que les mesures d'exclusion prises à l'encontre de la communauté Tsigane visaient avant tout l'éradication, en France, du nomadisme. Un mode de vie, aujourd'hui encore, difficilement compris et accepté.

 

site internet externe : Site de l'association Etudes Tsiganes

 

 

Source : Etudes tsiganes

Les Hommes des Glières


Vadot Georges dit Bernard, 29 ans.

 

Portrait de Georges Vadot

 

Ex-garde mobile du groupe de Mirande, il rejoint les forces des Glières après avoir déserté son unité. Chef-adjoint à la section Lyautey. Excellent gradé d'un esprit parfait, s'est totalement assimilé aux maquisards des Glières ; il eut, au cours du repli, une conduite exemplaire malgré les difficultés.



Lacombe Gilbert, 47 ans.

 

Portrait de Gilbert Lacombe

 

Chef de gare, né à Annecy, engagé volontaire guerre 1914-1918, père de 5 enfants, pionnier des groupes de résistance, cheminot de la Haute-Savoie. Recherché par la Gestapo et la police de Vichy, il rejoint Glières où il devient un auxiliaire précieux du lieutenant Tom. Il assure en effet la bonne marche du P.C. et la surveillance des G.M.R. prisonniers, qu'il conduit avec son sifflet de chef de gare.

 



Lebovici Jacques-Henri, dit Launnoy, étudiant, 19 ans.

 

Portrait de Jacques-Henri Lebovici

 

Domicilié à Neuilly-sur-Seine. Il quitte brusquement sa famille afin de venger un frère déporté à Auschwitz et rejoint le bataillon des Glières. Affecté à la section Savoie-Lorraine, il est dénoncé par un traître au cours du repli et fusillé le 30 mars au Petit-Bornand.

 



Hamm Marcel, 25 ans.

 

Portrait de Marcel Hamm

 

Alsacien. Echappant à l'enrôlement sous l'uniforme nazi, il parvient en zone libre et se met immédiatement au service de la Résistance. Il rejoint le plateau des Glières où on l'affecte aux services du ravitaillement. II s'engage dès la Libération dans la Ire armée française et meurt le 16 mars 1945 dans Strasbourg libéré.

 



Albert Nuzillat dit La Bugne, 23 ans.

 

Portrait d'Albert Nuzillat

 

Chef de centre de sports aériens, né à Evian-les-Bains (Haute -Savoie). Maquisard dès la première heure, il rejoint le plateau des Glières dès sa formation avec le groupe du Grand-Bornand. Fait prisonnier à la Roche-sur-Foron au cours du repli, il est fusillé le 13 avril 1944 et jeté dans une fosse commune à la Balme-de-Thuy, avec 13 autres camarades.

 



Lucien Cotterlaz-Rennard, dit Papillon, 22 ans.

 

Portrait de Lucien Cotterlaz-Rennard

 

Né au Reposoir (Haute-Savoie). Dirigeant fédéral de la jeunesse agricole chrétienne, propagandiste avisé des Cahiers du Témoignage chrétien. Il établit plus de deux mille fausses pièces d'identité. Chef du corps franc de la Roche-sur-Foron, il a d'importants coups de main à son actif. Il est au plateau de Glières dès le début et devient chef-adjoint à la section Savoie-Lorraine. Fait prisonnier au cours du repli, il déclare simplement avant de mourir : "Je sais que je vais mourir ; je demande que mes camarades accomplissent leur devoir comme moi-même."

 



Francis Favre.

 

Portrait de Francis Favre

 

Cultivateur, né au Grand-Bornand (Haute-Savoie). Dès l'ordre de mobilisation générale lancé par le bataillon des Glières, il rejoint le Plateau avec tous ses camarades du Grand-Bornand. Ils y forment la section Allobroges, qui participera à toutes les missions du lieutenant Humbert. Au cours du repli, il guide ses camarades à travers les barrages allemands.

 



André Guy dit Chocolat, 23 ans.

 

Portrait d'André Guy

 

Monteur électricien, né à Choisy-le-Roi (Seine-et-Oise), chef du corps franc de Thônes. Au cours de nombreux coups de main il a été un exemple pour ses hommes. Au plateau des Glières il s'est battu avec une énergie farouche, supportant tout le poids des assauts répétés de l'ennemi. Blessé mortellement au cours du combat, il a eu le geste du héros consommé en rendant son arme inutilisable avant de mourir.

 


Dujourd'hui Jean dit Jeannot, 22 ans.

 

Portrait de Jean Dujourd'hui

 

, originaire d'Annecy. Il fut le chauffeur du lieutenant Simon. Auparavant il se chargeait du transport de personnel pour l'Angleterre. Il sauva un officier pilote de la R.A.F. tombé avec son appareil dans la banlieue d'Annecy. Dès son arrivée au plateau des Glières il participe à toutes les missions de la section des éclaireurs-skieurs. Fait prisonnier, il est torturé par les tueurs de la section anticommuniste qui lui brisent la colonne vertébrale. Le 9 avril il rend le dernier soupir en disant. " Je meurs la conscience tranquille, je n'ai jamais tué ; ils ne peuvent pas en dire autant. "

 



Louis Sala dit Loulou, 22 ans

 

Portrait de Louis Sala

 

Militaire au 27e BCA, rie à Blida (Afrique du Nord). Il vient d'Afrique s'engager au 27e BCA. Dès l'armistice il suit les consignes de résistance. Au plateau des Glières, à la section des éclaireurs-skieurs. Il participa avec son groupe à tous les engagements. Fait prisonnier, au cours du repli, alors qu'il conduisait une section en éclaireur, il est fusillé par les Allemands le 30 mars 1944.

 



Louis Vignol, 23 ans.

 

Portrait de Louis Vignol

 

Instituteur, originaire de la Ciotat. Entré dans la Résistance en mars 1943, il participa à de nombreuses opérations dans la Basse-Maurienne, la Tarentaise et la Haute-Savoie. Pris par les Allemands il répondit à un chef milicien qui lui offrait la vie s'il entrait dans sa formation : " Livrez-moi plutôt aux Allemands ". Il est fusillé à Saconge, le 14 juin 1944.

 



Maurice Pépin dit Grand Maurice, 22 ans.

 

Portrait de Maurice Pépin

 

Dessinateur industriel, né à Paris. Engagé au 13e BCA à Chambéry, il entre dès l'armistice dans la résistance active, devient un pionnier de camps de maquis de Basse-Maurienne, de Tarentaise et de Haute-Savoie. Très intelligent, volontaire pour toutes les missions dangereuses, il est mortellement blessé au Grand-Bornand, après s'être échappé du Plateau.

 



Les Espagnols

 

Cinquante-six Espagnols rejoignirent le camp de Glières dès les premiers appels. Affectés par le gouvernement de Vichy à des " compagnies de travail " en haute montagne, ils avaient subi pendant deux ans la vie dure de suspects. Lorsqu'on décida de les déporter en Allemagne dans des camps d'extermination, ils purent disparaître à temps et former des groupes de maquisards. Ils évitèrent toujours de tirer contre les forces de police française par respect de l'hospitalité (d'ailleurs bien rude) que nous leur offrions. Aussi eurent-ils quelques scrupules, à Glières, en entrant dans la lutte ouverte, et ils dirent à Tom : " Nous nous faisons un plaisir de combattre les Italiens ou les Allemands ; mais nous ne voulons pas tirer sur des Français. Seulement, si on vous attaque, nous vous défendrons. "

 

Les Espagnols



Ils formèrent la section Ebre, qui fut l'une des meilleures grâce à sa docilité et à sa discipline. De longues années de souffrances en exil leur avait donné une extrême endurance. Ils avaient l'art de vivre avec peu de choses, de s'installer avec presque rien, d'organiser des veillées où ils chantaient les chansons de leur pays en faisant danser des marionnettes. Après le repli, qui leur coûta six tués et cinq prisonniers, ils reformèrent un maquis sous le commandement de Vera Miguel et prirent une part active à la libération.

 

 

monuments aux morts :

 

74_Plateau des Glières_Morel
 
74_Plateau des Glières

 

Source : Jourdan-Joubert L., Helgot J., Golliet P., Glières, Haute-Savoie : première bataille de la Résistance 31 janvier-26 mars 1944, Annecy, Association des rescapés des Glières, 1994

La libération des camps

Après l'effondrement de la dictature nationale-socialiste et la fin du système concentrationnaire nazi, des questions restent toujours sans réponse en dépit des nombreuses connaissances réunies depuis lors sur ce sujet. En fin de compte, nul ne saura exactement combien de victimes furent à déplorer au cours de cette période, ni combien de détenus vivaient encore à la libération des camps par les troupes alliées.


27.01.2017 Déroulé ►Journée de la mémoire de l’Holocauste et
de la prévention des crimes contre l’humanité
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Lorsque les survivants des camps furent libérés, à la joie se mêla l'immense tristesse de n'avoir pu sauver à temps d'innombrables victimes, tous ces déportés qui succombèrent aux maladies, à l'épuisement physique, à la famine et au désespoir, ou furent assassinées par leurs bourreaux jusqu'au dernier instant. L'étendue de cette catastrophe humaine reste aujourd'hui encore difficile à chiffrer avec exactitude.

 

Le 22 juillet 1944 marque le début de la fin des camps de la mort nazis, lorsque des unités soviétiques atteignirent le camp de concentration et d'extermination de Majdanek, situé à l'est de la ville de Lublin.

 

Dès le mois de juin, Heinrich Himmler avait ordonné l'évacuation des camps avant l'arrivée des Alliés et le transfert des détenus vers d'autres camps. Cet ordre concernait en premier lieu les camps situés dans les pays baltes, ainsi que celui de Majdanek où entre 200 000 et 250 000 personnes furent assassinées à compter de l'automne 1941 (1). Il fut le premier camp à être évacué avant l'arrivée des libérateurs ; un millier de détenus y fut toutefois abandonné.

 

Avant de prendre la fuite, les Allemands avaient tenté en vain d'effacer les traces de leurs crimes. Les efforts entrepris par les autorités soviétiques pour informer l'opinion publique à travers le monde entier des crimes qui se révélèrent alors à eux ne trouvèrent à cette époque aucun écho.

 

La dissolution progressive du complexe de camps d'Auschwitz-Birkenau débuta au cours de l'été 1944. Jusqu'à la fin de cette année-là, environ la moitié des 155 000 détenus fut transférée en train, en camions ou à pied vers les camps situés à l'Ouest. En novembre 1944, les usines d'extermination d'Auschwitz cessèrent de fonctionner sur ordre de Himmler (2). Après le débarquement des Alliés en France, l'évacuation de Natzweiler-Struthof, l'unique camp de concentration situé sur le sol français (en Alsace annexée), commença en septembre 1944, ainsi que celle de Herzogenbusch aux Pays-Bas. Les détenus de ce camp furent transférés vers Sachsenhausen et Ravensbrück, ceux de Natzweiler dans ses camps annexes, vers Dachau et d'autres camps.

 


Fin 1944, début 1945, l'Europe n'était plus qu'un vaste champ de ruines, la sphère de puissance allemande était réduite à un étroit corridor en Europe centrale. Toutefois, en janvier 1945, dans 24 camps principaux et environ 1 200 camps annexes étaient encore détenus 700 000 personnes, dont plus de 200 000 femmes, sous le commandement des SS (3).

 

Les estimations sur le pourcentage des déportés qui trouvèrent la mort jusqu'au 8 mai 1945 oscillent entre 25 et 50%.

 

Retour en autobus des premiers déportés, Paris. Source : DR

 

Le 27 janvier 1945, des unités de l'Armée rouge atteignirent Auschwitz-Birkenau, situé au sud de la ville de Cracovie. Elles libérèrent les quelque 7 000 malades et mourants qui y avaient été abandonnés. Nombre d'entre eux succombèrent, à bout de forces, quelques heures ou jours plus tard. Dans son récit sur les derniers jours à Auschwitz, l'écrivain italien Primo Levi décrit la situation qui régnait à l'arrivée des libérateurs en ces termes : « Nous nous trouvions dans un monde de morts et de larves. Autour de nous et en nous, toute trace de civilisation, si minime soit-elle, avait disparu. L'oeuvre de transformation des humains en simples animaux initiée par les Allemands triomphants avait été accomplie par les Allemands vaincus » (4). Une dizaine de jours auparavant, dès le 17 janvier 1945, les quelque 60 000 détenus encore aptes à marcher furent emmenés vers l'Ouest.

 

 

Enfants à la libération du camp d’Auschwitz. Pologne, janvier 1945.

Source :  National Archives and Records Administration, College Park, Md.

 

 

On estime à au moins 15 000 le nombre de ceux qui ne survécurent pas à cette « évacuation ». (5)

 

 

Des milliers de déportés sont assassinés ou meurent d'épuisement

 

Les détenus des deux autres camps de concentration situés sur le sol polonais, Gross-Rosen et Stutthof, ainsi que de leurs camps annexes furent également évacués au cours des mois d'hiver, avant l'arrivée des troupes de l'Armée rouge. Des milliers d'entre eux furent assassinés en chemin ou moururent de faim, de froid et d'épuisement.

 

L'arrivée des convois de masse transportant des malades et des personnes à bout de forces dans les camps situés dans la région appelée « ancien Reich » aggrava dramatiquement les conditions de vie qui y régnaient. La nourriture insuffisante, les équipements d'hygiène inexistants et le manque de soins médicaux entraînèrent des épidémies et une montée en flèche du taux de mortalité dans l'ensemble des camps. La direction SS réagit par des actions meurtrières pour réduire le nombre de détenus, et en aménageant des zones de la mort et des camps pour grabataires dans lesquels les prisonniers étaient livrés à eux-mêmes. (6)

 

Début avril 1945, les Alliés de l'Est comme de l'Ouest avaient effectué une telle avancée que l'effondrement final de la domination nationale-socialiste était imminent. Pour les déportés de Buchenwald, Dora, Flossenbürg, Ravensbrück, Sachsenhausen, Bergen-Belsen, Neuengamme, Dachau et Mauthausen ainsi que ceux de plusieurs centaines de camps extérieurs, les dernières semaines devinrent une course contre la mort. Bergen-Belsen se vit conférer une position particulière parmi les camps de concentration.

 

Au printemps 1943, un « centre d'accueil » fut créé pour les détenus juifs qui avaient tout d'abord été exclus de la déportation vers les camps d'extermination. Ils n'étaient pas soumis au travail forcé et leurs conditions de vie étaient plus supportables que dans les autres camps. Ce n'est qu'au cours de la phase finale, lorsqu'à l'automne 1944 les convois de détenus arrivèrent à Bergen-Belsen en provenance des camps évacués, que ce centre devint très rapidement un lieu d'hécatombe. Les places d'hébergement, les équipements d'hygiène, les soins pour les malades étaient insuffisants et les mauvaises conditions d'alimentation empiraient de jour en jour.

 

Entre janvier 1945 et le 15 avril 1945, jour de la libération du camp par les soldats britanniques, entre 80 000 et 90 000 personnes furent transférées vers Bergen-Belsen dans une centaine de convois (7). Les victimes de maladies, notamment du typhus, de la famine et de l'épuisement se comptèrent par dizaines de milliers. Lorsque les Britanniques arrivèrent au camp le 15 avril, les soldats furent submergés par une vision dantesque : 10 000 cadavres, peut-être, non enterrés, gisaient encore là, à l'endroit où ils avaient trouvé la mort. L'apparence des vivants permettait à peine de les distinguer des morts. Le médecin militaire britannique H.L. Glyn-Hughes relata plus tard son arrivée à Bergen-Belsen : « L'état du camp était vraiment indescriptible ; aucun récit ni aucune photographie ne peut restituer ces visions d'horreur à l'extérieur des baraques, et les scènes effroyables que l'on découvrit à l'intérieur étaient bien pires encore. Partout dans le camp s'élevaient des amas de cadavres de hauteur différente, certains en dehors des clôtures de barbelés, d'autres à l'intérieur entre les baraques. Des corps humains gisaient partout dans les différentes sections du camp. Les fossés de canalisation étaient remplis de cadavres, et dans les baraques elles-mêmes, les morts étaient innombrables, certains pêle-mêle avec les vivants sur un châlit » (8).

 

Même si, en effet, l'image ne peut traduire ce que ressentirent ces hommes, les clichés et les films réalisés par les correspondants militaires britanniques à Bergen-Belsen et par les reporters américains dans d'autres camps marquent aujourd'hui encore la vision de l'opinion internationale.

 

 

L'évacuation et la libération des derniers camps

 

L'évacuation et la libération des derniers camps durèrent en tout un mois. Les troupes américaines furent les premières à atteindre, le 5 avril 1945, Ohrdruf, camp annexe de Buchenwald, situé près de Gotha, dans lequel les SS avaient massacré les détenus les jours précédents.

 

Le camp de concentration de Buchenwald fut libéré le 11 avril. Son évacuation avait débuté le 7 avril. Sur les 47 500 détenus qui étaient alors internés dans le camp principal, 28 000 furent évacués en train ou à pied vers Flossenbürg, Dachau et Theresienstadt. Au cours de cette « évacuation », des milliers moururent d'épuisement ou abattus par les gardes SS qui les accompagnaient. (9)

 

Retour vers la France de rescapés.Source : FNDIRP

 



Lorsque la 6e division blindée de l'armée américaine pénétra dans Buchenwald le 11 avril, les SS avaient pris la fuite abandonnant 21 000 personnes. Le 14 avril, le commandant de Flossenbürg avait reçu de Himmler l'ordre suivant : « Il est hors de question de se rendre. Le camp doit être évacué immédiatement. Aucun détenu ne doit tomber vivant entre les mains de l'ennemi » (10).

 

Hormis quelques-uns, les 45 000 détenus de Flossenbürg furent emmenés à pied en direction du Sud, mais là aussi la trace de milliers d'entre eux fut perdue sur les différents itinéraires des marches de la mort. Le 23 avril, les libérateurs trouvèrent quelque 1 600 survivants à Flossenbürg. Neuengamme, faubourg de Hambourg, avait été entièrement évacué avant l'arrivée des troupes britanniques. Les 10 000 derniers détenus avaient été emmenés par les SS à la mi-avril à Lübeck et embarqués à bord de trois navires qui, pris pour des transporteurs de troupes, furent bombardés par des avions britanniques. 7 000 déportés périrent brûlés, noyés ou abattus en tentant de regagner la rive à la nage.

 

Les camps de Sachsenhausen et de Ravensbrück, situés dans le Nord de l'Allemagne, furent presque entièrement évacués avant la libération des détenus par les troupes, à savoir, le 23 avril, 3 000 survivants à Sachsenhausen et, le 28 avril, quelque 3 500 malades et enfants à Ravensbrück. À leur arrivée à Dachau le 29 avril, les soldats américains trouvèrent environ 30 000 détenus. L'« évacuation » débutée le 27 avril avait été interrompue car les gardes SS avaient pris la fuite en entendant se rapprocher les combats menés par les troupes américaines.

 

La libération du camp de Mauthausen le 5 mai ne mit pas seulement fin à l'histoire de ce camp ouvert en 1938 et de ses camps annexes dans lesquels périrent au moins 100 000 personnes. C'est l'ensemble de l'« univers concentrationnaire », principal instrument de terreur de la domination nationale-socialiste, qui cessa d'exister.

 

Affiche. Source : DR

 

 

Dans tous les camps, malgré les efforts considérables pour prodiguer des soins médicaux aux malades et procurer de la nourriture aux détenus affamés, l'hécatombe se poursuivit encore après la libération. La répression juridique immédiatement entreprise par les tribunaux militaires alliés afin de punir les crimes commis ne trouva pas de résonance positive parmi la population allemande. Plusieurs décennies s'écoulèrent avant que le rejet des faits ne soit surmonté ne serait-ce que partiellement, et qu'apparaissent un intérêt et une empathie envers le sort des victimes. De nos jours, le témoignage des survivants constitue la base essentielle pour que les nouvelles générations sachent ce qu'était l'univers concentrationnaire jusqu'à la libération.

 


Notes :

 

(1) Jozef Marszalek, Majdanek, Lublin, Varsovie, 1984.

(2) Andrzej Strzelecki, Evakuierung, Auflösung und Befreiung des KL Auschwitz, dans : Auschwitz, Nationalsozialistisches Vernichtungslager, Staatliches Museum Auschwitz-Birkenau, 1997, p. 39.

(3) Bundesarchiv Berlin NS/439. Liste datant de janvier 1945 recensant les données chiffrées sur les gardiens et les détenus dans les camps de concentration.

(4) Primo Levi, Si c'est un homme, Francfort, 1961, p. 178.

(5) Andzej Strzelecki, a.O.

(6) voir Jens-Christian Wagner, Gesteuertes Sterben. Die Boelcke-Kaserne als zentrales Siechenlager des KZ-Mittelbau, dans : Dachauer Hefte, 20/2004, p. 127-139 ; Verena Walter, Das Mädchenkonzentrationslager Uckermark als Sterbe- und Selektionslager, dans : Dachauer Hefte, 20/2004, p. 157-166; Carina Baganz, Wöbbelin : Das letzte Aussenlager des KZ Neuengamme als Evakuierungs- und Sterbelager, dans : Dachauer Hefte, 20/2004, p. 166-179.

(7) Thomas Rahe, Das Evakuierungslager Bergen-Belsen, dans : Dachauer Hefte, 20/2004, p. 49.

(8) Trial of Josef Kramer and Forty-Four Others (The Belsen Trial) éd. par Raymond Phillips, London 1949, p. 31 cité d'après : Thomas Rahe, Befreiung und Tod: Zeichnungen von Kriegskorrespondenten aus Bergen-Belsen April-Juni 1945, dans: Beiträge zur Geschichte der nationalsozialistischen Verfolgung in Norddeutschland, 2/19995, p. 116.

(9) Harry Stein, Konzentrationslager Buchenwald 1937-1945, Begleitband zur ständigen historischen Ausstellung, Göttingen 1999, p. 227-238.

(10) Stanislav Zamecnik, Kein Häftling darf lebend in die Hände des Feindes fallen. Zur Existenz des Himmler-Befehls vom 14./18. April 1945, dans : Dachauer Hefte 1/1985, p .219-231.

 

 

Source : Dr Barbara Distel, Directrice du Mémorial de Dachau. Revue "Les Chemins de la Mémoire" n° 149 - Mindef/SGA/DMPA

La Poche de Royan

 

Royan, parmi les dernières villes de France encore occupées au début de 1945, est bombardée par l'aviation alliée le 5 janvier 1945 avant d'être libérée suite aux combats des 13 au 17 avril 1945 par ces mêmes troupes renforcées auxquelles se joignent des formations de l'armée d'Afrique, des unités de la 2e DB, des bataillons coloniaux et des maquisards.


 

L'Occupation - Royan : verrou de la Gironde

 

A peine signé l'armistice, deux détachements de la 44e division de la Wehrmacht arrivent à Royan le 23 juin 1940. La ville et la presqu'île d'Arvert sont transformées en forteresse pour le contrôle de l'estuaire de la Gironde. Les Allemands s'installent alors dans les hôtels et les écoles. Les points stratégiques de commandement sont établis dans le Golf-Hotel à Pontaillac pour l'état-major de la marine du Golfe de Gascogne. La Kommandantur s'installe à Forillon. L'hôtel Oceanic de Vallières devient un hôpital.

 

Autour, les troupes d'occupation forment un maillage dans le cadre du mur de l'Atlantique. L'organisation Todt modernise les batteries de Chay, de Suzac et de La Coubre. Le centre ferroviaire de Saint-Jean-d'Angély, le camp d'aviation de Fontenet sont intégrés au dispositif de défense. Les carrières d'Hurtebise deviennent le plus important dépôt de munitions du mur de l'Atlantique.

Royan, commune de 13 000 âmes, vit alors à l'heure allemande sous la conduite de son maire, M. Houssin, élu en vertu de la loi vichyssoise du 16 novembre 1940.

 

Soulac. Nettoyage de la région, en avril 1945, parallèlement aux opérations menées pour la réduction de la "poche" de Royan.Les F.F.A., sur la droite, ont nettoyé leur secteur. Colonne de prisonniers allemands. Source : DMPA/SHD

 



Organisation de la Résistance

 

La rupture d'un câble téléphonique, la mort d'un soldat allemand, le bris de la vitrine du local du parti de Marcel Déat et quelques attentats constituent les premiers actes de résistance.

Le mouvement s'organise réellement à partir de 1942 sous la conduite de Madeleine Fouché. Les recrues des corps d'officiers, tels les commandants Thibaudeau et Baillet, structurent la résistance de Charente-Maritime dès l'été 1943. Ces troupes jouent un rôle essentiel, tant par leur rôle de renseignement que militaire, dans la libération de la ville.

 


Formation des "Poches"

 

Le 6 juin 1944, les alliés débarquent en Normandie. Les maquis harcèlent les troupes d'occupation.

En août la Wehrmacht bat en retraite, Nantes et Bordeaux tombent. Les Allemands stationnés le long des côtes françaises se replient sur leurs bases maritimes qu'ils transforment en solides camps retranchés défendus par des batteries côtières, bunkers, barbelés et champs de mines. Près de 100 000 hommes, protégés par plus de 1000 blockhaus et 1300 pièces d'artillerie, constituent ainsi autant de "poches" de résistance ennemie dans les lignes alliées, telles Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle, l'île de Ré, l'île d'Oléron, la Pointe du Grave et Royan.

Commence alors durant l'hiver une guerre de position, ponctuées par des raids et des tirs d'artillerie renforcée par des actions de sabotage et de renseignement de la résistance intérieure.

 



Le siège de Royan (septembre 1944 - 17 avril 1945)

 

A l'été 1944 les belligérants se préparent à la guerre de siège. Le colonel Pohlmann, nommé commandant des troupes allemandes en juin 1944, organise à partir du 18 août 1944, la défense de la place et du siège. Il envoie des commandos jusqu'à Saintes et Jonzac pour récupérer les matériels et le ravitaillement. Les canons du mur de l'Atlantique (soit 218 ouvrages) sont retournés vers l'intérieur du pays et appuyés par 4 batteries de DCA et 150 canons, 215 000 mines parsèment le front de terre.

 

 

La "Poche de Royan", contrôlée par une garnison de 5 500 hommes (le 1er régiment de Royan en avant-poste et le bataillon Tirpiz sur la Seudre et à La Coubre), est ainsi délimitée par la Seudre et ses marais jusqu'à l'Eguille et, au sud-est, par une ligne Saujon-Cozes.

L'état de siège est décrété le 12 septembre 1944 par Pohlmann qui, refusant de faire sauter Royan et de battre en retraite, est remplacé par l'amiral Michahelles, contraint alors de mener une guerre de position.

 

Dans les rangs alliés, la coordination est difficile. Les Anglo-américains, désireux d'en finir avec l'Allemagne nazie, préfèrent concentrer les troupes dans l'Est de la France et bombarder les zones de résistance ennemie. De Gaulle et son état-major préfèrent attaquer avec les fantassins, mais doivent en priorité structurer les maquis grossis à la fin août par le renfort de résistants des départements extérieurs ("Bir-Hakeim", "Foch", "Demorny") qui participent à la reconquête de Jonzac (13 août), Saint-Jean-d'Angély (13 septembre), Saintes (4 septembre) et Rochefort (12 septembre).

Les troupes issues des maquis sont transformées, sous l'autorité du colonel Adeline et du délégué national Chaban-Delmas, en unités de l'armée française. Adeline transfert son poste de commandement à Saintes afin de superviser les 7 000 forces française de l'intérieur (FFI), ou groupement "Z", les résistants de Roland, l'armée secrète de Dordogne et le groupement des franc-tireurs partisans (FTP) de Bernard. Le 14 octobre, le général de corps d'armée Edgard de Larminat est nommé par de Gaulle commandant du détachement d'armée de l'Atlantique (DAA) pour libérer les poches côtières. 5 janvier 1945 : bombardement de Royan.

 

Libération de Royan. 15 avril 1945. Source : DMPA/SHD

 


Convaincu de l'importance de réduire les poches de résistance, le général De Gaulle prépare à l'automne 1944 avec l'aide de la 2e DB et l'état-major anglo-américain "l'opération Indépendance" destinée à libérer Royan. L'opération, prévue pour le 25 novembre et repoussée au 10 janvier, doit être annulée côté français en raison du départ des chars de la 2e DB pour contenir la contre-attaque allemande dans les Ardennes.

 

Cependant une erreur de commandement conduit au raid aérien de 300 appareils de la Royal Air Force du 5 janvier qui, en deux vagues (à 5h00 et à 6h00), déverse 1 600 tonnes de bombes sur la "Poche de Royan", faisant un millier de victimes civiles.

 

La responsabilité de ce désastre est partagée. Les Français, dans leur hâte de reprendre les poches de l'Atlantique avec les troupes anglo-américaines, n'ont pas assez porté attention à l'évacuation des populations civiles. Les états-majors américains et britanniques, partisans dès le départ d'un bombardement systématique des poches de résistance, ont interprété de manière erronée les expressions imprécise de "position de Royan", "réduit de Royan", qu'ils ont traduites par "Royan area", preuve de leur confusion entre la ville de Royan et la ceinture fortifiée de la ville.

 


13 - 17 avril 1945 : opération Vénérable

 

Carte de l'Opération Vénérable

 

 

Durant le mois de janvier les populations civiles sont secourues et évacuées. Les Allemands expulsent les derniers civils en février. Parmi les actions de secours, mentionnons celle de Samuel Besançon, pasteur de Royan et un des chefs de la résistance royannaise, qui est à l'origine de l'édification du mémorial du souvenirs aux victimes du bombardement.

 

Le général de Larminat obtient le retour d'une partie des unités du front des Ardennes : des formations de l'armée d'Afrique, une fraction de la 2e DB (12e cuirassiers, 12e chasseurs d'Afrique, 1er spahis marocains, régiment blindé des fusiliers marins) et des bataillons coloniaux (Oubangui-Chari et Antilles). Ces troupes viennent ainsi renforcer les 25 000 soldats, les unités de la résistance appuyés par les forteresses volantes.

 

Le 13 avril, le général de Larminat exhorte ainsi ses troupes : "Le moment est venu de faire sauter la forteresse ennemie de Royan-Grave. Les moyens matériels sont réunis, le succès de l'opération ne dépend que de l'audace et de la sagesse des chefs, de la valeur et de l'intelligence des soldats [...] C'est une part notable dans la renaissance du pays qui est entre vos mains" (ordre général n° 7). Dans la nuit du 13 au 14 avril les bombardements américains préparent l'assaut. Le 14, à 16h35, les chars, suivis de l'infanterie, attaquent simultanément la Pointe de Grave et Royan, pénétrant ainsi les positions allemandes. Le groupement nord, commandé par le colonel Grenger, lance l'offensive à partir de Saujon vers Médis. La position prise, un pilonnage d'obus le lendemain ouvre la route aux unités, réduites à la 2e DB, qui progressent vers la presqu'île d'Arvert, et entrent dans Bernon puis Royan.

 

La 2e DB (Division Blindée) entre dans Royan en ruine : un tank destroyer M10 du RBFM (Régiment Blindé de Fusiliers Marins) accompagne les fantassins dans la ville. Avril 1945. Source : SCA - ECPAD. Photo : Malin Henri

 


Les hommes du groupement sud, sous les ordres du colonel Adeline, qui ont lancé l'offensive de Cozes vers Talmont, Meschers et Trignacles font la jonction avec celles de Grenger à Triloterie. Les chars du 12e cuirassier pénètrent dans Royan, réduisent les poches de résistance ennemie. Ils foncent au nord-ouest, prenant ainsi Vaux-sur-Mer, Courlay, Saint-Augustin et les Mathes et appuyant l'offensive des groupements Cézards et Monnet, basés plus au nord, qui traversent la Seudre le 16 avril, et atteignent la presqu'île d'Arvert et La Tremblade. Ces dernières, avec la Grande Côte, la Pointe de La Coubre et Pontaillac sont les derniers points de résistance. Le 17 avril l'amiral Michahelles, commandant de la place de Royan, est capturé. Le 18 avril, une dernière vague de bombardements emporte la reddition des bunkers de la forêt de la Coubre.

 

Un char Sherman, probablement du 12e RC (Régiment de Cuirassiers), passe devant les ruines du casino de Royan, très endommagée par les bombardements aériens et les tirs de l'artillerie, au moment de la reconquête de la ville par les troupes de la 2e DB (Division Blindée). Source : SCA - ECPAD. Photo : Malin Henri

 


Bilan

 

Les combats pour la libération de Royan ont fait 150 morts et 700 blessés chez les alliés. On dénombre 479 victimes et 4600 prisonniers allemands.

 

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

Des décorations, en reconnaissance de la nation

 

 

En instituant la Croix de guerre 1914-1918, le décret d'avril 1915 instaure le principe d'honorer les actes de bravoure individuels et les actions d'éclat des formations militaires. Cependant, cette conception perdure bien au delà de la Grande Guerre.

 

D'autres décorations récompensent la bravoure et l'abnégation de ceux qui se sont particulièrement distingués lors d'engagements armés.

 

 

 

Croix de guerre 1914-1918. Source : Photo Franck Beauperin

 

 

Après la Première Guerre mondiale, quelques contingents français s'illustrent dans les colonies de l'Empire, les protectorats ou des missions militaires dans divers pays. Pour conserver son prestige à la Croix de guerre 1914-1918, cette décoration n'est plus attribuée, d'autant qu'il existe une médaille coloniale pouvant avoir la même fonction (1) . Néanmoins, le général Lyautey propose de créer une "médaille spéciale pour citations individuelles dans la période de paix, avec palmes et étoiles".



Un projet de loi est présenté à la Chambre des députés en juillet 1920. Le 30 avril 1921, la loi instituant une Croix de guerre spéciale au titre des Théâtres d'opérations extérieures (TOE) est publiée au Journal Officiel. Cette nouvelle décoration est destinée "à commémorer les citations individuelles obtenues aux divers échelons des armées de terre et de mer, au cours des opérations exécutées depuis le 11 novembre 1918 ou qui auraient lieu dans l'avenir, pour services de guerre caractérisés, directement liés à l'expédition". Cette croix reste sur le modèle de celle instituée par le décret d'avril 1915 : une croix pattée où s'entrecroisent deux épées. Sur l'avers de celle-ci, figure au centre une "Marianne" coiffée du bonnet phrygien et ornée d'une couronne de laurier avec en exergue "République Française". Au revers, elle porte en son centre l'inscription "Théâtres d'Opérations Extérieures". Cette croix en bronze florentin est suspendue à un ruban formé de trois bandes verticales, une large bande centrale bleu clair, rappelant l'éloignement des théâtres d'opérations, encadrée de deux bandes rouges. Les citations sont matérialisées par une étoile ou une palme, agrafées sur le ruban. En juillet 1925, une fourragère spéciale aux couleurs de cette décoration symbolise les citations collectives acquises par les unités.

 

Croix de guerre spéciale au titre des Théâtres d'opérations extérieures (TOE). Source : Photo Franck Beauperin

 



Les premiers récipiendaires sont ceux de la guerre du Maroc et du Levant. Les combattants de la guerre d'Indochine comme les volontaires du bataillon français en Corée (1953) recevront également cette distinction. Après l'affaire de Suez en 1956, la Croix de guerre TOE n'est plus attribuée. Elle est cependant à nouveau octroyée lors de la guerre du Golfe en 1991. Depuis le 20 juin 1999, cette croix n'est plus décernée. Quelques jours après la déclaration de guerre de septembre 1939, Albert Lebrun décide dans un décret-loi du 26 septembre de créer une croix dite " Croix de guerre ", honorant les citations individuelles pour faits de guerre, à l'ordre des armées de terre, de mer et de l'air. Cette nouvelle décoration a une vocation identique aux précédentes et obéit aux mêmes principes d'attribution. Elle peut être décernée à des unités, des militaires, des civils français ou des étrangers. Elle se distingue de celle de la Première Guerre mondiale dans la partie centrale du revers qui porte le millésime "1939" ainsi que par son ruban de couleur rouge avec au centre quatre bandes verticales vertes. Cependant, l'histoire de cette décoration reflète les vicissitudes traversées par la France à cette époque. Il y eut en effet plusieurs modèles de Croix de guerre. Après l'armistice de juin 1940, le général Weygand, constatant le non respect des prescriptions d'attribution de la Croix de guerre 1939, demande une révision de toutes les citations acquises lors des combats de juin 1940 pour éviter une dévalorisation de cette décoration. Cette instruction aboutit au décret du 28 mars 1941 qui instaure le remplacement de la Croix de guerre "1939" par une nouvelle Croix. Identique dans sa forme à la précédente, elle porte les dates "1939-1940". Le ruban est vert et noir en signe de deuil rappelant celui de la médaille commémorative de 1870. Cette instruction reste effective jusqu'à la Libération de 1945.

 

 

Croix de guerre 1939-1945. Source : Photo Franck Beauperin

 

Parallèlement, la France Libre continue d'attribuer des citations donnant droit au port d'une Croix de guerre. Ce modèle dit "de Londres" se distingue par l'absence au revers d'un millésime et conserve le ruban utilisé en 1939. Par ailleurs, dans une décision du 11 mars 1943, le général Giraud adopte pour l'Armée d'Afrique une décoration dont la croix ne porte plus en son centre une effigie de la République mais deux drapeaux tricolores croisés et au revers la date "1943". Fabriquée localement, cette distinction disparaît sous l'effet de l'ordonnance du 4 janvier 1944.

 

À partir de la campagne de Tunisie, les citations et les Croix de guerre sont attribuées comme en 1914-1918. Après 1944 et jusqu'à nos jours, la Croix de guerre reprend le ruban de celle de 1939, tandis que sa partie centrale porte le millésime "1939-1945", effaçant les initiatives de l'État français. Cette décoration honore ainsi les combattants de 1940, les Français Libres engagés sur tous les fronts, les résistants, les déportés. La Croix de guerre 1939-1945 a été décernée à 1 585 villes de 86 départements et à 161 formations.

 

Témoignage visible des citations collectives, la fourragère 1939-1945 porte les mêmes couleurs que celle de 1914-1918 dont seul la distingue un ajout d'olive (placée au dessus du ferret) aux couleurs du ruban de la décoration. Lorsque les unités ont été distinguées lors des deux guerres mondiales, celle-ci comporte deux olives. Seule, la fourragère de l'ordre le plus élevé, obtenue dans l'une des deux guerres, est portée sur l'uniforme.

 

 

 

La Croix de la Valeur militaire

 

 

Croix de la Valeur militaire. Source : Photo Franck Beauperin
 

 

Définies à l'époque comme des opérations de maintien de l'ordre, les actions en Afrique du Nord ne peuvent pas bénéficier de l'octroi d'une Croix de guerre "AFN" ou TOE.

 

Devant le silence des textes et en raison du caractère spécial de ces campagnes, le décret du 11 avril 1956 crée "une médaille dite de la Valeur militaire destinée à récompenser les militaires ayant accompli des actions d'éclat au cours ou à l'occasion d'opérations de sécurité ou de maintien de l'ordre". Mais, compte tenu de la préséance dans le port des décorations (2), l'existence de cette médaille fut très brève. Le décret du 12 octobre remplace donc le terme de "médaille" par celui de "Croix". Proche du modèle de la Croix du combattant (3), il s'agit d'une croix pattée à quatre branches en bronze portant sur l'avers l'effigie de la République et au revers "Croix de la Valeur Militaire". Étant donné le caractère spécifique de ces opérations, les épées ont disparu. Son ruban est écarlate avec liserés et bande médiane blanche. Cette décoration est décernée suivant les mêmes principes que les Croix de guerre à la différence qu'elle ne peut être remise pour une action collective. Il n'y a donc pas de fourragère aux couleurs de la Valeur militaire. Survivance des conflits en Afrique du Nord, la Croix de la Valeur militaire continue d'être octroyée comme au Zaïre, au Tchad, à Djibouti, en Mauritanie, au Liban, en Ex-Yougoslavie, au Rwanda et plus récemment en Côte d'Ivoire.

 

Malgré des caractères spécifiques, chaque Croix conserve la même valeur symbolique et reflète une reconnaissance de la nation.

 

 



Notes :

(1) Créée par la loi du 26 juillet 1893, cette médaille récompense "les services militaires résultant de la participation à des opérations de guerre, soit dans une colonie, soit dans un pays de protectorat". Elle est remplacée en 1962 par la Médaille d'Outre-Mer.

(2) Il est entendu qu'une médaille ne peut pas être portée immédiatement après une Croix de guerre. Dans ce cas, la médaille de la Valeur Militaire aurait été placée après la médaille commémorative d'Algérie.

(3) Créée par la loi du 28 juin 1930, la Croix du combattant est destinée "à signaler tous ceux qui, au péril de leur vie, ont défendu la patrie". Le récipiendaire doit justifier de trois mois de présence dans une unité combattante.

 

 

Source : Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 155" - Mindef/SGA/DMPA

Fusillés et déportés du Nord-Pas-de-Calais

 

 

De juin 1940 à août 1944, le Nord et le Pas-de-Calais sont rattachés au Commandement militaire allemand de Belgique. Les officiers allemands installent un climat de terreur, la déportation et les persécutions sévissent. La violence fait rage en 1944 : massacre d'Ascq et le "dernier train de Loos" ...

 

L'invasion de 1940 ravive une culture de guerre née des épreuves de 1914-1918. Soumis à un statut d'occupation particulier, les départements du Nord et du Pas-de-Calais connaissent, de 1940 à 1944, une seconde occupation allemande beaucoup plus dure que celle de l'ensemble du territoire français, Alsace-Moselle exceptée.

 

 

Prison de Loos-les-Lille. Source : La Coupole

 

 

De 1940 à 1944, le Nord et le Pas-de-Calais, par leur proximité avec le Royaume-Uni, ennemi le plus tenace du Reich nazi, ont été une zone permanente de guerre. La densité des troupes allemandes y fut constamment plus élevée que dans le reste de la France. C'est dans la "zone rouge" littorale que la pression est la plus forte ; à partir de l'été 1943, on y attend le débarquement allié. Aucune autre région française n'a subi de telles pressions sur son activité industrielle et sur sa main d'oeuvre, cette dernière étant, dès l'automne 1940, soumise à des transferts forcés en Allemagne. D'abord ponctuelles, ces ponctions devinrent systématiques avec l'entrée en vigueur du Service du travail obligatoire (STO) en 1943.

 

Les premières actions de résistance consistent à sauver les soldats britanniques qui cherchent à éviter la captivité, en les cachant et en organisant leur départ pour tenter de regagner la mère patrie, via l'Espagne. Les premiers résistants créent des feuilles d'information clandestines : La Voix de la nation, La Vraie France, L'Homme libre, La Voix du Nord (créée en avril 1941). Les résistants mènent aussi une activité de renseignement au profit des services secrets britanniques. Progressivement, les premiers noyaux se structurent et s'intègrent à des organisations plus vastes, franco-belges ou franco-anglaises, chargées de l'espionnage des activités de l'Occupant ou de l'exfiltration des aviateurs alliés. Mais en accroissant leurs effectifs, les réseaux et les mouvements de résistance s'exposent à l'infiltration par des agents des polices allemandes.

 

Dans les premiers mois de l'Occupation, une série d'ordonnances allemandes fixe les sanctions auxquelles s'exposent ceux et celles qui voudraient nuire aux intérêts du Reich (jugements devant un tribunal militaire, peines de prison, condamnations à mort). Pour enrayer les actes d'hostilité spontanés auxquels elle est confrontée (les plus nombreux sont les coupures de lignes téléphoniques), la Wehrmacht réunit des conseils de guerre qui prononcent sur-le-champ des peines d'emprisonnement en Allemagne. À l'automne 1940, le Commandement militaire allemand de Bruxelles installe ses tribunaux dans la "zone rattachée", pour traiter les affaires qui touchent à la sécurité des troupes : ceux de la Heer (l'armée de terre) à Lille, Arras et Valenciennes ; celui de la Luftwaffe, boulevard Vauban à Lille ; celui de la Kriegsmarine, à Wimille. En quatre ans, ils prononcent plus de 450 condamnations à mort et plusieurs milliers de peines de détention, qui doivent être purgées dans une prison en Allemagne dès que la sentence dépasse un an.

 

Prison de Cuincy-Douai. Source : La Coupole

 



Pendant toute l'Occupation, on trouve, dans chaque prison du Nord-Pas-de-Calais, deux sections distinctes : l'une allemande, l'autre française, celle-ci restant sous la responsabilité de l'administration pénitentiaire de Vichy. Trois établissements ont concentré la grande majorité des milliers de prisonniers enfermés par l'Occupant : Saint-Nicaise à Arras, Cuincy, près de Douai, et Loos-lès-Lille, principal centre de détention de la région. L'incarcération par l'Occupant d'opposants et de résistants conduit à une inversion symbolique. Alors que la détention vise, dans une société démocratique, ceux qui ne respectent pas la loi, elle devient, entre 1940 et 1944, un outil contre des hommes et des femmes qui incarnent des valeurs élevées, patriotiques ou politiques. Les quartiers allemands des prisons deviennent alors des lieux d'honneur.

 

Fosse n° 7 des mines de Dourges. Lieu de la grève des mineurs du 27 mai 1941. Source : La Coupole

 



Les mines de charbon du Nord-Pas-de-Calais jouaient, en 1940, un rôle essentiel dans l'approvisionnement énergétique de la France. Dès le début de l'Occupation, les compagnies minières s'efforcent d'accroître la production en pressurant la main-d'oeuvre, tout en liquidant les acquis sociaux du Front populaire. Pendant l'hiver 1940-1941, les mineurs connaissent une véritable disette. La misère constitue un terreau favorable pour le parti communiste clandestin ; ses militants déclenchent des arrêts de travail dans les puits et des manifestations de ménagères. La grève qu'ils lancent, le 27 mai 1941, à la fosse 7 des mines de Dourges s'étend rapidement aux puits voisins et menace bientôt l'approvisionnement énergétique de Paris. Le général Niehoff, chef de l'Oberfeldkommandantur de Lille, décide de briser le mouvement. Le 3 juin, il fait condamner 11 mineurs et 2 femmes à des peines de déportation. Mais la nouvelle, annoncée par 30 000 affiches, provoque au contraire l'extension du conflit : à son apogée, le 6 juin, 100 000 mineurs, sur les 143 000 du bassin, ont cessé le travail. Fondée sur des revendications sociales, la grève a désormais pris un tour anti-allemand. Le bassin minier est placé en état de siège : la Wehrmacht quadrille les cités, les lieux publics sont fermés, les manifestations de femmes sont dispersées. Aidé par les préfets et la police française, l'Occupant multiplie les arrestations, souvent au hasard, pour accroître l'effet de terreur. La grève des mineurs, événement unique par son ampleur pendant l'occupation de la France, cesse le 10 juin.

 

Comme en 1914-1918, les autorités militaires de Lille choisissent d'abord des otages parmi les notables (maires, magistrats), pour répondre de la bonne conduite des populations. Mais aucun n'est fusillé ou déporté. Dans les premiers mois de l'Occupation, les Allemands font preuve d'une grande modération en matière répressive, à la surprise de la population. Ils procèdent à des arrestations et leurs tribunaux prononcent des peines de prison, voire une poignée de condamnations à mort ; mais ces dernières sont systématiquement commuées.

 

L'apparente mansuétude de l'Occupant commence à s'effriter au printemps 1941, pour tenter d'empêcher la structuration de la Résistance et d'enrayer l'agitation sociale dans le bassin minier. L'invasion de l'Union soviétique, le 22 juin, provoque l'engagement du parti communiste clandestin dans la résistance armée. La multiplication des attentats et des sabotages incite l'Occupant à établir un climat de terreur dans la "zone rattachée" Nord-Pas-de-Calais.

 

Sabotage près de Béthune. 5 mars 1943. Source : La Coupole

 


Pendant la grève des mineurs, la Feldgendarmerie et les gendarmes français ont procédé à près de 450 arrestations. 273 hommes, pour la plupart des communistes, sont transférés à la citadelle de Huy, en Belgique. Le 23 juillet, 244 d'entre eux sont déportés au camp de concentration de Sachsenhausen, sans avoir été jugés. Il s'agit du premier grand convoi de déportation de détenus français arrivant dans le système concentrationnaire nazi. Les hommes du "train des mineurs" ont ensuite été dispersés dans divers camps (Dora, Natzweiler-Struthof, Buchenwald, Auschwitz, Dachau, Mauthausen, etc.). Cependant, 65 détenus ont, cas rare dans l'histoire des camps de concentration, bénéficié de mesures de libération, entre décembre 1941 et décembre 1943, après avoir signé un document certifiant qu'ils n'intenteraient pas d'action en justice contre leurs gardiens et resteraient muets sur leurs conditions de détention... Un avis de libération leur fut remis, leurs effets personnels rendus, et ils purent rentrer chez eux. L'origine et le motif de cet élargissement sont inconnus. Pour les autres, moins chanceux, le bilan est très lourd : au moins 140 des hommes du "train des mineurs" ont péri dans les camps nazis. La déportation des mineurs constitue le premier épisode d'une lutte sans merci contre les communistes.

 

Les préfets de Vichy Fernand Caries (préfet du Nord pendant toute l'Occupation) et Amédée Bussière (préfet du Pas-de-Calais de 1940 à 1942, avant d'être nommé préfet de police de Paris) ont fait preuve d'un acharnement tout particulier pour aboutir au démantèlement de la plupart des groupes de résistance armée du parti communiste ("Organisation spéciale", puis FTPF). Jusqu'au printemps 1943, les policiers français agissent en parfaite collaboration avec leurs homologues de la CFP. Les "terroristes" arrêtés sont le plus souvent remis aux autorités allemandes qui les traduisent devant leurs tribunaux ; au bout du processus, l'exécution ou la déportation.

 

Les préfets ont eu massivement recours à l'internement administratif, qui permet d'incarcérer des individus uniquement sur la présomption d'une activité "antinationale". En février 1941, Caries s'était vu refuser par les Allemands l'autorisation de créer un camp d'internement pour la "zone rattachée", afin d'y enfermer les communistes impénitents. Il obtient satisfaction le 25 juillet 1941. Ce "camp de concentration" - c'est l'expression employée à cette époque par l'administration française - est ouvert en septembre dans l'enceinte de la citadelle de Doullens (Somme). Plusieurs centaines de personnes y seront conduites, jusqu'à la fermeture du camp, en mars 1943. Les hommes non libérables qui s'y trouvent à cette date sont transférés vers d'autres lieux de détention en France. La plupart - au moins 350 hommes et quelques dizaines de femmes - seront livrés aux Allemands et déportés, au printemps 1944, vers les camps de concentration de Buchenwald, Dachau, Mauthausen, Neuengamme et Ravensbrück.

 

 





Entre juin 1940 et août 1944, au moins 1 630 personnes (dont 250 femmes) ont été déportées des prisons du Nord-Pas-de-Calais vers celles du Reich. Les condamnations sont, pour les trois quarts des cas, liées à des actes d'opposition à l'Occupant : détention d'armes - notamment de fusils de chasse -, hébergement et aide à des soldats alliés, "propagande communiste", sabotage mineur, offense et insulte à la Wehrmacht, propagande par tracts, etc. Le quart restant correspond à des affaires de droit commun (vols commis au préjudice des Allemands ou accidents de la circulation ayant provoqué la mort de soldats du Reich). Près d'un tiers des déportés condamnés par les tribunaux militaires allemands ont été libérés au terme de leur peine et ont pu rentrer chez eux avant la fin de la guerre. Certains ont toutefois été gardés au travail forcé, et ceux qui étaient considérés comme dangereux, transférés dans un camp de concentration. Plus de la moitié des condamnés ont été libérés par l'arrivée des Alliés, au printemps 1945. Mais 200 détenus environ sont décédés pendant leur captivité dans une prison du Reich (du fait de la faim, de l'absence d'hygiène, des coups, mais aussi des bombardements alliés sur les villes allemandes). Au moins 46 prisonniers, dont 3 femmes, ont été exécutés sur le territoire allemand après leur condamnation à mort par un tribunal civil nazi. On peut estimer à 2 700, le nombre de personnes déportées de la "zone rattachée" Nord-Pas-de-Calais vers le Reich, pour des actes de résistance, la très grande majorité aboutissant dans un camp de concentration. Ils ont connu leur première immatriculation dans des grands camps (Sachsenhausen, Buchenwald, Neuengamme, Dachau), avant d'être dispersés dans la myriade de camps annexes et de Kommandos de travail qui se développent dans la partie finale de l'histoire du système concentrationnaire.

 

Le système des otages est progressivement abandonné. Deux types de sanctions sont désormais utilisés parallèlement : l'exécution, sur le sol du Nord et du Pas-de-Calais, de résistants condamnés à mort par les tribunaux militaires ; la déportation en Allemagne (dans une prison ou un camp de concentration). Celle-ci peut résulter d'une condamnation prononcée par un tribunal militaire ou être le fruit d'un mécanisme totalement arbitraire et secret, sans aucun jugement préalable. 408 hommes ont été exécutés après leur condamnation pour des actions de résistance, à titre individuel ou au sein d'organisations structurées. En 1942, 123 résistants, presque tous communistes, furent fusillés dans les fossés de la citadelle d'Arras ; plus de 80 % d'entre eux avaient été arrêtés par la police française et livrés aux Allemands. En 1943 le nombre total des exécutions dans le Nord-Pas-de-Calais s'établit à 61, à une époque où le nombre des déportations de résistants vers le Reich s'accroît ; cette fois, la majorité des fusillés sont issus d'organisations non communistes (Alliance, OCM, Voix du Nord, Sylvestre-Farmer), qui subissent alors une série de démantèlements. Le paroxysme des exécutions est atteint en 1944, avec 212 fusillés, dont plus des deux tiers au cours des dix semaines qui séparent le débarquement allié du 6 juin, en Normandie, de la Libération.



Si l'année 1944 reste dans les esprits celle de la libération du joug nazi, elle correspond également à la période la plus noire de l'Occupation. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les arrestations, les exécutions, les déportations atteignent leur apogée. Jusqu'au bout, les autorités du Commandement militaire allemand de Belgique et du Nord de la France continuent à appliquer un arsenal répressif diversifié : jugements devant les tribunaux, condamnations à mort et fusillades, déportations Nacht und Nebel et arrestations d'otages. L'Occupation s'achève par un drame : la déportation de plusieurs centaines de détenus de la prison de Loos-lès-Lille. En mars 1944, les Allemands autorisent l'arrivée de la Milice dans les deux départements du Nord. Dès son installation, cette police politique, composée des derniers fanatiques de la collaboration à outrance, fait l'objet d'un rejet massif de la part de la population. Menacés de mort, ses membres limitent leur action à des arrestations ciblées de résistants. Leur plus sinistre opération est la tenue d'une cour martiale, dans l'enceinte même de la prison de Loos-lès-Lille, le 22 mars 1944 : deux résistants sont condamnés à mort après un simulacre de procès, et fusillés le lendemain par un peloton de membres des Groupes mobiles de réserve, police de maintien de l'ordre de Vichy. Le changement d'attitude des forces de police ordinaires de Vichy oblige les Allemands à assurer seuls la répression. Leur hantise d'une insurrection en cas de débarquement sur le littoral du Pas-de-Calais les incite à durcir encore leur attitude. Le printemps 1944 est marqué par de nouvelles vagues d'arrestations qui frappent en particulier les mouvements Voix du Nord et OCM.

 

Les tribunaux militaires multiplient les condamnations à mort, et plus de 200 résistants sont passés par les armes entre janvier et août 1944, après des jugements sommaires. Pendant la même période, près de 2 100 résistants - dont 700 Nacht und Nebel - sont déportés vers des prisons ou des camps de concentration, soit plus de 40 % de l'ensemble des déportés de la "zone rattachée" entre 1940 et 1944.

 

Parallèlement à ces procédures qui relèvent de l'administration militaire et qui conservent un semblant de légalité, la Gestapo de Lille déporte sans jugement. Devenue autonome depuis la fin 1943, elle n'a plus désormais besoin de l'aval du Commandement militaire pour procéder à des déportations directes. Elle se sert de la procédure de Schutzhaft, "détention de sécurité", pour envoyer des résistants dans des camps de concentration. Dans les derniers mois de l'Occupation, la Gestapo utilise la citadelle de Huy comme lieu de transit, avant l'envoi des résistants non jugés au camp de Vught, aux Pays-Bas. Ce dernier est évacué, à la fin août 1944, vers Sachsenhausen. Après le débarquement du 6 juin 1944, la Résistance passe à l'action dans le Nord et le Pas-de-Calais. On compte pas moins de 2 000 sabotages commis dans la "zone rattachée" entre le débarquement allié en Normandie et le 1er septembre 1944, date de la libération d'Arras. Face à cette effervescence, les dirigeants de l'Oberfeldkommandantur de Lille s'efforcent de maintenir par tous les moyens la sécurité des troupes et de leurs déplacements. Les polices allemandes procèdent à des centaines d'arrestations, les prisons sont bondées et les tribunaux militaires d'Occupation tournent à plein régime.

 

Près du tiers des personnes exécutées comme otages ou après une condamnation à mort dans la "zone rattachée" pendant l'Occupation l'a été après le 6 juin 1944. L'Occupant fusille alors par "fournées" des résistants, dans les fossés des citadelles et des forts de la région : 78 hommes sont fusillés à Arras, 58 au fort de Seclin, 45 au fort de Bondues, 13 au camp du Roleur, à Valenciennes, et 11 au fort de Curgies, dans cette même ville. Plus de la moitié de ces hommes ont moins de trente ans. Si les deux tiers des fusillés de 1944 sont encore issus des métiers de la mine, du chemin de fer ou de l'industrie, on remarque désormais une plus grande diversité sociologique, avec des hommes appartenant au patronat, à la fonction publique et aux professions libérales, souvent des cadres des mouvements de la Résistance non communiste.

 

 

3 septembre 1944. Libération de Lille. Arrivée des chars britanniques. Source : La Coupole

 


La libération du Nord et du Pas-de-Calais est acquise, pour l'essentiel, en cinq jours, entre le 1er et le 5 septembre 1944 ; mais Dunkerque resta aux mains des Allemands jusqu'au 9 mai 1945. La joie de la liberté retrouvée fut ternie par un drame survenu quelques heures seulement avant la libération de Lille : la déportation de centaines de prisonniers de la prison de Loos vers les camps de concentration nazis.

 

Le bilan de la déportation dans le Nord-Pas-de-Calais est celui d'une tragédie : près de 7 700 personnes ont été transférées, entre 1940 et 1945, hors des frontières de la France, en application des mesures de répression et de persécution allemandes. Le chiffre global se décompose ainsi : 1 930 déportés par mesure de persécution, et 5 687 déportés de répression. Alors que l'on peut estimer aujourd'hui à 162 000 le nombre de déportés de France entre 1940 et 1945, tous motifs confondus, la proportion de personnes originaires de la "zone rattachée" est de l'ordre de 5 %. Au total, 1 772 Juifs domiciliés dans le Nord ou le Pas-de-Calais en 1939 ont été déportés dans le cadre de la "solution finale", vers les camps d'extermination, et pour une infime minorité vers des camps de concentration ; les neuf dixièmes étaient de nationalité étrangère. Parmi eux, plus de 700 furent arrêtés dans la "zone rattachée" ; les autres tombèrent aux mains des Allemands dans d'autres régions de la France occupée. 95 % d'entre eux - des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards - ont péri, la très grande majorité ayant été gazée dès l'arrivée des convois à Auschwitz-Birkenau. 158 Tsiganes arrêtés dans la "zone rattachée" à la fin de l'année 1943 ont été dirigés vers le camp d'Auschwitz. 85 % sont morts en déportation.

 

 

Source Fusillés et déportés du Nord-Pas-de-Calais. La Voix du Nord Editions. 2005

Camp d'Internement pour les Tsiganes, Montreuil-Bellay (49)

 

Un camp pour les Tsiganes... et tous les autres

 

Le camp de Montreuil-Bellay, considéré comme l'un des plus importants lieu d'Internement pour Tsiganes fut, à l'origine, une cité construite entre janvier et juin 1940, destinée à loger le personnel d'une poudrerie installée aux abords de la ville par le ministère de la Guerre.

 

De l'arrivée des allemands à Montreuil-Bellay le 21 juin 1940 jusqu'en mars 1941, le site devint un stalag que l'occupant fit entourer de barbelés et dans lequel il interna les militaires interceptés sur les routes, et des civils d'une quinzaine de nationalités différentes, dont les ressortissants britanniques de l'Ouest de la France. Hitler s'enlisait alors dans l'incertaine Bataille d'Angleterre. Ce fut la seule période au cours de laquelle le camp fut administré par l'ennemi. Après la libération de la plupart des civils, les soldats français furent envoyés en Allemagne comme prisonniers. Les célibataires anglais furent envoyés dans un camp à Saint-Denis, près de Paris, où ils restèrent jusqu'en août 1944 ; les couples furent tenus à résider sous surveillance dans des hôtels de Vittel.

 

 

Vestiges de la prison du camp. Photo Jacques Sigot

 



Du 8 novembre 1941 au 16 janvier 1945, la France fit du site de Montreuil-Bellay un camp pour "individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani". Ils étaient Manouches, Gitans, Roms, Sintés, et plus généralement Tsiganes, terme que nous employons aujourd'hui mais que les intéressés refusent. De "type romani" confirme, en tous les cas, le caractère raciste de la mesure.

 

Ces Tsiganes, par familles entières, venaient d'une multitude de petits camps ouverts suite à la loi du 6 avril 1940 signée par Albert Lebrun, dernier président de la 3e République, loi qui stipulait que ces nomades devaient être rassemblés dans des communes désignées sous surveillance de la police et qui fut appliquée avec zèle par Vichy. Furent aussi internés à Montreuil des clochards arrêtés dans les rues de Nantes au début de l'été 1942, et qui disparurent quasiment tous avant la fin de l'hiver qui suivit.

 

Tampon sur un document administratif (certificat de libération d'internés) du 23 janvier 1943 signé par le directeur du « camp de concentration de nomades de Montreuil-Bellay ». Source : Jacques Sigot

 

 

Jusqu'en janvier 1943, les nomades furent gardés exclusivement par des gendarmes ; ensuite par des gendarmes et des jeunes gens de la région qui échappaient ainsi à la "Relève forcée" puis au STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne.

 

En juin et juillet 1944, le camp fut sévèrement bombardé par les alliés qui avaient sans doute appris que l'on avait fait confectionner par les internés des filets de camouflage pour l'ennemi. La clôture et des baraquements ayant été très endommagés, les nomades furent conduits dans un second lotissement de l'ancienne poudrerie, trois kilomètres à l'est, le long de la nationale Angers/Poitiers. La première quinzaine de septembre 1944, furent parqués derrière les barbelés désertés du camp principal, 30 Italiens et 145 soldats vaincus du Reich, dont 107 Géorgiens, Russes "blancs" fidèles à l'ancien régime qui avaient espéré que Hitler vainqueur leur rendrait leur Tsar. Puis ce fut le tour des collaborateurs locaux, eux-mêmes bientôt transférés dans le camp de Châteaubriant pour échapper au triste sort que leur réservaient des compatriotes avides de vengeance et de défoulement.

 

 

Enfin la Libération, mais pas pour les internés de Montreuil



Les Tsiganes réintégrèrent les baraquements du camp principal début octobre 1944.

Si, pour les Angevins, la Libération avait brisé les chaînes de l'occupation, pour eux, la guerre n'était pas terminée, et ils ne quittèrent Montreuil que le 16 janvier 1945... pour être expédiés sans autre forme de procès dans ces autres camps de Jargeau et d'Angoulême où certains restèrent jusqu'en juin... 1946 !

 

On avait en effet besoin du site de Montreuil-Bellay en janvier 1945 pour de nouvelles victimes de cette guerre qui n'en finissait pas. Ainsi, le 20 janvier, arrivèrent 796 civils allemands, dont 620 femmes et 71 enfants, arrêtés dans l'Alsace reconquise par l'armée du général Leclerc, internés dans un premier temps dans l'ancien camp nazi du Struthof. Beaucoup périrent au cours des mois de l'hiver, suite au voyage en wagons à bestiaux pendant trois jours de l'Alsace à l'Anjou et vu les conditions matérielles lamentables de leur hébergement dans des baraquements en partie ruinés. Beaucoup d'entre eux étaient très âgés.

 

En novembre 1945, un nouvel hiver s'annonçant, on précipita leur transfert dans le camp moins dur de Pithiviers (Loiret).

 

Au printemps 1946, un escadron d'un régiment de Chasseurs d'Afrique de l'armée française les remplaça pendant quelques mois, mais les barbelés et les miradors avaient disparu.

 

Enfin, le 22 octobre 1946, toutes les installations, sauf la prison, une cave souterraine d'une ferme qui avait brûlé au début du siècle, furent vendues aux enchères par les Domaines. Restent aujourd'hui quelques ruines de marches et de fondations, et une stèle dont la plaque commémorative, ne dit rien, ou si peu, de toutes ces souffrances si longtemps occultées et non encore toutes reconnues ni assumées.

 

 

Un camp sauvé de l'oubli



Ce camp, comme tous les innombrables autres en France qui avaient interné des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, était tombé dans l'oubli.

 

Dans les années 1950, un second site, qui porta le même nom de "Camp de Méron", s'est installé exactement à la limite des barbelés abandonnés : un immense dépôt de matériel américain dans lequel travaillèrent plus de 1500 personnes de la région, ce qui fut une bénédiction économique pour elle jusqu'au renvoi par de Gaulle de ces nouveaux "occupants".

 

Le second camp avait escamoté le premier dans la mémoire des Angevins. Christian Bernadac, dans son ouvrage L'Holocauste oublié (Editions France-Empire, 1979), a bien évoqué l'existence de quelques-uns de ces camps, dont celui de Montreuil-Bellay, mais il en a fait des camps nazis, antichambres des camps de la mort, ce qu'ils n'étaient pas. Il a surtout recopié des rapports retrouvés dans différents services des Archives départementales sans toujours les confronter à la vérité. Ainsi, quand il relate le drame des nombreux décès à Montreuil au cours de l'automne et de l'hiver 1942, il pense qu'il s'agissait de Tsiganes alors qu'il s'agissait presque exclusivement de clochards raflés à Nantes au printemps. Le hasard de mon installation comme instituteur dans le Montreuillais m'avait permis de recueillir une masse énorme de témoignages oraux irremplaçables avant qu'il ne soit trop tard, parce que les anciens internés n'avaient jamais écrit sur cette période. Pour faire ériger la stèle commémorative sur le site, la première pour un tel camp, je fus secondé par Jean-Louis Bauer, dit Polouche, interné à Montreuil à 12 ans, après avoir connu Mérignac (Gironde) et Poitiers (Vienne) et avant d'être transféré à Jargeau (Loiret) qu'il ne quitta que le 23 décembre 1945. Cette stèle a été apposée à nos frais. Chaque année, le dernier samedi d'avril, a lieu au pied de cette stèle une cérémonie nationale officielle en hommage aux Tsiganes victimes de la Seconde Guerre mondiale. Des ruines ont disparu après la création d'un rond-point routier ou et l'élargissement d'une route. Le devoir de Mémoire exige qu'un tel lieu soit protégé, même s'il rappelle des événements peu glorieux.

 

 

Stèle commémorative du camp. Photo Jacques Sigot

 

 

site internet externe : Site de l'association Etudes Tsiganes

 

 

Source : Jacques Sigot

8 mai 1945

 

8 mai 1945, minuit, la fin des combats en Europe.

 

Les prémices de la capitulation

 

La C.C.E. (Commission Consultative Européenne) créée le 4 novembre 1943, à la suite de la conférence de Moscou, est une organisation internationale dont le siège est à Londres et qui a pour but de proposer aux gouvernements américain, britannique et soviétique, des projets de textes de capitulation sans conditions, et de définir les futures zones d'occupation en Allemagne. Ses membres sont les ambassadeurs américain et soviétique à Londres, Winant et Cusev, ainsi que le diplomate anglais Lord Strong.

 

Le 25 juillet 1944, la C.C.E. propose un texte en 14 points :

 

  • cessation des hostilités (article I),
  • désarmement de toutes les forces allemandes,
  • évacuation de tous les territoires occupés par le Reich (article II),
  • immobilisation de tous les avions (article III),
  • immobilisation de tous les navires de guerre et de commerce (article IV),
  • mise à la disposition des Alliés du matériel et des installations militaires (article V),
  • mise en liberté des prisonniers de guerre des Nations unies (article VI),
  • mise à disposition des Alliés de tous les renseignements militaires et économiques (article VII),
  • interdiction de toute destruction (article VIII),
  • interdiction de toute communication (article IX),
  • occupation militaire de l'Allemagne (article XI),
  • autorité suprême exercée en Allemagne par le Royaume-Uni, les Etats-unis et l'U.R.S.S. qui mettront en oeuvre le désarmement et la démilitarisation de l'Allemagne (article XII).

 

Le 10 novembre 1944, la France qui ne faisait pas partie de la C.C.E. jusqu'à présent, y est admise officiellement.

 

A cette date, on compte 3 projets de texte :

 

  • celui de la CCE
  • celui du comité interallié pour l'armistice
  • celui mis au point par la France. (La France finira par adhérer au projet de texte de la CCE)

 

 

  • Le Général Jodl signe l'acte de reddition

    Le Général Jodl signe l'acte de reddition. Source : Documentation française

  • Plénipotentiaires allemands à Berlin

    Plénipotentiaires allemands à Berlin. Source : ECPAD



Déclaration du 5 juin 1945. Berlin

 

Le 4 février 1945, lorsque les trois Grands se réunissent à Yalta pour y réaffirmer le principe de la capitulation sans conditions, une clause concernant le démembrement de l'Allemagne est ajoutée aux négociations.


La France est laissée à l'écart du comité de démembrement institué à cet effet, et un malaise s'insinue déjà entre les Alliés. Cependant, à ce niveau des pourparlers, ces derniers commencent à redouter qu'il ne reste plus de responsables politiques ou militaires allemands pour signer la capitulation. Pour parer à cette éventualité, les Anglais prévoient alors un texte, lequel, en cas d'absence d'autorité allemande, établit l'autorité suprême alliée en Allemagne. Mais les Soviétiques accueillent très mal cette proposition anglaise car la clause d'une "capitulation sans conditions" n'y figure pas. Après bien des discussions, les Alliés finissent par s'entendre sur une "déclaration concernant la défaite de l'Allemagne et la prise de contrôle de l'autorité suprême en Allemagne". Cet accord est proclamé à Berlin le 5 juin 1945. Or, depuis le 7 mai 1945, la capitulation est signée.

 

Pourquoi une capitulation sans conditions ?

 

Lorsque la guerre éclate en 1939, à peine 21 ans se sont écoulés depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Les horreurs de Verdun et les maladresses de Versailles sont donc encore très proches, trop proches peut-être. Pour tous, il faut éviter à tout prix de commettre les mêmes erreurs que dans le passé.

Dès 1943, à l'issue de la conférence de Casablanca, Roosevelt qui ne veut plus entendre parler de négociations d'armistice comme celles que Wilson avaient engagées avec les Allemands en octobre-novembre 1918, annonce que les Américains et les Britanniques réclameront de leurs ennemis une "reddition sans conditions". Pour lui, il est hors de question de négocier avec les fascistes et les nazis comme le laissent craindre les récents pourparlers avec l'amiral Darlan.

Par la formule d'Anfa, Roosevelt rassure donc son opinion publique; il n'y aura plus de "Darlan deal". Le 26 mars 1945, le maréchal Montgomery réaffirme ce principe en déclarant qu'il faut " être» "justes, fermes et corrects". "La dernière fols, dit-il, nous avons gagné la guerre et laissé la paix s'échapper de nos mains. Cette fois-ci, nous ne devons pas nous laisser aller, nous devons gagner à la fols la guerre et la paix". L'effondrement de l'Allemagne commence réellement avec l'offensive de l'armée rouge en janvier 1945. En moins de 15 jours» l'ensemble de la Pologne occidentale est perdue par les Allemands. A partir du mois d'avril, c'est la déroute sur tous les fronts.

 

7 mai 1945. Reims

 

Cependant, les Allemands tentent de gagner du temps. L'amiral Karl Dönitz, successeur d'Hitler par testament depuis le 30 avril 1945, charge le général Jodl d'aller à Reims, grand quartier général d'Eisenhower depuis février 1945, proposer une paix séparée aux Alliés, une raison importante motive Dönitz : il faut essayer de faire passer le plus grand nombre possible de réfugiés et de soldats allemands au delà de l'Elbe, afin de leur éviter de tomber aux mains des soviétiques.



En mai 1945, à peu près 500.000 réfugiés et militaires allemands attendent d'être évacués par voie maritime de la Courlande, de la presqu'île de Héla et du delta de la Vistule. A cette date, on estime à 3 millions le nombre de soldats se trouvant encore sur le front oriental. Selon Dönitz, une dizaine de jours seront nécessaires pour faire passer tout le monde dans les lignes anglo-américaines. La paix séparée, en faisant cesser les combats à l'ouest, laisserait donc une marge de manoeuvre aux soldats du front pour se replier. Mais, en cas de refus d'une paix séparée, Jodl a pour mission d'essayer de faire au moins accepter une capitulation totale en 2 temps :

  • Arrêt des combats sur tous les fronts avec une marge de mouvement de 4 jours permettant le désarmement des Allemands se trouvant à l'est
  • A l'issue de ces 4 jours, un arrêt total de tous les mouvements de troupes.


Le chef d'état-Major du S.H.A.E.F (Suprême Headquarter Allied Expeditionnary Forces), Bedeil-Smith, semble un moment prêt à accepter ce compromis, mais le général Eisenhower est inflexible. Ce sera une capitulation totale et sans conditions. Il réplique donc à Jodl qu'il n'est " plus disposé à tolérer le moindre délai et, par l'Intermédiaire de Bedell-Smith, lui fait savoir que, s'il persiste dans cette voie, "il interrompra jusqu'à la signature de la capitulation toutes les négociations et fermera le front occidental pour empêcher de force tout nouveau déplacement vers l'ouest de soldats et de civils allemands". Dönitz est furieux et qualifie ces conditions "d'extorsion manifeste". Il est pourtant obligé d'accepter cette proposition. Il envoie alors un télégramme au général Jodl dans lequel il lui accorde "les pleins pouvoirs pour signer en accord avec les conditions données", il obtient quand même une satisfaction ; s'il signe dès ; maintenant, un délai de 48 heures entre la signature et le cessez-le-feu sera accordé aux Allemands.

Cependant, ce délai doit courir impérativement à partir du 6 mai, minuit, les combats devant cesser le 8 mai à minuit. On comprend mieux, dès lors, l'empressement soudain de Jodl à signer la capitulation.

Celle-ci se fait en pleine nuit, le 7 mai 1945, à Reims. Le choix de Reims comme lieu de signature de la capitulation peut paraître surprenant. Berlin, capitale allemande, eut été un lieu j beaucoup plus symbolique. Mais deux raisons majeures ont motivé ce choix. D'une part le fait que Berlin soit entièrement aux mains des Soviétiques et d'autre part que Reims soit le quartier général d'Eisenhower. La cérémonie qui se déroule à Reims est d'une grande sobriété, trop grande peut-être, par rapport à la solennité d'un tel acte. Bien-sûr, un français est présent ; le général Sevez. Mais contrairement aux autres signataires, il n'est là qu'à titre de témoin. En outre, il n'y a aucune version française du document de capitulation ni même de drapeau français dans la salle.



Quel est l'acte signé à Reims ?

 

L'acte de capitulation signé à Reims le 7 mai n'est pas celui élaboré à grand peine par la CCE, le 25 juillet 1944. Par ce nouvel acte de reddition, les Allemands se soumettent totalement et inconditionnellement aux forces alliées, mais aucune référence n'est faite au démembrement du pays.

En fait, il s'agit d'un acte de reddition purement militaire, élaboré par des militaires. Rien ne stipule une quelconque soumission politique, ce qui laisse donc intactes, du moins pour le moment, les institutions nazies et empêche ainsi les Alliés de contrôler totalement l'Allemagne. Il est probable que les Alliés, pressés d'en finir au plus vite, aient tenu à écarter un texte devenu trop complexe au fil des discussions et à présenter un document clair et concis. Le nouveau texte a été élaboré, dans la plus grande hâte, par le général Bedell-Smith porte que cinq articles, ce qui confirme la volonté des Alliés d'écarter toute discussion avec les Allemands pouvant retarder la signature.

 

Pourquoi Berlin ?

 

Les Soviétiques apprennent avec surprise que le document proposé le 7 mai 1945 n'est pas celui précédemment approuvé par les Trois Grands. C'est en effet le S.H.A.E.F, dont ni eux, ni les Français, ne font partie, qui l'a élaboré. Robert Murphy interroge alors Bedell-Smith à propos d'un "grand dossier bleu " qu'il lui aurait remis fin mars. Smith ne semble pas se souvenir de ce dossier et lorsque finalement celui-ci est retrouvé au fond du tiroir d'un bureau très secret, Murphy a la conviction que Bedell-Smith a eu un "extraordinaire trou de mémoire".

Quant aux Soviétiques, ils ont l'impression d'avoir été dépassés par le temps. En effet, contrairement à mais poursuivre les combats sur le front est. En outre, le choix de Reims ne lui convient pas, ce lieu n'ayant rien de symbolique. Estimant qu'il s'agit d'un "acte unilatéral" et que les Soviétiques ont été trahis, Staline feint de ne voir, en cet acte signé à Reims, que le préliminaire à une autre signature qui devra avoir lieu à Berlin.

 


9 mai 1945, 00H16, Berlin

 

Une deuxième signature de l'acte de capitulation a donc lieu dans la nuit du 8 au 9 mai à Berlin.

Le matin du 8 mai, à I0h, le maréchal Sokolovski a pour mission d'accueillir le général Eisenhower qui arrive de Reims, à l'aérodrome de Tempelhof. Sa surprise est grande lorsqu'il apprend que l'avion ne vient pas de Reims mais de Moscou et qu'il transporte non pas le général Eisenhower, mais le général Deane. Il semblerait, en fait, qu'Eisenhower se soit rétracté au dernier moment sous la pression de ses conseillers car Joukov, le signataire russe, n'est que commandant d'un groupe d'armée, c'est-à-dire d'un rang très Inférieur au sien. C'est Sir Arthur Tedder, maréchal de la RAF qui est chargé de le représenter. Vers 11 h, Tedder arrive de Reims et est conduit vers l'endroit où aura lieu la signature.

 

Une longue attente commence pour les Alliés qui sont réunis dans un cottage à Karlshorst, à quelques km de Berlin. Le général de Gaulle a désigné le général de Lattre de Tassigny pour représenter la France. Le Alliés s'accordent ainsi : le général Tedder signera pour les anglais, le général Spaatz pour les Américains et le général de Lattre de Tassigny pour les français.

Lorsque de Lattre se rend compte qu'il n'y a pas de drapeau français dans la salle réservée à la cérémonie de la signature, il est furieux. Des femmes russes sont alors réquisitionnées en hâte pour confectionner le drapeau tricolore. Elles utilisent un drapeau soviétique pour la bande rouge, un drap pour la bande blanche et 2 tabliers pour la bande bleue. Mais au lieu de les assembler verticalement, elles cousent les bandes d'étoffe horizontalement, réalisant ainsi un drapeau néerlandais. Cependant, l'incident est vite réparé et les esprits se calment.

Entre temps, Vichinski, parti à Moscou chercher des directives pour la signature, rentre à Berlin. Tedder semble nerveux, il explique à de Lattre que Vichinsky n'est pas d'accord sur les termes qu'ils ont élaborés avec Joukov. "Il est absolument d'accord, dit-il, pour que vous signiez de manière que la résurrection de la France soit publiquement affirmée, mais il s'oppose catégoriquement à ce que Spaatz signe aussi, il dit que je représente déjà les Etats-Unis, puisque je dois signer à la place d'Eisenhower. Quant à Spaatz, il demande à signer si vous signez". Pour de Lattre, il est hors de question de rentrer en France sans avoir accompli la mission que lui a confiée le général de Gaulle.

 

L'impasse semble totale. Alliés et Soviétiques discutent pour trouver un terrain d'entente et c'est finalement Vichinski qui apporte la solution. Spaatz et de Lattre apposeront leur signature un peu plus bas que celles de Tedder et de Joukov. Vers 23h30, la délégation allemande pénètre dans le hall. Le général d'armée Wilhelm Keitel, le grand-amiral von Friedburg et le général Hans-J.Jürgen Stumpff - commandant en chef de la Luftwaffe -s'avancent dans la pièce. Pour Keitel, la présence française est humiliante, "les Français sont là, dit-il en s'asseyant face à Joukov, nous sommes bien bas". Joukov se lève alors et demande à Keitel s'il a pris connaissance du texte de capitulation. "Oui", répond Keitel en allemand. "Etes-vous habilité à signer ?", lui demande t-il. "Oui", répond à nouveau Keitel en lui présentant son mandat. Joukov lui demande alors s'il a des observations à formuler. Keitel demande à nouveau un délai de 24 heures mais Joukov lui répond que cette question a déjà été débattue et que tout délai est refusé.

 

Il est 00h16, le 9 mai, lorsque Keitel signe ce second acte de capitulation. Un quart d'heure plus tôt, les combats ont cessé en Europe, conformément aux termes de l'acte de reddition signé à Reims, le 7 mai.

 

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

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