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Les autres camps dans le Tarn-et-Garonne (82)

 

Le dispositif d'internement et les structures d'encadrement prévues par le général Ménard, chargé à partir de février 1939 d'organiser l'arrivée des réfugiés, comprend aussi pour le Tarn-et-Garonne, des installations secondaires.

 

Place Nationale à Montauban. Source : Carte postale. D.R

 

 

  • A Livron, un GTE est créé, son activité est connue par les courriers des camps en décembre 1941.
  • A Moissac : un camp annexe (figure dans la correspondance en juillet 1941).
  • A Montauban : Des ressortissants du Reich et des Espagnols (74 prestataires) sont rassemblés dans le GTE 302, lequel compte des annexes dans les deux hôpitaux de la commune. La prison est utilisée comme lieu de détention lors de l'évacuation des prisons belges à la suite de l'invasion allemande en mai 1940 : 67 internés dont 40 Allemands.
  • A Montech, on installe le GTE 881.
  • A Réalville : GTE 534.

 

Renseignements pratiques :



Mairie de Réalville

82440 Réalville

Tél. 05.63.31.01.41.

 

Office de Tourisme de Montauban

BP 201 82000 Montauban Cedex

Tél. (33) 05.63.63.60.60

Fax. (33) 05.63.63.65.12

Email : officetourisme@montauban.com

 

Office Municipal de Tourisme de Moissac

Place Durand de Bredon 82200 Moissac

Tél. : 05 63 04 01 85 Fax : 05 63 04 27 10

E-mail : mailto:tourisme@moissac.fr

 


 

Sources : http://perso.wanadoo.fr/michel.lucien/html/villages.htm - http://www.memorial-genweb.org - http://www.moissac.fr - http://www.montauban.com - http://www.tourisme.fr/office-de-tourisme/realville.htm

Le maquis du Mont Mouchet

 

Le maquis du Mont Mouchet constitue sans doute, avec le Vercors, le rassemblement de Résistants le plus important réalisé en un seul point du territoire national.

C'est dans un paysage grandiose, au coeur du massif de la Margeride, à 1 400 mètres d'altitude, au confins des départements du Cantal, de la Lozère et de la Haute-Loire que vont se dérouler les combats du Mont-Mouchet. C'est en effet dans ce lieu que s'est implanté, sous l'autorité du Colonel Gaspard (Emile Coulandon), chef régional des Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.) de la zone R.6, l'un des cinq grands maquis de France.

 

En juin 1940, les Armées alliées sont battues et les populations affolées fuient vers le sud. La France entre dans l'orbite du Troisième Reich : régime de Vichy, contrôle sévère de toute la population, collaboration, déportation. Certaines personnes choisissent de répondre à l'appel du général de Gaulle, refusent la défaite et commencent à s'organiser en poches de résistance.

 

Carte du maquis du Mont Mouchet. Cliquez sur l'image pour voir le PDF

 

 

Le maquis du Mont-Mouchet

 

Comme ses homologues des Glières et du Vercors, ce maquis implanté dans une région reculée, d'accès difficile, a notamment pour but d'être un "abcès de fixation" pour des forces allemandes en même temps qu'un regroupement de beaucoup déjeunes réfractaires au S.T.O.. Dans cet esprit, il est notamment prévu que, au moment du débarquement, le maquis du Mont Mouchet doit avoir une action retardatrice, en utilisant tous les moyens possibles pour contrarier la jonction des troupes allemandes venant du sud avec celles du front de Normandie, facilitant ainsi l'action des troupes alliées débarquées. On a pu estimer les effectifs du Mont Mouchet à 2 700 hommes répartis environ de la façon suivante : 1 300 venant du département du Puy de Dôme, 400 du département du Cantal, 400 du département de l'Allier, 300 du département de la Haute-Loire, 300 venant d'autres régions de France mais aussi d'autres pays d'Europe (aviateurs alliés abattus, Israélites traqués, résistants antifascistes).

 

L'organisation de type militaire répartissait les hommes en compagnies numérotées de 1 à 15 plus 3 compagnies annexes, groupées théoriquement en 4 bataillons disposés sur tout le pourtour du réduit.

 



Formation du maquis du Mouchet

 

En 1943, des résistants poursuivis et des jeunes gens voulant échapper au S.T.O. « prennent le maquis » et se cachent dans la campagne. Bientôt ils se groupent et forment des maquis, mot qui désigne aussi bien le lieu de rassemblement que le groupe des « maquisards ». Ces « maquis » deviennent plus importants au cours de l'hiver 1943-1944 : en effet, les résistants traqués par les Nazis et par la Milice de Vichy doiveent quitter leur domicile, et de nombreux réfractaires au S.T.O. choisissent la lutte clandestine. Ils dépendent surtout de trois organisations de Résistance, les M.U.R. (Mouvements Unis de Résistance), les F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans), l'O.R.A. (Organisation de Résistance de l'Armée).

 

Au printemps de 1944, les maquis reçoivent les renforts de l'A.S. (Armée Secrète) des Mouvements Unis de Résistance - on les appelle alors les F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur). A Londres, le général Koenig en est le commandant en chef. L'Etat-Major national est dirigé par le colonel Pontcarral (de Jussieu). Le chef des F.F.I. d'Auvergne est le colonel Gaspard (Emile Coulaudon), assisté de Prince (Muguet) et de Monique (Montpied).

 

L'Armée Secrète forme de petits groupes qui, le moment venu, doivennt saboter et « faire la guérilla » sur tous les lieux de passage des troupes allemandes. La possibilité de rassemblements plus importants est étudiée à Londres en 1943. Le haut commandement allié songe à la constitution d'un solide « bastion » dans le Massif Central pour fixer là des divisions ennemies venues du sud. Ce plan ambitieux, dit «Plan Billotte» sera abandonné ensuite.

 

Le 15 avril 1944, à Montluçon, le colonel Gaspard rencontre le major Philippe (Maurice Southga'te), chef d'un réseau Buckmaster (les réseaux anglais Buckmaster constituent la Section France du S.O.E. : Direction des Opérations Spéciales). L'idée d'une concentration importante de maquisards et de parachutages massifs d'armes et de munitions est alors retenue, et rapidement approuvée à Londres.

 


Le 15 mai 1944, à Paulhaguet (Haute-Loire), les responsables des Mouvements de Résistance d'Auvergne, réunis sous la présidence de Rouvres (Henri Ingrand), approuvent à l'unanimité la formation des « réduits ». Le 20 mai, l'Etat-Major régional ordonne la mobilisation de tous les volontaires des divers Mouvements de résistance. Déjà, des « maquis » et des « corps-francs » venus surtout du Puy-de-Dôme, ont rejoint le Mont-Mouchet. Pendant une quinzaine de jours, des milliers de volontaires se dirigent vers la Margeride, à pied ou à bicyclette, en camions ou par le train : 2 700 hommes au Mont-Mouchet, 1 500 à Chaudes-Algues (Réduit de la Truyère) et 5000 à Saint-Genest - à Clavières, l'une des entrées du « Réduit du Mont-Mouchet » une pancarte annonce : « Ici, commence la France libre ! »

 

L'Etat-Major est installé à la maison forestière du Mont-Mouchet. Le journal « Le Mur d'Auvergne », dont le premier numéro était sorti des presses clandestines en février 1944, fut alors imprimé au P.C. de l'E.-M. et contribue grandement à entretenir le moral de tous les volontaires.

Quinze Compagnies sont formées, ainsi que la Compagnie des « corps-francs », celle des « pionniers », la C.H.R. et celle des transports avec un parc autos de quelques dizaines de véhicules. Chaque combattant reçoit un fusil, une carabine ou une mitraillette. Chaque Compagnie disposa de 9 fusils-mitrailleurs et d'une centaine de grenades défensives. Cinq Compagnies furent dotées de 2 bazookas et de 2 mitrailleuses légères (la 12e Compagnie : 4 bazookas et 4 mitrailleuses légères).

 

Chaque volontaire fut équipé d'un short kaki, d'un blouson marron ou noir, d'une paire de chaussures anglaises et d'un brassard rouge portant un numéro noir de trois chiffres et une croix de Lorraine bleue sur fond blanc. Les Résistants de la Haute-Loire sont groupés dans le secteur de Saugues-Venteuges, 1 200 hommes rejoignent le réduit. Six Compagnies sont formées, numérotées de 31 à 36, et reçoivent un armement léger. Une Compagnie de passage vient s'y ajouter avec plus de 400 hommes non armés.

 

  • Groupe de FFI partant pour le Mont-Mouchet. Date inconnue. Copyright collection particulière.

  • Goupe de FFI dans un village proche du Mont-Mouchet. Date inconnue. Copyright collection particulière.

  • Tombe d'un FFI tombé au combat sur le plateau du Mont-Mouchet. Copyright collection particulière.

  • La ferme du Gastier entre le "Crepau" et la "Pane", après les combats de juin 1944. Copyright collection particulière.

  • Monument commémoratif des combats du maquis du Mont-Mouchet. Erigé à la faveur d'une souscription nationale, il est inauguré le 9 juin 1946. Copyright collection particulière.




 

Les combats

 

Le 2 juin 1944, venant de Mende, un bataillon allemand se dirige sur Saint-Chély-d'Apcher, Le Malzieu et Paulhac. La 2e Compagnie du Mont-Mouchet résiste pendant trois heures aux Allemands qui tentent de dérober la position. C'est alors qu'interviennent la 3e Compagnie et le Corps-Franc des truands. Puis une contre-attaque est lancée sur le flanc de l'ennemi par la 12e Compagnie accourue de Chamblard. Le bataillon allemand doit se replier après avoir subi de lourdes pertes. Les Maquisards n'ont que trois blessés légers.

 

Voici le texte de la Décision adressée à ses troupes par le Colonel Garcie, le lendemain 3 juin 1944.

 

Le 7 juin, un groupe de Maquisards venant par étapes de la région du Puy, et cantonné à Rossignol, commune de Saint-Jean-Lachalm, est encerclé par une colonne allemande venant du Puy. Il rompt l'encerclement au prix de quelques pertes, traverse l'Allier à Alleyras, et rejoint Venteuges à la nuit avec quelques blessés. A la veille de l'attaque allemande, le dispositif de défense du secteur de Venteuges est en place, et les routes menant au réduit sont toutes contrôlées. Le Mont-Mouchet se trouve couvert sur son flanc est.

 

Le 10 juin, ce sont 2 800 à 3 000 hommes qui sont alignés du côté allemand : les 2 000 soldats envoyés sont renforcés par des compagnies de Saint-Flour, Brioude et du Puy. Parmi ces renforts on compte les 6 compagnies Volga-Tatars : 3 compagnies d'Azéri de Saint Flour et 3 compagnies d'Ukraino-Tatars du Puy, soit 900 hommes. Pendant toute la journée du 10 juin, ont lieu des violents combats. A Clavières, où les Allemands sont arrêtés par les 3e, 4e et 9e Compagnies. Leurs blindés, plutôt des chars légers et des automitrailleuses, progressent lentement, mais l'infanterie ne peut suivre. Quelques véhicules sont détruits par nos bazookas et nos armes automatiques. Au carrefour de Pinols, l'attaque est stoppée par le Corps-Francs des Truands et par les 10e, 11e et 14e Compagnies, qui détruisent plusieurs camions chargés de soldats ennemis. A La Vachellerie (secteur de Saugues), une centaine de véhicules est arrêtée par la section des gendarmes, des sections des 33e et 34e Compagnies, renforcées par des éléments de la 12e Compagnie. La bataille fait rage toute la journée, et il faut attendre le soir une contre-attaque de deux sections de la 31e Compagnie qui prend l'ennemi de flanc, pour le rejeter sur la rive droite de l'Allier. Plusieurs véhicules ennemis sont détruits, dont un blindé. Deux canons tombent entre les mains des F.F.I. ainsi que plusieurs prisonniers. En fin de soirée, les troupes allemandes se replient. L'Etat-Major des F.F.I. s'attend à une nouvelle attaque encore plus violente pour le lendemain ; c'est pourquoi il fait commencer l'évacuation du matériel par la route restée libre Paulhac et Le Malzieu, vers le "Réduit de La Truyère".



L'attaque allemande reprend, le 11 juin vers 9 heures, sur les mêmes axes que la veille. Les combats sont acharnés. L'artillerie écrase les Compagnies engagées, et, en fin de soirée, la Maison forestière, P.C. de l'Etat-Major. Partout, à Clavières, à Pinols, à Saugues, les Maquisards se battent avec courage, mais ne réussissent pas à empêcher la pénétration ennemie. Les munitions s'épuisent, et les unités de réserve apportent le ravitaillement nécessaire. La 26e Compagnie, en majorité du canton de Laroquebrou, subit de lourdes pertes : un tiers de son effectif. Les Compagnies ont l'ordre de tenir jusqu'à la nuit. Celles du Mont-Mouchet se replient en direction du "Réduit de La Truyère". Celles du réduit de Saugues, 31e et 32e Compagnies, se replient vers les forêts de la région de Berbezit (La Chaise-Dieu), et vers la région de la forêt de Mercoire (Haute-Lozère) pour les 33e, 34e, 35e Compagnies et la Compagnie de passage. Quand les Allemands atteignent, bien tard, la Maison forestière, ils ne trouvent plus rien, ni hommes, ni matériel. Durant ces combats acharnés, les Allemands ont incendié et pillé les villages de Clavières, Lorcières, Paulhac, une partie de la petite ville de Ruynes-en-Margeride, ainsi que toutes les fermes isolées se trouvant sur leur passage, dans un rayon de 10 km autour du Mont-Mouchet.Un peu partout, ils ont fusillé des habitants de la région, notamment 26 personnes à Ruynes, 13 à Clavières, 11 à Pinols. En se retirant, ils continuèrent leurs exactions dont furent victimes 25 otages fusillés le 14 juin au pont de Soubizergues à Saint-Flour, tandis qu'à Murât, les 12 et 24 juin, 120 personnes furent déportées.



Au "Réduit de La Truyère", 1 500 hommes sont rassemblés sous les ordres du colonel Thomas (Mondange), installé au P.C. de Fridefonds. Les Compagnies repliées du Mont-Mouchet arrivent le 12 et 13 juin et s'installent dans le Réduit. Le P.C. de l'Etat-Major est placé à Saint-Martial. L'effectif total sera alors de 4 000 hommes environ. Pendant une semaine des armes et de munitions seront parachutées et distribuées. Au matin du 20 juin, 15 000 à 20 000 hommes (Wehrmacht, SS, Luftwaffe, Milice confondues). Au Pont-Rouge, sur la route de Laguiole, la 8e Compagnie résiste pendant deux heures ; la section Brinat perd le tiers de son effectif. Plus loin, au bois de Védrines, le reste de la 8e Compagnie soutient de son mieux l'action défensive, aidée par la Compagnie de l'Aubrac et par le Corps-Franc Laurent (Llorca). Une partie de la colonne allemande poursuit son avance vers Chaudes-Aiguës qui est occupée à 12 h 45. A Anterrieux, la bataille fait rage pendant 8 heures, au lieu-dit "La Barre de Fer". La 7e Compagnie lutte héroïquement et subit de très lourdes pertes. Du village d'Auriac, les canons bombardent Fridefonds par-dessus le cirque de Mallet. Les villages du Réduit, surtout Saint-Martial et Anterrieux, ainsi que les principaux objectifs militaires sont arrosés de bombes par les avions en rase-mottes, et aussi par les bombardiers, en fin d'après-midi. Devant le feu violent de l'artillerie, étant donné la disposition générale des forces, le colonel Gaspard se résout à donner l'ordre de décrochage, à la tombée de la nuit. Presque toutes les unités F.F.I. rompent le contact et se dirigent vers le nord de la Truyère (Lavastrie). Les autres franchissent le Bès, sur Albaret-le-Contal, notamment le Service de Santé du commandant Bénévole (Max Menut). Neuf personnes, dont six blessés graves, seront exécutées près de Saint-Just le 22 juin. Le courage et le sacrifice des Maquisards, dont les lourdes pertes, 260 morts et 180 blessées, ne dépassent guère celles du côté allemand, ont permis de bloquer deux divisions allemandes, au moment opportun, alors en train de remonter sur le front de Normandie.

 

 

La libération

 

A la fin du mois de juin et au début juillet, les Compagnies F.F.I. sont reconstituées et dispersées dans les quatre départements de l'Auvergne. Elles continuent le combat jusqu'à la libération totale de la région. Enfin, avec la collaboration des F.F.I. du Limousin, elles repoussent 22000 soldats allemands et les obligent à capituler au sud de la Loire (Bec d'Allier). Beaucoup de Maquisards ont signé ensuite un engagement pour la durée de la guerre, et continuent de se battre, jusqu'en Allemagne, dans les formations de l'Armée française.

 

Monument de la résistance sur le Mont Mouchet (Haute Loire, France). Source : GNU Free Documentation License

 

 

Monument à l'Ouest du Mont Mouchet. Photo : Szeder László. Source : GNU Free Documentation License

 

Sources : SGA/DMPA - Le Mont-Mouchet. Haut lieu de la Résistance (Touriste en Auvergne n° 24)

Le rôle des FNFL pendant la Deuxième Guerre mondiale

 

 

Lorsque le 18 juin 1940, le général de Gaulle lance son appel, la situation de la marine française se prête à ce qu'il soit entendu.

 

En effet, la quasi-totalité des flottes de guerre et de commerce se trouve hors de France, hors d'atteinte des Allemands.

 

L'une et l'autre sont intactes, préservées des catastrophes qui ont frappé les armées de terre et de l'air. Elles sont libres, en mesure de peser de tout leur poids considérable, sur les événements et sur l'attitude de l'Empire.

 

En Grande-Bretagne et dans les ports de l'Empire britannique, se trouvent 162 navires de commerce, une cinquantaine de bâtiments de guerre, près de deux cents navires auxiliaires (dragueurs, patrouilleurs, etc. et plusieurs dizaines de bateaux de pêche qui ont quitté les ports de la Manche et de l'Atlantique avant l'arrivée des Allemands). Sur les bâtiments de guerre, l'atmosphère est à la discipline. Les ordres du gouvernement de Vichy qui leur parviennent sont que la résistance est inutile, que les conditions de l'Armistice sont honorables, qu'il faut les exécuter. Peu d'hommes songent à désobéir. Sur les navires de commerce, soumis moins directement aux directives du maréchal Pétain, le climat est à l'attentisme.

 

C'est dans cette ambiance de renoncement que l'amiral Muselier nommé le 1er juillet 1940 par le général de Gaulle au commandement des Forces maritimes françaises libres cherche à constituer une force de combat. La mise sur pied d'une marine, les Forces navales françaises libres (FNFL), s'avère difficile car le chemin est semé d'embûches.

 

Lorsque le gouvernement britannique a compris que les marins français, dans leur majorité, n'acceptaient pas de continuer la guerre, il a été conduit le 3 juillet 1940 (opération Catapulte) à se saisir des navires (Grande-Bretagne), à les immobiliser (Alexandrie) ou à les détruire (Mers el-Kébir) pour éviter qu'ils ne tombent entre les mains de l'ennemi.

 

Les équipages des bateaux en Grande-Bretagne sont transférés dans des camps. Il est évident que ces trois opérations, en particulier la tragédie de Mers el-Kébir, ont alors posé un nouveau problème de conscience aux marins français et n'ont pas facilité les ralliements. Il faudra de longues et délicates tractations, menées par le général de Gaulle personnellement et qui n'aboutiront que le 7 août (Charte de la France Libre), pour qu'une force française soit reconnue. Les ralliements seront lents.

 

À ces problèmes de personnel s'ajoutent des difficultés matérielles, dues au fait que la plupart des navires de guerre qui se trouvent en Grande-Bretagne sont dans un état médiocre. Aussi l'amiral Muselier accepte-t-il en avril 1941 l'offre qui lui est faite d'armer des bâtiments neufs de construction britannique : ce seront notamment les corvettes.

 

  • Le sous-marin Junon

    Le sous-marin Junon. Photo Fondation de la France Libre

  • Vedette MTB

    Vedette MTB. Photo Fondation de la France Libre

  • Le commandant Kieffer et ses commandos

    Le commandant Kieffer et ses commandos. Photo Fondation de la France Libre

  • La Combattante

    La Combattante. Photo Fondation de la France Libre

  • Convoi en direction de Mourmansk

    Convoi en direction de Mourmansk. Photo Fondation de la France Libre

  • Emile Muselier

    Emile Muselier. Photo Fondation de la France Libre



 

L'amiral Muselier, créateur des FNFL



Le vice-amiral Emile Muselier est un homme hors du commun. Né en 1882 à Marseille, il a la faconde et la désinvolture des méridionaux. Sous un abord non-conformiste se cache une intelligence et un savoir-faire exceptionnels, de l'audace et du courage. D'un naturel accueillant, il est direct et cordial ; c'est un entraîneur d'hommes.

 

En 1918, comme commandant d'aviso en mer Noire, il avait réprimé une mutinerie en menaçant de faire sauter son bateau plutôt que de laisser hisser le drapeau rouge. Sa valeur professionnelle lui avait valu de gravir rapidement tous les grades jusqu'aux étoiles de vice-amiral. Cependant à la suite d'incidents qui l'avaient opposé à l'amiral Darlan, il avait été mis à la retraite prématurément.

À l'annonce de l'appel du maréchal Pétain invitant à cesser le combat, il avait décidé de lutter jusqu'au bout. Il embarquait le 23 juin à Marseille sur un charbonnier anglais en partance et arrivait à Gibraltar le 27. Il y trouvait 4 cargos Anadyr, Capo Olmo, Forbin et Rhin et un chalutier Président Houduce auxquels s'étaient joints un groupe d'une centaine d'aviateurs, déterminés à poursuivre le combat. Il les confortait dans leur décision et ralliait Londres où il se mettait spontanément aux ordres du général de Gaulle. Celui-ci le nommait immédiatement au commandement des Forces navales françaises libres.

 

Ainsi a pu naître une petite marine de guerre et de commerce digne de ce nom, à partir d'une population disparate composée de quelques rares officiers et officiers mariniers de carrière et de réserve et d'une masse de jeunes gens sans expérience préalable du métier de la mer ou des armes, mais animés d'une bonne volonté manifeste. Le 3 août 1943, date de la fusion avec les Forces maritimes d'Afrique, les FNFL sont fortes de 13000 hommes et comprennent une quarantaine de bâtiments de guerre, deux bataillons de fusiliers-marins, une flottille d'aéronavale et une soixantaine de bâtiments marchands.

 

Les FNFL deviendront les FNGB (Forces navales en Grande-Bretagne) et continueront à se développer. La marine de guerre sera renforcée par 6 frégates, 1 destroyer d'escorte, 2 sous-marins, un bataillon de fusiliers-marins commandos et une flottille d'aéronavale. La marine marchande s'enrichira d'un cargo.

L'amiral Muselier quittera ses fonctions au printemps 1942 et sera remplacé par l'amiral Auboyneau qui lors de la fusion avec les FMA deviendra l'adjoint du chef d'état-major général de la marine. L'amiral d'Argenlieu prendra le commandement des FNGB.

 

En juin 1940, après la débâcle, l'Angleterre s'est retrouvée seule face à l'Allemagne et l'Italie. Or l'Angleterre est une île et tout (ou pratiquement tout) ce dont elle a besoin vient par mer, par deux grandes routes de ravitaillement, est-ouest, celle des États-Unis et du Canada, nord-sud, celle de l'Amérique du Sud et de l'Afrique. C'est la lutte pour assurer la protection de ces lignes de ravitaillement qu'on a appelé la Bataille de l'Atlantique. Comme a dit Churchill, «c'est la bataille qu'il fallait à tout prix gagner! car sans cette victoire, il n'y aurait pas eu d'autres batailles ni d'autres victoires. » Elle a duré du premier au dernier jour de la guerre ; elle s'est déroulée essentiellement dans l'Atlantique Nord, entre la banquise et l'Equateur. De son issue dépendait la survie de la Grande-Bretagne, mais aussi le transfert en Afrique du Nord puis en Europe de la puissance américaine.

 

Nulle part ailleurs le péril n'a été aussi grand et la victoire aussi longtemps indécise.

 

 

L'Aconit coule deux U-Boote en moins de douze heures. Un record inégalé


Le lieutenant de vaisseau Jean Levasseur est officier de la marine marchande. Capitaine au long cours, officier de réserve, il a profité de l'arraisonnement par les Britanniques du cargo L'Espérance sur lequel il était embarqué pour rallier la France Libre le 15 décembre 1940.

 

En juillet 1941, il a été nommé au commandement de la corvette Aconit qui vient de sortir d'un chantier de construction navale. D'une belle prestance, il est également servi par une autorité naturelle. Son ascendant sur son état-major et son équipage est remarquable. Au centre d'entraînement de Tobermory en Ecosse où sont testés tous les escorteurs qui vont partir au combat, l'Aconit a fait une excellente impression que les faits quelques mois plus tard vont confirmer.

 

Au cours de l'escorte d'un convoi le 11 mars 1943, à une heure du matin, en cours de ralliement du destroyer HMS Harvester qui vient d'aborder un sous-marin, a subi des dommages et est désemparé, la corvette aperçoit l'U-Boot en surface, fonce sur lui et l'aborde à vitesse maximum. Le choc est terrible mais elle poursuit sa route en lançant un chapelet de grenades. Les dégâts subis par la corvette sont minimes (compartiment avant inondé, étrave cabossée), mais le U-444 sombre et quatre survivants qui crient à l'aide sont recueillis par l'Aconit. Quelques heures plus tard, il est 11 heures la corvette partie à la recherche du Harvester l'aperçoit immobilisé à l'horizon, suite aux avaries provoquées par l'abordage. Au moment où elle fait route vers lui, le destroyer explose et sombre, victime de la torpille d'un deuxième U-Boot.

 

Alors qu'elle s'apprête à recueillir les naufragés du Harvester qui ont pu monter sur des radeaux de sauvetage, les veilleurs de l'Aconit repèrent un périscope et l'asdic détecte un sous-marin. Plus question de repêcher les survivants. Il s'agit d'abord de détruire l'ennemi. Après trois grenadages, le U-432 fait surface. La corvette ouvre le feu au canon et fait mouche : ses obus atteignent le kiosque, une flamme jaillit sur l'arrière, l'avant est également touché : les marins allemands se jettent à l'eau ; l'avant se mate et le sous-marin s'enfonce dans un puissant remous, cependant que les nageurs se dirigent vers la corvette, vingt-quatre d'entre eux seront sauvés. Quarante-sept rescapés du Harvester ont assisté au combat et montent à bord en poussant des hourrah bien mérités. Il ne s'est pas passé douze heures entre la destruction des deux U-Boote.

 

Ce n'est qu'un épisode de la bataille de l'Atlantique, la plus longue et la plus dure bataille de toute la guerre.



La menace était multiple : les mines, les avions, les raiders de surface, les sous-marins. Cependant ce sont ces derniers qui représentaient le danger permanent et capital.

 

Au plus fort de la bataille, 400 sous-marins ennemis, essentiellement allemands (U-Boote) étaient en service en 1943. Neuf corvettes des Forces navales françaises libres ont pratiquement pris part à toute la bataille l'Atlantique. Mais un contre-torpilleur, plusieurs avisos et patrouilleurs, six frégates, de même qu'un sous-marin, le Surcouf ont également joué un rôle non négligeable. Quatre U-Boote ont été officiellement coulés: - l'U 136 par le contre-torpilleur Léopard le 11 juillet 1942, - l'U 609 par la corvette Lobélia le 7 février 1943, - l'U 444 et l'U 432 par la corvette Aconit, le 11 mars 1943. La Roselys s'est distinguée en outre, en mai-juillet 1942, sur la route de Mourmansk, où les convois et leurs escortes étaient soumis non seulement aux attaques des sous-marins mais aussi à celles des bâtiments de surface et avions ennemis basés en Norvège.

Les escorteurs ont souvent prêté secours à des navires en détresse, tel le Commandant Détroyat qui recueille en une seule fois 379 naufragés ou encore la Roselys qui, malgré les risques encourus, man?uvre pour sauver 179 hommes de 5 navires d'un convoi qui a sauté sur un champ de mines, ce qui vaudra à son commandant, le lieutenant de vaisseau Bergeret d'être le premier officier allié à recevoir la croix d'officier de la Légion of Merit, prestigieuse décoration américaine.



Les pertes subies au cours de la bataille de l'Atlantique sont importantes.

La corvette Alysse a été torpillée le 8 février 1942, la corvette Mimosa le 9 juin 1942. Le sous-marin Surcouf qui avait participé à des escortes à partir d'Halifax est coulé par méprise le 19 février 1942. Pour la seule année 1942, 416 marins de guerre ont disparu dans l'Atlantique.

 

Après la débâcle de juin 1940, la Manche qui jusqu'alors pouvait être considérée comme une chasse gardée franco-britannique est partagée entre les Anglais et les Allemands. Deux trafics commerciaux distincts s'installent le long de côtes anglaises et françaises et vont être tout au long de la guerre et jusqu'au débarquement, de Normandie l'objet d'attaques meurtrières. Dans l'ensemble, les succès comme les échecs ont été également partagés jusqu'à ce que l'aviation allemande ne soit plus capable, en raison de ses pertes sur tous les fronts, d'intervenir en force en Manche. Sont engagés dans cette bataille 11 chasseurs de sous-marins, 8 chasseurs de construction anglaise remplacés en août 1942 par huit vedettes lance-torpilles du type MTB. Les chasseurs et les ML assuraient les patrouilles et les escortes de convois pratiquement entre Dartmouth à l'ouest et Chatham en Tamise à l'est, tâches rendues périlleuses par la présence quasi-permanente de l'aviation ennemie. Quatre chasseurs participeront au raid de Dieppe et trois à celui de Bruneval.

 

 

Le sous-marin Junon débarque le commando de l'eau lourde


Le 11 septembre 1942, la Junon quitte Lerwich au milieu des Shetlands, base avancée des sous-marins alliés qui opèrent dans le Grand Nord, cap sur la Norvège. Elle fait route sur un fjord situé sur une côte déchiquetée bordée de postes de guet, au milieu d'un labyrinthe de rochers et d'îlots aux contours erratiques. Les risques d'échouage sont permanents: il faut parer les écueils, suivre les circonvolutions de chenaux inextricables, car les routes s'infléchissent pour contourner les îles. La mission est capitale : il s'agit de débarquer un commando de quatorze hommes avec leurs explosifs qui ont pour mission de détruire une usine d'aluminium dans le Glom fjord susceptible de fabriquer de l'eau lourde, composant essentiel pour la réalisation d'une bombe atomique.



La Junon arrivera à pied d'oeuvre, à une centaine de mètres du point choisi pour le débarquement, après un parcours de 100 milles (180 kilomètres) sans se faire voir, donc en plongée, une performance remarquable de navigation. La mise à l'eau du radeau, un énorme boudin qu'il faut sortir du sous-marin et gonfler en pleine obscurité est un autre exploit. Le seul bruit qu'on entend est le floc qu'il fait lors de à sa mise à l'eau le long du bord. Les sacs et les armes sont rapidement passés de main en main.

 

Le commando embarque et pagaie rapidement vers la côte. Un éclat rouge surgi du noir est la preuve que tout s'est bien passé. La Junon reprend le chemin du retour aussi semé d'embûches qu'à l'aller maïs se sentira récompensée de ses efforts en apprenant que l'usine de Glom fjord a été totalement détruite.

 

Après la conquête de la Norvège par les Allemands, au printemps 1940, les fjords de Norvège deviennent des bases de ravitaillement et de départ pour les raiders participant à la guerre de course contre le trafic commercial allié dans l'Atlantique. Après l'entrée en guerre de l'URSS aux côtés des Alliés, la route de l'Arctique, devenue essentielle pour le soutien logistique des Soviétiques, en particulier au cours du 2e semestre 1941 et de l'année 1942, est menacée par les avions, les sous-marins et les bâtiments de surface ennemis qui se sont installés dans le nord de la Norvège à proximité de la route de Mourmansk.

 

Les sous-marins Junon et Minerve ont participé à la protection des convois de l'Arctique et aux opérations d'interception des cuirassés de poche allemands basés dans les fjords.

Le Rubis est un mouilleur de mines. Entre mai 1940 et décembre 1944, il effectuera 28 missions sur les côtes de Norvège et de France sur les routes fréquentées et patrouillées par l'ennemi. Du fait de ces mouillages, 16 navires de guerre et de commerce ennemis seront coulés et 3 avariés. Ce palmarès vaudra au Rubis, commandé successivement par les lieutenants de vaisseau Cabanier puis Rousselot, d'être considéré comme le meilleur sous-marin allié.

 

 

Les vedettes lance-torpilles



Les MTB (motor torpedo-boats) sont des vedettes rapides lance-torpilles. Elles appareillent en groupes de leur base, Darmouth, dans le sud du Devon, au coucher du soleil, pour être sur les côtes de France, à la nuit, prêtes à intercepter et détruire les patrouilles et convois ennemis. Elles se tiennent en ligne de file, très proches l'une de l'autre pour ne pas se perdre. Leur terrain de chasse privilégié est le secteur des îles anglo-normandes, mais ce soir du 16 mars 1943, les MTB 94 et 96 opèrent près des Sept-lles. Elles viennent de stopper, embusquées à l'abri de la terre, guettant l'ennemi. Sur l'eau calme, les oreilles se tendent dans l'attente d'un bourdonnement d'hélice : on n'entend rien, on ne voit rien. Elles remettent toute-puissance et vont se poster 5 milles plus loin : elles stoppent à nouveau et la longue attente recommence. Il fait froid, les oreilles picotent, les jambes sont lourdes, les épaules ankylosées ; parfois on croit entendre quelque chose mais ce n'est que le flic flac de la mer contre la coque ou le floc d'un poisson jailli hors de l'eau.


Soudain, alors qu'elles s'apprêtent à retourner à leur base, les MTB aperçoivent des lueurs fugitives puis des silhouettes qu'elles identifient comme celles de deux caboteurs faisant route précisément sur elles. Assurant une diversion, La MTB 96 met le cap sur l'adversaire et ouvre le feu avec ses mitrailleuses. L'ennemi surpris réagit énergiquement concentrant son tir sur cette vedette qui s'offre à ses coups. Pendant ce temps la MTB 94 s'approche lentement, silencieusement et, comme à l'exercice, lance deux torpilles qui touchent leur but, un dragueur de mines qui se mate presque instantanément par l'avant et disparaît dans les flots. Les deux vedettes se dérobent à grande vitesse sous un feu d'artifice de balles et obus de tous calibres de la formation ennemie. Elles rallieront leur base sans avaries majeures mais la coque criblée d'impacts.



Au cours de quinze combats, les MTB ont coulé quatre bâtiments ennemis, endommagé une douzaine d'unités, quatre avions ont en outre été abattus par les chasseurs de sous-marins. Les marins FNFL ont souvent été dirigés, en raison de leur connaissance des côtes vers la Résistance. Ils assurent de véritables services « presque réguliers » de transport de résistants, d'aviateurs alliés descendus en France en liaison avec les réseaux clandestins, essentiellement de Bretagne.

 

Parmi les marins restés en France et décidés à poursuivre la lutte, plusieurs se sont engagés dans la Résistance. Parmi les plus connus, les frères Ponchardier qui ont pris la tête d'un réseau de renseignement et qui réussissent un exploit sensationnel. À la faveur d'un bombardement particulièrement réussi de la prison d'Amiens, ils assurent l'évasion de plusieurs détenus, figures importantes de la Résistance qui échappent ainsi à une peine capitale.

 

 

Le 6 juin 1944: le débarquement en Normandie


A l'aube du 6 juin 1944, le 1er BFM Commando, unité franco-anglaise où servent 450 français commandés par le capitaine de corvette Kieffer, débarque à Ouistreham. Depuis sa création en 1942, ses hommes n'ont cessé de prendre part à de nombreuses opérations discrètes mais sanglantes de reconnaissance et de sabotage dans les territoires occupés par les Allemands.



Ils sont les premiers Français libres à débarquer sur le sol de France en unité constituée et vont s'acquitter de leur tâche au-delà des espoirs formés par le commandement allié. Ils seront pendant 83 jours en contact avec l'ennemi, au prix de lourdes pertes. Le 1er BFM commando n'est pas la seule unité de la marine.

 

Participent aux opérations qui accompagnent ou suivent le débarquement :

- le torpilleur La Combattante qui protège le flanc droit de la 7e brigade canadienne a l'ouest de Courseulles et a pour mission de «nettoyer» les plages de son secteur avant l'heure H. La Combattante, s'était préalablement illustrée au cours de 10 engagements dans la Manche, en détruisant 3 bâtiments ennemis et endommageant 9 autres. Elle assurera le transport le 14 juin du général de Gaulle pour son retour en France et sa visite triomphale à Bayeux,


- 4 frégates, 4 corvettes et 7 chasseurs de sous-marins qui escortent jusqu'aux plages de débarquement les convois d'assaut et de renforcement. Pendant deux mois après le 6 juin, toutes ces unités assurent les navettes entre les ports anglais et la Normandie, participant de nuit à la défense aérienne en baie de Seine, ces opérations étant plus tard suivies par la réduction des poches de l'Atlantique,

 

- le cargo Forbin et le cuirassé Courbet se sont sabordés devant Hermanville pour servir de brise-lames au port artificiel. Le Courbet va pendant quelques jours être utilisé en batterie anti-aérienne et sera l'objet de nombreuses attaques, par obus, bombes et torpilles de la part des Allemands doublement irrités de voir flotter le pavillon tricolore et celui de beaupré à croix de Lorraine.

 

 

Les oubliés de la France Libre: les navires marchands


C'est dans le domaine de la marine marchande quel la France Libre a apporté à la Grande-Bretagne l'aide la plus massive. Aux 4 bateaux de commerce qui décident spontanément de poursuivre la lutte contre l'ennemi en ralliant Gibraltar, s'ajoutent les bâtiments saisis en Grande-Bretagne, dans l'Empire britannique et dans les colonies ralliées, au total 162 navires totalisant près de 700 000 tonneaux, soit le quart de la marine de commerce de 1939.

 

Faute de personnel rallié en nombre suffisant, la France Libre ne sera pas en mesure d'armer, avec ses propres personnels, tous ces navires, mais seulement 66, battant le pavillon de beaupré à croix de Lorraine et représentant la marine marchande FNFL. Ils sont sans cesse à la mer, naviguant sur tous les océans ; leur disponibilité est remarquable. Exposés aux mêmes dangers que les escorteurs qui les convoient, leur rôle reste discret et méconnu. Pour tous ces navires, le fait d'arriver au port avec une cargaison intacte était une bataille gagnée.



Tout au long de la guerre, 29 des 66 navires marchands presque un sur deux seront perdus du fait des raiders, des sous-marins, des bombardiers de la Luftwaffe, des vedettes, des mines ou par fortune de mer. Ce chiffre est considérable et significatif de l'âpreté du combat soutenu par les marins marchands. Pour la seule année 1942,157 marins de commerce ont disparu dans l'Atlantique. Les marins de la France Libre, aux côtés de la Royal Navy, dans les années difficiles, quand l'issue du conflit était incertaine, présents et actifs sur tous les théâtres, quand la guerre est élargie à l'échelle du monde, ont payé un lourd tribut. La marine de guerre a perdu au combat ou par fortune de mer: 1 contre-torpilleur, 1 torpilleur, 2 sous-marins, 2 corvettes, 2 patrouilleurs, 2 chasseurs, un millier d'hommes soit 17 % des effectifs combattants.

 

 

site internet externe : Fondation de la France Libre

Source : La Fondation de la France Libre

La Résistance et les réseaux

 

Ils côtoient la mort pour renseigner Londres, pour faire évader des prisonniers, pour rapatrier des pilotes, pour organiser des sabotages... Ils appartiennent à un réseau.

 

Des réseaux qui émergent parfois de manière spontanée, par la seule volonté de quelques résistants. Mais ils dépendent le plus souvent de Londres. Car de cette capitale de la liberté proviennent les soutiens logistiques et financiers. Londres, où siègent la section française du Special Operation Executive, l'Intelligence Service, le Bureau central de renseignement et d'action.

 

  • Saboteur en action.

    Saboteur en action.©MINDEF/SGA/DMPA

  • Saboteur en action.

    Saboteur en action.©MINDEF/SGA/DMPA


 

 

Les réseaux spécialisés dans le renseignement supposent des organisations de type militaire s'appuyant
à la fois sur un quadrillage du territoire français et des liaisons permanentes - radio, aériennes, maritimes
- avec l'étranger. Les autres réseaux présentent des profils difficilement classifiables.

 

De la grande filière de passeurs internationaux au réseau local de sabotage. Mais, grands ou petits,
les réseaux sont traqués par les Allemands et les Miliciens. L'automne 1943 est particulièrement tragique :
16 000 agents tués ou déportés.

 

 

Relais de la Mémoire : Le réseau Comète (Saint-Jean de Luz, Pyrénées Atlantiques)



Deux jeunes Belges créent le réseau Comète en 1940 pour convoyer de la Belgique à l'Espagne des résistants
et des soldats anglais. Le pays basque s'organise pour accueillir les clandestins. Et passer les Pyrénées.

 

Pour en savoir plus : Fondation de la résistance

 

Source MINDEF/SEDAC et BBDO Corporate

Septembre 1943, la libération de la Corse

 

Septembre 1943, la libération de la Corse.

 

La Corse, occupée du 11 novembre 1942 au 4 octobre 1943, est située dans un théâtre de guerre qui englobe l'Afrique du Nord, l'Italie péninsulaire et insulaire. Son sort est étroitement lié à l'évolution politique de l'Italie fasciste et à ses péripéties militaires.

 


Le soir du 8 septembre 1943, la BBC annonce un armistice entre l'Italie et les Anglo-Américains. Il est tenu secret depuis sa signature à Cassibile, en Sicile, cinq jours plus tôt, l'Italie craignant avec raison que cette annonce n'accélère le flux des troupes allemandes qui pénètrent sur son territoire depuis août. En Corse, que les Italiens occupent depuis le 11 novembre 1942, un ordre d'insurrection est lancé aux résistants. Il est signé par le comité départemental du Front national, mouvement de résistance initié par les communistes en 1941. Sa décision n'est pas improvisée. Le Front national corse, qui a réussi à unifier la résistance régionale dans le courant de 1943, sait pouvoir disposer d'environ 12 000 hommes prêts à combattre sans attendre un débarquement. Un combat dirigé contre les Allemands puisque l'Italie a capitulé.

 

Libération de l'ïle d'Elbe, Marina di Campo, débarquement des troupes françaises. Source : SHD



Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, plus de 80 000 Italiens ont débarqué en Corse à partir du 11 novembre. Une densité record car le territoire compte 8 800 km2 et la population n'excède pas 200 000 habitants (1). Quant à la présence allemande, elle est réduite : une brigade SS installée en juin 1943. Les Allemands ont abandonné aux Italiens la gestion de l'île. Les Corses craignent de perdre l'identité française et subissent beaucoup d'atteintes aux libertés. Les peines de prison sont exécutoires en Italie et les sentences de mort prononcées in presentia par le tribunal militaire sont immédiatement appliquées. Cent dix personnes, surtout des notables, sont internées sans jugement à l'île d'Elbe. La Corse est privée de ses élites. La résistance monte en influence et en effectifs depuis qu'elle est soutenue par des missions venues de Londres et d'Alger à partir du 15 décembre 1942. Les maquisards, cernés dans les réduits montagneux et forestiers, attendent la distribution des armes débarquées par les sous-marins ou parachutées. Le sous-marin français, le Casabianca, commandé par le capitaine de frégate L'Herminier, qui a refusé le sabordage et est parvenu à sortir de Toulon le 27 novembre 1942, réussit six missions clandestines en Corse.

 

Maquisards corses au combat. Source : SHD

 



A cause de l'isolement insulaire et des pertes dues à la répression, la résistance s'est resserrée entre avril et juillet 1943 autour du mouvement resté le plus fort, le Front national corse. En avril, le général Giraud, alors commandant en chef civil et militaire à Alger, a chargé Paul Colonna d'Istria de préparer les Corses au combat. Il sait que la direction du Mouvement est majoritairement communiste mais estime qu'il n'y a pas d'autre choix que de reconnaître la situation. Si la perspective d'une libération semble proche, c'est parce que la situation politique et militaire évolue en Italie : le 25 juillet, après le débarquement allié en Sicile, Mussolini a perdu le pouvoir. En août, des manifestations pour la paix ont lieu dans de grandes villes italiennes. Les Allemands pénètrent en Italie et renforcent leurs positions en Corse en raison de la situation stratégique de l'île sur le flanc ouest de la péninsule. La brigade SS est déplacée dans le sud pour faire la jonction avec la 90e Panzergrenadierdivision qui reçoit l'ordre de passer de Sardaigne en Corse à l'annonce de la capitulation italienne.

 

Le général Giraud à Ajaccio. Source : SHD

 

 

Contacts clandestins avec les Italiens


Depuis la fin de juillet, il y a débat au sein de la direction du Front national : l'insurrection est-elle possible sans un débarquement simultané ? Est-il envisageable de rechercher parmi les occupants des éléments non fascistes, de nouer alliance avec eux, et de pouvoir ainsi compter sur un apport en artillerie lourde et en moyens de transport ? À la fin du mois d'août, la décision est prise : il y aura ordre d'attaquer les Allemands dès l'annonce de l'armistice italien. Des contacts clandestins ont été pris au début d'août par la direction du Front national avec le colonel commandant les Chemises noires (2) à Bastia, Gianni Cagnoni, et le général Stivala qui dirige la garnison italienne à Bastia. Cagnoni s'engage à fournir des renseignements sur les activités policières, à aider à la rédaction de tracts destinés aux soldats italiens et, en cas de débarquement des Alliés, à créer pour eux à Bastia une tête de pont.

 

C'est en fait à Salerne, au sud de Naples, que les Alliés arrivent le 9 septembre. Le soir du 8 septembre, la décision d'insurrection a été maintenue. Colonna d'Istria avertit Alger et somme le général italien Magli, qui commande le VIIe corps d'armée, de choisir entre neutralité, hostilité ou coopération avec les résistants. Premier paradoxe : ce général, qui soumet la population à un régime militaire sans cesse aggravé depuis avril, répond : " ... je suis avec vous ". Le désarroi règne dans ses troupes. Il y a des désertions. Dans la nuit du 8 au 9 septembre, marins italiens et allemands s'affrontent. La ville reste provisoirement aux mains des Italiens. Mais la paradoxale alliance n'est pas assurée : Magli reçoit le 9 septembre le général allemand Von Senger nommé à la tête des forces allemandes dans l'île, l'assure de sa neutralité bienveillante et ordonne de libérer les prisonniers allemands. Il ne reçoit que le 11 septembre l'ordre du Comando supremo de " considérer les Allemands comme des ennemis ".

Le général Magli ordonne la libération des résistants prisonniers en Corse. Reste le sort des déportés corses détenus dans des prisons italiennes ou à l'île d'Elbe. Les Corses incarcérés en Calabre sont délivrés les premiers par les Alliés qui y débarquent le 3 septembre. Parmi ceux de l'île d'Elbe, une quinzaine ont pu s'évader par mer dès l'arrivée des Allemands le 16 septembre. Les autres, transférés en Carinthie, province autrichienne annexée à l'Allemagne, ne pourront rentrer qu'après la fin de la guerre.

 

Sous-marin Casabianca ralliant Alger. Source : SHD



Les Allemands, ulcérés par le comportement des Italiens, les combattent sans merci. La 90e Panzer venue de Sardaigne suit la côte orientale en direction de Bastia reprise dès le 13 septembre. Désormais, le seul port accessible à des secours est Ajaccio. Les résistants retardent les Allemands tout en les affaiblissant et les empêchent de franchir la dorsale montagneuse qui sépare les deux versants de l'île. Patriotes et soldats italiens (environ 20% des effectifs italiens présents en Corse ont choisi de se retourner contre les Allemands) remportent un succès décisif à Levie le 17 septembre.

 

Ils sont alors rejoints par des hommes du Bataillon de choc : 109 d'entre eux ont fait la traversée sur le Casabianca. Ce sont les premiers soldats français arrivés d'Alger à Ajaccio : l'avant-garde des troupes de l'opération « Vésuve » (3) préparée à Alger par le général Giraud et placée sous le commandement du général Henry Martin. Si on excepte un commando américain du capitaine James Pitteri, il s'agit uniquement de troupes françaises, choisies avec discernement en vue de combats en montagne contre un adversaire dont l'armement et les équipements sont supérieurs.

 

Outre les « chocs » du commandant Gambiez, il y a les tirailleurs marocains du colonel de Butler, les tabors (4) marocains du lieutenant-colonel de La Tour ainsi que des spahis marocains, des unités d'artillerie d'Afrique, du Génie, et des télégraphistes. Les « chocs » sont des volontaires animés par le même esprit de résistance que les patriotes. Ils sont issus de différents corps d'armée présents en Afrique du Nord ou évadés de la France occupée. En liaison avec les patriotes corses, ils harcèlent les convois et les postes allemands sur la côte orientale.

 

Les autres troupes ont pour mission d'occuper les cols, de libérer la route côtière et de prendre Bastia. Elles agissent par le sud vers Borgo, par l'ouest sur le col de Teghime où les combats sont très durs, et par le nord-ouest avec le lieutenant-colonel de La Tour. La bataille pour Bastia, qui a lieu par très mauvais temps, dure du 27 septembre au 4 octobre. Le 73e Goum du 6e Tabor entre le premier dans la ville à l'aube. Les pertes des Allemands en Corse et à bord des avions et des navires s'élèvent à 3 000 hommes dont plus de 2 000 tués.

 

 

La Corse, base stratégique opérationnelle

 

Les unités italiennes qui ont combattu l'ont fait sous contrôle interallié. Elles ont perdu plus de 600 hommes. En octobre, elles commencent leur évacuation. 13 000 Corses sont engagés dans la guerre de reconquête. Volontaires ou mobilisés par un simple avis de presse le 30 novembre, ils sont embarqués pour Alger où ils sont enrôlés. Les uns sont intégrés à la 1ère Division Française Libre, d'autres à la 2e Division blindée. La Corse doit à sa position géographique d'être pleinement utilisée malgré la faiblesse initiale de ses équipements. Les Américains y aménagent 17 aéroports. Ils assainissent la plaine orientale toujours impaludée. Ils utilisent au maximum le port d'Ajaccio puisque celui de Bastia est dévasté. La Corse est reliée à l'Afrique du Nord par une ligne maritime dessinée en « zig zag » sur 800 km en fonction des risques d'attaque par la Luftwaffe et les sous-marins allemands. Les Français contrôlent cette ligne par laquelle arrivent matériels, armes, munitions et véhicules.

 

La Corse est désormais une base stratégique opérationnelle. On le voit sur deux terrains : en zone Tyrrhénienne d'abord, avec la reconquête en juin 1944 de l'archipel Toscan (5) puis, en août, en Provence quand la deuxième vague d'assaut alliée part de Corse avec 2 000 bâtiments vers les côtes varoises.

 

 

Notes

 

(1) INED, Le contrôle des recensements, avril-juin 1949, n° 2.

(2) Milice créée en Italie en 1923 pour soutenir le régime fasciste et intégrée en mars 1940 dans l'armée italienne.

(3) Nom de code choisi pour faire diversion.

(4) Bataillons de fantassins marocains constitués en groupe appelés « goums ».

(5) L'île d'Elbe et les petites îles de Pianosa, Monte Cristo et Capraja.

 

 

Source : Hélène Chaubin, historienne, correspondante de l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS). Revue "Les Chemins de la Mémoire" n° 133 - Novembre 2003 pour Mindef/SGA/DMPA

Les soldats d'Outre-Mer pendant la Seconde Guerre mondiale

 

Les soldats d'Outre-Mer pendant la Seconde Guerre mondiale

Dans son allocution prononcée à Libreville, au Gabon, le 7 juin 1963, à l'occasion de l'inauguration du monument au capitaine N'Tchoréré (volontaire 14-18, fait prisonnier avec sa compagnie le 7 juin 1940 près d'Amiens, il est abattu à bout portant par des soldats allemands, après avoir revendiqué le droit d'être traité en officier français), l'ambassadeur de France soulignait de quel poids les sacrifices consentis par les soldats venus d'outre-mer avaient alors pesé sur les orientations prises par le général de Gaulle, chef de la France Libre.

 

Le capitaine N'Tchoréré, commandant la 7e compagnie du 53e RICMS. Source : Musée des troupes de marine

 

 

De la campagne de France qui débute le 10 mai 1940, à l'épopée des tirailleurs et des tabors pour la reconquête de notre pays, en passant par l'exemple donné par Félix Eboué, gouverneur du Tchad, se ralliant à la France Libre dès août 1940, la participation de tous ceux connus sous le vocable "d'indigènes" a marqué durablement les esprits.

 

Cet article revient sur l'action de ces soldats durant le conflit, à travers quelques exemples de lieux de mémoire qui gardent le souvenir de ceux qui tombèrent loin de leur terre natale.

 

 

Rappel historique


 

Tirailleurs, caporal du cadre français et soldat indigène, 1885. Source : DR

 

Lors de la conquête de l'Algérie naissent au sein de l'armée française les tirailleurs et les spahis. Les ordonnances royales du 7 décembre 1841 consacrent l'existence des "troupes indigènes" et les organisent en les dotant d'un statut en harmonie avec celui des autres corps de l'armée.

 

Le décret impérial du 10 octobre 1855 crée les trois premiers régiments de tirailleurs algériens, puis celui du 21 juillet 1857, la première unité de tirailleurs sénégalais intégrée à l'infanterie de marine. Sous la IIIe République apparaissent les tirailleurs tunisiens (1884), indochinois (annamites, tonkinois, en 1884), malgaches (1895), marocains (1915).

 

                          

Tirailleur annamite au début du XXe siècle. Source : SHD         
                                             

 

 

 

     Tirailleur tonkinois au début du XXe siècle. Source : SHD

                                                                                           

 

 

Cambodge. Tirailleurs cambodgiens devant la citadelle. Source : Carte postale. DR

 


Durant la Grande Guerre, sur les fronts de France et de Belgique, sur celui d'Orient et en Afrique, ces unités prennent un essor considérable par l'afflux des levées d'hommes aux colonies. De nombreuses nouvelles unités sont formées, dont le bataillon de tirailleurs du Pacifique créé le 4 juin 1916 à Nouméa.

 

Dans les années 20, certaines de ces troupes se battent au Maroc, dans le Rif et au Levant.

 

 

2e régiment de tirailleurs algériens et son drapeau décoré de la Légion d'honneur et de la médaille militaire le 13 juillet 1919 à Paris, place de l'Hôtel de Ville. Source : R. Merly Domaine public.

 

 

 

 

Le Drapeau du 4e régiment de tirailleurs tunisiens, division marocaine, en 1917. Source : R. Merly Domaine public.

 

 

 

 

1939-1940



Lorsqu'en 1939 éclate la guerre, les contingents mobilisés dans tout l'Empire renforcent les unités de l'active, toujours réparties en deux catégories de troupes : celles de l'armée d'Afrique dont l'emblème est le croissant et celles de l'armée coloniale à l'ancre de marine.

 

Tirailleurs sénégalais à l'entraînement sur mortier de 81 mm, Alsace septembre-décembre 1939. Source : ECPAD

 

 

Ainsi, à l'armée d'Afrique, on trouve les Nord-africains (Algériens, Tunisiens et Marocains), et, à la Coloniale, les Noirs d'Afrique occidentale et équatoriale françaises et de Madagascar, les Antillais, Guyanais, Réunionnais, Canaques et Polynésiens, Somalis, Indiens et Indochinois, unis sous le même drapeau.

 

Prisonnier de guerre en 1940. Source : Deutsches Bundesarchiv. Libre de droit

 



En mai 1940, on compte environ 300 000 soldats Nord-africains et près de 300 000 des "colonies" sur plus de 5 345 000 mobilisés. On ne trouve, en revanche, en métropole, que 95 000 Nord-africains et 50 000 coloniaux.

 

Sur le front de France, le Grand Quartier Général des armées met sur pied neuf divisions d'infanterie coloniale, les D.I.C., où les Sénégalais sont amalgamés avec les fantassins des R.I.C., appelés les marsouins, et avec les bigors, artilleurs des régiments d'artillerie divisionnaire de campagne (R.A.D.C.).

 

Il crée aussi des unités de mitrailleurs coloniaux de secteur fortifié (la 42e demi-brigade malgache, les 52 et 55e demi-brigades indochinoises) et des régiments de pionniers sénégalais. Avec les Nord-africains, il forme quatre divisions d'infanterie d'Afrique (D.I.A.), sept divisions d'infanterie nord-africaines (D.I.N.A.), une division marocaine, la D.M. et trois brigades de spahis, algériens et marocains.

 

Les combattants de l'Empire se battent avec acharnement dans tous les secteurs du front en y subissant des pertes sévères : les Nord-africains à Gembloux, en Belgique, et lors de la défense de Lille, dans la Meuse, l'Oise, l'Aisne, le long de la Loire ; les Malgaches dans les Ardennes ; les Sénégalais dans la Somme, la Meuse, l'Aisne, en Champagne, dans le Rhône ; les Indochinois dans les Ardennes, dans l'Eure, en Côte d'Or.

 


Ils subissent aussi les crimes ennemis sous la forme d'exécutions sommaires de prisonniers sur le théâtre même des combats : Sénégalais du 53e régiment d'infanterie coloniale mixte sénégalais (R.I.C.M.S.) à Airaines et à Dromesnil (Somme), Sénégalais du 25e R.T.S. à Chasselay (Rhône), Marocains à Febvin-Palfart (Pas-de-Calais) pour n'en citer que quelques exemples. De plus, dès le 19 août 1940, l'occupant édicte un ordre interdisant de "toucher aux tombes des soldats noirs, d'orner leurs sépultures, de déplacer leurs corps...".

 

 

Monument de Febvin-Palfart. "A la mémoire des 32 soldats marocains de la 1re D.I.N.A. morts pour la France le 30 mai 1940". Source : Serge Pacheka

 

 

La question de la poursuite des combats depuis l'Empire se pose aux pires heures de l'invasion. Elle est tranchée avec l'armistice signé par le maréchal Pétain.



Tous ne se rallient pourtant pas à cette décision. Pour les premiers résistants, l'Empire est, dès le mois de juin 1940 et l'appel du général de Gaulle, une base de reconquête.

 

Il devient, au fil de la guerre, un enjeu stratégique majeur, tant pour les partisans de Vichy que pour les Gaullistes. De lui dépend la suite des combats et l'issue du conflit.

 

En France, au lendemain de l'armistice, des dizaines de milliers de soldats de l'Empire tombent aux mains de l'ennemi qui les interne en France dans des camps dits "Frontstalag". Nombre d'entre eux s'en évadent pour rejoindre la Résistance et participer ainsi à la Libération en 1944.

 

Prisonniers de guerre coloniaux. Source : Fonds Jeanne Joly

 

 

L'Empire dans la guerre de libération



Après le débarquement allié de novembre 1942 en Afrique du Nord, les forces françaises participent à la campagne de Tunisie aux cotés des Anglo-Américains. Ces forces comprennent des troupes de l'armée d'Afrique, placées sous les ordres du général Juin, et des forces françaises libres (1re DFL du général de Larminat et force L commandée par le général Leclerc).

 

Mais c'est avant tout la libération de la Corse, l'entrée dans Rome et le débarquement de Provence qui constituent les principaux faits d'armes des troupes françaises en 1943-1944.

 

Goumiers d'un Tabor marocain montant en ligne. Source SHD

 

 


Pendant la campagne d'Italie, le corps expéditionnaire français (C.E.F.), qui lutte aux cotés des Alliés est composé de deux divisions marocaines, d'une division d'infanterie algérienne et de deux groupes de tabors marocains et de la 1ère DFL.

 

Après la prise de Rome, le 4 juin 1944, et de Sienne le 3 juillet, les troupes sont relevées et retirées du front courant juillet pour être intégrées au sein de l'armée B (future 1re armée française) commandée par le général de Lattre de Tassigny, pour débarquer en Provence en août 1944.

 

Libération de Marseille. Progression des goumiers marocains vers Marseille, août 1944. Source : SHD

 



Ainsi, lorsque la 1re armée française libère la Provence, elle comprend de nombreuses unités où servent en majorité des hommes originaires des colonies : bataillons d'infanterie de marine formés en Afrique noire, B.I.M. du Tchad, B.I.M. du Pacifique, B.I.M. Somalis, régiments de tirailleurs sénégalais, spahis algériens et marocains, régiments de tirailleurs tunisiens, algériens et marocains et commandos d'Afrique où indigènes et blancs étaient amalgamés, sans oublier les goumiers marocains qui ont déjà lutté en septembre 1943 pour la libération de la Corse.

 

Des Africains servent aussi aux régiments d'infanterie coloniale du Maroc (R.I.C.M.), régiment colonial de chasseur de chars (R.C.C.C.), régiment d'artillerie coloniale du Maroc (R.A.C.M.).



Débarquée en Normandie le 1er août 1944, la 2e D.B. du général Leclerc libère Paris avant de foncer vers Strasbourg avec, dans ses rangs, des soldats "indigènes" d'un régiment de marche de spahis marocains, d'un régiment d'artillerie nord-africain et d'un régiment d'artillerie de campagne colonial.

 

Campagne d'Alsace. Front des Vosges, automne 1944. 1re armée française. Patrouille de Sénégalais dans la neige. Source : SHD

 

 

Toutes ces troupes livrent de dures batailles en Franche-Comté, en Alsace, dans les Vosges, puis pénètrent en Allemagne et en Autriche. Des unités nord-africaines et de la 2e D.B. font aussi partie du détachement d'armée du front de l'Atlantique et participent à la reconquête de la Pointe de Grave et à la réduction de la poche de Royan en 1945.



Un sentiment de profonde reconnaissance envers les colonies règne à la libération. Le député guyanais, Gaston Monnerville exprime, ainsi, de façon éloquente, cette idée, devant l'Assemblée consultative, le 25 mai 1945 : "Sans son Empire, la France ne serait qu'un pays libéré. Grâce à son Empire, la France est un pays vainqueur".

 

Dans le climat de l'époque, aucun homme politique n'aurait osé évoquer l'abandon de la moindre parcelle de l'Empire. Pourtant, le conflit a contribué à renforcer les mouvements nationalistes et leur influence, et un fossé s'est vite creusé, après 1945, entre les revendications nationales et la volonté française de maintenir intacte l'unité de l'Empire, préfigurant déjà les guerres d'indépendance de la IVe République.

 

 

 

Les sépultures


 

De nombreuses nécropoles ont recueilli les corps des soldats de l'Empire morts pour la France durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Cimetière de Boulouris. Source : Site petit-patrimoine.com

 

 

Cimetière militaire de Sigolsheim. Source : Licence de documentation libre GNU



Exhumés de leurs tombes provisoires, ils ont été réinhumés dans des carrés de sépultures 39-45 à l'intérieur des nécropoles nationales de 14-18, dans des carrés militaires de cimetières civils ou dans des grandes nécropoles de regroupement crées de 1950 à 1975, telles celles de Chastre en Belgique, d'Haubourdin et de Zuydcoote dans le Nord, de Floing en Ardennes, de Condé-Folie dans la Somme, de Sigolsheim en Alsace, de Rougemont en Franche-Comté, de Cambronne-les-Ribécourt dans l'Oise, de Luynes et de Boulouris en Provence, de Fleury-les-Aubrais dans le Loiret...

 

Luynes. "Cet arbre a été planté par les enfants de France en mémoire des combattants tombés en Outre-Mer. Le 2 novembre 1985". Source : DR

 



Leurs tombes sont ornées de l'un de ces emblèmes religieux : croix latine, stèle musulmane, stèle de "libre-penseur", cette dernière, sans aucun signe religieux, étant le plus souvent destinée aux animistes.

 

Monument au col de San Stafano. Saint-Florent, Corse. Source : Forum Maroc. Auteur : Stache

 

 

Monument au col de San Stafano. Plaque Saint-Florent, Corse. Source : Forum Maroc. Auteur : Stache

 

 

 

Cimetière de Saint-Florent, Corse. Source : Forum Maroc. Auteur : Stache      

 

 

 

 

                Cimetière de Saint-Florent, Corse. Source : Forum Maroc. Auteur : Stache

 


Certains cimetières ont un aspect très particulier, comme celui des tabors marocains situé à Saint-Florent (Haute-Corse), ou celui des Nord-africains à Airvault (Deux-Sèvres), mais le plus typique reste le "Tata sénégalais" de Chasselay (Rhône) : il évoque l'enceinte sacrée, le "tata", où dans cette partie de l'Afrique occidentale, reposent les guerriers morts au combat.

 

 

Le tata sénégalais de Chasselay. Source : Richard Monléon SGA/DMPA

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Description, organisation d'un gros ouvrage de la ligne Maginot.

 

Le terme "gros ouvrage" ne figure pas dans le vocabulaire de l'époque. Il est couramment utilisé pour désigner les ouvrages "palmés", servis par des équipages de 500 à 1.000 hommes, possédant généralement 2 entrées (hommes et munitions) et 6 à 17 blocs de combat. On les distingue des petits ouvrages (1 à 4 blocs et 100 à 200 hommes), des casemates d'infanterie, des observatoires et des abris (jusqu'à 250 hommes).

 

Dans le Nord-est, on compte :

 

  • 22 gros ouvrages,
  • 36 petits ouvrages,
  • environ 350 casemates d'infanterie,
  • 14 observatoires isolés,
  • 55 abris.

 



Un ouvrage Maginot est avant tout une "machine de guerre", souterraine, comportant des blocs de combat à l'avant et toute la logistique pour les ravitailler depuis l'arrière et les faire fonctionner.

 

Les blocs de combat se déclinent en combinaisons multiples à partir de plans types :

 

  • casemates comprenant de 1 à 4 créneaux de canons,
  • yourelles à double canon,
  • tourelles et créneau de canon,
  • tourelles de mitrailleuses,
  • observatoires d'infanterie, A ces éléments sont souvent associés des cloches de guetteurs fusilier-mitrailleur, des jumelages de mitrailleuses, des canons anti-chars, des lance-grenades, etc,..

 

Les blocs de combat sont reliès par des puits verticaux - ayant souvent une trentaine de mètres de hauteur et comportant 1 à 2 monte-charge à munitions - à un réseau de galeries de plusieurs kilomètres de longueur, équipées de voies de 60. Ces voies servent au ravitaillement des blocs de combat en munitions stockées dans un magasin principal (M1), situé à l'arrière près de l'entrée des munitions, et dans des magasins secondaires (M2) situés au pied des blocs. Des monorails permettent le transfert des casiers à munitions des magasins sur les wagons, puis des wagons vers les monte-charge, puis de smonte-charge vers les blocs.

 


Les entrées des munitions peuvent être de plain-pied (cas du SIMSERHOF et du HACKENBERG), en plan incliné ou en puits (cas de FERMONT). Les caisses de munitions sont acheminées de l'extérieur par train (SIMSERHOF et HaACKENBERG) ou par camions (FERMONT, où la voie ferrée n'a jamais été raccordée). Les douilles suivent le chemin inverse sauf qu'elles descendent des blocs de combat vers les galeries par des tobogans hélicoïdaux.

 

Pour faire fonctionner tous ces équipements, il faut, d'une part une usine, et d'autre part une caserne et son intendance. L'usine doit essentiellement produire et distribuer l'énergie électrique et traiter l'air. Les gros ouvrages Maginot comportent des centrales électriques autonomes comprenant généralement 4 groupes électrogènes diesel, d'une puissance totale pouvant atteindre 1.000 kW. Les capacités des réservoirs pour assurer une autonomie de 3 mois en temps de guerre atteignent 400 m3 de gas-oil et 400 m3 d'eau de refroidissement. L'alimentation électrique par l'arrière, par lignes aériennes ou enterrées (temps de guerre), ne fut réalisé qu'ultérieurement, à partir de 1936.

 

Le courant électrique est distribué sous plusieurs tensions d'utilisation :

 

  • Force : 440 v ou 220 v alternatif
  • Eclairage : 110 v alternatif
  • Train : 600 v continu
  • Tourelles des blocs de combat : 110 v continu

 

Pour transporter sans trop de pertes le courant électrique sur plusieurs kilomètres de l'arrière vers l'avant, il faut élever sa tension à 3.000 V Le réseau électrique comporte donc de nombreux organes de transformation (transformateurs, convertisseurs) et de volumineux tableaux implantés dans la grande salle électrique de l'usine ou dans des sous-stations réparties dans l'ouvrage.

 


Le système de ventilation est très complexe. Il doit assurer la bonne qualité de l'air dont les sources de pollution sont multiples, notamment en temps de guerre :

 

  • Pollutions internes : gaz des tirs de l'armement (CO), gaz de combustion des groupes électrogènes, air vicié par la présence de l'équipage, risques de feux de câbles, ...
  • Pollutions externes : gaz de combats. Le principe repose sur le traitement de l'air par compartiments étanches séparés les uns des autres par des sas : usine, casernement, blocs, P.C., etc...

 

Dans chaque compartiment, l'air neuf ("pur" ou "dégazé" par filtration) est insufflé et réparti par des gaines dans chaque compartiment, mis en surpression. L'air vicié est évacué par un réseau séparé (exemple : gaine de descente des douilles dans les blocs). Les gaz d'échappememt et les gaz des tirs sont évacués directement.

 

Chaque ouvrage comporte également :

 

  • Un ou plusieurs puits d'alimentation en eau avec citerne de stockage et réseau de distribution,
  • Un réseau d'égouts généralement gravitaire,
  • Un réseau de transmission téléphonique et radio.

 

La vie et le logement des hommes nécessitent une caserne avec chambres, locaux sanitaires, cuisines, infirmerie, etc... ainsi que des logements aux postes de combat. Enfin, l'ouvrage est commandé par un P.C. situé au centre des blocs de combat.

 


Texte tiré de l'expertise technique de 25 sites et ouvrages militaires en Lorraine (2e liste) : ouvrages et sites de la ligne Maginot - Groupement Ellipse-Marquis-Bouquot Doyelle-Girardet-Lepick-Truttmann - mars 2000. L'étude est propriété du ministère de la Défense.

 

Source : EPML

Contre le nazisme, être résistant en Allemagne

 

En Allemagne, la résistance au nazisme ne fut le fait ni d'un seul groupe ni d'un mouvement de masse.

 

Même s'ils furent une minorité, des Allemands, hommes et femmes de toutes les catégories politiques, sociales et religieuses, combattirent Hitler, connurent l'exil et les camps et trouvèrent la mort.

 

Incendie du Reichstag, Berlin, 27 février 1933. Source : akg-images

 

 

Lorsqu'on parle de la résistance allemande, il faut d'abord rappeler qu'il ne s'agissait ni d'un seul groupe ni d'un mouvement de masse.

Certes, on y trouve des représentants de toutes les catégories politiques, sociales et religieuses, mais même aujourd'hui - soixante ans après -, il nous est pratiquement impossible d'avancer leur nombre exact.

Les procédures juridiques sont une des principales sources pour obtenir une première estimation. Il s'agit aussi bien de dossiers de l'époque nazie que de ceux de l'après-guerre, lorsque les survivants en RFA et en RDA ont tenté d'obtenir une indemnisation ou la réinstallation dans leurs droits. Mais quel que soit le chiffre avancé - entre 150 000 et 500 000 résistants - leur nombre reste faible par rapport aux 70 millions de personnes que comptait le Reich avant la guerre.

 

Les premiers touchés par la répression furent notamment les adversaires politiques des nationaux-socialistes. La chasse aux communistes commence dès l'arrivée de Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933. Trois semaines plus tard, le 22 février, SA (1) et SS (2) deviennent police auxiliaire en Prusse. Arrêtés en masse un jour après l'incendie du Reichstag à la suite de l'ordonnance du 28 février sur la "protection du peuple et de l'État", les communistes obtiennent quand même 12,2% lors des élections du 8 mars 1933.

Étant donné qu'ils ne sont pas présents lors de la première réunion du nouveau Reichstag, les 43,9% des voix obtenus par le parti national-socialiste (NSDAP) plus les 11,2% pour le Centre (le parti des Catholiques), et les 8% pour les nationaux-démocrates (DNVP) suffisent à Hitler pour faire passer la "loi sur les pleins pouvoirs" à la majorité des deux tiers imposée par la Constitution de la République de Weimar qui reste en vigueur jusqu'en 1945. Les sociaux-démocrates qui avaient obtenu 18,2% lors des élections du 8 mars et ont voté contre la "Loi sur les pleins pouvoirs" sont la prochaine cible.

 

En mai 1933, le parti crée une direction extérieure, la SOPADE, qui s'installe d'abord à Prague, puis à Londres. Le Centre cesse ses activités politiques après la signature du Concordat d'État entre l'Allemagne de Hitler et le Vatican à Rome le 20 juillet 1933. Une semaine auparavant, le 14 juillet, Hitler déclare le NSDAP parti unique en Allemagne. À partir de cette date, toute forme d'engagement politique en dehors du "mouvement national-socialiste" est illégale et risque d'être sanctionnée immédiatement. Mais, même dans cette situation précaire et difficile pour tous les militants, la gauche n'est pas prête à oublier ses querelles.

 

La rivalité entre communistes et sociaux-démocrates permet à la Gestapo de venir vite à bout de leurs organisations clandestines. Le même sort est réservé aux opposants - beaucoup moins nombreux - venant de la droite et du parti du Centre. Ils sont soit arrêtés soit mis à mort lors de "la nuit des longs couteaux", le 30 juin 1934 (Röhm-Putsch). Une partie des protestants s'organisent en octobre 1934 sous forme d'une "Direction provisoire de l'Église confessante (Bekennende Kirche)".

 

 

Les propositions de l'émigration allemande restent sans écho.


 

L'acceptation du régime par la masse des Allemands, le succès de la politique menée par les nationaux-socialistes dans le domaine économique et social aussi bien que dans le domaine de la politique étrangère - retour de la Sarre au Reich en 1935 et annulation successive des stipulations du Traité de Versailles avec la réinstallation du service militaire le 16 mars 1935, signature d'un traité naval avec la Grande-Bretagne le 18 juin 1935 et remilitarisation de la Rhénanie le 7 mars 1936 - mettent les esprits des résistants à rude épreuve.


Ni l'Union soviétique, ni la France, ni la Grande-Bretagne ne sont prêtes à écouter les propositions venant de l'émigration allemande qui s'est installée à Moscou à l'Hôtel Lux, à Paris à l'Hôtel Lutétia, ou encore à Prague et à Londres. Les voyages clandestins à Londres et à Paris en 1937 de l'ancien maire de Leipzig, Carl Goerdeler, un des leaders de l'opposition conservatrice en Allemagne restent également sans résultats. Étant donné que Goerdeler avait proposé, entre autres, de revenir à la situation d'avant la Première Guerre mondiale, pour les Britanniques aussi bien que pour les Français, les alternatives présentées par les élites conservatrices ne sont guère convaincantes.

 

En mars 1938, au moment de l'Anschluss (annexion de l'Autriche), la situation de la résistance en Allemagne semble désespérée. La plupart des militants - s'ils n'ont pas préféré renoncer à toute activité politique - se trouvent soit dans des camps de concentration, soit en exil à l'étranger. Mais seulement deux mois plus tard, avec la crise des Sudètes au mois de mai 1938, tout bascule. Hitler semble bien décidé à réaliser le programme qu'il avait annoncé aux plus hauts représentants politiques et militaires du Reich le 5 novembre 1937.

 

Autour du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Beck, se forme un nouveau groupe constitué d'officiers et de hauts fonctionnaires d'État qui ne veulent en aucun cas courir le risque d'une nouvelle Grande Guerre. L'idée de ces hommes, issus de l'élite national-conservatrice est de faire arrêter Hitler au moment du lancement d'une attaque contre la Tchécoslovaquie. Mais à la dernière minute, sous la pression de l'action conjointe de Hermann Göring, le deuxième homme du IIIe Reich, de Konstantin von Neurath, l'ancien ministre des affaires étrangères, et de Joseph Goebbels, le ministre de la propagande, Hitler change d'avis et accepte l'idée lancée par Mussolini d'organiser une conférence à quatre à Munich.

 

La signature des accords de Munich en septembre 1938 marque la fin de cette première conspiration contre Hitler. Le général Beck donne sa démission et les membres du groupe cessent leurs activités.

Une autre occasion se présente au cours de l'hiver 1939-1940 lors de la préparation de l'offensive contre la France. Cette fois-ci, c'est au tour du général Hans Oster du Service de contre-espionnage de l'armée de terre (Abwehr) de prendre l'initiative. Mais l'idée de mettre les adversaires au courant du début de l'offensive contre la France et la Belgique se solde par un échec : en reportant la date de l'attaque allemande à maintes reprises, Hitler - sans le savoir - jette le discrédit sur les informations données par Oster. La débâcle de la France, à l'été 1940, met de nouveau un terme à la conspiration des militaires.

 


 

 

Tentatives d'attentats et groupes de résistants


Timbre de la poste allemande commémorant le 100e anniversaire de la naissance de Georg Elser (2003). Source : Deutsches Bundesarchiv. German Federal Archive

 

Mais la résistance contre Hitler ne se manifeste pas seulement du côté des élites. L'attentat contre la brasserie "Bürgerbräu-Keller" à Munich le 8 novembre 1939 est un acte isolé, préparé par un seul homme. La bombe fabriquée par le menuisier Georg Elser manque de peu son but parce que Hitler quitte les lieux plus tôt que prévu. Vu son efficacité, la Gestapo est au début convaincue que Georg Elser a bénéficié d'une aide venant de l'étranger. Ce n'est que quelques semaines plus tard, et grâce à d'autres activités, qu'elle s'aperçoit qu'un esprit de résistance est toujours vivace en Allemagne.

 

Déblaiement après l'attentat à la bombe contre Hitler au cave brasserie "Bürgerbräu", Munich, 8 novembre 1939. Source : Deutsches Bundesarchiv. German Federal Archive

 

 



Après les arrestations massives au début des années trente, l'opposition a commencé à se réorganiser en Allemagne sous d'autres formes.

De petits groupes apparaissent aussi bien du côté de la gauche que du côté de la droite. L'engagement dans la lutte contre le régime nazi s'intensifie avec le début de la guerre à l'est le 22 juin 1941 et avec la persécution des Juifs. Mais, malgré les activités de l'Orchestre rouge (un groupe de hauts fonctionnaires autour de Harro Schulze-Boysen, un officier de la Luftwaffe), le Groupe Baum (un réseau de Juifs à Berlin), la Rose blanche (un mouvement d'étudiants, créé par Sophie et Hans Scholl à Munich), les Edelweisspiraten à Cologne et la Swing-Jugend à Hambourg (tous les deux des mouvements de protestation organisés par des jeunes) - pour ne citer ici que quelques exemples -, il est incontestable qu'il s'agit toujours d'une minorité.

 

Par rapport à la situation en France et dans les autres pays occupés de l'Europe, il ne faut jamais oublier que, pour un Allemand ou une Allemande, faire de la résistance est une décision difficile à prendre. Il faut s'engager non seulement contre son propre pays, mais aussi, si nécessaire, contre ses concitoyens. Combattre son propre gouvernement, même lorsqu'il s'agit d'un régime criminel, est un acte de haute trahison, puni de la peine capitale. Ce problème est au centre des débats organisés à partir de 1942 par le comte Helmuth James Graf von Moltke sur son domaine à Kreisau en Basse-Silésie (d'où le nom Cercle de Kreisau). La nécessité d'un assassinat collectif des plus hauts représentants du régime (Hitler, Himmler, Göring) et la question de la légitimité d'une "insurrection de la conscience" (Aufstand des Gewissens), ne pose pas seulement problème à ces hauts fonctionnaires, mais aussi aux soldats qui ont tous fait serment de servir Hitler en personne.

Le 8 janvier 1943, quelques jours avant la capitulation de la sixième armée à Stalingrad, un premier contact est établi entre le général Beck, Carl Goerdeler et le Cercle de Kreisau. Mais pour pouvoir agir, il leur faut quelqu'un dans l'entourage de Hitler, parce que celui-ci a pris l'habitude de se retrancher de plus en plus dans son Grand Quartier Général. Cet homme est le colonel Henning von Tresckow, le chef de l'état-major du groupe d'armée du Centre sur le front de l'Est. Après avoir été témoin des atrocités commises par les "Einsatzgruppen" (3) dans les territoires occupés par les Allemands à l'Est, il est décidé à agir. Mais aucune des tentatives d'attentat contre Hitler ne réussit.

 

 

Arrestations, déportation et mises à mort



Cependant la Gestapo ne reste pas inactive. Après avoir réussi à l'été 1943 à démanteler le cercle de l'Abwehr autour du général Oster, elle arrête au début de 1944 son chef, l'amiral Canaris, et le comte Hellmuth James von Moltke. Le temps presse, mais chacun de ces échecs demande un changement et une adaptation des plans.

 

Au moment du débarquement des Alliés le 6 juin 1944, il est déjà presque trop tard. Le colonel Claus von Stauffenberg, qui a pris la relève, est désormais le seul parmi les conjurés qui peut approcher Hitler. Le colonel von Tresckow, qui se trouve sur le front de l'Est, demande à son ami de lancer le coup d'État même au risque d'un échec pour prouver au moins l'existence d'une autre Allemagne.

 

Hermann Goering, Martin Bormann et Bruno Loerzer dans les décombres de la salle de conférence de la Wolfsschanze, à la suite de l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler. Source: Deutsches Bundesarchiv. (German Federal Archive)

 

 

Mais l'attentat et l'opération "Walkyrie" du 20 juillet 1944 échouent. Lors de l'arrestation des différents acteurs, la Gestapo s'aperçoit, à sa grande surprise, qu'il ne s'agit pas d'un complot organisé par un petit groupe d'officiers ambitieux et bêtes, comme le soupçonnait encore Hitler dans son discours radiodiffusé dans la nuit du 20 juillet 1944. Stauffenberg et ses conjurés de la Bendelerstrasse avaient établi des contacts non seulement avec les élites conservatrices (Carl Goerdeler, Ludwig Beck, Helmuth James Graf von Moltke), mais aussi avec presque tous les autres groupes de résistance en Allemagne.

 

Grâce aux documents que la Gestapo découvre dans le quartier général de l'armée de terre à Zossen, Hitler donne l'ordre de remonter toutes ces filières et de procéder à une vague d'arrestations. Lors de cet "Action orage" (Aktion Gewitter), la majorité des résistants est arrêtée et même les membres de leurs familles sont internés.

 

Dans les mois qui suivent, la vengeance de Hitler est terrible : par dizaines, les résistants sont jugés et condamnés à mort par le président du Tribunal du peuple, Roland Freisler. Parmi ceux qui se trouvent encore dans les prisons ou dans des camps de concentration comme Flossenbürg, sur l'ordre du Reichsführer SS Heinrich Himmler, un grand nombre est assassiné juste avant la libération des camps. À la fin de guerre, la résistance allemande est donc littéralement décapitée.

 

 


Note :

 

(1) SA (Sturm Abteilung) : organisations paramilitaires, les sections d'assaut, créées en marge du parti nazi, sèment la terreur dans toute l'Allemagne.

(2) SS (Schutzstaffel) : organisations paramilitaires, les SS, qui supplantent progressivement les SA, assurent la sécurité intérieure de l'Allemagne nazie puis celle des territoires occupés ainsi que la gestion et la garde des camps de concentration.

(3) En juin 1941, l'Office central de sécurité du Reich et les autorités militaires allemandes créent les Einsatzgruppen. Ces groupes sont chargés de fusiller en masse les Juifs des territoires de l'Est nouvellement conquis. Entre juin 1941 et fin 1943, ils exécutent plus de 1,3 million de personnes.

 

Source : Stefan Martens, Historien, Institut historique allemand à Paris. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 157"pour Mindef/SGA/DMPA

14 juillet 1945

Défilé des troupes victorieuses

De l’Arc de triomphe à la place de la Nation en passant par la place de la Bastille où est installée la tribune officielle, la foule s’est massée sur le parcours du défilé tandis que la capitale s’est parée de drapeaux tricolores. La célébration de la fête nationale, dans une Europe en paix et un territoire libéré, renoue, après six années d'interruption.

Le 14 juillet 1945 est "plus que jamais fête nationale puisque la France y fête sa victoire,

en même temps que sa liberté", selon les mots du général de Gaulle.

 

Trois jours de commémoration et de réjouissance civiques célèbrent le retour de la souveraineté politique et l'unité nationale.

 

On est loin cependant de la superbe militaire de la France de 1919 ou de la liesse du Front populaire. La France sort du conflit dévastée et divisée par la guerre et l'Occupation. Les infrastructures économiques sont à reconstruire, l'état de droit et les institutions politiques à réaffirmer.

 

Les principales forces politiques sont en désaccord sur l'avenir politique du pays. Le général de Gaulle, l'homme du 18 juin et le libérateur, est partisan d'un pouvoir exécutif fort, alors que le parti communiste tente d'accéder au pouvoir en demandant, par le biais des Etats généraux de la Renaissance française (réunion des mouvements de résistance à Paris du 10 au 14 juillet 1945), l'élection d'une assemblée constituante souveraine.

 

Les divergences se retrouvent ainsi dans l'organisation et le déroulement des festivités prévues sur trois jours, commençant à l'est de Paris, le 13 juillet, et se terminant à l'ouest le 15.

 

  • Célébration du 14 juillet après-midi. Fête nautique sur la Seine.

    Célébration du 14 juillet après-midi. Fête nautique sur la Seine.Photo MINDEF/SGA/DMPA

  • Célébration du 14 après-midi. Paris. Le défilé populaire de l'après-midi.

    Célébration du 14 après-midi. Paris. Le défilé populaire de l'après-midi. Photo MINDEF/SGA/DMPA

  • Célébration du 14 juillet, à 15h00. Fête aérienne à Longchamp.

    Célébration du 14 juillet, à 15h00. Fête aérienne à Longchamp. Photo MINDEF/SGA/DMPA

 

La mémoire gaulliste inscrit la manifestation dans le mythe de la France éternelle de Jeanne d'Arc et de Napoléon à la suite et en amplification des commémorations des 6 et 18 juin en accordant, à côté des lieux de mémoire traditionnels que sont l'Hôtel de Ville, la Concorde, la Bastille, une place particulière au centre de Paris.

 

Le temps et les lieux commémoratifs sont multipliés afin de fondre les manifestations du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) et du Comité parisien de la Libération (C.P.L.), organisées par parti communiste, dans un ensemble plus vaste. La grandeur, l'unité, la souveraineté de la France sont mises en scène tant par la succession des réceptions des fêtes officielles du 13 juillet avec l'arrivée du bey de Tunis et la réception à l'Hôtel de Ville des maires alliés puis l'échange de messages entre Tchang-Kaï-Tchek et de Gaulle et la lecture du message de Truman.

 

Le sentiment national est revivifié tant par les bals de la Concorde ou les feux d'artifice à Longchamp, que par le programme militaire des 14 et 15 juillet : revue cours de Vincennes, défilé de la Bastille à l'Etoile. L'attraction nautique entre la Concorde et le pont Alexandre-III, qui se termine par l'apparition dans la Seine d'un sous-marin de poche allemand, aussi bien que la fête aérienne à Longchamp avec la présence de l'escadrille Normandie-Niémen, mêlent la fête à la célébration des braves.

 

Les veillées funèbres sur les Champs Elysées et les cérémonies de recueillement du 13 juillet à l'Opéra, au Sacré Coeur ou à l'Arc de Triomphe en hommage aux morts du conflit - l'allocution est prononcée au nom du général de Gaulle et du Gouvernement par Frenay, ministre des Prisonniers et Déportés - inscrivent les héros et martyrs dans l'épopée nationale gaulliste.


La mémoire communiste de son côté reprend la tradition républicaine et rattache l'événement au passé insurrectionnel de Paris. La tribune officielle est ainsi installée place de la Bastille. Le Comité parisien de Libération défile le 14 après-midi entre la Concorde et Bastille, clôturant ainsi les Etats généraux de la Renaissance française en empruntant un itinéraire inverse de celui du matin, consacrant l'anniversaire républicain par les hommes de l'insurrection et de la résistance intérieure dans les quartiers populaires. Le défilé civil entre la Concorde et Bastille reprend et s'approprie la mémoire du défilé militaire du matin.

 

A l'instar du 14 juillet de 1936, la représentation met en avant le régionalisme, l'histoire de la Révolution sous formes de chars ornés. Les anciens volontaires des Brigades internationales défilent au Mur des Fédérés. Les spectacles en plein air et les bals populaires dans les quartiers et en province répondent à la solennité et attractions officielles. Au sous-marin de poche allemand remontant la Seine, clou du spectacle nautique, les théâtres du Châtelet et de la Gaîté répondent par les matinées gratuites, où l'on joue d'ailleurs le Danton de Romain Rolland.

 

La mémoire communiste, en célébrant les résistants et le peuple, inscrit son programme commémoratif dans le temps vécu et à venir. Elle finit par l'emporter sur la mémoire gaulliste solennelle et lointaine : c'est un déporté qui le soir du 13 juillet parle d'unité nationale au nom du gouvernement et du général de Gaulle...

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA - Photo : ©ecpa>d

Le procès de Nuremberg

Novembre 1945 - Octobre 1946

Le procès de Nuremberg demeure, soixante-dix ans après, un grand moment d'histoire, tout à la fois clôture d'une guerre qui fut mondiale et naissance d'un nouveau droit international. Réuni pour la première audience le 20 novembre 1945, le tribunal militaire international rendit son verdict le 1er octobre 1946 après dix mois de débats.

La salle d'audience du tribunal. Source : Mémorial de la Shoah

 


L'obsession des Américains était de mettre la guerre hors la loi en jugeant ceux qui en portaient la responsabilité, les plus hauts dirigeants de l'État nazi encore en vie en 1945 (Hitler, Goebbels, Himmler s'étaient suicidés). Ces "grands" (major) ne l'étaient pas nécessairement par l'ampleur de crimes qu'ils auraient directement perpétrés, mais parce qu'ils portaient la responsabilité de l'ensemble des crimes commis par les nazis. Ainsi, pour les Américains, véritables maîtres d'œuvre du procès, deux chefs d'accusation sont primordiaux : le "plan concerté ou complot", qui commande les "crimes contre la paix" et les "crimes de guerre", et une catégorie juridique nouvelle dans le droit international, les "crimes contre l'humanité".



Le juge à la Cour suprême, Robert H. Jackson, nommé le 2 mai 1945 procureur général par le nouveau président des États-Unis, Harry Truman, réunit à Londres, pour préparer le procès, les juristes des quatre puissances accusatrices : la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Union soviétique. Quatre mois de débats à huis clos permettent d'élaborer l'Accord de Londres qui comprend le statut du tribunal et la définition des crimes et que 21 autres pays ( entre autres, la Pologne, mais aussi l'Uruguay) paraphent. Aux crimes contre la paix s'ajoutent les crimes de guerre, "c'est-à-dire les violations des droits et coutumes de la guerre. Ces violations comportent, sans y être limitées, l'assassinat, les mauvais traitements ou la déportation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, l'assassinat ou les mauvais traitements de prisonniers de guerre ou des personnes en mer, l'exécution des otages, les pillages de biens publics ou privés, les destructions sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les exigences militaires". La définition de ces crimes est l'aboutissement d'un long processus de négociations internationales amorcé à la fin du XIXe siècle pour protéger lors des guerres deux catégories de personnes : les prisonniers et les populations civiles.

 

Enfin, une dernière qualification est ajoutée, largement parce que des organisations juives la réclament, le crime contre l'humanité. Non que l'expression fût nouvelle. Elle avait notamment été employée pour qualifier les massacres des Arméniens en 1915. Mais c'est avec Nuremberg que ce crime fit son entrée dans le droit international pour punir ceux ayant perpétré "l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, les déportations et tout acte inhumain commis contre toutes les populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux". Pourtant, dans la définition de Nuremberg, ce crime n'existe que "lorsque ces actes ou persécutions, qu'ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime entrant dans la compétence du tribunal ou en liaison avec ce crime". En clair, en lien avec le crime contre la paix. C'est donc bien la guerre d'agression qui est au cœur du procès.

 


A Londres encore, les Alliés peaufinent la liste de ceux qui seront mis en accusation. Nous connaissons les noms des accusés, es photos les représentant sur deux rangs dans le box, encadrés par la police militaire américaine. Nous tenons cette liste pour évidente. Elle ne l'est pas, et elle fut établie sans véritable réflexion sur la nature de l'État nazi. Dix d'entre eux, faits prisonniers par les Britanniques ou les Américains, figuraient sur une première liste. En tête - et il fut bien la "vedette" parmi les accusés - , Hermann Göring, qui s'est rendu volontairement aux Américains. Avec lui, Rudolf Hess, à l'état mental incertain, aux mains des Britanniques depuis qu'il s'est envolé vers ce pays, le 10 mai 1941, pour offrir de son propre chef, prétendait-il, une paix séparée avant l'attaque de l'URSS ; Joachim von Ribbentrop, l'ancien représentant de commerce en champagne, devenu ministre des affaires étrangères ; Robert Ley, dirigeant du Front allemand du travail, qui se pendra dans sa cellule de la prison de Nuremberg ; Wilhelm Keitel, chef du commandement suprême de la Wehrmacht, premier militaire à figurer sur la liste des accusés. Avec le sixième de la liste, Julius Streicher, nous changeons de registre. Certes, comme Göring ou Hess, il fait partie de la vieille garde nazie et a participé au putsch de Munich (1923), mais le Gauleiter de Franconie tient sa célébrité du journal qu'il a fondé en 1923, Der Stürmer, qui développe un antisémitisme outrancier et vulgaire, avec une prédilection pour les évocations de supposées turpitudes sexuelles commises par des Juifs. Ernst Kaltenbrunner, quant à lui, a remplacé Heydrich après son assassinat par la résistance tchèque et dirige le Bureau central pour la sécurité du Reich. C'est donc de lui que dépendent camps de concentration et Solution finale. Alfred Rosenberg, le théoricien nazi de l'antisémitisme, était, depuis 1941, ministre des Territoires de l'Est. Le juriste Hans Frank, le "bourreau de la Pologne", et l'ancien ministre de l'intérieur du Reich, Wilhelm Frick, ferment cette première liste. Tous, sauf Hess (condamné à la prison à vie et qui meurt en 1987, dernier prisonnier à Spandau), seront condamnés à mort.

 

Les rejoignent le directeur de la Banque d'État (Reichsbank) Hjalmar Schacht ; l'artisan de l'annexion de l'Autriche en 1938 (Anschluss), Arthur Seyss-Inquart ; le dernier commandant en chef de la marine nazie, désigné par Hitler comme son successeur à la veille de son suicide, l'amiral Dönitz ; le falot successeur de Schacht à la tête de la Reichsbank, Walter Funk ; le chef des jeunesses hitlériennes, Baldur von Schirach. Enfin, sont ajoutés les noms du maître d'œuvre du Service du travail obligatoire, Fritz Sauckel ; du chef de l'état-major de la Wehrmacht Alfred Jodl ; deux diplomates, Franz von Papen et Constantin von Neurath ; Martin Bormann, qui remplaça à la chancellerie Hess, seul à être jugé par contumace ; l'amiral Erich Raeder, seul "gros poisson" aux mains des Soviétiques que cette situation humilie et qui exigent qu'au moins un autre de leurs prisonniers figure parmi les accusés. Ce sera Hans Fritzsche, un collaborateur de Goebbels au ministère de la propagande, tout surpris de se retrouver parmi les dignitaires du régime et qui sera parmi les acquittés.

Les accusés dans leur box. (au premier rang, de gauche à droite) : Hermann Göring, Rudolf Hess, Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel.

(au deuxième rang, de gauche à droite) : Karl Dönitz, Erich Raeder, Baldur von Schirach, Fritz Sauckel. Source : U.S. federal government

 

 

L'acte d'accusation est remis aux accusés lors de l'ouverture solennelle du procès à Berlin, le 18 octobre 1945. Puis le procès lui-même s'ouvre à Nuremberg, la ville des grandes liturgies nazies. Elle n'a pas été choisie pour le symbole, mais, plus prosaïquement, parce que parmi les ruines se dressent pratiquement intacts le palais de justice, la prison et le Grand Hôtel. Le 20 novembre 1945, à 10 heures du matin, les quatre juges et leurs quatre suppléants font leur entrée : les Français Henry Donnedieu de Vabres et Robert Falco d'abord, puis les Anglais Lord Justice Lawrence, président du Tribunal, et Norman Birkett, suivis des Américains Francis Biddle et John J. Parker ; enfin les Soviétiques, le major général I.T. Nikitchenko et le lieutenant colonel A.E. Volchkov. Lord Justice Lawrence ouvre alors la première audience. Les quatre procureurs généraux, l'Américain Robert J. Jackson, l'Anglais Sir Arthur Shawcross, le Français François de Menthon, le colonel soviétique Roman Rudenko se relaient pendant cinq heures pour lire l'acte d'accusation, puis, en appendice, les responsabilités de chacun des prévenus, et le caractère criminel des groupements et des organisations inculpés. Le 21, tous plaident non coupables.


Pendant près de quatre mois, du 21 novembre à la fin du mois de février, les séances consistent en des lectures effectuées par les ministères publics, interrompues par la présentation de nombreux documents et la comparution des 33 témoins de l'accusation.

 

Le 29 novembre 1945, alors que l'accusation américaine est loin d'avoir terminé son exposé sur le complot hitlérien, on projette un film d'une heure. "Ceci ne constitue pas une preuve absolue de l'accusation relative aux camps de concentration, mais le film que nous présentons nous montre d'une façon brève et inoubliable ce que les mots "camps de concentration" veulent dire", déclare l'avocat général Thomas J. Dodd. Ces images filmées par les autorités militaires alliées lors de l'ouverture des camps, aujourd'hui bien connues et largement étudiées, eurent alors un impact considérable (1). Notons encore l'exceptionnel acte d'accusation établi, grâce aux archives du Centre de documentation juive contemporaine transmises par Léon Poliakov, par le procureur adjoint français Edgar Faure (2), chargé des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis dans les pays de l'Ouest. Le 31 août 1946, les 21 inculpés présents au procès de Nuremberg font leurs dernières déclarations. Les juges se retirent pour délibérer. Le 1er octobre, devant une salle comble, le président Lawrence commence la lecture des 300 pages de la partie générale du jugement, relayé par Birkett, Donnedieu, Falco, Biddle, Parker et enfin Nikitchenko et Volchkov avant que le juge britannique reprenne la parole. La matinée du 2 est consacrée à la lecture par les seuls juges titulaires des responsabilités de chacun. Les acquittements de Schacht, von Papen et Fritzsche causent une énorme surprise. L'après-midi, le président prononce les peines, puis prend la parole une dernière fois pour lire la protestation des Soviétiques contre les acquittements de Schacht, von Papen et Fritszche et contre le fait que Hess n'ait pas été condamné à mort. La 404e et dernière audience d'un procès commencé depuis près d'un an est alors levée.

 



Notes

(1) Sur la question du "Film comme témoin" on lira le livre essentiel de Lawrence Douglas, The Memory of Judgement : Making law end History in the Trials of the Holocaust, Yale University Press, 2001. Un chapitre de ce livre, traduit en français, a été repris dans l'ouvrage de Sylvie Lindeperg Clio de 5 à 7. Les actualités filmées de la Libération, CNRS-Éditions, 2000.

(2) Edgar Faure, Si tel doit être mon destin ce soir... Mémoires II, Plon, 1988.

 

 

Source : Annette Wieviorka, directrice de recherche au CNRS (IRICE -Paris I-), auteur du Procès de Nuremberg (réédition Liana Levi, 2006). Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 166" - novembre 2006 pour MINDEF/SGA/DMPA

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