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Les Français du 6 juin 1944

 

Les Français du 6 juin 1944

 

 

Le commando Kieffer à la veille du débarquement. Source : Musée n°4 Commando

 

 

Le 6 juin 1944, l'opération Overlord lançait sur les côtes normandes la première vague des armées alliées qui allaient délivrer l'Ouest européen du joug nazi. Les forces françaises qui y participèrent se réduisirent à 209 hommes utilisés comme fantassins -177 commandos, 32 parachutistes - ainsi qu'à une centaine d'aviateurs de la chasse, du bombardement, et à plusieurs centaines de marins de navires de guerre. Si faibles en nombre, par rapport au flot des combattants débarquant en France, ces unités ne jouèrent pas pour autant les figurants et leurs actions témoignèrent de leur abnégation, de leur bravoure et de leur patriotisme sous la Croix de Lorraine des Français libres animés par leur chef, le général de Gaulle.

 

 

Insigne de béret de commando marine de la marine Française. Source : collection personnelle

 

 

Le commando Kieffer

 

Cette unité, le 1er bataillon de fusiliers-marins commandos, avait été constituée par le capitaine de corvette Philippe Kieffer. Elle faisait partie du commando n° 4 franco-britannique du colonel Dawson, de la 1st Special Service Brigade du général Lovat.

 

Dans l'opération Overlord, la brigade devait débarquer la première, précédant la 3e division d'infanterie britannique sur les plages du secteur Sword, le commando n° 4 attaquant Ouistreham. Le 1er B.F.M. avait la dure mission de s'emparer du gros blockhaus érigé sur l'ancien casino de Riva Bella, flanqué d'un fossé antichar et hérissé de canons et de mitrailleuses, qui servait de poste de direction de tir. Embarqués près de Corksmouth sur les LCI (Landing Cratf Infantry) 526 et 527, les Français débarquèrent en deux troupes, alors que la mer était à mi-marée, sous le feu de l'ennemi, à La Brèche, lieu-dit de la commune de Colleville. Il était 7h31. L'assaut s'acheva vers llhl5.

 

 

 

Le commando Kieffer : Source : Musée n°4 Commando

 

Dès le premier quart d'heure, 4 officiers avaient été blessés - dont le colonel Dawson et le commandant Kieffer - et 30 hommes tués ou blessés. L'épisode du "casino de Riva-Bella" est resté célèbre : l'ouvrage allemand bâti sur l'ancien casino tirait sans cesse sur les bérets verts. Le médecin-capitaine Lion, le sous-lieutenant Hubert étaient tués. Le commandant Kieffer partit chercher l'appui de blindés récemment débarqués, et revint avec un char qui réduisit au silence la position ennemie avant qu'elle ne soit nettoyée par les commandos.

 

Vers 12h30. les survivants furent rassemblés pour rejoindre les parachutistes de la 6e Division aéroportée britannique à Bénouville. Ces unités devaient tenir deux ponts et une écluse pour empêcher les Allemands d'envoyer des renforts à l'ouest de l'Orne. Dans l'après-midi, les commandos franchirent l'Orne au pont de Bénouville ("Pegasus Bridge"), pour prendre position vers 20h à Amfréville. Dans les jours suivants se déroulèrent patrouilles et combats d'avant-postes, des contre-attaques ennemies étant repoussées les 9 et 10 juin. Evacué en Angleterre, Kieffer revint le 14 juillet avec quelques renforts sur le théâtre des combats où le général Montgomery le décora de la Military Cross. Les commandos français se battirent ensuite au bois de Bavent dominant la Dives. Le 24 août, ils libéraient Pont-L'Évêque. Leur campagne de Normandie dura 83 jours d'actions continues face à l'ennemi. Sur les 117 hommes ayant débarqué, 24 reviendront indemnes.

 

 

 

Les Forces navales françaises


L'opération Neptune fut la partie navale d'Overlord et la marine française y participa très activement, incluse dans les Forces navales alliées de l'amiral Ramsay.

 

La Combattante un navire de légende qui porte bien son nom - Photo ECPAD

 

Le 6 juin, outre les fusiliers-marins commandos, les Free French Forces disposaient à Juno Beach du contre-torpilleur La Combattante qui tirait sur batteries et blockhaus de Courseulles tandis que la frégate La Découverte et la corvette Commandant-d'Estienne-d'Orves escortaient des convois de troupes canadiens. Au large des plages Gold, la frégate La Surprise protégeait les opérations anglaises. Face à Utah Beach, les deux corvettes L'Aconit et La Renoncule surveillaient la venue d'éventuels sous-marins ennemis. A Omaha (secteur de Vierville, Saint-Laurent, Colleville), les frégates Escarmouche. Aventure et la corvette Roselys accompagnaient les convois américains du 5e corps d'armée U.S. Très loin dans la Manche, huit vedettes rapides françaises de la 23e flotille patrouillaient sans relâche. Venus le 3 juin d'un port irlandais, les deux croiseurs de 7 500 tonnes, Georges-Leygues et Montcalm, avec leur ravitailleur de 10 000 tonnes, le croiseur Duquesne, étaient aux ordres de l'amiral Jaujard. Ils participèrent au bombardement des défenses de la zone Omaha en tirant plusieurs milliers d'obus en quatre jours. Puis ils se retirèrent de l'action le 16 juin.

 

Les corvettes et frégates accomplirent d'incessantes navettes entre les ports anglais et la côte française, veillant sur les chalands de débarquement, les cargos remplis de soldats et de matériel, à l'aller, et au retour sur des bateaux de blessés et évacués, intervenant contre les menaces ennemies, surtout les vedettes, torpilleurs, sous-marins, mines flottantes. Un autre bâtiment participa indirectement au débarquement : le 9 juin, le vieux cuirassé Courbet, désarmé, fut sabordé, comme d'autres navires, au large d'Hermanville pour servir de brise-lames.

 

 

Les Forces aériennes françaises

 

 

Blenheim du groupe-Lorraine. Source : Musée de l'Ordre de la Libération

 

 

 Douglas A-20 Boston des Forces Aériennes Françaises Libres.

 


Elles intervinrent efficacement, remplissant toutes leurs missions. Ainsi le groupe de bombardiers légers Lorraine 1/20 put tendre un rideau fumigène pour gêner les défenseurs allemands d'Omaha Beach. Les bombardiers lourds des groupes Touraine, Tunisie, les escadrilles de chasse Alsace. Ile-de-France, Cigognes, Berry, menèrent à bien leurs attaques dans le cadre de celles des forces alliées du maréchal de l'Air. Leigh-Mallory. Les aviateurs français comptèrent parmi les premiers morts du « Jour J » : parti à l'aube avec le groupe Lorraine, le « Boston » de l'équipage Boissieux-Canut-Henson ne rentra jamais de mission.

 

 

Les S.A.S.


Le débarquement en Normandie a polarisé l'attention sur ses acteurs, mais d'autres Français étaient déjà à l'?uvre. Dans la nuit du 5 au 6 juin, deux groupes du 2e régiment de chasseurs parachutistes que commandait le colonel Bourgoin, incorporés aux S.A.S. (Spécial Airborne Service), furent lâchés au-dessus de la Bretagne avec comme mission de constituer des bases pour de futurs parachutages et d'exécuter des sabotages afin d'empêcher que des renforts allemands gagnent la Normandie. Les hommes des lieutenants Botella et Deschamps allaient ainsi installer une base dans la forêt de Duault, au sud de Guingamp (opération Samwest).

 

 

 

Photos du peloton Simon 4e SAS. Source : Collection privée Michel Le Noac'h

 

 

Le groupe des capitaines Marienne et Desplante, largué au-dessus de la forêt de Saint-Marcel (opération Dixon), fut repéré peu après son arrivée au sol. Le caporal Bouëtard, blessé, fut achevé par un Ukrainien de l'armée allemande : il fut le premier Français tué dans les combats de la libération. Ce groupe réussit toutefois à s'échapper. Il allait créer un point de ralliement où convergèrent les chefs de la résistance bretonne. D'autres «sticks» de 3 à 5 hommes sautèrent dans la nuit du 6 au 7 juin, puis les 9 et 17 juin. Peu à peu, l'arrivée de nombreux maquisards et les ravitaillements opérés par les avions anglais permirent de lancer des opérations de guérilla. Les Allemands attaqueront le secteur de Duault les 11 et 12 juin ; résistants et parachutistes repousseront l'assaut avant d'évacuer la base. Celle de saint-Marcel sera détruite le 18 juin, après de violents combats. La répression féroce qui suivit et la dispersion des parachutistes, maquisards et F.F.I., allaient reporter de plusieurs semaines la lutte ouverte. Le capitaine Marienne sera tué le 13 juillet par un Français au service de la Gestapo.

 

 

L'arrivée du général de Gaulle


Du fait de ses relations tendues avec le président américain Roosevelt, le général de Gaulle ne fut prévenu que l'avant-veille de la date du débarquement. C'est le 14 juin 1944 qu'il allait fouler de nouveau le sol de France en débarquant sur une plage aux limites de Courseulles et de Graye-sur-Mer.

 

 

Le général de Gaulle à Courseulles. Source : Photo Mémorial de Caen

 

 

Le contre-torpilleur La Combattante avait appareillé de Portsmouth à 8h15 et, à 12h30. le bâtiment arrivait devant Juno Beach où un véhicule amphibie déposait une heure plus tard le chef de la France Libre, suivi d'un groupe de 14 personnes dont les généraux Koenig et Béthouart (commandant les F.F.I., chef d'état-major des Forces françaises combattantes), l'amiral d'Argenlieu (commandant les F.N.F.L.), François Coulet, futur commissaire régional de la République, le colonel de Chevigné, délégué militaire du gouvernement provisoire.

 

En jeep, de Gaulle fut emmené au Q.G. du général Montgomery, chef suprême des Forces terrestres (1e armée américaine et 2e armée britannique) au château de Creullet. à Creully. L'entretien eut lieu entre les deux généraux de 14hl5 à 15h puis de Gaulle se rendit à Bayeux où l'accueil de la population légitima son action. Son discours, tout comme ceux qu'il prononcera à Isigny, marqua sa volonté politique. Il rembarquait le soir même à Courseulles, laissant derrière lui les hommes qui prendront en main l'administration. Le même jour, sur le front de Caen, les survivants du 1er bataillon de fusiliers-marins tenaient un secteur sensible, de Caen à Amfréville. Près de quatre ans après l'Armistice de juin 1940, le sol national retrouvait des Français libres.

 

 

Premier discours du général De Gaiulle à Bayeux, le 14 juin 1944. Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA

 

 

 

sites internet externes :

Site du mémorial de Caen

Musée de la Paix     

Site du Musée Mémorial d'Omaha Beach
    
Normandie44 la mémoire   

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

La Résistance en Bigorre (65)

Le 22 juin 1940, un armistice met un terme aux combats...

 

L'armée française a résisté, en vain, à la Blitzkrieg : l'armée du Nord est encerclée autour de Dunkerque, la ligne Maginot contournée. Le 14 juin, l'armée allemande entre dans Paris ; le 22, dans La Rochelle et Lyon.

Le gouvernement Reynaud démissionne, déléguant ses pouvoirs au Maréchal Pétain. Ce dernier installe le pouvoir à Vichy, en zone libre, alors que la Wehrmacht occupe le nord du pays et le littoral atlantique. Les réfugiés affluent : Tarbes doit accueillir 90 000 personnes, dont 21 000 "franciliens", en juillet 1940.

Pendant ce temps, le général de Gaulle, continue le combat depuis Londres, appelant les Français à poursuivre la lutte : la Résistance est née.

 

André Fourcade - Fondateur de Libération dans les Hautes-Pyrénées - Commissaire de la République à Limoges - Fusillé le 27 août 1944. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 

 

Pierre Dumas - Fondateur de Combat dans les Hautes-Pyrénées. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 

 

Ses premières manifestations, au niveau national, sont la création spontanée de réseaux de renseignement et de filières de passage.

Les mouvements de résistance se structurent peu à peu. Refuge et zone de regroupement stratégique, le relief favorise le développement des maquis :

  • dans l'armée d'armistice, tel le lieutenant Ceroni
  • au sein de l'action syndicale, devenue illégale, se forme la section locale de "Libération" (Fourcade, Le Goff, Nolibos)
  • dans l'administration et les services publics (les préfets Gonzalve et Le Gentil)
  • chez les Anciens Combattants de 1914-1918, réagissant au programme de collaboration d'Etat (entrevue de Montoire, octobre 1940) et à leur manipulation, comme Pierre Cohou
  • chez les cheminots, qui écrivent les pages de la "bataille du rail" lors des combats au dépôt de Tarbes, aux gares de Lannemezan, de Lourdes, etc.
  • dans la presse où des journalistes comme Pierre Dumas ou Pierre Bertrand prennent position dans la Petite Gironde.

 

Les réseaux, formations nationales, locales ou directement issues des états-major anglais (Intelligence Service) ou français (2e Bureau et B.C.R.A.) exercent une activité de renseignement (militaire ou politique), organisent les passages de la frontière, préparent et réceptionnent les parachutages, mènent des actions de sabotage. Le réseau "Edouard" est créé par les Britanniques dès juillet 1940. L'animateur de ce réseau est le restaurateur Gaston Hèches. Filiale du Special Operation Executive (S.O.E.), le réseau "Action", dirigé par Charles Rechenmann, dépend directement de celui du major Buckmaster. D'autres formations liées au S.O.E. sont constituées : les réseaux "Hilaire", "Whelwright", "Polonais", "Alliès" à Lourdes, "Meccano" à Tarbes et Lourdes, "Kasanga-Bigorre", lié au mouvement "Combat" à Tarbes créé par Jean Cénac (Pailhé) en mai 1942, "Alliance" monté à l'instigation du capitaine Doué à Lourdes en novembre 1942, "Andalousie", émanation du B.C.R.A., dans le secteur de Lourdes/Argelès, commandé par le colonel Bistos, etc.

 

Sabotage d'un train allemand (rampe de Capvern) Juin 1944. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 


Les mouvements de Résistance reflètent le caractère national de la contre-propagande. "Combat", formé en zone occupée par Henry Frenay dès 1941, est structuré au niveau départemental par Pierre Dumas. Avec Pierre Teitgen, il organise la publication et la diffusion des journaux clandestins. Le mouvement comptera dans ses rangs des personnalités locales : Sahuc, Mercier, Cénac, Charier, Sajous, Moreau, Lafon-Puyo, Gachies.

Le groupe vient en aide aux clandestins et mène quelques actions de guérilla, plastiquant, en août 1942, le Bureau de la Main d'oeuvre pour l'Allemagne à Bagnères-de-Bigorre. Le mouvement des Franc-Tireurs-Partisans-Français (F.T.P.F.), mis hors la loi dès septembre 1939, poursuivi par le gouvernement de Pétain, rassemble nombre de communistes et de syndicalistes ainsi que de rescapés de l'Armée Républicaine espagnole, les "Guérilleros". Il est organisé en petites cellules indépendantes. En novembre 1942, sont créés les F.T.P.F. en zone sud, alors que l'armée allemande vient de franchir la ligne de démarcation. Ses cellules intègrent les Mouvements Unis de la Résistance en 1943. Jean Toujas, Bordedebat, Serra, Briard, Chastellain animent le combat des F.T.P.F dans les Hautes-Pyrénées. Ils diffusent le journal L'Humanité clandestine et prennent en charges les résistants recherchés par la police et les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Se constituent alors les maquis de Nistos-Esparros et de Soulagnets, les groupes de Marquis, Torres et Dhugues. Les F.T.P.F. occupent le secteur de Bagnères dès le 10 juin 1944 et participent à la libération de Lourdes (19 août 1944).

 

En gare de Tarbes, le 10 juin 1943, un train de Requis pour le S.T.O. Les patriotes du groupe Fer ont marqué leur désapprobation. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 



L'Organisation Métropolitaine de l'Armée (O.M.A.), Organisation de la Résistance de l'Armée (O.R.A.) à partir de 1944, composée de cadres, d'officiers et sous officiers de l'Armée d'armistice ainsi que le groupement sud-ouest du Corps Franc Pommiès (officier du 18e régiment d'infanterie), témoignent de l'engagement militaire dans la lutte contre le Reich et ses alliés.

 

Sabotage de l'Usine Hispano à Soues, le 15 Avril 1944 - Commando Pottier (C.F.P. - A.S. - F.T.P.F. Source : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre.

 



Bien implantés à tous les niveaux de l'administration, ses membres collectent des renseignements sur la production des usines, les transports de matériel de troupes, le ravitaillement. Ils coordonnent les parachutages, conduisent des actions de sabotage : un commando, composé de F.T.P.F., de membres de l'A.S. et de C.F.P. (Corps Franc Pommiès), met fin à l'activité de l'usine Hispano le 15 avril 1944.



Les Mouvements Unis de la Résistance (M.U.R.), formés par Jean Moulin en janvier 1943 afin de regrouper et d'unir sous un même commandement les organisations nationales "Libération", "Franc-Tireur" et "Combat", se mettent en place à partir de juillet 1943. La direction régionale est confiée à Verdier (Forain) ; Marcel Le Goff et Pierre Cohou assurent cette fonction au niveau départemental.

 

Le 20 août 1944, le département des Hautes-Pyrénées est libéré. Les 150 actions de guérilla menées entre juillet 1942 et août 1944 auront coûté la vie à 205 résistants auxquels viennent se joindre les 527 internés et déportés pour actes de résistance, opinions politiques ou juifs. Les représailles allemandes sur les populations civiles auront fait 78 morts et 50 blessés dans les trois derniers mois.

 

 

Sources : Résistance en Bigorre, Bagnères-de-Bigorre, 1989 - http://www.cg65.fr

Aux origines de la France Libre

L'Appel du 18 juin

 

Le 10 mai 1940, les troupes allemandes pénètrent aux Pays-Bas et en Belgique. Les troupes françaises et anglaises interviennent en renfort sur la ligne Dyle-Breda. Mais en vain. Le 13 mai, les blindés du général Guderian, appuyés par la Luftwaffe, foncent sur Sedan et opèrent une brèche dans les Ardennes, point faible du dispositif de défense Maginot.

 

 

Ardennes, passage de la Meuse par des éléments de la 10e Panzer-Division. (15 - 20 mai 1940). Source : ECPAD

 



La Wehrmacht effectue un mouvement d'encerclement vers l'ouest, séparant les forces alliées du nord engagées en Belgique de celles du sud. Les Pays-Bas capitulent le 15 mai. Le 27 mai, Léopold III de Belgique capitule, alors que les troupes britanniques et françaises sont prises au piège au nord d'une ligne Boulogne-Sedan.

 

La poche de résistance rétrécit de jour en jour au point de se concentrer sur le port de Dunkerque, seule échappatoire vers l'Angleterre pour 340 000 soldats, au moment même où les dernières contre-attaques françaises au sud d'Abbeville, entre le 28 et le 31 mai, auxquelles participe le colonel de Gaulle, s'essoufflent face à l'avancée allemande.

Du 5 au 12 juin, les combats font rage sur la Somme et l'Aisne. L'armée allemande commence son offensive vers Paris alors que l'armée française, commandée par le général Weygand, tente de limiter l'avancée ennemie, tels les hommes du général de Lattre de Tassigny à Rethel (Ardennes). Cependant, la Luftwaffe domine les airs et disloque la ligne de défense "Weygand". L'Italie de Mussolini saisit l'occasion pour déclarer la guerre aux Alliés le 10 juin. Le 12 juin, c'est l'effondrement.

 

Juin 1940. Défilé des troupes allemandes à Paris.
Source : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive) Auteur : Heinz Fremke

 



L'exode commence pour huit millions de civils, ce flux venant s'ajouter à la débâcle de l'armée française.

Paris, déclarée ville ouverte, découvre l'avant-garde allemande le 14 juin. Le gouvernement de Paul Reynaud se replie sur Bordeaux le lendemain, déterminé à poursuivre la lutte.

 

Promu général de brigade à titre temporaire, le 1er juin 1940, Charles de Gaulle, connu des milieux politiques pour avoir exercé les fonctions de secrétaire général de défense entre 1932 et 1937, est nommé quelques jours plus tard sous-secrétaire d'Etat à la défense nationale. Il est alors mandaté par le président du conseil pour rencontrer le Premier Ministre britannique Winston Churchill afin d'organiser la poursuite de la lutte. Ce dernier s'est en effet laissé convaincre par Jean Monnet de réaliser une fusion instantanée des gouvernements français et britannique. Cette alliance vise à rendre les deux pays solidaires face à l'Allemagne et à écarter les risques d'une tractation directe entre les deux puissances.

 

De retour de mission le 16 au soir avec le texte du traité de l'union franco-britannique, de Gaulle apprend la nouvelle de la démission du gouvernement Reynaud et décide de repartir en Angleterre. Le 17 juin, à midi, la voix du nouveau chef de gouvernement, Philippe Pétain, retentit sur les ondes :

 

 

Portrait du maréchal Pétain. Source : SHD

 


"Français! A l'appel de M. le président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l'affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par sa magnifique résistance elle a rempli son devoir vis-à-vis de nos Alliés, sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.

Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités. Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie".

 

 

 


Le général de Gaulle, accompagné de son aide de camp, le lieutenant Geoffroy de Courcel, parvient à Londres dans la matinée du 17 juin 1940, et demande à Churchill l'autorisation de s'adresser aux Français sur les ondes. Installé provisoirement au 7-8, Seymour Grove, il y rédige le texte de l'Appel qu'il prononce le lendemain, 18 juin 1940, vers 20 heures, sur les ondes de la B.B.C. Le lendemain, il est rediffusé sur les ondes vers 16 heures. Une version presque intégrale du texte est communiquée par la B.B.C. à la presse française et publiée dans la presse encore libre du sud de la France.

 

 

Article dans la presse française du 19 juin 1940.
Source : http://www.charles-de-gaulle.org

 

 

Le discours se présente comme la réponse à l'allocution de Pétain. Là où le maréchal attribue la déroute française à la supériorité numérique et technique de l'adversaire qu'il croit invincible, de Gaulle affirme que la défaite est due aux mauvais choix de l'état-major .

 

A la compassion et à la sollicitude de Pétain aux malheureux Français et aux héroïques soldats, le général oppose sa confiance dans l'Empire français, dans le soutien de l'Empire britannique et dans la puissance de l'industrie américaine. Enfin, loin de présenter la capitulation d'une France isolée dans le cadre d'une guerre franco-allemande, De Gaulle met en exergue la portée mondiale du conflit, insiste sur l'engament prochain d'autres puissances et appelle les forces vives de la nation à poursuivre la lutte. A ce titre, il emploie par trois fois le mot "ennemi", du latin inimicus, qui désigne étymologiquement une personne qui hait quelqu'un et cherche à lui nuire, alors que le maréchal nomme l'Allemagne de manière plus atténuée par le terme "adversaire", adversarius, référant à la qualité de celui qui s'oppose.



Ainsi, expliquant les causes de la défaite, il fixe les buts du combat, précise les moyens de la victoire, ranime l'espoir et donne un sens à la poursuite de la lutte et à la résistance.

 

 

Le général de Gaulle parle à la radio de Londres.
Source : Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale

 


Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis. Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres.

 

Passants lisant l'appel du général de Gaulle, du 18 juin, placardé sur un mur de Londres. Source : SHD

 



Après l'Appel du 18 juin, dont aucun enregistrement n'a été conservé, le général de Gaulle prononce une nouvelle allocution à la radio de Londres, le 22 juin, dans laquelle il confirme sa détermination à poursuivre le combat et utilise pour la première fois l'expression "France libre".

 

Ce message est reproduit dans la presse et sur les affiches. Il passe à la postérité dans la mémoire collective en lieu et place du premier et marque le début de la résistance française :

 

Le Gouvernement français, après avoir demandé l'armistice, connaît maintenant les conditions dictées par l'ennemi. Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l'air seraient entièrement démobilisées, que nos armes seraient livrées, que le territoire français serait occupé et que le Gouvernement français tomberait sous la dépendance de l'Allemagne et de l'Italie. On peut donc dire que cet armistice serait, non seulement une capitulation, mais encore un asservissement. Or, beaucoup de Français n'acceptent pas la capitulation ni la servitude, pour des raisons qui s'appellent l'honneur, le bons sens, l'intérêt supérieur de la Patrie. Je dis l'honneur ! Car la France s'est engagée à ne déposer les armes que d'accord avec les Alliés. Tant que ses Alliés continuent la guerre, son gouvernement n'a pas le droit de se rendre à l'ennemi. Le Gouvernement polonais, le Gouvernement norvégien, le Gouvernement belge, le Gouvernement hollandais, le Gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir.

Je dis le bon sens ! Car il est absurde de considérer la lutte comme perdue. Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l'esprit d'abandon du Gouvernement pendant ces derniers combats, nous ont fait perdre la bataille de France. Mais il nous reste un vaste Empire, une flotte intacte, beaucoup d'or. Il nous reste des alliés, dont les ressources sont immenses et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l'industrie américaine. Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par 5 000 avions et 6 000 chars peuvent donner, demain, la victoire par 20 000 chars et 20 000 avions. Je dis l'intérêt supérieur de la Patrie ! Car cette guerre n'est pas une guerre franco-allemande qu'une bataille puisse décider. Cette guerre est une guerre mondiale. Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres aujourd'hui le resteront demain, ni si les alliés de l'Allemagne resteront toujours ses alliés. Si les forces de la liberté triomphaient finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d'une France qui se serait soumise à l'ennemi ? L'honneur, le bon sens, l'intérêt de la Patrie, commandent à tous les Français libres de continuer le combat, là où ils seront et comme ils pourront. Il est, par conséquent, nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni, en fait d'éléments militaires français et de capacités françaises de production d'armement, doit être organisé partout où il y en a. Moi, Général de Gaulle, j'entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale. J'invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l'air, j'invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir a moi. J'invite les chefs et les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l'air, où qu'ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi. J'invite tous les Français qui veulent rester libres à m'écouter et à me suivre. Vive la France libre dans l'honneur et dans l'indépendance !



Ce choix se fondait sur des impératifs : L'honneur de la France. La France et la Grande-Bretagne s'étaient engagées à combattre ensemble jusqu'à la victoire et aucun gouvernement français ne pouvait renier la parole donnée. Le bon sens. La défaite de la France n'était pas définitive. Les flottes britanniques et françaises dominaient les mers. La Grande-Bretagne pouvait donc résister aux assauts de l'armée allemande. Les ressources des empires français et britannique étaient intactes. Les États-Unis, avec leur formidable potentiel économique, s'engageaient à aider les Alliés qui poursuivaient la guerre.

 

 

Affiche "À tous les Français" du 3 août 1940. Source : Fondation de la France libre

 



L'intérêt supérieur de la Nation. Pour défendre sa liberté, ses intérêts, son avenir, la France devait se trouver à la fin de la guerre dans le camp des vainqueurs et dès lors prendre une part active à tous les combats.

 

La France libre représentait donc la France en guerre.

 

Quelques semaines plus tard, le 3 août 1940, une affiche signée par le général de Gaulle depuis son quartier général, situé au 4, Carlton Garden à Londres, est placardée dans les rues de la capitale britannique. La situation en France n'est plus celle de juin 1940. Le gouvernement du maréchal Pétain, installé à Vichy, a signé l'armistice, consacrant la défaite de la France, et institué l'État français. Ainsi, s'il reste modéré dans ses propos du 18 juin contre les nouveaux dirigeants français, De Gaulle accuse, ce 3 août, le gouvernement de s'être déshonoré en capitulant et en livrant la France à "la servitude". Il affirme alors le caractère officiel de la France libre, seul véritable gouvernement légitime bientôt reconnu par le gouvernement britannique.

 

Longtemps confondu avec le texte de l'Appel du 18 juin, cet appel s'adresse "À tous les Français", militaires et civils, quelles que soient leur profession, leur origine sociale, et où ils se trouvent.

En ce début d'été 1940, au milieu du chaos, de l'exode, de la défaite, peu nombreux sont les Français qui peuvent entendre ces appels, notamment celui du 18 juin. Encore plus rares sont ceux qui y répondent : quelques soldats et officiers subalternes (Koenig, Leclerc, Massu, noms devenus illustres), un officier supérieur (Monclar), un vice-amiral (Muselier), deux généraux (Catroux et Legentilhomme), deux parlementaires (Pierre Cot et Pierre-Olivier Lapie), des personnalités et des hauts fonctionnaires (le professeur Cassin, André Diethelm, Gaston Palewski) mais aussi des centaines d'hommes et de femmes restés inconnus... Soldats, aviateurs et marins se retrouvent à Londres, en Egypte, à Chypre ou en Palestine pour constituer le noyau des Forces Françaises Libres.

 

Londres, le 14 juillet 1940, le général de Gaulle passe en revue les premiers engagés
volontaires de la France libre. Source : SHDLondres, le 14 juillet 1940, le général de Gaulle passe en revue les premiers engagés
volontaires de la France libre. Source : SHD

 


Ces hommes et ces femmes, traversant la Manche, des territoires, des océans et des colonies pour répondre à l'Appel du général de Gaulle, ont constitué une cohorte de volontaires ayant en commun la croix de Lorraine : les Français libres. D'autres choisirent de mener le combat sur le territoire national occupé au sein de réseaux, de mouvements, ou dans les maquis, ils ont lutté de mille façons : renseignement, sauvetage des pilotes alliés, presse clandestine, aide aux persécutés, sabotages... Tous ont conjugué leurs efforts pour réaliser l'objectif fixé le 18 juin.

 

Pendant cinq longues années, acceptant le sacrifice suprême, ces Français ont levé haut le drapeau tricolore. Ils ont permis au gouvernement provisoire de la République française, présidé par le général de Gaulle, d'incarner la légitimité nationale. Ils ont également permis à la France d'être représentée lors des capitulations allemande et japonaise et de disposer d'un siège parmi les cinq Grands du Conseil permanent de la nouvelle Organisation des Nations Unies. L'engagement de ces combattants demeure pour les générations futures un exemple, une exigence et un devoir. En incarnant l'esprit de Résistance, ils ont donné à la France une voix, une volonté, une espérance.

Depuis la Libération, l'Appel du 18 juin 1940 est commémoré chaque année par les Français libres et les associations de Résistance qui vont se recueillir devant les monuments aux morts et les mémoriaux érigés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à la mémoire des martyrs de la Résistance, au Mont Valérien à Suresnes et dans la plupart des villes françaises.

 

Depuis 2005, l'Appel du 18 juin a été classé par l'Unesco sur la Liste Mémoire du monde, où sont recensés depuis 1997 les documents du patrimoine documentaire d'intérêt universel, en vue d'assurer leur protection. L'inscription, proposée conjointement par l'Institut national de l'audiovisuel (INA, France) et la British Broadcasting Corporation (BBC, Royaume-Uni), concerne quatre documents considérés comme les témoignages clés de l'événement : le manuscrit du texte de l'Appel radiodiffusé du 18 juin, l'enregistrement radiophonique de l'Appel du 22 juin, le manuscrit de l'affiche du 3 août et l'affiche elle-même. Depuis le 10 mars 2006, le 18 juin est institué, par décret, "Journée nationale commémorative de l'appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi" et est désormais inscrit au calendrier des commémorations annuelles.

 

 

Les cérémonies du 18 juin se déroulent au monument du Mont Valérien. Source : MINDEF/SGA/DMPA - Jacques Robert

 

 

sites internet externes :

Site officiel de la Maison natale de Charles de Gaulle

Fondation Charles de Gaulle     

France-Libre

Site du mémorial Charles de Gaulle

Source : MINDEF/SGA/DMPA - Nadine Bonnefoi, Docteur en histoire

La capitulation allemande : réflexions des protagonistes

 

 

Charles de GAULLE (1890-1970)

 

"La guerre est gagnée ! Voici la Victoire ! C'est la victoire des nations unies et c'est la victoire de la France ! ... " J'en fais l'annonce, par la radio, le 8 mai à 3 heures de l'après-midi. A Londres Winston Churchill, à Washington Harry Truman, parlent en même temps que moi. La mission qui me fut inspirée par la détresse de la patrie se trouve, maintenant, accomplie.[...] Par une incroyable fortune, il m'a été donné de conduire la France jusqu'au terme d'un combat où elle risquait tout. La voici vivante, respectée, recouvrant ses terres et son rang, appelée, aux côtés des plus grands, à régler le sort du monde. De quelle lumière se dore le jour qui va finir ! Mais, comme ils sont obscurs les lendemains de la France ! Et voici que, déjà, tout s'abaisse et se relâche. Cette flamme d'ambition nationale, ranimée sous la cendre au souffle de la tempête, comment la maintenir ardente quand le vent sera tombé ? "

 

Charles de GAULLE, Mémoires de guerre, Tome III, Paris, Plon, 1959, pp. 177-178.

 

 

Karl DOENITZ (1881-1980)

 

" Depuis minuit, les armes se sont tues sur tous les fronts... Sur l'ordre du grand-amiral, la Wehrmacht a cessé un combat devenu inutile. Ainsi se termine une lutte titanesque de près de six ans ... Fidèle à son serment, le soldat allemand a accompli, pour son pays, des exploits impérissables. Le peuple l'a soutenu jusqu'au bout, de toutes ses forces et au prix des plus lourds sacrifices. L'Histoire rendra hommage à cette union, jusqu'ici sans précédent, du front et de l'arrière [...] Aussi peut-il, en déposant les armes, conserver une légitime fierté en cette heure, la plus grave de notre histoire, avant de se remettre à travailler, avec courage et confiance, pour que l'Allemagne vive éternellement. Aujourd'hui encore, je juge ces paroles justes. "

 

Karl DOENITZ, 10 ans et 20 jours, Paris, Plon, 1945, pp. 371-372.

 



Winston CHURCHILL (1874-1965) "

 

La capitulation sans condition de nos ennemis provoqua la plus grande manifestation de joie qu'ait enregistrée l'histoire de l'humanité. La Seconde Guerre mondiale avait vraiment été disputée jusqu'à la dernière et cruelle extrémité en Europe. Les vaincus, aussi bien que les vainqueurs, éprouvèrent un soulagement inexprimable. Mais pour nous, Grande-Bretagne et Empire britannique, qui étions les seuls à avoir vécu toute la lutte depuis le premier jour jusqu'au dernier, en y jouant notre existence même, la fin des hostilités prenait une signification beaucoup plus profonde que pour nos très puissants et très vaillants alliés. Las, épuisés, appauvris, mais toujours sans peur et désormais triomphants, nous connûmes un moment qui touchait au sublime. "

 

Winston CHURCHILL, Mémoires sur la 2e guerre mondiale. Triomphe et tragédie, Tome IV, Paris, Plon, 1953, p. 205.

 

 

Dwight D. EISENHOWER (1880-1969)

" Comme beaucoup d'hommes et de femmes qui avaient pris à cette guerre une part aussi physique qu'émotive, je me sentis beaucoup plus épuisé que triomphant à l'annonce de la victoire de l'Europe. Au moment où j'écris ces lignes, vingt ans plus tard, ce sont les jours qui suivirent immédiatement l'armistice de Reims qui sont les plus flous dans ma mémoire et bien moins nets que n'importe quelle période de la Deuxième Guerre mondiale. Je me sentais délivré de mes responsabilités, je n'avais plus, enfin, à décider de la vie et de la mort des autres."

 

Dwight D. EISENHOWER, Celui que je fus. Souvenirs de guerre et de paix, Paris, Tallandier, 1969, p. 329.

 

 

Georgi Konstantinovitch JOUKOV (1896-1974)

 

" Le 9 mai à 0 h 50 prit fin la séance où fut reçue une reddition sans condition de l'Allemagne. Cette séance fut suivie d'une réception très animée (...). Je me souviens que l'on parla beaucoup et avec une grande sincérité du désir qui nous animait de maintenir indestructibles les liens d'amitié entre les pays de la coalition antifasciste. En parlèrent, et les généraux soviétiques et les Américains et les Français et les Anglais, et chacun voulait croire qu'il en serait ainsi [...] Ainsi, la guerre qui avait fait couler tant de sang était terminée. L'Allemagne fasciste et ses alliés étaient définitivement écrasés. Pour le peuple soviétique, la route de la victoire avait été dure. Et maintenant encore tous les hommes honnêtes du monde, pensant aux jours terribles de la Deuxième Guerre mondiale, doivent se souvenir avec un respect d'une compassion profonde de ceux qui luttèrent contre le fascisme et donnèrent leur vie pour libérer l'humanité tout entière de l'esclavage fasciste. "

 

Georgi Konstantinovitch JOUKOV, Mémoires. De Stalingrad à Berlin, 1942-1946, Paris, Fayard, 1970, pp. 392-393.

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

Libération de la poche de la Pointe de Grave

Face à l'avancée alliée à l'été 1944, Hitler ordonne aux secteurs fortifiés de la côte ouest de la France de résister. Au printemps 1945, les armées de libération laissent ainsi à l'arrière des poches littorales de résistance allemande à Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle, sur l'île de Ré, l'île d'Oléron, à Royan et sur la Pointe de Grave. Ce front est défendu par 100 000 hommes à l'abri derrière le puissant dispositif de l'organisation Todt du Mur de l'Atlantique : 1000 blockhaus, 1300 pièces d'artillerie protégés par des mines et des barbelés. Le site de la Pointe de Grave, élément du mur de l'Atlantique dans le secteur de Royan permettant aux Allemands de contrôler l'estuaire de la Gironde en direction de Bordeaux est fortifié dès 1942.

  • Aux avant-postes des lignes de résistance française, un groupe d'infanterie d'alerte vit pendant des semaines au mileur des marais glacés

    Goupe d'infanterie. Source : DMPA/SHD

  • Fusil mitrailleur des F.F.O. en action. Brigade Carnot

    Brigade Carnot. Source : DMPA/SHD

  • Un groupe d'infanterie d'alerte vit pendant des semaines au milieu des marais glacés. Un d'eux guette ceux d'en face jour et nuit.

    Guetteur du groupe d'infanterie d'alerte. Source : DMPA/SHD

  • F.F.I. en progression dans le secteur de la Pointe de Grave (17)

    F.F.I. en progression dans le secteur de la Pointe de Grave (17). Source : DMPA/SHD



Les groupes de résistants, actifs dès cette époque, harcèlent la Wehrmacht. Ils conduisent des actions de sabotages dirigés contre le réseau ferré, les postes de communications, les réserves, etc., des coups de main, des opérations d'évasion et de renseignement des assiégeants.

Le général Edgard de Larminat, nommé par de Gaulle à la tête des forces françaises de l'ouest (FFO) en octobre 1944, dispose de 75 000 hommes et des blindés de la 2e DB de Leclerc, pour mener à terme sa mission de libération du territoire national. Ces troupes sont soutenues par l'aviation et l'artillerie anglo-américaine. "Le général de Larminat avait pris pour premier objectif les positions ennemies à l'embouchure de la Gironde. Sur la rive droite, Royan et ses abords, sur la rive gauche la Pointe de Grave, au large l'île d'Oléron formaient ensemble un système puissant et solidement tenu" (De Gaulle).

Le 14 avril 1945, à 6h35, l'attaque est simultanément déclenchée à la Point de Grave et à Royan. Les chars et l'infanterie, précédés par les artilleurs et les bombardiers, enfoncent les positions allemandes. Si la poche de Royan est réduite le 18 avril, il faut encore quatre jours aux hommes de la brigade de forces françaises de l'intérieur (FFI) "Médoc" du colonel Milleret, aidés par les blindés de la division Leclerc, pour obtenir la capitulation des défenseurs, le 20 avril à 20h30.

A. Freyche, témoigne de l'état sanitaire de l'armée allemande durant ces événements : "L'Allemagne qui, à l'époque, n'avait que peu de vaccinations obligatoires, n'avait pas vacciné ses troupes contre la diphtérie. La garnison qui tenait la "poche" de la Pointe de Grave-le Verdon, était soumise à une effroyable épidémie due au bacille de Klebs-Löffler. Jeune Scout, alors, breveté de la Croix Rouge, j'ai brancardé des soldats allemands que l'on voyait arriver étouffants, la langue sortant de la bouche, à l'hôpital militaire de Talence, ancien Feld-Lazareth, ancien Lycée de Talence, dans la banlieue de Bordeaux. Ces militaires ne devaient, pour beaucoup, leur survie qu'à une trachéotomie d'urgence."

Source : Mindef/SGA/DMPA

Libération de la poche de l'île de Ré

 

Face à l'avancée alliée à l'été 1944, Hitler ordonne aux secteurs fortifiés de la côte ouest de la France de résister.

 

Au printemps 1945, les armées de libération laissent ainsi à l'arrière des poches littorales de résistance allemande à Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire, sur l'Ile de Ré, l'île d'Oléron, à Royan, sur la Pointe de Grave et à La Rochelle.

 

Ce front est défendu par 100 000 hommes à l'abri derrière le puissant dispositif de l'organisation Todt du Mur de l'Atlantique : 1000 blockhaus, 1300 pièces d'artillerie protégés par des mines et des barbelés.

 

A partir de mai 1942, l'Ile de Ré est occupée par la marine allemande. Avec l'île d'Oléron, elle est un bastion avancé du dispositif de défense côtier du Mur de l'Atlantique en Charente-Maritime, et est destinée à protéger la base sous-marine de La Pallice.
 

Bunker de la Wehrmacht sur l'île de Ré. Source : Licence Creative Commons.

 

 

Les troupes allemandes installent leur quartier général à La Couarde. Le Kapitän zur See Oskar Günther assure le commandement militaire de l'île. Il a sous ses ordres 2 300 hommes, répartis en huit formations, composées de marins, de forces terrestres, de personnels au sol de l'armée de l'air et de d'un corps de détection radioélectrique.

 

Les troupes de marines rassemblent le groupe d'artillerie légère de marine n° 686 qui est installé sur l'île depuis fin avril 1942 et qui est formé de 953 marins ; le groupe d'artillerie côtière de marine n°282, constitué en 1940 et dont les 576 hommes protègent en particulier l'accès aux chenaux menant au port de La Pallice ; et le groupe d'artillerie antiaérienne de marine n°812, regroupant 876 soldats, qui assure la couverture aérienne avancée de la base sous-marine. La batterie Karola, commandée par le Kapitänleutnant Günter Meisenburg, et armée au début de l'année 1944 de deux tourelles doubles de 20,3 cm provenant du croiseur Seydlitz, constitue, avec ses quatre pièces d'une portée de 37 km, une véritable forteresse autonome. Elle est le fleuron du dispositif de défense côtier en avant-poste de le base de La Pallice.

 

Une station radioélectrique (2/3 Funkmess-Abteilung) située sur le phare des Baleines et composée de 24 hommes, surveille le secteur et émet des messages optiques. Une compagnie d'infanterie de forteresse (la 5/Festa LXXX) de 200 hommes, cantonnée dans le secteur d'Ars-en-Ré occupe les points d'appuis antichars et antipersonnels. Une compagnie antiaérienne de l'armée de l'air (la 4/gen Flak 195), sise sur la pointe de Sablanceaux, renforce la défense de la base de sous-marins.

 

A partir de janvier 1944, une compagnie italienne, détachée du bataillon San Marco de Bordeaux, et commandée par le capitaine Ascani, vient grossir les rangs des défenseurs allemands.

 





Avec le débarquement anglo-normand, l'activité de la Résistance s'intensifie et s'organise sur l'île de Ré. Le réseau rétais porte le nom de code de "Manipule". Il est placé sous l'autorité de l'officier des équipages à La Flotte, le commandant Marc (Ferdinand Couillaud). L'île est divisée en trois secteurs. Le secteur A (Ars, Saint-Clément, Les Portes) est dirigé par Jean Drillaud d'Ars-en-Ré. Le Secteur B (Saint-Martin, Le Bois Plage, La Couarde et Loix) est placé sous l'autorité de Bernard de La Bigne de Saint-Martin-de-Ré. Le secteur C (Sainte-Marie, La Noue, La Flotte, Rivedoux, Sablanceaux) est confié à Camille Perrain de La Noue. L'action de la Résistance se limite à la recherche de renseignements. Elle établit des contacts avec les soldats russes, polonais et italiens, dont le capitaine Ascani, des positions côtières, qui lui fournissent des informations sur l'état de la défense allemande : armement, effectifs, moral des troupes. Les renseignements sont transmis soit par liaison hertzienne au le détachement de l'armée de l'Atlantique établi à L'Aiguillon, soit par courrier au réseau "Alliance" et au régiment Guitton à La Rochelle.



En mai 1945, alors que les derniers points de résistance allemande cèdent progressivement au prix d'âpres combats, le capitaine de frégate Meyer, négociateur auprès des autorités allemandes de La Rochelle, obtient, en vertu de la convention d'octobre 1944, que l'Ile de Ré se rende en même temps que la Poche.

 

Sur place, pourtant, un incident met en péril les accords. Le 7 mai, en effet, décidé à obtenir par la force la capitulation de l'île, le colonel Schumaker des services secrets de renseignement américain, basé à L'Aiguillon, lance de sa propre initiative une opération commando et débarque à 19h30 à La Flotte. Les chefs du commando se font conduire au quartier général allemand de La Couarde et s'entretiennent avec le Kapitän zur See Oskar Günther. Informé de la situation, le commandement français désavoue l'entreprise et intime l'ordre à l' expédition de rembarquer ; chose faite le lendemain. La libération de l'Ile de Ré est effective le 9 mai 1945. Le 3e bataillon du 4e régiment de zouaves commandé par le chef de bataillon Ardouin est chargé d'occuper l'île et de désarmer les unités allemandes. Ce dernier installe son poste de commandement à la mairie de Saint-Martin-de-Ré, d'où il planifie l'occupation de l'île en trois secteurs, alors qu'il délègue auprès du Kapitän zur See des officiers afin de régler les aspects techniques de la capitulation, signée quelques heures plus tard à la mairie de Saint-Martin-de-Ré.

 

La garnison allemande est regroupée et internée à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, à La Couarde et à Rivedoux.

 

Les compagnies de zouaves secondées par des sections de déminages allemandes nettoient les plages et aident les canonniers-marins à inventorier le matériel militaire des anciens défenseurs. Cette action est continuée par le 1er bataillon du 114e régiment d'infanterie après leur départ, le 21 mai 1945.

 

Sources : BROTHE Eric, CHAZETTE Alain, REBERAC Fabien, Charente-Maritime Vendée 1939-1945, pp. 73-75, 203-205.

Juin 1944 : Plan "Overlord"

Nom de code des opérations de débarquement en Normandie.

C'est le nom de code des opérations de débarquement en Normandie.

 

Début juin 1944, la BBC avertit la Résistance française que le débarquement allié est imminent grâce à ce message codé : "Les sanglots longs des violons de l'automne" (Verlaine - Chanson d'Automne). Le 5 juin, elle annonce l'opération elle-même par la suite de la première stance : "Blessent mon coeur d'une langueur monotone" et donne ainsi le signal à la Résistance de désorganiser immédiatement les voies de communication et les arrières de l'ennemi.

 

5 juin 1944


L'Opération « Neptune » débute à 22 h 00. Formation des cinq forces d'assaut au départ de l'Angleterre en convois (6 939 navires) et traversée de la Manche pour 130 000 hommes dans les couloirs déminés.

Composition : 1 division d'assaut par plage et 2 forces de renfort dites de "suite immédiate" par secteur (U et O pour les Américains, G, J et S pour les Britanniques et les Canadiens).

 

Mustangs P51 modèle D des escadrons de chasse américains. Source : U.S. federal government, libre de droit.

 

 

 

6 juin 1944


Opération de débarquement.

Préparation aérienne (0 h 05) : bombardement des batteries côtières entre le Havre et Cherbourg. Intervention des divisions aéroportées : 82e et 101e américaines : 15 500 hommes, 1 682 avions et 512 planeurs Objectifs : - assurer une tête de pont sur la rive Ouest du Merderet, - Prendre Sainte-Mère-Eglise, Beuzeville, Pont-l'Abbé, - Neutraliser l'espace compris entre l'Orne et la Dives, - S'emparer de la batterie de Merville et des ponts désignés. - 0 h 10 : Parachutage des éclaireurs. - 0 h 20 à 0 h 40 : Opérations "commandos" par les planeurs de la 6e Division aéroportée sur les ponts, dont celui de "Pegasus Bridge", sur l'Orne et sur la batterie de Merville. - 1 h à 2 h 30 : Parachutages par vagues successives des régiments et brigades constituant les divisions américaines et anglaises. - 3 h 20 : Arrivée du matériel lourd et des renforts par planeurs. - 4 h 30 : Prise de Sainte-Mère-Eglise par la 82e Division américaine (505e régiment).

 

 

Bombardement naval

 

- 5 h 50 : Début du "tir d'arrosage" des positions allemandes jusqu'à l'approche des péniches et bateaux de débarquement.

 

L'USS Nevada bombardant des positions allemandes près d'Utah Beach le 6 juin. Source : U.S. federal government, libre de droit.

 

 

Bombardement aérien


- 6 h 00 : Passages des bombardiers lourds et moyens sur les fortifications de la côte normande ( 1 333 bombardiers - 5 316 tonnes de bombes) Arrêt des bombardements 5 minutes avant l'heure H.

 

Débarquement des troupes

 

- 6 h 30 : "Heure H" pour les Américains (Utah et Omaha).

- 7 h 10 : Attaque par le 2e Bataillon de Rangers de la Pointe du Hoc.

- 7 h 30 : "Heure H" pour les Britanniques (Gold et Sword).

- 8 h 00 : "Heure H" pour les Canadiens (Juno). Déferlement par vagues successives des unités d'assaut, de déminage, d'artillerie, etc...

 

 

Objectifs fixés


UTAH : assurer une tête de pont entre Quineville et Sainte-Marie-du Mont. Faire la jonction avec les 82e et 101e divisions aéroportées.

OMAHA : atteindre la ligne Isigny-Trévières-Vaucelles. Neutraliser la batterie de la Pointe du Hoc.

 

Ohama Beach le 6 juin 1944. Source : National Archives USA, libre de droit.

 


GOLD : atteindre la nationale 13 et prendre Bayeux. Faire la jonction avec la 3e division canadienne à l'Est et les troupes américaines à l'Ouest.

JUNO : assurer une tête de pont en profondeur comprenant les hauteurs de Caen et Carpiquet. SWORD : s'emparer de Caen. Faire la jonction avec la 6e Division aéroportée.

 

L'infanterie canadienne débarque sur la plage de Juno Beach et marche en direction de Bernières-sur-Mer, le 6 juin 1944. Source Archives Nationales du Canada.



A la fin du Jour J, les armées alliées ont débarqué plus de 135 000 hommes et constitué des têtes de pont variables en profondeur, le long des côtes normandes. Dans les différents secteurs, les objectifs désignés n'ont pas tous été atteints et la situation reste précaire à Omaha. Certaines positions allemandes résistent, un travail énorme reste à faire pour consolider le front. Les pertes importantes en hommes, dépassant le chiffre de 10 000 (tués, blessés ou disparus), sont cependant inférieures aux prévisions. Le 6 juin 1944 restera à jamais une date mémorable dans l'Histoire de la Libération de la France et de l'Europe.

 

Véhicules et navires alliés au lendemain du débarquement. Source : National Archives USA, libre de droit.

 

 

sites internet externes :

Overlord 44

Dday_overlord

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Août 1944 : le débarquement de Provence

 

 Débarquement et libération

 

 Dès la conférence de Québec (août 1943), un plan américain de débarquement en Provence, complémentaire de celui de Normandie, a été étudié.

 

Lors de la conférence de Téhéran (novembre 1943), Staline s'est montré d'accord avec ce plan dont l'application soulagerait d'autant le front soviétique. Churchill y est opposé, lui préférant la priorité aux opérations déjà engagées en Italie, pour attaquer directement le Reich par le sud. C'est finalement le président Roosevelt qui tranche, en faveur de la solution américaine.

 

Ce sera l'opération Anvil, rebaptisée Dragoon, qui a pour buts de fixer des troupes ennemies, de disposer de ports en eau profonde, de protéger ensuite le flanc droit de l'armée américaine venant de Normandie. La présence des hauts-fonds, la disposition des batteries ennemies, ont déterminé le choix des plages du débarquement.

Le jour J a été fixé au 15 août 1944.

 

Carte du débarquement et bataille de Provence 15-28 août 1944. DR

 

 

Le commandant suprême du théâtre d'opérations méditerranéen est alors le général britannique Wilson. La 7e armée américaine, que commande le général Patch, va constituer le corps expéditionnaire. Elle est composée du 6e corps d'armée (général Truscott) et d'une division aéroportée (général Frederick). Elle comprend également l'armée B placée sous les ordres du général de Lattre de Tassigny, officier déjà auréolé d'une légende de fonceur et d'homme de panache. Pour la suite des événements, de Lattre a aussi un avantage : il a conscience du rôle que peuvent jouer les maquisards.

 

 

Le général de Lattre, le général de Larminat et des officiers d'état-major<br>sur le bateau qui les amène en France. Source : SHD

 

 

 

Un compromis a précisé la situation des troupes françaises : le général Patch les commandera lors de la première phase de l'opération, le général de Lattre en assumera le commandement tactique dès leur engagement. L'armée B regroupe cinq divisions d'infanterie, deux divisions blindées (la lre et la 5e), deux groupements de tabors et plusieurs éléments de réserve non endivisionnés. S'y retrouvent les combattants du corps expéditionnaire qui s'est couvert de gloire en Italie et des soldats fraîchement embarqués en Afrique du Nord : Français de souche, soldats musulmans d'Algérie, de Tunisie, du Maroc, troupes venues d'Afrique Occidentale française, d'Afrique Equatoriale française, etc.

 

600 bateaux de transport, 1 270 péniches, vont faire débarquer cette force terrestre sous la protection de 250 navires de guerre (dont 14 français) constituant la "Naval Western Task Force" de l'amiral américain Hewitt, appuyée par les avions de la "Mediterranean Allied Air Force" (2 000 appareils) du général américain Eaker.

 

 

Août 1944. Débarquement allié sur la Plage de Dramon. Source : Photo Wikipedia libre de droit

 

 

Du côté allemand, les 8 divisions de la XIXe armée, commandée par le général Wiese dont le Q.G. est à Avignon, sont en état d'alerte depuis la deuxième semaine d'août. Ayant réuni au large de la Corse des navires venus en dix convois, pour des raisons stratégiques, de ports aussi éloignés les uns des autres qu'Oran, Naples ou Tarente, la flotte alliée s'est d'abord dirigée vers Gênes pour tromper l'adversaire. Mais, le 14 au soir, elle met le cap sur la côte provençale.

 

Ce même soir, les Forces Françaises de l'Intérieur reçoivent de Londres trois messages dont le dernier, "le chef est affamé", signifie le lancement des opérations.

 

Le 15 août, peu après minuit, la "lst Special Service Force" (colonel Walker) neutralise les batteries des îles d'Hyères, tandis que les commandos d'Afrique (colonel Bouvet) atteignent la côte près du cap Nègre dont ils vont s'emparer.

Le groupe naval d'assaut (commandant Seriot), arrivé à la pointe de l'Esquillon, se heurte aux champs de mines du Trayas. Vers 4 heures du matin, 400 avions larguent au-dessus de la vallée de l'Argens plus de 5 000 parachutistes alliés, tandis que des renforts et du matériel arrivent par planeurs (10 000 parachutistes au total seront à pied d'oeuvre à la fin de la journée).

 

 

 

 

Au cours du débarquement de Provence, ces troupes furent parachutées derrière les lignes allemandes, dans le sud de la France. Source : SHD

 

 

Avec l'aide des résistants locaux, ils vont verrouiller les voies d'accès aux zones de débarquement. A l'aube, un terrible bombardement aérien et naval s'abat sur la côte, écrasant les positions allemandes tenues par la 242e division du général Basler.

 

A 8 heures du matin, les vagues d'assaut américaines des 3e DIUS (général O'Daniel), 36e DIUS (général Dahlquist) et 45e DIUS (général Eagles) s'élancent des péniches de débarquement pour prendre pied, entre Cavalaire et Saint-Raphaël, sur les plages aux noms de code respectifs d'Alpha, de Camel et de Delta.

 

 

Les péniches de débarquement. Source : SHD

 



Parmi ces soldats se trouvent les Français du Combat Command 1 (CC1 ) du général Sudre. Au soir du 15 août, deux têtes de pont sont assurées de part et d'autre de Fréjus. Sur près de 100 000 hommes débarqués, on compte un millier de tués et disparus dans les rangs alliés. Le lendemain, le gros de l'armée B débarque : la 1re DFL à Cavalaire, la 3e DIA à la Foux... Le 17 août, de Lattre installe son PC à Cogolin.

 

                                

15 aout 1944. Débarquement des troupes franco-alliées sur la plage de Sainte-Maxime,                           

dans le sud de la France, à 56 kms de Cannes. Source : SHD La 5ème D.B. en vue des côtes

françaises de Provence. Source : SHD

La 5ème D.B. en vue des côtes françaises de Provence. Source : SHD

 

 

La stratégie a été fixée : les troupes américaines avanceront par la haute Provence vers l'Isère et la vallée du Rhône. Les Français prendront les ports de Toulon et de Marseille.

 

 



Débarquement des troupes alliées dans le sud de la France. Une unité de débarquement chargée de véhicules et de soldats approche d'une plage, à l'est de Toulon. Source : SHD

 

 

Le 17 août, en effet, Hitler a donné l'ordre à la XIXe armée allemande de remonter vers le nord : seules les divisions stationnées dans les deux grands ports devront résister à tout prix. La 11e Panzer division, partie le 13 août de la région de Toulouse pour initialement se porter au devant des troupes débarquées, sera harcelée par les maquisards de l'Hérault et du Gard, attaquée par l'aviation américaine, et, durement éprouvée, remontera vers le nord sans avoir accompli sa mission.

 

Le 18 août, la zone occupée par les Alliés atteint 30 km de profondeur. La veille, 130 B26 ont à nouveau bombardé les défenses côtières. La 3e DIUS entre dans Cuers, Castellane... Les Américains poursuivront désormais leur route vers la Durance. Une partie de la "1st Spécial Service Force", aux côtés des FFI, refoulera d'autres unités allemandes vers les Alpes en libérant les villes de la Côte d'Azur. De Lattre veut aller vite : il faut déborder l'ennemi sans lui laisser le temps d'assurer ses positions. Mais la logistique doit aussi être prise en compte : sur les côtes, les navires débitent lentement hommes et matériels. Il décide que le rassemblement se fera en avant, les unités étant envoyées vers la zone des combats au fur et à mesure de leur arrivée.



La lre DFL (général Brosset), qui prendra Hyères, progressera par la côte et la 9e DIC (général Magnan) manoeuvrera par la montagne. La 3e DIA (général de Monsabert) prendra Toulon à revers et avancera vers Marseille. Les opérations seront soutenues par l'artillerie des navires.

 

A Toulon, la garnison allemande s'est renforcée de la 242e division, repliée dans le port : au total, près de 25 000 hommes sous le commandement de l'amiral Ruhfus, commandant de la Kriegsmarine en Provence. Du côté allié, de Lattre ne dispose alors que d'environ 16 000 hommes. Le 19 août, le 3e RTA (colonel de Linarès) est aux abords de la ville. La 9e DIC est progressivement engagée sur un axe Pierrefeu-Toulon, appuyée par des éléments de la 1re DB (général du Vigier).

 

Ce même jour, après avoir pris d'assaut la batterie de Maurannes, les commandos d'Afrique s'emparent du Coudon ; les jours suivants, c'est au tour du bataillon de choc (colonel Gambiez) d'enlever le Faron, ces deux forts dominant la rade de Toulon. Les 22 et 23 août, la 9e DIC et la lre DFL combattent dans la ville : "Marsouins", Algériens, Sénégalais, Français Libres, rivalisent de courage pour progresser.

 

 

Libération de Toulon. Une toulonnaise, vibrante de joie, signale au conducteur français du char d'écraser l'emblème à croix gammée. Source : SHD

 


La garnison allemande se réfugie dans la presqu'île de Saint-Mandrier que défend une batterie de 340 : elle y résistera jusqu'au 28 août, alors qu'un défilé victorieux s'est déjà déroulé la veille dans la ville en liesse.

 

 

Libération de Toulon. Le défilé des F.F.I. A droite : M. Diethelm, le général de Lattre et le général Cochet. Source : SHD

 

 


De Lattre a prévu l'attaque sur Marseille dès la prise de Toulon, espérée aux alentours des 22-23 août. Mais les combats se poursuivant dans cette dernière ville, il faut brusquer les événements. Le général de Monsabert décide de surprendre l'ennemi. Le 21 août, l'insurrection a éclaté dans Marseille : les FFI affrontent les troupes allemandes.

 

 

Les combattants des FFI pendant la libération de Marseille. Source : SHD

 

 

Le 22 août, le 7e RTA est au Plan de L'Aigle, tandis que le GTM du colonel Le Blanc ferme la route d'Aix. Aubagne, Géménos, ont été le cadre de violents accrochages. Les Tabors du général Guillaume encerclent Marseille. Le 23, le 7e RTA et les résistants lancent les combats dans la ville insurgée. Une tentative de pourparlers avec le commandement allemand n'aboutit pas. Le 25 août, 3e et 7e RTA, CCI, FFI, avancent vers Notre-Dame de la Garde.

 

 

Libération de Marseille. Eléments du 3e R.T.A. acclamés par la population marseillaise. Source : SHD

 



Les pertes sont sévères, mais les points d'appuis ennemis tombent peu à peu. Le 27 août, le 1er Tabor marocain s'empare du fort Saint-Nicolas.

 

 

Libération de Marseille. Progression des goumiers marocains à Marseille. Source : SHD

 



Le 28, le général de Monsabert reçoit du général Schaeffer, commandant la 244e division allemande, l'acte de capitulation.

 

Ce même jour, à Toulon, l'amiral Ruhfus se rend au commandant de la 9e DIC. La capture des deux grands ports s'est faite avec un mois d'avance sur les prévisions. Marseille et Toulon vont jouer, jusqu'à la victoire, un rôle précieux pour le ravitaillement des armées alliées : plus de 900 000 hommes, 4 millions de tonnes de matériel, y transiteront.

 

Parallèlement, dans l'arrière-pays, les forces de la Résistance ont pris l'offensive : par des sabotages, des actions de guérilla, les maquisards harcèlent la retraite ennemie. Les Français vont pouvoir rejoindre les Américains et entamer la poursuite de la XIXe armée allemande : dès le 15 août, des éléments de la lre DB ont atteint Avignon.

 

 

Libération d'Avignon. La foule s'amasse dans l'attente des libérateurs. Source : SHD

 

 



Le 28 août, de Lattre envoie un télégramme au général de Gaulle : "... aujourd'hui J+13, dans le secteur de mon armée, il ne reste plus un Allemand autre que mort ou captif". La Provence est libérée.

 

 

Aout 1944. Libération de Marseille. Le maréchal de Lattre salue les combattants. Source : SHD

 


Entre le 5 et le 25 septembre, la deuxième vague de l'armée française aux ordres du général Béthouart (2e DIM, 5e DB, etc.) débarque à son tour et va rejoindre les unités de la première vague. Dans les Alpes-Maritimes, Américains et Résistants poursuivront les combats durant l'automne. Après de durs affrontements dans le massif de l'Authion, la lre DFL réduira les dernières poches ennemies (Saorge, Fontan...) en avril 1945.

 

De ces événements, il ne reste souvent que la mémoire, matérialisée par les plaques et les monuments qui, de Villecroze à Cogolin, d'Allauch au Thoron, rappellent aux yeux de tous les actions d'éclat ou les fusillades, les victimes civiles et militaires. Le promeneur retrouvera aussi le souvenir du débarquement dans les vestiges des fortifications qui ponctuent la côte. Il pourra aussi se rendre au mémorial du Mont-Faron, inauguré le 15 août 1964 par le général de Gaulle, Président de la République. Sur deux niveaux sont présentés l'historique des combats, grâce à l'audio-visuel et aux expositions, des objets ainsi que des documents personnels ayant appartenu aux protagonistes.

 

Le mémorial du Mont Faron. Source : Photo Jean-Noël Liabeuf

 

 

Les cimetières nationaux :


Trois cimetières nationaux ont recueilli les corps des militaires de l'armée française tombés au cours de la bataille de Provence. A l'issu des combats d'août 1944, les morts furent enterrés sur place ou inhumés dans les cimetières communaux de divers villages et villes de Provence. Au Rayol-Canadel (Var), les membres du commando Texier tombés lors de l'assaut du Cap Nègre furent inhumés dans un terrain aménagé dès 1946 en petit cimetière.

 

Celui-ci étant susceptible d'être supprimé, le maire de la commune, M. Gola, et le général Bouvet, ancien chef des Commandos d'Afrique, intervinrent auprès de M. Jacquinot, ministre des Anciens Combattants, qui décida, en août 1950, de maintenir sur place les tombes et d'en faire ultérieurement un cimetière national. Cinq tombes in memoriam évoquent les soldats du commando dont les corps ont été restitués aux familles.

 



Dès 1955, un vaste projet de regroupement des corps des militaires tués dans le Midi de la France en 1939-1945 fut étudié. Parallèlement, le général Koenig demandait la réalisation d'un cimetière commémorant le débarquement de Provence. La création fut décidée en mars 1960, M. Triboulet, ministre des Anciens Combattants acceptant le don de la municipalité de Saint-Raphaël d'un terrain à Boulouris. Les travaux se déroulèrent en 1962 et 1963. En mars 1964 commencèrent les opérations de regroupement de 464 corps exhumés de cimetières communaux du Var : Draguignan, Toulon, Hyères, Solliès-Pont, etc.

 

Le 15 août 1964, jour du 20e anniversaire du débarquement, le général de Gaulle, Président de la République, inaugura le cimetière national. En 1957, le choix d'un grand cimetière national du Sud-Est de la France s'était arrêté sur le site de Luynes à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Les travaux commencèrent en 1965, visant à regrouper les corps de militaires décédés au cours des deux guerres mondiales et inhumés dans des cimetières communaux. Les opérations s'étalèrent en 1967 et 1968 sur 9 départements : Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard, Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Var, Alpes de Haute-Provence, Alpes-Maritimes.

 

Les corps réclamés par les familles furent restitués tandis que les autres, 11 424 dont 3 077 de la guerre 1939-1945, étaient réinhumés à Luynes. Le ministre des Anciens Combattants, M. Duvillard, inaugura le nouveau cimetière le 27 septembre 1969. A Luynes et à Boulouris, chaque sépulture est marquée par un pupitre en béton blanc grésé, pourvu d'une plaque individuelle et gravé d'un symbole confessionnel selon les cultes.

 

Ces trois cimetières sont entretenus à perpétuité aux frais de l'Etat.

 

 

site internet externe : Office de tourisme de Toulon

Source : MINDEF/SGA/DMPA

La guerre 39-45 dans le Nord

Les contrées du Nord de la France ont vu se succéder trois types d'événements qui ont meurtri tant les terres que les hommes de ce pays :

 

- Les combats de mai-juin 1940,

- Les actes de résistance, plus précoces que dans le reste de la France,

- Les constitutions d'ouvrages intéressant le Mur de l'Atlantique.

 

Nord de la France - Mur de l'Atlantique, bunkers. Source : German Federal Archive (Deutsches Bundesarchiv)

 


 

Dès le 13 mai, la 7ème Panzer d'Erwin Rommel réussit sa percée du front. Le 16, Avesnes et Maubeuge sont atteintes, tandis qu'en provenance de la Meuse, la 6ème Panzer se trouve le même jour entre Vervins et Laon. Dans la région de Sedan - Charleville, les blindés de Guderian passent en force et s'ouvrent les couloirs de la Sambre et de l'Oise. Les Néerlandais ayant déposé les armes le 15 mai, les Allemands étant aussi sur l'Aisne le 16 mai, les forces françaises et alliées en Belgique étaient menacées par le mouvement tournant qui s'opérait alors depuis le sud-est vers le nord-ouest. Péronne, Cambrai puis Abbeville tombent.

 

Heinz Guderian. Source : German Federal Archive (Deutsches Bundesarchiv)

 



La contre-attaque alliée entre Cambrai et Arras se solde par un échec. La retraite vers la mer du Nord se précise. Les batailles acharnées à Valenciennes, Lille et les communes environnantes , à Haubourdin, Phalempin, Loos, Lambersart ne retardent que faiblement l'ennemi. Le repli vers Dunkerque s'opère inéluctablement, Lille et Boulogne étant perdues. Dans ces conditions, l'armée Belge enserrée capitule le 28 mai, jour même du massacre des troupes Britanniques par les Allemands à Lestrem. C'est alors le temps fort de l'opération Dynamo, dont le but était de permettre le sauvetage par rembarquement des Britanniques et de l'armée française du Nord.



Dynamo a été décidée le 19 mai et s'est déroulée, après un arrêt momentané des chars allemands du 24 au 26 mai, du 26 mai au 4 juin. La retraite se déroule le long de la côte pour les villages des Flandres des environs de Gravelines, Bourbourg, Bergues et Dunkerque. A Gravelines, devant le pont mobile Vauban, fermé par les Alliés, les réfugiés Belges sont pris entre deux feux le 24 mai. A Esquelbecq le 28 mai, des Waffen S.S. assassinent les prisonniers Britanniques qui leur ont vaillamment résisté avant de se rendre. A Bergues, les Britanniques jusqu'au 1er juin et les Français jusqu'au 2 juin, tiennent sous les bombardements. A Zuydcoote au Sanatorium, on soigna des milliers de soldats alliés en pleine bataille jusqu'au 4 juin. Le fort des Dunes tout proche, fortification à la Séré de Rivières, vit le 2 juin la mort de l'intrépide Général Janssen. Plus près de Dunkerque, ce fut sur la digue de Malo que de petites embarcations, les "little ships", assurèrent l'embarquement des soldats sur les navires restés plus au large. Le 4 juin, peu avant l'aube les derniers embarquements ont lieu. Le même jour, dans Dunkerque qui n'est plus que ruines, 35 000 soldats français sont faits prisonniers mais près de 340 000 alliés dont 123 000 français ont réussi à être évacués. Ensuite, tout le Nord de la France étant occupé, ce qu'il restera jusqu'en 1944 et même jusqu'au 9 mai 1945 pour Dunkerque, les armées allemandes envahirent le Sud.


Sous l'occupation allemande, le Nord-Pas de Calais fut marqué d'une part par le rattachement au commandement militaire allemand de Bruxelles, d'autre part par le terrible souvenir de l'occupation de la précédente guerre, ravivé par les exactions qui s'étaient notamment produites en mai 1940 à Oignies, Lestrem et Esquelbecq, enfin par la misère et l'exploitation des mines et des mineurs par l'occupant.

 

Dans ce contexte, la Résistance se développa plus vite qu'ailleurs en France, et la mémoire du Bassin Minier et des exécutions dans les forts environnant Lille et dans la citadelle d'Arras doit ici être soulignée. Peu avant la libération, d'autres événements terribles ont lieu, ainsi à Ascq et à Lomme, non loin de Loos, oû stationne un train de sinistre mémoire. De nombreux mémoriaux perpétuent le souvenir des héros et des victimes innocentes.


Pendant l'occupation, l'armée allemande, dont le centre de détection des messages de la Résistance installée à Tourcoing était pourtant efficient, renforça le littoral qu'elle croyait être celui du débarquement en y édifiant un véritable "mur" de l'Atlantique. Plusieurs ouvrages côtiers ou de l'immédiat arrière-pays témoignent aujourd'hui encore de ce que fut l'organisation systématique de cette défense mais aussi des ultimes tentatives hitlériennes de terroriser les Britanniques en faisant bombarder l'Angleterre par des obus de canons géants ou des fusées V1 et V2.

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA territoire Nord

Pierre Chaillet, jésuite atypique

 

Une grande figure de la Résistance

 

Etonnante histoire que celle de ce jésuite, l'une des figures de proue de la Résistance, à la fois professeur, théologien, agent du 5e bureau, fondateur d'un réseau de résistance spirituelle et d'une organisation oecuménique d'aide aux victimes du nazisme, président du Comité des oeuvres sociales de la Résistance, patron de presse, « Juste parmi les Nations » : Pierre Chaillet (1) a été tout cela.

 

C'est à Budapest que Pierre Chaillet apprend la signature de l'armistice. En novembre 1939, le 5e bureau de l'État-major de l'armée l'avait envoyé en Hongrie sous couvert de conférences de propagande française (2). Mais l'appel du général de Gaulle lui donne espoir : "Le cauchemar était dissipé"...

 

Dans les plis du drapeau en berne, passait le chant d'un nouveau départ » (3). Une bataille perdue n'enlevait rien à la justice d'une cause et, aux yeux du jésuite, sa mission devait continuer. Bien décidé à regagner la France, il arrive à Marseille le 28 décembre 1940 après un périple qui l'a conduit d'Istanbul à la Syrie et à Beyrouth, où il embarque sur un bateau envoyé de France. À peine débarqué, il part rendre compte de sa mission à Vichy. Très vite, il quitte la ville muni de nouveaux documents. « Étant recherché par la Gestapo en raison de ses activités en Europe centrale, le sergent Chaillet a reçu l'identité auxiliaire de "Charlier Prosper", sous laquelle il a été démobilisé à Lyon » (4).

 

 

L'itinéraire de Pierre Chaillet

 

Portrait de Pierre Chaillet


 

 

Né dans une famille de fermiers, Pierre Chaillet a été très marqué par ses origines franc-comtoises. Chaque matin, le jeune garçon accompagnait sa mère à la messe avant de se rendre à l'école communale où l'instituteur inculquait à ses élèves un patriotisme ardent, renforcé par l'annexion de l'Alsace-Lorraine toute proche.

 

Quand il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus en 1923, Chaillet a déjà fait plusieurs années d'études aux séminaires de son diocèse. Il est ordonné prêtre en août 1931. Au cours des années 1930, il poursuit sa formation ignatienne, à Alger comme professeur, à Lyon où il enseigne la théologie fondamentale, à l'étranger : Allemagne, Autriche, Europe Centrale, Rome, où il fait sa profession religieuse de jésuite en 1937. Il quitte Rome avec soulagement car, écrit-il, « l'atmosphère fasciste devient de plus en plus irrespirable » (5). Excellent germaniste, il oriente ses recherches vers l'étude de l'école de Tubingen, courant théologique novateur du XIXe siècle, et de son chef Jean-Adam Möehler. Jusqu'à l'entrée en guerre, il se consacre à des travaux sur ce grand ecclésiologue allemand - articles, ouvrage, conférences - . Ses voyages à travers l'Europe centrale et balkanique lui font prendre conscience de la séparation des Églises chrétiennes. De retour à Lyon, il rejoint les pionniers du mouvement oecuménique. Ses nombreux séjours en Allemagne et en Autriche le confirment dans sa prise de conscience des dangers de l'idéologie nazie. En 1946, il écrit : « Je connaissais dès ses débuts le nazisme, et son monstrueux défi... J'avais tenté avant la guerre par des articles et des conférences de troubler la quiétude des aveugles et des ignorants... » (6).

 

 

L'engagement résistant


 

De la colline de Fourvière où il a repris son enseignement, « M. Charlier » descend à Lyon en clergyman, en quête de complicités résistantes. La ville semble assoupie dans le pétainisme ambiant ; mais déjà se cherchent les pionniers de la dissidence. Une tâche s'impose au religieux : arracher le pays à sa torpeur, rompre les silences complices et alerter les Français sur le mortel péril qui les menace. Sa rencontre avec le capitaine Frenay l'oriente vers la presse souterraine. Il donne des chroniques religieuses pour les feuilles clandestines Petites Ailes, puis Vérités, sous le pseudonyme de Testis. Ces articles s'adressent « aux consciences chrétiennes pour leur montrer le vrai visage du national-socialisme » (7). Lorsque Henri Frenay et François de Menthon s'associent pour fonder le journal Combat, le jésuite se retire et, avec l'aide de Frenay, lance un premier numéro des Cahiers du Témoignage chrétien. Désormais cette aventure sera indépendante. Ce qui n'empêchera pas l'ex-agent du 5e bureau d'avoir des contacts discrets avec de nombreux dirigeants d'autres mouvements et des agents parachutés d'Angleterre. Toujours secret, « M. Charlier » n'en dira mot. C'est l'extraordinaire aventure du mouvement Témoignage chrétien qui fait du Père Chaillet ce résistant pour lequel Michel Debré déclarait que « l'histoire de France mérite de conserver le nom, tant il a compté dans la résistance spirituelle au poison nazi » (8).

 

 

«Nous ne pouvons pas ne pas en parler»

 

De 1941 à 1944, le jésuite va mener un double combat, celui de la vérité et de la charité. En novembre 1941, dans Lyon et la zone dite « libre », commencent à circuler à la barbe de la police, et par milliers, des brochures de 17 pages, sans nom d'auteur, au titre retentissant : France, prends garde de perdre ton âme. Cet opuscule, le premier des quatorze Cahiers du Témoignage chrétien que va diriger le Père Chaillet, est l'oeuvre d'un jésuite parisien, le Père Gaston Fessard, rédacteur à la revue Les Études. Son confrère Pierre Chaillet, l'audacieux fondateur et chef de file du mouvement, prend le risque de publier dans l'illégalité des textes anonymes sans imprimatur (9). Certes, tous les journaux clandestins ont fait le même choix, mais il convient de réaliser l'audace de ces jésuites rompus à l'obéissance à leurs supérieurs et à l'Église, qui, dans une situation exceptionnelle où les autorités religieuses se taisaient, ont obéi à leur conscience de chrétiens et se sont appuyés sur l'Évangile et les directives « doctrinales » de l'Église. Une nécessité s'imposait : non possumus non loqui (nous ne pouvons pas ne pas en parler). Dès ce premier opuscule, le nom original Cahier du témoignage catholique est modifié en Cahier du témoignage chrétien, car ce combat se veut oecuménique, manifeste conjoint des catholiques et des protestants. Ce premier cahier donne le ton de la lutte que va entreprendre une modeste poignée de théologiens auxquels s'associent quelques intellectuels chrétiens (10).

 

Dès le deuxième fascicule, paru en janvier 1941, Chaillet précise : « Comme Français et comme chrétiens, nous opposons au combat de Hitler notre Combat ». Face aux mensonges et aux camouflages quotidiens de la presse, de la radio, du cinéma, face au danger des silences imposés par une censure de l'occupant, se taire serait un reniement tandis que la liberté de la plume reste entière. Il importe, pour préserver les âmes des séductions perverses de la propagande nazie ou pro-nazie, de faire oeuvre indispensable de documentation et de dénoncer la Weltanschauung antisémite et néopaïenne. De plus, refusant l'enfermement à l'intérieur de l'hexagone, le Témoignage chrétien révèle, hors de nos frontières, les criminelles exactions. Deux exemples, un cahier de 60 pages consacré à l'Alsace-Lorraine et le cahier Défi qui dévoile le martyr de la Pologne. Pour le Témoignage chrétien, il s'agit d'un duel à mort entre la croix gammée et la croix du Christ mené avec « les armes de l'esprit ». Quatorze Cahiers (de 20, 30, 60 pages) et douze Courriers français du Témoignage chrétien sortiront régulièrement jusqu'au Courrier n° 13 qui sera distribué dans les rues de la capitale la veille de la Libération. Maurice Schumann écrit alors : « Mon Père, vous avez été notre dix-huit juin spirituel » (11).

 

 

L'aide apportée aux victimes du racisme et de la répression



Pierre Chaillet est aussi un témoin au service de la charité. Lui qui disait : « Nous sommes revenus à la loi de la jungle », a tout fait pour répondre par une charité active à l'inhumanité de la guerre en venant en aide à toutes les victimes du racisme et de la répression. Il s'associe à une oeuvre de solidarité initiée par l'abbé Glasberg, à caractère nettement interconfessionnel (catholiques, protestants, et dans les coulisses, des amis israélites) qui prend le nom d'Amitié chrétienne, organisme semi-officiel jusqu'à l'occupation complète de la France par les troupes allemandes. Le but : protéger et sauver tous ceux et celles, étrangers et juifs, que traquaient les polices de Vichy et des Allemands. Le 27 janvier 1943 au matin, le jésuite est arrêté à la permanence par des agents de la Gestapo, qui le conduisent, avec deux collaborateurs, à l'hôtel Terminus, dans une salle, le dos au mur. Le Père en profite pour avaler tous les papiers compromettants et réussit à se faire passer pour un pauvre curé de campagne. Il est relâché par les policiers ! L'association, devenue clandestine, poursuivra son oeuvre d'entraide et de secours jusqu'à la Libération. Quant au jésuite, nommé par le Comité français de Libération d'Alger à la tête du Comité des oeuvres sociales de la Résistance (COSOR) en février 1944, il gérera les oeuvres du comité jusqu'à sa mort. À la Libération, il est, pour quelques semaines, secrétaire d'État auprès du ministre de la santé. À ce titre, le 1er octobre, il prononce dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, un hommage à la mémoire des morts de la Résistance. Vite oublié, il revient sur le devant de la scène comme négociateur dans l'affaire Finally (12). Mais le silence se fait autour de lui. Jésuite, rebelle et fidèle, Pierre Chaillet demeure un témoin de la vérité et de la charité.



En décembre 1980, une place Pierre-Chaillet a été inaugurée dans le XIe arrondissement de Paris. En juillet 1981, à Jérusalem, le jésuite est reconnu comme « Juste parmi les nations ».

 



Notes

 

(1) 1900-1972

(2) En avril 1940, sur mandat de la légation de France, le Père Chaillet se rendit à Paris, pour prendre contact avec un général allemand, porte-parole d'une organisation d'officiers supérieurs antinazis, décidés à faire disparaître Hitler. L'émissaire allemand, qui se cachait dans la capitale, tentait en vain d'approcher un membre du gouvernement français. Le jésuite réussit à contacter le général et à le mettre en relation avec un haut fonctionnaire des Affaires étrangères, et repartit pour Budapest. Mais le brutal déclenchement de l'offensive allemande à l'Ouest le 10 mai interrompit tous pourparlers.

(3) Courrier français du Témoignage chrétien, premier numéro de l'hebdomadaire, 2 septembre 1944.

(4) " Attestation concernant le sergent Chaillet Pierre de la 7e Section d'infirmiers militaires ", signature illisible.

(5) Lettre au Père Henri de Lubac, 16 mai 1937, archives privées.

(6) Rapport du Père Chaillet s.j. Arch. priv.

(7) Henri Frenay, La nuit finira, Paris, Robert Laffont, 1973, p. 87.

(8) Michel Debré, Trois républiques pour une France, Mémoires, T. 1, Paris 1984, p. 272.

(9) Cf. Renée Bédarida, Pierre Chaillet, témoin de la résistance spirituelle, Paris Fayard, 1988, 330 p.

(10) Cf. François et Renée Bédarida, La résistance spirituelle 1941-1944, Les Cahiers clandestins du Témoignage chrétien, Paris, Albin Michel, 2001, 412p.

(11) Courrier français du Témoignage chrétien, n° 16, 16 septembre 1944.

(12) En 1945, deux garçons juifs sauvés de la déportation (alors que leurs parents périrent) par des catholiques grenoblois furent baptisés et soustraits aux demandes d'une tante juive. Pierre Chaillet, choisi comme négociateur, réussit à retrouver les enfants et à les confier à leur famille.

 

 

Source : Renée Bédarida, historienne, membre du mouvement de résistance du Témoignage chrétien. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 139 - mai 2004 pour Mindef/SGA/DMPA

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