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Vincennes, place militaire

 

Vincennes, place militaire

 

Si l'histoire du château de Vincennes en tant que résidence royale est bien connue, celle de la place militaire a été moins étudiée. C'est pourtant l'abandon du site par la Couronne et son passage progressif à l'autorité militaire qui expliquent la présence aujourd'hui dans ses murs du Service historique de la Défense.


Dès le XVIIIe siècle, le château devient un centre d'innovation technique. À partir de 1740, deux types de fabriques s'y installent, en alternance, selon les réussites et les échecs des entrepreneurs, pour produire de la porcelaine, objet d'espionnage industriel, et des armes, où l'innovation est primordiale. La manufacture d'armes Gribeauval (1785-1791) est la première à mettre en place une production standardisée.

 

Sous la Révolution, quatre à cinq cents personnes logent dans le château, dont une petite garnison. La police occupe le donjon, qui faillit connaître le sort de la Bastille après qu'un décret l'eut transformé en prison. Sauvé par La Fayette et sa garde, il devient un lieu d'internement pour « femmes de mauvaise vie ». La vocation militaire du site s'affirme par la création de l'arsenal de Vincennes par le Directoire en 1796.

 

La Fayette, à la tête de la Garde nationale, empêche les émeutiers de détruire le donjon, 28 février 1791. Source : Collection particulière.

 

 

En réaction à une conspiration royaliste, Napoléon décide de faire un exemple : le 15 mars 1804, il fait enlever le duc d'Enghien, réfugié outre-Rhin. Conduit au château de Vincennes, après une parodie de procès dans la tour du Bois, le petit-fils du prince de Condé est exécuté dans la nuit du 20 au 21 mars 1804. L'exécution a un retentissement dans l'Europe entière. Louis XVIII fera ériger en 1817 un monument à sa mémoire dans la Sainte-Chapelle et une colonne sur le lieu de son exécution.

 

Vue de la Sainte Chapelle et de l'allée centrale depuis la tour du Bois, prise au téléobjectif, ce qui écrase la distance. Source : Collection particulière.

 


Après une visite de l'arsenal, Napoléon décide en 1808 qu'il sera mis en état de défense, les tours arasées, les masures contre les remparts détruites, les pavillons royaux remis en état pour recevoir des troupes et la Sainte-Chapelle transformée en magasins d'armes. Fournisseur des munitions et de l'artillerie nécessaires aux armées, l'arsenal concentre une importante population ouvrière, essentiellement féminine.

 

 

 

Le Fort-Neuf vu du Vieux-Fort. Source : SHD/DPV

 


Nommé gouverneur en 1812 par celui dont il a sauvé la vie à Arcole, le général Daumesnil entreprend de faire de Vincennes un élément de la défense de Paris. Par deux fois, en 1814 et en 1815, il refuse de livrer la place à l'ennemi.

 

La Restauration poursuit les transformations architecturales. Le site passe de l'état d'arsenal à celui de fort de l'enceinte de Paris. Sa vocation de centre expérimental s'affirme avec la création d'un polygone d'entraînement en 1816 et d'une école d'artillerie en 1826. Officier au 5e régiment de la garde royale, le jeune Alfred de Vigny raconte, dans Servitude et grandeur militaires, La veillée de Vincennes, l'explosion accidentelle d'une poudrière au pied de la tour de la Reine, le 17 août 1819.

 

26ème bataillon de chasseurs à pied. Source : SHD/DPV

 



Entre 1808 et 1820, sept tours sont arasées pour recevoir des canons. Seule la tour du Village conserve aujourd'hui sa hauteur d'origine. La fermeture de l'enceinte, commencée en 1832, se prolonge jusqu'en 1843.

 

Scène de vie militaire, 1830. Sept ans après, le portique de Le Vau sera détruit pour ne plus gêner les manoeuvres militaires.

 

 

Désaffectée en 1830, la Sainte-Chapelle est à nouveau transformée en magasin d'artillerie en 1842 puis abandonnée à la direction des Beaux-arts en 1853. Le débat entre tenants d'une fortification continue et partisans de forts séparés, tranché en faveur des seconds, a pour conséquence la construction du Fort-Neuf (1841-1844) sur le flanc est du château désormais baptisé « Vieux-Fort ». Deux fils du roi Louis-Philippe, le duc d'Orléans et le duc de Montpensier, vont commander, l'un les unités d'artillerie du Fort-Neuf et l'autre, les chasseurs de Vincennes (voir articles "Daumesnil, les répliques qui font une légende" et "Les chasseurs de Vincennes" ...).

 

Vue panoramique de la caserne des Dragons. Source : SHD/DPV

 

 



Sous le Second Empire, Vincennes devient un terrain de manoeuvres et de tir entre le Fort-Neuf et la Marne, valant à la ville le surnom de « Canonville ». Plusieurs emprises militaires voient le jour autour du château : l'école militaire de gymnastique de Joinville (1852), l'hôpital militaire Bégin (1858), l'asile impérial des convalescents à Saint-Maurice (1857) et le camp de Saint-Maur (1859). En 1860, le Bois est cédé à la ville de Paris pour être aménagé en promenade publique, à l'exception des installations militaires. Le polygone sert aux essais de la carabine dite de Vincennes et du fusil Chassepot, utilisé pendant la guerre de 1870. Lors de l'insurrection du 18 mars 1871, la garnison fraternise avec les fédérés. Le dernier drapeau rouge de la Commune est hissé sur le donjon. Le 29 mai, les Versaillais reprennent le château et exécutent neuf prisonniers.

 

1- Pavillon du Roi  2- Pavillon de la Reine 3- Tour du village 4- Tour du Bois Source : Centre des monuments nationaux

 


L'école militaire d'administration occupe le pavillon du Roi en 1875. Les installations militaires se multiplient dans le bois, notamment le quartier de cavalerie Carnot où est casernée en 1892 une brigade de dragons. Le chef d'escadron Alfred Dreyfus est affecté à la direction de l'artillerie de Vincennes du 13 juillet 1906, au lendemain de sa réhabilitation. Au tournant du XXe siècle, le polygone sert de théâtre à des revues militaires en présence de souverains étrangers et de terrain à l'aviation militaire qui se développe à partir de 1910 au centre de l'artillerie de Vincennes. Records, fêtes aériennes et Journées de l'aviation se succèdent jusqu'en 1937, contribuant à la renommée de Vincennes comme centre aéronautique.

 

Source : Collection particulière



Dès septembre 1939, le château abrite le siège de l'état-major de l'armée dans un PC souterrain. Occupé le 14 juin 1940, il est à la fois caserne, lieu d'entrepôt de munitions et prison. Au Fort-Neuf est exécuté Jacques Bonsergent, premier fusillé de Paris, le 23 décembre 1940. La présence allemande se durcit avec l'arrivée de Waffen-SS en retraite du front de Normandie et d'Oradour-sur-Glane, qui tuent vingt-six prisonniers le 20 août 1944. Quatre jours plus tard, ils mettent le feu à divers points du château avant de quitter les lieux. Le pavillon du Roi est en ruines, celui de la Reine presque totalement détruit.

 

Vue du fossé sud après l'explosion du 24 août 1944. Source : Collection particulière



Après la destruction de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine dans l'incendie de 1944, le Service historique de l'armée de Terre s'installe en 1948. Suivent celui de l'Air en 1968 et celui de la Marine en 1974. En 2005 est créé le Service historique de la Défense (SHD). Partenaires de la réouverture prochaine du donjon, dans le cadre de la commission interministérielle du château de Vincennes, le Centre des monuments nationaux et le SHD sont engagés dans un programme de valorisation du site qui verra notamment l'ouverture d'un musée de site.



Affecté aux ministères de la Culture et de la Défense, le château a une double vocation de monument historique et de centre d'archives et d'histoire militaires.

 

 

Pour en savoir plus :

 

Daumesnil, les répliques qui font une légende

 

Gaston Mélingue : Le général Daumesnil réclame sa jambe aux Autrichiens, Vincennes, 1914.. Source : Collection particulière.

 

La jambe de bois que porte Daumesnil, depuis la bataille de Wagram en 1809, lui inspire cette réplique lorsque les Autrichiens lui proposent une reddition en 1814 : « Je vous rendrai Vincennes quand vous m'aurez rendu ma jambe». Au maréchal Blücher qui lui offre d'acheter sa reddition en 1815, il réplique : « Je ne vous rendrai ni la place ni votre lettre. À défaut de mieux, elle servira de dot à mes enfants.»
Tout au long de sa carrière, cet homme entier fait preuve de bravoure. Sa volonté de retrouver le corps du duc d'Enghien, sa résistance lors des blocus, son refus, en 1830, de livrer les ministres de Charles X à la vindicte populaire, en font un personnage que la ville de Vincennes a honoré par une statue. Homme de la continuité par-delà les clivages politiques, Daumesnil est rappelé en 1830 par Louis-Philippe, en ces termes : « Vincennes vous attend ! ». Lorsque la Chambre des députés supprime les postes de gouverneur des places militaires en 1832, une exception est faite pour « un tableau d'Histoire qui doit rester dans son cadre ». Quand Daumesnil meurt du choléra au pavillon de la Reine la même année, Victor Hugo écrit : « Vincennes et Saint Louis ! Vincennes et Daumesnil ! ».

 

 

Les chasseurs de Vincennes

 

Les chasseurs de Vincennes ont pour origine une compagnie réunissant les meilleurs tireurs de tous les régiments, constituée par Philippe d'Orléans, en 1838. Au terme d'une expérience concluante avec la carabine Delvigne-Pontcharra, cette unité est définitivement créée en 1840 et adopte la tenue bleu-roi avec un liseré jonquille. À la mort de leur parrain, en 1842, les chasseurs de Vincennes prennent le nom de chasseurs d'Orléans. Le capitaine Philippe Pétain commande le 29e bataillon de chasseurs à pied de 1890 à 1895 à Vincennes.
Le pavillon du Roi abrite le mémorial des chasseurs à pied et une copie du tombeau des Braves, tombés en 1845 à Sidi-Brahim en Algérie.

 

 

Le Service historique de la Défense (SHD)

 

Issu de la réunion des quatre services historiques (Terre, Marine, Air, Gendarmerie) et du centre des archives de l'armement et du personnel et des services d'archives de l'administration des anciens combattants, le SHD a pour mission la collecte, la conservation, le classement, la communication et la valorisation des archives de la Défense.
Il comprend également de très riches bibliothèques patrimoniales et assure le contrôle scientifique et technique des bibliothèques de la Défense. Les salles de lecture sont ouvertes aux détenteurs d'une carte de lecteur, délivrée gratuitement.

 

 

site internet externe : Service historique de la Défense

Source : Anne-Sophie Zanettacci et Véronique de Touchet, Service historique de la Défense, département des publics et de la valorisation. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 164" - MINDEF/SGA/DMPA

Struthof histoire du camp

 

 

La Création du KL-Natzweiler au Struthof



Le lieu-dit du Struthof, sur le Mont-Louise, était une station touristique très appréciée depuis le début du XXe siècle, en particulier par les Strasbourgeois qui y trouvent un hôtel et des pistes de ski.

 

Skieurs au Struthof, carte postale, vers 1930. Collection particulière

 

 

Après l'Armistice du 22 juin 1940, l'Alsace et la Moselle sont annexées de fait par le IIIe Reich. Les départements alsaciens sont rattachés au Gau (province) de Bade, la Moselle à celui du Palatinat. Des fonctionnaires du Reich arrivent pour diriger les administrations restées en place, la monnaie et le droit coutumier germanique sont imposés ; l'usage du français est interdit. Les "non Allemands" sont expulsés, de même que les Juifs envoyés vers la zone française non occupée. Les usines et les mines de Moselle annexée sont "germanisées". À partir de 1942, les Alsaciens et les Mosellans sont astreints au service militaire obligatoire, dans la Wehrmacht.

 

Dès septembre 1940, le site, qui abrite un filon de granit rose, est repéré par le colonel SS Blumberg, géologue. Il est employé par la Deutsche Erd und Steinwerke (DEST), entreprise SS créée par Himmler en 1938. Spécialisée dans l'extraction de pierres et la fabrication de briques, elle emploie des déportés pour les travaux les plus pénibles, comme à Mauthausen ou à Flossenbürg. Le granit rose intéresse Albert Speer, inspecteur général des bâtiments de Berlin, alors chargé de la construction du Grand Stade de Nuremberg. Himmler, chef de la Gestapo et de la police, et Oswald Pohl, chef de l'Office principal d'administration et d'économie de la SS (WVHA), lui ont demandé de trouver les meilleurs emplacements possibles pour créer des camps à proximité des carrières.

 

Les premiers déportés arrivent dans deux convois en provenance de Sachsenhausen, les 21 et 23 mai 1941. Ils construisent les premières baraques du KL Natzweiler. Devenu zone interdite, le camp est achevé en octobre 1943.

Projets d'aménagement du camp, 1942. Collection Hisler / Musée de Struthof

 

 

L'organisation du camp



La plus grande partie des baraques du camp est construite, entre mai 1941 et octobre 1943, sur les flancs escarpés du Mont Louise.

 

"Être prisonnier à Natzweiler-Struthof revient ainsi à monter sans arrêt des marches, lesquelles sont particulièrement hautes. Sachant qu'au bout d'un certain temps, les prisonniers n'ont plus suffisamment de force pour lever normalement les jambes, ils finissent bientôt par adopter une démarche curieuse : devant chaque marche, ils prennent leur élan, placent les mains sous un genou et le soulèvent pour poser le pied sur la marche suivante. Après avoir posé l'autre pied, ils recommencent, et ainsi de suite jusqu'au block" a écrit le déporté norvégien Kristian Ottosen.

 

Le fonctionnement du camp est assuré par environ 80 officiers, sous-officiers et hommes de troupes autour du commandant du camp et de son adjoint. Par l'intermédiaire de bureaux spécialisés, l'administration SS gère la vie quotidienne du camp. Environ 250 SS ont été en poste au camp de Natzweiler.

Apartir de la mi-1942, chaque camp de concentration est rattaché au "Reichsführer SS" Heinrich Himmler par l'intermédiaire du "Service D" de l'Office central SS de gestion économique. La structure hiérarchique est la même d'un camp à l'autre.

 

Entrée du camp de Natzweiler. Avec l'aimable autorisation de Rudolf Naess, Nasjonalbiblioteket, Oslo,

 

 

Les déportés du KL-Natzweiler



Les déportés du camp de Natzweiler viennent de toute l'Europe, de prisons, de camps d'internement ou d'autres camps de concentration.

 

Pour tous, le processus d'admission au camp est le même : descente à la gare de Rothau, montée au camp à pied ou en camion, enregistrement sous un numéro matricule, dépouillement de toute identité et affaires personnelles, épouillage, désinfection et distribution de vêtements dépareillés et parfois de tenues rayées.

 

Ils ont été arrêtés pour des motifs divers. Les premiers déportés du camp sont essentiellement allemands, déportés de droit commun, "asociaux" ou déportés politiques. À partir de 1942, parmi les déportés on trouve des Soviétiques, parfois prisonniers de guerre, des Polonais et quelques déportés originaires des territoires annexés par le IIIe Reich : Tchèques, Alsaciens, Lorrains. En 1943, arrivent en grand nombre des déportés luxembourgeois, puis des Résistants de différentes nationalités, venant de divers camps de concentration ou prisons en Europe : Belges, Néerlandais, Norvégiens et Français. Parmi ces derniers, de nombreux militaires, notamment membres de l'Armée secrète et de l'Organisation de résistance armée, sont aussi déportés au camp de Natzweiler. En juin 1943, le premier convoi de déportés NN français arrive à Natzweiler. Arrêtés comme Résistants, ces derniers tombent sous le coup des décrets allemands de 1941 dit "Nacht und Nebel" ("Nuit et Brouillard"). Ces décrets visent à faire disparaître les Résistants et, de manière générale, tous les opposants à la force d'occupation allemande. Emprisonnés ou déportés, complètement coupés du monde extérieur, ils sont voués à une mort lente par le travail, l'épuisement, la faim, les maladies. Certains déportés passent ensuite en jugement devant le tribunal de Breslau ; d'autres sont maintenus dans les camps. Leur famille et connaissances n'ont plus aucune nouvelle d'eux. Enfin, à partir de 1944, des Juifs, essentiellement originaires de Hongrie et de Pologne, sont déportés dans les camps annexes.

 

Les déportés du KL-Natzweiler. Cliché Lucien Kohler

 

 

Le quotidien des déportés



Les déportés sont entraînés dans un processus de destruction et de déshumanisation qui les conduit à la mort.

 

La première épreuve à laquelle ils sont confrontés, après leur admission au camp, est l'appel. Deux fois par jour au minimum, les SS comptent et recomptent les déportés vivants ou morts. Les vivants doivent attendre dehors par tous les temps, pluie, neige, vent, forte chaleur, le droit de regagner leur baraque ou le départ en kommando de travail. Les déportés sont sous-alimentés. La faim devient une obsession. Ils finissent par envier le contenu des gamelles des chiens des SS.

 

Forçats au service du IIIe Reich, les déportés travaillent le jour de 6 heures à 18 heures ou la nuit de 18 heures à 6 heures. Après avoir bu un ersatz de café, ils rejoignent leur kommando de travail situé à l'intérieur ou à l'extérieur du camp. L'immense majorité d'entre eux travaille à la carrière, à l'extraction de pierres ou de gravier. À partir de la fin de l'année 1942, ils sont affectés à la réparation de moteurs d'avion pour l'armée de l'air allemande (Luftwaffe). Mi-1943, les déportés NN commencent à construire la Kartoffelkeller (cave à pommes de terre), nom de code d'un bâtiment en béton semi-enterré. A ce jour, aucun document ne permet d'attester de l'utilisation prévue pour ce bâtiment.

 

Le soir, au retour du travail, ils regagnent leur block où ils reçoivent leur maigre ration, dorment entassés dans des châlits en bois. Le matin, avant l'appel, ils font une toilette sommaire autour de lavabos en nombre insuffisant.

 

Les seuls liens avec le monde extérieur sont les lettres et les colis, pour ceux qui ont le droit d'en recevoir.

 

La faim. Henri Gayot, Musée du Struthof

 

 

Les sévices, les maladies, l'épuisement et la mort


 

Les sévices, les maladies, l'épuisement et la mort font partie du quotidien des déportés.

 

Ils souffrent de blessures dues aux coups que leur administrent les Kapos et les SS, ainsi que des morsures des chiens dressés pour les attaquer. Ils peuvent également être punis et condamnés à des coups de fouet sur le chevalet de bastonnade ou à une peine d'enfermement dans le bunker situé dans le bas du camp. Squelettiques, épuisés, blessés, malades, sans soins, qu'ils soient ou non admis à l'infirmerie, beaucoup meurent. À Natzweiler, le taux de mortalité est de 40% ; dans les camps annexes, il peut atteindre 80%.

 

Les déportés ayant tenté une évasion ou simplement soupçonnés de tentative d'évasion encourent la peine de mort : la pendaison ou le peloton d'exécution.

 

La Gestapo de Strasbourg utilise aussi le camp comme lieu d'exécution. Ainsi, en 1943, treize jeunes gens originaires de Ballersdorf dans le Haut-Rhin sont fusillés à la carrière pour avoir refusé leur incorporation dans la Wehrmacht et tenté de quitter la zone annexée. En septembre 1944, peu avant l'évacuation du camp, des membres du réseau Alliance et des maquisards des Vosges sont amenés au camp pour y être exécutés.

 

Tous finissent dans le four de la baraque crématoire.

 

La faim. Henri Gayot, Musée du Struthof

 

 

Les camps annexes du KL-Natzweiler 1942-1945


 

Comme les autres camps de concentration, le camp de Natzweiler administre des camps annexes au nombre d'environ 70, situés en Allemagne, en Alsace annexée et, pour deux d'entre eux, en France occupée. Ces camps dépendent du camp principal, où sont tenus les registres d'immatriculation et de décès.

 

Les camps annexes, créés dès 1942, sont exclusivement au service de la SS : les déportés construisent et entretiennent écoles et camps d'instruction de la SS. Dans ceux qui sont créés à partir de 1943, les déportés travaillent au profit de l'industrie de guerre nazie pour permettre à la Wehrmacht de faire face à ses revers sur le front de l'Est.

 

Les conditions de travail sont d'autant plus pénibles que la plupart de ces camps sont enterrés dans des mines et des tunnels afin d'être à l'abri des bombardements alliés. Le travail, la faim, l'absence de lumière et de soins provoquent de nombreuses épidémies : la mortalité peut atteindre 80 %.

 

Entre la fin mars et la fin avril 1945, l'évacuation de ces camps lors des marches de la mort cause la mort de 5 000 déportés.

 

 

 

Médecine Nazie et expérimentations


 

Le nazisme est fondé sur des théories racistes et antisémites, affirmant la supériorité de l'"Aryen", décrété de "pure race allemande", sur tout autre être humain. Ces théories cherchent une caution dans les travaux pseudo-scientifiques menés par d'authentiques professeurs et médecins allemands, acquis aux idées de Hitler. Des expérimentations sur diverses maladies, gaz de combat et "étude des races" sont pratiquées sur des déportés dans plusieurs camps de concentration nazis.

 

Au KL-Natzweiler, plusieurs séries d'expériences "médicales" sont menées dans le cadre des travaux de la Reichsuniversität, l'université du Reich à Strasbourg, et de l'administration SS Ahnenerbe, "Héritage des ancêtres", rattachée à l'état major de Himmler à Berlin. Des déportés juifs sont victimes d'un gazage mortel en août 1943.

 

Les principaux auteurs et coupables de ces expérimentations sont : August Hirt, professeur d'anatomie de renommée internationale, Otto Bickenbach, professeur de médecine, spécialiste des gaz de combat et Eugen Haagen, virologiste, découvreur d'un vaccin contre le typhus qui lui valut d'être inscrit sur la liste des candidats au prix Nobel de médecine en 1936.

 

Professeur August HIRT, 1898-1945. Ministère de la Défense, collection DMPA

 



Hirt procède à des expériences sur l'ypérite - gaz moutarde - et projette de constituer une collection de squelettes à partir des corps des 86 Juifs déportés d'Auschwitz, transférés à Natzweiler et gazés en août 1943 ; Bickenbach mène des expérimentations sur le gaz phosgène ; Haagen poursuit ses travaux sur les effets du typhus.

 

Les diverses séries d'expérimentations font des centaines de victimes parmi les déportés du camp et d'autres transférés spécialement, d'Auschwitz notamment. Elles restent marquées à vie dans leur chair et leur âme, quand elles n'ont pas été sacrifiées dans d'atroces souffrances.

 

La table de dissection du KL-Natzweiler. Ministère de la Défense, collection DMPA

 

 

L'évacuation du camp, les procès des responsables.


 

Dans les premiers jours de septembre 1944, devant l'avance des armées alliées, les nazis décident d'évacuer le camp principal. La plupart des déportés sont transférés vers Dachau. Seuls quelques-uns restent à Natzweiler sous la garde d'un petit nombre de SS. Le 23 novembre, jour de la libération de Strasbourg, l'armée américaine pénètre dans le camp, premier témoignage de l'univers concentrationnaire nazi découvert par les Américains.

 

Sur les 52 000 personnes déportées à Natzweiler-Struthof ou dans l'un de ses camps annexes entre 1941 et 1944, plus de 20 000 sont mortes.

 

Dès 1945, les Alliés jugent les plus hauts responsables de l'Allemagne nazie à Nuremberg. Ils tiennent ensuite des procès séparés pour les SS de chacun des camps principaux. Josef Kramer, ancien commandant de Natzweiler et commandant de Bergen-Belsen, est jugé par les Britanniques pour son rôle dans ce dernier camp. Les autres responsables SS de Natzweiler, arrêtés ou en fuite, sont jugés au cours des procès de Wuppertal, de Rastatt et de Metz.

 

"Nous n'étions pas seuls après tout !". Rudolf Naess, Avec l'aimable autorisation de Nasjonalbiblioteket, Oslo

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA - mission Struthof

La rafle du 26 août 1942

 

Six semaines après la rafle du «Vel'd'hiv» dans la région parisienne, le 26 août 1942, une rafle frappe les juifs étrangers réfugiés en Creuse.

 

En effet, Laval a accepté de livrer aux allemands 10 000 juifs vivant en zone «libre». Chaque département doit fournir sont quota. Le préfet de la Creuse établit une liste de juifs à arrêter.

 

Au petit matin, le 6 août, les gendarmes de Grand-Bourg débarquent à Chabannes et arrêtent six personnes : quatre éducateurs et deux enfants.

 

Photo de la maison de Chabannes

 

 

Le même jour, cinq gendarmes de Pontarion se présentent au hameau des Combes, dans la commune de Saint-Hilaire-le-Château et arrêtent Henri Wolff et ses parents, réfugiés dans une petite maison.

 

91 personnes furent arrêtées le 26 août 1942 dont une quinzaine d'enfants. Regroupées à La Souterraine, Dun, Châtelus-Malvaleix, Bonnat et Guéret, elles sont ensuite conduites vers Boussac. A Guéret, on réquisitionne pour leur transport le car de l'entreprise Marquet.

 

A Boussac, le préfet fait relâcher deux familles, dont quatre enfants, au motif que les pères, d'origine allemande, s'étaient engagés en septembre 1939 dans les rangs de l'armée française.


De Boussac, ils sont dirigés vers le camp de Nexon, puis sur Drancy à destination de Auschwitz. Trois jours après leur arrestation, ils sont entassés dans le convoi n°26. Trois jours et trois nuits entassés dans des wagons à bestiaux : sur les 1005 personnes parties de Drancy, 987 survivent.

 

Les parents d'Henri Wolff seront gazés dès leur arrivée à Auschwitz. Henri Wolff, par contre, survivra trois ans dans les antichambres de la mort. Il est l'un des trois survivants de cette rafle.

 

 

La rafle du 1er septembre 1942

 

Six jours après la grande rafle du 26 août, 20 enfants sont arrêtés dans les maisons du Masgelier et de Chabannes et conduits à la gare de La Souterraine pour un train à destination du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales).

 

 

Le réseau Garel

 

L'O.S.E est une organisation officielle et les pouvoirs publics n'ignorent rein de ce qu'elle fait. A partir d'août 1942, rafles et arrestations se multipliant dans la zone non-occupée, les responsables de l'O.S.E. comprennent que les maisons peuvent devenir des pièges et décident de mettre en place une structure clandestine qu'ils confient à Georges Garel, un résistant lyonnais. Le réseau Garel se fixe comme objectif de vider progressivement les maisons de l'O.S.E. et de cacher les enfants parmi les non juifs, les soustrayant ainsi à la déportation.



Le noyautage des administrations publiques (NAP)

 

Le NAP est né en septembre 1942 d'une suggestion de Claude Bourdet (du mouvement Combat) à Jean Moulin mais il ne se développe efficacement qu'à partir de la fusion des mouvements de zone sud (Combat, Libération, Franc-Tireur) dans les Mouvements Unis de Résistance (MUR), au début 1943. Il s'étend ensuite à la zone occupée. Ce n'est qu'à la fin du printemps de 1943 qu'est nommé en Creuse un premier responsable NAP. Il abandonne ses fonctions en fin d'année à François qui deviendra ensuite chef maquis, puis chef des Corps Francs de la Libération (CFL) et enfin Chef des FFI. L'essentiel du travail de noyautage est assuré par Henry Castaing, commissaire aux Renseignements Généraux, par ailleurs chef de secteur du réseau AJAX. Ses fonctions facilitent les contacts avec les services officiels et divers fonctionnaires d'autorité rejoignent la résistance : le Préfet en poste à partir de juillet 1943, avec la prudence qu'exigent ses fonctions, le Secrétaire Général André Vy, avec moins de retenue (il sera arrêté, déporté et mourra en déportation), plusieurs cadres de la préfecture, le commissaire de Police et la plupart des agents, la quasi-totalité des inspecteurs des Renseignements Généraux, un officier de la gendarmerie et plusieurs sous-officiers, des cadres des PTT...

 

Le NAP est très actif et très efficace en Creuse.

 

Aujourd'hui les enfants de Chabannes sont dispersés dans le monde entier.

 

Félix Chevrier est mort en 1962, dans l'anonymat. Son action pour le sauvetage des enfants juifs ne sera dévoilée que bien des années après.



Les soeurs Paillassou ont été consacrées "Juste parmi les Nations" en mars 1983 et ont reçu une médaille. Un arbre porte leurs noms dans une allée du Mont des Souvenirs, à Jérusalem.

 

En mai 1996, des retrouvailles ont été organisées à Chabannes. Elles furent l'occasion de réunir à nouveau les anciens camarades et leurs institutrices. Beaucoup d'entre eux n'étaient pas revenus à Chabannes depuis l'automne 1943.

 

Aujourd'hui à Boussac, une plaque officielle rappelle que l'ancienne cartoucherie fut bien un centre d'internement. Mais, contrairement à ce qu'elle indique, ce sont bien 91 Juifs qui furent arrêtés le 26 août dans toute la Creuse, 52 furent déportés, dont 18 enfants. Il n'y eut que trois survivants.

 

Sur cette plaque est écrit :

 

"LE 26 AOUT 1942. 52 JUIFS DONT 13 ENFANTS. HABITANT LE DEPARTEMENT DE LA CREUSE FURENT ARRETES A LEURS DOMICILES ET RASSEMBLES A LA CARTOUCHERIE DE BOUSSAC. LE 29 AOUT. ILS FURENT LIVRES AUX NAZIS PAR LE GOUVERNEMENT DE VICHY ET DEPORTES VERS LE CAMP D'EXTERMINATlON D'AUSCHWITZ.

Passant, souviens-toi"

 


Ces maisons sont aujourd'hui en ruines. La Mairie désirait, il y a quelques temps de cela, racheter la maison de Chabannes qui est finalement devenue la possession de propriétaires privés anglais.

 

 

site internet externe : Fondation pour la mémoire de la déportation

 

Source : Secrétariat d'Etat au Tourisme - délégation régionale du Limousin

Qui étaient les Français libres ?

 

Qui étaient les Français libres ?

 

"Des hommes partis de rien" (René Cassin)

 Le général de Gaulle passe en revue les premiers volontaires de la France Libre. Source : Fondation de la France Libre

 

 

Quand la voix du maréchal Pétain s'éleva pour appeler à l'armistice, beaucoup de Français ressentirent un lâche soulagement. Hébétée par l'offensive allemande, secouée par des semaines de bombardement, incrédule devant la vitesse d'avancée des troupes allemandes, la France de juin 1940, désorganisée et éperdue, aspirait avant tout à la paix. Une voix s'éleva alors pour dire non à une paix acceptée hors l'honneur. Le 18 juin 1940, le général de Gaulle s'adressait aux Français depuis l'Angleterre pour les inciter à poursuivre le combat et à le rejoindre en Angleterre. Des hommes, des femmes aussi, de tous les horizons, le rejoignirent alors. Ce fut l'origine des Forces françaises libres, de terre, de mer et de l'air.

 

Il n'existe pas de définition officielle de la France Libre. Est considéré comme Français libre tout individu qui a rejoint à titre individuel ou en unité constituée volontaire une unité régulière reconnaissant l'autorité du général de Gaulle ou un mouvement de la Résistance intérieure relevant de son autorité, signant un engagement valable pour la durée de la guerre avant le 1er août 1943. À partir de cette date, la totalité de l'Empire français est officiellement rentré en guerre et les engagements n'ont plus été le fait des volontés individuelles mais de la mobilisation.

 

Au-delà de cette tentative de définition, correspondant plus à des données administratives qu'à une véritable césure historique, la France Libre est avant tout caractérisée par un état d'esprit et le refus de la défaite.

 

En juillet 1940, les Forces françaises libres comportaient 7 000 hommes. Au maximum de leur développement, elles rassemblèrent 53 000 hommes. Mais pour limitées en nombre qu'elles fussent, ces forces n'en jouèrent pas moins un rôle essentiel pour la France.

 

 

Pourquoi et comment se sont-ils engagés ?


 

Soixante ans après les faits, l'historien cherche d'abord à comprendre pourquoi certains hommes se sont engagés et d'autres pas, comment certains sont arrivés à la conclusion qu'un engagement s'imposait, quitte à y laisser leurs vies. Tous les sondages faits à ce jour montrent que les motivations de l'engagement furent essentiellement patriotiques et/ou idéologiques.

 

Il fallait avant tout, pour ces volontaires, libérer la France et laver l'humiliation de la défaite. L'indépendance de la France est la motivation la plus souvent avancée, suivie de la volonté de laver l'humiliation de la défaite, bien avant la lutte contre le fascisme et le nazisme ou le salut de la république et de la démocratie.

 

Beaucoup des anciens FFL interrogés aujourd'hui justifient leur engagement en évoquant des pères ou des frères morts au combat en 1914-1918, un lorrain évoque l'annexion de la Moselle en 40, un «cataclysme» pour lui, d'autres soulignent le désir «d'avoir un chef, un drapeau et un pays à défendre», un juif rallié en 1942 parle des lois antisémites de Vichy, un autre note le retentissement des faits d'armes de Bir Hakeim.

 

Le hasard, les influences de camarades ont aussi joué, notamment pour les soldats que le hasard des combats avait amené en Angleterre en 40 et dont tous, loin s'en faut, ne choisirent pas de rester. Des effets d'entraînement ont été déterminants, pour prés de 13 % des engagés, dont l'opinion a basculé du fait du ralliement du territoire où ils se trouvaient ou de l'engagement d'amis.

 

Graphique sondage sur la motivation des FFL à s'engager. Source : Fondation de la France Libre

 



Le choix fut parfois aussi quelque peu contraint, notamment pour les équipages des bateaux de commerce ou de bâtiments auxiliaires arraisonnés, internés en Angleterre ou aux Bermudes, ou encore pour quelques mousses embarqués par hasard sur le "Massilia", en tant que garde d'honneur, ou plus tard, rarement toutefois, stimulé par une désignation au titre du STO. Les marins arrachés à leurs bateaux par les Royal Marines anglais le 3 juillet 1940 durent se déterminer sur le champ et à Plymouth, seuls 200 marins sur 2 500 choisirent la poursuite du combat.

 

 

 

L'appel du général de Gaulle


 

De Gaulle n'est pas apparu immédiatement comme le recours providentiel et seule une minorité a entendu directement son appel, ou plutôt ses appels. Tel futur FFL l'a entendu le 17 juin, à 10 heures du soir, à Paris, plusieurs autres le 18 juin en Angleterre où certains avaient déjà décidé de poursuivre la lutte avec les Anglais. Mais quelques acteurs disent aujourd'hui avoir entendu cet appel du 18 juin, alors qu'il s'agit manifestement, soit d'une confusion avec le discours du 22 juin, soit d'une construction de la mémoire a posteriori.

 

D'autres indiquent avoir entendu les discours du général le 21 et le 22 juin, à bord de bateaux parfois, ou en avoir entendu parler ultérieurement, par la radio australienne à Nouméa, par exemple, ou fin juin au mess des officiers de l'Air à Toulouse, ou encore par la radio fin juin en AEF. Un juif allemand l'a découvert en lisant la proclamation affichée à Montevideo par l'ambassadeur de France. Le bouche à oreille surtout a joué. Un Français a été informé par un docker anglais de Southampton, le soir du 18 juin, un autre, en Angleterre également, par des camarades, un autre dans un mess au Liban, un autre en a entendu parler étant en brousse au Gabon par un administrateur des colonies, d'autres enfin, équipages de bateaux arraisonnés, à Crystal Palace à Londres, où ils étaient internés. Beaucoup de jeunes métropolitains ont été informés qui par un père, qui par un oncle ou par des camarades. Mais l'appel du général n'a touché que tardivement certains, durant l'été 40 par des conversations pour les uns, fin 40, par des camarades de faculté à Metz, engagés dans un mouvement de résistance pour un autre, en 41 à Toulon pour un autre, voire fin 41, début 42 pour un dernier, pétainiste installé en Tunisie qui commença alors à réviser son jugement. Un marin qui servait sur un aviso vichyste n'a même entendu parler du général de Gaulle qu'en mai 1942, par un officier canadien, après avoir déserté à Diégo-Suarez à la suite du bombardement de son bateau. L'appel du général de Gaulle a suscité un vif espoir: "Enfin un vrai Français!". Ce fut, dit l'un, "un soulagement qu'un général reprenne le flambeau", "une immense espérance ". Enthousiasme, confiance, espoir, admiration, approbation de l'attitude du général sont les sentiments dominants. Ce fut aussi dès cette époque que les plus jeunes, qui rejoindront de Gaulle en 1942 ou 1943, prirent leur décision, entendant ou ayant connaissance de cet appel.

 

 

 

Comment se sont-ils engagés ?

 

 

On ne saurait résumer les modalités d'adhésion à la France Libre. Motivations et modalités ont beaucoup varié au cours des trois ans que dura l'aventure de la France Libre puis de la France Combattante, appellation retenue à partir de juillet 1942. L'aventure collective des 129 pêcheurs de l'île de Sein, massivement ralliés en juillet 1940, qui amena le général de Gaulle à s'exclamer "L'île de Sein, c'est donc le quart de la France" ne reflète pas la réalité statistique (1).

 

Il y eut certes des Bretons ralliant l'Angleterre à la rame. Mais les ralliements de candidats à l'engagement venant directement de France devinrent difficiles à partir de novembre 1940, en raison de la surveillance des côtes effectuée par les Allemands. Les engagements s'étalèrent par ailleurs dans le temps, revêtirent les formes les plus diverses et un certain nombre des gens aujourd'hui considérés comme Français libres ont servi en France occupée, dans des mouvements de résistance liés au BCRA ou à la DGER. Les engagements dans la résistance intérieure furent par nature discrets et il n'est pas toujours certain que les principaux acteurs aient eu conscience de l'appartenance ou non de leur réseau à la France Libre. Il y eut en fait autant d'aventures que d'hommes et ce furent souvent des épopées. L'un, aspirant, a gagné l'Angleterre par bateau avec 12 hommes de sa section, en juin 1940, partant de Saint-Jean-de-Luz. Un autre a traversé la Manche à la godille avec son frère, un troisième a embarqué à Paimpol avec 41 élèves de l'école de marine marchande de Paimpol, un quatrième a gagné l'Angleterre à 14 ans et demi pour s'engager alors qu'il n'avait pas 16 ans. Un autre fit six cents kilomètres à vélo avec un ami pour gagner Brest. Les derniers volontaires qui purent rejoindre l'Angleterre le firent à partir de la côte basque sur des bateaux polonais.

 

Quelques volontaires ont déserté de Syrie, en camions militaires ou à pied, dès l'été ou l'automne 40 pour rejoindre les forces anglaises en Egypte ou en Transjordanie, un autre a quitté sa famille et ses enfants à Nouméa pour aller s'engager dans les SAS en Angleterre, un autre encore a gagné l'Afrique du Sud par mer, venant de Djibouti, à bord d'un voilier. D'autres ont eu plus de " chance ", étant par exemple présents comme militaires à Douala à l'arrivée de Leclerc, en août 1940.

 

Ils venaient de tous les territoires d'Outre-Mer ralliés à la France Libre. Source : Fondation de la France Libre

 



Quelques rares aviateurs rejoignirent l'Angleterre avec leur appareil, voire avec des appareils italiens ou allemands volés. D'autres, plus nombreux, purent gagner Gibraltar ou l'Egypte. Du 26 au 30 juin, sept appareils parvinrent ainsi à se poser à Gibraltar, dix autres le firent entre le 5 et le 11 juillet. Des marins de la marine de Vichy ont déserté de leur bateau, l'un par exemple en rade de Pointe-Noire, l'autre à la Martinique pour s'engager à New-York, un autre, marin du commerce, s'est jeté à l'eau d'un cargo vichyste au large de Gibraltar. Plusieurs, lassés de servir à bord de bâtiments attendant à la Martinique la fin des hostilités, selon les ordres du gouverneur fidèle au régime de Vichy, l'amiral Robert, désertèrent avec des embarcations de fortune vers Sainte Lucie, d'où ils rejoignirent New-York. Beaucoup, 15 % environ, sont passés par l'Espagne et presque tous ont connu le dur camp de Miranda, après le commissariat d'Irun ou les prisons de Saragosse ou de Burgos. Très peu étaient passés par des réseaux et la grande majorité a tenté l'aventure sans passeur, avec des amis ou d'autres résistants. Beaucoup doivent leur libération après quelques mois à l'intervention du consulat ou de l'ambassade anglaise en Espagne. Peu d'unités constituées rallièrent les FFL, venant de France métropolitaine. Quelques rares officiers entraînèrent dès 1940 leur compagnie ou leur batterie, partant de Chypre ou de Syrie vers l'Egypte britannique où elles formeront le 1er bataillon d'infanterie de marine. Le gros des forces vint des territoires de l'Empire, telle la colonne Leclerc en Afrique Équatoriale ou le bataillon du Pacifique. La Légion Étrangère, dont une partie resta fidèle à Vichy, fournit la 13e demi-brigade de la Légion Étrangère, venant de Narvik via l'Angleterre, que son colonel entraîna au complet en Afrique équatoriale. (1)

 

En novembre 1940, les Sénans représentaient un tiers des 350 volontaires FNFL finistériens, qui constituaient 10% des effectifs totaux. Les ralliés ne représentaient pas pour autant 10 % de la population totale.

 

 

 

La diversité des FFL



Tous les FFL n'ont pas adhéré dès juin 1940 aux convictions du général de Gaulle. Certains ne s'y sont ralliés que tardivement. Un jeune limougeaud, ingénieur de formation explique ainsi qu'incorporé dans les Chantiers de jeunesse d'août 1941 à juin 1942, il était surtout préoccupé par la musique, étant affecté à la fanfare, et le fonctionnement du poêle à bois de son baraquement. Il n'a commencé à se sentir concerné par la guerre qu'après l'occupation de la zone libre, lorsqu'il a vu les Allemands réquisitionner son immeuble. Et il lui a encore fallu un an de maturation, ayant repris ses études, avant de décider de rejoindre en juillet 1943, non pas le général de Gaulle, mais l'armée française ayant repris le combat.

 

Motivation, sensibilité, conviction ont donc fortement varié de juin 1940 à juillet 1943.

 

 

 

Une démarche individuelle



Il est donc très difficile d'établir un profil type des FFL. Ils ont en commun d'avoir été jeunes : 70 % avaient moins de 30 ans, 18,5 % moins de 20 ans, célibataires à 70 %, d'être majoritairement issus de milieux plutôt modestes, d'origine surtout urbaine. 75 % n'avaient pas dépassé le niveau de l'enseignement secondaire. Beaucoup venaient de Bretagne ou d'Alsace-Lorraine, d'Afrique du Nord ou de l'Empire. Un quart était militaire de carrière engagé en 1939, la moitié étant sous les drapeaux en 1940 et la majorité (65 %) était issue de milieux sensibles aux valeurs patriotiques.

 

Mais être FFL, c'est avant tout une démarche individuelle, un choix, certes fait à des époques différentes, dans des situations différentes, mais un choix assumé, souvent individuellement, parfois collectivement, comme l'équipage du sous-marin «Rubis» qui se prononça, par vote secret, ou comme ces cinq pilotes, qui dès le 20 juin 1940, décidèrent de rallier Gibraltar avec leurs avions et qui furent abattus par la DCA qui ne les reconnut pas. Cette démarche individuelle, ce volontariat assumé, c'est toute la différence avec les soldats de l'armée d'Afrique, qui ont repris le combat, sur l'ordre de leurs chefs, après novembre 1942, avant de s'illustrer dans les combats d'Italie.

 

 

site internet externe : Fondation de la France Libre

Source : Fondation de la France Libre

1930 - 1940 La ligne Maginot

 

En 1919, l'Alsace et la Lorraine redeviennent des provinces françaises. Mais rien n'est acquis à jamais. Conscient du caractère éphémère des garanties du Traité de Versailles, le gouvernement français veut à tout prix éviter qu'une invasion semblable à celle de 1914 puisse à nouveau se produire.


Une "Commission de Défense du Territoire" est créée et placée sous l'autorité du Général Guillaumat. Elle propose en 1925 l'édification d'un "système discontinu de régions fortifiées" le long de toute la frontière de l'Est, de la mer du Nord à la Méditerranée. Succédant en 1929 au ministre de la Guerre, Paul Painlevé, André Maginot fait voter par le Parlement, le 14 janvier 1930, un budget de 2,9 milliards de francs pour construire, en cinq ans, une nouvelle ligne de défense fortifiée, quasi continue, qui portera bientôt son nom.

 

La ligne Maginot. Source : onwar.com



Sur plus de 700 kilomètres, des Ardennes au Sud de l'Alsace, mais aussi de la Savoie à la Côte d'Azur, cette « Grande Muraille » de béton et d'acier sera constituée de trois types d'ouvrage d'artillerie, partiellement enterrés et reliés entre eux par des galeries souterraines donnant également accès à des casernements, des casemates à vivres, des soutes à munitions et des usines de production d'électricité.

 

Plan général de la salle de commande des machines de ventilation de l'ouvrage fortifié du Hackenberg  (Moselle) de la Ligne Maginot. Des soldats du 164e RIF (Régiment d'Infanterie de forteresse) s'y affairent.  Décembre 1939 - Mars 1940. Source : SCA - ECPAD



On construisit au total 44 gros ouvrages d'artillerie, 62 ouvrages moyens d'infanterie, 365 casemates, 17 observatoires, 89 abris d'intervalle, plus de 150 tourelles de tous types, des milliers de blockhaus légers et toute une infrastructure arrière de voies ferrées, de routes militaires et de casernements. A l'intérieur des plus grands ouvrages, des trains électriques relient les blocs d'artillerie aux soutes à munitions et au casernement où pourront séjourner des régiments d'infanterie de forteresse (RIF), des régiments d'artillerie de position (RAP) et des unités du Génie et des Transmissions totalisant jusqu'à 1 000 hommes.

 

Des soldats et ouvriers construisent un ouvrage fortifié de la ligne Maginot en Moselle. 1939-1940. Source : ECPAD

 

Héritière d'une vieille tradition militaire de la fortification, la "Ligne Maginot" restera inachevée, malgré le 1,77 milliard de francs voté en complément du budget initial, lorsque, le 10 mai 1940, Hitler fait envahir la Hollande, la Belgique et le Luxembourg, puis marcher sur Paris. Quand l'Armistice sera signée, le 25 juin 1940, les 25 000 hommes affectés à la Ligne Maginot combattront derrière les lignes allemandes.

 

Il faudra un ordre du Grand Quartier Général français pour les contraindre à abandonner leurs armes, leurs munitions et leur position. Ce n'est d'ailleurs que le 4 juillet 1940 que les défenseurs de l'ouvrage du Michelsberg s'y résigneront et prendront contre leur gré le chemin de la captivité en Allemagne.

 

 



La Ligne Maginot n'est pas qu'une succession d'ouvrages de béton sans grand intérêt au plan architectural. C'est aussi un ensemble de galeries souterraines que l'on peut parcourir en wagonnets, tractés par des petites locomotives électriques et conduisant à des installations qui témoignent des progrès de la technologie française au début du XXe siècle dans le domaine de la construction mécanique, de la production d'électricité, du conditionnement de l'eau et de l'air ...

 

C'est là aussi que parfois, pour vaincre leur isolement, les mobilisés de 1939 ont peint, comme les hussards du Second Empire et les poilus de 1914-18 l'avaient fait sur les murs intérieurs des forts Séré de Rivières, des fresques qui témoignent du talent artistique de certains d'entre eux et de l'influence de Walt Disney, en France, dans les années 30 ...

 

 

site internet externe : La ligne Maginot

Source : MINDEF/SGA/DMPA Daniel Bax Pierre Hervet 7/11/2002

Les passages à travers les Pyrénées ariégeoises 1940-1944

 

Les passages à travers les Pyrénées ariégeoises 1940-1944

 

Les Pyrénées

 

A la suite de l'Armistice de Rethondes du 22 juin 1940 entre la France et le Reich Hitlérien. Le pays est séparé en deux par une ligne de démarcation séparant la zone nord, occupée par les troupes allemandes, de la zone sud placée sous l'autorité du gouvernement de Vichy présidé par le maréchal Pétain. Malgré le contrôle serré des autorités d'occupation, cette zone devient le lieu de transit pour de nombreuses personnes fuyant le régime nazi ou voulant poursuivre le combat au sein de la France Libre du général de Gaulle.

 

Il s'agit donc de franchir la frontière des Pyrénées dans le but de rejoindre une ambassade alliée tout en évitant les prisons espagnoles et le refoulement en France. Anglais, Belges, Polonais notamment mettent rapidement en place des réseaux d'évasion pour leurs ressortissants et les premiers Français libres. Ces réseaux vont s'étoffant pendant toute la durée du conflit : "Bourgogne", "Bret-Morton", "Grimaud", "Wi-Wi", "Wisigoth-Lorraine", etc. Ils diversifient leurs misions : renseignement, passage d'aviateurs, de prisonniers de guerre évadés, Français ralliant la France Libre et réfractaires du service du travail obligatoire, Juifs et autres réprouvés du nazisme. Les passages se multiplient à travers les vallées de l'Ariège. A côté des gardes frontières du régime de Vichy, les conditions géographiques et climatiques rendent d'autant plus difficiles et périlleuses les traversées. Les compétences et le courage des habitants sont mis à contribution : frontaliers français d'origine sociale diverse, réfugiés républicains espagnols des chantiers de travail.

 

 


 

Itinérairesd'évasion balisés des Pyrénées ariégeoises

 

 



Dans chaque cas la procédure est la même: les évadés passent de résistant à résistant, chacun maillon d'une grande chaîne humaine. Ces résistants locaux fournissaient habits, nourriture et cache en prenant de grands risques pour eux même. Ayant atteint la montagne, les hommes sont alors regroupés dans un endroit secret et réparti en petits groupes pour affronter l'ascension nocturne finale vers la frontière espagnole.

 

En 1942, le retournement de situation en faveur des Alliés, qui débarquent en Afrique du Nord, s'accompagne d'un durcissement de la position allemande : la France est totalement occupée à partir de novembre et les troupes d'occupation s'imposent comme unique force de surveillance de la frontière avec l'Espagne.

 

Une nouvelle étape est franchie en février 1943. La région est déclarée zone interdite alors même que les rafles de Juifs augmentent et que l'obligation de partir travailler en Allemagne se fait plus pressante. Les candidats à l'évasion toujours plus nombreux incitent les guides à prendre davantage de risques : les pistes sont de plus en plus escarpées, les groupes s'accroissent. Plusieurs autres sentiers d'évasion ont donc été pratiqués près de St Girons, chacun seulement connu par son guide ou passeur, alors que les villes et villages frontaliers comme Foix, Tarascon, Aulus les Bains, Massat, Castillon, Seix et Sentein a chacun un réseau de sentiers secrets menant vers la frontière espagnole. Leur sacrifice et leur audace permettent ainsi de soustraire 33 000 personnes aux régimes fascistes. Parmi ceux-là 782 ont passé les hautes montagnes de l'Ariège. Le nombre maximum est atteint en juin 1943 lorsque 113 évasions sont réussies.

 

Itinéraires de passage Couserans

 

Départ Saint-Girons – Alos – Sentenac d’Oust – Col de la Core (1395m)

- Col de Soularil (1579m) – cabanne de Subéra (1499m)

- Col des Crabérous (2382m) – cabanne d’Espugue (2192m) – Col du Pecouch (1494m)

- Refuge des Estagnous (2246m) – l’Etang Rond (1929m)

- Col de la Pale de la Claouère (2522m)

- Alos d’Isil (Espagne : 1161m)

- Arrivée Esterri d’Aneu

 

 

Itinéraires de passage Tarasconnals

 

Départ Tarascon – rocher de Miglos (1708m) – pla de Montcamp (1905m) – col du SASC 51796M°

- Col du Pic Taillat (1959m) – Pas de l’Escalier (1791m)

- Cap de la Serre de Font Candrasse (2114m)

- Pas des Egues (2284m) – la Hunarde (2226m)

- Pas de Bouc (2389m) – etang Blaou

- Port de Siguier (2396m)

- Arrivée Ordino (Andorre)

 

Ornolac
A l'entrée de la station thermale d'Ussat-les-Bains, l'Hôtel du Parc étant alors un centre d'accueil pour réfugiés polonais, militaires français et polonais ont rejoint les rangs de l'armée polonaise par cette escale.

 

 

Saint-Girons
Stèle symbolisant le point de départ du "Chemin vers la Liberté" (Saint-Girons - Seix - Estérri).

 

 

Au col de la Core
(Sentenac d'Oust), le monument rend hommage aux passeurs des cantons de Castillon, Oust et Saint-girons.

 

 

Sentennac d'Oust
Grange de passeur

 

 

Seix (Aunac)
Le monument marque un point de passage sur le chemin de la liberté.

 

 

Aulus-les-Bains
En 1942-1943, 686 Juifs sont astreints à résidence à Aulus-les-Bains par le régime de Vichy. Les passeurs du Couserans permettront à quelques dizaine d'entre eux d'échapper à la déportation.

 

 

A Vicdessos
cette plaque commémore le souvenir des passeurs et évadés qui ont emprunté les itinéraires au départ de ce lieu.

 

 

Miglos
Plaque en hommage aux passeurs et évadés de France au Roc de Miglos.

 

 

Monument de Tarascon-sur-Ariège
dédié aux évadés qui ont franchi les Pyrénées afin de reprendre le combat en passant par les vallées tarasconnaises : des mains de prisonniers écartent les barreaux de leur prison. RN 20.

 

 

Ax-les-Thermes
Itinéraire emprunté par le réseau "Grimaud" et le réseau "Halard", qui ont aidé à 450 personnes à s'évader.

 

Le parcours de mémoire que vous nous proposons ici rend hommage au courage de chacun.

 

 

Source : Sur les traces des passeurs. Passages à travers les Pyrénées ariégeoises 1940-1944, Foix, SEDAC, s.d. (Tourisme de Mémoire).

La Résistance en Haute-Vienne (87)

Surnommé « le préfet du maquis », le lieutenant-colonel Guingouin commandant les FFI en Haute-Vienne est une figure emblématique de la résistance.

 Quelques dates clés :

 

- Août 1940 : appel à la lutte de Georges Guingouin, premiers contacts à Limoges pour une résistance organisée

 

- Septembre 1941 : première opération armée de Georges Guingouin

 

- Fin 1941 : organisation des mouvements Combat, Franc Tireur, Libération Sud à l'échelon départemental)

 

- 13 décembre 1942 : destruction de la botteleuse du ravitaillement à Eymoutiers

 

- Mai 1943 : sabotage de l'usine Wattelez au Palais sur Vienne

 

 

Le sud et l'est du département sont dominés par les monts Châlus (546 m), d'Ambazac (701 m) et Gargan (731 m) : forteresses inviolables des maquis. Georges Guingouin réussit, malgré les disparités entre réseaux (AS et FTP), à constituer un grand maquis entre Châteauneuf-la-Forêt et Chamberet. Dans cette zone, il dispose de terrains propices aux parachutages et de camps.

Au printemps 1943, les réfractaires au STO sont de plus en plus nombreux à gagner les maquis se trouvant à Eymoutiers, Saint-Léonard, Châteauneuf-la-Forêt... Ce renforcement va donner la preuve de la puissance du maquis ; il ne s'agit plus d'actions isolées mais de véritables opérations militaires. Le 10 juillet, le groupe FTP de Châteauneuf se rend à Peyrat-le-Château pour saboter une locomotive ; puis le 12, fait sauter à Bussy-Varache le canal qui alimente la centrale hydroélectrique d'Eymoutiers et sectionne le câble souterrain téléphonique qui met la base navale de Bordeaux en contact permanent avec l'état-major de la Kriegsmarine à Berlin, à La Veytisous.

 

Le 14, la coupure de la ligne des tramways départementaux isole les cantons d'Eymoutiers et de Châteauneuf du reste du département. Cette fois, c'est l'armée allemande elle-même qui est touchée par la destruction de ses organes de transmission et de transport. A partir d'août 1943, une grande campagne d'opposition au battage est lancée. Au début de l'année 1944, chaque détachement FTP envoie ses meilleurs éléments au château de La Ribeyrie (commune de Saint-Gilles-la-Forêt) qui suivront un entraînement intensif en vue d'effectuer les opérations les plus importantes.

 

 

La libération de Limoges


Cache réhabilitée de Georges Guingouin, premier maquisard de France. Source : Photo Christian Bélingard

 

 

Au début d'août 1944, malgré les consignes de son parti, Georges Guingouin, soucieux d'éviter la répétition des massacres, se refuse à donner l'assaut de la ville. Pourtant, désormais chef départemental de tous les FFI, il dispose de 14 000 hommes et de 21 escadrons de gendarmerie qui l'ont rallié. Mais, Guingouin juge préférable d'envisager un encerclement progressif à partir de son poste de commandement établi à Linards. Cette opération contribue à la paralysie qui gagne peu à peu la place. Le général Gleiniger, qui la commande, réagit en militaire et, comme son collègue de Brive, se rallie à l'idée d'une reddition « dans l'honneur » auprès de troupes régulières. Le consul de Suisse, Jean d'Albis, sert d'intermédiaire et trouve une mission interalliée pour recevoir la capitulation.

 

Source : Secrétariat d'Etat au Tourisme - délégation régionale du Limousin

Camp d'internement de Saint Pol

Prisonniers chez eux ...

 

Prisonniers chez eux...

 

Alors que la France était libérée, le camp d'internement de St-Pol retenait ceux qui ne voulaient pas partir. Septembre 1944 : le Nord se libère, l'étau se resserre autour des Allemands qui s'enferment dans la poche de Dunkerque, emprisonnant pas moins de 12.000 Allemands et 25.000 civils. Une trêve est conclue les 4 et 5 octobre afin d'évacuer presque tous les civils car quelques réfractaires, qualifiés de " bouches inutiles ", refusent de partir. Pour mieux les contrôler (et mettre main basse sur leurs vivres), les occupants créent quatre camps d'internement le 14 février 1945 à Coudekerque-Branche, Malo, Rosendaël et Saint-Pol.

 

 

Les Saint-Polois ne retrouvèrent leurs foyers qu'à la fin d'avril 1945. Photo du "Phare Dunkerquois"

 


Une organisation stricte A Saint-Pol, les civils furent enfermés entre les rues Ferrer, Etienne Dolet, Victor Hugo et Faidherbe. Les limites sont marquées par des clôtures en barbelés. Le capitaine Schmidt est nommé pour les commander et loge dans le camp. On lui adjoint un chef civil, le maire de Petite-Synthe, M. Albert Barbary, à qui est affecté l'immeuble du 5 rue Ferrer pour y installer son administration. L'édile est loin d'être inactif. Sa charge lui impose de faire l'appel des internés, de surveiller l'aspect du camp, de répartir les vivres et de servir de « juge de paix ». Plus encore, étant le seul magistrat resté dans la Poche de Dunkerque, il assure des fonctions majorales. Sa tâche est lourde car le camp de St-Pol accueille 110 internés venant de cette ville, de Fort-Mardyck, de Grande-Synthe et de Petite-Synthe.



La difficile vie quotidienne Les Allemands imposent de travailler aux internés contre mériter un maigre rationnement. Les corvées peuvent être payées mais au tarif pratiqué par les armées d'occupation (8 francs de l'heure), et ce dès l'âge de 14 ans. Il ne y avoir de « bouche inutile » pour l'amirauté allemande : les femmes sont réquisitionnées pour la lessive et des travaux de couture. Elles doivent fournir des vêtements pour la troupe qui manque de tout. Les hommes, quant à eux, sont employés à la construction et au renforcement des fortifications comme aux travaux agricoles puisque le ravitaillement manque cruellement. On s'organise comme on peut et la population élève de nombreux animaux destinés à améliorer l'ordinaire : plus de 600 lapins, presque 400 poules, des canards, des oies, des vaches et des chevaux. On manque de tout et il faut appliquer chaque jour le « système D » : pour moudre du grain, les habitants bricolent un moulin à partir d'un vélo et si les cigarettes vendues par les Allemands sont trop chères (20 francs l'unité), l'on fume des feuilles de groseilliers..

 


 

Mais la guerre continue...

 

Les Alliés continuent de pilonner Dunkerque, les camps sont aussi touchés par les bombardements. Dans les limites de St-Pol, Marcel Hivin, Charles Lantoin et Mlle Hennebile, âgée seulement de 18 ans, compteront parmi les victimes. Chaque interné avait gardé l'espoir que la guerre prendrait vite fin mais le 18 avril , une nouvelle trêve est conclue : 145 civils désignés par l'occupant quittent le camp, 3 internés de St-Pol sont du nombre. Des camions britanniques les emmènent à Lille. Le 9 mai, enfin, au terme de 85 jours d'internement, les St-Polois et les autres internés, peuvent connaître enfin la liberté pour quelques temps. En effet, l'amiral Frisius ayant reçu de Berlin l'ordre de se rendre, la capitulation prend effet dans la journée. C'est tout naturellement que les civils retournent chez eux. La liberté est de courte durée car les britanniques les emmènent tout de suite à Lille où l'on soupçonne ces réfractaires d'intelligence avec l'ennemi pour finalement les disculper. Les Anglais tiennent la ville et en proscrivent l'accès, provoquant l'incompréhension des civils : comment se fait-il que leur ville leur soit interdite alors que les Allemands ont toléré leur présence... Ce n'est que le 21 avril que l'agglomération fut rendue aux Français, fermant définitivement la parenthèse du camp de St-Pol. Les habitants peuvent revenir enfin de leur exil (notamment dans la Marne, l'Aube ou la Côte d'Or), un conseil municipal est réinstallé et le camp d'internement passa au rang de un mauvais souvenir.

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Les camps dans les Pyrénées-Atlantiques (64)

 

Les camps dans les Pyrénées-Atlantiques (64)

Buzy

 

GTE 526, 518. 250 personnes affectées à la construction de la centrale hydro-électrique. Camp rattaché à celui de Gurs. Activité connue en juillet 1941.

 

 

Eaux-Bonnes

 

Centre d'accueil installé dans l'établissement thermal pour internés de Gurs en mauvais état de santé. Fonctionne de 1941 à août 1942, date de transfert des Juifs à Gurs pour déportation.

 

Carte postale de la vue de Eaux Bonnes vers 1900. Source : Collection privée

 

 

Eaux-Chaudes


Chantier Fauvèges, connu par les courriers des camps en juin 1940.

 

 

Idronlée Ousse Sendets / Idron

 

Centre d'hébergement pour Espagnols installé de la Légion étrangère, puis centre d'accueil pour réfugiés Polonais. Installé dans le camp militaire, ce camp pour hommes est ouvert de juin 1940 à 1943.

 

Vue aerienne du camp d'Idron. Source : www.hemaridron.com

 

 

Izeste

 

Appelé GTE 526, le centre sert de janvier à octobre 1942.

 

 

Lahourcade


Camp, dont l'activité est connue par les courriers des camps en mai 1941.

 

 

Norente


Ce GTE est employé entre avril 1941 et octobre 1942.


 

Pau

 

Carte postale colorisée du panorama de Pau. Source : Collection privée
 

 

  • Stade Camp de rassemblement, rattaché à celui de Gurs, pour Juifs étrangers, suspects. Les internés étaient installés sous tentes. Les lieux sont encore utilisés en 1943.
  • Prison Lieu de détention ferme pour Français et Allemands soupçonnés d'espionnage, les militants politiques condamnés à la prison ferme après avoir transité par l'îlot B de Gurs.
  • Hôpital Annexe dont l'activité est relevée dans les courriers des camps d'avril à juin 1942.
  • Maternité (départementale) Annexe citée dans les courriers des camps en décembre 1942.

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

Les camps d'internement dans les Hautes-Pyrénées (65)

 

Les camps d'internement dans les Hautes-Pyrénées

 

Gare de Lannemezan. Source : Memrial-genWeb

 

L'internement dans des Hautes-pyrénées s'inscrit dans la politique générale d'accueil des réfugiés espagnols et polonais du gouvernement Daladier. Le réseau de camps mis en place par le général Ménard est réutilisé par l'Etat français pour sa politique policière et xénophobe. Le maillage constitué dans la région de Tarbes renforce le dispositif du camp de Gurs (Pyrénées Atlantique).

 

 

 

  • Le camp de Bagnères de Bigorre, dit GTE 525, connu par la correspondance est fermé en novembre 1941 et réouvert en mars de l'année suivante.

 

Vue générale de Bagnères-de-Bigorre au début du XXe siècle. Source : Collection privée.

 

  • Situé à Pontis, le camp de Fontbelle est ouvert le 1er avril 1940. Composé de baraques en bois et appelé "compagnie spéciale de travailleurs militaires 1 et 2", il rassemble des hommes de nationalité française au motif de "individus dangereux pour la sécurité nationale". Les détenus ont été transférés à l'été 1940 à Fort Barraux (Isère), en centre de séjour surveillé.
  • Installé dans l'hôpital psychiatrique, le centre de Lannemezan fonctionne de 1941 à 1944. Il accueille 255 pensionnaires, ressortissants du Reich, juifs, Tsiganes, internés provenant de Gurs en raison de leur état de santé. Quatre-vingt-huit juifs y décèderont.
  • La commune de Lourdes a servi de centre d'accueil entre 1941 et l'été 1943 : des Polonais, puis des internés du camp de Gurs en mauvais état de santé. En août 1942 et février 1943 une partie des pensionnaires est transférée à Gurs pour être ensuite déportée.
  • Le "camp de prestataires" de Luz-Saint-Sauveur, ouvert en août 1940 a compté quatorze prestataires dont quelques uns résidaient à Gèdre (Pyrénées Orientales).
  • La CTE de Pragnères, annexe de Gurs, a utilisé la main d'oeuvre internée afin de construire sa centrale hydro-électrique.
  • Saint-Pé-de-Bigorre a abrité le groupement de travailleurs étrangers 318. Fermé en avril 1941, il est à nouveau utilisé en octobre 1942.
  • La cité de Tarbes a été une CTE de 250 personnes à partir du 17 octobre 1939. Elles ont travaillé pour les arsenaux et fonderies de la défense nationale. La prison, dont l'activité est attestée en décembre 1940 a été utilisée comme lieu d'internement pour des hommes français jugés indésirables (militants socialistes, communistes et anarchistes). Ces individus, transférés de l'îlot "D" de Gurs, étaient en attente d'un jugement.

 

Gare de Tarbes. Source : Collection privée

 

Source : Laharie Claude, Le camp de Gurs, 1985.

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