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Qui étaient les Français libres ?

 

Qui étaient les Français libres ?

 

"Des hommes partis de rien" (René Cassin)

 Le général de Gaulle passe en revue les premiers volontaires de la France Libre. Source : Fondation de la France Libre

 

 

Quand la voix du maréchal Pétain s'éleva pour appeler à l'armistice, beaucoup de Français ressentirent un lâche soulagement. Hébétée par l'offensive allemande, secouée par des semaines de bombardement, incrédule devant la vitesse d'avancée des troupes allemandes, la France de juin 1940, désorganisée et éperdue, aspirait avant tout à la paix. Une voix s'éleva alors pour dire non à une paix acceptée hors l'honneur. Le 18 juin 1940, le général de Gaulle s'adressait aux Français depuis l'Angleterre pour les inciter à poursuivre le combat et à le rejoindre en Angleterre. Des hommes, des femmes aussi, de tous les horizons, le rejoignirent alors. Ce fut l'origine des Forces françaises libres, de terre, de mer et de l'air.

 

Il n'existe pas de définition officielle de la France Libre. Est considéré comme Français libre tout individu qui a rejoint à titre individuel ou en unité constituée volontaire une unité régulière reconnaissant l'autorité du général de Gaulle ou un mouvement de la Résistance intérieure relevant de son autorité, signant un engagement valable pour la durée de la guerre avant le 1er août 1943. À partir de cette date, la totalité de l'Empire français est officiellement rentré en guerre et les engagements n'ont plus été le fait des volontés individuelles mais de la mobilisation.

 

Au-delà de cette tentative de définition, correspondant plus à des données administratives qu'à une véritable césure historique, la France Libre est avant tout caractérisée par un état d'esprit et le refus de la défaite.

 

En juillet 1940, les Forces françaises libres comportaient 7 000 hommes. Au maximum de leur développement, elles rassemblèrent 53 000 hommes. Mais pour limitées en nombre qu'elles fussent, ces forces n'en jouèrent pas moins un rôle essentiel pour la France.

 

 

Pourquoi et comment se sont-ils engagés ?


 

Soixante ans après les faits, l'historien cherche d'abord à comprendre pourquoi certains hommes se sont engagés et d'autres pas, comment certains sont arrivés à la conclusion qu'un engagement s'imposait, quitte à y laisser leurs vies. Tous les sondages faits à ce jour montrent que les motivations de l'engagement furent essentiellement patriotiques et/ou idéologiques.

 

Il fallait avant tout, pour ces volontaires, libérer la France et laver l'humiliation de la défaite. L'indépendance de la France est la motivation la plus souvent avancée, suivie de la volonté de laver l'humiliation de la défaite, bien avant la lutte contre le fascisme et le nazisme ou le salut de la république et de la démocratie.

 

Beaucoup des anciens FFL interrogés aujourd'hui justifient leur engagement en évoquant des pères ou des frères morts au combat en 1914-1918, un lorrain évoque l'annexion de la Moselle en 40, un «cataclysme» pour lui, d'autres soulignent le désir «d'avoir un chef, un drapeau et un pays à défendre», un juif rallié en 1942 parle des lois antisémites de Vichy, un autre note le retentissement des faits d'armes de Bir Hakeim.

 

Le hasard, les influences de camarades ont aussi joué, notamment pour les soldats que le hasard des combats avait amené en Angleterre en 40 et dont tous, loin s'en faut, ne choisirent pas de rester. Des effets d'entraînement ont été déterminants, pour prés de 13 % des engagés, dont l'opinion a basculé du fait du ralliement du territoire où ils se trouvaient ou de l'engagement d'amis.

 

Graphique sondage sur la motivation des FFL à s'engager. Source : Fondation de la France Libre

 



Le choix fut parfois aussi quelque peu contraint, notamment pour les équipages des bateaux de commerce ou de bâtiments auxiliaires arraisonnés, internés en Angleterre ou aux Bermudes, ou encore pour quelques mousses embarqués par hasard sur le "Massilia", en tant que garde d'honneur, ou plus tard, rarement toutefois, stimulé par une désignation au titre du STO. Les marins arrachés à leurs bateaux par les Royal Marines anglais le 3 juillet 1940 durent se déterminer sur le champ et à Plymouth, seuls 200 marins sur 2 500 choisirent la poursuite du combat.

 

 

 

L'appel du général de Gaulle


 

De Gaulle n'est pas apparu immédiatement comme le recours providentiel et seule une minorité a entendu directement son appel, ou plutôt ses appels. Tel futur FFL l'a entendu le 17 juin, à 10 heures du soir, à Paris, plusieurs autres le 18 juin en Angleterre où certains avaient déjà décidé de poursuivre la lutte avec les Anglais. Mais quelques acteurs disent aujourd'hui avoir entendu cet appel du 18 juin, alors qu'il s'agit manifestement, soit d'une confusion avec le discours du 22 juin, soit d'une construction de la mémoire a posteriori.

 

D'autres indiquent avoir entendu les discours du général le 21 et le 22 juin, à bord de bateaux parfois, ou en avoir entendu parler ultérieurement, par la radio australienne à Nouméa, par exemple, ou fin juin au mess des officiers de l'Air à Toulouse, ou encore par la radio fin juin en AEF. Un juif allemand l'a découvert en lisant la proclamation affichée à Montevideo par l'ambassadeur de France. Le bouche à oreille surtout a joué. Un Français a été informé par un docker anglais de Southampton, le soir du 18 juin, un autre, en Angleterre également, par des camarades, un autre dans un mess au Liban, un autre en a entendu parler étant en brousse au Gabon par un administrateur des colonies, d'autres enfin, équipages de bateaux arraisonnés, à Crystal Palace à Londres, où ils étaient internés. Beaucoup de jeunes métropolitains ont été informés qui par un père, qui par un oncle ou par des camarades. Mais l'appel du général n'a touché que tardivement certains, durant l'été 40 par des conversations pour les uns, fin 40, par des camarades de faculté à Metz, engagés dans un mouvement de résistance pour un autre, en 41 à Toulon pour un autre, voire fin 41, début 42 pour un dernier, pétainiste installé en Tunisie qui commença alors à réviser son jugement. Un marin qui servait sur un aviso vichyste n'a même entendu parler du général de Gaulle qu'en mai 1942, par un officier canadien, après avoir déserté à Diégo-Suarez à la suite du bombardement de son bateau. L'appel du général de Gaulle a suscité un vif espoir: "Enfin un vrai Français!". Ce fut, dit l'un, "un soulagement qu'un général reprenne le flambeau", "une immense espérance ". Enthousiasme, confiance, espoir, admiration, approbation de l'attitude du général sont les sentiments dominants. Ce fut aussi dès cette époque que les plus jeunes, qui rejoindront de Gaulle en 1942 ou 1943, prirent leur décision, entendant ou ayant connaissance de cet appel.

 

 

 

Comment se sont-ils engagés ?

 

 

On ne saurait résumer les modalités d'adhésion à la France Libre. Motivations et modalités ont beaucoup varié au cours des trois ans que dura l'aventure de la France Libre puis de la France Combattante, appellation retenue à partir de juillet 1942. L'aventure collective des 129 pêcheurs de l'île de Sein, massivement ralliés en juillet 1940, qui amena le général de Gaulle à s'exclamer "L'île de Sein, c'est donc le quart de la France" ne reflète pas la réalité statistique (1).

 

Il y eut certes des Bretons ralliant l'Angleterre à la rame. Mais les ralliements de candidats à l'engagement venant directement de France devinrent difficiles à partir de novembre 1940, en raison de la surveillance des côtes effectuée par les Allemands. Les engagements s'étalèrent par ailleurs dans le temps, revêtirent les formes les plus diverses et un certain nombre des gens aujourd'hui considérés comme Français libres ont servi en France occupée, dans des mouvements de résistance liés au BCRA ou à la DGER. Les engagements dans la résistance intérieure furent par nature discrets et il n'est pas toujours certain que les principaux acteurs aient eu conscience de l'appartenance ou non de leur réseau à la France Libre. Il y eut en fait autant d'aventures que d'hommes et ce furent souvent des épopées. L'un, aspirant, a gagné l'Angleterre par bateau avec 12 hommes de sa section, en juin 1940, partant de Saint-Jean-de-Luz. Un autre a traversé la Manche à la godille avec son frère, un troisième a embarqué à Paimpol avec 41 élèves de l'école de marine marchande de Paimpol, un quatrième a gagné l'Angleterre à 14 ans et demi pour s'engager alors qu'il n'avait pas 16 ans. Un autre fit six cents kilomètres à vélo avec un ami pour gagner Brest. Les derniers volontaires qui purent rejoindre l'Angleterre le firent à partir de la côte basque sur des bateaux polonais.

 

Quelques volontaires ont déserté de Syrie, en camions militaires ou à pied, dès l'été ou l'automne 40 pour rejoindre les forces anglaises en Egypte ou en Transjordanie, un autre a quitté sa famille et ses enfants à Nouméa pour aller s'engager dans les SAS en Angleterre, un autre encore a gagné l'Afrique du Sud par mer, venant de Djibouti, à bord d'un voilier. D'autres ont eu plus de " chance ", étant par exemple présents comme militaires à Douala à l'arrivée de Leclerc, en août 1940.

 

Ils venaient de tous les territoires d'Outre-Mer ralliés à la France Libre. Source : Fondation de la France Libre

 



Quelques rares aviateurs rejoignirent l'Angleterre avec leur appareil, voire avec des appareils italiens ou allemands volés. D'autres, plus nombreux, purent gagner Gibraltar ou l'Egypte. Du 26 au 30 juin, sept appareils parvinrent ainsi à se poser à Gibraltar, dix autres le firent entre le 5 et le 11 juillet. Des marins de la marine de Vichy ont déserté de leur bateau, l'un par exemple en rade de Pointe-Noire, l'autre à la Martinique pour s'engager à New-York, un autre, marin du commerce, s'est jeté à l'eau d'un cargo vichyste au large de Gibraltar. Plusieurs, lassés de servir à bord de bâtiments attendant à la Martinique la fin des hostilités, selon les ordres du gouverneur fidèle au régime de Vichy, l'amiral Robert, désertèrent avec des embarcations de fortune vers Sainte Lucie, d'où ils rejoignirent New-York. Beaucoup, 15 % environ, sont passés par l'Espagne et presque tous ont connu le dur camp de Miranda, après le commissariat d'Irun ou les prisons de Saragosse ou de Burgos. Très peu étaient passés par des réseaux et la grande majorité a tenté l'aventure sans passeur, avec des amis ou d'autres résistants. Beaucoup doivent leur libération après quelques mois à l'intervention du consulat ou de l'ambassade anglaise en Espagne. Peu d'unités constituées rallièrent les FFL, venant de France métropolitaine. Quelques rares officiers entraînèrent dès 1940 leur compagnie ou leur batterie, partant de Chypre ou de Syrie vers l'Egypte britannique où elles formeront le 1er bataillon d'infanterie de marine. Le gros des forces vint des territoires de l'Empire, telle la colonne Leclerc en Afrique Équatoriale ou le bataillon du Pacifique. La Légion Étrangère, dont une partie resta fidèle à Vichy, fournit la 13e demi-brigade de la Légion Étrangère, venant de Narvik via l'Angleterre, que son colonel entraîna au complet en Afrique équatoriale. (1)

 

En novembre 1940, les Sénans représentaient un tiers des 350 volontaires FNFL finistériens, qui constituaient 10% des effectifs totaux. Les ralliés ne représentaient pas pour autant 10 % de la population totale.

 

 

 

La diversité des FFL



Tous les FFL n'ont pas adhéré dès juin 1940 aux convictions du général de Gaulle. Certains ne s'y sont ralliés que tardivement. Un jeune limougeaud, ingénieur de formation explique ainsi qu'incorporé dans les Chantiers de jeunesse d'août 1941 à juin 1942, il était surtout préoccupé par la musique, étant affecté à la fanfare, et le fonctionnement du poêle à bois de son baraquement. Il n'a commencé à se sentir concerné par la guerre qu'après l'occupation de la zone libre, lorsqu'il a vu les Allemands réquisitionner son immeuble. Et il lui a encore fallu un an de maturation, ayant repris ses études, avant de décider de rejoindre en juillet 1943, non pas le général de Gaulle, mais l'armée française ayant repris le combat.

 

Motivation, sensibilité, conviction ont donc fortement varié de juin 1940 à juillet 1943.

 

 

 

Une démarche individuelle



Il est donc très difficile d'établir un profil type des FFL. Ils ont en commun d'avoir été jeunes : 70 % avaient moins de 30 ans, 18,5 % moins de 20 ans, célibataires à 70 %, d'être majoritairement issus de milieux plutôt modestes, d'origine surtout urbaine. 75 % n'avaient pas dépassé le niveau de l'enseignement secondaire. Beaucoup venaient de Bretagne ou d'Alsace-Lorraine, d'Afrique du Nord ou de l'Empire. Un quart était militaire de carrière engagé en 1939, la moitié étant sous les drapeaux en 1940 et la majorité (65 %) était issue de milieux sensibles aux valeurs patriotiques.

 

Mais être FFL, c'est avant tout une démarche individuelle, un choix, certes fait à des époques différentes, dans des situations différentes, mais un choix assumé, souvent individuellement, parfois collectivement, comme l'équipage du sous-marin «Rubis» qui se prononça, par vote secret, ou comme ces cinq pilotes, qui dès le 20 juin 1940, décidèrent de rallier Gibraltar avec leurs avions et qui furent abattus par la DCA qui ne les reconnut pas. Cette démarche individuelle, ce volontariat assumé, c'est toute la différence avec les soldats de l'armée d'Afrique, qui ont repris le combat, sur l'ordre de leurs chefs, après novembre 1942, avant de s'illustrer dans les combats d'Italie.

 

 

site internet externe : Fondation de la France Libre

Source : Fondation de la France Libre

1930 - 1940 La ligne Maginot

 

En 1919, l'Alsace et la Lorraine redeviennent des provinces françaises. Mais rien n'est acquis à jamais. Conscient du caractère éphémère des garanties du Traité de Versailles, le gouvernement français veut à tout prix éviter qu'une invasion semblable à celle de 1914 puisse à nouveau se produire.


Une "Commission de Défense du Territoire" est créée et placée sous l'autorité du Général Guillaumat. Elle propose en 1925 l'édification d'un "système discontinu de régions fortifiées" le long de toute la frontière de l'Est, de la mer du Nord à la Méditerranée. Succédant en 1929 au ministre de la Guerre, Paul Painlevé, André Maginot fait voter par le Parlement, le 14 janvier 1930, un budget de 2,9 milliards de francs pour construire, en cinq ans, une nouvelle ligne de défense fortifiée, quasi continue, qui portera bientôt son nom.

 

La ligne Maginot. Source : onwar.com



Sur plus de 700 kilomètres, des Ardennes au Sud de l'Alsace, mais aussi de la Savoie à la Côte d'Azur, cette « Grande Muraille » de béton et d'acier sera constituée de trois types d'ouvrage d'artillerie, partiellement enterrés et reliés entre eux par des galeries souterraines donnant également accès à des casernements, des casemates à vivres, des soutes à munitions et des usines de production d'électricité.

 

Plan général de la salle de commande des machines de ventilation de l'ouvrage fortifié du Hackenberg  (Moselle) de la Ligne Maginot. Des soldats du 164e RIF (Régiment d'Infanterie de forteresse) s'y affairent.  Décembre 1939 - Mars 1940. Source : SCA - ECPAD



On construisit au total 44 gros ouvrages d'artillerie, 62 ouvrages moyens d'infanterie, 365 casemates, 17 observatoires, 89 abris d'intervalle, plus de 150 tourelles de tous types, des milliers de blockhaus légers et toute une infrastructure arrière de voies ferrées, de routes militaires et de casernements. A l'intérieur des plus grands ouvrages, des trains électriques relient les blocs d'artillerie aux soutes à munitions et au casernement où pourront séjourner des régiments d'infanterie de forteresse (RIF), des régiments d'artillerie de position (RAP) et des unités du Génie et des Transmissions totalisant jusqu'à 1 000 hommes.

 

Des soldats et ouvriers construisent un ouvrage fortifié de la ligne Maginot en Moselle. 1939-1940. Source : ECPAD

 

Héritière d'une vieille tradition militaire de la fortification, la "Ligne Maginot" restera inachevée, malgré le 1,77 milliard de francs voté en complément du budget initial, lorsque, le 10 mai 1940, Hitler fait envahir la Hollande, la Belgique et le Luxembourg, puis marcher sur Paris. Quand l'Armistice sera signée, le 25 juin 1940, les 25 000 hommes affectés à la Ligne Maginot combattront derrière les lignes allemandes.

 

Il faudra un ordre du Grand Quartier Général français pour les contraindre à abandonner leurs armes, leurs munitions et leur position. Ce n'est d'ailleurs que le 4 juillet 1940 que les défenseurs de l'ouvrage du Michelsberg s'y résigneront et prendront contre leur gré le chemin de la captivité en Allemagne.

 

 



La Ligne Maginot n'est pas qu'une succession d'ouvrages de béton sans grand intérêt au plan architectural. C'est aussi un ensemble de galeries souterraines que l'on peut parcourir en wagonnets, tractés par des petites locomotives électriques et conduisant à des installations qui témoignent des progrès de la technologie française au début du XXe siècle dans le domaine de la construction mécanique, de la production d'électricité, du conditionnement de l'eau et de l'air ...

 

C'est là aussi que parfois, pour vaincre leur isolement, les mobilisés de 1939 ont peint, comme les hussards du Second Empire et les poilus de 1914-18 l'avaient fait sur les murs intérieurs des forts Séré de Rivières, des fresques qui témoignent du talent artistique de certains d'entre eux et de l'influence de Walt Disney, en France, dans les années 30 ...

 

 

site internet externe : La ligne Maginot

Source : MINDEF/SGA/DMPA Daniel Bax Pierre Hervet 7/11/2002

Les passages à travers les Pyrénées ariégeoises 1940-1944

 

Les passages à travers les Pyrénées ariégeoises 1940-1944

 

Les Pyrénées

 

A la suite de l'Armistice de Rethondes du 22 juin 1940 entre la France et le Reich Hitlérien. Le pays est séparé en deux par une ligne de démarcation séparant la zone nord, occupée par les troupes allemandes, de la zone sud placée sous l'autorité du gouvernement de Vichy présidé par le maréchal Pétain. Malgré le contrôle serré des autorités d'occupation, cette zone devient le lieu de transit pour de nombreuses personnes fuyant le régime nazi ou voulant poursuivre le combat au sein de la France Libre du général de Gaulle.

 

Il s'agit donc de franchir la frontière des Pyrénées dans le but de rejoindre une ambassade alliée tout en évitant les prisons espagnoles et le refoulement en France. Anglais, Belges, Polonais notamment mettent rapidement en place des réseaux d'évasion pour leurs ressortissants et les premiers Français libres. Ces réseaux vont s'étoffant pendant toute la durée du conflit : "Bourgogne", "Bret-Morton", "Grimaud", "Wi-Wi", "Wisigoth-Lorraine", etc. Ils diversifient leurs misions : renseignement, passage d'aviateurs, de prisonniers de guerre évadés, Français ralliant la France Libre et réfractaires du service du travail obligatoire, Juifs et autres réprouvés du nazisme. Les passages se multiplient à travers les vallées de l'Ariège. A côté des gardes frontières du régime de Vichy, les conditions géographiques et climatiques rendent d'autant plus difficiles et périlleuses les traversées. Les compétences et le courage des habitants sont mis à contribution : frontaliers français d'origine sociale diverse, réfugiés républicains espagnols des chantiers de travail.

 

 


 

Itinérairesd'évasion balisés des Pyrénées ariégeoises

 

 



Dans chaque cas la procédure est la même: les évadés passent de résistant à résistant, chacun maillon d'une grande chaîne humaine. Ces résistants locaux fournissaient habits, nourriture et cache en prenant de grands risques pour eux même. Ayant atteint la montagne, les hommes sont alors regroupés dans un endroit secret et réparti en petits groupes pour affronter l'ascension nocturne finale vers la frontière espagnole.

 

En 1942, le retournement de situation en faveur des Alliés, qui débarquent en Afrique du Nord, s'accompagne d'un durcissement de la position allemande : la France est totalement occupée à partir de novembre et les troupes d'occupation s'imposent comme unique force de surveillance de la frontière avec l'Espagne.

 

Une nouvelle étape est franchie en février 1943. La région est déclarée zone interdite alors même que les rafles de Juifs augmentent et que l'obligation de partir travailler en Allemagne se fait plus pressante. Les candidats à l'évasion toujours plus nombreux incitent les guides à prendre davantage de risques : les pistes sont de plus en plus escarpées, les groupes s'accroissent. Plusieurs autres sentiers d'évasion ont donc été pratiqués près de St Girons, chacun seulement connu par son guide ou passeur, alors que les villes et villages frontaliers comme Foix, Tarascon, Aulus les Bains, Massat, Castillon, Seix et Sentein a chacun un réseau de sentiers secrets menant vers la frontière espagnole. Leur sacrifice et leur audace permettent ainsi de soustraire 33 000 personnes aux régimes fascistes. Parmi ceux-là 782 ont passé les hautes montagnes de l'Ariège. Le nombre maximum est atteint en juin 1943 lorsque 113 évasions sont réussies.

 

Itinéraires de passage Couserans

 

Départ Saint-Girons – Alos – Sentenac d’Oust – Col de la Core (1395m)

- Col de Soularil (1579m) – cabanne de Subéra (1499m)

- Col des Crabérous (2382m) – cabanne d’Espugue (2192m) – Col du Pecouch (1494m)

- Refuge des Estagnous (2246m) – l’Etang Rond (1929m)

- Col de la Pale de la Claouère (2522m)

- Alos d’Isil (Espagne : 1161m)

- Arrivée Esterri d’Aneu

 

 

Itinéraires de passage Tarasconnals

 

Départ Tarascon – rocher de Miglos (1708m) – pla de Montcamp (1905m) – col du SASC 51796M°

- Col du Pic Taillat (1959m) – Pas de l’Escalier (1791m)

- Cap de la Serre de Font Candrasse (2114m)

- Pas des Egues (2284m) – la Hunarde (2226m)

- Pas de Bouc (2389m) – etang Blaou

- Port de Siguier (2396m)

- Arrivée Ordino (Andorre)

 

Ornolac
A l'entrée de la station thermale d'Ussat-les-Bains, l'Hôtel du Parc étant alors un centre d'accueil pour réfugiés polonais, militaires français et polonais ont rejoint les rangs de l'armée polonaise par cette escale.

 

 

Saint-Girons
Stèle symbolisant le point de départ du "Chemin vers la Liberté" (Saint-Girons - Seix - Estérri).

 

 

Au col de la Core
(Sentenac d'Oust), le monument rend hommage aux passeurs des cantons de Castillon, Oust et Saint-girons.

 

 

Sentennac d'Oust
Grange de passeur

 

 

Seix (Aunac)
Le monument marque un point de passage sur le chemin de la liberté.

 

 

Aulus-les-Bains
En 1942-1943, 686 Juifs sont astreints à résidence à Aulus-les-Bains par le régime de Vichy. Les passeurs du Couserans permettront à quelques dizaine d'entre eux d'échapper à la déportation.

 

 

A Vicdessos
cette plaque commémore le souvenir des passeurs et évadés qui ont emprunté les itinéraires au départ de ce lieu.

 

 

Miglos
Plaque en hommage aux passeurs et évadés de France au Roc de Miglos.

 

 

Monument de Tarascon-sur-Ariège
dédié aux évadés qui ont franchi les Pyrénées afin de reprendre le combat en passant par les vallées tarasconnaises : des mains de prisonniers écartent les barreaux de leur prison. RN 20.

 

 

Ax-les-Thermes
Itinéraire emprunté par le réseau "Grimaud" et le réseau "Halard", qui ont aidé à 450 personnes à s'évader.

 

Le parcours de mémoire que vous nous proposons ici rend hommage au courage de chacun.

 

 

Source : Sur les traces des passeurs. Passages à travers les Pyrénées ariégeoises 1940-1944, Foix, SEDAC, s.d. (Tourisme de Mémoire).

La Résistance en Haute-Vienne (87)

Surnommé « le préfet du maquis », le lieutenant-colonel Guingouin commandant les FFI en Haute-Vienne est une figure emblématique de la résistance.

 Quelques dates clés :

 

- Août 1940 : appel à la lutte de Georges Guingouin, premiers contacts à Limoges pour une résistance organisée

 

- Septembre 1941 : première opération armée de Georges Guingouin

 

- Fin 1941 : organisation des mouvements Combat, Franc Tireur, Libération Sud à l'échelon départemental)

 

- 13 décembre 1942 : destruction de la botteleuse du ravitaillement à Eymoutiers

 

- Mai 1943 : sabotage de l'usine Wattelez au Palais sur Vienne

 

 

Le sud et l'est du département sont dominés par les monts Châlus (546 m), d'Ambazac (701 m) et Gargan (731 m) : forteresses inviolables des maquis. Georges Guingouin réussit, malgré les disparités entre réseaux (AS et FTP), à constituer un grand maquis entre Châteauneuf-la-Forêt et Chamberet. Dans cette zone, il dispose de terrains propices aux parachutages et de camps.

Au printemps 1943, les réfractaires au STO sont de plus en plus nombreux à gagner les maquis se trouvant à Eymoutiers, Saint-Léonard, Châteauneuf-la-Forêt... Ce renforcement va donner la preuve de la puissance du maquis ; il ne s'agit plus d'actions isolées mais de véritables opérations militaires. Le 10 juillet, le groupe FTP de Châteauneuf se rend à Peyrat-le-Château pour saboter une locomotive ; puis le 12, fait sauter à Bussy-Varache le canal qui alimente la centrale hydroélectrique d'Eymoutiers et sectionne le câble souterrain téléphonique qui met la base navale de Bordeaux en contact permanent avec l'état-major de la Kriegsmarine à Berlin, à La Veytisous.

 

Le 14, la coupure de la ligne des tramways départementaux isole les cantons d'Eymoutiers et de Châteauneuf du reste du département. Cette fois, c'est l'armée allemande elle-même qui est touchée par la destruction de ses organes de transmission et de transport. A partir d'août 1943, une grande campagne d'opposition au battage est lancée. Au début de l'année 1944, chaque détachement FTP envoie ses meilleurs éléments au château de La Ribeyrie (commune de Saint-Gilles-la-Forêt) qui suivront un entraînement intensif en vue d'effectuer les opérations les plus importantes.

 

 

La libération de Limoges


Cache réhabilitée de Georges Guingouin, premier maquisard de France. Source : Photo Christian Bélingard

 

 

Au début d'août 1944, malgré les consignes de son parti, Georges Guingouin, soucieux d'éviter la répétition des massacres, se refuse à donner l'assaut de la ville. Pourtant, désormais chef départemental de tous les FFI, il dispose de 14 000 hommes et de 21 escadrons de gendarmerie qui l'ont rallié. Mais, Guingouin juge préférable d'envisager un encerclement progressif à partir de son poste de commandement établi à Linards. Cette opération contribue à la paralysie qui gagne peu à peu la place. Le général Gleiniger, qui la commande, réagit en militaire et, comme son collègue de Brive, se rallie à l'idée d'une reddition « dans l'honneur » auprès de troupes régulières. Le consul de Suisse, Jean d'Albis, sert d'intermédiaire et trouve une mission interalliée pour recevoir la capitulation.

 

Source : Secrétariat d'Etat au Tourisme - délégation régionale du Limousin

Camp d'internement de Saint Pol

Prisonniers chez eux ...

 

Prisonniers chez eux...

 

Alors que la France était libérée, le camp d'internement de St-Pol retenait ceux qui ne voulaient pas partir. Septembre 1944 : le Nord se libère, l'étau se resserre autour des Allemands qui s'enferment dans la poche de Dunkerque, emprisonnant pas moins de 12.000 Allemands et 25.000 civils. Une trêve est conclue les 4 et 5 octobre afin d'évacuer presque tous les civils car quelques réfractaires, qualifiés de " bouches inutiles ", refusent de partir. Pour mieux les contrôler (et mettre main basse sur leurs vivres), les occupants créent quatre camps d'internement le 14 février 1945 à Coudekerque-Branche, Malo, Rosendaël et Saint-Pol.

 

 

Les Saint-Polois ne retrouvèrent leurs foyers qu'à la fin d'avril 1945. Photo du "Phare Dunkerquois"

 


Une organisation stricte A Saint-Pol, les civils furent enfermés entre les rues Ferrer, Etienne Dolet, Victor Hugo et Faidherbe. Les limites sont marquées par des clôtures en barbelés. Le capitaine Schmidt est nommé pour les commander et loge dans le camp. On lui adjoint un chef civil, le maire de Petite-Synthe, M. Albert Barbary, à qui est affecté l'immeuble du 5 rue Ferrer pour y installer son administration. L'édile est loin d'être inactif. Sa charge lui impose de faire l'appel des internés, de surveiller l'aspect du camp, de répartir les vivres et de servir de « juge de paix ». Plus encore, étant le seul magistrat resté dans la Poche de Dunkerque, il assure des fonctions majorales. Sa tâche est lourde car le camp de St-Pol accueille 110 internés venant de cette ville, de Fort-Mardyck, de Grande-Synthe et de Petite-Synthe.



La difficile vie quotidienne Les Allemands imposent de travailler aux internés contre mériter un maigre rationnement. Les corvées peuvent être payées mais au tarif pratiqué par les armées d'occupation (8 francs de l'heure), et ce dès l'âge de 14 ans. Il ne y avoir de « bouche inutile » pour l'amirauté allemande : les femmes sont réquisitionnées pour la lessive et des travaux de couture. Elles doivent fournir des vêtements pour la troupe qui manque de tout. Les hommes, quant à eux, sont employés à la construction et au renforcement des fortifications comme aux travaux agricoles puisque le ravitaillement manque cruellement. On s'organise comme on peut et la population élève de nombreux animaux destinés à améliorer l'ordinaire : plus de 600 lapins, presque 400 poules, des canards, des oies, des vaches et des chevaux. On manque de tout et il faut appliquer chaque jour le « système D » : pour moudre du grain, les habitants bricolent un moulin à partir d'un vélo et si les cigarettes vendues par les Allemands sont trop chères (20 francs l'unité), l'on fume des feuilles de groseilliers..

 


 

Mais la guerre continue...

 

Les Alliés continuent de pilonner Dunkerque, les camps sont aussi touchés par les bombardements. Dans les limites de St-Pol, Marcel Hivin, Charles Lantoin et Mlle Hennebile, âgée seulement de 18 ans, compteront parmi les victimes. Chaque interné avait gardé l'espoir que la guerre prendrait vite fin mais le 18 avril , une nouvelle trêve est conclue : 145 civils désignés par l'occupant quittent le camp, 3 internés de St-Pol sont du nombre. Des camions britanniques les emmènent à Lille. Le 9 mai, enfin, au terme de 85 jours d'internement, les St-Polois et les autres internés, peuvent connaître enfin la liberté pour quelques temps. En effet, l'amiral Frisius ayant reçu de Berlin l'ordre de se rendre, la capitulation prend effet dans la journée. C'est tout naturellement que les civils retournent chez eux. La liberté est de courte durée car les britanniques les emmènent tout de suite à Lille où l'on soupçonne ces réfractaires d'intelligence avec l'ennemi pour finalement les disculper. Les Anglais tiennent la ville et en proscrivent l'accès, provoquant l'incompréhension des civils : comment se fait-il que leur ville leur soit interdite alors que les Allemands ont toléré leur présence... Ce n'est que le 21 avril que l'agglomération fut rendue aux Français, fermant définitivement la parenthèse du camp de St-Pol. Les habitants peuvent revenir enfin de leur exil (notamment dans la Marne, l'Aube ou la Côte d'Or), un conseil municipal est réinstallé et le camp d'internement passa au rang de un mauvais souvenir.

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Les camps dans les Pyrénées-Atlantiques (64)

 

Les camps dans les Pyrénées-Atlantiques (64)

Buzy

 

GTE 526, 518. 250 personnes affectées à la construction de la centrale hydro-électrique. Camp rattaché à celui de Gurs. Activité connue en juillet 1941.

 

 

Eaux-Bonnes

 

Centre d'accueil installé dans l'établissement thermal pour internés de Gurs en mauvais état de santé. Fonctionne de 1941 à août 1942, date de transfert des Juifs à Gurs pour déportation.

 

Carte postale de la vue de Eaux Bonnes vers 1900. Source : Collection privée

 

 

Eaux-Chaudes


Chantier Fauvèges, connu par les courriers des camps en juin 1940.

 

 

Idronlée Ousse Sendets / Idron

 

Centre d'hébergement pour Espagnols installé de la Légion étrangère, puis centre d'accueil pour réfugiés Polonais. Installé dans le camp militaire, ce camp pour hommes est ouvert de juin 1940 à 1943.

 

Vue aerienne du camp d'Idron. Source : www.hemaridron.com

 

 

Izeste

 

Appelé GTE 526, le centre sert de janvier à octobre 1942.

 

 

Lahourcade


Camp, dont l'activité est connue par les courriers des camps en mai 1941.

 

 

Norente


Ce GTE est employé entre avril 1941 et octobre 1942.


 

Pau

 

Carte postale colorisée du panorama de Pau. Source : Collection privée
 

 

  • Stade Camp de rassemblement, rattaché à celui de Gurs, pour Juifs étrangers, suspects. Les internés étaient installés sous tentes. Les lieux sont encore utilisés en 1943.
  • Prison Lieu de détention ferme pour Français et Allemands soupçonnés d'espionnage, les militants politiques condamnés à la prison ferme après avoir transité par l'îlot B de Gurs.
  • Hôpital Annexe dont l'activité est relevée dans les courriers des camps d'avril à juin 1942.
  • Maternité (départementale) Annexe citée dans les courriers des camps en décembre 1942.

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

Les camps d'internement dans les Hautes-Pyrénées (65)

 

Les camps d'internement dans les Hautes-Pyrénées

 

Gare de Lannemezan. Source : Memrial-genWeb

 

L'internement dans des Hautes-pyrénées s'inscrit dans la politique générale d'accueil des réfugiés espagnols et polonais du gouvernement Daladier. Le réseau de camps mis en place par le général Ménard est réutilisé par l'Etat français pour sa politique policière et xénophobe. Le maillage constitué dans la région de Tarbes renforce le dispositif du camp de Gurs (Pyrénées Atlantique).

 

 

 

  • Le camp de Bagnères de Bigorre, dit GTE 525, connu par la correspondance est fermé en novembre 1941 et réouvert en mars de l'année suivante.

 

Vue générale de Bagnères-de-Bigorre au début du XXe siècle. Source : Collection privée.

 

  • Situé à Pontis, le camp de Fontbelle est ouvert le 1er avril 1940. Composé de baraques en bois et appelé "compagnie spéciale de travailleurs militaires 1 et 2", il rassemble des hommes de nationalité française au motif de "individus dangereux pour la sécurité nationale". Les détenus ont été transférés à l'été 1940 à Fort Barraux (Isère), en centre de séjour surveillé.
  • Installé dans l'hôpital psychiatrique, le centre de Lannemezan fonctionne de 1941 à 1944. Il accueille 255 pensionnaires, ressortissants du Reich, juifs, Tsiganes, internés provenant de Gurs en raison de leur état de santé. Quatre-vingt-huit juifs y décèderont.
  • La commune de Lourdes a servi de centre d'accueil entre 1941 et l'été 1943 : des Polonais, puis des internés du camp de Gurs en mauvais état de santé. En août 1942 et février 1943 une partie des pensionnaires est transférée à Gurs pour être ensuite déportée.
  • Le "camp de prestataires" de Luz-Saint-Sauveur, ouvert en août 1940 a compté quatorze prestataires dont quelques uns résidaient à Gèdre (Pyrénées Orientales).
  • La CTE de Pragnères, annexe de Gurs, a utilisé la main d'oeuvre internée afin de construire sa centrale hydro-électrique.
  • Saint-Pé-de-Bigorre a abrité le groupement de travailleurs étrangers 318. Fermé en avril 1941, il est à nouveau utilisé en octobre 1942.
  • La cité de Tarbes a été une CTE de 250 personnes à partir du 17 octobre 1939. Elles ont travaillé pour les arsenaux et fonderies de la défense nationale. La prison, dont l'activité est attestée en décembre 1940 a été utilisée comme lieu d'internement pour des hommes français jugés indésirables (militants socialistes, communistes et anarchistes). Ces individus, transférés de l'îlot "D" de Gurs, étaient en attente d'un jugement.

 

Gare de Tarbes. Source : Collection privée

 

Source : Laharie Claude, Le camp de Gurs, 1985.

Libération de la poche de La Rochelle

 

Face à l'avancée alliée à l'été 1944, Hitler ordonne aux secteurs fortifiés de la côte ouest de la France de résister.

 

Au printemps 1945, les armées de libération laissent ainsi à l'arrière des poches littorales de résistance allemande à Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire, sur l'île de Ré, l'île d'Oléron, à Royan, sur la Pointe de Grave et à La Rochelle.

 

Libération de La Rochelle. Entrée des troupes françaises. Source DMPA/SHD

 


Ce front est défendu par 100 000 hommes à l'abri derrière le puissant dispositif de l'organisation Todt du Mur de l'Atlantique : 1000 blockhaus, 1300 pièces d'artillerie protégées par des mines et des barbelés.

 

La Rochelle a été choisie pour accueillir un abri pour sous-marins sur le site de La Pallice, complété par l'anse de l'Aiguillon. Ce secteur de défense est placé sous l'autorité de l'amiral Schirlitz.

 

Incendie des réservoirs d'essence au nord de La Rochelle, le 22 juin, avant l'arrivée des troupes allemandes. Source DMPA/SHD



Les poches de Royan et de la Pointe de Grave libérées, de Larminat, commandant des forces françaises de l'ouest (FFO), masse ses troupes autour de la poche.

 

Les réseaux de résistance (Alliance, Mithridate, Famille, Acajou, Eleuthère, Gillot), actifs depuis la défaite de 1940, affrontent la Milice et la Gestapo. Ils mènent des actions de sabotage (les ouvriers réquisitionnés pour la réparation des sous-marins fragilisent les coques en y enfonçant des clous), de renseignement - notamment sur l'état des défenses allemandes et de la flotte de l'Atlantique - préparant ainsi le terrain aux troupes alliées.

 

La Rochelle. Poste F.T.P.F. Groupe de F.T.P. mettant en place une pièce d'artillerie légère. Source : DMPA/SHD

 



De Larminat charge le capitaine de frégate Hubert Meyer de mener les pourparlers. Ce dernier parvient à un accord avec l'état-major allemand le 18 octobre 1944 au terme duquel les Français s'engagent à ne pas franchir un fossé antichar autour duquel les alliés viennent d'installer un dispositif d'encerclement et les Allemands promettent de ne pas détruire les infrastructures portuaires.

 


Hubert Meyer. Source : DMPA/SHD

 

 

 

 


Larminat sait en effet que Schirlitz a ordonné aux artificiers du Reich de disposer dans les installations du port des mines de 250 kilos prêtes à exploser sur ordre. Le commandant des forces françaises de l'ouest veut obtenir la reddition pacifique des Allemands et éviter la destruction de la ville. C'est à nouveau dans ce but qu'il mandate Meyer en avril 1945.

 

Berlin aux mains des Soviétiques, Hitler mort le 30 avril, Doenitz donne l'ordre à ses troupes de se rendre. L'offensive alliée prévue pour le 1er est donc sans objet. Cependant, dans un dernier regain de combativité cependant, l'amiral allemand donne l'ordre de faire sauter le port. Celui-ci est sauvé de la destruction par la désobéissance du capitaine de corvette Erwin de Terra qui a saboté les systèmes de mise à feu.

 

La Rochelle. Premiers pourparlers pour la reddition au château de la Jarne (commandant Hemmerlé, interprête). Source : DMPA/SHD



Le 8 mai 1945, à 6h00, jour de capitulation de l'Allemagne, Schirlitz, dans son poste de commandement de Lagord, se rend sans conditions.

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

Août 1944 - La 2ème DB en Normandie

 

Débarqués sur les côtes normandes le 6 juin 1944, les Alliés luttent avec acharnement jusqu'au 30 juillet, autour de Saint-Lô et de Caen, afin d'élargir leur tête de pont et effectuer une percée victorieuse.

Depuis le 25 juillet, l'opération Cobra a permis aux forces américaines, grâce à l'aviation notamment, de prendre Coutances, Vire, Granville, Avranches.

 

 

M4 Sherman du 12e régiment de chasseurs d'Afrique de la 2e DB débarquant d'un Landing Ship Tank en Normandie en août 1944. Source : U.S. federal government, libre de droit

 

 



Le 31 juillet, la 3e armée américaine du groupe d'armées U.S. du général Bradley, récemment arrivée, se concentre à Carentan.

 

Leclerc débarque le 1er août 1944 sur la plage d'Utah. Source : ECPAD

 

Le 1er août, les 1re et 3e armées U.S. des généraux Hodges et Patton passent à l'exploitation de la brèche faite dans le front allemand. Les corps de l'armée Patton - 8e, 12e, 15e, 20e - entament une manoeuvre enveloppante vers Rennes, Angers, Le Mans. Le 4 août, le 15e C.A.U.S. atteint Mayenne ; le 20e a libéré Rennes le même jour.

 

 

Insigne de la 2ème DB.

 

 

La 2ème division blindée française fait partie du 15e corps. Formée au Maroc en août 1943, qu'elle a quitté en avril 1944 pour l'Angleterre, elle s'y était entraînée sans cesse en vue des futures opérations. Avec à sa tête le général Leclerc, la 2ème D.B. a débarqué le 1er août 1944 dans le secteur d'Utah Beach, près de Carentan. Elle rassemble plus de 5 000 véhicules, 16 000 hommes, organisés en groupements tactiques, deux compagnies médicales (où se trouvent les éléments féminins appelés les Rochambelles et les Marinettes).

 

Rassemblement d'un convoi de chars Sherman de la Division Leclerc. Photo Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA



Par Lessay, Isigny-le-Buat (Manche ), Vitré (Ille-et-Vilaine), la division entre dans la bataille. Les 8 et 9 août, elle roule vers Le Mans. Les Français atteignent Château-Gontier (Mayenne). Leclerc installe son P.C. à La Chapelle-Saint-Aubin, à 6 km au nord du Mans, où il assiste au passage de ses unités. L'objectif est Alençon avec l'appui de la 5e D.B.U.S., et des 79e et 90e D.I.U.S.

 

Itinéraire de la 2ème DB. Source : DMPA

 

 

Les Alliés combinent leurs opérations pour encercler les 5e et 7e armées allemandes en une poche, dite de Falaise (Calvados) fermée au nord par le 21e groupe d'armées britannique du général Montgomery. Les groupements tactiques français ont deux axes, par Ballon, vers Coulombiers et Louvigny. Le 10 août, de nombreux combats éclatent, au Sablon, à Doucelles. Les Français subissent des pertes sévères. Les premiers chars Sherman sont touchés par les obus allemands. Ainsi, à Mézières-sur-Ponthouin, des éléments du 12e chasseurs d'Afrique se heurtent à l'ennemi : ce dur engagement cause la mort de 17 hommes et la destruction de plusieurs chars et half-tracks.



Le lendemain, La Hutte est atteint, mais l'ennemi y défend l'important carrefour sur la route Fresnay-Mamers. Canons antichars et blindés Panther prennent à partie le 12e cuirassiers. Le char Dijon, touché, brûle au carrefour. Dans le secteur, les chars Brest, Paimpol, Reims, Chartres, Compiègne, détruits, sont incendiés, leurs équipages tués. Les pertes avoisinent la trentaine de morts. Mais peu à peu, les villages de Beaumont, Juillé, Louvigny, Les Mées, Champfleur, Fyé, sont libérés. L'ennemi est bousculé. Leclerc entre à Bourg-le-Roi, anime la progression de ses troupes. En pleine nuit, il atteint avec une patrouille le faubourg sud d'Alençon, qu'il observe avant de se retirer en Jeep vers son P.C.

 

 

Entre la 2e D.B. et son objectif se situe la forêt d'Ecouves, tenue par les Allemands. Leclerc décide de prendre l'obstacle à revers. Le 12, la division blindée traverse Alençon où les habitants crient leur allégresse. En deux jours, le G.T. Dio fonce vers le nord-ouest, atteint Carrouges en bousculant la 2e panzer S.S. tandis que le G.T. Langlade oblique en direction de Carrouges par Fontenai, Rouperroux, La Roche-Mabile. A leur droite, le G.T. Billotte contourne la forêt par l'est, arrive à Sées, fonce par Mortrée, Vrigny, Fleuré, et le 1er Spahis marocains se détache sur Argentan, à travers la 116e panzer.

 

 

Un G.M.C. de la 2ème DB traverse alençon. Source : Musée du débarquement d'Utah Beach



A Sées, des éléments du G.T.B. ont obliqué à l'ouest, se rabattant en pleine forêt sur le G.T.L. pour faire jonction malgré la 9e panzer. Partout, les combats éclatent. Des chars Panther sont détruits à Francheville. Les Sherman des G.T.D. et G.T.B. atteignent Ecouché. Le pont sur l'Orne y est conquis en coupant les colonnes ennemies. Leclerc installe son P.C. à Fleuré. Les Français tiennent solidement leur front devant lequel passent de flanc les unités allemandes des 5e et 7e armées, quasiment encerclées, refluant vers l'Eure.

 

La poussée franco-américaine presse les forces ennemies vers le nord, contre les Britanniques, les embouteillant à Trun. Leur trafic en retraite est interrompu les 18, 19 août dans le secteur de Chambois transformé en nasse par la jonction des Polonais et des Canadiens, les Français tenant la Dives. La 80e D.I.U.S. tient Argentan, la 11e D.B. britannique est à Ecouché. Plus loin au sud-est, entre le 15 et le 18 août, les Américains ont libéré Orléans, Chartres, Dreux. Le 21, ils prennent Mantes-la-Jolie, Fontainebleau, Sens, commencent à traverser la Seine.

 

La 2e D.B. se trouve alors toujours près d'Argentan. Leclerc y attend impatiemment d'avancer sur Paris qui vient de s'insurger. C 'est le 22 août que le général Bradley lui donne le feu vert. Depuis Fleuré, Leclerc lance son "mouvement immédiat sur Paris" où ses premiers chars vont entrer le 24 au soir.

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

La fin de la guerre du Pacifique

Après le 8 mai 1945, la guerre s'est poursuivie quelques mois encore en Extrême-Orient et dans le Pacifique.

 

 

Le général Leclerc paraphe l'acte de capitulation japonais à bord du "Missouri", 2 septembre 1945.
Source : Australian War Memorial - libre de droit

 

Pour bien des Français aujourd'hui, la capitulation du IIIe Reich, le 8 mai 1945, signifie la fin de la Seconde Guerre mondiale. La guerre qui se déroule depuis 1937 en Extrême-Orient, et sur le théâtre du Pacifique entre 1941 et 1945, loin, certes, de l'Europe, et perçue comme un face-à-face essentiellement nippo-américain, tend à s'effacer de leur mémoire collective.

 

Pourtant, non seulement les plus grandes batailles aéronavales de toute l'histoire s'y sont déroulées, mais l'occupation de l'Extrême-Orient par les Japonais, soucieux de réunir à leur profit la «Grande Asie Orientale», a directement contribué à la dislocation des empires coloniaux, tout particulièrement en Indochine. Après les foudroyants succès des Japonais dans le Pacifique et en Asie de l'Est, qui leur valurent de contrôler dès 1942 un espace de 8 millions de km2, les Américains bombardèrent massivement plusieurs grandes villes japonaises, dont Tokyo en avril 1942, et mobilisèrent leurs ressources pour lancer une puissante contre-offensive, par «sauts de puce», dans deux directions ; le Pacifique central (amiral Nimitz); les Philippines (général Mac Arthur). Mal préparés à une guerre longue, les Japonais commencèrent à refluer, île après île, sous les assauts des Marines : Midway en juin 1942, Guadalcanal en février 1943, Leyte en octobre 1944, Iwo Jima en février 1945, Okinawa en avril...

 

 

La résistance farouche des Japonais



De plus, à partir de juin 1944, des flottes entières de «superforteresses volantes » - les B-29, nouveaux bombardiers à Ions rayon d'action - pilonnèrent le Japon, sans épargner aucune cible, pas même les grandes agglomérations urbaines, pour désorganiser la vie économique et briser le moral des populations civiles.

 

Les 9 et 10 mars, 279 B-29 déversèrent par vagues successives plus de 1 600 tonnes de bombes sur Tokyo, provoquant d'innombrables dégâts matériels et la mort d'au moins 80 000 personnes, sans compter un nombre supérieur de blessés.

 

La résistance des Japonais, contraints à la défensive depuis 1943, en partie du fait de l'épuisement de leurs matières premières et de leur insuffisante production de guerre, n'en resta pas moins farouche et déterminée : en avril 1945, les pertes américaines s'élevaient encore à 1 000 morts en moyenne par jour... Puisant dans la tradition nationale des Samourai et du seppuku (harakiri), les combattants furent exhortés à sacrifier leur vie selon le code japonais de l'honneur militaire, plutôt que de se rendre. Des dizaines de milliers d'hommes assiégés se donnèrent ainsi la mort, par suicides individuels ou collectifs. Officiellement volontaires, souvent très jeunes et mal formés, 3 450 Kamikazes - littéralement, «vent des dieux» - périrent de la sorte en 1944-1945, pour un résultat qui, sans être marginal (environ 32 navires américains coulés, 285 endommagés), ne fut jamais décisif.

 

 


 

En finir avec la guerre, Hiroshima, Nagasaki



Le 8 mai 1945, la capitulation allemande scella le sort du Japon.

 

À Postdam, le 26 juillet, les Alliés demandèrent solennellement sa reddition sans condition. Mais l'amiral Suzuki, qui avait succédé comme Premier ministre au général Tojo, rejeta l'ultimatum le 28. Vaincue dans le Pacifique, soumise à des bombardements de plus en plus intensifs, sur mer comme dans l'archipel, l'armée impériale, forte encore d'environ deux millions d'hommes dans l'archipel, se préparait plus que jamais à la perspective d'une bataille décisive en territoire japonais. En effet, il existait depuis 1944, parmi d'autres, un plan américain de débarquement terrestre au Japon. Celui-ci devait commencer avec l'invasion de Kyu Shu, en novembre 1945 (opération Olympic), puis de Honshu (opération Coronet), et engager des moyens jusqu'alors jamais rassemblés. Mais les états-majors avaient calculé que l'invasion du Japon jusqu'à la victoire totale coûterait entre 220 000 et 500 000 morts américains. Le prix à payer paraissait exorbitant pour une victoire virtuellement acquise, même si, depuis lors, les historiens américains ont révisé ces estimations à la baisse.


Surtout, depuis la mort de Roosevelt, la diplomatie soviétique suscitait une inquiétude croissante parmi les Alliés, comme au Japon : en faisant traîner les discussions secrètes que ce dernier avait sollicitées et obtenues de l'URSS en juin 1945, Staline ne misait-il pas sur une prolongation du conflit en Extrême-Orient pour être en mesure d'y prendre une part et étendre ensuite sa domination sur de nouveaux territoires, tout particulièrement l'île d'Hokkaido ? Aussi, pour couper court aux manoeuvres soviétiques, vis-à-vis desquelles il considérait que son prédécesseur avait été trop conciliant, le Président Harry Truman prit-il la décision, le 17 juillet, de se servir de « l'arme nouvelle», testée secrètement la veille dans le désert du Nouveau-Mexique.

 

 

 

Les ruines d'Hiroshima depuis le toit de l'hôpital de la Croix-Rouge, après le bombardement du 6 août 1945.
Source: W.wolny, ibiblio.org Post-Work. Libre de droit

 

 

Sans nul doute, l'emploi de la bombe nucléaire au Japon, encouragé par les plus proches conseillers civils du Président, malgré les réticences de ses conseillers militaires, répondait bien plus à des nécessités politiques que militaires, ce qui allait engendrer plus tard de nombreuses controverses... Une première bombe atomique, lancée depuis un bombardier B-29 que son commandant, le colonel Paul Tibbets, avait baptisé Enola Gay, atteignit Hiroshima, la septième plus grande ville japonaise, le 6 août à 8h 15. «Mon Dieu, qu'avons-nous fait?», s'interrogea le copilote en constatant la puissance de l'explosion et en voyant s'élever une gigantesque colonne de fumée de 12 km de hauteur.

 

Au moins 80 000 personnes périrent dans l'explosion, 70 000 autres furent blessées (1) ; 60% de la superficie totale de la ville fut détruite. Faute de réponse du gouvernement nippon, la seconde des deux bombes atomiques que les Américains possédaient fut jetée le 9 sur Nagasaki, le jour même où les Soviétiques, conformément à un accord conclu quelques mois plus tôt entre Staline et Roosevelt, déclenchaient leur offensive contre le Japon, occupant bientôt la Mandchourie, la Corée et le sud de Sakhaline. En quelques secondes, deux grandes villes industrielles avaient été rayées de la carte.

 

Mais le monde, bientôt «figé dans la dramaturgie de la guerre froide», allait être soigneusement tenu à l'écart de la dimension humaine de ce drame, aggravé par la découverte progressive des effets à long terme des radiations atomiques. Le 14 août, obsédé par l'avance des troupes soviétiques au point d'occulter totalement le bombardement de Nagazaki en conseil des ministres (2), le gouvernement japonais finit par accepter les termes de l'ultimatum lancé à Potsdam, perdant d'un coup toutes ses conquêtes territoriales.

 

2 Septembre 1945: les représentants du Japon à bord de USS Missouri (BB-63) au cours de la cérémonie de remise. Source : Army Signal Corps Collection in the U.S. National Archives. Libre de droit

 

 

La capitulation du Japon


Capitulation du Japon, Baie de Tokyo, 2 septembre 1945.
Le général de l'armée Douglas MacArthur, Commandant suprême des forces alliées, lisant son discours d'ouverture de la cérémonie de capitulation à bord de l'USS Missouri (BB-63), le 2 septembre 1945. Les représentants des forces alliés sont derrières lui. Source : Gouvernement fédéral des États-Unis, libre de droit.

 

 

Le 2 septembre, sur le pont du Missouri, ancré en rade de Tokyo, le général Mac Arthur présidait la cérémonie de reddition du Japon.

Le général Leclerc, qui venait d'être désigné par le général de Gaulle pour prendre la tête d'un corps expéditionnaire en Indochine, signa pour la France l'acte de capitulation. La présence d'un représentant du gouvernement français s'expliquait par le fait que le général de Gaulle, convaincu que la France devait payer l'impôt du sang en Indochine pour conserver son empire et son rang, avait, dès le 9 décembre 1941, déclaré la guerre au Japon et lancé un appel à la résistance aux populations d'Indochine.

 

De fait, avec la complicité active des Britanniques, une résistance française - le pluriel serait ici préférable compte tenu des fortes divisions qui la traversèrent de la base au sommet -s'était tant bien que mal développée en Indochine. Bien que modeste et confinée jusqu'en 1944 à une poignée de réseaux insuffisamment coordonnés, elle permit néanmoins d'obtenir des renseignements sur les mouvements de troupes et de navires japonais, de sauver quelques pilotes alliés, de réceptionner du matériel et de mieux orienter les bombardements alliés sur l'Indochine, notamment celui qui permit la destruction d'un important convoi japonais en janvier 1945. Coïncidence fortuite?

 

2 septembre à bord du Missouri, dans la baie de Tokyo­, le général Yoshijiro­ Umezu signe la capitulation japonaise face au général Douglas MacArthur. Source Photograph courtesy U.S. National Archives. Libre de droit

 



Le jour même de la signature de l'acte de reddition du Japon, Ho Chi Minh proclamait l'indépendance de la République démocratique du Vietnam sur la place Ba Dinh, à Hanoi, où s'était massé une foule nombreuse, parsemée de conseillers américains. En attisant les sentiments nationalistes et anti-colonialistes des Vietnamiens tout au long de leur occupation du pays entre 1940 et 1945, en neutralisant l'administration et les troupes françaises, le 9 mars 1945, dans des conditions particulièrement humiliantes pour une puissance coloniale déjà affaiblie, les Japonais avaient créé les conditions de la prise du pouvoir par le Vietminh, auquel le gouvernement français refusa de reconnaître une quelconque légitimité.

 

 

Malgré les avertissements du général Leclerc et de certains de ses plus proches collaborateurs, la métropole, dès 1946, s'orienta délibérément vers l'épreuve de force. Pendant que la France s'enfonçait dans la guerre en Indochine, les États-Unis imposaient leur paix à un Japon dévasté. Sous la férule du général Mac Arthur, les mesures punitives (occupation militaire, désacralisation de l'empereur, jugement des criminels de guerre par le tribunal militaire international de Tokyo, purges, etc.) furent rapidement relayées par une politique de démocratisation, marquée notamment par l'adoption d'une nouvelle Constitution et l'application de nombreuses réformes économiques et sociales.

 

Il en est résulté une relation psychologique complexe et passionnelle du Japon à l'égard des États-Unis, mêlant ressentiment et reconnaissance, qui a perdurée durant plusieurs décénies.

 



Note :

 

(1) Fondé sur une estimation et non sur un décompte précis, impossible à faire, ce bilan s'est très vite aggravé. L'on estime aujourd'hui qu'entre 190 000 et 230 000 personnes auraient péri, à la fin de 1945, du fait des deux bombardements atomiques. Les sources officielles comptabilisent 285 000 victimes mais elles tiennent compte des conséquences à long terme des deux explosions et, en particulier, des effets des radiations atomiques (Réponse de Christian Kessler dans le «courrier des lecteurs», L'Histoire, n° 299, juin 2005, p. 4). Certains auteurs fournissent des bilans plus élevés encore: «entre 320 000 et 420000 morts de la bombe» (Béatrice Faillès, Hiroshima oublié, Édition n° 1, 1995, p. 10).

 

(2) Interview du professeur Tsuyoshi Hasegawa, «La vérité inavouable». Le Nouvel Observateur, 28 juillet - 3 août 2005.

 

 

Source : Pierre Journoud, chargé de recherches au Centre d'études d'histoire de la défense. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 154" - octobre 2005 pour Mindef/SGA/DMPA

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