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La musique militaire - Patrimoine et mémoire

 

De tout temps, les forces armées ont utilisé la musique comme expression vivante répondant à un besoin précis, qu'il soit d'utilité ou d'agrément. Trait d'union dans les relations avec la nation, l'art musical militaire reste l'un des témoins de la culture et du patrimoine militaire, avec le chant ou les orchestres.
 

Cette rétrospective explique son rôle et sa raison d'être.

 

Musique de l'infanterie de marine. Source : SGA/DMPA - Jacques Robert

 

 

En 1848, Georges Kastner, auteur d'un Manuel général de musique militaire à l'usage des armées françaises, écrit : « La musique est le plus ancien, le plus universel de tous les arts ». Elle occupe une place privilégiée dans l'histoire des peuples. Éveillant en l'homme d'agréables sensations, elle a aussi le pouvoir de développer en lui les affections les plus pures, les plus durables, les plus nobles et parfois les plus sublimes.

 

La nouba du 1er RTM lors du défilé de la Victoire en 1945, Paris. Source : 1er R.T.

 

 

Dans les armées, cet art a également pour mission d'inciter le soldat à la bravoure, d'inspirer l'enthousiasme en substituant chez le combattant l'exaltation et l'intrépidité à la crainte du péril de la mort. Mais la musique n'a pas pour unique dessein d'enflammer l'ardeur des soldats et de les aider à vaincre : dans la manoeuvre et l'exercice, au quartier, c'est elle qui réglait le pas, déterminait les évolutions, les actions, transmettait les ordres et harmonisait la vie quotidienne. Dans la marche, elle soutenait le soldat, soulageait ses labeurs et le reposait de ses fatigues. Loin du champ de bataille ou du quartier, elle a été et demeure un lien entre les communautés civiles et militaires, une vitrine des forces armées, et, bien sûr, une source de divertissement.

 

A quelque époque et dans quelque contrée que ce soit, la musique est présente au sein des armées, s'exprimant par des cris, des mélopées, bruits, instruments discordants dans certaines civilisations ; dans d'autres, devenant réglée, pleine d'harmonie, de charme ou de solennité, et avec les rythmes adaptés. Dans le domaine militaire, l'antiquité et le début de l'ère chrétienne ont utilisé la musique unique ment au combat ou comme moyen de transmission. Les instruments appartenaient alors essentiellement à trois familles : les flûtes qui étaient aussi syrinx ou flûte de pan ; les lyres ou cithares, chélys et phorminx ; les trompettes, instruments imparfaits et difficiles à jouer. À ces trois familles venaient s'adjoindre les instruments employés pour le rythme ou pour faire du bruit.

 

Progressivement, au sein du royaume de France, au Moyen Âge et surtout à l'époque de la Renaissance, la trompette devient l'instrument militaire privilégié et le tambour s'impose dans l'ensemble des troupes d'infanterie alors que les timbales restent l'apanage de la cavalerie. Les vaisseaux du royaume embarquent des musiciens; ils permettent au commandant d'affirmer son prestige. Les tambours, les trompettes puis les fifres sont les instruments par excellence utilisés sur les vaisseaux du royaume.

 

Nouba du 4e régiment de Tirailleurs tunisiens, aquarelle de A. Brenet. Source : 1er R.T.

 

 

On doit à Philidor l'Aîné, musicien de la cour, le soin d'avoir, en 1705, réalisé un recueil, certainement le premier du genre, regroupant les marches et batteries de tambours, les airs de fifres et de hautbois,
les sonneries de trompettes et les marches pour trompettes et timbales, les appels et fanfares de trompes...

 

De même s'instaure la tradition d'écrire des airs adaptés aux circonstances, aux faits marquants de la vie militaire. De ce mouvement datent certaines marches célèbres comme La marche de Turenne, Auprès de
ma blonde, Malbrough s'en va t-en guerre. Au fil des siècles, vont se succéder de multiples textes destinés à fixer les effectifs de musiciens, leurs tenues et équipements et la nomenclature instrumentale des formations
musicales au sein des armées. L'orchestre militaire se constitue alors et se différencie, peu à peu, du groupe des instruments utilisés pour les signaux.

 

La Marine, pour permettre aux marins de se divertir et pour garantir son prestige, fait appel à des instruments d'agrément comme les clarinettes, bassons, hautbois, cors... et utilise également la ressource des musiciens régionaux tels les joueurs de biniou sur les navires armés en Bretagne ou de flûte et tambourin sur les navires armés sur les côtes de Provence. Cet emploi de régionaux se perpétue encore de nos jours avec l'emploi de « bagads » et de «tambourinaires».

 

Les airs de musique militaire, les instruments et leur emploi sont en constante évolution. Ainsi va naître le Pas redoublé. La construction du Pas redoublé prend modèle sur celle du menuet, danse française à l'honneur aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il comprend schématiquement deux pièces distinctes qui s'enchaînent sans interruption et dont la première est reprise intégralement à la fin de la seconde appelée trio.

 

Le répertoire des batteries et des sonneries de l'infanterie et de la cavalerie sera renouvelé et codifié à plusieurs reprises. David Buhl, trompette de la Garde consulaire, compose en 1806 de nouvelles sonneries ; il les révise en 1825 et son travail est encore en partie utilisé de nos jours. Les instruments dits tactiques ou d'ordonnance -tambours, trompettes, fifres- sont associés aux instruments de l'orchestre militaire d'harmonie et progressivement la structure des musiques militaires actuelles se met en place.

 

À partir de 1822, les régiments sont dotés d'un nouvel instrument destiné à transmettre les signaux : le clairon, qui remplace alors le cornet et le fifre ; en 1831, sa place devient prépondérante. Une circulaire
de 1827 autorise la création de deux musiques de la Marine, l'une à Brest, l'autre à Toulon. Les grands rassemblements de musiques militaires, déjà à l'honneur au début du XIXe siècle, sont à nouveau à l'ordre du jour après la Révolution de Juillet.

 

 

Fanfare de cavalerie de la Garde républicaine. Source : SGA/DMPA - JP le Padellec

 

De l'armée professionnelle à l'armée de conscription


 

En 1840, un rassemblement de musiciens est mis à la disposition d'un compositeur de génie pour la création d'une oeuvre colossale destinée à célébrer le dixième anniversaire de la Révolution de 1830. Ce  compositeur,  Hector Berlioz, écrit à cette intention la Symphonie funèbre et triomphale. Elle est exécutée par plusieurs musiques militaires et orchestres symphoniques, des choeurs et une centaine de tambours.

 

La loi du 27 juillet 1872 provoque un bouleversement en substituant au principe d'une armée professionnelle celui d'une armée de conscription avec le service militaire obligatoire et personnel. Les musiques et fanfares sont reconstituées. À la population qui tournait le regard vers la «ligne bleue des Vosges», les musiciens en uniforme jouaient Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine, Paris Strasbourg, La marche lorraine, Sambre et Meuse...

 

La mobilisation, décrétée le 1er août 1914, rappelle musiciens, tambours et clairons de la réserve ou de la territoriale. Les directives prévoient, d'une part, pour les musiciens une double mission d'exaltation du moral des combattants et d'aide au service de santé comme brancardier, secouriste ou ambulancier ; d'autre part, pour les tambours et clairons une mission de transmission sonore des ordres.

 

Cor. Source : SGA/DMPA - Jacques Robert

 

 

La musique militaire contribue au patriotisme populaire



Après l'armistice, les formations musicales retrouvent l'audience qu'elles avaient en 1872. Prises d'armes, cérémonies patriotiques, concerts, défilés, retraites aux flambeaux, rassemblements de musiques militaires,
tournées en France et à l'étranger... vont témoigner du crédit et de la confiance accordés aux musiques militaires durant tout le XXe siècle.

 

La période de l'entre-deux guerres est ponctuée de nombreuses modifications au sein des armées. Les régiments de chars sont créés et pourvus d'une fanfare. Les régiments de transmissions se voient dotés d'une musique, les fanfares du génie et de l'artillerie sont supprimées puis rétablies.

 


Une école de formation des sous-chefs de musique voit le jour en 1930 à Courbevoie ; la musique de l'air est créée à Paris en 1936. Les fanfares de zouaves et de tirailleurs nord-africains, défilant en tenue orientale,
se multiplient avec leur nouba et se dotent d'un animal mascotte : le bélier ou le mouton. En dépit de la progression de l'antimilitarisme, du pacifisme, du développement de la musique enregistrée et de la radio,
la place des musiques militaires reste inscrite dans l'expression du patriotisme populaire.


 

De 1946 aux années 1950, l'audience des formations militaires va diminuant auprès de la population meurtrie, qui assimile leur musique au militarisme dur et au bellicisme. Les nombreuses modifications concernant les
armées, après les conflits d'Indochine et d'Algérie, conduisent à reconsidérer leur rôle. Les unités militaires sortent des casernes et avec leurs musiques ou fanfares se rapprochent de la population : les cérémonies,
les présentations des jeunes recrues aux emblèmes des unités, les concerts et aubades se multiplient dans le milieu civil. Cette action est toujours menée aujourd'hui.

 

 

 

Pour tout renseignement :

Conservatoire militaire de musique militaire de l'armée de terre (CMMAT) et son responsable patrimoine au 01 39 67 20 62.

 

Source : François-Xavier Bailleul, Chef de musique des armées, Directeur du conservatoire militaire de musique de l'armée de terre. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 163" - Juillet-Août 2006 - MINDEF/SGA/DMPA

Les camps dans le Gers (32)

Le département du Gers a développé de nombreux centres d'accueil pour les réfugiés espagnols du gouvernement Daladier, puis des camps d'internement et de détention pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les structures, relativement petites, étaient rattachées aux camp de Gurs et du Vernet.

 

Cazaubon

 

Carte postale ancienne de l'hôtel de ville de Cazaubon en 1900

 

Centre d'accueil pour les internés de Gurs de nationalité allemande en mauvais état de santé. Il est ouvert à l'été 1941 et ferme en février 1943.

 



L'Isle-Jourdain

 

Carte postale ancienne de l'Isle-Jourdain. Avenue de Toulouse

 

Camp hôpital pour les internés du camp de Gurs, soit 1260 personnes. En activité d'avril 1941 à août 1942.

 



Masseube

 

Vue d'ensemble de Masseube en 1900 - Carte postale ancienne

 

 

Les courriers des camps en parlent entre juin 1942 et septembre 1943.



Montestruc-sur-Gers

 

Carte postale ancienne de Montestruc-sur-Gers en 1900

 

Ce camp a servi de base au Groupement de Travailleurs Etrangers (G.T.E.) 862 à partir d'août 1941.

 



Montferran-Savès

 

Camp suppléant au Vernet lors du transfert de la baraque 16. Il est en activité en août 1940.

 

Sources : Laharie Claude, Le camp de Gurs, 1985.

Libération de la poche de Lorient

 

Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent sur les côtes normandes. Jour après jour, ils pénètrent un peu plus en Normandie Les lignes allemandes sont percées à Avranches les 30 et 31 juillet 1944. Début août, la route de la Bretagne est ouverte Au début de l'automne 1944, à l'exception de l'Alsace et des poches de l'Atlantique, le territoire français est totalement libéré.

 

Lorient après un bombardement, évacuation de la population. Source : DMPA/SHD

 



Le front Atlantique est défendu par 100 000 hommes à l'abri derrière le puissant dispositif de l'organisation Todt du Mur de l'Atlantique : 1000 blockhaus, 1300 pièces d'artillerie protégés par des mines et des barbelés.

 

Lorient abrite une bases de sous-marins construite à partir de l'automne 1942 complétée par une ligne de fortifications sur une longueur de 24 km, de la Laïta au Pont-Lorois et des de «tobrouks», des trous individuels. Des kilomètres de fil barbelés ont été tendus, nombre d'obstacles type hérissons de béton juchent la plage. Et des mines ont été posées un peu partout dans cette zone.



Le 1er août 1944 la 3e armée du général Patton entre en Bretagne en perçant le front à Avranches. Face à la progression alliée, soutenue par les résistants français, les forces allemandes se retirent vers les places fortes de Lorient et de Saint-Nazaire.


Le général Farmbacher, commandant de la forteresse de Lorient, quitte alors son quartier général de Pontivy et se replie à Lorient. De là, sur les ordres d'Hitler, il réorganise les troupes. Le 7 août 1944, près de 26 000 soldats allemands se retrouvent ainsi dans le réduit lorientais. Il fait ensuite miner les ponts et les itinéraires qui conduisent vers la ville et ramener les approvisionnements des magasins des environs.

 

 

 

Les contours de la poche sont stabilisés le 12 août 1944. Elle s'étend sur 50 km, de la rivière la Laïta à l'Ouest aux falaises de la rivière d'Etel à l'Est. Au-delà, les Allemands gardent également de solides positions du sud de Belz à la presqu'île de Quiberon qu'ils occupent en entier.La poche comprend aussi les îles de Groix et de Belle-Ile en mer. Des fossés antichars et de nombreux trous individuels sont creusés. Des abris sont construits. De vastes champs de mines sont établis.


 

La poche à sa formation "enferme" plus de 45 000 personnes : 20 000 civils et 26 000 soldats allemands.

 

Les mouvements de résistances se structurent peu à peu dans et autour de la zone assiégée. Dès la fermeture de la poche de Lorient, des Français passent les lignes du nouveau front pour aller rejoindre les forces françaises de l'intérieur (FFI). Dans la poche, outre des initiatives individuelles de collecte de renseignements et de sabotages, le groupe de Lorient sous l'autorité de l'officier de renseignement du 7e bataillon des FFI, Louis Hélo, joue un rôle de collecte d'informations.

 

Libération du Morbihan. Prisonniers allemands après la reddition de Lorient. Source : DMPA/SHD

 



Les camps s'organisent le long d'un front de 90 kilomètres. Les 26 000 soldats allemands de la poche de Lorient, de toutes armes, sont sous l'autorité du général d'artillerie Wilhelm Fahrmbacher. Ils disposent pour armement d'environ 500 canons de divers calibres. Les forces alliées sont constituées par les 4000 hommes de la 94e division d'infanterie du général Rollins et les 12 000 soldats du général Borgnis-Desbprdes, nommé chef des forces françaises du Morbihan, qui a reconstitué la 19e d'infanterie en y intégrant les FFI.

 

A la reddition, le colonel John Keating (à gauche), chef d'état-major, à la 66ème division américaine, et le colonel Payan , délégué français du chef d'état-major, conduisent le général nazi Fahnbacker qui a commandé les forces ennemies de la poche de Lorient au général américain Kramer, commandant la 66ème division. Fahnbacker abandonna son révolver au général Kramer. Source : DMPA/SHD

 



Les duels d'artillerie constituent les types de combats récurrents. Les objectifs sont les observatoires ennemis, notamment les clochers. Les casernements et les batteries constituent d'autres cibles. La riposte allemande est plus nuancée, car elle est contingentée dans ses stocks de munitions. L'artillerie se déchaîne si une attaque est annoncée. La commune de Guidel est la plus bombardée de la poche. Du 29 novembre 1944 au 3 février 1945, le bourg est encadré par des tirs d'artillerie réguliers, dans le but pour les Alliés d'abattre le clocher. Le 7 mai 1945, la commune essuie une dernière canonnade très intense. Les tirs d'artilleries s'accentuent jusqu'à la capitulation de la garnison allemande de Lorient. 24 5000 soldats du Reich sont faits prisonniers.

 

Poche de Lorient - Reddition allemande. Source : DMPA/SHD

 



Le 7 mai 1945, le cessez-le-feu est signé à Etel. La capitulation s'effectue le 10 mai à Caudan en présence du général Kramer, du général Rollins et du général Borgnis-Desbordes.

 

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

Les évadés de France, les infortunes de la mémoire

 

L'historien Robert Belot a consacré un ouvrage à ceux qui, sous l'Occupation, s'évadèrent de France en passant par l'Espagne.

Il livre ici une réflexion sur ce qu'il nomme les « infortunes » de leur mémoire.

 

Un événement historique

 

Des évadés de France venant d'Espagne arrivent à Alger en mai 1944. Source : DR

 


 

Notons d'abord que cette aventure a constitué un véritable événement historique. Par son ampleur : 23 000 personnes ont quitté clandestinement la France par l'Espagne, sans compter celles qui ont été tentées par l'aventure sans pouvoir réussir et celles qui ont eu un rôle dans l'organisation des filières de passage. Par sa valeur opérationnelle dans la phase armée de la Libération de la France et de l'Europe : rejoignant l'armée française en refondation en Afrique et les unités FFL, ces hommes ont participé à la reconquête, de la campagne d'Italie à la prise de Strasbourg en passant par l'île d'Elbe et la Corse. Par ses répercussions physiologiques sur les acteurs mêmes de l'évasion, liées à l'expérience douloureuse de l'internement - en Espagne ou en France -, de la déportation - pour ceux qui étaient arrêtés à la frontière -. Par l'enjeu diplomatico-humanitaire que ces évasions ont constitué pour les États impliqués (l'Espagne, les Alliés, l'Allemagne et «les» France). Par leur impact sur le jeu politique franco-français, qu'il s'agisse des relations entre le gouvernement de Vichy et l'ambassade de France en Espagne, des rapports entre la France de Vichy et la France résistante ou des liaisons entre les différentes France du refus (France d'Alger, France de Londres et Résistance intérieure). Ainsi le phénomène de l'évasion est un observatoire privilégié de la France en guerre.

 

Groupe des Passeurs de Luz à Chèze dans les hautes Pyrénnées. Source : DR

 



Enfin, cette épopée intéresse aussi l'historien par ce qu'elle lui apprend de l'homme placé en situation de rupture, quand ce qu'il doit et peut faire ne résulte plus de l'exécution d'une loi ou d'un ordre mais de l'appel de sa conscience et de son courage. À travers les nombreuses archives qu'elle a laissées, elle permet de retrouver la respiration intime de ceux qui, anonymement et spontanément, ont pris le risque de quitter l'essentiel pour bâtir cette «armée de l'évasion». L'analyse des itinéraires et des imaginaires de ces hommes du refus est une voie d'exploration pertinente du sentiment d'une partie des Français devant l'Occupation.

 

 

Un phénomène dont on n'a guère parlé



Bizarrement, ce phénomène n'a guère fait parler de lui, autrement que sous la forme des revendications des anciens évadés qui réclamaient une reconnaissance légale. Il est symptomatique que les textes qui, au lendemain de la guerre, ont fondé le droit à réparation et créé de nouveaux statuts liés aux spécificités de ce conflit, les aient ignorés en ne les dotant pas d'un statut particulier. C'est par raccroc qu'ils ont pu être rattachés au statut d'interné résistant, et encore faudra-t-il attendre l'année 1951 et l'intervention du Conseil d'État.

 

Vallée d'Aure. Maquis de Sarrancolin à la grange du "Clot dets Mourtis". Départ pour l'Espagne le 15 juin 1943. Source : DR

 



Reste à essayer de déterminer les raisons d'un tel oubli. Il y a d'abord l'image très négative qui s'est attachée à l'Espagne de Franco après la guerre, pays mis au ban de la société des nations démocratiques. Dès le lendemain de la guerre, la frontière franco-espagnole se referme. En décembre 1946, l'assemblée générale des Nations Unies demande à ses membres de rappeler leur ambassadeur. Il était difficile d'admettre que cette Espagne-là, comme l'a fait pourtant Churchill en personne, avait pu rendre un grand service, même intéressé, à la cause des Alliés, en ne refoulant pas ses «réfugiés» et, moyennant un temps d'incarcération, en les laissant repartir. Les anciens évadés ne pouvaient échapper à une question insidieuse : pourquoi avaient-ils choisi comme étape vers la liberté un pays né sous les auspices compromettants d'une collusion avec l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste ?

 

Camp de Miranda de Ebro (Espagne). Source : Dessin de Maurice Chauvet

 

 


 

 

Le deuxième facteur tient à des considérations purement franco-françaises et relève d'enjeux de mémoire. Les résistants de "l'intérieur", au moins jusqu'en 1943, ont toujours considéré qu'il convenait de lutter sur le territoire national, d'où leurs réticences vis-à-vis des Français Libres et le peu de cas qu'ils firent ensuite des évadés de France. Du côté des gaullistes, on a soupçonné les évadés de choisir prioritairement l'Afrique du Nord pour servir le général Giraud, rival du général de Gaulle. L'option entre les deux camps français, proposée aux évadés lors de leur arrivée à Casablanca, a été un drame, celui de la désunion du front du refus. Les évadés ont déploré cette situation, ils se sont parfois déchirés à cause d'elle alors que leur paysage intime était habité par un patriotisme peu politisé et peu sensible aux personnes. De plus, la France libre était faiblement implantée en Espagne, ce qui laissait le champ libre aux filières de passages giraudistes dans la main des Américains ou des Anglais.

 

Le château d'eau du camp, pour 4 000 hommes. Miranda - mai 2005. Source : Jean-Claude B. Montagné

 

 

Les évadés ont souffert de cette absence de reconnaissance, de la tendance, des deux côtés de la mémoire dominante (Résistance intérieure et France Libre), à les considérer comme des résistants "de troisième zone". Sans le vouloir, les évadés allaient contre une présentation de la Résistance attachée à gommer les aspérités du mouvement de refus, ses ambivalences, son caractère progressif et pragmatique, en un mot, tout ce qui n'allait pas dans le sens de l'affirmation spontanée et populaire de l'hostilité à Vichy, tout ce qui ne trouvait pas facilement sa place entre les deux figures fondatrices de la légitimité historique de la Résistance : le clandestin (à l'intérieur) et le Français Libre (à l'extérieur).

 

Groupe Simone Arnould-Humm près du lac d'Arrédon. Source : DR

 



Le troisième facteur tient aux modalités mêmes de l'évasion et à ceux qui l'ont organisée en Espagne. L'évasion est un acte purement individuel. Or, ces itinéraires individuels n'ont pas réussi à provoquer un imaginaire collectif, malgré la création dès 1944 d'une Union des Évadés de France à Alger. En outre, ceux qui ont créé une sorte d'ambassade dissidente en Espagne pour venir au secours des évadés n'étaient pas des figures qui pouvaient rassembler. L'ex-attaché militaire de l'ambassade de France à Madrid, le colonel Pierre Malaise, l'homme de la dissidence au sein de l'ambassade officielle, est resté contre toute raison un giraudiste absolu qui croyait trop aux Américains : condamné à mort par Vichy, puis par le pouvoir gaulliste, il «disparut» à la Libération. Quant à l'homme qui négociait pour eux avec Franco, Mgr Boyer-Mas, camérier du Pape, appelé à Burgos par Pétain quand il y était ambassadeur, il est passé progressivement du pétainisme au giraudisme puis au gaullisme. Pour les évadés, ce sauveur a été la cause de tous leurs maux. Il aimait trop à rappeler qu'il avait toujours su trouver une «complicité active» chez l'ambassadeur de Vichy en Espagne. Cette éminence grise que les événements ont placée au premier rang ne pouvait être un emblème ; elle convenait mal à la beauté et à la grandeur du geste de ces humbles soutiers de la gloire.

 

 

Source : Robert Belot, Historien, maître de conférences à l'université de technologie de Belfort-Montbéliard. Revue "Les Chemins de la Mémoire" n° 132 - Octobre 2003 pour Mindef/SGA/DMPA

Pierre Brossolette, le rude parcours d'une mémoire

 

D'innombrables lieux en France portent le nom de Pierre Brossolette qui, résistant dès 1941, rejoignit Londres en avril 1942 et fut, avec Jean Moulin, l'un des principaux artisan de l'union de la Résistance française derrière de Gaulle.

 

Or il est aujourd'hui encore surtout connu pour son mutisme sous la torture et son suicide. Comment expliquer cet apparent paradoxe ?

 

 

Un parcours d'engagement

 

 

S'il figura en très bonne place au petit nombre de ceux qui opposèrent un refus aussi ferme que précoce aux abdications de 1940, Pierre Brossolette n'avait pas attendu le désastre pour s'engager. Reçu premier à l'École Normale Supérieure en 1922, agrégé d'histoire, militant du pacifisme briandiste et du rapprochement franco-allemand à la fin des années vingt, socialiste proche de Léon Blum et franc-maçon, ce journaliste et homme de radio spécialiste de politique internationale s'était en effet progressivement imposé comme un promoteur farouche de " l'esprit de résistance ". Résistant dès 1941 au sein du groupe du Musée de l'homme puis de la Confrérie-Notre-Dame du colonel Rémy, il rejoignit Londres en avril 1942 où il s'imposa parmi les décideurs de la France combattante. De la capitale anglaise aussi bien qu'au long des trois missions clandestines qu'il effectua en France occupée, il fut, avec Jean Moulin, l'un des principaux artisans de l'union de la Résistance française derrière Charles de Gaulle.

 

Pierre Brossolette. Source : DR

 

 

Pourtant, en dépit de ce parcours d'engagements, et bien que d'innombrables lieux en France portent son nom, Pierre Brossolette est aujourd'hui surtout connu pour son mutisme sous la torture et son suicide devenu légendaire (1). L'explication de cette apparente contradiction doit être cherchée dans les aléas subis par son souvenir depuis 1944 du fait des hésitations des différentes mémoires qui ont eu à l'évoquer, mémoires nationales et officielles (2), mémoire savante des historiens et mémoire diffuse (3).

 

 

Le destin posthume de Brossolette


 

Depuis la Libération, le destin posthume de Brossolette a connu trois périodes contrastées. Au cours du véritable âge d'or que furent les années 1944-1964, le nom de cet intellectuel socialiste antimunichois devenu pionnier de la Résistance, entré en gaullisme comme on entre en religion, chantre de l'union résistante et penseur de la reconstruction de la France, fut régulièrement évoqué dans les commémorations et dans les livres, ainsi que dans la presse. Peu importait qu'il fût mort alors que son heure dans la Résistance était passée. Pour le plus grand nombre, il avait rejoint la très petite cohorte des martyrs éponymes de l'armée des ombres.

 

L'entrée des cendres de Jean Moulin au Panthéon vint interrompre ce processus de commémoration. Le 19 décembre 1964 en effet, conformément au verdict que le général de Gaulle avait rendu dans ses Mémoires de guerre (4), Moulin fut très officiellement installé dans son rôle de fédérateur des Résistances et devint la figure éponyme de l'armée des ombres. Le souvenir de Pierre Brossolette connut alors une éclipse durable. Pendant près de trente années, qu'il s'agisse de commémorations, de publications et de colloques, ou même de presse, le nom de Brossolette ne fut que rarement évoqué. Lorsque d'aucuns mentionnèrent son rôle, ce fut le plus souvent pour minorer et critiquer, ou au contraire saluer celui d'un autre soldat de l'ombre. Même la journée nationale organisée le 22 mars 1984 à l'occasion du quarantième anniversaire de sa mort ne déboucha sur rien.

 

Une troisième période s'est ouverte au début des années quatre-vingt dix. Si le parti socialiste et la radiodiffusion demeurèrent muets, tel ne fut pas le cas de la Grande Loge et du Grand Orient de France. Un frémissement de la mémoire gaulliste fut également sensible, par le truchement de La Revue de la France Libre (5) puis de la revue Espoir (6). Pour sa part, François Mitterrand voulut honorer de sa présence la commémoration du 22 mars 1994, cérémonie qui rencontra un certain écho public. Surtout, un certain nombre de travaux scientifiques ont vu le jour, à commencer par ceux de l'auteur des présentes lignes, qui ont contribué à rendre à Brossolette une place plus conforme à la réalité de son rôle historique. Depuis une dizaine d'années, quelques frémissements se sont par conséquent manifestés qui peuvent laisser penser que le chantre des « Soutiers de la gloire » n'est peut-être pas définitivement relégué au rang des seconds rôles de la Résistance.

 

 

Les aléas de la mémoire

 

Plaque commémorative à Audièrne (Finistère). Source : Les Plaques Commémoratives


 

L'étude du destin posthume de Pierre Brossolette appelle quelques remarques. En premier lieu, l'action conduite par l'objet de mémoire joue un rôle essentiel. Précurseur de la Résistance intérieure, membre de mouvement puis de réseau, Brossolette partit à Londres et passa en quelque sorte à la Résistance extérieure. Sa volonté délibérée et sans cesse réaffirmée de servir de trait d'union entre les résistances et les missions qu'il accomplit sur le sol de France achevèrent de brouiller son image de résistant. Alors que Moulin, envoyé de Londres et délégué du général de Gaulle, devint un symbole de la France combattante et celui de la France au combat, Brossolette demeura d'une certaine façon dans un « entre deux ». L'appartenance de ce franc-tireur inclassable aux services secrets gaullistes, dont la réputation fut un temps sulfureuse, ne fut pas pour clarifier les choses. Les passions et les tensions inhérentes au combat des ombres achevèrent de tout compliquer. Dans la persistance ou non d'une mémoire, l'image de la personne à commémorer est également importante.

 

Aujourd'hui, Pierre Brossolette est surtout considéré comme un pionnier de la Résistance et un héros. Mais, en le sauvant de l'oubli qui a englouti le souvenir de tant de résistants, en occultant son action avant et pendant la guerre et en transformant sa vie en destin, sa mort a en quelque sorte impliqué une lecture, c'est-à-dire une relecture du passé. Socialiste engagé mais non doctrinal avant la guerre, Brossolette critiqua fortement certains de ses camarades de parti durant le conflit et adopta des positions réformatrices et rénovatrices qu'il n'eut plus l'occasion d'expliquer à partir de septembre 1943. Comme l'ont montré les commémorations nationales de 1984 et 1994, son image en fut d'autant plus troublée que son engagement socialiste avait été clair avant la guerre. De même, gaulliste convaincu et raisonné, en quelque sorte « gaulliste de gauche » avant la lettre, c'est-à-dire marginal, attaché d'abord et avant tout à la personne et à la mystique du Général, il fut d'autant moins « récupéré » par la mémoire gaulliste qu'existait un autre personnage beaucoup plus aisé à utiliser : Jean Moulin. Il est également frappant de constater que rien ne fut entrepris, au moment de la création et de l'essor de l'ONU ou au long de la construction européenne, par les anciens militants de la Société des Nations, du rapprochement franco-allemand et de l'idée européenne pour s'appuyer sur le souvenir de leur précurseur Pierre Brossolette.



Deux autres facteurs contribuent à l'installation et à la persistance d'un souvenir. Le premier est l'existence d'une ou plusieurs personnes décidées à lutter pour la mémoire. À cet égard, le rôle de Gilberte Brossolette fut déterminant. En 1958, la perte par cette dernière de la plus grande partie de ses moyens d'influence porta un rude coup à la mémoire de son mari. L'actualité joue aussi un rôle essentiel. Les remises en cause des années soixante-dix, le procès Barbie et les attaques qui s'ensuivirent renforcèrent finalement, puisqu'il parvint à leur résister, et au détriment de tous les autres résistants, l'exemplarité et l'unicité de Jean Moulin ainsi que sa place de symbole de la Résistance dans la mémoire collective des Français.

 

Enfin, il apparaît impossible qu'un souvenir perdure dans la ou les mémoire(s) sans être peu ou prou instrumentalisé. Cette instrumentalisation peut prendre deux formes différentes. Dans le cas le plus favorable, elle est primaire, ou positive. En d'autres termes, elle résulte de l'action d'un groupe pour promouvoir le souvenir de tel ou tel. Mais elle peut aussi être secondaire, ou négative. Elle est alors le fait d'une association réagissant à l'occasion d'affrontements sur des enjeux de mémoire dans lesquels les héros morts sont utilisés comme arguments à charge ou à décharge.

 

Au final, par ses temps forts et ses éclipses, par les légitimes questionnements historiographiques qu'il suscite, ainsi que par sa soumission aux tentatives d'instrumentalisation, le souvenir de Pierre Brossolette illustre bien le difficile et quelquefois douloureux parcours de la mémoire de la Résistance depuis la Libération.

 

 

Notes

 

(1) Il se précipita du 5e étage de l'immeuble de la Gestapo où il était détenu.

(2) Dans le cas de Brossolette, mémoires du journaliste, du socialiste, du franc-maçon et du pionnier de la Résistance intérieure devenu Français combattant.

(3) Qui procède de tous les vecteurs du souvenir, en particulier les mémoires de groupe et les mémoires individuelles.

(4) Charles de Gaulle. Mémoires de guerre. L'appel 1940-1942. Paris, Livre de Poche, 1980, 443 p., p. 288 et 293.

(5) N° 269, juin 1990. N° 277, 1er trimestre 1992. N° 285, 1er trimestre 1994.

(6) N° 106, avril 1996.

 

 

Source : Guillaume Piketty, directeur adjoint des études de Sciences Po où il enseigne l'histoire et l'historiographie. Revue "Les Chemins de la Mémoire" n° 128 - Mai 2003 pour Mindef/SGA/DMPA

La ligne de démarcation

 

Le 18 avril 1959, lors d'une visite officielle à Moulins-sur-Allier, le général de Gaulle évoque la division majeure qui marque l'occupation allemande en plein coeur de la France : " Je sais tout ce qui a été fait ici. Cela est d'autant plus méritoire que vous étiez ici en bordure du drame (...) sur cette blessure constituée à travers notre pays qu'on appelle ligne de démarcation ".

 

Ligne de démarcation - poste de contrôle français - 1941. Photo Serge COMPIN - Don au centre d'interprétation de la ligne de démarcation

 

 

C'est la première fois que la ligne de démarcation est ainsi désignée publiquement par le premier des Français. Pendant l'occupation, dans ses allocutions à la BBC, le chef des Français libres a nié l'idée d'une France compartimentée de façon arbitraire par l'occupant. Pourtant, si la ligne de démarcation et ses acteurs (passeurs ou simples habitants) sont peu présents dans les commémorations, hormis une quarantaine de stèles, plaques et monuments de petite taille, inaugurés entre 1945 et 2002, force est de constater que la réalité quotidienne de la ligne a été bien plus qu'un tracé parfois imprécis sur les cartes d'état-major. Les historiens ne l'ont presque pas étudiée. Or, la ligne de démarcation est un observatoire remarquable de l'histoire de l'économie locale de treize départements divisés, de l'administration municipale, départementale et préfectorale, sans oublier de l'armée d'armistice et des forces policières.



La mémoire littéraire a retenu l'aspect le plus spectaculaire de l'histoire de la ligne de démarcation. Au premier rang des parutions, les vingt-deux volumes du colonel Rémy, rédigés entre 1964 et 1976, ont donné du passeur une vision soit « héroïque » soit plus sombre. Claude Chabrol en a même fait un film de cinéma, sorti dans les salles en 1966. Des écrivains comme Joseph Joffo, Jacques Laurent, Jean-Louis Curtis, Bernard Clavel ont retracé l'épopée romancée de plusieurs passeurs. De telles évocations n'apprennent quasiment rien à l'historien sur la vie quotidienne des riverains de la ligne, sur les flux interzones, tant humains que matériels et financiers, sur les types de « passagers » clandestins ou légaux, sur la chronologie des répressions.

 

 

 

L'instauration-surprise



Instaurée par l'article 2 de la Convention d'armistice, la ligne de démarcation principale de la France occupée parcourt treize départements sur près de 1 200 kilomètres.

 

A vrai dire, les plénipotentiaires français - et au premier chef le général Huntziger - ne s'attendaient pas au compartimentage de la France. La ligne a provoqué la rupture administrative et territoriale des eaux-et-forêts, des préfectures et sous-préfectures, des institutions judiciaires, des légions de gendarmerie, des académies, des banques nationales, de la SNCF, etc.

 

Le régime de Vichy, qui a connu le tracé très précis de la ligne seulement fin 1941 - les occupants le modifiaient régulièrement à l'échelon local -, à dû réorganiser le fonctionnement administratif du pays ; par exemple, il a été contraint de créer des légions-bis de gendarmerie dans les parties non occupées des anciennes légions divisées. La désorganisation du pays fut amplifiée par d'autres lignes de démarcation : celle du Nord-est ; la ligne qui isole l'Alsace et le département de la Moselle annexés de la zone interdite - qui disparaît en décembre 1941 -, sans compter l'instauration d'une zone côtière interdite à partir d'avril 1941. Ajoutons que le retour des Français de l'exode a été complexe à organiser au passage de la ligne en direction de la zone occupée.

 

 

 

Une " frontière " surveillée mais pas hermétique



Sur la ligne, la signalétique est généralement lacunaire, composée de panneaux, de poteaux peints aux couleurs nazies, de herses, de guérites et de barrières dans les villes et villages divisés ; en certains points, les Allemands ont même miné les abords de la ligne. Cette dernière n'est pas hermétique. Quelques centaines d'hommes (d'abord des soldats puis des douaniers allemands à partir de février 1941) ne suffisent pas à entraver la route à des milliers de clandestins qui ne possèdent par l'Ausweis - laissez-passer -, très difficile à obtenir.

 

Laissez-passer frontalier - décembre 1942. Centre d'interprétation de la ligne de démarcation, Génelard (71)

 

Laissez-passer frontalier

 


D'ailleurs les ministres de Pétain ne disposent pas de laissez-passer permanent ; seul Pierre Laval a ce privilège. En face des postes allemands, Vichy installe une surveillance française composée de soldats de l'armée d'armistice, de gendarmes, de policiers et de douaniers qui ne s'entendent pas très bien sur la nature des missions à remplir. Le téléphone entre les postes n'existe presque pas. Cependant, nombre de clandestins de la ligne doivent leur sauvetage à certains surveillants français qui les voyaient courir dans les champs au loin. Le régime collaborateur de Vichy, pris dans un engrenage de concessions croissantes à l'occupant, ne trouve jamais le moyen d'assouplir les effets négatifs de la ligne de démarcation. Hitler se détourne très vite des mesures prises sur cette dernière. Dès 1940, il a demandé la mise au point d'un plan d'occupation totale de la France.

 


 

La vie quotidienne des Français bouleversée



En 1940-1941, avec les prisonniers de guerre, la ligne est au coeur du chantage allemand.

 

Les contraintes immédiates se portent évidemment sur les riverains de la ligne de démarcation qui connaissent un statut particulier. Ils deviennent des " frontaliers " d'un nouveau genre, puisqu'ils vivent sur une " frontière " intérieure au coeur de leur pays et de leur terroir. Ils ont reçu des laissez-passer spéciaux qui les autorisent à franchir plus facilement la ligne, afin d'aller travailler la journée dans une zone pour rentrer le soir habiter dans une autre. C'est l'occasion de profiter de ces facilités aux postes allemands pour passer du courrier et des passagers clandestins sous les sièges d'un camion ou dans des tonneaux disposés sur une remorque.

 

Ligne de démarcation, hiver 1940-1941 - Digoin (71). Photo Paul Chaussard - "Echos du passé" - Don au centre d'interprétation de la ligne de démarcation

 



Dans leur ensemble, les Français subissent l'Ausweiss, les voyages interzones en train peu nombreux, mais aussi les cartes interzones, dont les premières sont imprimées au début de l'occupation et qui obligent à biffer des mentions stupides comme "je ne suis pas mort". Les transferts de fonds interzones sont interrompus un temps, puis restaurés grâce à l'installation en zone non-occupée de succursales-bis de la banque de France, du Crédit Lyonnais, de la Caisse des Dépôts et Consignations et de la Société Générale. Les occupants sont volontairement flous sur les autorisations qu'ils accordent pour les flux de marchandises, de valeurs et d'argent d'une zone à l'autre. Ils gèrent une économie de guerre de plus en plus gourmande. La ligne est aussi un moyen d'exploiter au mieux les richesses de la France. Des habitants de la ligne profitent aussi largement du marché noir, dont les demandeurs sont principalement les Allemands.

 

Carte de correspondance interzone - mars 1941 - centre d'interprétation de la ligne de démarcation, Génelard (71)

 

 

Carte de correspondance interzone

 



Des Français et des réfugiés belges, polonais, hollandais et allemands refusent cette blessure au coeur de la France et organisent des équipes familiales et des filières nationales de passages clandestins. Les premiers passeurs apparaissent dès l'été 1940. Ils sont souvent seuls et pratiquent un acte d'entraide. Puis, les services secrets anglais, les mouvements et les réseaux de résistance recherchent des passeurs pour travailler sur les deux zones et espionner les installations militaires allemandes. La confrérie-Notre-dame du Colonel Rémy a très tôt organisé les passages clandestins dans le sud-ouest grâce à Louis de la Bardonnie. Mais sur le tracé de la ligne, dans le Nord (Bretagne et Normandie notamment) et l'Est de la France, des filières très structurées font passer des centaines de fugitifs traqués ou en mission : aviateurs abattus, Juifs, prisonniers évadés, simples voyageurs de commerce. Les passages sont parfois payants, afin de nourrir et d'abriter quelques temps des candidats au passage. Cependant, certains passeurs isolés en profitent pour pratiquer des prix très élevés, notamment quand les Juifs affluent plus nombreux sur la ligne, après les rafles de l'été 1942. De faux passeurs au service des Allemands opèrent également. Mais ces derniers ne doivent pas faire oublier tous les passeurs bénévoles, dont les motivations sont à mi-chemin entre l'action "humanitaire" et l'engagement résistant.



Rappelons enfin que la ligne de démarcation est supprimée en février 1943, les Allemands occupant alors la totalité du territoire français depuis novembre 1942. Elle ne disparaît cependant pas des cartes d'état-major allemandes et certaines restrictions subsistent, notamment en matière de circulation des marchandises. Elle reste ainsi jusqu'à la fin de la guerre un moyen de pression, la menace de son rétablissement pesant sur les Français jusqu'au bout.

 

Source : Eric Allary, Docteur ès Lettres de l'institut d'études politiques de Paris, agrégé d'histoire, chercheur associé au CHEVS/FNSP et au CRHISCO de l'Université de Rennes 2. Texte rédigé pour MINDEF/SGA/DMPA

Le 1er bataillon de Fusiliers marins

 

Le 1er bataillon de Fusiliers marins est créé le 17 juillet 1940 à l'initiative de l'amiral Muselier.

 

Son commandement est confié au lieutenant de vaisseau Détroyat.

À l'issue de son entraînement à Aldershot, le bataillon embarque pour participer à l'attaque sur Dakar. Le 1er BFM rejoint ensuite l'AEF où il participe à la mise en défense des côtes et à la prise de contrôle du Gabon.

En juin 1941, il est jumelé au bataillon d'infanterie de marine de Chypre et participe aux opérations de Syrie. À la mort de son chef, en juin 1941, le 1er BFM est menacé de dissolution mais son nouveau commandant, le lieutenant de vaisseau Amyot d'Inville, parvient à s'y opposer. Transformé en unité de DCA et rattaché à la lre brigade de la France Libre, le 1er BFM participe aux opérations de Libye et de Tunisie.

 

Il se distingue au cours des combats de Bir Hakeim en mai-juin 1942. Après s'être reformé et réarmé à Beyrouth, il repart pour la Libye et suit la progression des Alliés à la poursuite des troupes italo-allemandes en retraite vers la Tunisie.

 

Devenu 1er régiment de Fusiliers marins, le 1er BFM est incorporé à la lre division motorisée d'infanterie, qui n'est autre que la lre division française libre, et prend part à la campagne d'Italie puis à la campagne de France (Toulon, Vosges, Alsace) et termine la guerre dans les Alpes. Le 1er régiment de Fusiliers marins est dissout à la fin des hostilités.

 

Source : SGA/DMPA

L'internement : La France des camps (1938-1946)

 

"Sous le titre anodin et administratif d'un document extrait des archives du Loiret, défilent, page après page, des listes interminables de noms. A travers ces noms et prénoms, adresse et domicile, lieu de naissance et destination, on découvre la liste des déportés juifs des camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers à l'été 1942. Puis dans une colonne, surgissent les dates de naissance : 1933, 1935, 1936, 1939... Ainsi apparaît, sur papier administratif, le spectacle de l'horreur absolue : la déportation des enfants. Des 3 000 à 5 000 cartons d'archives que j'ai eu à dépouiller pour mon travail sur les camps d'internement, celui-ci, par sa réalité froide, m'a le plus bouleversé".

 

Denis Peschanski.

 

 

Pithiviers. Vue générale du camp et de l'entrée. Source : SHD

 

 

A la différence de la procédure "judiciaro-policière" traditionnelle, l'internement administratif vise des personnes non pour ce qu'elles ont fait (ou sont présumées avoir fait) mais pour le danger potentiel qu'elles représentent aux yeux du pouvoir. La continuité de cette procédure exceptionnelle implique-t-elle une continuité des politiques, ou dissimule-t-elle des différences de nature ? Sans négliger les phénomènes de continuité, nous privilégions la deuxième option, celle de la rupture.

 

La première loi permettant l'internement administratif dans la période date du 12 novembre 1938. Elle visait ce qu'on appelait alors "les indésirables étrangers". Forte symboliquement, puisque c'est pour cette catégorie que le premier camp à Rieucros, en Lozère, fut ouvert, et qu'elle s'inscrivait dans un contexte xénophobe, elle ne toucha que peu de monde sous la IIIe République finissante.



Ce sont les réfugiés espagnols fuyant les armées franquistes qui représentèrent, et de loin, la catégorie d'internés la plus nombreuse entre 1938 et 1940. A la fin de la IIIe République, sur les 465 000 personnes qui passèrent la frontière en février-mars 1939, près de 350 000 avaient séjourné dans des camps de fortune. Le camp de Gurs fut érigé en quelques semaines au printemps 1939. Le gouvernement français avait souhaité construire de vastes espaces d'internement après l'improvisation du début mais on mesure à un détail combien cette politique se voulait provisoire et circonstancielle : des lucarnes de bois se valaient fenêtres sur le côté des baraques. Pendant le printemps et l'été, ces ouvertures sommaires ne posèrent pas trop de problèmes, mais avec l'arrivée de l'automne, les internés durent choisir entre le jour et le froid. Les autorités avaient simplement prévu que les camps seraient supprimés à l'été. Celui de Gurs ferma en 1945. Quelques travaux furent réalisés, mais cet épisode montre que, dans l'esprit des autorités, l'internement, mesure exceptionnelle répondant à une situation exceptionnelle, devait être très provisoire.



Avec la déclaration de guerre en septembre 1939, s'ajouta une nouvelle catégorie d'internés : les "ressortissants des puissances ennemies" : Allemands et Autrichiens (l'Autriche était rattachée au Reich depuis l'Anschluss). Des mesures de précaution peuvent s'expliquer au début d'une guerre. Mais pendant des mois, près de 20 000 personnes se trouvèrent internées au nom d'une guerre menée contre celui qui était responsable de l'émigration vers la France d'une large majorité d'entre elles : juifs persécutés ou politiques réprimés. Comment pouvaient-elles comprendre leur internement et les réticences répétées des autorités françaises à les intégrer dans l'armée françaises ? En mai 1940, une nouvelle vague d'internement dans cette catégorie toucha également les femmes. La loi du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes après la signature du double pacte germano-soviétique est bien connue. Le décret du 18 novembre 1939 va au-delà en permettant l'internement de tous "individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". La circulaire ministérielle qui suivit à l'adresse des préfets est explicite : "la nécessité s'impose d'être armé non seulement contre le fait délictueux ou criminel, mais aussi contre la volonté notoire de le commettre". Tel est bien le coeur de l'internement.

 

Camp de Rouillé, dans la Vienne, où furent internés des communistes, des gitans nomades et des condamnés pour "Marché noir". Source : SHD

 

 

La logique d'exclusion


 

Entre l'été 1940 et le printemps 1942, c'est Vichy qui eut la main en matière d'internement, et sa logique d'exclusion prima. Deux chiffres suffisent à l'illustrer : en décembre 1940, on comptait environ 50 000 internés en zone non occupée (y compris l'Afrique du Nord) ; il y en avait quelque 2 000 en zone nord. Cela ne signifie pas que la vie en zone occupée était plus facile pour les victimes. Simplement, le camp n'était pas, alors, une composante cruciale dans la stratégie de l'occupant. Ce dernier avait deux objectifs clairs : permettre au mieux la ponction des richesses du pays occupé ; assurer la sécurité des troupes d'occupation. Dans les deux cas, l'existence d'un régime français autoritaire et d'une administration autochtone efficace offrait les meilleures garanties. Dans une première étape, après bien des hésitations liées aux tractations à l'été 1940 entre PCF et occupants, ces derniers acceptèrent de céder à la pression de la police française souhaitant l'internement de communistes. Bientôt, cette obsession de la sécurité transforma les camps de zone nord en pourvoyeurs d'otages face à la lutte armée qui émergeait. En outre, des milliers de Juifs et de nomades furent internés.

 

 

Camps d'internement en France. Source : MINDEF/SGA/DMPA

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Cependant, l'internement fut avant tout caractéristique de la politique vichyste, elle-même sous-tendue par une interprétation générale de la défaite. Pour ces nouveaux gouvernants, la débâcle ne trouvait pas son origine dans des erreurs militaires. Elle s'expliquait, pour une part, par les aléas politiques récents mais l'essentiel tenait en fait au soit-disant pourrissement de la société, travaillée par ce que Pétain appela lui-même "les forces de l'anti-France", à savoir le Juif, le communiste, l'étranger et le franc-maçon. Dans une vision de complot très caractéristique de l'extrême droite française, rien ne servait de lutter contre l'occupation, qui n'était qu'un symptôme, il fallait s'attaquer aux racines du mal en régénérant la société française de l'intérieur par le rassemblement des éléments dits "purs" autour des valeurs traditionnelles (travail, famille, patrie, piété, ordre) et par l'exclusion des "impurs" responsables de la défaite. Dans cette perspective, le camp d'internement était une pièce majeure du dispositif.

 

Pour autant, la conjoncture eut aussi son mot à dire. Vichy n'avait pas les moyens de faire vivre ce réseau de centre qui, rapidement, entrèrent en crise, comme en témoigna la terrible mortalité des hivers 1941 et 1942 à Gurs. Sous la pression combinée des évènements et d'organisations d'entraide réunies et coordonnées dans ce qu'on a appelé le "comité de Nîmes", les camps se vidèrent peu à peu au point que, au début de l'été 1942, on ne comptait plus qu'environ 9 000 internés, contre 50 000 dix-huit mois plus tôt.

 


 

La logique de déportation et d'extermination

 

Vue générale du camp de Drancy (Seine-Saint-Denis). France, 1940-1944. Source : Mémorial de la Shoah/CDJC

 


 

Au printemps 1942, les camps français d'internement - tous sous administration française, sauf Compiègne et, à partir de juillet 1943, Drancy - prirent leur place dans la nouvelle logique allemande : la mise en oeuvre de la solution finale en France. Cela ne veut pas dire qu'il n'y eut plus d'internés politiques dans les camps, de nomades, de droits communs. Mais, dès lors, les camps servirent surtout d'antichambre de la mort pour les Juifs de France. Les chiffres sont connus : sur les quelques 320 000 Juifs présents en France, 76 000 furent déportés et seuls 2 500 survécurent. Ils furent environ 10 000 à avoir été livrés par les autorités de Vichy entre août et novembre 1942, soit avant l'entrée du premier allemand en zone sud.

 

Quel était le calcul de Vichy ? Le nouveau chef du gouvernement, Pierre Laval, s'imaginait pouvoir négocier la place de la France dans une Europe qui serait nécessairement nazie. Il avait un atout dans son jeu : les Juifs étrangers. Par ailleurs, lui comme René Bousquet et de nombreux hauts fonctionnaires avaient une obsession : affirmer l'autorité de l'Etat français sur l'ensemble du territoire national, quitte à prendre en charge la mise en oeuvre des objectifs de l'occupant en matière de répression et de persécution.


En cette période, ce fut donc la logique de déportation allemande qui prévalut. Mais Vichy accepta d'imbriquer sa propre politique d'exclusion dans cette logique-là. C'est aussi le moment où l'opinion française bascula. Elle fut profondément choquée par cette stigmatisation, ces rafles et ces déportations. S'il faut se garder de confondre opinion et action, cette prise de conscience aida la résistance de sauvetage menée par les organisations clandestines, comme les éclaireurs israélites de France (EIF) et le mouvement national contre le racisme (MNCR), ou par les oeuvres d'entraide présentes dans les camps, à condition, bien entendu, qu'elles associent action légale et action clandestine, comme ce fut le cas, par exemple, de l'oeuvre de secours aux enfants (OSE) ou du comité inter-mouvements auprès des évacués (CIMADE).

 

 

Le retour de la logique d'exception


 

La libération du territoire ne signifia pas la fin de l'internement mais sa mutation, à nouveau, en logique d'exception. En effet, la guerre continua de nombreux mois et il fallait assurer la sécurité sur les arrières. En outre, après quatre ans d'occupation et surtout après six mois d'une radicalisation de la répression sous la pression des miliciens, il fallait aussi organiser l'épuration. L'internement ne fut pas marginal. Au contraire, il connut même un pic, à l'automne 1944, avec plus de 60 000 internés en même temps. Il convient de rappeler la diversité des populations internées : collaborateurs soupçonnés mais aussi nomades internés depuis le 4 octobre 1940, sur ordre des Allemands, droits communs, trafiquants de marché noir ou civils allemands, souvent transférés depuis les zones de combat en Alsace et parmi lesquels la mortalité fut élevée. Le ministre de l'intérieur, Adrien Tixier, multiplia les pressions pour faire baisser au plus vite les effectifs. Son argumentation était simple : soit les internés étaient coupables et ils devaient être transférés en prison, soit on n'avait rien sur eux et ils devaient être libérés. Le dernier interné sortit en mai 1946. C'était un nomade.

 

Peu étudié et occulté de la mémoire collective jusque dans les années 1970, l'internement fut donc un phénomène massif qui toucha, de 1938 à 1946, près de 600 000 personnes. Plus de 200 camps dessinèrent ainsi une carte peu connue de la France des années noires.

 

Source : Denis Peschanski, Directeur de recherche au CNRS, Centre d'histoire sociale du XXème siècle (CHS, Université de Paris 1). Texte rédigé en décembre 2003 pour MINDEF/SGA/DMPA

Les Français parlent aux Français

 

La première radio libre inventée à Londres en 1940

 

 POM-POM-POM-POM.

 

Cet indicatif radiophonique est le plus célèbre du monde et même pour ceux qui n'étaient pas d'âge à l'écouter entre 1940-1944, ces quatre notes existent dans notre histoire comme l'indicatif qui annonçait chaque soir: «Les Français parlent aux Français».

 

  • De gauche à droite : Jacques Duchesne, Paul Bouchon, Geneviève Wisner et J.P. Granville

    De gauche à droite : Jacques Duchesne, Paul Bouchon, Geneviève Wisner et J.P. Granville.
    Source : Fondation de la France Libre



La première "radio libre", c'était en juin 1940, un programme de quelques minutes sur les ondes de la radio britannique la BBC. Au matin du 18 juin, le premier ministre Winston Churchill donne au général de Gaulle, arrivé la veille de France, l'autorisation de s'adresser le soir même à ses compatriotes dans une émission de la BBC.

 

Charles de Gaulle, pose ses gants sur la table du studio de Bush House, l'immeuble officiel de la BBC. Un technicien britannique lui demande, selon l'usage, de faire un essai de micro. "La France" dit le général, et se tournant vers la cabine technique : " Ça va comme ça ?"

 

Dans ce premier discours, le général de Gaulle va donner, ce soir-là, toutes les raisons de combattre et d'espérer, avec, en conclusion, ce grand pari devant l'histoire: "La Flamme de la Résistance française ne doit pas s'éteindre. Elle ne s'éteindra pas".

 

Dans le couloir, un homme aussi grand que le général, le journaliste Yves Morvan qui a été affecté officiellement le 12 juin 1940 au service français de la BBC ; prendra bientôt le nom de guerre, de Jean Marin avant d'être rejoint par un peintre, Jean Oberlé, Pierre Maillaud, un autre journaliste qui se fera appeler Pierre Bourdan. Arrivent encore Pierre Lefèvre, Jacques Brunius, un poète et un homme de théâtre Jacques Duchesne (Michel Saint-Denis à la scène). Il va prendre la direction de l'équipe des "Français parlent aux Français" où arriveront bientôt Franck Bauer, Pierre Dac, Maurice Diamant-Berger qui deviendra André Gillois, Maurice Schumann qui sera le porte-parole officiel de la France Libre.



Jusqu'à la libération de 1944, cette émission de radio va mettre en fureur la propagande de l'ennemi ("Radio Paris ment, Radio Paris est allemand"). Chaque soir, les Français et les Françaises, ceux des maquis et ceux qui refusent de céder à la collaboration, chaque soir plus nombreux, viendront se rafraîchir et reprendre des forces à la source de l'Espoir. "Marguerite n'a pas froid aux yeux" ou encore : "les deux pigeons se promènent sur le balcon", ces fameux messages personnels étaient attendus avec impatience dans les maquis et avec perplexité par les spécialistes de la Gestapo.

 

Dans "Les Français parlent aux Français", il y avait aussi une certaine philosophie de l'information, qu'on aurait bien tort d'oublier. Pierre Bourdan et ses amis disaient lorsque chaque soir: "nous annonçons toutes les mauvaises nouvelles, c'est pourquoi on nous croit aussi lorsque nous annonçons les bonnes nouvelles".

 

Le premier, le général de Gaulle avait compris que la radio pouvait devenir une arme redoutable dans les guerres modernes. Il l'a écrit dans ses Mémoires de Guerre : "On comprendra quelle importance nous attachions à nos brèves émissions de Londres... Tous les huit jours environ, je parlais moi-même avec l'émouvante impression d'accomplir, pour des millions d'auditeurs qui m'écoutaient dans l'angoisse à travers mes allocutions sur des éléments très simples : le cours de la guerre... la fierté nationale... enfin, l'espoir de la victoire et d'une oeuvre de grandeur pour "notre dame la France".

 

 

 

La radio



La radio de la France Libre, diffusée par la BBC depuis Londres a joué un très grand rôle pour faire connaître aux territoires occupés les nouvelles du front, transmettre les messages codés aux résistants et soutenir aussi le moral des Français.

 

Dans ce but des humoristes très connus, comme Pierre Dac, fondateur de "l'Os à Moëlle", mirent tout leur talent pour tourner en dérision les propos et les écrits des collaborateurs les plus engagés. En pastichant les chansons les plus en vogue, à la gloire de Vichy et des nazis, ils ridiculisent les auteurs pour la plus grande joie des Français qui écoutent ces émissions et ensuite en propagent le contenu.

 

 

site internet externe : Fondation de la France Libre

 

Source : Fondation de la France Libre

L'internement et la déportation dans le Grand Est

 

Peu étudié et occulté de la mémoire collective jusque dans les années 1970, l'internement est un phénomène massif qui a touché 600 000 personnes sur l'ensemble du territoire français entre 1938 et 1946.

 

200 camps reçurent ces prisonniers.


Drancy et Compiègne-Royallieu en sont sans nul doute les deux plus importants. Le premier symbolise les persécutions antisémites entreprises par les troupes d'occupation allemande et l'Etat français, le second la politique de répression menée notamment à l'encontre des Résistants. En outre, ces deux noms rappellent que les camps d'internement, lieux de contrôle et d'exclusion, furent aussi des étapes vers les camps de concentration et les centres d'extermination nazis.

Phénomène complexe, l'internement ne saurait se limiter à ces deux seuls cas. Le territoire du Grand Est en offre d'autres exemples. Ainsi, le fort d'Ecrouves, en Meurthe-et-Moselle, alors zone réservée, fut un centre de séjour surveillé qui fonctionna du 26 août 1941 au 2 septembre 1944. Il reçut près de 4000 personnes dont 1850 Juifs et parmi eux 250 enfants.

 

Les Salines royales d'Arc et Senant. Source : Photo DMPA Vincent Konzler



Les salines royales d'Arc-et-Senans, dans le Doubs, furent utilisées, du 21 mai 1941 au mois de septembre 1943 comme camp d'Internement pour les Tsiganes. Le sort réservé à cette population est particulier. Il n'y a pas eu de déportation massive de Tsiganes vers les camps de concentration nazis depuis la France. Pour autant, du fait de la sous-alimentation, de conditions d'hygiènes déplorables, de locaux insalubres, leur situation à l'intérieur des camps d'Internement fut des plus précaires.

 

En réalité, les mesures prises à l'encontre des Tsiganes par le gouvernement de Vichy avaient pour objectif de les contraindre à se sédentariser. En ce sens, l'historien Denis Peschanski reconnaît qu'il y a dans cette attitude de Vichy une continuité avec les lois adoptées sous la IIIe République, notamment celle du 6 juillet 1912 réglementant la circulation des Tsiganes et leur imposant la possession d'un carnet anthropométrique, mais surtout celle du 6 avril 1940 leur interdisant toute circulation sur le territoire français et les assignant à résidence.

 

Loi qui ne fut abrogée que le 11 mai 1946.

 

 

L'entrée du fort de Queuleu. Source : Licence Creative Commons

 

Dans l'Alsace-Moselle annexée, deux camps d'internement retiennent l'attention : Metz-Queuleu et Schirmeck. Le premier, situé dans la banlieue Sud de Metz, fut, à partir de 1943, un camp de détention pour de nombreux Résistants avant leur déportation vers les camps de concentration nazis. Le second, le camp de Vorbruck-Schirmeck, situé en Alsace, à quelques kilomètres du Struthof, dans la vallée de la Bruche, était tout à la fois camp de sûreté, camp de travail surveillé et camp de rééducation pour les alsaciens-mosellans refusant la germanisation.

 

Les déportés du KL-Natzweiler. Source : Cliché Lucien Kohler

 



Ces deux camps conduisent inévitablement vers celui de Natzweiler-Struthof, implanté en Alsace, à 800 mètres d'altitude, dans le massif Vosgien. Construit en mai 1941 et évacué en septembre 1944, ce camp de concentration, et ses quelques 70 kommandos annexes, vit passer plus de 45 000 déportés venus de toute l'Europe.

 

Près de 22 000 y trouvèrent la mort. Parmi les nombreux Kommandos liés au Struthof citons celui de Thil-Longwy, en Meurthe-et-Moselle. Dans ce camp, qui fonctionna de mai à septembre 1944, 900 déportés travaillèrent à la fabrication de pièces de V1.

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA Grand Est

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