Undefined

Vaillant et ses pairs

 

Vaillant et ses pairs

 

Le pigeon voyageur, agent de liaison

 

La capacité du pigeon à retrouver son colombier d'origine conjuguée à une exceptionnelle endurance à voler sur des distances, parfois plusieurs centaines de kilomètres, ont permis au pigeon de servir, depuis des millénaires, l'impérative exigence des hommes à correspondre entre eux.

 

De l'oiseau mythique ...

 

La première utilisation d'un oiseau messager apparaît dans l'Ancien Testament. Après le déluge, alors que les eaux ont envahi la terre, Noé lâche une colombe et celle-ci revient à l'arche avec un rameau d'olivier annonçant la paix avec Dieu. La colombe est aussi associée aux grands moments de la chrétienté, elle symbolise le Saint Esprit.

 

Dans l'Antiquité, le pigeon est vénéré et les grandes civilisations, égyptienne, perse, chinoise, greco-romaine, ont utilisé les pigeons pour transmettre des informations à caractère officiel, commercial et stratégique en temps de guerre. Le transport des messages par pigeon a été utilisé dans les pays arabes où dès la fin du VIIe siècle un véritable réseau relie les villes de Damas, Bagdad, Mossoul, Alep, Gaza, Le Caire, Alexandrie. Charlemagne fait de l'élevage du pigeon un « privilège nobiliaire » qui devient un signe de richesse - la Révolution mettra fin à ce privilège puisque désormais tous les citoyens pourront posséder des pigeons. Leur sens de l'orientation continuera d'être exploité pendant de nombreuses décennies. Les financiers l'utiliseront pour échanger des renseignements sur les cours de la bourse. Les compagnies de navigation l'emploieront pour prévenir leurs correspondants dans les ports d'arrivée et anticiper ainsi la vente des marchandises transportées. Même les agences de presse, posséderont leur propre colombier.

 

  • La lanterne magique

    La lanterne magique. Source : Source : www.museedelaposte.fr

  • Vaillant

    Vaillant. Source : www.museedelaposte.fr

  • Grossissement et transcription de dépêches - Siège de Paris

    Grossissement et transcription de dépêches - Siège de Paris. Source : www.museedelaposte.fr

  • Timbre colombophilie

    Timbre colombophilie. Source : http://www.coppoweb.com

  • « Pigeons domestiques vulgaires, du groupe des pigeons dits voyageurs » Source : Photo libre de droit

 



L'oiseau utile

 

Tout au long des siècles, le pigeon demeure cet agent de liaison irremplaçable, les conflits de 1870 et 1914-1918 et 1939-1945, confirmeront l'importance de ce coursier du ciel. En 1870, Paris est assiégée. La Seine, le chemin de fer, les routes, le télégraphe tous les moyens de communication sont sous le contrôle des Prussiens. On pense alors à utiliser la voie des airs. Se met alors en place un véritable système de transmission dans lequel les pigeons vont jouer un rôle essentiel.



Le courrier à destination de la province va quitter Paris par ballon (64 ballons entre le 18 septembre 1870 et le 28 janvier 1871 ) ; avec à son bord des pigeons. Livrés aux caprices des vents, les aérostiers franchissent les lignes ennemies. Avant d'être relâchés, les pigeons sont « équipés » pour transporter des messages à destination des assiégés. Immédiatement le système fait ses preuves mais en voyant les quelques feuilles de papier de soie utilisées, on comprend que cela s'avère insuffisant pour un trafic conséquent. Un ingénieux procédé de miniaturisation pallie cette difficulté. La photographie microfilmée, le pigeongramme, associée à une nouvelle technique de fixation sur support souple, permet de multiplier considérablement la quantité de messages. Chaque pigeon peut alors transporter des centaines de messages, non seulement des dépêches réservées aux autorités mais surtout des correspondances privées. A l'arrivée des pigeons, la minuscule pellicule est récupérée. Un projecteur appelé "lanterne magique", identique au modèle présenté, va permettre la lecture de ces « microfilms ». Recopiés à la main, les messages sont distribués aux destinataires par des facteurs.



Au total on estime que les pigeons ont ainsi transporté plus d'un million de missives permettant ainsi à Paris de garder le contact avec le reste du pays. Cette nouvelle preuve faite de l'efficacité des pigeons conduit les militaires à créer des centres d'instruction colombophile dédiés aux armées.

 

 

Un agent de liaison militaire


Pendant la Grande Guerre, chaque camp a ses "unités" de pigeons. Des camions sont spécialement aménagés en pigeonnier mobile de campagne. Ces véhicules en se déplaçant selon les mouvements de la ligne de front, permettaient de mettre en place rapidement une base de transmission efficace. Certains pigeons accomplissent de véritables exploits au point d'être distingués au même titre que les soldats. Un des plus célèbres, le « Vaillant », dernier pigeon du Commandant Raynal, lâché du fort de Vaux le 4 juin 1916, fut cité à l'ordre de la Nation. Pendant la guerre de 1939-1945, 16 500 pigeons anglais sont parachutés sur le sol français. Ils rapportent au commandement allié des renseignements sur les positions ennemies fournis par la résistance. Les messages sont contenus dans des tubes.

 

De la conférence de Munich à la Seconde Guerre mondiale

(Septembre 1938 - Septembre 1939)

 

Face à la volonté expansionniste de Hitler, les Français et les Britanniques choisirent d'abord de négocier avec lui pour tenter de limiter ses revendications et éviter la guerre. Paris et Londres partagèrent encore bien des illusions après les accords de Munich en septembre 1938. Quand les Allemands envahirent la Tchécoslovaquie à la mi-mars 1939, la France et la Grande-Bretagne tentèrent de constituer un rempart dissuasif contre le Reich et entreprirent des négociations avec Staline pour s'assurer de son alliance ou au moins de sa neutralité bienveillante en cas de conflit. Mais la signature du pacte germano-soviétique le 23 août 1939 sonna le glas des derniers espoirs de paix. Le 1er septembre, Hitler attaquait la Pologne.

 


Portrait de Hitler. Source : DR

 



Jusqu'en 1936, Hitler s'était contenté de détruire celles des clauses du traité de Versailles qui limitaient la puissance militaire et la liberté d'action de l'Allemagne. À partir de 1937, il aborda la seconde phase de son programme, celle qui devait lui permettre d'acquérir, à l'Est de l'Europe, et pour finir en Ukraine et en Russie, l' "espace vital", cœur de son idéologie et de son programme géopolitique, programme qui devait donner à l'Allemagne les moyens de dominer l'Europe, et qui fut la principale cause de la Seconde Guerre mondiale.

 

 

Reichstag de Berlin, Mars 1938: Hitler accepte l'ovation du Reichstag après l'annonce de l'annexion
"pacifique" de l'Autriche. Source : U.S. military or Department of Defense. Libre de droit

 



Dès le 4 novembre 1937, il exposa ses projets à ses principaux conseillers : le Reich annexerait l'Autriche, puis la Tchécoslovaquie, sans que la France et l'Angleterre n'osent s'interposer. Puis on établirait l'espace vital à l'Est.

 

Mars 1938 Vienne Entrée des troupes allemandes dans Vienne.
Source : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive), libre de droit

 



A partir de là les événements s'enchaînèrent : en mars 1938 ce fut l'Anschluss, en septembre 1938, à la suite de la crise des Sudètes (population de langue allemande de Tchécoslovaquie dont Hitler exigea le rattachement au Reich) et de la conférence de Munich, ce fut le démantèlement de la Tchécoslovaquie, parachevé en mars 1939 quand Hitler occupa Prague. L'étape suivante serait évidemment la Pologne.

 

Carte de l'Allemagne à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Source : DR

 



Face au dynamisme hitlérien, à sa logique géostratégique, à ses procédés politico-psychologiques efficaces et à sa propagande, les Français et les Britanniques essayèrent d'abord de maintenir la " sécurité collective " et le " Concert européen ", comme on les avait pratiqués depuis les accords de Locarno en 1925. C'est-à-dire qu'ils négocièrent avec Hitler, pour tenter d'encadrer ses revendications, de limiter leurs concessions, sans rompre le dialogue et afin d'éviter la guerre.

 

28 septembre 1938. Paris, aérodrome du Bourget. Départ de M. Daladier, accompagné
de M. Guy La Chambre, ministre de l'ait, pour la conférence de Munich. Source : DR

 



Fin septembre 1938, la conférence de Munich s'inscrivit pleinement pour les Franco-Britanniques dans le contexte de la sécurité collective. Cette conférence fut bien sûr une caricature, une perversion du Concert européen, mais à l'époque elle paraissait pour les esprits du temps prolonger la sécurité collective.

 

Il y avait cependant une différence entre Londres et Paris: Londres pensait que la politique hitlérienne de révision resterait limitée et acceptable ; Paris comprenait mieux les objectifs expansionnistes de Berlin, percevait, sinon les méthodes très dynamiques de guerre politique totale de Hitler, au moins la volonté de contrôle de toute l'Europe centrale et orientale et le danger qui en résultait pour le reste de l'Europe. Mais Paris n'en tira pas toutes les conséquences, à cause du mythe de la sécurité collective, renforcé par le souvenir horrifié des tueries de 1914-1918.

 

 

De Munich à l'occupation de Prague: l'illusion d'un Concert européen restauré.

 

Paris et Londres partagèrent encore bien des illusions après Munich.

 

30 septembre 1938. Edouard Daladier signe les accords de Munich.
Source : Hoffmann, Heinrich, Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive)

 



Avant de quitter l'Allemagne, le 1er octobre, le Premier ministre britannique Chamberlain signa avec Hitler une déclaration selon laquelle les deux pays se concerteraient à l'avenir. "Peace in our time !", devait proclamer le premier ministre britannique.

 

30 septembre 1938. A son retour de Munich, sur l'aérodrome d'Heston, près de Londres, Neville Chamberlain brandit le papier signé par le chancelier Hitler et annonce
"la paix pour notre temps". Source : IWM Collections Online. Libre de droit

 



Les Français signèrent une déclaration équivalente le 6 décembre, à l'occasion d'une visite de Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères allemand. Les deux pays affirmaient le respect de leur frontière mutuelle et s'engageaient à se consulter en cas de crise. Les Allemands prétendirent par la suite, à tort semble-t-il, que le ministre des Affaires étrangères, Georges Bonnet, aurait à cette occasion laissé les "mains libres" au Reich à l'Est.

 

Homme politique français Georges Bonnet (1889-1973), à Washington, DC en 1937. Source : Harris & Ewing, The United States Library of Congress's Prints and Photographs Division. Libre de droit

 

 

Il reste que cette déclaration produisit une très mauvaise impression, si peu de temps après la "nuit de cristal", le pogrome antisémite du 8 novembre en Allemagne. Et il est incontestable qu'à Paris comme à Londres une majorité de responsables pensaient encore qu'il serait possible de négocier avec Berlin, dans le prolongement de la conférence de Munich, des arrangements sur des questions pendantes régulièrement soulevées par l'Allemagne : sa réinsertion dans le commerce international, le problème des anciennes colonies allemandes perdues au traité de Versailles, et même les questions de Dantzig et du Corridor polonais, clairement posées par Berlin dès la fin octobre 1938.

 

On était toujours dans l'esprit de la politique menée face à Hitler depuis 1933 : obtenir que le Reich sorte de son isolement imprévisible et rejoigne le "concert européen", comme l'écrivit Georges Bonnet dans ses mémoires (1).

 

 

 

 

Le débat politico-stratégique à Paris de Munich à l'occupation de Prague : résister, négocier, ou se replier sur l'Empire ?

 

 

Néanmoins les responsables français étaient plus divisés que les Britanniques sur la possibilité de restaurer réellement le Concert européen avec Hitler. Tout en étant prêt à poursuivre la politique de Munich, le président du conseil Edouard Daladier était plus conscient que Bonnet de l'échec que représentait pour la France cette conférence.

 

Septembre 1938. MM. Daladier et Bonnet sont accueillis à leur retour au Bourget par MM Sarraut et Rucart. Source : DR

 



Son gouvernement décida, en novembre 1938, un programme de relance de l'économie et de redressement de la production d'armements ; il obtint des succès certains (en 1939 le pourcentage du PNB consacré aux dépenses militaires fut plus important en France qu'en Allemagne) mais trop tardifs. Néanmoins le gouvernement et les partis politiques étaient divisés ; tout le monde était conscient du danger hitlérien, mais on distingue trois tendances divergentes sur la manière de lui résister.

 

La première considérait que la situation était grave, mais que Hitler bluffait et que l'on pourrait le dissuader avec un réseau d'alliances et un discours ferme, sans risquer une guerre pour laquelle la France n'était pas prête.

 

La deuxième ligne estimait au contraire que Hitler ne bluffait pas, que la France, isolée (rappelons qu'il n'existait pas d'alliance formelle avec la Grande-Bretagne !), peu armée, devait éviter la guerre en faisant au Reich des concessions, aussi limitées que possible.

 

La troisième tendance était plus complexe: elle estimait que la dissuasion mais aussi éventuellement des concessions étaient nécessaires, mais que la guerre était probablement inévitable et qu'il fallait donc la préparer au cas où le reste échouerait. Ce fut par moments la position de Daladier, et en particulier celle des chefs militaires.

 

A son départ de Munich, M. Daladier salue Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères. Source : ADN-Zentralbild/Archiv Libre de droit

 

 



Néanmoins, de plus en plus nombreux étaient ceux qui plaidaient pour une stratégie fort différente, celle dite du " repli impérial ".

En effet, pour pleinement comprendre l'atmosphère qui se développe en France à partir de Munich, et qui sur certains points annonce Vichy, il faut tenir compte de l'importance croissante du thème de l'Empire français. À partir de 1933, l'idée impériale fut présentée dans le contexte de la sécurité face au Reich : l'Empire constitue un bloc de 100 millions d'habitants qui assurera la sécurité et l'indépendance politique du pays.(2)

 

Après Munich, l'Empire devint désormais un atout essentiel. Mais un atout ambigu : s'agissait-il d'établir un bastion impérial pour renforcer la puissance de la France face à l'Allemagne, ou de préparer un "repli impérial" pour ne pas se heurter au Reich, en lui abandonnant l'Europe centrale et orientale ? Cette ambiguïté apparut très nettement dans les mois qui suivirent Munich : Paul Baudouin, banquier influent aux lisières de la politique, futur secrétaire aux Affaires étrangères à Vichy, publia un article retentissant sur le thème du repli impérial, selon lequel la France devait se dégager de ses alliances à l'Est et se recentrer sur son Empire, tout en recherchant en Europe un compromis avec l'Allemagne.(3)


Cette tendance fut encore renforcée avec la détérioration des rapports franco-italiens à partir de la fin 1938 : nombreux estimaient que Rome menaçait directement les possessions et intérêts vitaux français en Méditerranée et en Afrique, et était donc désormais l'adversaire principal ; ce n'était pas l'Allemagne, à laquelle il suffisait de concéder les mains libres à l'Est. Et de fait toute une discussion eut lieu au sein du gouvernement pour savoir s'il convenait de maintenir l'alliance avec la Pologne.

 

 

De l'occupation de Prague à la guerre: le durcissement franco-britannique et ses limites.

 

 

Entrée des troupes allemandes à Brno, en mars 1939. Source : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive) Libre de droit

 



L'invasion de la Tchécoslovaquie à la mi-mars 1939 provoqua cependant un net durcissement franco-britannique, encore que pour Chamberlain il se soit agi avant tout de dissuasion, car il espérait encore ramener Hitler à la table de négociation, alors que les Français, même s'ils espéraient eux aussi pouvoir sauver la paix, intégraient une vision militaire nettement plus opérationnelle. Les deux pays apportèrent leur garantie à la Grèce et à la Roumaine, Londres apporta la sienne à la Pologne. Mais la pièce essentielle de l'ensemble dissuasif que l'on essayait de constituer était bien sûr l'URSS.

 

Sous la pression de Paris, beaucoup plus convaincu et pressé que Londres, des négociations politiques commencèrent avec les Russes en avril 1939, en vue d'un pacte tripartite, conversations auxquelles s'ajoutèrent, à partir du 12 août 1939, des négociations militaires, afin d'aboutir à une convention militaire.



Néanmoins ces négociations butèrent sur une série de difficultés : les Soviétiques exigeaient qu'on leur garantisse le libre passage à travers la Pologne et la Roumanie, ce que Varsovie en tout cas n'était pas disposé à accepter. En outre, ils s'attendaient, sous le couvert de clauses juridiques complexes, à ce qu'on leur laisse les mains libres dans les Pays baltes.

 

Devant l'urgence, Paris était d'avis de leur donner satisfaction, et les Français à la fin bousculèrent même les Polonais, mais Londres se montrait très négatif. Il est clair que Staline, échaudé par l'expérience de la conférence de Munich, dont il avait été exclu, ne pouvait être que fâcheusement impressionné par les atermoiements franco-britanniques. Pour les Français eux-mêmes, il n'était pas prévu de faire la guerre réellement aux côtés de l'URSS : on ne pensait pas que celle-ci fût en état d'apporter une aide militaire sérieuse, tout au plus pourrait-elle ravitailler la Pologne. En fait, on négociait avec Staline pour s'assurer de sa neutralité bienveillante en cas de conflit ou tout au moins pour qu'il ne se rapproche pas de Hitler.

 



Mais Moscou multipliait les difficultés, tout en négociant parallèlement depuis la fin juillet avec Hitler, qui promettait à l'URSS le contrôle de toute une partie de l'Europe orientale sans guerre, alors que les Franco-Britanniques proposaient en fait à la Russie de risquer d'entrer rapidement en guerre sans aucun avantage en termes de territoires et de zones d'influence, avantages qu'ils ne voulaient ni ne pouvaient promettre aux dépens de la Pologne et de la Roumanie.

 

8 septembre 1939. Caricature polonaise montrant Ribbentrop baisant la main de Staline devant Molotov, souriant et applaudissant. Source : enwiki. Libre de droit

 

 

 

On s'interroge d'ailleurs encore aujourd'hui sur les arrière-pensées de Staline, qui avait publiquement laissé entendre dès le 10 mars que Moscou ne se déterminerait qu'en fonction de ses intérêts ; aurait-il été prêt à conclure avec les Puissances occidentales, si elles avaient été plus décidées ? Il était en effet conscient du danger hitlérien pour l'URSS. A-t-il craint que les Occidentaux ne laissent les mains libres à Hitler à l'Est ? A-t-il vu simplement une bonne occasion pour récupérer des régions qui avaient appartenu à l'Empire russe ? A-t-il pensé pouvoir tirer profit plus tard d'une guerre longue et indécise en Europe ?

 

Malgré les efforts de la diplomatie française, jusqu'au bout, pour lever l'obstacle polonais, ce fut avec Hitler que Staline signa, le 23 août, le pacte de non-agression germano-soviétique, dont les clauses secrètes partageaient en fait l'Europe orientale entre les deux pays.

 

23 août 1939, à Moscou, après la signature du traité de non-agression entre le Reich allemand et l'URSS, Joseph Staline salue Joachim von Ribbentrop, le ministre allemand des Affaires étrangères. Source : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive). Libre de droit

 

 

23 août 1939, à Moscou, le ministre soviétique des Affaires étrangères, Molotov, signe le pacte germano-soviétique de non-agression. Joachim von Ribbentrop et Josef Staline sont derrière lui. Source: National Archives & Records Administration, nara.gov. Libre de droit

 


Ce fut pour les Anglais et les Français un échec retentissant. Et Staline ouvrait ainsi la voie à la Seconde Guerre mondiale : tranquille du côté de la Russie, Hitler attaquait la Pologne le 1er septembre.

 

 

L'entrée en guerre et ses ambiguïtés.

 

En 1937, Benito Mussolini et Adolf Hitler, lors d'une visite officielle du Mussolini à Munich. Source : Muzej Revolucije Narodnosti Jugoslavije. USHMM Photograph media. Libre de droit

 

 

Après d'ultimes tentatives de la part de Mussolini et de Bonnet pour trouver une solution négociée, la Grande-Bretagne et la France déclaraient la guerre au Reich le 3. L'opinion britannique et le Parlement imposèrent à Chamberlain la fermeté. L'opinion française était déterminée : en juillet 1939, 76% des participants à un sondage estimaient nécessaire de résister à Berlin pour Dantzig (57% avaient approuvé Munich en septembre 1938). Dès le 23 août, le gouvernement avait décidé que, malgré le pacte germano-soviétique, on soutiendrait la Pologne.

 

Néanmoins, fort peu imaginaient ce qu'allait être la guerre. Au pire des cas, la stratégie d'attente et le blocus du Reich permettraient vers 1942 ou 1943 une victoire moins coûteuse que celle de 1918.

 

1er septembre 1939, des soldats allemands à la frontière germano-polonaise. Source : Hans Sönnke, Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive). Libre de droit

 



Dans le meilleur des cas, les difficultés économiques du Reich et la faiblesse (supposée) du régime aboutiraient à une issue favorable bien plus rapide. Les enjeux idéologiques de la guerre (le totalitarisme nazi) n'étaient perçus que vaguement, et ses enjeux humains - en particulier la recomposition raciale de l'Europe prévue par Hitler, y compris l'expulsion ou le massacre des Juifs - n'étaient que très rarement entrevus. D'autre part, fort peu comprenaient que l'Europe allait perdre par suite de la guerre son leadership mondial.

 



Nota : (1) Georges Bonnet, Fin d'une Europe. De Munich à la guerre, Genève, Le Cheval ailé, 1948, p. 44. (2) Charles-Robert Ageron, France coloniale ou Parti colonial?, Paris, PUF, 1978. (3) Anthony Adamthwaite, France and the Coming of the Second World War, p. 117.

 



Bibliographie sommaire

 

  • Donald Cameron Watt, How War Came. The Immediate Origins of the Second World War, New York, 1989.
  • Yves Durand, Les causes de la Seconde Guerre mondiale, Cursus.
  • R. A. C. Parker, Chamberlain and Appeasement: British Policy and the Coming of the Second World War, Londres, Macmillan, 1993.
  • Gerhard L. Weinberg, Germany, Hitler and World War II, Cambridge UP, 1995.
  • J.-B. Duroselle, La Décadence 1932-1939, Le Seuil.
  • Hugh Ragsdale, The Soviets, the Munich Crisis and the Coming of World Wwar II, Cambridge, Cambridge UP, 2004.
  • Elisabeth du Réau, Daladier, Paris, Fayard, 1993.

 

 

Source : Georges-Henri Soutou, Membre de l'Institut. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 197" - septembre 2009 pour MINDEF/SGA/DMPA

Nacht und Nebel : destinés à disparaître sans laisser de trace

 

NACHT UND NEBEL Destinés à disparaître sans laisser de trace

 

Instaurée en 1941 par le décret Keitel, la procédure NN, Nacht und Nebel - Nuit et brouillard - entre en application progressivement dans toute l'Europe occupée. Les premiers détenus NN arrivent au Konzentrationslager (KL) Natzweiler le 15 juin 1943.


 

Croquis réalisés au camp du Struthof par le Docteur Henri Gayot. Source : DR

 

 

 En juin 1941, la guerre prend un virage décisif avec le déclenchement du plan Barbarossa contre l'URSS, qui oblige à alléger partiellement les troupes d'occupation à l'Ouest et focalise tous les efforts de l'appareil de guerre nazi. Ce combat, décisif, et le plus idéologique d'Hitler, ne peut être conduit que si ailleurs, dans les zones occupées depuis 1940, règne la sécurité.

 

A l'Ouest, la Résistance se renforce, commence à se structurer et bénéficie désormais de l'apport des communistes, tandis qu'à l'Est, elle est plus forte que prévu. La répression va être impitoyable. L'action menée le 21 août 1941, au métro Barbès, par Pierre Georges (futur colonel Fabien) contre un officier de la Kriegsmarine, montre la voie. Il faut harceler l'occupant en multipliant les actions afin de créer pour lui un état d'insécurité.



Les contraintes de la guerre à l'Est et la menace que fait peser le développement de l'action résistante à l'Ouest sont donc à l'origine d'un renforcement de la répression et de la mise en place de la procédure NN. A ce combat sans merci engagé par la Résistance, Hitler et Keitel, chef de l'OKW (commandement suprême de la Wehrmacht), décident de répondre d'une manière aussi cinglante. Arrêté, jugé et condamné, le résistant ("terroriste" pour l'occupant) devient un martyr pour son peuple. La répression risque ainsi d'avoir un effet contraire à celui que l'on attend. Publié le 12 décembre 1941, le décret Keitel (Keitel-ErlaB) (1) doit trouver la parade.

 

Croquis réalisés au camp du Struthof par le Docteur Henri Gayot. Source : DR

 



Arrêtés dans leur pays, les résistants sont emmenés en Allemagne, où ils doivent être jugés de la manière la plus sévère par des Tribunaux Spéciaux (Sondergericht) ou par les Tribunaux du Peuple (Volksgerichtshof). Dès leur arrestation, ils entrent dans "la nuit et le brouillard" (2) et personne ne doit plus avoir, dès lors, connaissance de leur sort. Ils doivent disparaître sans laisser de trace.

 

"Le Führer est d'avis i que les peines de privation de liberté et même les peines de réclusion à vie sont, pour de tels actes, regardées comme des signes de faiblesse. Un effet de frayeur efficace et durable ne peut être obtenu que par la peine de mort ou par des mesures propres à maintenir les proches et la population dans l'incertitude sur le sort des coupables. Le transfert en Allemagne permet d'atteindre ce but." (3)

 

Il reste à préciser les modalités. Ecarté, au départ, de la procédure par la Wehrmacht, le RSH (4) se voit confier la prise en charge des prévenus dès février 1942. Tout contact avec le monde extérieur (colis, lettres, visites) est interdit. Aucune information ne doit être donnée en cas de décès ou d'exécution. Une circulaire en date du 4 août 1942 parvient aux commandants des KL (5). Ils sont informés du contenu du décret NN et du début des transferts vers l'Allemagne. Mais "dans le cas où cela ne serait pas possible, pour des raisons quelconques" les prévenus peuvent être envoyés en KL au titre de la détention préventive. Les militaires ont perdu la main et la Gestapo s'est emparée de cette procédure d'exception qui, en France, conduira à l'arrestation de plus de 5000 personnes.

 

Dessin de Henri Gayot. Source : DR

 



Les NN se divisent en deux catégories : les "NN de la Wehrmacht" ou "NN procédure" et les "NN de la Gestapo". Les uns sont internés par la Wehrmacht et doivent être jugés en Allemagne. Les autres sont internés par la Gestapo qui trouve là une solution pour renforcer sa terreur et l'internement en KL (6). Arrêtés dans leurs pays, les prévenus sont transférés dans des prisons. Celles-ci sont rapidement saturées et ce sont alors les KL qui servent de sas pour les uns et de lieu définitif de détention pour les autres. Le 30 juillet 1944, le décret "Terreur et sabotage" abolit la procédure NN.

 

 

 

Les NN au KL Natzweiler



Le 29 mai 1942, les premiers NN arrivent à Hinzert. Après une détention préventive à la prison de Wittlich, ils sont jugés par le Sondergericht de Cologne. Le bombardement de la ville en juillet 1943 déplace la procédure vers Breslau (Wroclaw) en Haute-Silésie. Les prisons de Brieg et de Wohlau, en particulier, prennent le relais de celle de Wittlich et Hinzert décroît. Le KL Natzweiler devient alors "le camp des NN" : le 24 septembre 1943, Himmler donne l'ordre aux commandants des KL d'y transférer tous les NN qu'ils détiennent. Cet ordre est renouvelé le 20 mai 1944, mais ne sera jamais complètement exécuté (7). Si Natzweiler est le lieu principal de la déportation NN, il n'est pas le seul. On peut citer notamment le KL de Sachsenhausen (8), de Ravensbrück (9) et Mauthausen (10). Le 15 juin 1943, 71 Norvégiens arrivent au camp de Natzweiler-Struthof en provenance des prisons norvégiennes (11). C'est le premier convoi NN. Il est suivi le 9 juillet de 56 Français et le 10 juillet de 83 Néerlandais. Les trois principales nationalités composant la catégorie NN sont désormais présentes à Natzweiler.

 

"L'appel" par Rudolf Naess (NN norvégien). Source : DR

 



Le nombre de NN qui ont été immatriculés au camp entre juin 1943 et fin août 1944 se situe autour de 2500 (12). 984 sont arrivés en 1943 et près de 1 500 dans les huit premiers mois de 1944. En tenant pour fiable notre estimation de 6050 détenus présents au camp principal lors de l'évacuation du début septembre 1944, les NN représentent 22,6% du nombre total des détenus présents, compte non tenu de certaines incertitudes de classement. Les Français sont les plus nombreux (56,1%), suivis des Norvégiens (20,6%), des Néerlandais (15,1%) et des Belges (6,7%).

 

 

Les NN français



Les trois premiers convois arrivent en juillet 1943, le 9 (56 hommes), le 12 (56) et le 15 (57), les deux premiers depuis Fresnes et le troisième depuis Romainville. Enchaînés 2 à 2, les hommes sont conduits en camion vers le camp. Ils y sont annoncés comme appartenant à la pègre marseillaise et voient s'abattre sur eux la fureur des SS. Dès le 10 juillet, ils sont affectés au transport de lourdes pierres pour la construction de la cave à pommes de terre (Kartoffeln-keller). A midi, ils ne sont plus que 8 à tenir encore debout. Frappés, mordus par les chiens, ils doivent néanmoins poursuivre leur travail, malgré les plaies ouvertes. Le traitement est le même pour les autres qui travaillent au terrassement autour des baraques de l'avant-camp, près de ce qui devient le "ravin de la mort". Marqués physiquement, ils n'ont pas droit au Revier (infirmerie), pourtant situé sur la même plate-forme que celle du block qu'ils partagent avec les autres NN. Les médecins NN utilisent les moyens du bord pour soigner les plaies les plus graves, enduites de margarine et pansées avec du papier. Les blessés ne peuvent rester dans le block et doivent partir chaque jour au travail où ils restent étendus, alors que les SS s'acharnent sur eux. Le soir, ils sont portés au camp par des camarades en meilleur état (13). Cette sauvagerie, qui surprend les autres NN, semble aussi inquiéter le SS-Maier, lieutenant de la compagnie des gardes. Ce dernier fait un rapport à l'Inspection générale des camps (14). A la fin de l'été, l'Obergruppenführer Pohl, responsable du SS-WVHA (15), se rend à Natzweiler et réprimande Kramer sur les cas de brutalité extrême. Faut-il voir un lien entre cette visite et le fait que les NN malades puissent rester dans leur block et que le Revier soit ouvert aux NN français à partir du 14 octobre ?

 

Dessin de Henri Gayot. Source : DR

 



Des convois de Français arrivent en novembre (12, 19 et 26) avec 183 hommes. Ce sont alors principalement des "NN-Wehrmacht" venant de Fresnes, le Cherche-midi et Romainville. D'autres suivent en 1944 (16).

 

Parias du camp, les NN sont singularisés des autres détenus par ces deux lettres peintes en rouge sur leur costume. Le block 13, entouré de barbelés, devient le block des NN, une fois vidé des Juifs gazés par le professeur Hirt en août 1943. Le statut particulier des NN leur interdit d'être affectés dans un kommando de travail extérieur au camp. En revanche, certains sont envoyés dans des camps annexes, à Kochem (10 mars 1944) et à Erzingen (juin) et ceux de Kochem reviendront en piteux état.

 

Travail à la grande carrière au camp du Struthof. Croquis de R. Naess. Source : DR

 



En 1943, près de 9% d'entre eux décèdent au KL Natzweiler (KL Na), principalement des Français. En 1944, la seule catégorie des NN compte 1 décédé sur 5. Très peu ont été transférés en Allemagne. Les "NN-Wehrmachf" ne représenteraient, selon les transferts vers les prisons, que 351 détenus, soit 14% de l'ensemble des NN. Les survivants sont transférés à Dachau lors des évacuations massives de septembre 1944. Beaucoup retournent ensuite avec une nouvelle immatriculation au KL Na et deviennent des détenus politiques.

 

Croquis de R. Naess. Source : DR

 

 


Leur force de résistance, la solidarité qui les unit face à la dureté spécifique de leur sort, leur jeunesse aussi, leur ont souvent permis d'échapper à une mortalité plus importante. C'est aussi parmi eux, autour du général Delestraint, chef de l'Armée Secrète (matricule 7839, arrivé le 10 mars 1944) qu'ils parviennent à protéger, que se tisse une organisation interne de résistance qui tente de se structurer. Si tous connaissent un sort très dur à Natzweiler, celui réservé aux Français fut encore plus sévère. Mais la solidarité entre les NN, et aussi entre les NN et les politiques - surtout à partir de 1944 lorsque Willy Behnke, détenu portant le numéro 6, est devenu Lagerälteste - a permis d'en limiter un peu les effets. Leur maintien sur place peut-être aussi, car bien souvent, dans les kommandos extérieurs, les détenus sont encore plus isolés et la mortalité encore plus importante qu'au camp-mère (17).

 



Notes :

(1) En réalité il s'agit de trois textes datant l'un du 7 décembre et les deux autres du 12 décembre 1941.

(2) O. Wormser-Migot, "Le système concentrationnaire nazi (1933-1945)", Paris, PUF, 1968, voir pp. 199-201 pour les différentes explications possibles de cette appellation.

(3) Actes de Nuremberg, PS 669, volume 26, p. 245

(4) Reischsicherheitshauptamt, Office central de la sécurité du Reich coiffé par Himmler

(5) Circulaire de Hoffmann (Actes de Nuremberg, PS 2521 du 4 août) et lettre de Glücks du WVHA datée du 18/08/1942 (Wormser-Migot, op. cit., pp. 203-206)

(6) Voir l'étude, à ce jour non dépassée et à laquelle nous empruntons beaucoup, de l'Abbé Joseph de la Martinière, ancien NN, " Le décret et la procédure Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard) ", Paris, FNDIRP, 1981 (rééd. 1989).

(7) Bundesarchiv Berlin-Lichterfelde. NS 3/427 et aussi Bundesarchiv-Ludwigsburg, US Dok 15, US Film 4

(8) J. Bézaut, " Oranienbourg-Sachsenhausen ", Hérault-Éditions, 1989.

(9) G.Tillion, " Ravensbrück ", Paris, Seuil, 1973, rééd. 1988

(10) M. Fabréguet, "Mauthausen, camp de concentration national-socialiste en Autriche rattachée", Paris, H. Champion 1999.

(11) K. Ottosen, "Nuit et Brouillard", Bruxelles, Le Cri Éditions, 1994.

(12) Nos calculs permet- tent d'avancer une estimation comprise entre 2 443 certains et 2 526 - compte tenu de certaines approximations dans l'attribution de la qualification de NN

(13) Voir R. Leroy, R. Linet, M. Nevers, " 1943-1945, La résistance en enfer", Paris, Messidor, 1991. et A. Spitz, "Struthof, bagne nazi en Alsace", Sélestat, Alsatia, 1946, et aussi les dessins du Dr Gayot

(14) Bundesarchiv Ludwigsburg, Metz Ordner 8, PV. Ehrmann-traut, pp. 33846 - 33 847

(15) Office principal de gestion économique de la SS.

(16) On notera le convoi du 5 mai aussi surnommé le " convoi des généraux ". Parmi les hommes figurent les généraux Frère, Gilliot, Gransard, Olleris et le colonel Bonotaux

(17) Nous renvoyons à notre thèse sur le camp de Natzweiler et ses kommandos en cours d'achèvement.

 

 

site internet externe : Fondation pour la mémoire de la déportation

 

Source : Robert Steegmann est professeur agrégé d'histoire. Il vient de terminer une thèse de référence sur le camp de Natzweiler et ses Kommandos. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 131 septembre 2003 pour Mindef/SGA/DMPA

Discours radiodiffusé du général de Gaulle du 12 juillet 1945.

 

Le 12 juillet 1945

 

Il y a deux mois que la guerre d'Europe s'est terminée par la victoire. Après des épreuves inouïes, nous nous retrouvons debout, mais cruellement blessés. Pas un homme de bon sens ne doute que, pour nous guérir et pour nous renouveler, il nous faut beaucoup d'efforts, beaucoup d'ardeur et beaucoup de raison. D'ailleurs, malgré toutes les difficultés que nous rencontrons à chaque pas, au-dedans et au-dehors, nous sommes bel et bien engagés sur la route qui monte et non point sur celle qui descend. Mais, dans l'?uvre sacrée de la rénovation nationale, voici qu'approche un grave moment, celui où nous allons rebâtir nos institutions politiques qu'une fois de plus dans notre Histoire la tempête a jetées à bas.

 

Une fois de plus ?... Hélas ! Dans l'espace d'un siècle et demi nous avons eu treize Constitutions, sans compter plusieurs intérims. On peut dire qu'en moyenne tous les douze ans notre pays a vu bouleverser les bases de l'État et les règles de son fonctionnement. Ce qu'ont été les conséquences d'une pareille instabilité, quant à la sécurité extérieure, au développement intérieur, à l'unité morale du pays, six invasions, plusieurs guerres civiles, de multiples émeutes, désordres et coups d'État, n'en ont que trop témoigné. Inversement, les malheurs de la patrie dévorèrent à mesure nos régimes successifs, qu'ils fussent bons ou qu'ils fussent mauvais. Cette sorte de cycle infernal a imprimé à notre vie publique un caractère de discontinuité, d'agitation, d'improvisation, qui fut, au total, désastreux. Certes, nous avons pu survivre, en payant les frais des secousses sur l'immense capital matériel et moral de la France. Mais, dans un monde où d'autres nations ne cessaient pas de grandir, la valeur relative de ce capital allait sans cesse en déclinant. En dernier lieu, nous avons failli rouler dans l'abîme où se perd jusqu'à l'indépendance. Nous sortons de là, il est vrai, par une sorte de prodige, mais trop peu riches de substance pour pouvoir encore nous ruiner. Ce n'est point dire, évidemment, qu'il suffira d'une bonne Constitution pour nous couvrir contre tous les maux, car le monde n'est pas si simple ! Mais c'est dire que de la manière dont nous allons rebâtir l'édifice de nos institutions dépend, pour une grande part, l'avenir de la France.



Depuis 1875 et jusqu'au milieu de 1940, nous avons vécu sous le régime constitutionnel de la Troisième République. Le recul du temps et les événements terribles qui se sont déroulés depuis sa destruction de fait nous ont permis de le juger avec lucidité. Sous ce régime, qui a duré soixante-cinq ans, la France avait rétabli sa puissance militaire abattue par les désastres de 1870, refait un grand Empire, renoué de solides alliances, assuré la liberté des citoyens, développé l'enseignement, institué une assez large législation sociale, gagné la Grande Guerre de 1914-1918, repris l'Alsace et la Lorraine. Ce régime ne mériterait donc pas d'être sommairement et entièrement condamné. Mais, d'autre part, il est clair que ce régime, tel qu'il fut conçu en 1875 et tel qu'il avait évolué depuis, ne correspondait plus, depuis des années, aux conditions de notre rude époque. Un siècle, où la vie subit, dans tous les domaines, l'accélération de la machine, où les problèmes intérieurs et extérieurs se posent suivant un rythme de plus en plus précipité et compliqué, où les tâches du Gouvernement et de ses administrations ne cessent de s'accroître dans toutes les dimensions, où les moyens modernes de destruction exposent à l'invasion immédiate tout pays mal défendu ne saurait plus s'accommoder d'un système tel que celui que nous pratiquions dans les débuts de cette guerre et qui souffrait de paralysie. Je crois bien qu'il est peu de Français qui n'en soient aujourd'hui convaincus. Je crois même que, sur les principaux changements qu'il est nécessaire d'introduire dans la future Constitution, par rapport à ce qu'était celle de 1875, il y a dans notre peuple un accord quasi général du bon sens et du sentiment. Le moment venu, c'est-à-dire bientôt, je donnerai publiquement mon opinion à ce sujet. Pour aujourd'hui, j'exposerai simplement par quels moyens le Gouvernement entend appeler le pays à décider de ce que sera son propre régime.


Tout d'abord, c'est au pays qu'il appartient de dire si les institutions de la Troisième République ont cessé d'être valables. Ce n'est pas le peuple français qui les a jetées par terre. C'est l'invasion et ses conséquences. Nul n'est qualifié pour décréter maintenant qu'elles sont caduques au départ, ou bien qu'elles ne le sont pas, excepté le peuple lui-même. Au mois d'octobre, nous voterons tous et toutes au suffrage universel et direct pour élire une assemblée et nous dirons si cette assemblée est constituante, c'est-à-dire si nous lui donnons le mandat d'élaborer une nouvelle Constitution. Si la majorité des électeurs décide que non, c'est que les institutions antérieures auront, au départ, gardé leur valeur. L'assemblée que nous aurons élue sera donc la Chambre des Députés. Il sera procédé ensuite à l'élection du Sénat. Après quoi, Chambre et Sénat pourront se réunir en Assemblée Nationale pour changer la Constitution de 1875.

 





Si, au contraire, le Corps électoral décide, dans sa majorité, que l'Assemblée est constituante, c'est qu'il tient pour caduques, au départ, les institutions d'avant 1940. Mais alors, le Gouvernement considère comme nécessaire que le pays règle en même temps le fonctionnement des pouvoirs de l'État jusqu'au moment où la Constitution nouvelle sera mise en application. Ne rien régler du tout reviendrait à faire de l'Assemblée un corps omnipotent, absorbant tous les pouvoirs sans aucun recours et sans aucune limite d'attributions, ni même de durée. Une pareille dictature risquerait d'entraîner les plus graves inconvénients, surtout dans la période très difficile où nous sommes. Nous ne croyons pas qu'on puisse raisonnablement admettre que tout ce qui concerne la vie du pays, celle de l'Empire, celle même des citoyens, dépendra exclusivement, pour un délai indéterminé, du premier mouvement d'une seule assemblée. On a connu, de par le monde, plusieurs expériences d'une assemblée unique et omnipotente. Ces expériences ont presque toujours mal fini. C'est pourquoi le Gouvernement, en proposant au pays que l'Assemblée soit constituante, propose en même temps à son approbation un régime transitoire pour le fonctionnement des pouvoirs jusqu'au jour où il y aura de nouveau une Constitution établie. Ce régime provisoire prévoit que l'Assemblée Constituante nommera le Président du Gouvernement, qui choisira les ministres et aura avec eux la charge de gouverner jusqu'à ce que la Constitution soit faite. Cela devra avoir lieu au plus tard dans les sept mois. Cela pourra avoir lieu plus tôt si l'Assemblée est diligente. Cependant, pour les mesures législatives principales : budget, ratification des traités, réformes de structure, c'est à l'Assemblée qu'appartiendra la décision. De cette façon, on doit espérer que l'Assemblée Constituante pourra se consacrer surtout à sa tâche primordiale qui sera d'élaborer d'urgence la Constitution. D'autre part, le pouvoir exécutif aura sans doute assez de stabilité pour gouverner dans les circonstances difficiles de l'hiver et du printemps prochains. Enfin, le Gouvernement propose au peuple français de décider que la Constitution nouvelle sera ratifiée par la nation. Ainsi nos institutions prendront un caractère d'autorité et de solennité, qu'elles n'avaient jamais revêtu.


La Troisième République a été submergée par le désastre de 1940. Le régime d'usurpation qui prétendait lui succéder s'est effondré avec l'envahisseur. L'unité française a été reconstituée par la simple mais puissante vertu du consentement général autour du Gouvernement que j'ai l'honneur de présider. Ce sont là des données de fait. Dans une telle situation, les moyens par lesquels le peuple français va reprendre en main ses destinées ne peuvent évidemment être déterminés que par l'initiative de ce Gouvernement, lors même qu'il consulte ceux dont il tient à avoir l'avis. Mais l'initiative, il la prend sur la table rase, en ne s'inspirant que de l'intérêt national dont il est le dépositaire. C'est ainsi qu'il l'a prise, quand il s'agissait de rassembler dans la guerre nos terres, nos esprits, nos ressources, nos armées, ou de représenter dans le monde les intérêts de la patrie, ou de faire participer la France à l'occupation et au gouvernement de l'Allemagne, ou de remettre peu à peu le pays au travail, ou de répartir le mieux possible notre médiocre production et nos maigres importations, ou de financer les dépenses de l'État, ou d'attribuer le droit de vote aux Françaises, ou de donner à des milliers d'Algériens la citoyenneté de plein exercice.



Le poids de la charge est lourd, tous et toutes vous pouvez m'en croire ! Dans le choix que le Gouvernement fait, quant aux dispositions à prendre pour rendre au pays l'exercice de sa souveraineté, je ne prétends pas que tout le monde trouve une satisfaction complète, pas plus que dans toutes les matières où il a fallu agir depuis le 18 juin 1940. Mais je prétends qu'en attendant que le peuple se soit prononcé, ces dispositions peuvent être acceptées par tous au nom de l'intérêt supérieur de la patrie, lequel exige que le pays se dote lui-même, au plus tôt, d'institutions solides et nouvelles, sans être jeté arbitrairement pendant la transition dans le risque des aventures. Finies les années de chaînes et de bâillons ! Grâce à sa victoire, le peuple français a recouvré la possibilité de s'exprimer par la seule voie démocratique qui est celle du suffrage. Conformément à nos promesses, nous allons lui rendre la parole. Ses destinées n'appartiennent qu'à lui !

 

Source MINDEF/SGA/DMPA SHD

Lettre d'adieu de Guy Môquet

Ma petite maman chérie,

mon tout petit frère adoré,

mon petit papa aimé,

 

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurai voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino (1). Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi, petit Papa, si je t'ai fait, ainsi qu'à petite Maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

 

Un dernier adieu à tous mes amis et à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

 

17 ans et demi ! Ma vie a été courte ! Je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels (2). Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

 

Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa, je vous embrasse de tout mon coeur d'enfant. Courage !

 

Votre Guy qui vous aime

Guy

 

Dernières pensées : vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !

 

(1) Roger et Rino sont des "frères" de combat militant.

(2) Tintin désigne Jean-Pierre Timbaud. Michels, c'est Charles Michels, tous deux seront exécutés avec Guy

 

Ordre du jour du Général de Gaulle

 

Ordre du jour du Général de Gaulle aux armées de terre, de mer et de l'air.

 

 

" Au jour de la victoire, j'exprime aux Armées de Terre, de Mer et de l'Air, la reconnaissance de la France. Officiers, Sous-Officiers, Soldats, Marins, Aviateurs, sous les ordres des chefs qui vous ont conduits à la gloire, vous venez d'achever comme il le fallait la plus cruelle guerre qu'ait jamais menée la France. La terrible surprise et le désastre du début avaient paru d'abord anéantir nos Armées. Mais la volonté de vaincre, l'amour de la Patrie, le culte de liberté les ont, jour après jour, ranimées, rassemblées, reformées, à l'exemple et aux côtés des héroïques unités qui maintinrent, sans relâche, sur tous les champs de bataille, sur toutes les mers, dans tous les ciels, l'honneur de nos drapeaux. En dépit de tout, les Armées françaises, côte à côte avec celles de nos vaillants Alliés, ont vaincu en Erythrée, en Orient, en Libye, en Tunisie, en Italie, sur le sol de la France et au coeur de l'Allemagne. A présent, si la capitulation de l'ennemi allemand met un terme aux batailles d'Europe, vous avez à accomplir de nouveaux et grands devoirs. Vous avez encore à vaincre, côte à côte avec nos Alliés, l'ennemi japonais qui opprime notre Indochine et prétend dominer l'Asie. Vous avez à garantir la paix qui naîtra de la victoire et dans laquelle notre pays va recouvrer et accroître sa puissance et sa grandeur. Armées de Terre, de Mer et de l'Air, Gloire à vous, Gloire à vos morts, Gloire à vos longs efforts, à vos peines, à vos combats. Au nom de la France, que vous avez servie et continuerez à servir dans l'honneur et dans la discipline, au nom du Gouvernement de la République, je salue vos drapeaux, vos pavillons, vos Etendards. Vive la France. "

 

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

Bataille de Normandie juin-août 1944

 

Bataille de normandie juin-août 1944

 

Après avoir réuni les cinq plages et constitué une solide base de départ de 80 km de long, en bordure de la Manche, les Alliés passaient à la réalisation de leur plan. Pendant que les Britanniques faisaient pression en direction de Caen et attiraient les divisions blindées allemandes autour de la capitale bas-normande, les Américains s'élançaient de Utah vers Barneville afin d'isoler la péninsule du Cotentin. A la suite de la capture du grand port continental de Cherbourg (fin juin), ils tentaient de percer les lignes de défense allemandes vers le sud pendant qu'à l'autre extrémité du front, les Britanniques s'efforçaient de dégager Caen.

 

La deuxième quinzaine du mois de juillet devait apporter trois bonnes nouvelles : la libération de Caen, la capture de Saint-Lô et le début de la percée vers le sud en direction de Granville-Avranches. Après avoir vainement essayé d'isoler une partie de l'armée de Patton (contre-attaque de Mortain), les Allemands, dont la résistance faiblissait, entreprenaient un mouvement de retraite en direction de la Seine.

 



Alors, dans une grande manoeuvre en forme de tenaille, Britanniques. Canadiens, Polonais au nord et Américains et Français de Leclerc, venant d'Alençon, au sud, capturaient dans la poche de Falaise-Chambois ("Corridor de la Mort" à Montormel) une partie de deux armées allemandes. La Bataille de Normandie s'achevait le 21 août 1944, à Tournai-sur-Dives. Les Alliés venaient de remporter leur première victoire sur le continent. Trois jours plus tard, ils franchissaient la Seine et entraient dans Paris.

 

Char léger Stuart de la Division Leclerc en direction d'Avranches. Photo Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA



A Falaise, "les Alliés enregistraient la perte de 209 672 hommes, Britanniques ou Canadiens pour les deux tiers".

 

Axes principaux de l'avance des Alliés entre juin et septembre 1944. Source DMPA

 

 

Le "Red Ball Express"


 

En raison des dommages infligés aux voies ferrées et au matériel roulant, il fallut, en août 1944, transporter le matériel et l'approvisionnement par route : ce fut la naissance du Red Ball Express", créé par le responsable des transports de l'Armée américaine, le général de division Frank A. Ross. (...) Le 29 août, le "Red Ball Express" atteignit un trafic record de près de 6 000 véhicules. (...) Le "Red Ball Express" transporta plus de 400 000 tonnes en 81 jours."

 

 

La voie de la liberté



Ce titre fut conféré à l'itinéraire prestigieux suivi depuis Saint-Lô (Normandie) jusqu'à Bastogne (Belgique) par la IIIe Armée américaine du général Patton dont le XXe Corps d'Armée (général Wolker) (...) jaillit du goulet d'Avranches fin juillet et atteignit la Moselle début septembre (...). Et avec la 2e Division blindée de Leclerc qui débarqua avec eux à Utah Beach et les 60 000 F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur) qui combattirent à leurs côtés, les 325 000 hommes de l'Armée Patton réalisèrent une magnifique fraternité d'armes.

 

 

 

sites internet externes : Normandie Mémoire     

Site du comité régional du tourisme de Normandie     

Site  Normandie44

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

L'année 1944 en France

Les opérations militaires et la restauration de la vie politique

 

L'année 1944

 

 

Sur l'ensemble du second conflit mondial, l'année 1944 est certainement l'année décisive car elle voit les puissances de l'Axe reculer sur tous les fronts. En ce qui concerne la France, la renaissance de la vie politique et sociale accompagne la libération militaire du territoire.

 

Les Alliés disposent désormais d'une capacité aérienne leur permettant de frapper directement l'Allemagne, qui subit des raids massifs destinés à démoraliser la population et à neutraliser ses moyens militaires.

 

 

P-51 Mustangs en vol durant l'été 1944. À la différence du Spitfire, celui-ci pouvait escorter les bombardiers à l'aller et au retour. Sa présence brisa la Luftwaffe en 1944-1945. Source : U.S. federal government

 

 

Les Soviétiques, de leur côté, pénètrent en Pologne et reprennent Léningrad.

La campagne d'Italie est menée efficacement par les Alliés : les troupes françaises du général Juin maîtrisent le Garigliano avant d'entrer dans Rome en juin. L'histoire est sur le point de s'accélérer en juillet avec l'attentat manqué contre Hitler. Mais le théâtre véritable des opérations va être le territoire français.

 

 

Prise d'armes dans la cour du palais Farnèse, siège de l'ambassade de France à Rome, en juin 1944. Source : Général Saint-Hillier - ECPAD

 

 

Les opérations militaires et la répression en France

 

Tout commence le 6 juin 1944 avec le débarquement de Normandie et se complète en août par le débarquement de Provence. Jusqu'en mai 1945 la poursuite de la guerre est l'objectif qui mobilise les énergies. La libération progressive du territoire s'accompagne de batailles acharnées, de faits d'armes héroïques et sanglants mettant en jeu tant les armées régulières que la Résistance intérieure : bataille de Normandie, percée d'Avranches, bataille des Ardennes, maquis de Saint Marcel (Morbihan), résistance du maquis des Glières et de celui du Vercors, etc.

 

 

Prise d'armes sur le plateau des Glières. Source : Photo Raymond Perrillat / Association des Glières.

 

 

Confrontées à de tels obstacles, les troupes allemandes se livrent à des massacres de représailles sur les populations civiles : Ascq, Tulle, Harnes, Oradour, Maillé, etc. Des exécutions et des assassinats ont également lieu dans cette tourmente de l'année 1944, qui mettent en cause tant les occupants que la Milice : Victor Basch, le groupe Manouchian, Jean Zay, Georges Mandel, sans oublier la mort de Pierre Brossolette.

 

Pierre Brossolette. Source : Musée de l’Ordre de la Libération

 

 

Les 2 points culminants restent la libération de Paris et la reprise de Strasbourg par la 2e DB.

 

 

La restauration de la vie politique

 

Au fur et à mesure que le territoire retrouve sa liberté, les Français réinventent les institutions politiques et veulent réformer les structures juridiques et économiques du pays. Le mouvement est double : il est à la fois inspiré par la Résistance intérieure et mené par le général de Gaulle, soucieux de rétablir au plus vite la légitimité républicaine afin d'éviter une administration militaire alliée et d'empêcher la mainmise du Parti Communiste sur les nouvelles institutions.

 

Dès le mois de janvier, les Mouvements Unis de Résistance (MUR) regroupent plusieurs autres mouvements en Mouvement de Libération Nationale (MLN) ; à la conférence de Brazzaville, de Gaulle étudie les futures relations entre la métropole et les colonies ; la création des Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) en février permet de rassembler les différentes branches armées de la Résistance.

 

 

 

 

Le Conseil National de la Résistance. Source : Fondation de la résistance

 

 

Le Conseil National de la Résistance (CNR) adopte un programme d'action destiné à être mis en oeuvre une fois la France libérée. Dans la même perspective, une ordonnance du CFLN (Comité français de libération nationale) définit les conditions de rétablissement de la démocratie après la Libération : elle innove en prévoyant d'accorder le droit de vote aux femmes. Le CFLN se transforme en Gouvernement provisoire de la République Française (GPRF) et tout au long de l'année une série de mesures se succèdent, allant dans le sens d'une restauration de la vie politique :

 

  • Ordonnance rétablissant les organisations syndicales dissoutes en 1940 ;
  • Ordonnance du GPRF rétablissant la légalité républicaine (août) ;
  • Les partis politiques réapparaissent dans le cadre de la formation du gouvernement ;
  • Rétablissement de la liberté de la presse après épuration et maintien de la censure militaire ;
  • Ordonnance établissant la composition de la nouvelle assemblée consultative (octobre) ;
  • Reprise de la vie politique : les organisations paysannes se réorganisent ;
  • Emission d'un grand emprunt visant à assainir la situation monétaire (novembre) ;
  • Congrès extraordinaire de la SFIO ;
  • Congrès constitutif du MRP (Mouvement Républicain Populaire) ;
  • Mobilisation communiste en faveur de la reconstruction du pays ;
  • Début des nationalisations (charbonnages) ;

Réforme par ordonnances de l'assurance maladie et de l'assurance vieillesse.

 

Défilé de troupes FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), dans Dijon libérée. A partir du 23 septembre 1944, de nombreux FFI intègreront de la 1re Armée française. Septembre 1944. Source : SCA – ECPAD

 

 

Plusieurs problèmes donnent lieu toutefois à des tensions : l'intégration des FFI dans l'armée française n'est pas aussi simple que pourrait le laisser penser l'euphorie de la victoire en marche (juin) ; les positions du PC qui veut détenir un contrôle systématique sur les moyens de la Résistance (nomination des responsables, formalisation de l'action politique à mener dans le sens d'une insurrection) ne sont pas partagées par toutes les tendances des organisations de résistance ; l'épuration "sauvage" autorise des règlements de compte éloignés de toute justice, ce qui accélère l'institution des cours spéciales de justice (septembre). La dissolution des milices patriotiques par le gouvernement entraîne des protestations du CNR et du PC (octobre). Pour asseoir son autorité et canaliser l'aspiration à une démocratie directe, économique et sociale, le général de Gaulle effectue plusieurs voyages en province.

 

 

John Maynard Keynes en 1944 lors de la Conférence monétaire international des Nations Unies à Bretton Woods, au New Hampshire.  Source : Photo: Hulton Archive

 

 

Sur le plan international la conférence monétaire de Bretton Woods confirme l'institution du dollar comme monnaie de référence parallèle à l'or. Enfin, la reconnaissance en droit du GPRF par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'URSS, etc, implique la participation de la France au règlement allemand lorsque le moment sera venu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Les cimetières militaires de la campagne de France 1940

 

Les cimetières militaires de la campagne de France 1940

 

Les inhumations des années quarante

 

Le mémorial de Villy la ferté. Source : Mémorial du fort de Villy-la-Ferté
 

 

Les morts de la campagne de France furent abandonnés sur les lieux mêmes des combats. Si certains ont été enterrés rapidement par les autorités locales ou grâce à des particuliers, les plus nombreux gisèrent, sans sépulture, là où la mort les avait frappés.

 

L'âpreté des combats (pertes comparables aux plus dures batailles de la Première Guerre mondiale), l'évolution rapide du front due aux percées ennemies, la retraite des troupes françaises, la désolation des zones évacuées ou désertées par les civils, l'occupation allemande, toutes ces conditions ne permirent pas alors une inhumation systématique des combattants français tombés à leur poste. Sur quelques points du front, les formations sanitaires françaises procédèrent à l'ensevelissement des blessés décédés durant les soins en créant de petits cimetières tel celui du sanatorium de Zuydcoote (poste de secours en juin 1940), ou dans la zone arrière des armées, à proximité des hôpitaux militaires, comme à Villeurbanne-La Doua, près de Lyon, ou à Sainte-Anne-D'Auray (Morbihan). Parfois, des unités allemandes enfouirent les morts, en particulier ceux du fort des Dunes à Leffrinckoucke, ou ceux de l'ouvrage de La Ferté (Ardennes).

 

Cimetière Marckolsheim. Un petit cimetière rassemblant les corps de soldats français tombés près de Marckolsheim. Source : Mémorial de la ligne Maginot de Marckolsheim

 

 

Cimetière Marckolsheim. A l'occasion du 14 juillet, les habitants des villages environnants ont confectionné un drapeau tricolore qui décore la tombe de deux soldats du 42e RIF. Source : Mémorial de la ligne Maginot de Marckolsheim

 



En 1941, des prisonniers de guerre, le lieutenant Robardet et le sergent-chef Peupin avec quelques hommes, assuraient le déminage du département de la Moselle. En accomplissant cette mission, ils découvrirent sur le théâtre des combats les corps des défenseurs restés tels quels, gisant dans des blockhaus détruits, des tranchées pilonnées, des casemates éventrées par les bombes ou brûlées au lance-flammes. Ces morts appartenaient en majorité à la Coloniale et à des régiments d'infanterie de forteresse. Le lieutenant proposa alors aux autorités allemandes d'utiliser son équipe afin de leur donner une digne sépulture. Le travail dura deux années et plus de 2 500 corps furent identifiés puis inhumés.

 

Sur l'ensemble du front, le retour des réfugiés dans les villages, la vie quotidienne reprenant son cours, la recherche et l'ensevelissement des corps dans les petits cimetières communaux furent facilités. Ainsi, en 1941, dans les Ardennes, les habitants de Villy exhumèrent les corps enterrés sommairement par l'ennemi, soit une partie de la garnison de l'ouvrage de La Ferté et surtout des Coloniaux de la 3e DIC tombés dans le secteur. En avril 1942, ils relevèrent encore 307 corps à Malandry, aux bois de Neudan et d'Inor, à Olizy-sur-Chiers, qui trouvèrent place dans le cimetière militaire communal créé un an plus tôt, disposés en tombes individuelles ou dans l'ossuaire qui recueillit 138 inconnus. A Haubourdin, près de Lille, en 1941, la commune aménagea un petit cimetière où furent groupés les corps des défenseurs.

 

 

Les nécropoles nationales de regroupement



En application des décrets-lois des 22 février 1940, 19 octobre 1946 et 21 mars 1950 relatifs aux sépultures, restitutions aux familles, regroupement des tombes, le ministère des Anciens Combattants entreprit après la guerre de vastes opérations destinées à "honorer dignement la mémoire des morts pour la France en 1939-1945". A partir de 1946, les corps purent être restitués aux familles qui en manifestèrent la volonté.

 

La ferme de Suippe. Source : Philippe Crozet



Les restes mortels non restitués furent soit réinhumés dans des nécropoles nationales de 1914-1918 où ils formèrent des carrés de tombes "1940", ainsi à Verdun, à Bras, à Dugny(Meuse), à Ambleny, Champs, Soupir, Vauxaillon (Aisne), à Beauvais (Oise), à la Ferme de Suippes, à Sainte-Menehould, dans la Marne, à La Targette (Pas-de-Calais), à Zuydcoote (Nord), etc.

 

Le cimetière de Chastre. Source : D.R.

 

Des tombes furent maintenues dans des cimetières britanniques ainsi les 218 sépultures de la 2e DLC à Saint-Valéry-en¬-Caux (Somme). D'autres corps restèrent dans des cimetières à l'étranger, en Belgique (à Chastre, créé en 1969), au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Norvège.



Les opérations de regroupement et les inaugurations de nouvelles nécropoles nationales s'étalèrent de 1950 à 1975 environ.

 

De grands cimetières de regroupement furent réalisés à Floing (Ardennes), à Cambronne-lès-Ribecourt (Oise), à Condéfolie (Somme), à Fleury-les-Aubrais (Loiret).

 

Floing. Source : site et forum des Bataillons de Chasseurs et des Diables Bleus du 30°. Photo Vincent Bourgeois

 

Cambronne les Ribecourt. Source : Josianne Ferret

 

Les exhumations concernèrent des milliers de communes. De nombreux petits cimetières furent désaffectés, sauf lorsque quelques municipalités exprimèrent l'intention de conserver les tombes de leurs défenseurs : Villy-La Ferté, réaménagé puis inauguré en 1962, La Horgne (Ardennes) où reposent des Spahis, Marckolsheim (Bas-Rhin) qui a recueilli des tués du 42e RIF, Maubeuge et Avesnes-sur-Helpe, dans le Nord.

 

 

Le soldat inconnu de 1939-1940

 

La tour Lanterne. Source : Jean-Pierre Le Padellec
 

 

Le 16 juillet 1950, grâce à l'initiative de l'association "les Fils des Tués" et en présence de Messieurs Guy Mollet, vice-président du Conseil, et Jacquinot, ministre des Anciens Combattants, un soldat inconnu amené solennellement dans la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais) fut réinhumé dans un des caveaux de la crypte de la tour-lanterne. Sa dépouille avait été choisie parmi 27 soldats français, non identifiés, tués en mai-juin 1940, exhumés pour la circonstance du cimetière de l'Ouest, à Calais.

 



Le Tata sénégalais de Chasselay

 

Le tata sénégalais de Chasselay. Source : Richard Monléon SGA/DMPA



Le 20 juin 1940, la mairie de Chasselay (Rhône), procéda à l'inhumation des corps disséminés sur le terrain.

 

En 1942, Monsieur Marchiani, secrétaire général de l'Office du Rhône des Mutilés anciens combattants et Victimes de guerre, qui avait acquis à titre privé le terrain où les Allemands massacrèrent leurs prisonniers sénégalais, y fit édifier un "Tata", c'est-à-dire un cimetière typique du Sénégal, clos de murs, une enceinte sacrée destinée aux dépouilles des guerriers. Il entreprit ensuite, seul, la difficile recherche des corps et exhuma 188 gradés et soldats, surtout du 25e RTS, qui furent réinhumés dans le Tata.

 

Le tata sénégalais de Chasselay. Source : Richard Monléon SGA/DMPA



L'inauguration se déroula le 8 novembre 1942 en présence de Monsieur Galandou-Diouf, député sénégalais, et de nombreuses personnalités françaises.

 

 

Les principaux cimetières

 

La bataille de Belgique

 

Aux Pays-Bas :


VREDENHOF : 21 corps.

 

En Belgique

ANVERS : 23 corps.

CHASTRE : 1 058 corps

 

Cérémonie commémorative au cimetière français de Kapelle. Source : Association des anciens combattants français aux Pays-Bas

 

Chastre 17 mai 2010 Commémoration de la bataille de mai 1940. Source : DR

 

La bataille des Ardennes

 

Nécropole nationale :

FLOING (Ardennes) : 1 952 corps, 1,9 hectare. 266 tombes sont garnies d'une stèle musulmane

 

Floing. Source : site et forum des Bataillons de Chasseurs et des Diables Bleus du 30°. Photo Vincent Bourgeois

 

Floing. Source : Ardennes 1940 à ceux qui ont résisté. Source : Photo Michel Baudier

 

 

Carrés militaires communaux :

 

LA HORGNE (Ardennes) : 40 corps SEDAN (Ardennes) : 33 corps

 

La Horgne. Le mémorial national des Spahis. Source : Timothée Fisson

 

La bataille du Nord :


Nécropoles nationales :

 

HAUBOURDIN (Nord) : 1 960 corps dont 178 Soviétiques. 707 tombes sont garnies d'une stèle musulmane. 7 425 m2.

LEFFRINCKOUCKE (Nord) : 190 corps. 1 770 m2.

 

Leffrinckoucke, auteur:LimoWreck. Source Licence GNU

 

 

Carrés 1940 dans des nécropoles nationales de 1914-1918 :


ZUYDCOOTE (Nord) : 916 corps 39-45, 1 342 corps 14-18. Un ossuaire. 7 230 m2.

 

Zuydcoote. Source : page 14-18.mesdiscussions.net

 

LA TARGETTE (Pas-de-Calais) : 818 corps 39-45, 11 323 corps 14-18. Trois ossuaires. 4,5 hectares

 

Cimetière de Neuville Saint Vaast - La Targette. Source : Jean-Pierre Le Padellec

 

 

Carrés militaires communaux :

 

AVESNES-SUR-HELPE (Nord) : 62 corps.

MAUBEUGE (Nord) : 32 corps.

FEBVIN-PALFART (Pas-de-Calais) : 117 corps.

 

 

Les batailles de l'Aisne et de Champagne

 

Carrés 1940 dans des nécropoles nationales de 1914-1918 :

 



AMBLENY (Aisne) : 567 corps 39-45, 10 674 corps 14-18. Quatre ossuaires. 3,6 hectares.

 

Amblemy. Source : page 14-18.mesdiscussions.net

 

CHAMPS (Aisne) : 186 corps 39-45, 2 809 corps 14-18. Deux ossuaires. 2 hectares.

FLAVIGNY-LE-PETIT (Aisne) : 431 corps 39-45, 2 736 corps 14-18. Deux ossuaires. 1,3 hectare.

SAINT-QUENTIN (Aisne) : 207 corps 39-45, 5 066 corps 14-18. Deux ossuaires. 1,8 hectare.

SOUPIR N° 2 (Aisne) : 544 corps 39-45, 2 251 corps 14-18. Un ossuaire. 1,3 hectare.

VAUXAILLON (Aisne) : 169 corps 39-45, 1 909 corps 14-18. Deux ossuaires. 8 911 m2.

 

Vauxaillon, auteur : Philippe Crozet. Source : page 14-18.mesdiscussions.net

 

 

FERE-CHAMPENOISE (Marne) : 161 corps 39-45, 5 733 corps 14-18. Un ossuaire. 1,6 hectare.

LA FERME DE SUIPPES (Marne) : 1 911 corps 39-45, 7 349 corps 14-18. Deux ossuaires. 4,7 hectares.

SAINT-THOMAS-EN-ARGONNE (Marne) : 88 corps 39-45, 8 024 corps 14-18. Deux ossuaires. 2,4 hectares.

SAINTE-MENEHOULD (Marne) : 215 corps 39-45, 5 755 corps 14-18. Huit ossuaires. 2 hectares.

VITRY-LE-FRANÇOIS (Marne) : 62 corps 39-45, 4 067 corps 14-18. Un ossuaire. 8 612 m2.

 

 

La bataille de la Somme

 

Nécropole nationale :



CONDE-FOLIE (Somme) : 3 279 corps. Un ossuaire. 12 818 m2. 829 tombes sont garnies d'une stèle musulmane.

 

Cimetière Condé-folie. Source : Mairie de Condé-Folie

 

Carré 1940 dans une nécropole britannique : SAINT-VALERY-EN-CAUX (Seine Maritime) : 218 corps.

 

 

La bataille de l'Oise


Nécropole nationale :

 

CAMBRONNE-LES-RIBECOURT (Oise) : 2 129 corps 39-45,126 corps 14-18. 9 780 m2. 171 tombes sont garnies d'une stèle musulmane.

 

Cambronne les Ribecourt. Source : Josianne Ferret

 

Carrés 1940 dans des nécropoles nationales de 1914-1918 :

BEAUVAIS (Oise) : 95 corps 39-45, 1 091 corps 14-18. Un ossuaire. 5 655 m2. Carré de 164 Alliés 39-45.

VERBERIE (Oise) : 41 corps 39-45, 2 559 corps 14-18. Deux ossuaires. 6 518 m2.

 

 

Les batailles de l'Est


Carrés 1940 dans des nécropoles nationales de 1914-1918 :

 

AVOCOURT (Meuse) : 49 corps 39-45, 1 847 corps 14-18. 1,2 hectare.

BELLERAY (Meuse) : 111 corps 39-45, 4 123 corps 14-18. 7 217 m2.

BRAS (Meuse) : 151 corps 39-45, 6 386 corps 14-18. Deux ossuaires. 3,2 hectares.

 

Bras sur Meuse. Source : Jean-Pierre Le Padellec

 

CHATTANCOURT (Meuse) : 27 corps 39-45, 1 697 corps 14-18. 1,5 hectare.

DUGNY (Meuse) : 135 corps 39-45, 1 836 corps 14-18. Un ossuaire. 1,5 hectare.

VERDUN BEVAUX (Meuse) :485 corps 39-45, 3 107 corps 14-18. 2,3 hectares.

VERDUN FAUBOURG PAVE (Meuse) : 602 corps 39-45, 4 906 corps 14-18. 1,9 hectare.

ALTKIRCH (Haut-Rhin) : 32 corps 39-45, 1 749 corps 14-18. Deux ossuaires. 5 153 m2.

ORBEY WETTSTEIN (Haut-Rhin) : 58 corps 39-45, 3 534 corps 14-18. Deux ossuaires. 9 902 m2.

GRANDFONTAINE (Bas-Rhin) : 24 corps 39-45, 300 corps 14-18. Deux ossuaires. 2 468 m2.

PLAINE (Bas-Rhin) : 142 corps 39-45, 1 018 corps 14-18. Trois ossuaires. 3 562 m2.

 

Plaine. Cimetière militaire de Plaine, auteur Lybil BER. Licence de documentation libre GNU

 

BADONVILLER (Meurthe-et-Moselle) : 28 corps 39-45, 2 563 corps 14-18. Deux ossuaires. 7 900 m2.

NEUFCHATEAU (Vosges) : 47 corps 39-45, 836 corps 14-18. 6 206 m2.

Carré militaire communal : BRUYERES (Vosges) : 22 corps.

 

 

Les combats de la ligne Maginot

 

Nécropole nationale :

 

VILLY-LA-FERTE (Ardennes) : 105 corps. Un ossuaire. 334 m2.

 

Villy la Ferté. Source : mairie de Courtisols

 

Des tombes de 1940 se trouvent dans les nécropoles nationales d'HAGUENAU et de STRASBOURG (Bas-Rhin), de SARREBOURG-BUHL, METZ-CHAMBIERE (Moselle), CERNAY (Haut-Rhin).

 

 

Carrés militaires communaux :


BITCHE (Moselle) : 21 corps.

PHALSBOURG (Moselle) : 33 corps.

MARCKOLSHEIM (Bas-Rhin) : 25 corps.

 

 

Les combats du Rhône

 

Nécropole nationale :

CHASSELAY (Rhône) : 196 corps. 785 m2.

 

 

Les combats de la Loire

 

Nécropole nationale :

FLEURY-LES-AUBRAIS (Loiret) : 2 881 corps 39-45, 635 corps 14-18. Un ossuaire. 2,5 hectares. 870 tombes sont garnies d'une stèle musulmane.

 

 

La bataille des Alpes

 

Carré militaire communal :

La zone de l'intérieur

Nice (Alpes-Maritimes) : 631 corps 39-45 dont une proportion de tués de 1940.

 

Nécropoles nationales :

 

VILLEURBANNE, LA DOUA (Rhône) : 2 565 corps 39-45, 3 348 corps 14-18. 8,5 hectares.

SAINTE-ANNE-D'AURAY (Morbihan) : 1 369 corps 39-45, 701 corps 14-18. Deux ossuaires. 1,7 hectare.

 

La nécropole Sainte-Anne-d'Auray. Source : Jean-Pierre Le Padellec



Ces deux nécropoles ont recueilli les morts de 1940 décédés durant leur séjour dans les hôpitaux militaires de la zone de l'intérieur.

 

MINDEF/SGA/DMPA

La mission du Commonwealth War Graves Commission (CWGC)

 

La mission du Commonwealth War Graves Commission (CWGC)

 

Il existe des cimetières militaires comme celui d'Arras partout dans le monde. Des hommes et des femmes de toutes croyances y reposent, qu'ils aient combattu au côté des Alliés ou celui des allemands.

 

Fondé par charte royale en 1917, le Commonwealth War Graves Commission est responsable du marquage et de l'entretien des tombes des soldats du Commonwealth tombés au champ de bataille durant les deux guerres mondiales.

 

Le personnel du CWGC gère la majorité de ces tombes et mémoriaux dans environ 150 pays et a mis en place des accords avec de nombreux autres gouvernements. Il est parfois impossible de retrouver le lieu d'inhumation de militaires dont on connaît l'identité. Le CWGC a une mission de répertorier, d'édifier et d'entretenir des monuments à la mémoire de ces 759 000 morts sur un montant de 1,7 million morts.

 

Le Commonwealth est une association bénévole de 53 états indépendants et divers, répartis sur tous les continents et océans, qui interagissent à travers un réseau de liens gouvernementaux et non gouvernementaux. Bien que la moitié de ses membres soient aujourd'hui de petits États comptant moins d'un million d'habitants, le Commonwealth regroupe néanmoins près du quart de la population mondiale (1,7 milliards de personnes) et près du tiers des membres des Nations Unies.

 

Les gouvernements partenaires les plus importants (Australie, Canada, Inde, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Royaume-Uni) fournissent le budget de fonctionnement du CWGC, proportionnellement au nombre de tombes qui les concerne.

 

 

Les cimetières du CWGC en France


 

C'est en France que se trouve le plus grand nombre de cimetières et monuments commémoratifs du Commonwealth. Presque 575 000 morts pour le Commonwealth pendant les deux guerres et 12 700 d'autres nationalités y sont répartis sur plus de 2 900 sites dédiés à leur mémoire. 218 000 d'entre eux n'ont pas de tombe connue et sont donc commémorés dans des mémoriaux. Le plus grand de ces lieux est le mémorial de Thiepval, sur la Somme, qui rassemble 72 000 noms.

 

Pour entretenir ces sites, le CWGC emploie plus de 400 personnes en France: des artisans, du personnel administratif et des jardiniers (75%).Les croix en bois plantées provisoirement après la guerre ont été remplacées par des pierres tombales blanches et sobres.



A la fin du conflit, lorsque l'on retourna la terre des champs de batailles déchiquetés par les obus, toutes les graines de coquelicot sauvage se mirent à germer. Des champs entiers de fleurs rouges éclorent ainsi. Les pétales de coquelicot, à la fois frêles et écarlates, symbolisent depuis les centaines de milliers d'hommes qui sont morts et qui continuent à mourir en temps de guerre.

 

 

Votre famille pendant la guerre



Si vous cherchez à savoir si un membre de votre famille est enterré ou commémoré dans un cimetière militaire et lequel, ou si vous désirez des informations complémentaires sur le Commonwealth War Graves Commission, n'hésitez pas à la contacter à l'adresse ci-dessous. Vous pouvez aussi consulter le registre Debt of Honour accessible en ligne sur le site web: www.cwgc.org dans les liens à découvrir sur le sujet ci-dessous.

 

Commonwealth War Graves Commission (France)

Rue Angèle Richard 62217 Beaurains

Tel : +33 (0)3 21 21 77 00

Fax : +33 (0)3 21 21 77 10

E-mail : france.area@cwgc.org

 

 

Source : Commonwealth War Graves Commission

Pages