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Les déportations de France

 

La déportation organisée depuis la France par les nazis a recouvert de multiples situations regroupées sous un même terme générique.

 

Ce terme de déportation se définit originellement comme "une peine consistant en un exil forcé dans un lieu déterminé". Son sens contemporain est forgé à partir de 1942 pour rendre compte d'un "internement dans un camp de concentration situé à l'étranger" par les Allemands.

 

 

Les camps de concentration répressifs

 

Vue des baraques et de l'usine de munitions dans l'une des premières photos du camp de concentration de Dachau. Dachau, Allemagne, mars ou avril 1933. Source : The United States Holocaust Memorial Museum


 

Ceux-ci, conçus en Allemagne à partir de 1933, autour du "camp modèle" de Dachau, ont pour but l'élimination de tous les opposants politiques, religieux et philosophiques aux nazis et de tous ceux considérés comme asociaux par le régime.

 

Différentes catégories de déportés.

 

Une classification est mise au point pour distinguer ces différentes catégories, les politiques portant un triangle rouge, les droits communs un triangle vert, les homosexuels un triangle rose, les témoins de Jéhovah un triangle violet, les asociaux un triangle noir, les Tsiganes un triangle marron, les Juifs enfin un triangle ou une étoile jaune. La première vague d'internement des Juifs dans les camps de concentration, suit le pogrom de la "nuit de cristal" du 9 novembre 1938 lorsque 32 000 Juifs allemands sont arrêtés pour les inciter à fuir le pays.

 

A partir de 1938, les succès allemands tant diplomatiques que militaires amènent à une expansion considérable de la population concentrationnaire, tous les opposants des pays vaincus pouvant potentiellement y être envoyés, de nouveaux camps voient le jour, plus modernes et mieux organisés.

 

Magdeburg, un magasin juif détruit après la "Nuit de cristal" du 11 septembre 1938. Source : Deutsches Bundesarchiv

 

 

La déportation "de répression" en France


 

L'occupation de la France en 1940 amène à la mise en place des structures de répression nazie sur le territoire français. Cette répression (1) peut définir "tous les types d'action entendant arrêter une manifestation ou le développement d'une activité, d'un sentiment, d'un geste jugé dangereux par l'autorité nazie d'occupation car la mettant en cause". A partir de 1941 et devant l'échec des formes traditionnelles de répression et notamment des fusillades d'otages, un flux régulier de déportés de France "pour ce qu'ils avaient fait ou étaient soupçonnés de vouloir faire" est envoyé vers les camps de concentration du IIIème Reich. Ne pas savoir où ils sont conduits est alors considéré comme une arme psychologique redoutable par les théoriciens de la répression.

 

Plaque commémorative des victimes françaises au camp de concentration de Hinzert, en utilisant les expressions "Nuit et Brouillard" et "NN-Déportés". Source : GNU Free Documentation License

 


Cette logique est portée à son comble avec l'instauration des décrets NN "Nacht und Nebel Erlass" rédigés par Hitler en décembre 1941 (décrets Keitel) qui créent un nouveau type de mesures répressives s'appliquant aux résistants d'Europe occidentale. La principale disposition prévoit la déportation secrète (dans la nuit et le brouillard) sur le territoire du Reich pour la personne arrêtée. Là, elle est internée ou assignée dans un camp de concentration dans l'attente théorique de son jugement par les tribunaux répressifs allemands. Les procès se déroulent à huis clos et dans tous les cas, aucune nouvelle n'est donnée à la famille du déporté. Les prisonniers sont alors condamnés à de lourdes peines, voire souvent à la mort.

 

Les détenus au travail, à la carrière de Flossenbürg. Source : The United States Holocaust Memorial Museum

 



Les prisonniers NN français constituent la majeure partie de ceux qui sont envoyés notamment à Gross Rosen, Flossenbürg ou Buchenwald, puis à partir de juillet 1943 au camp de Natzweiler, situé près du lieu-dit le "Struthof" dans le massif vosgien à 50 kilomètres de Strasbourg.

 

Projets d'aménagement du camp, 1942. Source : Collection Hisler / Musée de Struthof

 

 

La faim. Dessin de Henri Gayot. Source : Collection Hisler / Musée de Struthof

 


Le chiffre total jusqu'en 1945 de la population déportée de répression depuis la France est aujourd'hui estimé à 86 827 personnes selon les travaux de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Les statistiques précédentes faisant état d'un chiffre de 65 000 s'expliquent par la prise en compte dans cette étude de la situation des étrangers arrêtés en France et notamment des Républicains espagnols engagés volontaires dans l'Armée française, faits prisonniers et envoyés dès 1940 depuis les Stalags dans les camps de concentration.

 

 

La déportation de persécution


 

La déportation dite de persécution, qui comprend notamment la déportation homosexuelle, celle des témoins de Jéhovah, et des Tsiganes, s'applique à ceux "déportés pour ce qu'ils sont" et non pour ce "qu'ils font".

 

La villa Marlier à Wannsee où se déroula la conférence. Source : la GNU Free Documentation License

 

Cette forme de déportation touche principalement les Juifs, coupables d'être nés ainsi, et de fait considérés comme l'ennemi héréditaire et absolu du peuple allemand, et source de tous ses malheurs. Leur extermination est programmée par le régime notamment lors de la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942. Un réseau de camps "d'extermination" est mis en place "à l'est" pour "traiter" l'ensemble des communautés juives européennes.

 

Panneau indicateur de la gare de Treblinka, exposé aujourd'hui à Yad Vashem. Source : GNU Free Documentation License



Venant après le camp de Chelmno, premier du genre, différents centres de mises à mort sont ouverts (Treblinka, Sobibor, Belzec..) pour appliquer ce programme. Dans cette optique d'extermination, Auschwitz II-Birkenau (2), véritable capitale de la mort industrielle est choisie pour recevoir notamment la population juive de France. Dès lors, en France, à la suite du processus de recensement puis d'exclusion mené tant par les Allemands que par les autorités de Vichy, un processus de déportation vers Auschwitz démarre, rendu possible par la collaboration du régime de l'Etat français du maréchal Pétain.

 

Un premier convoi de Juifs de France part vers Auschwitz le 27 mars 1942.

 

Sobibór - Mémorial sur le site du camp. Source : Licence Creative Commons

 


Plus de 75 000 Juifs de France (hommes, femmes et enfants) sont acheminés ainsi jusqu'en août 1944, promis pour la plupart à une mort certaine dans les chambres à gaz, ou parfois "sélectionnés pour le travail". Ils rejoignent alors le lot commun des déportés, dans les camps de concentration promis à une élimination lente par le travail.

 

Seule 3% de la population juive déportée de France survit et rentre au pays en 1945. Largement présents dans la résistance française, un certain nombre de juifs sont déportés pour "ce qu'ils ont faits" et non "ce qu'ils sont". Par exemple, Denise Vernay, la sœur aînée de Simone Veil, est déportée à Ravensbrück pour fait de résistance.

 

Denise Vernay. Source : coll.particulière



En plein effort de guerre, les opposants de toute l'Europe déportés dans les camps de concentration nazis sont d'abord une main d'œuvre servile, exploitée jusqu'à l'épuisement et la mort notamment dans les grands complexes industriels allemands comme Buna-Monowitz dit Auschwitz-III pour IG-Farben. L'inflation de la population concentrationnaire - en 1944, 700 000 personnes, dans les 22 camps principaux-, les conditions extrêmes en matière de nourriture et d'hygiène, entraînent une surmortalité terrible aggravée par les épidémies.

 

1941, usine de Buna et Montan de IG Farben, près d'Auschwitz. Source : Deutsches Bundesarchiv

 

 

 

La libération des camps et le retour des déportés

 

Photo (sans doute reconstituée) de la libération d'Auschwitz. Source : Presse soviétique

 



Cette libération résulte de la défaite allemande et de l'effondrement militaire du Reich. Chronologiquement, c'est l'offensive soviétique du 12 janvier 1945 qui va provoquer l'évacuation du camp d'Auschwitz-Birkenau puis son "ouverture" par les Soviétiques le 27 janvier. Ils n'y trouvent que 7 000 déportés malades et mourants, 58 000 d'entre eux ayant été évacués "vers l'ouest" dans un scénario de "marches de la mort" qui se répète à chaque percée alliée.

 

Un soldat américain et des prisonniers libérés du camp de concentration de Mauthausen. Source : The United States Holocaust Memorial Museum

 


Le 7 mars 1945, l'offensive anglo-américaine à l'ouest du Reich provoque un scénario similaire, la première armée française entre en Allemagne après avoir passé le Rhin le 31 mars 1945.

 

Des soldats américains et des prisonniers libérés à l'entrée principale du camp de concentration de Buchenwald, mai 1945. Source : The United States Holocaust Memorial Museum

 

 

Les conditions de libération

 

Pour chaque armée alliée, l'ouverture d'un camp de concentration est d'abord une surprise teintée d'incompréhension puis d'horreur, renforçant finalement la détermination des troupes. Eisenhower déclare ainsi après la libération du camp d'Ordhruf, le 5 avril, que "si certains (dans son armée) ne savaient pourquoi ils se battent, maintenant ils le savent". Quant aux déportés, malades, frappés par les épidémies, ils souhaitent, pour la plupart "rentrer au plus vite" mais ce vœu ne peut être exaucé.

 

Retour par avion de déportés épuisés, printemps 1945. Source : FNDIRP

 



D'une part, les libérateurs ont prévu initialement de rapatrier en priorité les prisonniers de guerre, et d'autre part les conditions sanitaires imposent la plupart du temps des mesures de quarantaine. De plus, les moyens matériels de transport ne sont pas toujours disponibles dans l'immédiat. Ces contraintes, génèrent un sentiment d'incompréhension chez les déportés, aggravé lors de leur retour en France. En effet, la population française, qui estime avoir souffert de l'occupation et reste surtout préoccupée par les problèmes de la vie quotidienne, ne les comprend pas.

 

Accueil des déportés à l'hôtel Lutetia à Paris. Source : FNDIRP

 



Le retour des déportés, à l'instar des autres "absents" (prisonniers de guerre,...s'il se déroule dans les meilleures conditions possibles compte tenu des contraintes de l'heure, entraîne des polémiques. Les déportés ne veulent, ne peuvent et n'osent parler de ce qu'ils ont vécu. Cette incommunicabilité est souvent rappelée dans les témoignages ultérieurs. Cette mémoire se manifeste progressivement au cours des années suivantes, tant par l'action associative et commémorative que par la mise en valeur des témoignages dans les médias, parallèlement à la recherche historique menée sur ces sujets.

 

Dans l'immédiat après-guerre, la victoire est privilégiée et la résistance mise en avant, parfois au détriment d'autre chose, ce qui peut expliquer en partie l'occultation de la spécificité d'Auschwitz. De ce point de vue, l'appellation statutaire des déportés dans le cadre du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, peut apparaître révélatrice, dans la mesure où la législation française distingue les "déportés résistants" (loi du 6 août 1948) et les "déportés politiques" (loi du 9 septembre 1948).

 

A aucun moment la déportation juive n'est explicitement incluse dans ce dernier texte.

 

 

L'émergence des mémoires de la déportation

 

1946, premier anniversaire de la libération des camps. Source : FNDIRP

 


Dans les années 1950, pour maintenir le souvenir de leurs camarades morts en déportation, les associations de déportés créent des lieux de mémoire, autour desquels elles organisent des cérémonies spécifiques. Elles expriment le souhait de voir inscrite dans le calendrier une date réservée au souvenir de la déportation. La loi n° 54-415 du 14 avril 1954 consacre le dernier dimanche d'avril au souvenir des "victimes de la déportation et morts dans les camps de concentration du IIIème Reich au cours de la guerre de 1939-1945". Cette loi, adoptée à l'unanimité par le Parlement, fait de ce dimanche une journée de célébration nationale.

 

Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation du 24 avril 2011. Marche silencieuse jusqu'au monument des martyrs de la déportation. Source : SGA/DMPA - Jacques Robert

 


Quelques décennies plus tard, la France souhaite rendre un hommage spécifique aux victimes des crimes racistes et antisémites et aux personnes qui se sont efforcées de protéger les Juifs persécutés. Elle entend ainsi distinguer cette commémoration de celle de la déportation, dédiée à tous les déportés, que ce soit pour des motifs raciaux, politiques, pour leurs moeurs ou pour des actes de Résistance, et reconnaître officiellement la responsabilité du régime de Vichy dans les persécutions et les crimes contre les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-45).

 

Monument en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites. Source : SGA/DMPA - Jacques Robert

 



De 1993 à 2000, deux textes fixent successivement les modalités de cette commémoration nationale. Le décret n° 93-150 du 3 février 1993, institue "une journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l'autorité de fait dite "gouvernement de l'État français" (1940-1944)". Le 16 juillet, date anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver (16 juillet 1942), est retenu pour cette commémoration si ce jour est un dimanche, sinon celle-ci a lieu le dimanche suivant. La loi n° 2000-644 du 10 juillet 2000 reprend et modifie le décret de 1993, afin d'y insérer notamment un hommage aux "Justes" de France.

 

 

Nota :

 

(1) Définition donnée par le Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution (FMD) (2) Auschwitz I est un camp de concentration.

 

 

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Le massacre de Tulle les 7 et 8 juin 1944

La ville de Tulle est attaquée par les forces de la résistance FTP pour une occupation temporaire dans le but de saper le moral des troupes allemandes qui occupaient la ville.

Cette attaque fût plutôt glorieuse; la ville se situant dans une vallée ce qui facilitait l'attaque des résistants arrivant des hauteurs. Le 8, l'école normale occupée par les allemands prend feu. Les tentatives de sorties sont meurtrières et les survivants capitulent.

 

Le 8 juin au soir, la division Das Reich reprend la ville. Le meilleur moyen de pression sur la résistance était de couper leurs relations avec les habitants en commettant des exactions. Le lendemain, s'opère une rafle des hommes de 16 à 60 ans pour officiellement, selon les messages sonores diffusés dans la ville, contrôler les identités. Les messages promettaient également la remise de papiers, notamment des Ausweis. C'est pourquoi, de nombreux Tullistes qui auraient pu s'échapper, ne voyaient pas l'intérêt d'entrer dans l'illégalité et se sont rendus au lieu de la rafle. Les hommes furent donc emmenés à la manufacture d'armes, où furent libérés les «indispensables» à une remise en état de la ville.

 

Les autres furent triés en trois groupes par le responsable de ZPOZD (autre division de la police allemande) dont un constitué arbitrairement de 120 personnes qui ne se doutaient pas de ce qui les attendait et pourtant destinées à être exécutées par pendaison. Une intervention de dernière minute va limiter le nombre d'hommes à 99. Ces personnes seront ensuite enterrées dans une décharge, pour en ajouter à l'horreur et marquer les esprits. C'est aujourd'hui ce que l'on appelle le « champ des martyrs » de Tulle, lieu de visite et de recueillement. 311 otages parmi ceux restants dans la manufacture sont transférés à Limoges. Les otages du « troisième tri », qui sont au nombre de 149, partent pour la déportation au camp de Compiègne-Royallieu, lieu de « transit » avant le camp de concentration de Dachau. Sur ces 149 déportés, 101 ne reverront jamais leur ville. Depuis, une cérémonie a lieu tous les ans le 9 juin, les balcons sont fleuris et un cortège retrace le parcours des exécutions.

 

Plaquette du chemin de mémoire de Tulle (à consulter en ligne)

 

 

 

Source : Secrétariat d'Etat au Tourisme - délégation régionale du Limousin

La politique des otages sous l'Occupation

La politique des otages sous l'Occupation

 

L'exécution d'otages a longtemps été l'un des marqueurs de la mémoire nationale de la France des années noires. Parce que la mort était au rendez-vous, bien sûr, mais aussi par qu'elle apparaissait, en ces circonstances, comme un paroxysme de l'occupation révélant la cruauté ultime qui veut qu'on assassine des hommes non pour ce qu'ils ont fait mais pour terroriser en guise de représailles. Enfin, parce qu'elle signait une forme d'aveu d'échec en creusant un fossé de sang entre l'occupant nazi et la population française.

Après la victoire des armées allemandes en juin 1940, les premiers objectifs stratégiques de l'occupant sont parfaitement clairs et restent de mise tout au long de l'Occupation. Il faut ponctionner les richesses locales. Il faut également assurer la sécurité des troupes et autres services allemands. La volonté sécuritaire est très directement liée à notre sujet car elle explique pourquoi, en 1941, l'exécution d'otages est une réponse à ce qui est perçu comme une menace, mais aussi pourquoi elle ne fut pas utilisée auparavant n'étant pas, aux yeux des Allemands, justifiée par la situation.

 

L'intérieur du camp de Choisel, juillet 1941. Source : Amicale de Châteaubriant - Voves-Rouillé

 


Dans la panoplie des outils répressifs dont il dispose, l'occupant privilégie dans un premier temps les procédures classiques, judiciaro-policières. Il ne s'interdit pas non plus, mais bien moins massivement que le gouvernement de Vichy, l'internement administratif. Les représailles collectives sont aussi de mise quand l'auteur de délits n'est pas trouvé : on désigne même des otages parmi les notables, mais la désignation ne débouche pas encore sur l'exécution.

 

Un rassemblement à l'intérieur du camp de Choisel. Source : Amicale de Châteaubriant - Voves-Rouillé



C'est alors le Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF, le commandement militaire) qui a la main à Paris. À côté il y a certes la Sipo-SD sous la houlette de Knochen, mais cette structure, appelée dans le langage commun Gestapo (la Gestapo étant en fait le service exécutif de la Sipo-SD), n'eut qu'un poids marginal au début. Elle n'eut de cesse de grignoter les pouvoirs de police réservés, au début, à l'armée. La question des otages fut cruciale dans ce conflit de compétences.

 

L'exécution d'otages est donc par principe, dès 1940, un recours possible. Mais l'été 1941 marque à l'évidence une rupture majeure car la configuration change totalement. L'agression allemande contre l'Union soviétique rompt le pacte germano-soviétique et les systèmes de représentations se réorganisent : pour les Allemands, la nouvelle ligne de front permet de développer la thématique du "judéo-bolchevique" qui est bientôt au cœur de la politique des otages. Pour les communistes, la guerre n'est plus impérialiste, opposant des puissances également responsables des malheurs du monde, elle devient juste, appuyée sur une alliance antinazie et antifasciste des nations et des peuples. Dès lors le Parti communiste français (PCF) s'engage dans la lutte armée, d'autant plus que les défaites rapides de l'Armée rouge sur le front de l'Est imposent une forme de diversion sollicitée par l'Internationale communiste. Le front est partout. Le 21 août 1941, Fabien (Pierre Georges) exécute l'aspirant de marine Moser au métro Barbès.

 

 

Un code des otages



Après l'attentat de Barbès, les autorités allemandes s'engagent dans des exécutions d'otages pour répondre aux attentats. Cela commence par l'annonce que "tous les Français en détention de quelque nature que ce soit par les services allemands ou pour des services allemands en France" sont considérés comme otages. Le 16 septembre, à la demande d'Hitler, Keitel fixe par décret le ratio à 50 ou 100 "communistes" exécutés pour un soldat allemand. En France, les règles sont fixées le 28 septembre par Otto von Stulpnagel, Militäberfehlshaber in Frankreich, dans un "code des otages".

 

Wilhelm Keitel en 1934. Source : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive). Libre de droit.

 

 

De leur côté les dirigeants communistes se trouvent confrontés à un triple obstacle : la pression policière devient trop forte à Paris ; nombre de militants se montrent réticents devant un type d'action qui relève davantage de la tradition anarchiste que communiste ; la population n'accepte pas, alors, cette forme de lutte. Ce sont donc des militants parisiens qui abattent les 20 et 21 octobre 1941 le Feldkommandant de Nantes et un conseiller d'administration militaire de Bordeaux. En guise de représailles, 48 otages sont exécutés à Châteaubriant, à Nantes et au Mont Valérien, puis 50 à Souge, près de Bordeaux.



Après une nouvelle vague d'attentats au début du mois de décembre, ce sont 95 communistes et/ou Juifs qui subissent le même sort. Les Juifs ont été sélectionnés dans le camp de Drancy, les communistes dans ceux de Compiègne et de Châteaubriant, dans les prisons de Fresnes, de la Santé ou de Fontevrault et au Fort de Romainville.

 

Camp de Compiègne, mai 1943. P. Feldkirchrer, aquarelle sur papier. Source : Mémorial de la shoah.

 


Immédiatement, les principaux acteurs, en France, savent que le principal enjeu tient dans l'opinion et non dans l'efficacité militaire de tels actes de résistance. Les actions militaires se mesurent à l'aune du politique. Cela vaut donc pour les trois acteurs de l'affaire, le PCF, Vichy et l'occupant. On cherchera en vain la revendication de l'attentat de Barbès dans L'Humanité clandestine. Quand viennent les exécutions d'otages, l'argument de la terreur est retourné contre les Allemands et, quand est constaté le rejet massif dans l'opinion publique de ces représailles massives, le PCF peut développer un argumentaire du type : œil pour œil, dent pour dent. Les observateurs de la préfecture de police de Paris ne s'y trompent pas. Dans un rapport daté du 27 décembre 1941, quelque temps après les exécutions de la mi-décembre, on peut lire que "devant cette situation, les dirigeants communistes ont décidé de réagir énergiquement et d'exploiter au maximum l'indignation de la population (...). Ils vont (...) tenter d'entraîner tous les Français à s'associer à leur action terroriste en les incitant à venger les victimes innocentes de la répression allemande et à venger les assassins. Cette propagande risque de trouver des échos favorables dans les milieux sociaux en raison du mécontentement et de l'hostilité que provoquent les méthodes de répression des autorités allemandes et il faut s'attendre à une recrudescence des actes de terrorisme". Dans une directive de février ou mars 1942, Jacques Duclos, le chef de la résistance communiste en France, est explicite : il s'agit de rompre avec l'apathie de la société et il est convaincu que si les attentats se multiplient, la répression ne pourra pas suivre.



Cet enjeu de l'opinion vaut aussi pour le régime de Vichy qui, avant même les premiers attentats, avait connu une étape de radicalisation. Ainsi, la création effective des sections spéciales est bien postérieure à l'attentat de Barbès, mais Darlan lui-même, le vice-président du conseil, demandait dès le 25 juin 1941 qu'on mît d'urgence à l'étude "l'institution d'une juridiction d'exception". Après l'attentat et la mise en place de ces juridictions d'exception, la tension devient extrême et l'occupant multiplie les pressions, tandis que Vichy prend bien conscience du danger qu'il court lui-même s'il est associé à des exécutions d'otages. Dans le bouleversement de l'automne, le ministre de l'Intérieur français, Pierre Pucheu, va très loin puisque son chargé de mission, Chassagne, participe peu ou prou au choix des otages qui sont finalement exécutés à Châteaubriant. L'erreur est fatale et Pucheu plaide immédiatement pour l'autonomie de sa police dont, à juste titre en l'occurrence, il évoque l'efficacité. En ne pouvant empêcher la radicalisation nazie, l'État français se trouve à nouveau fragilisé lui qui a choisi la collaboration d'État.

 

Mars 1944. En Algérie se déroule le procès de l'ex ministre de l'intérieur du gouvernement de Vichy,
Pierre Pucheu qui sera condamné à mort et fusillé. Source : SHD

 

 



Les militaires du MBF mesurent aussi les conséquences politiques de ces exécutions d'otages. On en prendra deux exemples. Le Kreiskommandant de Châteaubriant est chargé le 23 octobre 1941 de l'exécution des 27 du camp de Choisel, parmi lesquels on compte le tout jeune Guy Môquet. Un document exceptionnel permet de connaître dans le détail le déroulement de l'opération qui montre, à chaque étape, à la fois l'héroïsme des martyrs et l'attitude des autorités. Il s'agit du rapport établi en janvier 1942 par l'Inspecteur général adjoint des services administratifs à l'attention de Pucheu. Rappelons que les 27 sont mis à l'écart dans une baraque du camp où ils écrivent leurs dernières lettres à leurs proches. Ils sortent en chantant La Marseillaise et L'Internationale, chants repris dans tout le camp. Franchissant la barrière du camp, ils passent entre deux haies de gendarmes. Fait exceptionnel, le chef du camp ordonne à ses hommes de présenter les armes en l'honneur des futures victimes. Les soldats allemands conduisent les 27 jusqu'à la clairière.

 

Mont Valérien. La clairière des fusillés. Source : MINDEF/SGA/DMPA - Jacques Robert

 



L'exécution s'opère par groupe de 9. Aucun interné n'accepte de mettre le bandeau qui lui est proposé. Quand tout est terminé, le Kreiskommandant se tourne vers le chef de camp et le sous-préfet : "Les vainqueurs de cette journée - leur dit-il - sont ceux qui sont morts".

 

Le MBF, Otto von Stülpnagel, voit les choses de plus loin, mais il n'est pas loin de partager le jugement de son subalterne, en plus politique cependant. Dès la veille de l'exécution, et encore à la suite de la vague de la mi-décembre, il alerte ses supérieurs en signifiant les dégâts politiques majeurs d'une telle politique. Le 15 janvier 1942, il demande les pleins pouvoirs pour choisir les méthodes à privilégier pour lutter contre le "terrorisme". Le mois suivant, il se rend à Berlin pour s'en expliquer avec Hitler ; il n'est reçu que par Keitel, qui le désapprouve. Pour autant ce n'est pas l'humaniste qui parle, c'est le politique. Il est convaincu que persévérer dans la politique des otages, c'est se couper davantage de l'opinion tout en fragilisant le relais vichyssois, c'est aussi remettre en question l'efficacité de la répression de la police française. Il ne recule d'ailleurs pas devant les mesures extrêmes. Il met en oeuvre une déportation massive vers l'Est de Juifs et de communistes en guise de représailles (toujours la lutte contre le "judéo-bolchevique"). Prévu fin décembre, le premier convoi est repoussé pour des raisons techniques. De fait, les premiers convois de la "solution finale", en mars et en juin 1942, sont des convois de représailles, formés "d'otages juifs". Le 6 juillet 1942, un convoi de près de 1200 otages communistes quitte Compiègne.

 

Camp de Royallieu (Oise), départ du 1er convoi de déportés pour Auschwitz, le 27 mars 1942.
Source : Mémorial de la shoah.

 

 

Vers une autre politique


 

Désapprouvé sur le fond par Keitel, Otto von Stülpnagel démissionne. Bien que remplacé par son cousin Karl, il accélère ainsi un processus largement engagé qui aboutit le 1er juin 1942 à l'installation officielle de Karl Oberg comme chef suprême de la police et de la SS en territoires occupés.

 

Pierre Laval et Carl Oberg à Paris, le 1er mai 1943. Source Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive). Libre de droit.



Le contrôle de la police est donc passé des militaires à la Sipo-SD. Pour autant, Oberg a bien compris les enjeux. Profitant du retour au pouvoir de Laval et de la nomination de Bousquet comme secrétaire général à la Police, il privilégie la collaboration des polices. Pour Bousquet, c'est un moyen d'affirmer l'autorité de l'État français, y compris en zone nord, quitte à prendre en charge la réalisation des objectifs de l'occupant. Pour Oberg, il s'agit d'être efficace. À son procès, après guerre, il dira d'ailleurs : "Nous avions intérêt à ce que la police française soit réunie dans une seule main (...). Conformément à l'accord que j'avais établi avec Bousquet, la police française agissait de façon indépendante dans une ligne de conduite commune avec la police allemande et sous la responsabilité de Bousquet."



On ne pouvait être plus clair. La "politique des otages" n'est pas pour autant abandonnée, mais les exécutions sont regroupées pour augmenter leurs effets d'intimidation et laisser le temps aux policiers de rechercher les coupables. 88 otages sont ainsi fusillés le 11 août 1942. Ils sont 116 le 21 septembre, soit la plus importante de toute l'Occupation. Mais Oberg se rend compte que le protocole qu'il privilégie n'est pas plus efficace. Il doit en outre constater que cela risque de gêner la réquisition des travailleurs que permet la nouvelle loi française du 4 septembre 1942. Dans le même temps, la police française est très efficace. La fusillade envisagée pour le 15 octobre est ainsi repoussée puis ajournée. La politique des otages est suspendue. Il n'y eut qu'une exception à la nouvelle règle : après l'attentat contre Ritter, le représentant en France du Gauleiter Sauckel, par les FTP-MOI de la Région parisienne, 50 otages pris au fort de Romainville sont exécutés en octobre 1943.


Après la suspension de l'automne 1942, les otages qui n'ont pas été fusillés sont déportés dans des convois spécifiques : la Sipo-SD décide en effet de les déporter vers un camp de concentration en utilisant la garantie du secret offerte par le décret dit depuis Nacht und Nebel, en fait Nomen Nescio, l'équivalent de "X" en allemand. Des centaines de résistants et d'otages sont ainsi envoyés dans le secret des camps de concentration du Reich.

 

Entre septembre 1941 et octobre 1943, ce sont donc 735 personnes qui sont exécutées comme otages dans le commandement militaire allemand de Paris. Si l'on ajoute les 75 otages du Nord et du Pas-de-Calais, relevant du commandement de Bruxelles, on aboutit au chiffre de 810.

 

La carrière des fusillés à Châteaubriant. Source : MINDEF/SGA/DMPA - JP Le Padellec

 



Source : Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS, CHS, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et CNRS. Thomas Fontaine, doctorant, CHS, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et CNRS, chercheur associé à la Fondation de la Résistance.

 

 

Sites internet externes :

 

Musée de la Résistance à Châteaubriant

 

Musée de la résistance de Champigny

 

Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 196" - Juillet/Août 2009 pour MINDEF/SGA/DMPA

La déportation

 

A partir de 1938, le système concentrationnaire nazi prend une plus ample dimension. Après les premiers camps comme Dachau (créé en 1933), d'autres camps de concentration et d'extermination sont créés. Flossenburg en Autriche, Stutthof et Auschwitz en Pologne, Theresienstadt en Tchécoslovaquie, le Struthof en France.

 

Le système concentrationnaire Nazi. Source : MINDEF/SGA/ DMPA

 

 

Sous l'autorité et le contrôle des S.S., tous essaiment en Kommandos comme une véritable toile concentrationnaire. Aux détenus allemands, autrichiens et tchèques s'ajoutent des hommes et des femmes de toute l'Europe.

 



Une circulaire du 29 septembre 1941 instaure la mise au travail des détenus. La S.S. devient la plus grande entreprise économique du Reich, disposant pour les firmes allemandes d'une main d'oeuvre renouvelable et qui ne lui coûte rien. Les déportés sont des numéros sur une liste, soumis à la promiscuité, aux sévices et humiliations, aux mauvais traitements et brutalités, aux maladies, à la faim.

 

Déportés au travail. Source : DR

 

Revêtus d'une défroque rayée, marquée d'un triangle de couleur distincte par catégorie (apatride, politique, etc), ils deviennent des ombres que menace sans cesse la mort.



Exclus de la communauté allemande par les lois de 1935, après la " nuit de cristal " de novembre 38, les Juifs, en Allemagne, sont jetés dans les camps. Des ghettos sont créés dans les pays envahis. Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee définit les modalités d'application de " la solution finale de la question juive " pour toute l'Europe. Des millions de femmes, d'enfants et d'hommes raflés et internés dans tous les pays occupés sont transférés vers des camps d'extermination, enfermés dans des wagons de convois ferroviaires à destination d'Auschwitz II (Birkenau), Belzec, Maïdanek, Kulmhof, Sobibor, Treblinka.

 

Camp d'extermination d'Auschwitz - Birkenau, le travail des déportés, document S.S. de 1942.

 

A l'arrivée, c'est la terrible sélection : le sursis en esclavage pour les plus valides ; la mort dans les chambres à gaz, ou sous les coups, pour les plus faibles.


Le gouvernement de Vichy a instauré dès le 3 octobre 1940 le premier statut des Juifs. Des camps dont certains, auparavant, avaient vu se succéder des réfugiés espagnols fuyant la guerre civile où des communistes, sont utilisés pour parquer les Juifs raflés : Gurs, Le Vernet, Les Milles, Rivesaltes en zone sud , Pithiviers, Beaune-la-Rolande en zone nord. De ces camps vont partir les convois ferrés vers celui de Drancy, devenu le principal lieu de transit avant l'expédition en camp de déportation.

 

Détenus juifs arrivant au camp de transit de Drancy. France, 1942. Source : Federation Nationale des Deportes et Internes Resistants et Patriotes

 

 

Plus de 75 000 Juifs de toutes nationalités dont près de 10 000 enfants, ont été déportés de France. En outre, depuis le camp de Royallieu, à Compiègne, 85 000 résistants arrêtés et internés ont été déportés.

 

 

sites internet externe : Fondation pour la mémoire de la déportation

 

MINDEF/SGA/DMPA Daniel Fleury Pierre Hervet 7/11/2002

Discours d'Eisenhower

pour le débarquement en Normandie

Discours d'Eisenhower pour le débarquement en Normandie

 

 

  • Le général Eisenhower

    Le général Eisenhower. Photo Imperial War Museum



Appel du Quartier général des forces expéditionnaires alliées

 

"Soldats, Marins et Aviateurs des Forces expéditionnaires alliées !

 

Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la Grande Croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux Alliés et nos frères d'armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les Nazis exercent sur les peuples d'Europe et vous apporterez la sécurité dans le monde libre.

 

Mais nous sommes en 1944 ! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940-41. Les Nations unies ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d'homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité à faire la guerre sur terre et dans les airs.

 

Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement.



Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d'importantes réserves d'hommes bien entraînés. La fortune de la bataille a tourné! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la Victoire !

 

J'ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n accepterons que la Victoire totale !

 

Bonne chance ! Implorons la bénédiction du Tout-Puissant sur cette grande et noble entreprise."

 

 

Général Dwight Eisenhower - déclaration diffusée la veille du débarquement en Normandie à l'ensemble des troupes concernées.

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

La Légion étrangère

La Légion étrangère - Historique

En 1831, la conquête de l'Algérie vient de commencer et réclame déjà de nombreux renforts. La Légion est créée pour fournir cet appoint de troupes. Elle se forme à partir des soldats de métier sans emploi après les guerres impériales et des révolutionnaires de tous les pays d'Europe qui ont trouvé refuge en France. Pour faciliter l'engagement des étrangers qui, ayant dû quitter précipitamment leur pays, n'ont pas de pièces d'état civil, le législateur autorise les engagements sur simple déclaration d'identité. Ainsi, la loi du 9 mars 1831 et son décret d'application du 10 mars, contenaient donc les deux principes essentiels qui fondent toujours la particularité de la Légion : le service à titre étranger et la possibilité de servir sous identité déclarée.

 

Population d'Oran venant assister au débarquement des soldats français. Source : Bibliothèque nationale de France. www.gallica.bnf.fr

 

 

Les premiers légionnaires débarquent en Algérie en août 1831. Le 27 avril 1832, ils reçoivent le baptême du feu devant Maison Carrée et, au fil des combats, se taillent la réputation de soldats vaillants et endurants. Et en même temps, au fil de l'avancée de l'armée française, maniant tour à tour la pioche et le fusil, ils imposent un style qui deviendra bientôt la marque de la Légion, celui du soldat-bâtisseur. Leur chef-d'oeuvre sera de créer une ville en 1843 : Sidi-bel-Abbès, maison mère et capitale de la Légion ...

 

Maison Carrée. Sidi-bel-Abbès. Source : Carte postale

 



Le 29 juin 1835, quatre ans après sa création, la Légion étrangère est affectée au gouvernement espagnol pour soutenir la reine Isabelle II dans sa lutte contre la rébellion carliste. Des 4000 légionnaires partis derrière leurs officiers, 500 survivants seulement rejoindront la France en 1838, après trois années de calvaire. Au cours de cette campagne, va être mis en application un principe toujours en vigueur de nos jours : celui de l'amalgame.



Peu satisfait du système des bataillons par nationalité, le général Bernelle va brasser les légionnaires dans les unités, quelles que soient leurs origines, et imposer le français comme langue de commandement.

Le 16 décembre 1835, Louis Philippe décide la création d'une nouvelle Légion étrangère afin de pallier le manque de troupes en Algérie. De ce fait, en 1840, la Légion se scinde en deux régiments.

 

Sans interrompre son action en Algérie, la Légion participe aux campagnes du Second Empire. C'est d'abord la campagne de Crimée (1854-1856), avec le siège de Sébastopol, puis celle d'Italie (1859), où la Légion s'illustre à Magenta et à Solferino.

 

Le Mexique enfin, où la Légion étrangère conquiert un de ses plus beaux titres de gloire avec le combat de Camerone. L'héroïque résistance de la compagnie du capitaine Danjou dans l'hacienda de Camerone fut adoptée comme un symbole et comme un modèle de comportement au combat dans toute la Légion.

 

En 1870, la France est en difficulté face à la Prusse. Pour la première fois, et contrairement à ce que prévoyait l'ordonnance de 1831, la Légion est appelée à servir sur le territoire métropolitain, dans les armées de la Loire.

 

Légionnaires en septembre 1914. Source : Musée de la Légion

 



L'année 1883 voit la relance de la politique d'expansion coloniale de la France. Le gouvernement renforce les effectifs de la Légion et en fait le fer de lance de ses corps expéditionnaires, partout où elle veut imposer sa présence : au Tonkin à partir de 1883, sur l'île de Formose en 1885, au Soudan de 1892 à 1893, au Dahomey de 1892 à 1894, à Madagascar, de 1895 à 1905, au Maroc de 1900 à 1934. Au quotidien, la Légion participe activement, par ses travaux de génie civil, à la mise en valeur de la colonie.

 

La Légion est à l'oeuvre au Maroc quand la Première Guerre Mondiale se déclenche. Cinq régiments de marche seront constitués puis, réunis en en seul, le 11 novembre 1915, en raison des pertes sévères, pour former le régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE). Le colonel Rollet, qui commande le RMLE après la mort du colonel Duriez, tué à la tête de ses hommes, ramènera de ces quatre années de guerre le drapeau le plus décoré de l'armée française avec celui du régiment d'infanterie coloniale du Maroc.

 

Le lieutenant-colonel Rollet et ses chefs de bataillon en juillet 1917. Source : Musée de la Légion

 

 

Le lieutenant-colonel Duriez en avril 1917. Source : Musée de la Légion

 



A partir de 1920, la Légion est engagée sur deux théâtres : au Levant (Syrie et Liban), dans le cadre d'un mandat de la Société des Nations, et au Maroc pour la pacification du pays. Ils marquent à nouveau de leur empreinte la topographie comme l'illustre le tunnel de Foum Zabbel, percé dans le granit, sur la route du Ziz au Maroc, par les sapeurs pionniers du 3ème étranger.

 

C'est au début de la Deuxième Guerre mondiale que la Légion va avoir le plus gros effectif de toute son histoire, avec plus de 45 000 hommes. Les 11ème et 12ème régiments étrangers d'infanterie (REI), le groupement 97, les 21ème 22ème et 23ème régiments de marche de volontaires étrangers (RMVE) disparaissent dans la tourmente de 1940. La toute jeune 13ème DBLE (demi-brigade de Légion étrangère) s'illustre quant à elle en Norvège en participant à la victoire de Narvik. Elle entreprend ensuite une épopée qui la mènera de Bir-Hakeim jusqu'à la victoire finale, aux côtés du 1er REC et du nouveau RMLE.

 

Alors que la guerre se termine en Europe, les Japonais attaquent par surprise, le 9 mars 1945, l'ensemble des garnisons françaises de l'Indochine. Une retraite épique, menée avec énergie par le général Alessandri, permet au 5ème REI, le régiment du Tonkin, de se regrouper en Chine, après deux mois de marches et de combats. Avec plus de neuf mille morts, la Légion étrangère a lourdement contribué à la libération de l'Europe mais elle ne va pas connaître le repos pour autant.

A partir de 1946, le 2ème REI, la 13ème demi-brigade de la légion étrangère (DBLE), le 3ème REI et le 1er régiment étranger de cavalerie (REC) débarquent en Indochine et sont renforcés par des unités d'un type nouveau : les bataillons étrangers de parachutistes. Dans cette guerre où le gouvernement ne veut pas engager le contingent, la Légion est mise à contribution avec des effectifs qui atteindront jusqu'à 30 000 hommes, dont une large majorité d'allemands. De Phu Tong Hoa à Dien Bien Phu, la Légion perdra en Indochine 300 officiers dont 4 chefs de corps, et plus de dix mille sous-officiers et légionnaires. Cette campagne sera la plus meurtrière de toute l'histoire de la Légion étrangère.

 

Survivants de Phu Tong Hoa en juillet 1948. Source : Musée de la Légion

 


Avant même que ne cessent les hostilités en Indochine, les premiers troubles apparaissent en Afrique du Nord. La Légion se bat tout d'abord au Maroc et en Tunisie, puis en Algérie. En 1962, la Légion quitte l'Algérie, devenue indépendante, et le monument aux morts de Sidi-bel-Abbès est ramené à Aubagne.

 

Entre 1962 et 1969, la légion étrangère connaît une phase de transition. Toujours présente en Outre-Mer, à Madagascar puis en Guyane, à Djibouti, en Polynésie française et dans l'archipel des Comores. Le légionnaire se fait à nouveau bâtisseur : le 5ème régiment étranger (RE) crée en Polynésie les infrastructures nécessaires aux essais nucléaires français. En Guyane, le 3ème REI perce la route de l'Est et aménager le site de lancement du centre spatial guyanais. En métropole, les légionnaires travaillent à la construction de pistes dans les grands camps militaires du Sud de la France.

 

Le début des années soixante-dix voit un retour des activités opérationnelles. La Légion est d'abord engagée au Tchad, de 1969 à 1970, et y retournera de 1978 à 1988. En 1978, les feux de l'actualité se braquent sur l'intervention du 2ème REP au Zaïre. L'audacieuse opération aéroportée menée sur Kolwezi permet au régiment de sauver la population européenne du massacre. En 1983, la Légion s'engage à Beyrouth, dans le cadre de la Force multinationale de sécurité.

 

En 1991, lors de la guerre contre l'Iraq, plus de 2500 légionnaires participent, avec la division Daguet, à l'opération victorieuse "Tempête du désert". Le 1er REC, le 2ème REI et le tout jeune 6ème régiment étranger de génie (REG) y gagneront chacun une citation à l'ordre de l'armée. Puis, de plus en plus, les opérations vont se multiplier, pour la Légion comme pour le reste de l'armée française, dans un cadre qui devient multinational.

 

Lors d'une patrouille sur un fleuve de Cochinchine, un soldat est à son poste de tir à bord d'un bateau blindé français du Génie. La mitrailleuse est une Browning (calibre 50) de 12,7 mm. Décembre 1947. Source : SCA - ECPAD Photographe : Verneret

 

 

Opération "Camargue" : un crabe progresse dans les dunes de la "Rue sans joie". Centre Annam, juillet 1953. Source : ECPAD

 



A partir de 1992, commencent les actions de maintien de la paix sous l'égide de l'Organisation des nations Unies. La Légion intervient au Cambodge en 1992 et 1993, en Somalie en 1992 puis, en 1993, au Ruanda, de juillet à septembre 1994, lors de l'opération "Turquoise". Depuis 1993, les unités Légion se sont succédées en ex-Yougoslavie dans toutes les postures que lui imposaient les mandats fixés à l'armée française.

 

En 1996 à Bangui, et en 1997 à Brazzaville, la Légion intervient pour des opérations de protection de ressortissants français.

 

Au cours de l'année 2003, les unités de la Légion étrangère ont été déployées en Afghanistan, dans le cadre de l'opération PAMIR, en Côte d'Ivoire, dans le cadre des opérations LICORNE et CORYMBE, au Kosovo, dans le cadre de la KFOR, mais aussi au Tchad, à Djibouti, au Gabon, à Mayotte, en Guyane ...

 

Légionnaires au début de la bataille de Dien Bien Phu. 13 mars 1954. Source : ECPAD

 

 

Opération "Jumelles". Juillet 1959 à février 1960. Source : ECPAD

 

 

Site internet externe : Légion étrangère

Source : Mindef/SGA/DMPA - Musée de la Légion - ECPAD

Les maquis des gorges de la Haute Dordogne

La Corrèze et plus particulièrement, en raison de sa géographie modelée par les gorges de la Dordogne, la Haute Corrèze, qui elle-même déborde sur le sud-ouest du Puy-de-Dôme et le nord du Cantal, est reconnue comme une terre de maquis. Si Le maquis a débuté en 1943 avec le STO, de nombreux signes de Résistance se font jour dès les débuts de l'Occupation. Henri Queuille ne vote pas les pleins pouvoirs à Pétain, et son fils Pierre s'engage dès décembre 1940 dans le réseau «Copernic», qui sera bientôt complété par le réseau Alliance, dont l'influence rayonne sur la région d'Ussel.

 

Jean Melon, du réseau Buckmaster, essayant un poste émetteur. Printemps 1944. Source : Musée de la Résistance Henri Queuille

 

 

Le 14 juillet 1942, le sabotage du panneau de la Légion à Neuvic est la première d'une longue série d'actions contestataires visibles. L'installation à Neuvic du 881e groupe de travailleurs étrangers du capitaine Moulinet, puis l'occupation du barrage de Marèges, intensifient la Résistance, encouragée depuis Londres par Henri Queuille, qui a rallié le général de Gaulle. Le maquis affronte l'hiver noir 43-44 : attaques de plusieurs camps (camp du Chambon, camp de La Bessette, camp des Trois Faux) grande rafle du 19 octobre.

 

Membres du GTE de Neuvic - été 1944. En uniforme, le capitaine Moulinet, responsable du GTE et fondateur de la 1re compagnie de l'Armée Secrète de Haute-Corrèze. Source : Musée de la Résistance Henri Queuille

 




Les arrestations se multiplient au début de l'année 1944, pendant laquelle se forment pourtant la 2e compagnie de la M.O.I. et la 1ère compagnie de l'Armée Secrète (A.S.), issue du 881e groupement de travailleurs étrangers. A partir du 1er mai, des opérations de sabotage des lignes de haute-tension de Marèges débutent faisant de ce centre de production hydro-électrique un enjeu de guerre économique.

 

 

Membres de l'Armée Secrète au printemps 1944. Gorges de la Dordogne. Source : Musée de la Résistance Henri Queuille

 



Les FFI, entre juin et août 44, libèrent le département en obligeant les garnisons allemandes à se rendre ou à capituler sans conditions, au terme de rudes batailles, à Ussel, à Egletons, tandis que la colonne Jesser subit un harcèlement intensif sur la R.N. 89.

 

Unité allemande en opération en juillet 1944 près de Neuvic. Source : Musée de la Résistance Henri Queuille



Sur cette terre propice à la guérilla, les Allemands ont vécu avec la hantise de cette guerre particulière, la seule possible. Un seul rappel : la réserve générale de la Wehrmacht, la division d'élite des parachutistes venant en man?uvre au camp de La Courtine d'avril 1943 à avril 1944 eut comme thème général des manoeuvres la recherche et la destruction des "bandes terroristes", sur le plateau de Millevaches. Pour réduire une centaine de maquisards AS et FTP, plusieurs milliers de parachutistes ratissèrent les cantons de Bugeat et de Sornac, mais en vain.

 

Trois jeunes de l'Armée Secrète avant le départ au maquis. Printemps 1943. Source : Musée de la Résistance Henri Queuille

 

Source : Musée de la Résistance Henri Queuille

Libération de la poche de Dunkerque

 

Libération de la Poche de Dunkerque (septembre 1944 - 9 mai 1945)

 

La poche de Dunkerque, large d'un peu moins de 10 km, s'étend sur 20 km de côte. Dix-sept mille soldats allemands puissamment armés (19 pièces de 210 mm et 44 batteries), commandés par l'amiral Frisius, résistent depuis le 4 septembre 1944, lorsque la 2e division d'infanterie canadienne poursuivant la 15e armée allemande en Belgique, laisse la brigade blindée tchèque du général Liska assiéger la place.

 

Plage de Dunkerque. Source : DMPA/SHD Revue historique de l'armée

 

 

Le dispositif se met en place. Les Tchèques sont appuyés par les canons du 33e régiment d'artillerie britannique. Le 51e régiment d'infanterie, ci-devant 110e, constitué par le 51e et des unités des forces françaises de l'intérieur (FFI) du Nord (bataillons "Dunkerque" et "Jean Bart"), du Lieutenant-colonel Lehagre, renforcé par des bataillons FFI du Nord, de l'Oise et du Pas-de-Calais grossissent les rangs. Ces 4500 hommes tiennent alors les deux tiers du front.

 

Carte postale de la place République après la guerre. Source : Carte postale

 




Les populations civiles sont évacuées dès janvier 1944. Les 20 000 restés lors de la formation de la poche sont contraints à quitter Dunkerque à la fin septembre 1944 et en février 1945.

 

Le siège, véritable duel d'artillerie, est rendu difficile par la détermination du commandant allemand de la place. Le contre-amiral Frisius déclenche ainsi le 9 avril une contre-offensive qui aboutit à la formation d'un saillant irréductible et fait une centaine de prisonniers.

 

Brigade blindée tchécoslovaque. Source : DMPA/SHD

 


La poche de résistance allemande de Dunkerque tient jusqu'à la capitulation allemande. Le 9 mai 1945, la reddition est signée à Wormhoudt.

 

 

Site internet externe : Le blockhaus d'Eperlecques Ville de Dunkerque  Dynamo-dunkerque

Source : Mindef/SGA/DMPA

Acte de capitulation de l'Allemagne à Reims le 7 mai 1945

 

I- Nous, soussignés, agissant au nom du haut commandement allemand, déclarons par là présente que nous offrons la reddition sans conditions au commandant suprême des forces expéditionnaires alliées et, simultanément, au Haut commandement soviétique, de toutes les forces de terré, de mer et de l'air qui sont, à cette date, sous le contrôle allemand.

 

II- Le haut commandement allemand transmettra immédiatement à toutes les autorités militaires navales et aériennes allemandes, et à toutes les forces sous le contrôle allemand, l'ordre de cesser de prendre part aux opérations actives le 8 mai à 23 h. (heure de l'Europe centrale) et de rester sur les positions qu'elles occuperont à ce moment. Aucun navire ou avion ne sera sabordé et aucun dégât ne sera fait à leur coque, à leurs machines ou à leur équipement.

 

III- Le haut commandement allemand l'adressera immédiatement aux commandants des forces intéressées, et s'assurera de leur exécution, tous les ordres donnés par le commandement suprême des forces expéditionnaires alliées et par le haut commandement soviétique.

 

IV- Cet acte de reddition militaire ne peut être considéré comme préjudiciable et sera remplacé par tout autre instrument général de reddition qui sera imposé par ou au nom des nations unies et applicable à l'Allemagne et aux forces armées allemandes dans leur ensemble.

 

V- Dans le cas où le haut commandement allemand ou certaines forces sous son contrôle manqueraient d'agir conformément à cet acte de reddition, le commandant suprême des forces expéditionnaires alliées et le haut commandement soviétique prendront toutes actions punitives ou autres qu'ils jugeront appropriées.

 

Signé à Reims le 7 mai 1945, à 2 h. 41.

  • Au nom du haut commandement allemand par le général Jodl ;
  • En présence et au nom du commandant suprême des forces expéditionnaires alliées par le général W.B. Smith ;
  • Au nom du haut commandement soviétique par le général Ivan Susloparoff ;
  • Pour la France, par le général Sevez.

 

Source : Mindef/SGA/DMPA

Les grandes rafles de Juifs en France

 

Les arrestations de Juifs, en 1940, sont individuelles et concernent surtout des hommes, étrangers ou apatrides. Elles ne suscitent donc ni réprobation ni dénonciations unanimes.
 

Quand les arrestations deviennent collectives et n'épargnent plus les Juifs français, les femmes et les enfants, l'opinion évolue.

 

L'évolution est d'abord lente mais s'accélère avec la rafle du Vél d'Hiv et les grandes rafles de l'été 1942 en "zone libre". On peut même dire que ces rafles provoquent un retournement de l'opinion publique en faveur des proscrits.


Elles marquent aussi un début de désaffection à l'égard du régime de Vichy.

 

 

Une radicalisation de la politique anti-juive


 

En effet, à la suite de ces rafles, Vichy est perçu comme totalement inféodé aux occupants, même parmi les antisémites et les partisans d'une collaboration politique très poussée. Outre l'alignement de la France sur l'Allemagne nazie, les grandes rafles de l'été 1942 mettent en évidence une radicalisation de la politique anti-juive. C'est en effet la première fois que des rafles prennent une telle ampleur en France et qu'elles visent indifféremment des hommes et des femmes, des vieillards et de jeunes enfants. À partir de l'été 1942, ce sont désormais tous les Juifs de France, sans distinction de sexe, d'âge ou de nationalité, qui sont menacés. Et la menace est très sérieuse puisque les arrestations débouchent, dans la plupart des cas, sur des déportations vers une destination inconnue, hors du territoire national. L'opinion publique apparaît troublée par cette radicalisation et exprime aussi sa réprobation. Comment accepter en effet la succession de scènes d'horreur qui accompagnent les rafles, en particulier les cris et les pleurs des jeunes enfants lorsqu'ils sont arrachés à leurs parents ? Davantage que les arrestations, ce sont ces scènes qui provoquent traumatisme et réprobation dans l'opinion, tant d'ailleurs en France qu'à l'étranger. Les réactions sont si nombreuses et si négatives que l'assise même du régime de Vichy en est ébranlée. Une année auparavant les rafles de Juifs n'avaient pas provoqué une telle émotion.

 

Rafle de Juifs à Paris. Source : DR

 

 

Les rafles de 1941



La première, organisée à Paris au printemps 1941, a été menée il est vrai sans publicité, presque clandestinement. Elle concerne 6 494 hommes âgés de 18 à 60 ans, exclusivement des Juifs étrangers qui, plusieurs mois après le recensement de la fin 1940, ont reçu un simple "billet vert" à leur domicile. Ce billet les invite en termes laconiques à se présenter, le 14 mai 1941, pour "examen de situation", accompagnés d'un parent ou d'un ami dans quelques centres parisiens. Cette convocation s'avère être un piège et "l'examen" se transforme en arrestation pour 3 747 hommes. Internés, ces derniers sont acheminés vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, où ils restent pour la plupart plusieurs mois, jusqu'aux premières déportations.

 

Une seconde arrestation collective de Juifs étrangers et français intervient les 20-21 août 1941 à Paris. Elle a lieu peu de temps après le début de l'offensive allemande en URSS et elle est donc présentée par la propagande comme "une opération menée en représailles à l'agitation communiste". Le prétexte est mince mais il vise surtout à justifier l'intervention de la police française, encadrée à cette occasion par des militaires allemands. Au cours de la rafle, 4 232 hommes sont arrêtés, pour la plupart dans les rues du XIe arrondissement. Ils se retrouvent peu de temps après en banlieue parisienne, à Drancy, dans un camp qui vient d'ouvrir ses portes mais qui ne sert pas encore de plaque tournante aux déportations de Juifs hors de France.

 

Rafle de Juifs à Paris. Source : DR

 



Le 12 décembre 1941 débute une troisième opération visant les Juifs de Paris et de la région. Menée directement par les forces occupantes (avec des hommes issus des services de sécurité - SD - et de la Feldgendarmerie), elle bénéficie de l'assistance de policiers français. C'est une action plus limitée que les deux précédentes dans la mesure où, ce jour-là, on arrête uniquement 743 Juifs. Mais l'opération n'en est pas moins importante car, pour la première fois, il s'agit de " notables " ayant pratiquement tous la nationalité française. Arrêtés en " représailles à une série d'attentats anti-allemands ", ces hommes sont transférés au camp de Compiègne (au nord de Paris). Quelques-uns, chefs d'entreprises, commerçants, ingénieurs, médecins, avocats ou universitaires, sont libérés dans les semaines qui suivent, mais la plupart restent emprisonnés et intègrent ensuite les convois de déportés. Le premier de ces convois réunit 1 112 hommes et quitte la France le 27 mars 1942. En juin 1942, quatre convois de la même importance quittent Compiègne, Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, à destination d'Auschwitz.

 

 

La rafle du Vél' d'Hiv



La rafle des 16-17 juillet 1942 se situe donc après les premières déportations de Juifs en France, au moment où les nazis vident les ghettos polonais et entament aussi les déportations en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark. Cette grande rafle est d'une autre nature que les rafles précédentes en France : en moins de quarante-huit heures en effet (de quatre heures du matin, le 16 juillet, jusqu'au lendemain, le 17 juillet à treize heures), la police a arrêté 12 884 Juifs à Paris et en banlieue. C'est une première même si, en raison des « fuites », le nombre des arrestations est inférieur aux prévisions. Pendant la rafle du Vél d'Hiv, les autorités policières n'ont pas arrêté uniquement des hommes dans la force de l'âge. Elles ont également appréhendé cette fois-là des hommes de plus de 60 ans, des malades, des femmes (5 802) et même des enfants de moins de 16 ans (4 051). La fiction d'un « transfert de population à l'Est pour du travail » vole donc en éclats.

 

Une opération d'une telle ampleur a été nécessairement longuement et soigneusement préparée. Certains chiffres sont d'ailleurs éloquents. Il faut souligner en particulier que 9 000 fonctionnaires français (et parmi eux 4 000 policiers) ont été mobilisés pour cette rafle baptisée non sans ironie « opération vent printanier ». À cette occasion, on a retiré rien moins que 27 000 fiches de Juifs (recensés en application des lois de Vichy) d'un fichier de la préfecture de police (le fichier « Tulard »), de manière à pouvoir les distribuer, sur le terrain, aux équipes policières chargées des arrestations. L'opération, sans précédent dans les annales policières françaises, a été conçue à l'initiative des occupants. Elle est menée toutefois, de bout en bout, sous les ordres de Pétain, Laval, Bousquet, Leguay et de la hiérarchie administrative et policière de l'État français.

 

Au-delà du nombre de fonctionnaires français impliqués dans cette rafle, il faut rappeler aussi la mobilisation d'une soixantaine de cars de la police et de la TCRP (l'ancêtre de la RATP) pour l'acheminement des Juifs arrêtés vers Drancy et le Vélodrome d'Hiver (situé dans le XVe arrondissement). Il faut souligner d'autre part que ce complexe parisien, destiné avant tout aux grandes manifestations sportives, n'était pas approprié pour l'accueil d'une population hétérogène parmi laquelle, nous l'avons souligné, figuraient un grand nombre de jeunes enfants. De plus, pratiquement rien n'avait été prévu pour un enfermement durable d'une telle population. Les 8 000 personnes parquées dans l'enceinte du complexe sportif entre le 16 et le 22 juillet ont donc dû faire face au manque d'eau, à des conditions d'hygiène lamentables et à un bruit continuel. Dans cette confusion, on enregistre d'ailleurs de graves problèmes sanitaires et une multiplication de suicides et de tentatives de suicides. La situation ne se normalise que lentement, lorsque le Vél d'Hiv se vide progressivement, à la suite du transfert des internés vers Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Dans ces camps, le chaos et l'improvisation étaient certes moins poussés. Le répit n'a été qu'une illusion de courte durée pour les internés du Vél d'Hiv car la plupart d'entre eux ont été ensuite déportés. Leurs noms figurent dans les 38 convois à destination d'Auschwitz qui quittent la France entre le 17 juillet et le 11 novembre 1942.

Rassemblement après une rafle. Source : DR

 

 

Les rafles en province et la "livraison" des Juifs étrangers aux Allemands


 

En juillet 1942, des rafles visent également des Juifs réfugiés dans des villes de la zone occupée, notamment à Bordeaux, Tours et Dijon. De plus, en application d'accords franco-allemands, l'État français livre aux occupants plus de 10 000 Juifs étrangers internés dans des camps de la zone sud. Pour compléter cette « livraison », il multiplie par ailleurs les rafles de Juifs étrangers, notamment les 26, 27 et 28 août 1942, dans les régions de Limoges, Clermont-Ferrand, Lyon, Grenoble, Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice. Hommes, femmes et enfants arrêtés ces jours-là sont à leur tour acheminés à Drancy et déportés vers Auschwitz. En 1943 et1944 arrestations, rafles et déportations se poursuivent, tant à Paris qu'en zone occupée ou en zone sud. Au total, de mars 1942 à août 1944, 75 000 Juifs sont déportés hors de France. La majorité sont des Juifs étrangers mais un tiers environ de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants sont des Juifs français. Il faut dire que les autorités allemandes ne faisaient aucune différence entre Juifs français et Juifs étrangers. Pour l'Allemagne nazie, tous les Juifs, sans distinction d'âge et de nationalité, étaient voués aux déportations et à l'extermination. Certes le régime de Vichy ne poursuivait pas les mêmes objectifs. Il cherchait surtout à « évacuer » les Juifs étrangers du territoire national. Nolens Volens, son implication dans les rafles et les déportations a joué un rôle déterminant dans la mise en application de la solution finale en France.

 

Source : Claude Singer, Historien, enseigne à l'université de Paris I (DUEJ). Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 119 - Juillet-Août 2002 pour Mindef/SGA/DMPA

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