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Bataille de Normandie juin-août 1944

 

Bataille de normandie juin-août 1944

 

Après avoir réuni les cinq plages et constitué une solide base de départ de 80 km de long, en bordure de la Manche, les Alliés passaient à la réalisation de leur plan. Pendant que les Britanniques faisaient pression en direction de Caen et attiraient les divisions blindées allemandes autour de la capitale bas-normande, les Américains s'élançaient de Utah vers Barneville afin d'isoler la péninsule du Cotentin. A la suite de la capture du grand port continental de Cherbourg (fin juin), ils tentaient de percer les lignes de défense allemandes vers le sud pendant qu'à l'autre extrémité du front, les Britanniques s'efforçaient de dégager Caen.

 

La deuxième quinzaine du mois de juillet devait apporter trois bonnes nouvelles : la libération de Caen, la capture de Saint-Lô et le début de la percée vers le sud en direction de Granville-Avranches. Après avoir vainement essayé d'isoler une partie de l'armée de Patton (contre-attaque de Mortain), les Allemands, dont la résistance faiblissait, entreprenaient un mouvement de retraite en direction de la Seine.

 



Alors, dans une grande manoeuvre en forme de tenaille, Britanniques. Canadiens, Polonais au nord et Américains et Français de Leclerc, venant d'Alençon, au sud, capturaient dans la poche de Falaise-Chambois ("Corridor de la Mort" à Montormel) une partie de deux armées allemandes. La Bataille de Normandie s'achevait le 21 août 1944, à Tournai-sur-Dives. Les Alliés venaient de remporter leur première victoire sur le continent. Trois jours plus tard, ils franchissaient la Seine et entraient dans Paris.

 

Char léger Stuart de la Division Leclerc en direction d'Avranches. Photo Conseil Régional de Basse-Normandie / National Archives USA



A Falaise, "les Alliés enregistraient la perte de 209 672 hommes, Britanniques ou Canadiens pour les deux tiers".

 

Axes principaux de l'avance des Alliés entre juin et septembre 1944. Source DMPA

 

 

Le "Red Ball Express"


 

En raison des dommages infligés aux voies ferrées et au matériel roulant, il fallut, en août 1944, transporter le matériel et l'approvisionnement par route : ce fut la naissance du Red Ball Express", créé par le responsable des transports de l'Armée américaine, le général de division Frank A. Ross. (...) Le 29 août, le "Red Ball Express" atteignit un trafic record de près de 6 000 véhicules. (...) Le "Red Ball Express" transporta plus de 400 000 tonnes en 81 jours."

 

 

La voie de la liberté



Ce titre fut conféré à l'itinéraire prestigieux suivi depuis Saint-Lô (Normandie) jusqu'à Bastogne (Belgique) par la IIIe Armée américaine du général Patton dont le XXe Corps d'Armée (général Wolker) (...) jaillit du goulet d'Avranches fin juillet et atteignit la Moselle début septembre (...). Et avec la 2e Division blindée de Leclerc qui débarqua avec eux à Utah Beach et les 60 000 F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur) qui combattirent à leurs côtés, les 325 000 hommes de l'Armée Patton réalisèrent une magnifique fraternité d'armes.

 

 

 

sites internet externes : Normandie Mémoire     

Site du comité régional du tourisme de Normandie     

Site  Normandie44

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

L'année 1944 en France

Les opérations militaires et la restauration de la vie politique

 

L'année 1944

 

 

Sur l'ensemble du second conflit mondial, l'année 1944 est certainement l'année décisive car elle voit les puissances de l'Axe reculer sur tous les fronts. En ce qui concerne la France, la renaissance de la vie politique et sociale accompagne la libération militaire du territoire.

 

Les Alliés disposent désormais d'une capacité aérienne leur permettant de frapper directement l'Allemagne, qui subit des raids massifs destinés à démoraliser la population et à neutraliser ses moyens militaires.

 

 

P-51 Mustangs en vol durant l'été 1944. À la différence du Spitfire, celui-ci pouvait escorter les bombardiers à l'aller et au retour. Sa présence brisa la Luftwaffe en 1944-1945. Source : U.S. federal government

 

 

Les Soviétiques, de leur côté, pénètrent en Pologne et reprennent Léningrad.

La campagne d'Italie est menée efficacement par les Alliés : les troupes françaises du général Juin maîtrisent le Garigliano avant d'entrer dans Rome en juin. L'histoire est sur le point de s'accélérer en juillet avec l'attentat manqué contre Hitler. Mais le théâtre véritable des opérations va être le territoire français.

 

 

Prise d'armes dans la cour du palais Farnèse, siège de l'ambassade de France à Rome, en juin 1944. Source : Général Saint-Hillier - ECPAD

 

 

Les opérations militaires et la répression en France

 

Tout commence le 6 juin 1944 avec le débarquement de Normandie et se complète en août par le débarquement de Provence. Jusqu'en mai 1945 la poursuite de la guerre est l'objectif qui mobilise les énergies. La libération progressive du territoire s'accompagne de batailles acharnées, de faits d'armes héroïques et sanglants mettant en jeu tant les armées régulières que la Résistance intérieure : bataille de Normandie, percée d'Avranches, bataille des Ardennes, maquis de Saint Marcel (Morbihan), résistance du maquis des Glières et de celui du Vercors, etc.

 

 

Prise d'armes sur le plateau des Glières. Source : Photo Raymond Perrillat / Association des Glières.

 

 

Confrontées à de tels obstacles, les troupes allemandes se livrent à des massacres de représailles sur les populations civiles : Ascq, Tulle, Harnes, Oradour, Maillé, etc. Des exécutions et des assassinats ont également lieu dans cette tourmente de l'année 1944, qui mettent en cause tant les occupants que la Milice : Victor Basch, le groupe Manouchian, Jean Zay, Georges Mandel, sans oublier la mort de Pierre Brossolette.

 

Pierre Brossolette. Source : Musée de l’Ordre de la Libération

 

 

Les 2 points culminants restent la libération de Paris et la reprise de Strasbourg par la 2e DB.

 

 

La restauration de la vie politique

 

Au fur et à mesure que le territoire retrouve sa liberté, les Français réinventent les institutions politiques et veulent réformer les structures juridiques et économiques du pays. Le mouvement est double : il est à la fois inspiré par la Résistance intérieure et mené par le général de Gaulle, soucieux de rétablir au plus vite la légitimité républicaine afin d'éviter une administration militaire alliée et d'empêcher la mainmise du Parti Communiste sur les nouvelles institutions.

 

Dès le mois de janvier, les Mouvements Unis de Résistance (MUR) regroupent plusieurs autres mouvements en Mouvement de Libération Nationale (MLN) ; à la conférence de Brazzaville, de Gaulle étudie les futures relations entre la métropole et les colonies ; la création des Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) en février permet de rassembler les différentes branches armées de la Résistance.

 

 

 

 

Le Conseil National de la Résistance. Source : Fondation de la résistance

 

 

Le Conseil National de la Résistance (CNR) adopte un programme d'action destiné à être mis en oeuvre une fois la France libérée. Dans la même perspective, une ordonnance du CFLN (Comité français de libération nationale) définit les conditions de rétablissement de la démocratie après la Libération : elle innove en prévoyant d'accorder le droit de vote aux femmes. Le CFLN se transforme en Gouvernement provisoire de la République Française (GPRF) et tout au long de l'année une série de mesures se succèdent, allant dans le sens d'une restauration de la vie politique :

 

  • Ordonnance rétablissant les organisations syndicales dissoutes en 1940 ;
  • Ordonnance du GPRF rétablissant la légalité républicaine (août) ;
  • Les partis politiques réapparaissent dans le cadre de la formation du gouvernement ;
  • Rétablissement de la liberté de la presse après épuration et maintien de la censure militaire ;
  • Ordonnance établissant la composition de la nouvelle assemblée consultative (octobre) ;
  • Reprise de la vie politique : les organisations paysannes se réorganisent ;
  • Emission d'un grand emprunt visant à assainir la situation monétaire (novembre) ;
  • Congrès extraordinaire de la SFIO ;
  • Congrès constitutif du MRP (Mouvement Républicain Populaire) ;
  • Mobilisation communiste en faveur de la reconstruction du pays ;
  • Début des nationalisations (charbonnages) ;

Réforme par ordonnances de l'assurance maladie et de l'assurance vieillesse.

 

Défilé de troupes FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), dans Dijon libérée. A partir du 23 septembre 1944, de nombreux FFI intègreront de la 1re Armée française. Septembre 1944. Source : SCA – ECPAD

 

 

Plusieurs problèmes donnent lieu toutefois à des tensions : l'intégration des FFI dans l'armée française n'est pas aussi simple que pourrait le laisser penser l'euphorie de la victoire en marche (juin) ; les positions du PC qui veut détenir un contrôle systématique sur les moyens de la Résistance (nomination des responsables, formalisation de l'action politique à mener dans le sens d'une insurrection) ne sont pas partagées par toutes les tendances des organisations de résistance ; l'épuration "sauvage" autorise des règlements de compte éloignés de toute justice, ce qui accélère l'institution des cours spéciales de justice (septembre). La dissolution des milices patriotiques par le gouvernement entraîne des protestations du CNR et du PC (octobre). Pour asseoir son autorité et canaliser l'aspiration à une démocratie directe, économique et sociale, le général de Gaulle effectue plusieurs voyages en province.

 

 

John Maynard Keynes en 1944 lors de la Conférence monétaire international des Nations Unies à Bretton Woods, au New Hampshire.  Source : Photo: Hulton Archive

 

 

Sur le plan international la conférence monétaire de Bretton Woods confirme l'institution du dollar comme monnaie de référence parallèle à l'or. Enfin, la reconnaissance en droit du GPRF par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'URSS, etc, implique la participation de la France au règlement allemand lorsque le moment sera venu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Les cimetières militaires de la campagne de France 1940

 

Les cimetières militaires de la campagne de France 1940

 

Les inhumations des années quarante

 

Le mémorial de Villy la ferté. Source : Mémorial du fort de Villy-la-Ferté
 

 

Les morts de la campagne de France furent abandonnés sur les lieux mêmes des combats. Si certains ont été enterrés rapidement par les autorités locales ou grâce à des particuliers, les plus nombreux gisèrent, sans sépulture, là où la mort les avait frappés.

 

L'âpreté des combats (pertes comparables aux plus dures batailles de la Première Guerre mondiale), l'évolution rapide du front due aux percées ennemies, la retraite des troupes françaises, la désolation des zones évacuées ou désertées par les civils, l'occupation allemande, toutes ces conditions ne permirent pas alors une inhumation systématique des combattants français tombés à leur poste. Sur quelques points du front, les formations sanitaires françaises procédèrent à l'ensevelissement des blessés décédés durant les soins en créant de petits cimetières tel celui du sanatorium de Zuydcoote (poste de secours en juin 1940), ou dans la zone arrière des armées, à proximité des hôpitaux militaires, comme à Villeurbanne-La Doua, près de Lyon, ou à Sainte-Anne-D'Auray (Morbihan). Parfois, des unités allemandes enfouirent les morts, en particulier ceux du fort des Dunes à Leffrinckoucke, ou ceux de l'ouvrage de La Ferté (Ardennes).

 

Cimetière Marckolsheim. Un petit cimetière rassemblant les corps de soldats français tombés près de Marckolsheim. Source : Mémorial de la ligne Maginot de Marckolsheim

 

 

Cimetière Marckolsheim. A l'occasion du 14 juillet, les habitants des villages environnants ont confectionné un drapeau tricolore qui décore la tombe de deux soldats du 42e RIF. Source : Mémorial de la ligne Maginot de Marckolsheim

 



En 1941, des prisonniers de guerre, le lieutenant Robardet et le sergent-chef Peupin avec quelques hommes, assuraient le déminage du département de la Moselle. En accomplissant cette mission, ils découvrirent sur le théâtre des combats les corps des défenseurs restés tels quels, gisant dans des blockhaus détruits, des tranchées pilonnées, des casemates éventrées par les bombes ou brûlées au lance-flammes. Ces morts appartenaient en majorité à la Coloniale et à des régiments d'infanterie de forteresse. Le lieutenant proposa alors aux autorités allemandes d'utiliser son équipe afin de leur donner une digne sépulture. Le travail dura deux années et plus de 2 500 corps furent identifiés puis inhumés.

 

Sur l'ensemble du front, le retour des réfugiés dans les villages, la vie quotidienne reprenant son cours, la recherche et l'ensevelissement des corps dans les petits cimetières communaux furent facilités. Ainsi, en 1941, dans les Ardennes, les habitants de Villy exhumèrent les corps enterrés sommairement par l'ennemi, soit une partie de la garnison de l'ouvrage de La Ferté et surtout des Coloniaux de la 3e DIC tombés dans le secteur. En avril 1942, ils relevèrent encore 307 corps à Malandry, aux bois de Neudan et d'Inor, à Olizy-sur-Chiers, qui trouvèrent place dans le cimetière militaire communal créé un an plus tôt, disposés en tombes individuelles ou dans l'ossuaire qui recueillit 138 inconnus. A Haubourdin, près de Lille, en 1941, la commune aménagea un petit cimetière où furent groupés les corps des défenseurs.

 

 

Les nécropoles nationales de regroupement



En application des décrets-lois des 22 février 1940, 19 octobre 1946 et 21 mars 1950 relatifs aux sépultures, restitutions aux familles, regroupement des tombes, le ministère des Anciens Combattants entreprit après la guerre de vastes opérations destinées à "honorer dignement la mémoire des morts pour la France en 1939-1945". A partir de 1946, les corps purent être restitués aux familles qui en manifestèrent la volonté.

 

La ferme de Suippe. Source : Philippe Crozet



Les restes mortels non restitués furent soit réinhumés dans des nécropoles nationales de 1914-1918 où ils formèrent des carrés de tombes "1940", ainsi à Verdun, à Bras, à Dugny(Meuse), à Ambleny, Champs, Soupir, Vauxaillon (Aisne), à Beauvais (Oise), à la Ferme de Suippes, à Sainte-Menehould, dans la Marne, à La Targette (Pas-de-Calais), à Zuydcoote (Nord), etc.

 

Le cimetière de Chastre. Source : D.R.

 

Des tombes furent maintenues dans des cimetières britanniques ainsi les 218 sépultures de la 2e DLC à Saint-Valéry-en¬-Caux (Somme). D'autres corps restèrent dans des cimetières à l'étranger, en Belgique (à Chastre, créé en 1969), au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Norvège.



Les opérations de regroupement et les inaugurations de nouvelles nécropoles nationales s'étalèrent de 1950 à 1975 environ.

 

De grands cimetières de regroupement furent réalisés à Floing (Ardennes), à Cambronne-lès-Ribecourt (Oise), à Condéfolie (Somme), à Fleury-les-Aubrais (Loiret).

 

Floing. Source : site et forum des Bataillons de Chasseurs et des Diables Bleus du 30°. Photo Vincent Bourgeois

 

Cambronne les Ribecourt. Source : Josianne Ferret

 

Les exhumations concernèrent des milliers de communes. De nombreux petits cimetières furent désaffectés, sauf lorsque quelques municipalités exprimèrent l'intention de conserver les tombes de leurs défenseurs : Villy-La Ferté, réaménagé puis inauguré en 1962, La Horgne (Ardennes) où reposent des Spahis, Marckolsheim (Bas-Rhin) qui a recueilli des tués du 42e RIF, Maubeuge et Avesnes-sur-Helpe, dans le Nord.

 

 

Le soldat inconnu de 1939-1940

 

La tour Lanterne. Source : Jean-Pierre Le Padellec
 

 

Le 16 juillet 1950, grâce à l'initiative de l'association "les Fils des Tués" et en présence de Messieurs Guy Mollet, vice-président du Conseil, et Jacquinot, ministre des Anciens Combattants, un soldat inconnu amené solennellement dans la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais) fut réinhumé dans un des caveaux de la crypte de la tour-lanterne. Sa dépouille avait été choisie parmi 27 soldats français, non identifiés, tués en mai-juin 1940, exhumés pour la circonstance du cimetière de l'Ouest, à Calais.

 



Le Tata sénégalais de Chasselay

 

Le tata sénégalais de Chasselay. Source : Richard Monléon SGA/DMPA



Le 20 juin 1940, la mairie de Chasselay (Rhône), procéda à l'inhumation des corps disséminés sur le terrain.

 

En 1942, Monsieur Marchiani, secrétaire général de l'Office du Rhône des Mutilés anciens combattants et Victimes de guerre, qui avait acquis à titre privé le terrain où les Allemands massacrèrent leurs prisonniers sénégalais, y fit édifier un "Tata", c'est-à-dire un cimetière typique du Sénégal, clos de murs, une enceinte sacrée destinée aux dépouilles des guerriers. Il entreprit ensuite, seul, la difficile recherche des corps et exhuma 188 gradés et soldats, surtout du 25e RTS, qui furent réinhumés dans le Tata.

 

Le tata sénégalais de Chasselay. Source : Richard Monléon SGA/DMPA



L'inauguration se déroula le 8 novembre 1942 en présence de Monsieur Galandou-Diouf, député sénégalais, et de nombreuses personnalités françaises.

 

 

Les principaux cimetières

 

La bataille de Belgique

 

Aux Pays-Bas :


VREDENHOF : 21 corps.

 

En Belgique

ANVERS : 23 corps.

CHASTRE : 1 058 corps

 

Cérémonie commémorative au cimetière français de Kapelle. Source : Association des anciens combattants français aux Pays-Bas

 

Chastre 17 mai 2010 Commémoration de la bataille de mai 1940. Source : DR

 

La bataille des Ardennes

 

Nécropole nationale :

FLOING (Ardennes) : 1 952 corps, 1,9 hectare. 266 tombes sont garnies d'une stèle musulmane

 

Floing. Source : site et forum des Bataillons de Chasseurs et des Diables Bleus du 30°. Photo Vincent Bourgeois

 

Floing. Source : Ardennes 1940 à ceux qui ont résisté. Source : Photo Michel Baudier

 

 

Carrés militaires communaux :

 

LA HORGNE (Ardennes) : 40 corps SEDAN (Ardennes) : 33 corps

 

La Horgne. Le mémorial national des Spahis. Source : Timothée Fisson

 

La bataille du Nord :


Nécropoles nationales :

 

HAUBOURDIN (Nord) : 1 960 corps dont 178 Soviétiques. 707 tombes sont garnies d'une stèle musulmane. 7 425 m2.

LEFFRINCKOUCKE (Nord) : 190 corps. 1 770 m2.

 

Leffrinckoucke, auteur:LimoWreck. Source Licence GNU

 

 

Carrés 1940 dans des nécropoles nationales de 1914-1918 :


ZUYDCOOTE (Nord) : 916 corps 39-45, 1 342 corps 14-18. Un ossuaire. 7 230 m2.

 

Zuydcoote. Source : page 14-18.mesdiscussions.net

 

LA TARGETTE (Pas-de-Calais) : 818 corps 39-45, 11 323 corps 14-18. Trois ossuaires. 4,5 hectares

 

Cimetière de Neuville Saint Vaast - La Targette. Source : Jean-Pierre Le Padellec

 

 

Carrés militaires communaux :

 

AVESNES-SUR-HELPE (Nord) : 62 corps.

MAUBEUGE (Nord) : 32 corps.

FEBVIN-PALFART (Pas-de-Calais) : 117 corps.

 

 

Les batailles de l'Aisne et de Champagne

 

Carrés 1940 dans des nécropoles nationales de 1914-1918 :

 



AMBLENY (Aisne) : 567 corps 39-45, 10 674 corps 14-18. Quatre ossuaires. 3,6 hectares.

 

Amblemy. Source : page 14-18.mesdiscussions.net

 

CHAMPS (Aisne) : 186 corps 39-45, 2 809 corps 14-18. Deux ossuaires. 2 hectares.

FLAVIGNY-LE-PETIT (Aisne) : 431 corps 39-45, 2 736 corps 14-18. Deux ossuaires. 1,3 hectare.

SAINT-QUENTIN (Aisne) : 207 corps 39-45, 5 066 corps 14-18. Deux ossuaires. 1,8 hectare.

SOUPIR N° 2 (Aisne) : 544 corps 39-45, 2 251 corps 14-18. Un ossuaire. 1,3 hectare.

VAUXAILLON (Aisne) : 169 corps 39-45, 1 909 corps 14-18. Deux ossuaires. 8 911 m2.

 

Vauxaillon, auteur : Philippe Crozet. Source : page 14-18.mesdiscussions.net

 

 

FERE-CHAMPENOISE (Marne) : 161 corps 39-45, 5 733 corps 14-18. Un ossuaire. 1,6 hectare.

LA FERME DE SUIPPES (Marne) : 1 911 corps 39-45, 7 349 corps 14-18. Deux ossuaires. 4,7 hectares.

SAINT-THOMAS-EN-ARGONNE (Marne) : 88 corps 39-45, 8 024 corps 14-18. Deux ossuaires. 2,4 hectares.

SAINTE-MENEHOULD (Marne) : 215 corps 39-45, 5 755 corps 14-18. Huit ossuaires. 2 hectares.

VITRY-LE-FRANÇOIS (Marne) : 62 corps 39-45, 4 067 corps 14-18. Un ossuaire. 8 612 m2.

 

 

La bataille de la Somme

 

Nécropole nationale :



CONDE-FOLIE (Somme) : 3 279 corps. Un ossuaire. 12 818 m2. 829 tombes sont garnies d'une stèle musulmane.

 

Cimetière Condé-folie. Source : Mairie de Condé-Folie

 

Carré 1940 dans une nécropole britannique : SAINT-VALERY-EN-CAUX (Seine Maritime) : 218 corps.

 

 

La bataille de l'Oise


Nécropole nationale :

 

CAMBRONNE-LES-RIBECOURT (Oise) : 2 129 corps 39-45,126 corps 14-18. 9 780 m2. 171 tombes sont garnies d'une stèle musulmane.

 

Cambronne les Ribecourt. Source : Josianne Ferret

 

Carrés 1940 dans des nécropoles nationales de 1914-1918 :

BEAUVAIS (Oise) : 95 corps 39-45, 1 091 corps 14-18. Un ossuaire. 5 655 m2. Carré de 164 Alliés 39-45.

VERBERIE (Oise) : 41 corps 39-45, 2 559 corps 14-18. Deux ossuaires. 6 518 m2.

 

 

Les batailles de l'Est


Carrés 1940 dans des nécropoles nationales de 1914-1918 :

 

AVOCOURT (Meuse) : 49 corps 39-45, 1 847 corps 14-18. 1,2 hectare.

BELLERAY (Meuse) : 111 corps 39-45, 4 123 corps 14-18. 7 217 m2.

BRAS (Meuse) : 151 corps 39-45, 6 386 corps 14-18. Deux ossuaires. 3,2 hectares.

 

Bras sur Meuse. Source : Jean-Pierre Le Padellec

 

CHATTANCOURT (Meuse) : 27 corps 39-45, 1 697 corps 14-18. 1,5 hectare.

DUGNY (Meuse) : 135 corps 39-45, 1 836 corps 14-18. Un ossuaire. 1,5 hectare.

VERDUN BEVAUX (Meuse) :485 corps 39-45, 3 107 corps 14-18. 2,3 hectares.

VERDUN FAUBOURG PAVE (Meuse) : 602 corps 39-45, 4 906 corps 14-18. 1,9 hectare.

ALTKIRCH (Haut-Rhin) : 32 corps 39-45, 1 749 corps 14-18. Deux ossuaires. 5 153 m2.

ORBEY WETTSTEIN (Haut-Rhin) : 58 corps 39-45, 3 534 corps 14-18. Deux ossuaires. 9 902 m2.

GRANDFONTAINE (Bas-Rhin) : 24 corps 39-45, 300 corps 14-18. Deux ossuaires. 2 468 m2.

PLAINE (Bas-Rhin) : 142 corps 39-45, 1 018 corps 14-18. Trois ossuaires. 3 562 m2.

 

Plaine. Cimetière militaire de Plaine, auteur Lybil BER. Licence de documentation libre GNU

 

BADONVILLER (Meurthe-et-Moselle) : 28 corps 39-45, 2 563 corps 14-18. Deux ossuaires. 7 900 m2.

NEUFCHATEAU (Vosges) : 47 corps 39-45, 836 corps 14-18. 6 206 m2.

Carré militaire communal : BRUYERES (Vosges) : 22 corps.

 

 

Les combats de la ligne Maginot

 

Nécropole nationale :

 

VILLY-LA-FERTE (Ardennes) : 105 corps. Un ossuaire. 334 m2.

 

Villy la Ferté. Source : mairie de Courtisols

 

Des tombes de 1940 se trouvent dans les nécropoles nationales d'HAGUENAU et de STRASBOURG (Bas-Rhin), de SARREBOURG-BUHL, METZ-CHAMBIERE (Moselle), CERNAY (Haut-Rhin).

 

 

Carrés militaires communaux :


BITCHE (Moselle) : 21 corps.

PHALSBOURG (Moselle) : 33 corps.

MARCKOLSHEIM (Bas-Rhin) : 25 corps.

 

 

Les combats du Rhône

 

Nécropole nationale :

CHASSELAY (Rhône) : 196 corps. 785 m2.

 

 

Les combats de la Loire

 

Nécropole nationale :

FLEURY-LES-AUBRAIS (Loiret) : 2 881 corps 39-45, 635 corps 14-18. Un ossuaire. 2,5 hectares. 870 tombes sont garnies d'une stèle musulmane.

 

 

La bataille des Alpes

 

Carré militaire communal :

La zone de l'intérieur

Nice (Alpes-Maritimes) : 631 corps 39-45 dont une proportion de tués de 1940.

 

Nécropoles nationales :

 

VILLEURBANNE, LA DOUA (Rhône) : 2 565 corps 39-45, 3 348 corps 14-18. 8,5 hectares.

SAINTE-ANNE-D'AURAY (Morbihan) : 1 369 corps 39-45, 701 corps 14-18. Deux ossuaires. 1,7 hectare.

 

La nécropole Sainte-Anne-d'Auray. Source : Jean-Pierre Le Padellec



Ces deux nécropoles ont recueilli les morts de 1940 décédés durant leur séjour dans les hôpitaux militaires de la zone de l'intérieur.

 

MINDEF/SGA/DMPA

La mission du Commonwealth War Graves Commission (CWGC)

 

La mission du Commonwealth War Graves Commission (CWGC)

 

Il existe des cimetières militaires comme celui d'Arras partout dans le monde. Des hommes et des femmes de toutes croyances y reposent, qu'ils aient combattu au côté des Alliés ou celui des allemands.

 

Fondé par charte royale en 1917, le Commonwealth War Graves Commission est responsable du marquage et de l'entretien des tombes des soldats du Commonwealth tombés au champ de bataille durant les deux guerres mondiales.

 

Le personnel du CWGC gère la majorité de ces tombes et mémoriaux dans environ 150 pays et a mis en place des accords avec de nombreux autres gouvernements. Il est parfois impossible de retrouver le lieu d'inhumation de militaires dont on connaît l'identité. Le CWGC a une mission de répertorier, d'édifier et d'entretenir des monuments à la mémoire de ces 759 000 morts sur un montant de 1,7 million morts.

 

Le Commonwealth est une association bénévole de 53 états indépendants et divers, répartis sur tous les continents et océans, qui interagissent à travers un réseau de liens gouvernementaux et non gouvernementaux. Bien que la moitié de ses membres soient aujourd'hui de petits États comptant moins d'un million d'habitants, le Commonwealth regroupe néanmoins près du quart de la population mondiale (1,7 milliards de personnes) et près du tiers des membres des Nations Unies.

 

Les gouvernements partenaires les plus importants (Australie, Canada, Inde, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Royaume-Uni) fournissent le budget de fonctionnement du CWGC, proportionnellement au nombre de tombes qui les concerne.

 

 

Les cimetières du CWGC en France


 

C'est en France que se trouve le plus grand nombre de cimetières et monuments commémoratifs du Commonwealth. Presque 575 000 morts pour le Commonwealth pendant les deux guerres et 12 700 d'autres nationalités y sont répartis sur plus de 2 900 sites dédiés à leur mémoire. 218 000 d'entre eux n'ont pas de tombe connue et sont donc commémorés dans des mémoriaux. Le plus grand de ces lieux est le mémorial de Thiepval, sur la Somme, qui rassemble 72 000 noms.

 

Pour entretenir ces sites, le CWGC emploie plus de 400 personnes en France: des artisans, du personnel administratif et des jardiniers (75%).Les croix en bois plantées provisoirement après la guerre ont été remplacées par des pierres tombales blanches et sobres.



A la fin du conflit, lorsque l'on retourna la terre des champs de batailles déchiquetés par les obus, toutes les graines de coquelicot sauvage se mirent à germer. Des champs entiers de fleurs rouges éclorent ainsi. Les pétales de coquelicot, à la fois frêles et écarlates, symbolisent depuis les centaines de milliers d'hommes qui sont morts et qui continuent à mourir en temps de guerre.

 

 

Votre famille pendant la guerre



Si vous cherchez à savoir si un membre de votre famille est enterré ou commémoré dans un cimetière militaire et lequel, ou si vous désirez des informations complémentaires sur le Commonwealth War Graves Commission, n'hésitez pas à la contacter à l'adresse ci-dessous. Vous pouvez aussi consulter le registre Debt of Honour accessible en ligne sur le site web: www.cwgc.org dans les liens à découvrir sur le sujet ci-dessous.

 

Commonwealth War Graves Commission (France)

Rue Angèle Richard 62217 Beaurains

Tel : +33 (0)3 21 21 77 00

Fax : +33 (0)3 21 21 77 10

E-mail : france.area@cwgc.org

 

 

Source : Commonwealth War Graves Commission

Juin 1944 : Opération Neptune

Phase d'assaut de l'opération Overlord

 

L'opération Neptune est la phase d'assaut de l'opération Overlord

 

Neptune est la phase d'assaut du Débarquement destinée à exécuter, en partant du Royaume-Uni, une opération ayant pour but d'assurer sur le continent un établissement d'où pourront être développées, ultérieurement, des opérations offensives. Cette zone devra comprendre des possibilités portuaires suffisantes pour soutenir une force de 26 à 30 divisions et permettre son accroissement par des forces d'exploitation sur la base de trois à cinq divisions par mois."

 




Considérée comme une faiblesse dans le dispositif de l'Organisation Todt, le commandement allié prévoit, face à la VIIe armée allemande, la mise en place sur un front de 80 km, entre les embouchures de l'Orne et de la Vire, d'une première vague d'assaut de cinq divisions débarquées par mer sur cinq plages, Gold Beach, Juno Beach, Omaha Beach, Sword Beach, Utah Beach (initiative du général Montgomery qui dirigera le 21e corps d'armée britannique ), et précédées par trois divisions aéroportées pour assurer la sécurité des flancs.

 

 

Les opérations alliées du Débarquement. Source : SGA/DMPA

 

 

À l'aile, après le saut, dans la nuit précédente, des 82e et 101e divisions aéroportées US, les 4e et les divisions américaines de la l'armée du général Bradley débarquent sur les plages d'Utah et d'Omaha.

 

 

À gauche, flanquées par la 6e Air force division, la 50e division britannique, la 3e division canadienne, la 3e division britannique prennent position sur les plages de Gold, Juno et Sword. Au total, 50 000 hommes et 7 000 véhicules (4125 bâtiments amphibies, 735 bâtiments spécialisés, 864 bâtiments de "commerce") constituent la première armada. Le rassemblement a lieu dans les ports, au sud de l'Angleterre, de Falmouth à Newhaven. L'appui naval des armées britanniques et américaines comprend 1212 bâtiments de combat dont 23 croiseurs et 148 destroyers. Les Alliés veulent ainsi débarquer, en moins de deux mois, deux millions d'hommes et deux millions de tonnes de matériel, sans disposer de port en eau profonde, en construisant des ports artificiels à Arromanches et Saint-Laurent, chacun composé de quatre cents éléments de béton, soit cinq cent mille tonnes - ils nécessiteront 160 remorqueurs pour leur transport et dix mille hommes pour leur montage - alors que des oléoducs entre les navires citernes et la terre permettront le ravitaillement en carburant.

 

L'opération Neptune est dirigée par l'amiral Bertram Ramsay. L'amiral Kirk a en charge les zones américaines d'Utah (Force U : 4e division du VIIe corps d'armée, sur Varreville) et d'Omaha (Force O : 1e et 2e divisions du Ve corps d'armée sur Saint-Laurent). L'amiral Vian dirige celles de Sword (Force S : 3e division du Ier corps d'armée sur Ouistreham), Juno (Force J : 3e division canadienne du Ier corps d'armée sur Courseulles) et Gold (Force G : 50e division du XXe corps d'armée sur Asnelles) des Britanniques Canadiens et Français.

 

Les troupes quittent le Royaume-Uni le 4 juin, le 6 le général Eisenhower lance l'opération Overlord. Les dragueurs de mines dégagent 10 chenaux, 2 par secteur, à la force d'assaut. L'aviation et la marine préparent le terrain en bombardant les batterie côtières et, à 6h30 l'invasion terrestre commence ...

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Les autres lieux d'internement en Ariège (09)

 

Le dispositif policier du gouvernement de Vichy a utilisé de nombreuses structures déjà en place pour contrôler et répartir les internés. Nombre de ces structures, secondaires, médicales, temporaires, ont été détruites ou ont retrouvé leur affectation d'origine.

 

Ainsi en est-il de ces lieux ariégeois :

 

  • Clarach de Vernet

Ce camp ou "Commando" du camp du Vernet était rattaché au camp du Vernet. Il était constitué de cabanes de rondins et a fonctionné jusqu'en 1940, puis à partir de 1943. Les internés étaient des hommes, dont des Espagnols, considérés comme des "étrangers à reclasser dans l'économie française".

 

  • Maison d'arrêt de Foix

Ce lieu de détention était rattaché au camp du Vernet. Les courriers des camps attestent de son fonctionnement en 1942.

 

  • Hôpital de Foix

Il s'agit d'une annexe du camp du Vernet. L'utilisation des locaux est attestée, par la correspondance, en 1941.

 

  • Guilloty

La ferme Guilloty, située sur le territoire communal du Vernet, a servi de lieu d'internement en 1940 puis à partir de 1943. Ce "Commando" rattaché au camp du Vernet a rassemblé des "étrangers à reclasser dans l'économie française" : Espagnols et ressortissants d'Europe centrale. Les détenus, regroupés d'abord au Vernet, ont été déportés en 1943 vers l'Allemagne.

 

  • Hôpital civil de Lavelanet

Dépendant du camp du Vernet, l'hôpital civil a été utilisé, au moins, d'après la correspondance, en septembre 1941.

 

  • Hôpital de Pamiers

Les locaux ont accueilli des détenus en avril 1941 et à partir de novembre 1942.

 

Hôpital du début du XXe siècle à Pamiers. Source : www.notrefamille.com

 



  •  Saint-Lizier

Rattachés au camp du Vernet, les locaux de l'hospice ont servi de lieu de détention au printemps et à l'été 1941.

 

  • Tarascon-sur-Ariège

Appelé GTE 558, ce camp a été en activité en 1942.

 

  • Hôpital de Tarascon-sur-Ariège

La correspondance atteste de l'utilisation des locaux en avril 1941.

 

  •  Sanatorium de Sabart à Tarascon-sur-Ariège Les courriers des camps en montrent le fonctionnement en mai-juin 1941 [list] Hôpital du Vernet Rattaché au camp, l'hôpital a accueilli des malades et infirmes jusqu'en novembre 1940 et à partir de juin 1943.

 


Lexique

  • GTE : Groupement de travailleurs étrangers
  • CTE : compagnie de travailleurs étrangers
  •  Prestataires : civils utilisés par le ministère de la défense nationale et de la guerre à l'exécution de tous les travaux nécessités par la défense nationale. Les "prestataires" sont placés sous le régime militaire. Ce statut concerne les étrangers sans nationalité ainsi que les bénéficiaires du droit d'asile. Au printemps 1940, 5000 Allemands sont concernés par ce statut.
  • Etrangers "en surnombre dans l'économie nationale" : le décret-loi du 27 septembre 1940 stipule que tous les étrangers sans travail et sans ressource âgés de 18 à 55 ans sont considérés "en surnombre dans l'économie nationale" et qu'ils sont tenus de rejoindre les groupements de travailleurs étrangers afin d'y prendre un emploi non rémunéré dans la mine, l'agriculture, le terrassement, l'industrie, la construction, etc.

 

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA

Le déminage de la France après 1945

 

Aspect peu connu du retour à la paix, le déminage de la France après 1945 a pourtant été une tâche essentielle de la reconstruction du pays.

 

Avant même de songer à rebâtir, les pouvoirs publics issus de la Libération durent s'atteler à cette séquelle des récentes opérations militaires mettant en danger les populations civiles. La neutralisation des millions de mines restées tapies dans le sol national fut ainsi un préalable à la sortie définitive de la guerre.

 

Enlèvement d'une bombe Goliath de 1400 kg suite à un déminage. Source : Amicale des démineurs de France

 


Les mines telles qu'on les connaît aujourd'hui - petits dispositifs destinés à exploser sous la pression d'un char ou lors du passage d'un être vivant - sont une invention du XXe siècle. Elles ont été utilisées de façon massive lors de la Seconde Guerre mondiale par tous les belligérants. Mais tandis que les techniciens de l'art de la guerre avaient, dans les années 1920 et 1930, mobilisé tout leur savoir pour inventer des engins de destruction, invisibles et à retardement, peu d'entre eux s'étaient soucié de trouver les moyens de les désamorcer après la fin du conflit.

 

Le Gouillonneys ; démineurs sur les dunes, 1946. Source : Ministère de l'équipement/SIC

 

 

Offensives et défensives, des mines anti-chars et anti-personnel avaient été présentes sur tous les fronts au cours de la guerre.



La France en avait reçu plusieurs générations : des mines françaises avaient entouré la Ligne Maginot; des mines allemandes avaient été posées lors la construction des Murs de l'Atlantique et de la Méditerranée; puis les armées du Reich s'en étaient servi pour protéger leur retraite et les positions qu'elles gardaient comme les poches de l'Atlantique, tandis que les Alliés les avaient utilisées pour soutenir leur avancée vers l'Est. C'est pourquoi, en 1945, les spécialistes français firent une estimation haute du nombre d'engins à neutraliser. Les plus pessimistes avançaient le chiffre de 50 millions d'engins et d'obus non éclatés. Ils prévoyaient une dizaine d'années pour en venir à bout. Ramené en définitive à 13 millions, ce chiffre représentait tout de même 500 000 hectares, soit 1% de l'ensemble du territoire. Encore n'était-il qu'une moyenne. Certains départements, comme les Bouches-du-Rhône et le Calvados, atteignaient des proportions beaucoup plus élevées.

 

Des prisonniers allemands chargent des mines de plages dites "tombeaux" en vue de leur destruction. (Gard). Source : Amicale des démineurs de France

 



Les Alliés avaient commencé dès le débarquement à désamorcer les mines sous-marines et terrestres. Tendus vers la victoire sur l'Allemagne, la question du danger pour les populations civiles des régions libérées ne les concernaient pas. Ils avaient ainsi privilégié le littoral et les principaux axes de communication pour faciliter l'acheminement des troupes et du matériel. Les Français, pour leur part, voyaient dans le déminage, non seulement une tâche de protection civile, mais aussi une des prérogatives de leur souveraineté nationale. Au cours de l'été 1944, principalement en Normandie, la première organisation du déminage se fit de manière empirique par une collaboration entre le Génie rural relevant du ministère de l'Agriculture, des unités du Génie militaire de l'armée de la France libre et des individus pressés de remettre en culture leurs champs. Manquant d'expérience, les autorités françaises s'adressèrent aux démineurs britanniques. Ceux-ci formèrent les premiers démineurs français dans un centre d'apprentissage ouvert à Bayeux à l'été 1944. Non contents d'initier leurs collègues français à cet art délicat, ils leur prêtèrent du matériel pour les premières opérations, qui servit aussi de modèle à la production des détecteurs. En janvier 1945, le relais était pris et une école française commença à fonctionner à Houlgate, où enseignaient les spécialistes français formés à Bayeux. Mais, alors que la guerre se prolongeait, la Normandie n'était pas la seule région infestée de mines. Le gouvernement provisoire devait se préoccuper d'organiser le déminage sur tout le territoire, dans les zones des combats comme partout ailleurs. Quelle administration pouvait se charger d'une tâche où le militaire et le civil étaient indissociables ?

 



Le déminage, un préalable à la reconstruction

 

 

Dans le contexte de la Libération où les nouveaux pouvoirs s'étaient placés sous le signe de la restauration démocratique et des prérogatives de l'État, le déminage fut rapidement considéré comme une entreprise hors de portée de l'initiative privée. Le ministère chargé de la défense, occupé à refonder une armée nationale et à participer à la défaite finale de l'Allemagne, ne tenait pas à se charger d'une tâche ingrate, qui de surcroît semblait devoir se prolonger. Le ministère de l'agriculture comme celui de l'intérieur hésitaient à s'impliquer dans des opérations qu'ils tenaient pour militaires. C'est pourquoi le gouvernement provisoire, jugeant qu'il s'agissait bien d'un préalable à la reconstruction, confia le déminage au ministère de la reconstruction et de l'urbanisme, créé en novembre 1944. La direction du déminage y fut organisée en février 1945 sous la responsabilité de Raymond Aubrac, ancien commissaire de la République à Marseille.

 

Le déminage. Source : Amicale des démineurs de France

 


 



 

Cette décision correspondait au principe général de la prise en charge par l'État de la reconstruction et le passage du relais entre civils et militaires fut effectif au printemps 1945. L'urgence était alors de localiser les mines et de les dénombrer. La saisie des documents du commandement militaire qui suivit la reddition allemande permit de connaître les détails des plans des champs de mines, leur disposition et les différents types d'amorçage et d'explosifs employés. Dans le même temps, ne disposant toujours pas de matériel adéquat, les autorités françaises se préoccupèrent de l'acquérir. Après avoir été fournis par des forces alliées, les premiers détecteurs français, fabriqués sous licence, sortirent des usines à l'automne, moment du véritable démarrage du déminage. Restait à trouver la main-d'oeuvre qui accepterait un travail au cours duquel les accidents mortels étaient fréquents.

 

 

Volontaires et prisonniers de guerre

 

Pour l'encadrement des équipes et le désamorçage proprement dit, le Déminage recruta des volontaires - souvent jeunes et sans travail - attirés par des salaires élevés, alors que pénuries et restrictions étaient encore le lot quotidien de la population. Un peu plus de trois mille démineurs furent engagés jusqu'au début de 1946. Mais le désamorçage d'une mine, travail hautement qualifié qui demande une excellente connaissance des différents engins et une grande sûreté d'exécution, n'est que l'aboutissement d'un long travail préparatoire. Une fois la zone de déminage circonscrite, il fallait l'entourer de balises et de fils protecteurs, marquer les points précis où se trouvaient les mines, amener sur place le matériel, effectuer des terrassements, avec un risque constant d'erreur et donc d'accidents. Malgré l'article 31 de la Convention de Genève (1929) interdisant l'emploi des prisonniers de guerre à des tâches dangereuses, la direction du déminage obtient des Alliés l'autorisation de prélever un contingent de plusieurs milliers de prisonniers de guerre allemands sur les 500 000 affectés à la France pour des travaux d'intérêt public.

 

Porte explosif, 1946. Source : Ministère de l'équipement/SIC

 



La formation des démineurs était la meilleure garantie de leur efficacité. Une école fut ouverte à Septeuil, près de Paris au cours de l'été 1945 pour former des instructeurs avant qu'ils ne partent enseigner à leur tour dans les départements. Les responsables du déminage tenaient à ces centres d'instruction et de perfectionnement, car le taux d'accidents était inversement proportionnel au nombre d'ouvriers instruits. En septembre 1946, tout le personnel d'encadrement y avait suivi des cours et un ensemble cohérent de techniques et de savoirs y avait été mis au point. Le travail quotidien se faisait à l'échelon communal, les équipes travaillant en liaison étroite avec les autorités municipales. Au maire revenait de prévenir les habitants de leur arrivée et des dangers des opérations qui allaient commencer, de baliser les terrains, d'assurer l'intendance, en particulier pour les prisonniers qui suscitaient la méfiance des populations. Celles-ci, dans l'ensemble, accueillirent favorablement les démineurs dont elles admiraient le courage.



Méthode longue mais sûre, la détection manuelle fut utilisée chaque fois que les approches préalables avaient révélé la présence de mines difficilement décelables par les détecteurs électriques. Quatre hommes, en principe tous brevetés démineurs, avançaient en ligne sur une bande de quatre mètres de large. Dès qu'un obstacle était suspecté, le désamorçage commençait. Quand le type de mine ne le permettait pas, seule une mise à feu était préparée. Celle-ci avait lieu en fin de journée après évacuation de tout le personnel. Venait enfin le contrôle qu'on voulut parfait. Ce fut en général la tâche des prisonniers de guerre, conduisant charrues ou tracteurs sur la zone censée être déminée. Le traitement d'un terrain pouvait ainsi durer plusieurs jours.

 

Malgré les précautions et la formation, les accidents furent nombreux. Il y eût au moins 1 800 morts parmi les Allemands et 500 du côté français. Le nombre de blessés est difficile à évaluer, alors que les séquelles des blessures étaient très invalidantes (membres arrachés). On ne dispose pas plus de chiffres pour les victimes parmi la population.

 

Néanmoins, à la fin de 1947, les travaux de déminage étaient considérés comme achevés. La surestimation du nombre de mines à enlever fut sans doute l'une des raisons d'un succès aussi rapide qu'imprévu, car des moyens importants furent accordés à cette administration et son action fut efficacement relayée par des campagnes de presse, d'affiches et des émissions radiophoniques. Bien que toutes les mines n'aient pas été neutralisées et que l'on déplore encore aujourd'hui des accidents, ce succès a fait du déminage une spécialité française. Depuis 1945, les démineurs français sont présents sur les grands chantiers contemporains, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie ainsi que dans l'ex-Yougoslavie.

 

Source : Danièle Voldman, Directrice de recherche au CNRS-Centre d'histoire sociale du XXe siècle. Revue "Les Chemins de la Mémoire" n° 153 - Septembre 2005 pour Mindef/SGA/DMPA

Les 128 Sénans ont répondu à l'Appel du 18 juin 1940

 

Ansquer Amédee - Ansquer Joseph - Bléomélen Jean - Caradec Jean-François - Caradec Jean-Louis - Canté François - Canté Jean-Louis - Canté Joseph - Canté Louis - Canté Marcel - Canté Pierre Michel -

Corfdir Jean-Yves - Couillandre Jean - Couillandre Jean - Couillandre Jean-Pierre - Couillandre Jean-François - Couillandre Joseph - Couillandre Prosper - Chevert Clet - Chevert Clet - Chevert Maurice -

Chevert Maurice - Fily Henri - Fouquet Ambroise - Fouquet Guénolé - Fouquet Guénolé - Fouquet Jean-Noël - Fouquet Jean-Noël - Fouquet Jean-Noël - Fouquet Jean-François - Fouquet Joseph

- Fouquet Louis - Fouquet Noël - Fouquet Paul - Fouquet Paul - Follic Jean-François - Follic Joseph - Guéguen François - Guéguen Gabriel - Guéguen Joseph - Guéguen Michel - Guéguen Thomas - Guilcher Clet

- Guilcher Félix - Guilcher Edouard - Guilcher François - Guilcher Paul - Guilcher Pierre - Guilcher Pierre Michel - Guilcher Joseph - Guilcher Henri - Guilcher Jean-François - Guilcher Jean-Pierre

- Guilcher Jean-Noël - Guilcher Jean-Pierre - Guilcher Louis - Guilcher Maurice - Guilcher Maurice - Guilcher Martin - Guillou François - Hervis Jean-Pierre - Jade Hervé - Kerloc'h Jean - Kerloc'h Joseph

- Kerloc'hYves - Le Dem Aristide - Le Drévès Jean - Menou Jean - Menou Jean-François - Menou Jean-Marie - Menou Joseph - Menou Maurice - Menou Noël - Milliner Désiré - Milliner Guénolé

- Milliner Jean-Louis - Milliner Jean-François - Milliner Jean-Pascal - Milliner Jean-Pierre - Milliner Joseph - Milliner Joseph - Milliner Joseph - Milliner Jules - Milliner Hippolyte - Milliner Stanislas

- Piton Jean-François - Piton Jean-Marie - Porsmorguer Guénolé - Porsmorguer Guénolé - Porsmorguer Henri - Porsmorguer Jean-Noël - Porsmorguer Jean-Yves - Porsmorguer Jean-Yves - Porsmorguer Louis

- Porsmorguer Pierre - Porsmorguer Simon - Quéméneur Charles - Richard Paul - Rozen Thomas - Salaün Guénolé - Salaün Jean - Salaün Jean-Noël - Salaün Paul - Salaün Pierre - Spinec Ambroise -

Spinec François - Spinec Jean - Spinec Jean-Pierre - Spinec Jean-Pierre - Tanguy François - Thymeur Guénolé - Thymeur Jean - Thymeur Henri - Thymeur Maurice - Thymeur Noël - Violant Barthélémy -

Violant Joseph - Couillandre Pierre - Fouquet Louis - Fouquet Paul - Fouquet Nicolas - Fouquet Jean-Noël - Fouquet Guénolé - Guilcher Joseph - Milliner Gabriel - Porsmorguer Jean-Marie - Spinec Noël

- Spinec Prosper.

 

Source : DMPA ; Ordre de la Libération

Opération Frankton

"Opération FRANKTON" Mise en valeur de l'itinéraire de repli d'un commando britannique entre Bordeaux et Ruffec Ce chemin de mémoire est l'aboutissement d'un partenariat technique, financier et culturel entre la DMPA, l'ONAC ... et l'association " Frankton Souvenir " en vue de faire connaître un aspect méconnu de la Résistance en Charente.

 

 

Le commando britannique des 10 Royal Marines en kayaks débarqué au large de l'estuaire de la Gironde.
Photo de la peinture "5 kayaks"

 

 

Le long des 160 km séparant Saint-Genès-de Blaye de Ruffec le visiteur pourra suivre l'itinéraire de repli (- - -) des deux Royal Marines britanniques seuls survivants du sabotage du 10 décembre 1942 dans le port de Bordeaux qui réussirent à regagner l'Angleterre.

 

Itinéraire de repli des Royal Marines. Source : Frankton Souvenir-Réalisation "Graphipub"



160 kilomètres de solitude et de tension, de faim et de froid, de caches plus ou moins de fortune, et une obsession pour le Major HASLER et le Marine SPARKS : trouver vite le contact de la Résistance française à Ruffec pour revenir en Angleterre avant que les Allemands, furieux du sabotage réussi contre leurs cargos «forceurs de blocus», ne les arrêtent.

 

 

Les deux Royal Marines-Dessin du Major Hasler. Source : Frankton Souvenir

 



Leur itinéraire d'évasion constitue une formidable épopée désormais jalonnée de plaques commémoratives et informatives bilingues apposées par l'association « Frankton Souvenir ». Après avoir sabordé leur kayak à Saint-Genès-de Blaye (33) ils traversent la Charente-Maritime puis arrivent en Charente par Barret et Saint-Médard de Barbezieux le 15 décembre 1942. Ils s'arrêtent ensuite à Nâpres près de Saint-Preuil où un résistant français, Clodomir Pasqueraud, leur donne le gîte et le couvert.

 

La ferme de Clodomir Pasqueraud à Nâpres. Source : Patrick Rullac ONAC 16

 


80 km d'efforts et ils franchissent, au petit matin du 16 décembre 1942, d'un pas assuré et rapide, le pont de Vinade après avoir croisé à Saint-Même les Carrières une section allemande en cantonnement.

 

Le Pont de Vinade (16). Patrick RULLAC-ONAC 16

 


Tout près de ce pont, à Angeac-Charente, se dresse le monument rappelant l'atterrissage en novembre 1943 de Claude Bonnier, Délégué Militaire Régional et héros de la Résistance. A proximité est apposée une plaque à la mémoire des deux pilotes britanniques qui avaient transporté Claude Bonnier décédés en opération quelques mois plus tard.Ce monument est le point de départ de la route Claude Bonnier qui mène jusqu'au Mémorial de la Résistance de Chasseneuil sur Bonnieure.

 

                          

Stèle Bonnier. Source : M. Heriard                                                    Le Monument des Fusillés de la Braconne (commune de Brie).
                                                                                                                                 Source : Patrick Rullac ONAC 16

 



Revoilà les deux Royal Marines presque au bout de leur peine. Ils savent qu'à Ruffec un réseau doit les prendre en charge. Puis c'est Benest, le 19 décembre 1942 où le «passeur» M. Dumas leur fait franchir la ligne de démarcation et les emmène dans la ferme d'Armand Dubreuille à Saint-Coutant lieu-dit «Marvaud». Ils y resteront sans bouger 41 jours parce que Marie-Claire, de son vrai nom Mary Lindell, l' organisatrice d'une filière rattachée au MI 9, service secret britannique spécialisé dans l'aide à l'évasion de militaires britanniques, est blessée en mission et n'a plus de contact radio.

 

 

La ferme d'A. Dubreuille à « Marvaud » Saint-Coutant (16). Source : Patrick Rullac ONAC 16

 



Par train jusqu'à Lyon, puis Perpignan, en voiture à travers l'Espagne jusqu'à Gibraltar, enfin par avion jusqu'à Londres, Hasler et Sparks regagnent l'Angleterre au début d'avril 1943.

 


 

 

Opération Frankton en détail



Au début du 2ème trimestre de l'année 1942, Lord Selborne, Ministre de la Guerre Economique, attira l'attention de Winston Churchill sur l'accroissement préoccupant du trafic des navires allemands forceurs de blocus qui, malgré les pertes qui leur étaient infligées par la Royal Navy et la R.A.F., déchargeaient à Bordeaux leurs cargaisons de latex, de métaux rares et de produits tropicaux en provenance d'Extrême-Orient, d'importance essentielle pour l'industrie de guerre du Reich et embarquaient des machines outils et des pièces destinées à l'industrie aéronautique livrées aux usines d'armement japonaises.

 

Le Premier Ministre chargea Lord Louis Mountbatten, Commandant en chef des Opérations Combinées de préparer un plan d'intervention. Une opération amphibie de grande envergure ayant été écartée d'emblée et Anthony Eden, Ministre des Affaires Etrangères s'étant opposé au bombardement du Port par les avions de la R.A.F., trop de vies humaines étant en jeu, la décision fut prise de recourir à une attaque par des commandos contre les forceurs de blocus à quai au sein même du Port Autonome de Bordeaux.

 

Cette mission allait être confiée à une unité spéciale du Corps des Royal Marines, le « Royal Marines Boom Patrol Detachment » constituée à l'initiative du Major Herbert G. Hasler, surnommé 'Blondie', qui allait être désigné par Lord Mountbatten comme commandant du commando. L'opération avait reçu le nom de code (sans signification) de 'Frankton'.

 

Sous couvert d'un entraînement de routine à la protection des installations portuaires , le RMBPD composé de deux sections allait préparer dans le plus grand secret une opération extrêmement risquée. A l'exception d'Hasler, aucun des membres du commando ne sut la destination ni le but de la mission avant d'être embarqué à bord du sous-marin.

 

Sélectionnés au sein de la lère section , 6 équipages de deux hommes à bord de six kayaks de mer (Cockle Mark H) mis au point par le Major Hasler et l'ingénieur Goatley seraient mis à l'eau à proximité de l'embouchure de la Gironde. Ils remonteraient le fleuve à la pagaie, se cachant de jour et naviguant au compas de nuit. Après avoir identifiés leurs cibles le long des quais, ils poseraient des mines « limpets » (arapèdes) à adhérence magnétique sous la ligne de flottaison des forceurs de blocus allemands dont les services de renseignements anglais savaient à quelle date ils seraient amarrés à quai à Bassens et à Bordeaux, sans qu'aucun membre de la Résistance eut jamais su à quoi serviraient ou à qui étaient destinées les informations recueillies et transmises aux services secrets à Londres.

 

Aucun recueil n'étant possible après l'attaque, ils redescendraient la Gironde en kayak jusqu'à la hauteur de la ville de Blaye, saborderaient leurs bateaux et tenteraient de rejoindre à pied la ville de Ruffec, distante de 160 km, d'où une filière d'évasion britannique dépendant du MI9 pourrait prendre en charge leur évasion vers l'Espagne, avec le concours de Résistants français.

 

Personne n'avait été informé de leur mission ni à Bordeaux, ni à Ruffec.

Dans la soirée du 7 décembre 1942, le sous-marin britannique H.M.S. Tuna, sous les ordres du Lieutenant Raikes, alors âgé de 28 ans, mit cinq kayaks à l'eau au large de Montalivet.

Dans l'ordre de mise à la mer :

  • Catfish ( Poisson-chat) : Major Hasler (Chef du Commando), Marine William E. Sparks.
  • Cuttlefish (Seiche) : Lieutenant John MacKinnon (Cdt en second), Marine James Conway.
  • Crayfish ( Ecrevisse) : Corporal A. S. Laver, Marine W.N. Mills.
  • Cachalot (Cachalot) : Marine Ellery, Marine Fisher.
  • Coalfish (Morue noire) : Sergeant Samuel Wallace, Marine Robert Ewart.
  • Conger( Congre) : Corporal George Sheard, Marine David Moffatt
  •  


Le flanc déchiré au passage du panneau d'accès à la chambre des torpilles avant du Tuna, où il avait été stocké durant la traversée, le Cachalot dut être rembarqué avec son équipage. Peu après 20 h, les cinq kayaks s'éloignèrent en formation, sous le commandement du Major Hasler en direction de la Pointe de Grave.

 

Vers minuit, au franchissement du ressac très dangereux même par temps calme sur les hauts-fonds au large du phare St-Nicolas, le kayak « Coalfish » chavira et le contact fut perdu avec le Sergent Wallace et le Marine Ewart.

 

Une demi-heure plus tard, ce fut au tour du « Conger » (Caporal Sheard et Marine Moffat). Cette fois, les deux R.M. purent être repérés et après sabordage du Conger, ils furent remorqués dans l'eau glaciale accrochés au « Catfish » (Hasler et Sparks) et au « Crayfish » (Laver et Mills). La mission étant primordiale, Hasler dut les abandonner au plus près du rivage après avoir passé la Pointe de Grave.

 

Les trois kayaks restants poursuivirent leur route portés par la marée montante vers le Verdon. Ils furent obligés de prendre leurs distances pour passer entre le môle et quatre bâtiments ennemis ancrés à quelques encablures. C'est à ce moment là que le contact fut perdu avec le « Cuttlefish » (Lieutenant Mackinnon et Marine Conway).

 

Le jour se levait quand les deux derniers kayaks, « Catfish » et « Crayfish », trouvèrent à la Pointe aux Oiseaux un abri où ils purent se dissimuler pour la journée dans les roseaux bordant la rive, à proximité de St-Vivien du Médoc. Ils continuèrent leur route durant la nuit du 8 au 9 vers le Port des Callonges, puis vers l'île Cazeau ( nuit du 9 au 10 ) à la faveur de l'obscurité et portés par le courant de marée. Le 11 décembre à l'aube ils trouvèrent enfin, sur la rive gauche du fleuve en face de Bassens, un endroit pour se cacher, se reposer et préparer l'attaque. Dans la nuit du 11 au 12 décembre, les équipages des deux derniers kayaks s'engagèrent dans la dernière phase de leur mission : le « Catfish » suivit la rive gauche jusqu'aux quais de Bordeaux et réussit à fixer ses mines sur trois grands navires et un pétrolier à l'amarre le long du quai ;Ie « Crayfish » traversa la Garonne vers Bassens et fixa ses mines sur deux navires à l'amarrage.

 

 

Le Dresden et le Tannenfels quai Carnot Port de Bordeaux. Source : Frankton Souvenir

 

 

Mission accomplie, entre minuit et une heure du matin le 12 décembre, les deux équipages entamèrent leur repli. Ils se rejoignirent miraculeusement dans l'obscurité au Sud de l'Ile Cazeau. Portés par le courant, ils firent route ensemble, longeant la rive droite du fleuve. A 1.500 m environ au Nord de Blaye, les deux équipes se séparèrent par mesure de prudence pour aborder à environ 400 m l'une de l'autre à la hauteur de St-Genès de Blaye. Us ne devaient jamais se revoir. Il était entre 3 h 30 et 4 heures du matin et il ne leur restait que 3 à 4 heures d'obscurité, quand ils entamèrent leur repli à pied par des itinéraires différents, pour tenter d'atteindre Ruffec, à 160 km de leur point de débarquement.

 

A partir de 07h00, les crayons retards mirent à feu successivement les mines limpets . A Bassens, l'«Alabama» et le «Portland», minés par Crayfish, furent gravement endommagés. Attaqués par Catfish, Quai Carnot à Bordeaux, le « Dresden », le «Tannenfels» commencèrent à s'enfoncer le long des quais auxquels leurs amarres les retenaient. Un 5eme bateau, le pétrolier Cap Hadid prit feu. Les limpets posées sur la coque d' un 6eme navire, le Sperrbrecher n° 5 (Patrouilleur allemand) se détachèrent et explosèrent sur le fond sans dommage pour la cible. Les explosions des mines se succédèrent de 7 heures jusqu'à la mi-journée causant la confusion et le désordre chez l'ennemi.
 

La compagnie des pompiers du Port Autonome au sein de laquelle l'ingénieur TPE Raymond Brard responsable de la sécurité du port et fondateur du Club des Girondins, avait placé une équipe de résistants, intervint immédiatement sous le Commandement du Commandant Paduch à la requête du HafenKommandant. C'est au cours de leur intervention que les pompiers, inversant l'action des pompes mises en batterie réussirent, sans être inquiétés, à aggraver la gîte des bâtiments les plus atteints.

 

Hasler et Sparks, aidés au long de leur route par des Français courageux, comme la famille Pasqueraud qui les hébergea une nuit à Napres entre St Preuil et Lignières, furent les seuls à atteindre Ruffec. Ils choisirent d'entrer au jugé, vers 13 h 30 le 18 décembre 1942, dans le restaurant " La Toque Blanche ", où ils eurent la chance d'être accueillis par M. René Mandinaud, sa femme et ses soeurs, une famille de Français patriotes. M. Mandinaud prit contact avec M. Jean Mariaud. Ce dernier organisa le passage des deux fugitifs dans l'ex zone libre après consultations successives de M. Paille ancien professeur en Angleterre qui confirma leur nationalité et de Mme Marthe Rullier qui alerta le passeur.

 

 

Hôtel de la Toque Blanche. Source : Patrick Rullac ONAC-16

 



Le 19 décembre, Hasler et Sparks, furent conduits en camionnette par M. René Flaud, boulanger, près de Benest, à proximité de la ligne de démarcation, toujours gardée par les Allemands . M. Fernand Dumas, le passeur, les conduisit à la ferme Marvaud où ils allaient être hébergés pendant 41 jours chez M. et Mme Armand Dubreuille.

 

Ils auraient dû être remis dans les deux jours suivant leur arrivée à Marvaud à Mary Lindell, alias «Marie Claire», Comtesse de Milleville par son mariage, qui connaissait les Dubreuille. Marie-Claire était un agent du MI9, organisation faisant partie des services secrets Britanniques, spécialisée dans l'aide à l'évasion et le rapatriement des personnels militaires en Angleterre.

Grièvement blessée dans un accident, sans contact radio, elle ne put être jointe par Armand Dubreuille qu'après plusieurs semaines de silence. Elle arriva enfin à Marvaud et c'est son fils Maurice de Milleville, âgé de 18 ans qui accompagna les deux fugitifs par le train de Roumazières à Lyon. Leur évasion se poursuivit jusqu'à la frontière espagnole via Marseille et Perpignan. Arrivés en Espagne, les deux survivants furent pris en charge par l'Ambassade à Madrid, d'où ils furent conduits à Gibraltar. Hasler regagna l'Angleterre par avion le 3 avril 1943 et Bill Sparks fut ensuite rapatrié par un transport de troupes.

 

Le Sergent Wallace et le Marine Ewart, capturés le 8 décembre 1942 au lever du jour furent fusillés sur ordre de l'Amiral Julius Bachmann dans la nuit du 11 au 12 décembre après de longs interrogatoires sans avoir parlé. Leur exécution eut lieu au château du Dehez ( aujourd'hui Château Magnol) à Blanquefort.

Le corps du Caporal Sheard, probablement noyé dans la nuit du 7 au 8 décembre, ne fut jamais retrouvé et celui de son coéquipier le Marine Moffatt fut découvert le 17 sur la plage de Bois en Ré.

Le Lieutenant Mackinnon et le Marine Conway, ayant poursuivi seuls leur route sur la Gironde atteignirent l'Ile Cazeau puis le Bec d'Ambès où leur embarcation coula, après avoir éperonné un obstacle sous-marin. Ils se replièrent jusqu'à Cessac où un couple de Français, M. et Mme Jaubert les hébergèrent 3 jours. Après avoir quitté leurs hôtes, ils cherchèrent à gagner l'Espagne. Capturés par la gendarmerie française près de La Réole, le 18 décembre, ils furent remis aux autorités allemandes qui les emmenèrent à Bordeaux.

 

Le repli de Laver et Mills s'acheva près de Montlieu - La Garde où ils furent dénoncés, arrêtés par la gendarmerie qui les remit aux autorités d'occupation. Enfermés à Bordeaux avec Mackinnon et Conway, puis transférés à Paris au début de janvier, tous les quatre furent exécutés le 23 mars 1943.



Gardés en vie pendant trois mois, sans doute parce que les services de renseignement allemands cherchaient à savoir par qui ils avaient été aidés durant leur repli, le Caporal Laver RM, le Marine Mills, le lieutenant Mackinnon RM et le Marine Conway moururent sans avoir parlé.

 

L'exécution des six Royal Marines pris en uniforme, en application de la directive secrète d' Hitler du 18 octobre 1942 concernant les commandos, constitue un crime de guerre dont l'Amiral Raeder eut à répondre au procès de Nuremberg en 1946 et l'Amiral Bachmann au procès d'Hambourg en 1948.

 



Pour information :

En 1955, parut le livre de CE. Lucas Phillips 'Cockleshell Heroes' tiré à 250.000 exemplaires en Angleterre, traduit en français en 1956 sous le titre 'Opération Coque de Noix'. Le Lieutenant Colonel Hasler OBE DSO RM, apporta sa collaboration à l'auteur qui eut accès à des sources fermées aux chercheurs.

 

Egalement en 1955, le film 'Cockleshell Heroes' ( version française : 'Commando dans la Gironde' sorti en 1956) produit par Warwick et distribué par Columbia Pictures, d'après un scénario de Bryan Forbes et Richard Maibaum. Tourné sur le Tage, mis en scène par José Ferrer qui interprétait le rôle d'Hasler, avec Trevor Howard dans un rôle de fiction, le film avait bénéficié de l'appui technique du Corps des Royal Marines. Malgré les libertés prises par les scénaristes avec la vérité historique, au grand déplaisir du Major Hasler, ' Commando dans la Gironde' fabriqué dans la lignée et des productions de films de guerre américains des années 50 connut un succès commercial.

 

Une biographie remarquable du Colonel Hasler, décédé en 1987, par le Major Ewen Southby Tailyour préfacée par S.A.R. le Duc d'Edimbourg, retrace la carrière de Blondie Hasler au sein du corps des Royal Marines, suivie après la guerre de celle d'un très grand marin puisqu'il fut le fondateur des courses transatlantiques en solitaire en 1960. Eric Tabarly qui participa à la seconde traversée devait devenir un de ses proches amis.

 

Un ouvrage historique, 'Le Commando de l'impossible ' par François Boisnier et Raymond Muelle , utilisant les archives anglaises, allemandes, françaises et les derniers témoignages des rares survivants encore en vie et des contemporains de l'opération Frankton, est paru en 2003 édité par Trésor du Patrimoine.

 

En 2004 deux films sur l'Opération Frankton ont été tournés :

 

  • En France : 'Des ombres dans la nuit Opération Frankton', durée 52 minutes, réalisé par Ramon Maranon diffusé par FR3 Aquitaine.
  • En Angleterre et en France : 'Frankton Shadows', durée 30 minutes, réalisé par Tom Keene diffusé par la BBC Le souvenir des héros de l'Opération Frankton est commémoré chaque année en France, notamment à Bordeaux, à Blanquefort à St Georges de Didonne et à Ruffec. 25 novembre 2004

 

 

Renseignements pratiques :

 

Association Frankton Souvenir M. François BOISNIER B.P.34 16300 BARBEZIEUX-SAINT-HILAIRE

 

 

Source : partenariat entre la DMPA, l'ONAC et l'association «Frankton Souvenir»

La conférence de Wannsee

20 janvier 1942

 

La conférence de Wannsee est considérée, même si les historiens en débattent, comme celle qui décide de la «solution finale de la question juive» parce qu'elle impose dans ce domaine l'autorité de Heydrich, réunit les principaux responsables de l'extermination et planifie l'annihilation.

 

Une définition de la «solution finale» de la question juive

 

Carte des principaux camps de concentration et d'extermination. Source SGA/DMPA


 

La conférence convoquée par Reinhardt Heydrich, le second d'Heinrich Himmler et le chef du RSHA (bureau principal de sécurité du Reich) se déroula le 20 janvier 1942 et dura, selon le témoignage d'Adolf Eichmann, entre une heure et une heure trente. Un nombre limité de protagonistes y assistèrent, représentant pratiquement toute la bureaucratie ministérielle et l'appareil nazi responsables de la «solution finale».

 

Reinhardt Heydrich, chef du bureau de sécurité du Reich. Source : German Federal Archive

 



Le procès-verbal est clair : "Dans le cadre de la solution finale du problème, les Juifs doivent être transférés sous bonne escorte à l'Est et y être affectés au service du travail. Formés en colonne de travail, les Juifs valides, hommes d'un côté, femmes de l'autre, seront amenés dans ces territoires pour construire des routes ; il va sans dire qu'une grande partie d'entre eux s'éliminera tout naturellement par son état de déficience physique. Le résidu qui subsisterait en fin de compte - et qu'il faut considérer comme la partie la plus résistante - devra être traité en conséquence. En effet, l'expérience de l'histoire a montré que, libérée, cette élite naturelle porte en germe les éléments d'une nouvelle renaissance juive" (1).

 

Cet extrait du procès-verbal, rédigé principalement par Adolf Eichmann, est souvent cité, parce qu'il a le mérite d'être presque limpide. L'expression "solution finale" est ici définie. Les "Juifs valides", "aptes au travail" comme ils sont souvent désignés, seront exploités au-delà de l'humain. Ceux qui auront survécu au travail mortel constituent le principal danger. Dans la vision biologique du monde qui est celle des nazis, ils contiennent en quelque sorte la souche d'un virus capable de contaminer le monde entier, que seul saurait éradiquer un "traitement spécial" dont on peut supposer qu'il signifie la mort.

 

 

 

Les travaux des historiens



Pourtant, divers travaux, menés depuis une vingtaine d'années par des historiens, allemands et américains pour l'essentiel, contestent l'importance même de cette conférence. Pour certains, et non des moindres - c'est le cas de Hans Mommsen dans un célèbre article, " La réalisation de l'utopique : la "solution finale de la question juive" sous le Troisième Reich" (2) -, il n'y eut jamais à proprement parler de décision de Hitler. Pour d'autres, qui considèrent qu'il y eu décision, elle est antérieure : la conférence se déroule alors qu'une grande partie des Juifs, ceux de l'Union soviétique notamment, a déjà été assassinée et que la mise à mort par le gaz a commencé puisque des camions fonctionnent depuis le 7 décembre 1941à Chelmno-sur-Ner, rebaptisé Kulmhof par les nazis, à 70 km environ à l'ouest de Lodz, désormais Lizmanntadt. Pour d'autres encore, peu nombreux et peu suivis, et qui se fondent pour l'essentiel sur le calendrier de la mise à mort à Auschwitz, la décision serait postérieure, datant du printemps 1942. Pour tous cependant, l'importance de Wannsee est toute relative.

 

Ghetto de Lodz. L'étoile distingue les Juifs. Source : DR

 



Un jeune historien allemand, Christian Gerlach, a revisité cette conférence, dans un texte qui atteste le dynamisme de la recherche et du débat outre-Rhin (3). Il s'appuie sur des sources récemment mises au jour, notamment les agendas de Himmler, retrouvés dans des archives à Moscou et publiés en Allemagne. C'est sous l'égide du RSHA que Heydrich convoque cette réunion pour aborder le problème de la "solution finale de la question juive". La conférence débute par l'annonce par Heydrich, chef de la police de Sûreté et du SD, de sa nomination par Göring au poste de "plénipotentiaire pour la préparation de la solution finale du problème des Juifs d'Europe". En effet, le 31 juillet 1941, Göring, chargé jusqu'alors de la coordination du programme anti-juif, avait signé un texte confiant à Heydrich "la mission de prendre "toutes mesures préparatoires" nécessaires à la réalisation "d'une solution d'ensemble de la question juive dans la zone d'influence allemande en Europe". Il lui demandait, en outre, de lui remettre "sous peu" un plan d'ensemble sur les mesures préalables nécessaires à l'exécution de cette solution finale" (4). Comme le note Philippe Burin, il s'agissait ici de compléter le mandat de Heydrich, donné le 24 janvier 1939, le chargeant de réaliser l'émigration des Juifs allemands. Il lui donnait à présent la mission d'étendre "son champ d'application à l'ensemble de l'Europe nazie [...]. Formellement, les solutions envisagées étaient l'émigration et l'évacuation".

 

Rafle de Juifs dans Berlin-Nord. Source : German Federal Archive

 

 

 

La question des Mischlinge



Pour certains historiens, l'objet de cette réunion se résume à faire reconnaître à tous l'autorité de Heydrich sur la «solution finale de la question juive». Ils tirent argument du fait qu'un des problèmes largement débattu concerne les Mischlinge, les «métis» d'«aryens» et de Juifs. Question capitale qui témoigne d'une obsession et d'une difficulté récurrentes. Wilhem Stuckart, secrétaire d'État aux ministère de l'Intérieur, connaît bien ce problème déjà soulevé lors de la rédaction des lois de Nuremberg sur la protection de la Race (1935). Alors que les nazis ont pour objectif de couper tous les liens entre les Juifs et la société allemande, les Mischlinge sont les témoins vivants de la réalité de ces liens. Mettre en cause leur appartenance «à la race» peut susciter protestations et remous dans une partie de la société allemande à laquelle ils sont liés par des attaches familiales. C'est ce qui explique que s'opposent, dès 1935, les experts du ministère de l'Intérieur, partisans d'une certaine modération, et les fanatiques du parti.



La question est à nouveau ouverte à Wannsee. Faut-il la régler pendant la guerre ou la laisser pendante jusqu'à la fin du conflit ? Si tous s'accordent pour considérer que celui dont trois grands-parents sont juifs l'est aussi, que celui dont un grand-parent est juif n'est pas juif, le débat est vif autour de ceux qui ont deux grands-parents juifs. Des résultats de ce débat dépend le sort de quelque 200 000 personnes, 70 000 à 75 000 Mischlinge au 1er degré (deux grands-parents juifs), 125 000 à 130 000 Mischlinge au 2e degré (un seul grand-parent juif). Il est alors proposé de «déclasser» les Mischlinge au 1er degré qui seraient considérés comme juifs, sauf s'ils sont mariés à des Allemand (e)s et donc père ou mère de Mischlinge au 2e degré ou s'ils ont rendu des services au peuple allemand. Quant aux Mischlinge au 2e degré, ils seraient considérés comme allemands à certaines exceptions près. Ces conclusions semblent fort compliquées à Stuckart. Pour lui, la solution réside tout simplement en la stérilisation (5). Dans ce domaine, on peut dire que la conférence n'apporte guère d'éléments décisifs. Les résultats de la mission confiée à Heydrich par Göring en janvier 1939, l'émigration des Juifs, font l'objet d'un bilan reproduit dans le procès-verbal de la conférence. Il s'agit «d'accélérer l'émigration des Juifs vivant sur le territoire allemand», en lui confiant la direction du service central pour l'émigration juive chargé «a) de prendre toutes les mesures utiles afin de préparer une émigration accélérée des Juifs, b) de diriger ce mouvement d'émigration, c) d'accélérer l'émigration dans tous les cas particuliers». Selon le procès-verbal, cette solution, dans laquelle s'illustra notamment Adolf Eichmann à Vienne, puis à Berlin, permit à 537 000 Juifs, au 31 octobre 1941 de quitter le Reich. Pourtant, «le Reichsführer SS et chef de la Police allemande, considérant les dangers que représenterait l'émigration en temps de guerre, et vu les possibilités qu'offrent les territoires de l'Est, a, depuis lors, interdit toute émigration aux Juifs».

 

La villa Marlier à Wannsee où se déroula la conférence. Source : GNU Free Documentation License

 

 

 

Les massacres perpétrés en Union soviétique en 1941


 

Si 537 000 Juifs ont pu émigrer, un nombre à peu près égal a été assassiné lors de l'avancée de la Wehrmacht en Union soviétique par les Einsatzgruppen agissant sur les arrières dans la seconde moitié de l'année 1941. Aucune allusion à ces meurtres de masse, par fusillades, ne se trouve dans le procès-verbal de la réunion. Pourtant, cette première phase de mise à mort d'hommes, de femmes et d'enfants pose précisément aux historiens la question de la décision, qui est au coeur du texte de Gerlach. Y a-t-il eu alors décision d'extermination ? Et si oui, a-t-elle été prise avant l'invasion, ou au cours de celle-ci ? Si certains documents signés de Heydrich permettent d'affirmer que les Einsatzgruppen ont comme tâche non seulement, comme ce fut le cas en Pologne en 1939, d'assurer de façon transitoire le contrôle des populations, mais encore d'exécuter certaines catégories de personnes et parmi elles des Juifs, ces Juifs ne sont pas TOUS les Juifs mais seulement ceux qui occupent des positions dans le parti communiste et dans l'État soviétique. Pour Philippe Burin, l'escalade dans l'assassinat des Juifs "connut un tournant décisif quelque part entre la fin de juillet et la fin d'août lorsque les femmes et les enfants furent inclus dans le massacre ; [...] Manifestement, les Juifs payaient de leur vie, en progression géométrique, le prolongement d'une campagne qui aurait dû se terminer en septembre" (6).

 

Si pourtant, indiscutablement, il y a, avec ces massacres, génocide, il reste régional. Si décision il y eut alors d'éliminer la population juive, rien ne permet d'affirmer qu'elle est générale et vaut aussi pour les Juifs de l'Europe occidentale. Le sens même de l'expression "solution finale" est ainsi posée.

 

 

Wannsee, un tournant dans l'élimination des Juifs d'Europe



Pour Gerlach, il n'y a réellement de «solution finale» que si les Juifs, sans exception aucune, notamment de nationalité, sont voués à la destruction. C'est donc en examinant le sort des Juifs de la nationalité provisoirement écartée de la mise à mort, c'est-à-dire allemande, que l'on pourra «dater» une éventuelle décision.

 

Aujourd'hui, un «des sites importants de la topographie berlinoise du crime est sans aucun doute la maison qui se dresse au 56-58 de l'avenue Am Grossen Wannsee» (7). À la suite de l'étude de Gerlach, la distance qui s'était creusée entre une histoire savante minorant l'importance de Wannsee et la mémoire collective la majorant se restreint. Si la destruction des Juifs d'Europe ne commence pas à Wannsee, ce serait là cependant qu'elle aurait pris un tour radical et serait devenue réellement «finale», c'est-à-dire n'épargnant plus aucune catégorie.

 

Wannsee - 1982. Source : MINDEF/SGA/DMPA


 

 

Notes

 

(1) In Le Procès de Jérusalem, Jugements-documents, Paris, Calmann-Lévy, 1963, pp. 340-345

(2) In Hans Mommsen, Le national-socialisme et la société allemande. Dix essais d'histoire sociale et politique, Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 1997, pp. 178-223

(3) Christian Gerlach, Sur la conférence de Wannsee, Liana Levi, 1999

(4) Philippe Burin, Hitler et les Juifs. Genèse d'un génocide, Paris, Seuil, Point-Histoire, 1995, pp. 129-130

(5) Paul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Paris, Fayard, 1988, pp. 360-361

(6) Philippe Burin, op. cit., p.129

(7) Peer Reichel, L'Allemagne et sa mémoire, Paris, Odile Jacob, 1998, p.177

 

 

Source : Annette Wieviorka, Directeur de recherche au CNRS. Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 116 pour Mindef/SGA/DMPA

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