Un nouveau monument à Belgrade

Les travaux de rénovation du monument à la reconnaissance de la France à Belgrade ont débuté. Il sera prochainement inauguré dans le parc de Kalemegdan. Erigé en 1930, il y a près de 90 ans, il est le témoignage d’une longue histoire franco-serbe.

On pourrait dire que l’histoire franco-serbe a débuté il y a plus de 760 ans, lorsque, en 1250, Hélène d’Anjou épouse le roi de Serbie. Mais c’est surtout face à l’épreuve terrible que fut la Grande Guerre que la France et la Serbie ont exprimé et renforcé leur solidarité.

 

 

Une amitié née pendant la Première Guerre mondiale

 

Lorsque le conflit éclate en 1914, il existe déjà une proximité entre les deux pays, notamment sur le plan industriel et politique. C’est aussi la francophilie de certaines grandes figures serbes qui favorise ce rapprochement, comme celle du roi Pierre 1er, ancien élève de l’École de Saint-Cyr et ancien combattant de l’armée de la Loire en 1870. Placée sous la protection de la Russie au moment où l’Autriche-Hongrie lui déclare la guerre le 28 juillet 1914, la Serbie évolue donc dès le début du conflit dans le contexte de l’Entente qui comprend la France, le Royaume-Uni et la Russie. La France et la Serbie mènent des combats rudes à l’été et l’automne 1914, l’un contre l’Allemagne, l’autre contre l’Autriche-Hongrie. Par ailleurs, les premières victoires serbes au mois d’août 1914 comme le sort des civils – de nombreux villageois sont massacrés par les forces austro-hongroises – trouvent un écho dans les médias français.

 

Le rapprochement entre les deux pays a véritablement lieu en 1915, lorsque des militaires, médecins, infirmières et journalistes français sont envoyés en Serbie. Quelques mois plus tard, l’armée serbe cède devant les armées allemandes, austro-hongroises et bulgares. Condamnés à fuir, les militaires, le gouvernement et des milliers de civils se réfugient dans les montagnes d’Albanie. La France vient alors en aide à son allié et, grâce à sa flotte, assure le sauvetage des Serbes et leur transfert sur l’île de Corfou où un camp médical est aménagé pour soigner les combattants atteints du typhus. Le prince héritier Alexandre exprime en 1916 la reconnaissance de la Serbie à l’égard de la France : « Les Serbes savent aujourd’hui ce qu’est la France. (...) partout ils ont trouvé des Français : à Salonique pour leur tendre la main, en Albanie pour les accueillir, à Corfou pour les sauver ».

 

Cette amitié se scelle étroitement dans l’épreuve des combats de l’hiver 1915-1916. Pour la première fois, Français et Serbes se battent côte à côte, sur le front d’Orient. 70 000 soldats français tombent au combat sur ce front. La prise de Monastir par l’armée serbe et le rôle que le général Franchet d’Espérey, commandant l’armée d’Orient, lui confie dans son plan d’offensive en septembre 1918 renforcent la fraternité franco-serbe née aussi dans les écoles françaises où sont organisées, entre 1915 et 1918, des « journées de la Serbie », accompagnées d’appels aux dons de solidarité avec la nation serbe.

 

Ce n’est qu’en 1918 que la Serbie est libérée par l’armée serbe, soutenue par les forces alliées de la Triple Entente, notamment l’armée française d’Orient. Après avoir perdu 1,2 million d’habitants (soit un tiers de sa population masculine), dont 750 000 soldats, la Serbie disparaît en tant qu’État souverain, intégrée à un État des Slaves du sud, la future Yougoslavie.

 

 

Que reste-t-il de cette histoire ?

 

D’abord des archives cinématographiques et photographiques, conservées par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, à partir de l’épisode de Corfou, en 1916. Des opérateurs des sections photographiques et cinématographiques des armées sont présents dans les Balkans dès 1915 et y demeurent jusqu’en 1919. Les photographes et cameramen couvrent essentiellement la présence de la 1re armée serbe reconstituée à Corfou, les affrontements à  Florina et Monastir ou encore les combats décisifs de 1918 qui conduisent à la libération de la Serbie.

 

Il reste aussi de cette histoire partagée un patrimoine mémoriel, que la France et la Serbie ont à cœur d’entretenir et de valoriser : le cimetière français de Belgrade, où près de 400 soldats français reposent ; la nécropole de Thiais en France, dont un carré est réservé à la mémoire des soldats serbes ; le monument à Alexandre 1er de Yougoslavie, représenté à côté de son père le roi Pierre 1er de Serbie, dans le 16e arrondissement de Paris, érigé en 1936. La mémoire française du front d’Orient irrigue aussi la ville de Belgrade dont une rue porte le nom de l’amiral Guépratte, chargé de la protection des blessés serbes envoyés à Bizerte, et l’un des plus grands boulevards, celui du maréchal Franchet d'Espérey.

 

Enfin, cette histoire vit aujourd’hui à travers les commémorations du centenaire dans lesquelles Français et Serbes se mobilisent pour valoriser leur mémoire partagée. L’Institut français de Serbie et les éditions System Comics ont par exemple publié un album de bande dessinée intitulé Lignes de front constitué de dix récits sur les événements de la guerre de 14-18, qui rassemble dessinateurs et scénaristes français et serbes, et édité dans les deux langues. Au-delà du centenaire, des commémorations maintiennent vivant, et ce depuis des décennies, le souvenir de la fraternité d’armes franco-serbe : au cimetière militaire de Belgrade chaque 11 novembre, à Zaječar chaque 19 octobre (jour de la libération de la ville en 1918), au monument de reconnaissance à la France de Belgrade chaque 14 juillet.

 

 

Un monument serbe en signe de reconnaissance à la France

 

C’est en effet à travers l’édification du monument de reconnaissance à la France à Belgrade que se manifeste sans doute le plus ouvertement la mémoire partagée franco-serbe de la Grande Guerre. Inauguré le 11 novembre 1930, il est inscrit sur la liste des monuments culturels de grande importance de la République de Serbie et sur la liste des biens culturels de la ville de Belgrade.

 

Œuvre du sculpteur croate Ivan Meštrović, ce monument représente une femme  dans toute sa puissance. Le socle de la statue est orné de bas-reliefs, représentant des scènes de la Grande Guerre. Les mentions suivantes sont portées sur les deux autres côtés: à l'avant, en français « À la France ! MCMXXX », à l'arrière, en serbo-croate cyrillique: « Aimons la France comme elle nous a aimés, 1914-1918 ».

 

Face à l’usure du temps, le monument s’est dégradé et les autorités serbes ont souhaité procéder à sa rénovation. Une souscription a alors été ouverte en France et en Serbie. L’appel à la générosité publique a été lancé en France par le Souvenir français le 23 juin 2016. Il a permis de récolter des fonds conséquents pour conduire les travaux. Par ailleurs, la Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives du ministère des armées a tenu à s’associer à ce projet, en apportant une expertise technique et un soutien financier. C’est un nouveau témoignage de la volonté française d’entretenir cette mémoire partagée.

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédits photos et légendes :

 

Les hommes du 3e RI de la division Morava embarquent à bord du Miquelon en criant « Vive la France ! », Corfou, 25 avril 1916. ©Frédéric Gadmer/ ECPAD/Défense

 

 

Monument à la reconnaissance de la France à Belgrade.
© Stéphanie Trouillard, France 24