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Ralliement St-Pierre-et-Miquelon à la France Libre
24 décembre 1941
Après la signature de l'armistice franco-allemand le 22 juin 1940, la population de Saint-Pierre-et-Miquelon, archipel français de l'Atlantique Nord proche de Terre-Neuve, manifeste très rapidement son hostilité au gouvernement de Vichy. Les îles dépendent alors du gouverneur des Antilles, l'amiral Robert, qui reste fidèle au maréchal Pétain. Une active opposition gaulliste se développe autour des anciens combattants de Saint-Pierre qui demandent le ralliement à la France Libre. Ils tentent en vain d'organiser un plébiscite tout en lançant de nombreux appels au général de Gaulle mais celui-ci est aux prises avec les problèmes du ralliement des territoires africains. De jeunes marins-pêcheurs quittent les îles pour rejoindre les Français libres et continuer la lutte.
Un appel au secours
Au cours de l'année 1941, le général de Gaulle consulte à deux reprises les Britanniques sur l'opportunité de rallier cette partie de l'Empire : si l'amirauté (commandement supérieur de la marine militaire), inquiète pour la sécurité des convois qui parcourent l'Atlantique, est favorable à cette proposition, le Foreign Office (ministère des affaires étrangères) estime que cela ne peut se faire sans l'accord des Canadiens et des Américains. |
|  | Le poste émetteur de Saint-Pierre. Source : SHD |
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| | Les habitants de l'archipel se font cependant de plus en plus pressants. Témoignant que la majorité de la population est gaulliste, ils se plaignent, dans un appel adressé à Londres en novembre 1941, du brouillage des émissions de la BBC et de la radio de Terre-Neuve et terminent par ces mots : "...nous vous implorons une fois de plus de venir à notre secours". |
| | Une prise de décision délicate
Le général de Gaulle décide de passer à l'action. Le 24 novembre, l'amiral Muselier, commandant des Forces navales françaises libres, s'embarque pour, officiellement, aller inspecter la division de corvettes françaises basées sous contrôle opérationnel britannique à Terre-Neuve. La nouvelle de l'attaque de Pearl Harbor par les Japonais et l'entrée en guerre des États-Unis incitent les Français libres à agir sans attendre. Dès son arrivée à Saint-Jean de Terre-Neuve, l'amiral demande au général de Gaulle d'obtenir l'accord des Anglais pour procéder au ralliement de l'archipel tandis que lui-même se charge, à Ottawa, d'obtenir celui des Canadiens et des Américains. Ces derniers, ayant promis au gouvernement du maréchal Pétain de maintenir le statu quo dans les territoires français de l'hémisphère occidental, sont favorables à une intervention canadienne destinée à prendre le contrôle de la station radio de Saint-Pierre dont ils craignent qu'elle puisse servir aux sous-marins allemands qui manoeuvrent dans l'Atlantique. Ils ne souhaitent donc pas que les Français libres prennent possession de ce territoire et leur refusent, le 17 décembre, l'autorisation d'agir. Le général de Gaulle proteste auprès des Alliés, estimant qu'un débarquement dans une partie de l'Empire ne peut se faire sans une participation française. Le lendemain, il demande à Muselier de procéder au ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon sans en avertir les Alliés.
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|  | Alain Savary, le capitaine de frégate Birot et l'amiral Muselier lors de l'opération pour le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon. Source : SHD |
| Une Opération Eclair
Le 23 décembre, les trois corvettes Mimosa, Alysse, Aconit, et le sous-marin Surcouf appareillent pour, officiellement, effectuer des exercices entre les côtes de Terre-Neuve et de Saint-Pierre-et-Miquelon. Dans la nuit, les Français libres débarquent à Saint-Pierre. L'administrateur s'attendant à l'arrivée de bâtiments de Vichy, la surveillance est quelque peu relâchée. L'effet de surprise est complet. Les vingt-cinq hommes qui composent le groupe de débarquement s'emparent des lieux stratégiques. Pas un coup de feu n'est tiré. En moins d'une demi-heure, tout est joué. |
| | Très rapidement, la nouvelle du débarquement se répand en ville. La population accourt sur le port, des drapeaux à croix de Lorraine apparaissent. |
|  | | Joie populaire le soir du débarquement des Forces françaises libres à Saint-Pierre-et-Miquelon, le 24 décembre 1941. Source : SHD |
|  | Le jour de Noël, la population est invitée à se prononcer sur le ralliement de l'archipel à la France Libre. Source : SHD |
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| Un plébiscite pour la France Libre
Le jour de Noël, l'amiral Muselier nomme son aide de camp, l'enseigne de vaisseau Savary, administrateur provisoire du territoire et annonce aux Alliés qu'il vient de prendre possession de Saint-Pierre-et-Miquelon au nom du général de Gaulle. La réaction du gouvernement américain est immédiate. Le secrétaire d'État Cordell Hull dénonce dans un communiqué cinglant l'intervention des "soi-disant Français libres" qui va à l'encontre des accords passés entre les États-Unis et le gouvernement de Vichy. Pour donner une légitimité à la décision du général de Gaulle et convaincre ainsi l'opinion publique américaine, un vote est organisé le jour même. Les habitants de Saint-Pierre se prononcent comme suit : pour la France Libre, 650 voix ; pour la collaboration avec les puissances de l'Axe, 11 voix ; bulletins blancs ou nuls, 140. Pour l'ensemble de l'archipel, les résultats sont respectivement de 783 "pour", 14 "contre" et 215 nuls. Ce plébiscite confirme la volonté des habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon de rejoindre les rangs des gaullistes. |
|  | | Défilé des volontaires de Saint-Pierre-et-Miquelon engagés dans les Forces françaises libres. Source : SHD |
| | "L'affaire" de Saint-Pierre-et-Miquelon va marquer durablement les relations entre la France Libre et les États-Unis. Elle est le point de départ d'une série de heurts qui, tout au long de l'année suivante, vont entretenir la méfiance entre Roosevelt et le général de Gaulle. Elle témoigne également du souci d'indépendance qui caractérise chacune des décisions prises par ce dernier pour tout ce qui touche aux intérêts de la France. |
|  | | Le Surcouf à Saint-Pierre, décembre 1941. Source : Collection Michel Briand & fils |
| | |  | | L'école des mousses de Saint-Pierre. Source : SHD |
| |  | | Vue actuelle de la ville de Saint-Pierre. Source : Collection Michel Briand & fils |
| D'une superficie de 242 km2 et actuellement habité par plus de 6 000 personnes, Saint-Pierre-et-Miquelon se compose des îles Saint-Pierre, Langlade (ou Petite Miquelon) et Miquelon ainsi que de plusieurs îlots : île du Grand Colombier, île aux Vainqueurs, île aux Marins, île aux Pigeons. Ces îles plates, quotidiennement érodées par le vent, aux côtes déchirées baignées par le Labrador, sont situées dans une région froide et humide : au cours de l'hiver, long et enneigé, la température descend parfois jusqu'à - 14° C ; l'été, elle ne dépasse pas 20° C.
Découvert par le Portugais José Alvarez Faguendez en 1520, l'archipel est baptisé de son nom actuel par le Français Jacques Cartier en 1536. Il est régulièrement habité depuis le début du XVIIe siècle. Saint-Pierre-et-Miquelon est donné aux Anglais par le traité qui scelle la paix d'Utrecht en 1713, avant d'être rendu à la France par le traité de Paris en 1763. Ce territoire devient un enjeu entre Français et Britanniques, passant plusieurs fois sous domination des uns puis des autres, pour être définitivement rendu à la France à la suite du second traité de Paris en 1815. En 1940, il dépend du gouvernement des Antilles, fidèle à Vichy, avant de rallier la France Libre, au cours du mois de décembre 1941. De colonie, Saint-Pierre-et-Miquelon devient territoire d'outre-mer en 1946, avant d'obtenir le statut de département d'outre-mer en 1976, puis celui de collectivité territoriale en 1985.
Alain Savary (Alger 25 avril 1918 - Paris 17 février 1988) |
|  | | Le lieutenant de vaisseau Savary. Source : Collection du musée de l'Ordre de la Libération |
| Après des études secondaires menées à Paris, Alain Savary obtient une licence de droit et un diplôme de Sciences politiques puis intègre l'École du commissariat de la marine.
Il effectue la campagne de France dans le corps des commissaires avant de rejoindre l'Angleterre où, le 8 août 1940, il s'engage dans les Forces navales françaises libres (FNFL). Avec le grade d'enseigne de vaisseau, il devient l'aide de camp de l'amiral Muselier, commandant des FNFL. Après le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon, celui-ci le nomme gouverneur de ce territoire, avec le grade de lieutenant de vaisseau. En juin 1943, il rejoint en Tripolitaine, d'abord à l'état-major puis comme commandant du 2ème escadron, le 1er régiment de Fusiliers marins, qui devient un régiment blindé de reconnaissance intégré à la 1ère division française libre. Il participe, au sein de son unité, à la campagne d'Italie, au débarquement de Provence et à la libération du territoire national avant d'être nommé, en octobre 1944, à l'Assemblée consultative provisoire pour y représenter les Compagnons de la Libération.
En 1945, il est mis à la disposition du ministère de l'intérieur et entame alors une carrière de haut fonctionnaire et d'homme politique. Secrétaire général du commissariat aux Affaires allemandes et autrichiennes, en 1946, puis conseiller de l'Union française, député de Saint-Pierre-et-Miquelon, secrétaire d'État chargé des affaires marocaines et tunisiennes, il est premier secrétaire du parti socialiste de 1969 à 1971. Député de Haute-Garonne (1973-1981) et président du Conseil régional Midi-Pyrénées (1974-1981), il est ministre de l'éducation nationale de 1981 à 1984.
Alain Savary était officier de la Légion d'honneur, Compagnon de la Libération, titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 (avec trois citations), médaillé de la Résistance et titulaire de la Silver Star (Etats-Unis). |
| | Résumé : Après la signature de l'armistice franco-allemand, le 22 juin 1940, la population de Saint-Pierre-et-Miquelon manifeste très rapidement son hostilité au gouvernement de Vichy. Son ralliement à la France Libre s'effectue autour de Noël 1941. |
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|  | Monument aux morts des deux guerres, 1914-1918 et 1935-1945, Saint-Pierre. Source : Collection Michel Briand et fils |
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| | Source : MINDEF/SGA/DMPA |
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