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L'appel du 18 juin 1940

Le 10 mai 1940, les troupes allemandes pénètrent aux Pays-Bas et en Belgique. Les troupes françaises et anglaises interviennent en renfort sur la ligne Dyle-Breda. Mais en vain. Le 13 mai, les blindés du général Guderian, appuyés par la Luftwaffe, foncent sur Sedan et opèrent une brèche dans les Ardennes, point faible du dispositif de défense Maginot.
Affiche "A tous les Français",  l'Appel du 18 juin
Affiche "A tous les Français", l'Appel du 18 juin. Source : SHD
La Wehrmacht effectue un mouvement d'encerclement vers l'ouest, séparant les forces alliées du nord engagées en Belgique de celles du sud. Les Pays-Bas capitulent le 15 mai. Le 27 mai, Léopold III de Belgique capitule, alors que les troupes britanniques et françaises sont prises au piège au nord d'une ligne Boulogne-Sedan. La poche de résistance rétrécit de jour en jour au point de se concentrer sur le port de Dunkerque, seule échappatoire vers l'Angleterre pour 340 000 soldats, au moment même où les dernières contre-attaques françaises au sud d'Abbeville, entre le 28 et le 31 mai, auxquelles participe le colonel de Gaulle, s'essoufflent face à l'avancée allemande.
Du 5 au 12 juin les combats font rage sur la Somme et l'Aisne. L'armée allemande commence son offensive vers Paris alors que l'armée française, commandée par le général Weygand, tente de limiter l'avancée ennemie, tels les hommes du général de Lattre de Tassigny à Rethel (Ardennes). Cependant, la Luftwaffe domine les airs et disloque la ligne de défense "Weygand". L'Italie de Mussolini saisit l'occasion pour déclarer la guerre aux Alliés le 10 juin. Le 12 juin, c'est l'effondrement.
L'exode commence pour huit millions de civils ; un flux venant s'ajouter à la débâcle de l'armée française. Paris, déclarée ville ouverte, découvre l'avant-garde allemande le 14 juin. Le gouvernement de Paul Reynaud se replie sur Bordeaux le lendemain, déterminé à poursuivre la lutte. Promu général de brigade à titre temporaire, Charles de Gaulle, connu des milieux politiques pour avoir exercé les fonctions de secrétaire général de défense entre 1932 et 1937, puis nommé sous-secrétaire d'Etat à la défense nationale le 1er juin 1940, est mandaté par le président du conseil pour rencontrer le Premier Ministre britannique Winston Churchill afin d'organiser la poursuite de la lutte. Ce dernier s'est en effet laissé convaincre par Jean Monnet de réaliser une fusion instantanée des gouvernements français et britannique. Cette alliance vise à rendre les deux pays solidaires face à l'Allemagne et à écarter les risques d'une tractation directe entre les deux puissances.

C'est sans compter avec les manoeuvres du président de la République Albert Lebrun qui, dans la journée du 16 juin, appelle le maréchal Pétain, le "Vainqueur de Verdun", à la tête de son nouveau gouvernement suite à la démission de Paul Reynaud mis en minorité par un gouvernement favorable à un arrêt des combats.
Article dans la presse française du 19 juin 1940
Article dans la presse française du 19 juin 1940. Source : http://www.charles-de-gaulle.org
De retour de mission le 16 au soir avec le texte du traité de l'union franco-britannique, de Gaulle apprend la nouvelle et décide de repartir en Angleterre. Le 17 juin, à midi, la voix du nouveau chef de gouvernement, Philippe Pétain, retentit sur les ondes :

"Français! A l'appel de M. le président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l'affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par sa magnifique résistance elle a rempli son devoir vis-à-vis de nos Alliés, sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.
Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie".
Passants lisant l'appel du général de Gaulle, du 18 juin, placardé sur un mur
Passants lisant l'appel du général de Gaulle, du 18 juin, placardé sur un mur. Source : SHD
Le général de Gaulle, accompagné de son aide de camp, le lieutenant Geoffroy de Courcel, parvient à Londres dans la matinée du 17 juin 1940, et demande à Churchill l'autorisation de s'adresser aux Français sur les ondes. Installé provisoirement au 7-8, Seymour Grove, il y rédige le texte de l'Appel qu'il prononce le lendemain, 18 juin 1940, vers 20 heures, sur les ondes de la B.B.C. Le lendemain, il est rediffusé sur les ondes vers 16 heures. Une version presque intégrale du texte est communiquée par la B.B.C. à la presse française et publiée dans la presse encore libre du sud de la France.
De Gaulle parle à la radio de Londres
De Gaulle parle à la radio de Londres. Source : SHD
Le discours se présente comme la réponse à l'allocution de Pétain. Là où le maréchal attribue la déroute française à la supériorité numérique et technique de l'adversaire qu'il croit invincible, de Gaulle affirme que la défaite est due aux mauvais choix de l'Etat Major . A la compassion et à la sollicitude de Pétain aux malheureux Français et aux héroïques soldats, le général oppose sa confiance dans l'Empire français, dans le soutien de l'Empire britannique et dans la puissance de l'industrie américaine. Enfin, loin de présenter la capitulation d'une France isolée dans le cadre d'une guerre franco-allemande, le militaire en exil met en exergue la portée mondiale du conflit, insiste sur l'engament prochain d'autres puissances et appelle les forces vives de la nation à poursuivre la lutte. A ce titre, il emploie par trois fois le mot "ennemi", du latin inimicus, qui désigne étymologiquement une personne qui hait quelqu'un et cherche à lui nuire, alors que le maréchal nomme l'Allemagne de manière plus atténuée par le terme "adversaire", adversarius, référant à la qualité de celui qui s'oppose.

Ce texte, lu le 18 juin, n'est en réalité entendu que par une infime partie de la population. Aucun enregistrement n'en est fait. Le voici :

"Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous ont fait reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis. Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres".
Un second Appel, alors que l'armistice est signé à Rethondes le 22 juin, est largement diffusé. Il est reproduit dans la presse et sur les affiches. Il passe à la postérité dans la mémoire collective en lieu et place du premier et marque le début de la résistance française :

"Le Gouvernement français, après avoir demandé l'armistice, connaît maintenant les conditions dictées par l'ennemi.
Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l'air seraient entièrement démobilisées, que nos armes seraient livrées, que le territoire français serait occupé et que le Gouvernement français tomberait sous la dépendance de l'Allemagne et de l'Italie.
On peut donc dire que cet armistice serait, non seulement une capitulation, mais encore un asservissement.
Or, beaucoup de Français n'acceptent pas la capitulation ni la servitude, pour des raisons qui s'appellent l'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la Patrie.
Je dis l'honneur ! Car la France s'est engagée à ne déposer les armes que d'accord avec les Alliés. Tant que ses Alliés continuent la guerre, son gouvernement n'a pas le droit de se rendre à l'ennemi. Le Gouvernement polonais, le Gouvernement norvégien, le Gouvernement belge, le Gouvernement hollandais, le Gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir.
Je dis le bon sens ! Car il est absurde de considérer la lutte comme perdue. Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l'esprit d'abandon du Gouvernement pendant ces derniers combats, nous ont fait perdre la bataille de France. Mais il nous reste un vaste Empire, une flotte intacte, beaucoup d'or. Il nous reste des Alliés, dont les ressources sont immenses et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l'industrie américaine. Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par 5 000 avions et 6 000 chars peuvent donner, demain, la victoire par 20 000 chars et 20 000 avions.
Je dis l'intérêt supérieur de la Patrie ! Car cette guerre n'est pas une guerre franco-allemande qu'une bataille puisse décider. Cette guerre est une guerre mondiale. Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres aujourd'hui le resteront demain, ni si les Alliés de l'Allemagne resteront toujours ses Alliés. Si les forces de la liberté triomphaient finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d'une France qui se serait soumise à l'ennemi ?
L'honneur, le bon sens, l'intérêt de la Patrie, commandent à tous les Français libres de continuer le combat, là où ils seront et comme ils pourront.
Il est, par conséquent, nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni, en fait d'éléments militaires français et de capacités françaises de production d'armement, doit être organisé partout où il y en a.
Moi, Général de Gaulle, j'entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale.
J'invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l'air, j'invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir à moi.
J'invite les chefs et les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l'air, où qu'ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi.
J'invite tous les Français qui veulent rester libres à m'écouter et à me suivre.
Vive la France libre dans l'honneur et dans l'indépendance !"

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