8 juin

Des soldats de différentes origines posent pour un portrait de groupe lors de l'opération Camélia. Mai 1953. ©ecpad
Des soldats de différentes origines posent pour un portrait de groupe lors de l'opération Camélia. Mai 1953. ©ecpad

Journée nationale d’hommage aux « morts pour la France » en Indochine

Message de Geneviève DARRIEUSSECQ, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées

Corps 1
***

C’était il y a 70 ans. La guerre d’Indochine durait depuis quatre ans. Nos combattants affrontaient un adversaire courageux et résolu. Ils défiaient la maladie et la dureté des éléments, ils souffraient de l’éloignement et de l’indifférence, ils combattaient aussi la fatigue, la peur et les privations.

A l’automne 1950, le long de la frontière sino-tonkinoise, dans les opérations visant à évacuer les troupes françaises, la Route Coloniale 4 a pris les traits d’un abîme infranchissable. Dans la jungle dominée par des pitons, dans la boue des rizières, les troupes françaises ont lutté pendant plus de quinze jours aux prises avec l'Armée populaire vietnamienne. 5 000 soldats français ont été tués, blessés ou faits prisonniers. Trois mille prisonniers ont connu l’enfer de marches interminables, de la captivité dans les camps et pour beaucoup de la désolation d’une mort loin de chez eux. Souvenons-nous de ceux de Cao Bang, de Dong Khê et de That Khê ! Ce fut un tournant de la guerre, une onde de choc qui a ému la France.

En cette « journée nationale », nous rendons hommage aux « morts pour la France » en Indochine de 1940 à 1954. Plus largement, la Nation pense avec respect à l’ensemble des soldats qui ont combattu pour ses couleurs à l’autre bout du monde. Nous honorons aussi ceux qui ont résisté aux forces japonaises à partir de 1940 et ceux qui ont été victimes du coup de force du 9 mars 1945.

Le 8 juin 1980, il y a 40 ans, le soldat inconnu des guerres d’Indochine était inhumé en la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette. Il repose depuis aux côtés des soldats inconnus de la Grande Guerre, de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre d’Algérie. Ainsi, la mémoire des soldats d’Indochine rejoignait fièrement celle de leurs frères d’armes des conflits précédents.

L’année dernière, le Premier ministre a rendu un hommage officiel à tous les combattants d’Indochine dans la cour d’honneur de l’Hôtel national des Invalides. Il leur a réaffirmé avec force la reconnaissance pleine et entière de la France. Ses mots résonnent toujours : « Cette guerre nous oblige à poursuivre le travail de mémoire. […] Elle nous oblige également à consolider la paix avec l’adversaire d’hier, qui, comme tant d’autres, est le partenaire, l’ami d’aujourd’hui. […] Cette guerre nous oblige enfin à reconnaitre la chance unique qu’a la France de pouvoir compter, génération après génération, sur des hommes et des femmes prêts à sacrifier leur vie pour ses valeurs et ses citoyens. »

 

Geneviève DARRIEUSSECQ, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées

 

***

Message à partager en lien

 


Pour en savoir davantage:

Articles historiques - Ressources
Décret n° 2005-547 du 26 mai 2005  instituant une journée nationale d'hommage aux "morts pour la France" en Indochine
Plaquette des lieux de mémoire : Le mémorial des guerres en Indochine - FRÉJUS • VAR

 

Historique

 

Appartenant à l'empire colonial français depuis la fin du XIXe siècle, l'Indochine se compose de trois colonies, le Tonkin au nord, l'Annam au centre et la Cochinchine au sud, et de deux protectorats, le Laos et le Cambodge à l'ouest.

 

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les Japonais envahissent l'Indochine. À l'issue de la capitulation du Japon, en septembre 1945, en s'alliant avec les nationalistes vietnamiens de Bao Dai, le Viêt-minh, mouvement indépendantiste dirigé par le communiste Hô Chi Minh, proclame l'indépendance du Vietnam. Après avoir tenté de négocier, la France choisit de reconquérir militairement l'Indochine et y envoie le corps expéditionnaire français d'Extrême-Orient (CEFEO).

 

Tandis que les nationalistes vietnamiens négocient avec les Français, obtenant en 1948 la création d'un état vietnamien indépendant qui, sous l'autorité de l'empereur Bao Dai, regroupe le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine, et la reconnaissance du statut d'États associés pour le Cambodge et le Laos, le Viêt-minh, opposé à Bao Dai, mène des opérations de guérilla contre la présence française. Après la victoire de Mao Zedong et la proclamation de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949, le Viêt-minh reçoit de la part de la Chine communiste un important soutien logistique qui lui permet d'armer un corps de bataille de plusieurs milliers d'hommes. Le général Giap, commandant de l'armée du Viêt-minh, passe alors à l'offensive. Au cours du mois d'octobre 1950, il chasse les Français des abords de la frontière chinoise. Un temps arrêté, il se lance, au printemps 1952, à l'assaut du Laos. Pour fixer puis anéantir ses forces, le CEFEO installe successivement dans le haut pays Thaï deux bases aéroterrestres, à Na San, entre octobre 1952 et août 1953, puis à Dien Bien Phu, à partir du mois de novembre 1953. La fin des combats, le 8 mai 1954, à Dien Bien Phu amorce le désengagement français d'Indochine.

 

La conférence internationale de Genève qui se déroule au cours du printemps et de l'été 1954 met fin à la guerre d'Indochine. Les accords qui en résultent reconnaissent le gouvernement démocratique, l'unité et la souveraineté du Vietnam (Tonkin, Annam et Cochinchine), divisent le pays en deux zones, la ligne de séparation longeant le 17e parallèle, et prévoient des élections libres en 1956 en vue de réunifier le Vietnam. Ils instaurent le cessez-le-feu en Indochine et prévoient que les forces françaises se regroupent dans le sud, tenu par les nationalistes, et les forces Viêt-minh dans le nord. Ces accords font du Laos et du Cambodge des états neutres. Les pertes militaires françaises sont lourdes : plus de 47 000 soldats métropolitains, légionnaires et africains ont été tués ainsi que 28 000 autochtones combattant dans le CEFEO et 17 000 dans les armées des États associés de l'Indochine. Pour sa part, les pertes du Viêt-minh sont évaluées à près de 500 000.

 

 

Enjeu mémoriel

 

Instituée par le décret n° 2005-547 du 26 mai 2005, cette journée d'hommage correspond au jour du transfert à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, de la dépouille du Soldat Inconnu d'Indochine, le 8 juin 1980. Cette date a donc été consacrée Journée nationale d’hommage aux morts de la guerre d’Indochine en général, et de la bataille de Diên Biên Phu en particulier.

 

Un mémorial dédié aux morts pour la France en Indochine est implanté à Fréjus sur une hauteur dominant la ville. Inauguré en 1993 par le président de la République, il abrite près de 24 000 sépultures de militaires et de civils morts en Indochine.

 

Depuis 2009, avec la rénovation de la salle pédagogique, ce Mémorial des Guerres en Indochine présente l'histoire de l'Indochine française avec le double objectif de rendre hommage aux soldats du corps expéditionnaire et de mettre à la disposition des visiteurs, et notamment des scolaires, des éléments d'information historique rappelant la colonisation française et expliquant la guerre d'Indochine.