Jeanne Bohec , la saboteuse du Général

Sous-titre
Par Raphaëlle Bellon, agrégée d’histoire, responsable des activités pédagogiques à la Fondation de la Résistance.

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Couverture de l'ouvrage Jeanne Bohec par Raphaëlle Bellon co-édité par le ministère des Armées et des Anciens combattants et Nouveau Monde éditions
Couverture de l'ouvrage Jeanne Bohec par Raphaëlle Bellon co-édité par le ministère des Armées et des Anciens combattants et Nouveau Monde éditions

C’est à la rencontre d’un parcours extraordinaire de courage et d’engagement, et injustement oublié, que l’historienne Raphaëlle Bellon nous invite  dans un ouvrage passionnant : celui de la résistante Jeanne Bohec, que l’on surnommait la plastiqueuse à bicyclette.

Corps 1

Jeanne Bohec naît en février 1919, trois mois à peine après l’armistice de 1918, d’un père militaire et d’une mère institutrice. Alors que beaucoup de jeunes filles de son époque ne passent pas le baccalauréat, elle obtient ce diplôme et entame des études scientifiques, interrompues par la guerre. C’est donc une jeune adulte au parcours singulier qui fait le choix de quitter Brest où, désireuse de se rendre utile à l’effort de guerre, elle travaille dans une poudrerie. Elle décide de partir pour l’Angleterre le 18 juin 1940 : elle est en mer au moment de l’appel du Général de Gaulle, qu’elle précède donc. Elle signe dès janvier 1941 son engagement au sein du Corps des Volontaires françaises, première unité militaire féminine de l’armée française créée par le chef de la France libre fin 1940 : elle fait partie des cent premières Volontaires. D’abord affectée à des tâches de secrétariat, elle est mutée dans un laboratoire qui élabore des « recettes » d’explosifs destinées à la Résistance intérieure. Elle est ensuite recrutée – après plusieurs refus – par le BCRA : peu de femmes sont comme elles parachutées en France, encore moins pour une mission action. De février à juin 1944, elle sillonne la Bretagne à bicyclette pour apprendre à des résistants (majoritairement) à utiliser – et parfois à fabriquer – des explosifs : alors que la guerre reste dans les représentations de l’époque l’affaire des hommes, c’est une femme qui apprend à ces derniers comment la faire dans le contexte particulier de la lutte clandestine. Le 18 juin 1944, elle est au maquis de Saint-Marcel quand celui-ci est attaqué par les Allemands. Traquée, elle joue pourtant un rôle actif d’agent de liaison et de secrétaire pour les FFI à l’été 1944. Elle est présente lors de la libération de Quimper : comme à Saint-Marcel, on lui refuse une arme, alors qu’elle sait mieux s’en servir que la plupart des hommes présents. Le parcours de Jeanne Bohec permet donc une plongée à la fois dans la France libre et dans la Résistance intérieure, et d’y interroger la place des femmes, entre réaffirmation et réinvention des normes de genre dans le contexte particulier d’une lutte clandestine à inventer. Il donne aussi à voir, au-delà de la guerre, la cohérence d’une vie d’engagements.

 

Jeanne Bohec : La saboteuse du Général, de Raphaëlle Bellon, Nouveau Monde éditions. Date de parution : 25 mars 2026.