Le Soldat inconnu

Jean-Yves Le Naour
Auteur Jean-Yves Le Naour
Éditeur Gallimard

La guerre, la mort, la mémoire Le 11 novembre 1918, la France entière descend dans la rue pour exprimer son soulagement.Mais comment se réjouir de vivre quand 1,4 million de soldats français sont morts au feu, sommairement enterrés ou abandonnés sur les champs de bataille ? La Nation s'interroge : faut-il rendre les corps aux familles ou les regrouper dans des cimetières militaires, là où ils sont tombés? Après 2 ans de fouilles et d'identification des morts, l'État vote des crédits pour restituer les corps aux familles. Impossible pour plus de 700 000 soldats physiquement disparu ou non identifiés. Sans corps, sans certitude, sans rituel, comment faire son deuil, comment préserver le souvenir ? La volonté d'honorer tous ces morts anonymes suscite de nombreux projets de monuments. Au terme de longs débats, un compromis est trouvé: l'inhumation du soldat inconnu aura lieu à l'Arc de Triomphe et sera associée à la célébration du cinquantenaire de la République et au transfert du coeur de Gambetta au Panthéon. Le 10 novembre 1920, dans la citadelle de Verdun, selon un cérémonial soigneusement réglé, le corps du soldat inconnu qui rejoindra l'Arc de Triomphe est choisi au hasard par un jeune caporal parmi huit corps exhumés, chaque corps représentant un des secteurs tenus pendant la guerre.

Parallèlement, deux grands ossuaires, Notre-Dame de Lorette et Douaumont, bâtis sur les lieux des grandes batailles d'Artois (1915) et de Verdun (1916) jouent pour les parents des disparus un rôle identique à celui du soldat inconnu. Et chacune des 36 000 communes de France érige un monument à la mémoire de ses enfants "morts pour la France". Symbole d'unité et source de légitimité, le soldat inconnu va cristalliser les tensions politiques et sociales et l'affrontement entre droite et gauche. Durant l'entre-deux-guerres puis sous l'Occupation, la droite nationaliste fait de l'Arc de Triomphe son point de ralliement. À la Libération, en août 1944, le général De Gaulle affirme sa légitimité devant la tombe de l'Inconnu en ravivant la flamme. Après la disparition de la génération de 14-18, et la mort du dernier poilu, il y a toujours une sentinelle, mais elle ne veille plus sur les mêmes valeurs. Par une heureuse ironie de l'Histoire qui dénationalise celui que les nationalistes ont adoré, le soldat inconnu commence à incarner la paix et l'unité européenne. Le Soldat inconnu - La guerre, la mort, la mémoire Auteur : Jean-Yves Le Naour Editeur : Gallimard 112 pages Prix : 12,30 €