L’opération Tempête du Désert

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Par le sous-lieutenant Axel Balland, officier traditions/histoire de la SIMMT

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Image décorative.© ECPAD.
Image décorative.© ECPAD.

Le 2 août 1990, l’Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït, déclenchant la première guerre du Golfe. L’ONU condamne l’agression et impose un embargo. Une coalition menée par les États-Unis se forme, à laquelle la France de François Mitterrand participe. Dès le 7 août 1990, l’opération Desert Shield (« Bouclier du Désert ») est lancée, avec l’engagement français dans les opérations Salamandre puis Daguet. Durant l’automne 1990, les armées de la coalition s’entraînent et se préparent à livrer la bataille décisive face à l’armée irakienne, réputée comme étant la quatrième armée au monde. Les forces de la coalition sont commandées par le général américain Norman Schwarzkopf, vétéran de la guerre du Vietnam.
L’opération « Bouclier du Désert » est suivie par la première phase de l’opération Storm Desert (« Tempête du Désert ») marquée par les bombardements aériens.
 

Corps 1

Les bombardements aériens 

L’Irak refusant d’évacuer le Koweït malgré les résolutions internationales, la coalition lance une intervention armée. Dans la nuit du 17 janvier 1991, à 3 heures du matin, débute l’opération Tempête du Désert.

Cette opération commence par une vaste campagne de bombardements aériens menée par la coalition contre des cibles situées en Irak et au Koweït. Les objectifs sont clairs :

  • détruire l’aviation et les défenses aériennes irakiennes,
  • neutraliser les centres de commandement et de logistique,
  • couper les voies de communication,
  • affaiblir les unités d’élite de l’armée irakienne.

L’armée de l’Air française ne participe pas aux premières frappes de cette nuit. En effet, les pilotes des avions Jaguar ne disposent pas encore de systèmes de vision nocturne adaptés aux opérations de nuit.

Grâce à cette campagne aérienne massive, la coalition obtient rapidement la supériorité aérienne. Elle peut ainsi contrôler le ciel, empêcher l’aviation irakienne d’agir efficacement et protéger ses propres forces terrestres.

 

 Remise en œuvre d'un avion de combat F-16 américain sur la piste de la base américaine de CRK (camp du roi Khaled) en janvier 1991 (ECPAD). © Didier Charre/ECPAD/Défense.
Remise en œuvre d'un avion de combat F-16 américain sur la piste de la base américaine de CRK 
(camp du roi Khaled) en janvier 1991 (ECPAD).
© Didier Charre/ECPAD/Défense.

 

Le conflit est souvent présenté comme la première « guerre de précision ». Les forces de la coalition ont recours à des armes guidées, comme les bombes laser ou les missiles contrôlés par radar ou GPS, pour frapper des objectifs militaires stratégiques avec une grande exactitude. Contrairement aux bombardements massifs des conflits précédents, ces technologies avancées permettent de détruire des cibles précises tout en cherchant à limiter les dégâts involontaires sur les civils, appelés « dommages collatéraux ». Cependant, ces derniers ne sont pas totalement évités : environ 3 500 civils irakiens ont été tués. 
Quelques chiffres clés de l’opération aérienne :

  • 2 500 avions engagés
  • Plus de 100 000 sorties aériennes
  •  Environ 90 000 tonnes de bombes larguées

La campagne aérienne se poursuit jusqu’au 23 février 1991 ouvrant la voie à l’offensive terrestre face à une armée irakienne désorganisée.

 

 Hangar détruit sur la base aérienne irakienne d'Al Salman.© Michel Riehl/ECPAD/Défense.
Hangar détruit sur la base aérienne irakienne d'Al Salman.© Michel Riehl/ECPAD/Défense.

 

Cent heures d’offensive terrestre

Après cette préparation aérienne, l’offensive terrestre débute le 24 février 1991. Environ 700 000 soldats de 34 pays affrontent plus de 500 000 Irakiens. La coalition trompe l’armée irakienne en feignant une attaque depuis la côte koweïtienne, via une flotte visible et de fausses informations. Les forces irakiennes se concentrent sur le littoral. En réalité, l’attaque décisive vient de l’ouest, dans le désert, pour encercler l’ennemi. La division française Daguet doit s’emparer d’Al Salman afin de sécuriser le flanc allié.

 

Progression des armées de la Coalition lors de l'opération Tempête du Désert (cf. Cours du combat interarmes du LCL J-C. Dumont).
Progression des armées de la Coalition lors de l'opération Tempête du Désert 
(cf. Cours du combat interarmes du LCL J-C. Dumont).

 

Le premier jour de l’offensive terrestre, la 101e division aéroportée lance une attaque vers l’objectif COBRA afin d’établir une base opérationnelle avancée sur l’autoroute Bassora-Bagdad, suivie par la 24e division d’infanterie mécanisée dotée de puissants blindés M1 Abrams et Bradley. La faible résistance des forces irakiennes pousse le général Schwarzkopf à engager plus tôt le 7e corps, malgré des contraintes logistiques. Les unités blindées américaines progressent vers Al Busayyah tandis que les Marines américains et les forces arabes attaquent au sud. Les défenses irakiennes s’effondrent rapidement et des milliers de soldats se rendent. Le deuxième jour est marqué par des contre-attaques limitées et la poursuite de l’avance à l’est. Le retrait irakien annoncé par Saddam Hussein déclenche une course contre la montre pour détruire la Garde républicaine, force d’élite du régime. Les combats culminent avec la bataille de 73 Easting, le 26 février 1991, elle oppose principalement le 2e régiment de cavalerie blindée américain à la Garde républicaine irakienne. Malgré une tempête de sable et une infériorité numérique, les forces américaines tirent avantage de leur supériorité technologique. En quelques heures, des centaines de chars et véhicules irakiens sont détruits pour des pertes américaines très faibles. Cet affrontement est la dernière grande bataille de chars du XXe siècle et marque l’effondrement des capacités offensives de la Garde républicaine face à la coalition. Koweït City est libéré par les Marines appuyés par les forces arabes. Le cessez-le-feu entre en vigueur le 28 février 1991 à 8h00.

 

En ZDO (zone de déploiement opérationnel) Olive, un char de combat américain Abrams-M1 et deux blindés M901..© Didier Charre/ECPAD/Défense.
En ZDO (zone de déploiement opérationnel) Olive, un char de combat américain Abrams-M1 et deux blindés M901.
© Didier Charre/ECPAD/Défense.

 

Les pertes irakiennes sont estimées entre 20 000 et 50 000 morts, plus de 3000 chars, sont détruits ou capturés et 20 000 à 50 000 morts. Du côté de la coalition, on dénombre 292 morts et 31 chars détruits.

L’aviation française et la Division Daguet dans l’opération Tempête du Désert

19 000 militaires français ont pris part au conflit soit 2,4 % des effectifs de la coalition. Les forces françaises sont commandées par le général de corps d’armée Michel Roquejeoffre.

 

Des hélicoptères de combat Gazelle Hot et Canon volent vers l'objectif avec au premier plan un blindé de reconnaissance AMX-10 RC. © Yann Le Jamtel/ECPAD/Défense.
Des hélicoptères de combat Gazelle Hot et Canon volent vers l'objectif avec au premier plan 
un blindé de reconnaissance AMX-10 RC. 
© Yann Le Jamtel/ECPAD/Défense.


Le 17 janvier 1991, l’armée de l’Air participe pour la première fois aux opérations de la coalition lors de la guerre du Golfe. À 8h50, douze avions de chasse Jaguar de l’escadron 2/11 « Vosges » attaquent la base aérienne irakienne d’Al Jaber, au Koweït. Volant à basse altitude, ils neutralisent leurs cibles, comme la piste, les hangars et d’autres installations militaires. Quatre Jaguar sont touchés par des tirs ennemis en particulier l’appareil A91 est frappé par un missile SA 7, mais son pilote réussit à regagner l’Arabie saoudite, malgré des dommages importants. Cette mission marque l’entrée au combat des forces aériennes françaises dans le conflit. Au total, au cours de l’opération Tempête du Désert, l’armée de l’air effectue près de 2 400 sorties, montrant l’ampleur de son engagement aux côtés de la coalition internationale.

Le 24 février 1991, à 5h30, la division Daguet commandée par le général Janvier, forte de 12 000 hommes reçoit l’ordre d’attaquer, pour s’emparer d’Al Salman, situé à 150 km en territoire irakien. Renforcée par 44 chars AMX 30 B2 du 4e régiment de dragons et 18 canons de 155 mm du 11e régiment d’artillerie de Marine. La division française est rattachée au 18e corps d’armée américain. Elle se heurte à la 45e division d’infanterie irakienne, forte de 11 000 hommes. À 12h, les chars et le 3e régiment d’infanterie de marine s’emparent de la position appelée « Rochambeau » et détruisent de nombreux chars ennemis. La division poursuit ensuite sa progression vers l’Est, faisant de nombreux prisonniers. Ces derniers seront gardés par le 2e régiment d’infanterie de marine.
Le 25 février au soir, l’aéroport d’Al Salman est pris, et la ville est entièrement sécurisée le lendemain. Lors de la fouille du poste de commandement de la division irakienne, deux commandos du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de Marine sont tués et une vingtaine sont blessés à cause de l’explosion d’engins explosifs. Le 26 février, la division Daguet a rempli tous ses objectifs et ouvert la route aux divisions blindées américaines.

Le 28, la division s’arrête à 50 km de l’Euphrate. Le même jour, un commando de parachutistes français reprend l’ambassade de France au Koweït. Au total, l’armée française déplore 2 morts et 38 blessés. Ce conflit pousse l’armée française à revoir ses méthodes. Il conduit à la création de la Direction du renseignement militaire et du Commandement des opérations spéciales.
Depuis la fin de la guerre d’Algérie, la France n’envoie plus d’appelés en opérations extérieures, sauf s’ils sont volontaires. Pour l’opération Daguet, de nombreux sous-officiers professionnels sont déployés, parfois pour occuper des postes de responsabilités inférieurs à leur grade, comme conducteurs de camions.

 

Un groupe de combat du 3e RIMa (régiment d'infanterie de marine) est en garde dans une rue d'Al Salman, des marsouins postés derrière un muret et le long d'un mur. © Michel Riehl/ECPAD/Défense.
Un groupe de combat du 3e RIMa (régiment d'infanterie de marine) est en garde dans une rue d'Al Salman,
des marsouins postés derrière un muret et le long d'un mur.
© Michel Riehl/ECPAD/Défense.
 

La mémoire de la guerre du Golfe dans les armées françaises

35 ans après l’opération Daguet, sa mémoire demeure vive au sein des armées françaises. En héritage du conflit, 11 formations terrestres et 6 formations aériennes portent depuis octobre 2010 l’inscription « Koweït 1990-1991 » sur leurs drapeaux et étendards. Parmi elles figurent notamment la 11e Escadre de Chasse, le 3e régiment d’infanterie de marine, le 1er régiment étranger de cavalerie et le 3e régiment d’hélicoptères de combat.

Certains aéronefs et véhicules ayant participé à l’opération Daguet, bien qu’ils soient en cours de retrait du service, restent encore utilisés dans des unités de l’armée de terre grâce au travail des équipes de maintenance.

La Division maintenance du commandement de l’aviation légère de l’armée de Terre, chargée du suivi des hélicoptères, indique qu’en janvier 2026, 32 hélicoptères Gazelle et quatre Puma ayant participé au conflit sont encore en service.

 

L’un des chars AMX-30 B2, vétéran de l’opération Daguet, dans son hangar au 94ᵉ RI en janvier 2026. L’engin a par la suite reçu des plaques de surblindage, le transformant en AMX-30 B2 BRENUS (photo Y. Gosset).
L’un des chars AMX-30 B2, vétéran de l’opération Daguet, dans son hangar au 94ᵉ RI en janvier 2026. 
L’engin a par la suite reçu des plaques de surblindage, le transformant en AMX-30 B2 BRENUS.
© Y. Gosset.

 
En 2020, quatre chars AMX 30 B2 vétérans de Daguet sont redécouverts à Sissonne, au Centre d’entraînement en Zone Urbaine - 94e Régiment d’Infanterie. Cette découverte est faite par l’adjudant Damien, maintenancier, lors de réparations menées avec son équipe. En consultant le carnet de tir du canon de 105 mm, il remarque une mention indiquant que le char a effectué des tirs en Irak en 1991. Cette information est significative, car en temps de paix, le canon doit être contrôlé par des spécialistes tous les 200 coups, ce qui permet de conserver une trace précise de son usage. D’autres indices visibles sur les chars confirment leur engagement dans le conflit : la présence de fumigènes à larges bandes et les emplacements des jupes de protection. En 2026, ces quatre chars sont toujours en service au 94e RI. Par ailleurs, deux autres chars présentant les mêmes caractéristiques sont conservés en stockage au détachement de Gien de la 12e base de soutien du matériel.

Un AMX 10 RC engagé dans le conflit a également été identifié de la même manière. Il est aujourd’hui utilisé par la section technique de l’armée de Terre à Versailles, où il a été modifié pour des expérimentations.

Tous ces véhicules sont gérés par la structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT), qui en assure le suivi grâce au système d’information SIMAT, depuis leur livraison jusqu’à leur cession ou leur destruction. Lorsqu’ils deviennent des engins à vocation historique et patrimoniale, parfois appelés « pots de fleurs », ils sont démilitarisés par des mécaniciens avant d’être exposés dans les casernements. Ils restent alors suivis par la SIMMT et par la délégation au patrimoine de l’armée de Terre, responsable notamment des musées.

 

Vue actuelle de l’avion Jaguar A91, piloté par le capitaine Hummel en 1991, exposé au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget (Musée de l'Air et de l'Espace).
Vue actuelle de l’avion Jaguar A91, piloté par le capitaine Hummel en 1991, exposé au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget. © Musée de l'Air et de l'Espace.

 

Aujourd’hui, plusieurs musées militaires conservent des objets et des véhicules liés à cet événement. Au musée des Blindés de Saumur, on peut voir notamment un char AMX 30 B2 utilisé pendant l’opération. Le musée présente aussi un char T-62 et un véhicule de combat d’infanterie BMP-1 de l’armée irakienne. Ces deux véhicules sont des prises de guerre, c’est-à-dire du matériel capturé par les forces françaises et ramené en France après le conflit. Le musée du Train et des Équipages militaires de Bourges montre, à travers plusieurs vitrines, le rôle important des logisticiens. Ces soldats étaient chargés du transport et du ravitaillement. Enfin, au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget, les visiteurs peuvent voir depuis 2021 l’avion Jaguar A91 touché lors du raid sur la base d’Al Jaber.
L’association des combattants de la guerre du Golfe regroupe les vétérans français de toutes armes depuis sa création, le 16 mars 2018.

Par le sous-lieutenant Axel Balland, officier traditions/histoire de la SIMMT.
Janvier 2026.

 

En savoir plus
[Témoignage] - Jean-François Hummel. Témoignage du capitaine Hummel qui pilotait l’avion Jaguar A91 en 1991. In la revue Les Chemins de la mémoire, numéro 274, Les opex, quelle mémoire ?, printemps 2021.

[Webdocumentaire] - Les dernières salves de l'AMX30 B2, épisode 1. Reportage réalisé par l'association nationale des participants aux opérations extérieures (ANOPEX) en 2021. Travail de recherches mené par l'ADJ Damien, chef de l'atelier Armement gros calibre - Optique du CENZUB pour identifier les chars de la Force adverse (FORAD) présents à Daguet. De « l'archéologie » moderne ayant recours à des outils opérationnels... 

[Webdocumentaire] - Les dernières salves de l'AMX30 B2, épisode 2. Une deuxième vie pour les chars Daguet. Les atouts de l'AMX30 B2 en combat urbain vus par les cadres du CENZUB. Sur la chaîne Youtube d’ANOPEX.

[Webdocumentaire] - Daguet au CENZUB 4. Témoignages des anciens de l'escadron d'AMX30 B2 du 4e Régiment Dragon de Daguet. Sur la chaîne Youtube d’ANOPEX.

Sur l’auteur
BALLAND Axel. Les vosgiens dans la campagne de Norvège en 1940. Mémoire des Vosges, 2025, no 50, p. 39-47.