Les étrangers dans la Résistance

Durant la Seconde Guerre mondiale, la résistance au nazisme fut l’œuvre d’hommes et de femmes de toutes origines sociales mais aussi de toutes nationalités. La France est alors riche de 2,2 millions d’étrangers, venus pour des raisons politiques ou économiques. Les étrangers dans la Résistance française sont essentiellement des Allemands et Autrichiens antinazis, des républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Italiens antifascistes, des Polonais fuyant l'antisémitisme, des Arméniens, des Juifs d’Europe de l’Est et d’Allemagne. Parmi eux, beaucoup rejoignent la Résistance dès 1941, alors qu’ils font l’expérience de l’exclusion, de la répression, de la xénophobie. Ils entrent alors en résistance par rejet idéologique du nazisme et non en réaction à un Occupant. Mais cette lutte aux côtés de la France résistante est aussi une manière de se rallier, comme d’autres Français, à la cause de la liberté et de la justice et donc à la patrie d’adoption.
Le résistant italien Spartaco Fontano, FTP-MOI du groupe Manouchian, illustre ce réflexe patriotique de certains étrangers immigrés en France lorsqu’il répond en ces termes au président de la Cour martiale qui lui demande pourquoi il combattait aux côtés des résistants : « pour un ouvrier, la Patrie, c'est le pays dans lequel il a trouvé du travail ». Beaucoup d’autres embrassent la Résistance pour un motif plus stratégique. Pour eux, libérer la France est la première étape vers la libération de l’Europe et donc de leur pays natal. C’est notamment le cas des républicains espagnols. De nombreux combattants africains et maghrébins originaires des colonies, simples sujets de l'Empire français, entrent dans la France combattante, à l’image des 5 000 tirailleurs africains et malgaches, déserteurs ou évadés des camps de prisonniers.
Nombreux sont les communistes étrangers qui rejoignent la Résistance française. Le Parti communiste espagnol est par exemple à la base de la création de l'Union nationale des Espagnols, les combattants - les guérilleros - se regroupant dans les maquis du sud du Massif central et du Sud-Ouest (en juin 1944, le XIVe corps guérillero comprenait près de 4 000 hommes et couvrait 31 départements). L'autre grande composante fut la Main-d'œuvre immigrée (MOI), mise en place par les organisations communistes dans les années 1920. La FTP-MOI sera – jusqu'au printemps 1944 - l'instrument le plus efficace de la résistance armée urbaine du PCF clandestin. Quant aux juifs étrangers, traqués par l'Occupant et les polices spécialisées de Vichy, résister était un moyen de survivre.
Au total, les étrangers résistants s'engagent dans toutes les formes possibles que peut prendre la Résistance française : intégration aux Forces françaises libres, presse clandestine, sabotage, lutte armée, renseignement, etc. Les étrangers sont aussi parmi les premiers à se lancer dans la lutte armée contre l’Occupant aux côtés des résistants français au sein des Mouvements ou bien au sein d’organisations qui leur sont propres. A cet égard, les sections "nationales" de la MOI (FTP-MOI) ont joué un rôle décisif et emblématique ; en témoignent en 1943 l’arrestation de Missak Manouchian et de son groupe, et la célèbre « affiche rouge » placardée par les Allemands au lendemain de leur exécution en février 1944 qui visait à exacerber la xénophobie des Français. Nombreux sont aussi, dans le Sud-Ouest, les républicains espagnols engagés dans la Résistance.
 

  • Défilé de guerilleros espagnols portant un drapeau républicain, lors de la libération d’Auch (Gers), août 1944. Copyright Collection particulière

  • La brochure allemande L’armée du crime stigmatise les résistants d’origine étrangère en France, espagnols, italiens, arméniens... Copyright Mémorial Leclerc de la Ville de Paris

  • Des Russes de la Wehrmacht ont rejoint les rangs de la résistance, 1944. Copyright Collection particulière

  • Pour le gouvernement de Vichy, les résistants sont des étrangers à la solde de l’URSS et de Staline. Copyright MRN