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Survol chronologique de la Résistance entre 1940 et 1944

"Les Français Libres sont condamnés à mort par Vichy, mais le jour viendra où leurs noms seront glorifiés et gravés sur la pierre dans les rues et les villages d'une France qui aura retrouvé sa liberté et sa gloire d'antan au sein d'une Europe libérée"
Winston Churchill, août 1940
Le 22 juin 1940 est signé l'armistice mettant fin aux combats entre les armées française et allemande. 92 000 soldats français au moins ont trouvé la mort au front, et 1 850 000 sont faits prisonniers par les Allemands. La France est coupée en plusieurs zones, dont une zone d'occupation allemande et une zone dite "libre", soumise à la seule administration du gouvernement français. Le maréchal Pétain, qui avait pris la tête de ce gouvernement le 17 juin en annonçant qu'il demanderait l'armistice, établit alors à Vichy un régime dit "État français" : il prône la "collaboration" avec le Reich allemand et une profonde réforme interne du pays, la "Révolution nationale".
Dès les premiers temps de l'occupation, des attitudes instinctives de refus de la défaite, de la collaboration ou de la Révolution nationale se manifestent un peu partout (surtout en zone occupée). Elles sont surtout le fait d'initiatives individuelles, spontanées et non coordonnées :
  • Rédaction de tracts ou de graffitis hostiles à l'ennemi, voire à Pétain ;
  • Assistance et aide à l'évasion des soldats anglais ou français blessés, isolés ou évadés ;
  • Récupération et stockage d'armes, de munitions et d'engins abandonnés par les troupes en déroute ;
  • Sabotages, démonstrations d'hostilité à l'occupant réalisés avec des moyens rudimentaires : panneaux de signalisation de la Wehrmacht supprimés, pneus de véhicules militaires crevés, câbles électriques et téléphoniques coupés, disjoncteurs sabotés, etc ;
  • Manifestations publiques de patriotisme.
  • Graffitis
    Graffitis. Source : SHD
    Ainsi, alors que l'occupant pensait obtenir par sa propagande l'acquiescement ou du moins la passivité de la population, un climat d'insécurité s'installe peu à peu. Les autorités renforcent les mesures de répression, couvre-feu et restrictions draconiennes des déplacements, qui accroissent les réactions de rejet.
    Assez rapidement, certaines personnes déterminées à poursuivre la lutte de manière systématique cherchent à s'organiser ou à coordonner leurs efforts : il s'agit de "faire quelque chose" (Claude Bourdet). Le 18 juin 1940, le général de Gaulle, ancien membre du gouvernement Reynaud, parti la veille à Londres, appelle les militaires et techniciens français à le rejoindre pour poursuivre le combat. Edmond Michelet et Pierre Eude multiplient les tracts, Jean Texcier rédige des Conseils à l'occupé, Charles Tillon, refusant la passivité des dirigeants du parti communiste français paralysés par le pacte germano-soviétique, engage en juillet 1940 les militants communistes à la résistance à l'ennemi hitlérien. En octobre, Henri Frenay écrit la charte d'un "Mouvement de Libération nationale" et le socialiste Christian Pineau fonde "Libération Nord". De petits groupes, souvent constitués de relations de travail ou d'amis, naissent : ainsi le groupe du Musée de l'Homme, autour de Boris Vildé, Paul Rivet, Anatole Lewitsky ou Germaine Tillion à Paris.
    Journaux des trois mouvements de résistance qui s'unirent pour former les M.U.R. (Mouvements unis de résistance)
    Journaux des trois mouvements de résistance qui s'unirent pour former les M.U.R. (Mouvements unis de résistance). Source : SHD
    La Résistance se structure véritablement en formations cohérentes en 1941. Certaines se constituent autour d'individualités qui se connaissent, partagent les mêmes sentiments et, de proche en proche, élargissent leurs contacts et élaborent moyens et plans d'actions. D'autres s'établissent en liaison avec Londres, grâce à l'envoi d'émissaires de la France Libre ou des services secrets anglais (Intelligence Service, Special Operations Executive). Deux grands types d'organisations se distinguent. Les "réseaux" sont en contact direct avec un état-major basé à l'étranger : la France Libre, l'état-major anglais ou, plus tard, l'état-major américain. En raison de leur spécialisation (renseignement, évasion, sabotage), ces réseaux disposent d'un recrutement restreint et appliquent de sévères consignes de sécurité, fondées sur le strict cloisonnement de petites équipes ayant chacune une mission déterminée. Au contraire, les "mouvements" de Résistance souhaitent toucher directement l'opinion et impliquer la population à l'aide d'une contre-propagande patriotique véhiculée essentiellement par la presse (Libération-Nord, Valmy, Défense de la France) ou les éditions clandestines (Les éditions de Minuit). Parmi ces mouvements, certains touchent de vastes régions (Combat, Libération, Franc-Tireur en zone sud) tandis que d'autres, surtout en zone nord, ont une diffusion restreinte.
    L'extrême diversité d'origine politique et professionnelle des premiers résistants est frappante. Elle s'explique en partie par l'absence initiale d'engagement de structures organisées ou d'institutions traditionnelles (partis, syndicats, églises). Cette situation durera jusqu'à l'hiver 1941-1942, date de la création par le parti communiste du Front national et de sa branche armée, les Francs-Tireurs et Partisans, suite à l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie. La Résistance demeure alors très minoritaire dans le pays.

    Après l'échec des tentatives d'invasion de la Grande-Bretagne et l'entrée en guerre de l'Union Soviétique et des États-Unis, la Wehrmacht connaît en 1942 ses premiers revers : échecs devant Moscou et Léningrad, reculs aux confins de l'Égypte, maîtrise de l'air par les aviations alliées, débarquement anglo-américain en Afrique du Nord et victoire soviétique à Stalingrad. Dans le même temps, les exactions de l'occupant et de Vichy (réquisitions de main d'oeuvre, grandes rafles et déportation des juifs, collaboration policière, aggravation du rationnement...) et surtout l'invasion de la zone sud en novembre 1942 suscitent une nette évolution de l'opinion publique et incitent de nombreux patriotes à rejoindre une Résistance désormais de mieux en mieux organisée.
    Les réseaux multiplient les collectes et transmissions de renseignements militaires ou économiques, la réception des parachutages d'hommes et de matériels, le balisage de terrains d'atterrissage, l'organisation de liaisons maritimes, etc. La France Libre élargit son service de renseignements en un "Bureau central de renseignement et d'action" (BCRA), dirigé par le colonel Passy et chargé de missions de sabotage et des liaisons avec les mouvements de Résistance.
    Poste-radio de résistants
    Poste-radio de résistants. Source : SHD
    La logistique de ces mouvements s'est en effet considérablement améliorée : soutien financier obtenu grâce à l'établissement de liaisons avec la France Libre, fabrication de faux papiers, hébergement des personnes évadées et pourchassées, assistance aux détenus, opérations de commandos. Le tirage des journaux clandestins s'accroît, entraînant la création de services de "propa-diffu" chargés de la fourniture de papier et d'encre, des contacts avec les imprimeurs, des transports de colis de journaux à travers toute la France et de leur distribution.
    Stimulés par le renversement progressif de la conjoncture militaire, les mouvements commencent également à constituer des "branches militaires" et des corps francs. Mais le passage à l'action immédiate suscite des débats : certaines formations (notamment les Francs-Tireurs et Partisans) et certains responsables préconisent la généralisation des attentats contre les soldats et les installations de la Wehrmacht ; d'autres préfèrent se restreindre à des opérations ciblées, en liaison avec les états-majors alliés, et à la préparation de futurs engagements militaires, de manière à éviter les représailles féroces exercées contre les populations civiles. Les premiers "maquis" se constituent dans le sud du pays.
    Peu à peu, les contacts entre les différents pôles de Résistance se multiplient : entre mouvements de zone sud, entre la zone sud et la zone nord, entre la Résistance intérieure et la France Libre. Le 18 janvier 1943, le parti communiste envoie un représentant à Londres et adhère à la France combattante. Le général de Gaulle, conscient que l'unité d'action de la Résistance est essentielle en termes d'efficacité comme en termes d'image (à destination des Alliés), souhaite encourager et accélérer ce phénomène : il confie à ses délégués - Jean Moulin dès décembre 1941 en zone non occupée puis sur l'ensemble de la France, Fred Scamaroni en janvier 1943 en Corse, Pierre Brossolette en février 1943 en zone occupée - la mission de regrouper le plus grand nombre de chefs de la Résistance au sein d'organismes pouvant élaborer des doctrines d'action unitaires.
    En 1943, l'offensive alliée se précise : retraite des armées de l'Axe en Russie et en Afrique du Nord, débarquement anglo-américain en Sicile, capitulation de l'Italie. Les bombardiers alliés pilonnent sans relâche les centres industriels et les postes militaires stratégiques du Reich et des territoires occupés par la Wehrmacht.
    Cédant aux exigences de l'occupant qui réclame toujours plus de main-d'oeuvre pour remplacer les ouvriers allemands partis sur le front et soutenir l'effort de guerre, le gouvernement de Vichy institue le 16 février 1943 le Service du travail obligatoire (STO) : environ 650 000 Français partiront travailler en Allemagne. Les nombreux réfractaires reçoivent l'aide des populations civiles et des organisations de Résistance pour se cacher, rejoindre les armées alliées ou constituer des "maquis" dans des zones peu habitées : dans l'Ain, dans le Vercors. SS, Gestapo et police de Vichy traquent réfractaires et résistants et multiplient les représailles contre les populations suspectées de leur venir en aide.
    Maquis de l'Orne. Jeunes maquisards de Gacé armés d'un Spandon pris à l'ennemi
    Maquis de l'Orne. Jeunes maquisards de Gacé armés d'un Spandon pris à l'ennemi. Source : SHD
    En dépit des vides causés par la répression nazie et vichyste, l'afflux de jeunes maquisards permet à la Résistance de développer des actions sur une grande échelle. Elle se constitue en force militaire couvrant tout le territoire : les mouvements de zone sud et les formations armées (maquis, branches militaires des mouvements et groupes francs) achèvent leur fusion : les trois principaux mouvements de zone sud, Combat, Libération et Franc-Tireur, constituent les Mouvements Unis de Résistance en janvier 1943. Le 27 mai est créé le Conseil National de la Résistance (CNR), institution réunissant des représentants des formations des mouvements de Résistance des deux zones, des mandataires de "tendances politiques" (certains anciens partis de la IIIe République : le PCF, la SFIO, le parti radical-socialiste, etc.), et des délégués d'organisations syndicales. Le 29 décembre 1943 est prise la décision d'unifier les organisations de résistance armée au sein de Forces Françaises de l'Intérieur (FFI). Les coups de main et les attentats contre les objectifs militaires et les entreprises travaillant pour l'ennemi se multiplient. En septembre 1943, la Corse est libérée par l'action conjointe des résistants de l'île, des F.F.L. et des Alliés. Les premières structures du futur gouvernement sont créées par de Gaulle à Alger : Comité Français de Libération Nationale (CFLN) en juin 1943, Assemblée consultative en septembre.
    L'action de la Résistance trouve un écho et un soutien croissant dans la population et dans de nombreux milieux professionnels. Le 14 juillet et le 11 novembre 1943 sont marqués par des manifestations et des mouvements de grève dans plusieurs grandes villes. Le Noyautage des Administrations Publiques (NAP), créé en août 1942 et dirigé par Claude Bourdet, a entrepris d'infiltrer et de désorganiser l'administration. Mais la création, en janvier 1943, de la Milice par Darnand, la radicalisation de la politique de Vichy, l'amplification de la répression et la multiplication des persécutions à l'égard des populations juives touchent durement résistants et populations civiles.
    Début 1944, les Forces Françaises de l'Intérieur sont constituées par fusion des formations militaires des mouvements de Résistance et de l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA) avec les maquis et les corps francs - à l'exception des FTPF. Avec l'approche de la date pressentie d'un débarquement allié, le débat sur le rôle et le statut des maquis s'exacerbe au sein de la Résistance. Certains, en particulier ceux animés par les FTPF, prônent l'action immédiate, la guérilla, pour affaiblir les Allemands, rallier la population et conserver le moral des troupes. D'autres préfèrent s'en tenir aux instructions des Alliés et se préparer à jouer un rôle militaire d'appoint au moment du débarquement. Ils tentent alors d'établir de véritables "maquis-forteresses" rassemblant plusieurs centaines de maquisards. En dépit de l'insuffisance de leur armement, les résistants contribuent finalement de manière essentielle à la préparation du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie et à la libération du territoire national :
  • Ils freinent par des embuscades et des sabotages les déplacements des troupes ennemies qui tentent de rejoindre le front en Normandie et livrent bataille sur de nombreux points stratégiques. : Mont-Mouchet en Auvergne, Saint-Marcel en Bretagne et divers points en Savoie, Haute-Savoie et en Isère.
    Trois opérations de grandes ampleur sont tentées, deux dans les Alpes pour menacer les Allemands refluant dans la vallée du Rhône (Glières et Vercors) et une autre dans le Massif central (Mont-Mouchet) pour retarder la montée vers la Normandie, depuis le sud-ouest, de la division SS "Das Reich". Les opérations causent de lourdes pertes aux résistants, mais marquent spectaculairement le retour de la France occupée dans la guerre ;

  • Ils servent d'éclaireurs aux armées alliées ou en se joignant aux commandos de la France Combattante et aux commandos interalliés ;

  • Ils libèrent eux-mêmes un grand nombre de villes (dont Paris, Dijon, Clermont-Ferrand et Annecy) et une trentaine de départements ;

  • Ils contiennent les unités ennemies qui occupaient les "poches" et les ports de la côte Ouest ;

  • Ils rejoignent les unités de la 2e division blindée et de la 1re Armée dans leur progression vers les Vosges, l'Alsace puis l'Allemagne.

    Au total, près de 300 000 hommes participent à ces opérations, soutenus par une partie de la population. Mais cette action se paie au prix d'âpres combats et de féroces représailles.
  • Ce dossier documentaire a été réalisé pour le compte de la Fondation de la Résistance par Denis MAZZUCCHETTI pour le Texte et Frantz MALASSIS pour la conception. Il a reçu le soutien de nombreuses personnalités.
    Source : Fondation de la Résistance

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