Afrique du Nord

Conquêtes et pacifications 1830-1934

Après un coûteux blocus des côtes algéroises, conséquence de la rupture des relations diplomatiques entre la France et le dey d'Alger, la prise de cette ville est décidée par Charles X.

 

Débarquée le 15 juin 1830 à Sidi Ferruch, l'armée royale du maréchal de Bourmont s'empare d'Alger le 5 juillet. Une politique hésitante conduit à une occupation ponctuelle (Oran, Bône…). La prise de Constantine, le 13 octobre 1837, marque le début d'une conquête plus ambitieuse. Abd el Kader, qui s'oppose aux Français depuis 1832, multiplie les escarmouches et les combats, dont certains vont marquer, en France, l'opinion publique. C’est, par exemple, le cas de la bataille de Mazagran où, en février 1840, 123 chasseurs de la 10e compagnie du 1er BILA (bataillon d'infanterie légère d'Afrique), commandés par le capitaine Lelièvre, vont résister durant plusieurs jours aux assauts de 1 800 Arabes, jusqu'à l'arrivée de la garnison de Mostaganem.

 

En décembre 1840, Bugeaud est nommé gouverneur pour mener une politique de conquête. Il va l'appliquer en adoptant la méthode de Lamoricière : colonnes très mobiles, rezzou, couper l'adversaire de ses bases de ravitaillement.

 

Mascara et la Petite Kabylie sont occupées. Les colons commencent à affluer. Le 16 mai 1843, à Taguine, le duc d'Aumale s'empare de la smala d'Abd el Kader, avec sa famille et ses trésors, faisant 5 000 prisonniers. L'émir se retire au Maroc d'où il continue la lutte. La marine bombarde alors Tanger. Le 14 août 1844, sur l'Isly, Bugeaud, à la tête de 10 000 hommes, bat l'armée marocaine forte de 30 000 guerriers, victoire qui lui vaut le bâton de maréchal et le titre de duc d'Isly. Le sultan du Maroc se voit imposer une frontière entre son pays et 1'Algérie.

 

Le lieutenant Lyautey en Algérie, 1882.

Association nationale Maréchal Lyautey

 

Trois autres années auront été néanmoins nécessaires pour vaincre la résistance d'Abd el Kader, qui se rend le 23 décembre 1847. Interné à Amboise, il est  transféré en 1852 à Damas.

 

Entre-temps, de nombreux combats ont opposé Arabes et Français, dont le fameux épisode de Sidi-Brahim : le 21 septembre 1845, la colonne Montagnac est anéantie dans une embuscade tendue par Abd el Kader ; seuls rescapés, les 80 chasseurs à pied de la compagnie du capitaine de Géreaux se retranchent dans le marabout de Sidi­Brahim où ils résistent héroïquement pendant trois jours. Treize d'entre eux s'en réchappent après une odyssée inouïe. Les restes mortels des chasseurs furent inhumés dans le "tombeau des Braves" non loin de Nemours (Ghazaouet).

 

La pacification entraîne l'armée française - où de nouvelles unités sont créées : zouaves, tirailleurs, spahis, chasseurs d'Afrique - de plus en plus vers le sud. La Grande Kabylie et le Djurdjura sont soumises.

 

Dans le sud, des combats s'éternisent. À l'issue d'un long siège, l'oasis de Zaatcha est conquise le 26 novembre 1849 quand les colonels Bourbaki et Canrobert prennent la ville maison par maison et tuent Bou-Ziane, le chef rebelle. Le 3 décembre 1852, pour éteindre la révolte saharienne, les généraux Pélissier et Yusuf prennent d'assaut Laghouat après un siège terrible. La conquête se termine en 1857 : de mai à juillet, le maréchal Randon conduit l'attaque du massif du Djurdjura qui s'achève par la réduction des dernières tribus kabyles, obtenue par le général de Mac-Mahon.

 

Pendant ce temps, la colonisation du pays, organisé en départements, s'est poursuivie avec l’installation de militaires ayant fini leur engagement, d’ouvriers parisiens de 1848, d’Espagnols et d’Italiens. Après 1871, nombre d'Alsaciens-Lorrains, déracinés par l'annexion prussienne de leurs deux provinces, gagnent l'Algérie.

 

En 1871 précisément, la défaite des Français devant les Prussiens provoque une grande rébellion en Kabylie, fermement réprimée, notamment par des déportations et des expropriations massives de terres. Une dernière révolte éclate en 1881-1882, celle des Bou-Amama, sévèrement matée par 1'armée.

 

A cette époque, l’Algérie est équipée en routes, ponts, voies ferrées, ports et exploitations agricoles. Une structure administrative, comparable à celle de la métropole, voit le jour : le 19e corps d'armée (QG à Alger), est créé, qui recrute indigènes, Français locaux ou engagés volontaires de métropole. Le Sahara est de plus en plus pénétré malgré le massacre de la mission Flatters à Bir el Cherama, en février 1880, par les Touareg.

 

Pour soustraire la Tunisie à l'influence italienne, la France s'engage dans ce pays : le 24 avril l881, sous le prétexte d'intervenir contre les Kroumirs, l'armée française entre dans Tunis. Le 12 mai, le Bey est contraint de signer le traité du Bardo qui assure le protectorat français. Mais en juin, éclate une insurrection qui nécessite, pour en venir à bout, de porter à 50 000 hommes le corps d'occupation. En 1910, après la convention de Tripoli, la zone frontalière du sud est occupée face aux Italiens de Libye. En 1911 des incidents sanglants provoquent un état de siège qui va durer jusqu'en 1921.

 

La rivalité franco-anglaise sert de toile de fond à ces conquêtes : un troc diplomatique, qui dure longtemps, laisse aux Anglais, l'Égypte et aux Français, le Maghreb. Les Allemands, s'immisçant dans le jeu, obtiennent une partie du Congo.

 

Afin de sécuriser l’Ouest de l’Algérie, zone de frictions, le général Lyautey est envoyé dans le sud oranais où il fait poursuivre en territoire marocain les agresseurs par les compagnies montées de la Légion et par les méharistes. La tension monte, aggravée par la visite de l'empereur d'Allemagne à Tanger, mais, en 1906, la conférence d'Algésiras favorise la France qui peut soumettre le Maroc affaibli par une lutte de clans fratricide.

 

Images de la pénétration française au Maroc oriental, 1906-1912. Arrivée d'un convoi de blessés à Colomb-Béchar, Algérie.

ECPAD/Aristide Coulombier

 

L'armée pénètre au Maroc en réponse aux massacres d'Européens perpétrés à Casablanca et, dès 1908, la pacification se développe. Les Français soutiennent le sultan Moulay Hafid. Le 1er juillet 1911, l'arrivée d'une canonnière allemande en rade d'Agadir rappelle les prétentions de Guillaume II, que calme la cession d'une partie du Congo. En 1912, Lyautey dispose de 30 000 hommes et reçoit des renforts amenés par le général Gouraud. Fès et Marrakech sont alors soumises. Le traité de protectorat est accepté par le sultan le 30 mars 1912, mais les opérations continuent : au printemps 1914, elles nécessitent encore la présence de 88 000 hommes, à Taza et à Khénifra.

 

L'éclatement de la Première Guerre mondiale, en août 1914, oblige le 19e CA à envoyer en France de nombreuses troupes, dites  "de marche" ou composites. La Tunisie fournit les 4e et 8e RTT, le 4e spahis, le 4e zouaves ; le Maroc, une brigade de chasseurs indigènes, les futurs RTM ; l'Algérie apporte le plus gros contingent avec ses RTA, spahis, zouaves, chasseurs d'Afrique, où servent de nombreux colons comme cadres de réserve, ou simples soldats, surtout dans les zouaves.

 

De 1914 à 1918, le Maghreb fournit 172 000 indigènes algériens, 54 000 Tunisiens, 37 000 Marocains.

 

Alliés des Empires Centraux, les Turcs ont tenté de rallier le monde musulman en déclarant, depuis Constantinople, la guerre sainte,  le Djihad. Beaucoup de tribus se révoltent contre 1'autorité française. À Rabat, Lyautey dispose de 78 000 hommes - dont des territoriaux venus de métropole et des Sénégalais - commandés par le général Henrys. Le nouveau sultan a une certaine autorité sur ses inféodés mais il est impuissant face à l'hostilité qui grandit. Depuis l'ambassade d'Allemagne à Madrid, une contrebande est organisée par l'ennemi vers le Maroc espagnol pour fournir armes, munitions et argent aux Rifains, Chleuhs, Berabers et Djebalas en révolte, dont les chefs s'appellent Raîssouli, Moha ou encore Abd el Malek. Des légionnaires déserteurs allemands les ont rejoints comme conseillers militaires. Malgré tout, Lyautey continue à administrer.

 

Près de Taza, jonction des deux colonnes venues de Fès et d'Oujda, mai 1914.

Association nationale Maréchal Lyautey

 

Khénifra est défendue en novembre 1914 contre des hordes de dissidents au prix de 613 tués. En 1915, les Français soumettent les Branès. En juin 1916, ils affrontent les Beni Ouaraïn puis dégagent la vallée de l'lnnaouen. Des combats ont lieu à Meski, Azilal et El Maadid.  Le sud-tunisien aussi est en effervescence. Au Sahara, les Senoussis attaquent Français et Italiens. Dans le Hoggar règne l'insécurité : le père Charles de Foucauld est assassiné le 1er décembre 1916 par des rebelles touaregs à Tamanrasset. Les Français évacuent le Tibesti. La révolte des Beni Chougrane fait rage.

 

En 1917, le général Laperrine dégage Agadès et repousse les rebelles vers le Fezzan libyen. Lyautey fait attaquer les bandes des principaux chefs marocains. Les combats sont incessants jusqu'en 1919 ; à cette date, 98 000 hommes sont en opérations de répression. D'août 1914 à avril 1919, les Français ont perdu 2 273 morts et 2 947 blessés.

 

La reconquête du Maroc est entreprise dès 1920. Le foyer de dissidence de la  "tache de Taza" est réduit en 1923. Mais, dans le Rif, le chef Abd el Krim, qui s'est soulevé contre l'Espagne, a proclamé son indépendance. En 1925, il avance vers Fès avec ses guerriers. Le général Giraud bloque sa progression au sud-est. Nommé à la place de Lyautey, le maréchal Pétain coopère avec l'armée espagnole pour mener des opérations conjointes. Une offensive, menée par six divisions avec chars et avions, débute le 8 septembre 1925. Le 27 mai 1926, Abd el Krim, battu, doit se rendre.