Les monuments aux morts, des œuvres d'art au service du souvenir

Neuillé-Pont-Pierre (37) ©Jean-Pierre Collombin
Corps 1

Site Internet à découvrir :

 

Les monuments aux morts : France - Belgique
www.monumentsmorts.univ-lille3.fr

 

De 1918 au milieu des années 1920, les 1 400 000 soldats morts pendant la Grande Guerre ont envahi tout l'espace symbolique et affectif de la nation. Pour honorer la génération perdue, la République a élaboré un ensemble tragique : unité de temps, le 11 novembre . unité de lieu, le monument aux morts . unité d'action, la cérémonie commémorative.

 

Monument aux morts de Péronne (80). Source : Nicolas TACHON

 

Dès les hécatombes de l'été 14, et plus encore après 1918, il y eut un constant "retour" des morts au combat, commémorés à l'infini : les ferveurs du temps de la guerre se prolongent dans le désarroi du souvenir. Chacun des combattants est rappelé dans sa famille, son village, sa paroisse, son lieu de travail, et par l'État, à travers ses représentants, lors des manifestations du souvenir nationales ou locales : toute fonction élective ou administrative fait de son bénéficiaire, lui-même ancien combattant ou non, un représentant du deuil pendant les années vingt et trente. Les mots prononcés publiquement lors des discours ou, en privé, les prières, les poèmes, les images offertes sous forme d'inscriptions et de monuments commémoratifs, de vitraux, de cimetières, d'ossuaires, perdurent pour la plupart jusqu'à nos jours.

 

Paray-le-Monial (71). Source : Nadine Bonnefoi

 

De 1918 au milieu des années 1920, les 1 400 000 morts français ont ainsi envahi tout l'espace symbolique et affectif de la nation. Les cérémonies grandioses, les constructions de monuments aux morts ont transformé ces millions de deuils, affaires privées, en une affaire d'État où s'exprimait, bien plus que la joie de la victoire, l'écrasement du chagrin. Les cercles de souffrance que l'on pouvait tracer autour de chacun des combattants pendant la durée du conflit, de leurs intimes à leurs connaissances plus éloignées, se prolongent en cercles de deuil.

Le 11 novembre, jour anniversaire de la fin de la guerre, fut transformé en jour de recueillement (1). Si le culte du 11 novembre s'apparentait à la liturgie catholique, novembre étant le mois du deuil dans ce calendrier, il permit surtout de fonder une véritable religion civile.

 

Monument au morts de Cambrai (59). Source : Jean-Pierre Le Padellec


A 11 heures, dans chaque commune, les rassemblements autour des monuments aux morts, les drapeaux, le crêpe noir, les fleurs, les discours, ont créé une pédagogie morale et civique. Les participants se rendaient à la cérémonie qu'ils soient préparés par leur expérience de guerre ou bien qu'ils viennent pour la partager, comme les enfants qui répondaient "Mort pour la France" en un amen laïque à l'appel des noms des disparus. Morts et anciens combattants, maris et veuves, pères et orphelins se retrouvaient dans la symbolique du cortège et de la minute de silence. Les discours étaient presque toujours construits comme un diptyque : grâce aux absents, la vie continuait. Pour honorer la génération perdue, on a ainsi élaboré un ensemble tragique : unité de temps, le 11 novembre . unité de lieu, le monument aux morts . unité d'action, la cérémonie commémorative. La France toute entière est devenue un reposoir de la guerre et de la génération perdue. Les lieux de mémoire se présentent sous une forme duelle : les uns sont érigés sur les champs de bataille, lieux mêmes de la mort, les autres sur les lieux d'appartenance collective et individuelle, nationale et locale, publique et privée, laïque et religieuse, des disparus. Là où ils travaillaient, aimaient, étudiaient, priaient, là où était leur vie, se multiplient les marques du souvenir, témoins de la mort et du deuil dans tout espace public ou privé du pays et de ses colonies.