1917, l'arme blindée à l'assaut du front

 

Dès la stabilisation du front, la question de la protection des troupes d'assaut est envisagée sous deux aspects différents : protection individuelle du fantassin et la motorisation des vagues d'assaut. La première voie ne connaît que quelques tentatives anachroniques vite oubliées. Des cuirasses individuelles, trop lourdes, font ressembler les soldats à des guerriers médiévaux ; et l'idée de "brouette blindée", munie ou non d'une arme automatique, s'avère impraticable.

  • A Vincennes un tracteur Caterpillar en marche, juillet1916

    A Vincennes un tracteur Caterpillar en marche, juillet1916. Source : ECPAD

  • Un char Schneider dans la plaine de Champlieu, un hameau appartenant à la commune d'Orrouy dans l'Oise, juillet 1917

    Un char Schneider dans la plaine de Champlieu, un hameau appartenant
    à la commune d'Orrouy dans l'Oise, juillet 1917. Source : ECPAD

  • Auto-mitrailleuse

    Auto-mitrailleuse. Source : SHD/Département Terre



Seul un engin à moteur a la puissance nécessaire pour porter un blindage, des armes, et pour surmonter les obstacles du champ de bataille. Les auto-mitrailleuses utilisées dès l'avant-guerre ont fait la preuve de leur fiabilité, mais leurs pneumatiques sont inadaptés au terrain chaotique du front. Une bonne part du caractère novateur du char réside dans la découverte d'un nouveau train de roulement. Les projets se succèdent telle une"grande roue"unique munie d'une cabine blindée en son centre est essayée. La solution existe pourtant depuis 1905, à savoir un les chenilles métalliques articulées dont est doté un tracteur américain, le Caterpillar, qui sert aux expérimentations anglaises et françaises en matière de chars.

 



La genèse des chars français

 

"La victoire appartiendra à celui qui, le premier, parviendra à monter un canon sur une voiture capable de se mouvoir en tous terrains". Le colonel Estienne, qui prononce cette phrase pendant la retraite de 1914, est l'instigateur des projets d'armes blindées en France. Il reçoit à ce titre le nom de"Père des chars". En décembre 1915 il remet au général Joffre son projet dérivé des tracteurs américains. Les conceptions d'Estienne sont toutes théoriques, mais des industriels travaillent très vite à leur trouver une application. Louis Renault d'abord contacté ne peut dans l'immédiat se pencher sur ce problème.


Deux projets sont réalisés : le char moyen Schneider au Creusot, et le char lourd Saint-Chamond de la Compagnie des forges et aciéries de la Marine. Quoique d'un poids différent ils ont des caractéristiques semblables. Lents et sans tourelle mais puissamment armés, ils portent un canon de 75 et plusieurs mitrailleuses servis par un équipage important. C'est l'illustration française du concept anglais de"cuirassé terrestre"imaginé par analogie à la guerre sur mer. Ce sont aussi des chars d'artilleurs, conçus autour du canon au détriment de la maniabilité. Leurs équipages sont avant tout les servants de la pièce principale. Promu général, Estienne reçoit le commandement des chars sous leur nom"l'artillerie d'assaut". Les défauts, de cette arme nouvelle en partie révélés lors des essais, vont lourdement peser sur le sort de la première unité de chars française.

 

 

Les chars dans l'offensive Nivelle

 

La première unité de chars est créée le 1er décembre1916. Les équipages suivent un entraînement intensif près de la forêt de Compiègne. Le 16 avril 1917 ils sont engagés en deux colonnes à Berry-au-Bac. Le groupement Chaubès est équipé de 50 chars Saint-Chamond tandis que le groupement du commandant Bossut comprend 82 Schneider. Mais, mal soutenus, les chars français sont mal utilisés et subissent de très lourdes pertes infligées en tir direct par l'artillerie ennemie. Quatre-vingts chars sont détruits ou avariés sur les quelques 130 qui sont engagés. Le corps du commandant Bossut, mort dans son char, est ramené dans les lignes françaises par son propre frère. Cet échec vient accroître le désastre de l'offensive Nivelle. Par la suite, lors de l'attaque de La Malmaison en octobre 1917, 30 chars Saint-Chamond et 38 blindés Schneider sont utilisés avec d'avantage de succès devant Laffaux. Ces chars sont produits jusqu'en 1918 du seul fait de la lenteur de leur fabrication. Entre-temps, une nouvelle formule d'engins blindés connaît un grand succès : le char léger Renault. La rencontre entre Estienne et Renault est décisive. Le prototype du Renault donne au char son allure définitive. Son FT 17 est expérimenté à partir de février. Le 20 juin, le général Pétain donne une impulsion nouvelle au projet en commandant 3 500 chars Renault pour le printemps suivant, une cadence inédite. En même temps que leur utilisation se généralise, les chars vont être mieux utilisés sur le plan tactique. Le succès de l'attaque britannique de Cambrai pose les bases d'une doctrine d'emploi efficace : articulation des chars en petits groupes, attaque par surprise, coopération étroite avec l'infanterie - plus tard avec l'aviation. En matière de blindés, 1917 est donc l'année des expérimentations. Il deviendra indispensable à toute offensive. 1918 avec l'utilisation massive du FT 17,"le char de la Victoire", intronisera l'armée blindée.

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA