Du BCRA à la DGSE

Chaque époque porte ses propres menaces et les services de renseignement se sont sans cesse adaptés pour toujours y faire face. Évoquer la généalogie qui mène du Bureau central de renseignements et d’action à la Direction générale de la sécurité extérieure permet de rendre hommage à l’action de nos prédécesseurs, mais aussi de rappeler la constance et le sens de notre engagement au service de la sécurité de la France et de ses ressortissants.

Un service de renseignement comme la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), dont l’activité est par nature tournée vers la compréhension du présent et l’anticipation de l’avenir, a peut-être eu tendance à négliger son passé. Aujourd’hui toutefois, la DGSE redécouvre son histoire, en raison notamment du besoin des jeunes générations des personnels du Service de comprendre son histoire, son action et ses modes opératoires dans la longue durée et d’inscrire leur propre engagement dans les pas de leurs anciens.

 

La DGSE revendique sa filiation avec les services spéciaux antérieurs, notamment ceux de la France libre, nés à Londres dès le 1er juillet 1940, que la mémoire collective a retenu sous le nom de Bureau central de renseignements et d’action (BCRA). Illustrant ce processus de réappropriation de son histoire, la DGSE a tenu le 17 janvier 2012 à saluer le 70e anniversaire de la création du BCRA. Cet anniversaire a été marqué par une cérémonie solennelle dans la Cour d’honneur des Invalides, présidée par le ministre de la Défense, Monsieur Gérard Longuet, et à laquelle ont pris part les personnels civils et militaires de la DGSE et des anciens du BCRA, comme Stéphane Hessel et Daniel Cordier.

 

Cette cérémonie a symboliquement marqué la transmission du flambeau du renseignement entre la génération de la guerre et les agents de la DGSE d’aujourd’hui, fiers d’entretenir le souvenir des 129 Compagnons de la Libération ayant appartenu au BCRA.

 

La filiation entre le BCRA et la DGSE est évidente, en dépit des changements de lieux et de noms, de l’adaptation des missions du Service et de l’évolution de son cadre légal.

  • Jacques Soustelle, directeur général de 1944 à 1945. © DGSE

  • André Dewavrin, directeur général de 1945 à 1946. © DGSE

  • Henri Ribière, directeur général de 1946 à 1950. © DGSE

  • Pierre Boursicot, directeur général de 1950 à 1957. © DGSE

  • Paul Grossin, directeur général de 1957 à 1962. © DGSE

  • Paul Jacquier, directeur général de 1962 à 1966. © DGSE

  • Eugène Guibaud, directeur général de 1966 à 1970. © DGSE

  • Alexandre de Marenches, directeur général de 1970 à 1981. © DGSE

  • Pierre Marion, directeur général de 1981 à 1982. © DGSE

  • Pierre Lacoste, directeur général de 1982 à 1985. © DGSE

  • André Imbot, directeur général de 1985 à 1987. © DGSE

  • François Mermet, directeur général de 1987 à 1989. © DGSE

  • Claude Silberzahn, directeur général de 1989 à 1993. © DGSE

  • Jacques Dewatre, directeur général de 1993 à 2000. © DGSE

  • Jean-Claude Cousseran, directeur général de 2000 à 2002. © DGSE

  • Pierre Brochand, directeur général de 2002 à 2008. © DGSE

  • Erard Corbin de Mangoux, directeur général de 2008 à 2013. © DGSE

  • Bernard Bajolet, directeur général de 2013 à... © DGSE

 

De Saint James’s Square au boulevard Mortier : 75 ans d’histoire

 

À Londres, le BCRA s’installe tout d’abord dans des locaux de Saint James’s Square qui deviennent rapidement étroits. Le Service emménage alors au n°10 de Duke Street, près d’Oxford Street, dans un immeuble de bureaux comprenant à l’origine vingt-sept pièces et décrit alors par le colonel Passy comme "ne vieille bâtisse aux murs défraichis".

 

L’augmentation des missions contraint le colonel Passy à recruter un personnel de plus en plus nombreux, qui de nouveau à l’étroit, colonise progressivement les immeubles voisins, notamment aux numéros 6 et 8 de Duke Street.

 

En novembre 1943, sous le nom de Direction générale des services spéciaux (DGSS), le BCRA fusionne avec les services spéciaux créés sous l’autorité du général Giraud à Alger et largement héritiers des services de renseignement militaires antérieurs à la défaite de 1940.

 

Les débarquements en France et la libération de Paris conduisent naturellement le Service à se réinstaller dans la capitale. Le 25 août 1944, il prend ainsi possession de l’hôtel Majestic avenue Kléber et de l’immeuble du 2 boulevard Suchet, précédemment occupé par la Kriegsmarine.

 

Le 26 octobre 1944, la DGSS disparaît au profit de la Direction générale des études et recherches (DGER). Le Service connaît alors des effectifs pléthoriques en ayant absorbé des personnels et des moyens nés de la guerre. En effet, à cette époque la DGER c’est plus de 10 000 agents, 123 immeubles et 1400 automobiles...

 

Il faut réadapter le Service à un monde en paix mais qui va bientôt connaître de nouvelles tensions. Le colonel Passy s’attèle alors à le réorganiser et à en réduire drastiquement les effectifs. Il s’agit de doter la France d’un service de renseignement adapté, en s’inspirant notamment des leçons du modèle britannique. Le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), qui naît en 1946, comptabilise ainsi des personnels en nombre plus raisonnable : 880 civils, 600 militaires et 750 contractuels. Le SDECE s’installe boulevard Mortier, pour ne plus le quitter et pour simplement changer de nom en 1982 en devenant la DGSE.

 

Réforme des structures, continuité des principes

 

À la demande du général de Gaulle, le colonel Passy réorganise, en 1945, les services de renseignement extérieur en s’inspirant de ce qui avait fait la force du BCRA, et en retenant deux principes d’organisation essentiels, qui ont toujours cours aujourd’hui.

 

Il s’agit tout d’abord du caractère unitaire et intégré du Service : la force du BCRA tenait en l’unité de cette structure. Un seul service coordonne toutes les activités de renseignement à l’extérieur et d’action clandestine. Celui-ci dispose de toutes les capacités nécessaires (humaines, techniques et opérationnelles), sous une même direction, pour gagner en efficacité et en réactivité. Ce principe a été maintenu et est même aujourd’hui renforcé à la DGSE. Grâce à son caractère intégré, le Service compense sa faiblesse numérique relative (par rapport aux partenaires britannique et allemand par exemple) par une réactivité née de l’intégration de ses capteurs humains, techniques et opérationnels, placés au plus près des analystes et par la présence en son sein d’une capacité d’entrave et d’action clandestine.

 

Il s’agit ensuite du rattachement du Service au pouvoir politique et non aux armées. Le Service doit être compris comme un organisme civil, distinct de tout état-major militaire. Le SDECE est ainsi directement placé sous l’autorité de la présidence du Conseil, jusqu’à ce que le général de Gaulle revienne partiellement sur sa décision, en 1966, en rattachant le Service au ministre de la Défense. Ces principes demeurent intangibles. Mais pour demeurer un service efficace et pertinent la DGSE a dû s’adapter.

 

Les missions et les moyens du service

 

Né de l’expérience de la lutte clandestine de la Résistance, le Service s’est tout d’abord adapté aux enjeux géopolitiques de la France. Impliqué dans les guerres d’Indochine et d’Algérie notamment, il a poursuivi ses missions dans le contexte de guerre froide en recueillant du renseignement sur le bloc soviétique et en maintenant un intérêt et un déploiement de moyens importants en Afrique.

 

Depuis la fin de la guerre froide, le Service s’est adapté à un monde plus incertain, plus mouvant, en raison des menaces liées au terrorisme, à la prolifération des armes de destruction massive, à la criminalité internationale, aux nouvelles crises internationales, aux prises d’otages, aux cyberattaques, etc. Son champ d’action se situe essentiellement hors des frontières de notre pays. La DGSE y applique des méthodes clandestines de recherche du renseignement. Les deux Livres blancs sur la défense et la sécurité nationale de 2008 et 2013 et le Plan national d’orientation du renseignement (PNOR) établissent aujourd’hui clairement les priorités de la DGSE dans les domaines de la connaissance et de l’anticipation.

 

Le Service s’est aussi adapté aux diverses révolutions technologiques, afin notamment de maintenir une capacité d’observation des situations et d’interception pertinente des communications internationales.

 

La DGSE compte aujourd’hui plus de 6 000 personnels, dont il faut souligner la diversité statutaire (27% de militaires, 50% de fonctionnaires civils, 23% de contractuels), et leurs talents multiples et complémentaires (analystes, officiers de renseignement, linguistes, ingénieurs télécom, crypto-mathématiciens, techniciens du signal, experts, etc.).

 

Le renseignement, au cœur de la démocratie

 

À partir de la fin des années 1980, le Service s’est profondément réformé pour s’aligner sur les grandes dispositions administratives prises par ailleurs. Il a retrouvé une place centrale dans l’appareil d’État et gagné en crédibilité. Ainsi, il s’est plus largement ouvert à la société civile, en rompant avec une tradition de recrutements endogames, et en recrutant notamment des civils, diplômés de l’enseignement supérieur, par concours et par contrats.

 

Le Service s’est adapté aux exigences de transparence et de démocratie. La DGSE contribue à la protection des intérêts fondamentaux de la France et à la pérennité de sa démocratie. Les citoyens français doivent avoir la garantie que les activités de la DGSE sont conformes aux principes d’un État de droit, ainsi qu’à l’éthique et aux valeurs de la République française. C’est pour cela que la DGSE est soumise au contrôle gouvernemental ainsi qu’à des contrôles complémentaires spécifiques, internes et externes.

 

À ce titre, la DGSE est dotée d’une inspection générale et d’une mission d’audit interne. Les contrôles externes s’exercent quant à eux au travers du contrôle parlementaire réalisé par la délégation parlementaire du renseignement, créée par la loi n°2007-1443 du 9 octobre 2007. Enfin, des contrôles sont exercés par divers organes comme l’inspection des services de renseignement ou par des autorités administratives indépendantes, dont la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN), la Commission des vérifications des fonds spéciaux (CVFS) et la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), remplacée par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), créée par la loi sur le renseignement de 2015.

 

Alors que le BCRA avait été créé par une simple note de service de l’état-major particulier du général de Gaulle en 1942, il aura fallu attendre la loi sur le renseignement de 2015 pour que la représentation nationale marque enfin solennellement la reconnaissance du métier du renseignement et de sa place au cœur de notre démocratie.

 

LA DGSE EN BREF

Rattachée au ministre de la Défense

Effectifs (2015) : 6300personnels (27% de militaires, 73% de civils)

Budget (2014) 750 millions € environ

Siège : "La Centrale" boulevard Mortier à Paris

Directeur général : Bernard Bajolet

 

 

DGSE

 

POUR EN SAVOIR PLUS

www.defense.gouv.fr/dgse