Gabrielle Petit

1893-1916

Condamnée à mort par les Allemands en 1916 pour espionnage, diffusion de presse clandestine et participation à des exfiltrations de soldats, Gabrielle Petit, "Gaby", est une figure emblématique du combat des femmes belges lors de la Première Guerre mondiale.

 

Gabrielle Aline Eugénie Marie Petit est née dans une modeste famille de Tournai. Elle est mise en demi-pension à l'âge de cinq ans dans un couvent d'Ath en raison de la maladie de sa mère, qui décède rapidement. Gabrielle et sa soeur Hélène sont placées chez les Dames du Sacré Coeur, à Mons, où leur père les abandonne. Les fillettes sont recueillies par un cousin qui les confie aux soeurs de l'Enfant Jésus, à Brugelette, où les deux fillettes trouvent l'épanouissement intellectuel et affectif nécessaire. Gabrielle, alors âgée de dix-sept ans, doit retourner vivre sous le toit paternel, à la demande de ce dernier. La difficile cohabitation prend fin au bout de quelques mois. Les jeunes femmes décident de mener leur vie à Bruxelles où Hélène trouve une place de gouvernante à sa soeur chez Mme Butin.

 

Lors de la déclaration de guerre, Gabrielle Petit a vingt et un ans. Elle est fiancée à un soldat de métier, Maurice Gobert, rencontré deux ans plus tôt. Celui-ci est blessé à Hofstade (près de Liège). Détenu par les Allemands, il s'échappe et rejoint Gaby qui, de son côté, côtoie le front au sein de la Croix-Rouge de Molenbeeck-Saint-Jean. Le couple, coupé des armées belges, doit alors se cacher pour tenter de passer la frontière hollandaise.

  • Statue de Gabrielle Petit à Bruxelles

    Statue de Gabrielle Petit à Bruxelles. Source : www.ww1-propaganda-cards.com

De retour en Belgique, elle s'engage dans les services secrets. Elle suit un entraînement au Royaume-Uni, en juillet 1915, et devient rapidement une espionne reconnue. Devenue Mlle Legrand, elle travaille dans le secteur d'Ypres à Maubeuge, séjourne parmi les troupes ennemies, multipliant les fausses identités, collecte des informations sur les mouvements des troupes allemandes, les points stratégiques, l'état de l'armement et du réseau ferroviaire pour le compte des alliés. Elle s'occupe aussi de distribuer la presse clandestine (La Libre Belgique), de diriger un réseau parallèle de distribution de courrier aux soldats captifs, et de faire passer la frontière hollandaise aux soldats bloqués derrière les lignes allemandes.

 

Cependant, les services de contre-espionnage allemands, à l'automne 1915, intensifient leurs actions. Gabrielle Petit, déjà soupçonnée quelques mois plus tôt, est mise sous surveillance. Elle échappe une première fois à ses poursuivants dans les ruelles de Molenbeek. Arrêtée à Hasselt, elle s'enfuit à nouveau de l'auberge où elle est détenue. L'étau se resserre en décembre. Les services allemands arrêtent et remplacent le courrier de son réseau par un traître hollandais qui, pendant plus d'un mois, porte les messages à la Kommandantur. Méfiante, Gaby ne laisse aucun indice permettant de découvrir les membres de son équipe.

 


Elle est arrêtée le 20 janvier 1916 par le policier Goldschmidt et mise au secret pendant cinq jours à la Kommandantur. Ni son interrogatoire, ni la fouille destructrice de son appartement n'apportent de preuves. La détenue est alors transférée le 2 février à la prison Saint-Gilles (Bruxelles). Là, résistant à la rudesse des interrogatoires et des conditions d'internement, elle fait innocenter la famille de sa logeuse, Mme Collet, et met en place un système d'approvisionnement et de communication pour les détenues. Elle refuse de trahir ses compagnons en échange de la clémence des juges.

 

Le 3 mars 1916, Gabrielle Petit est condamnée à mort. Sa soeur, dès le 8 mars, tente un recours en grâce, rédigé par M. Marin, directeur de la prison Saint-Gilles, et appuyé par la nonciature apostolique et la légation d'Espagne, auprès de la Kommandantur qui demeure inflexible. Le premier avril, la sentence est exécutée au Tir national (commune de Schaarbeek). Son corps est inhumé sur les lieux de l'exécution. Ne bénéficiant pas de la notoriété d'une Louise de Brettignies ou d'une Edith Cavell, son exécution reste ignorée de l'opinion publique jusqu'en 1919 où, elle reçoit les honneurs de son rang lors d'une cérémonie nationale présidée par la reine Elisabeth, le Cadinal Mercier et le Premier ministre, M. Delacroix. Le 27 mai, son corps est exhumé et exposé deux jours durant dans la salle des Pas-Perdus de l'Hôtel communal, avant d'être enterré dans le cimetière de la ville de Schaarbeek.


Une statue lui est dédiée à Bruxelles ainsi qu'une place à Tournai.

Sources : Louise de Bettignies et les femmes qui firent la guerre. Commémoration de l'année 1916, CDIHP du Nord. Ministère des anciens combattants et victimes de guerre - - THEBAUD Françoise, La femme au temps de la guerre de 14, Paris, Stock, 1986
< Revenir à la liste des personnalités