La gestion individuelle des morts

 

Confrontés à la mort de masse, les nations belligérantes furent conduites à rompre avec les pratiques antérieures concernant la gestion des morts, dans le sens d'un traitement individuel.

 

En effet, jusqu'alors, les tombes des combattants en Europe, n'existaient que rarement de façon individuelle : seuls, les officiers et les personnages de haut rang recevaient les hommages funèbres (sépulture, érection d'un monument).

 

Pour les hommes de troupes, l'usage était répandu de les enterrer à la hâte sur le lieu même du combat, dans des fosses communes.

 

Avec la Première Guerre mondiale, le traitement individuel de la mort au combat entre en adéquation avec la démocratisation des sociétés occidentales et l'individualisation des sentiments vis à vis de la mort, phénomène qui s'étend à la société guerrière avec la généralisation de la conscription. Le nouveau regard porté sur la mort au combat conduit à privilégier l'héroïque perte et la souffrance des corps plus que la traditionnelle héroïque mort.

 

En France, l'initiative de personnaliser l'ensevelissement des corps et le rituel de deuil revint aux civils combattants. L'Etat entérina ces nouvelles pratiques et en assuma progressivement les différentes composantes : identification, ensevelissement dans un cercueil, obsèques, service et entretien de la tombe, regroupement. C'est par la loi de décembre 1915 que fut adopté le principe de la sépulture individuelle et perpétuelle pour tous les soldats.

 

Aux Etats-Unis, le principe était déjà en vigueur depuis 1866 (fin de la guerre de Sécession) et en Grande-Bretagne, il fut officialisé par la création de l'Imperial War Commission en 1917.

 

Du côté allemand, la gestion individuelle des morts fut adoptée dès le début du conflit. Seuls, les corps indissociables étaient enterrés sous une même tombe. Lorsque les restes de soldats étaient inhumés dans un ossuaire, une liste était soigneusement établie.

 

Cette individualisation des rites funéraires et de deuil apparaît plus marqué chez les nations anglo-saxonnes. Dans les cimetières et mémoriaux édifiés par les Britanniques, la stèle du défunt porte souvent une inscription choisie par la famille et la tombe individuelle a été préférée à l'ossuaire pour les soldats non identifiés ; la présence et le lien avec les disparus ont été, d'autre part, affirmés de manière plus évidente et plus solennelle par la réalisation de murs de noms (mémoriaux de Thiepval, de Terre-Neuve, de Villers-Bretonneux).

 

 

Source : Mindef/SGA/DMPA