La Première Guerre mondiale (1914-1918)

Un conflit mondial et mécanique

 

Le 28 juin 1914, François-Ferdinand, l'archiduc héritier d'Autriche, est assassiné, avec son épouse, à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, pays que l'Empire autrichien avait annexé de fait en 1908 alors qu'il était revendiqué par le royaume de Serbie au nom du principe des nationalités.

 

 

Le Petit Parisien du 29 juin 1914. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

 L'Autriche rend responsable le gouvernement serbe de cet attentat et lui adresse un ultimatum inacceptable à dessein, malgré le risque de heurter la Russie, protectrice des petits pays slaves. Vienne prend ce risque car elle a le soutien de Berlin. Agressant la Serbie qui pourtant a cédé aux exigences, l'armée autrichienne passe à l'action le 29 juillet et bombarde Belgrade.

 

Les alliances aussitôt déclenchent les déclarations de guerre ; les militaires relèvent les diplomates. L'Europe se précipite dans un conflit où l'Entente affronte les Empires Centraux. L'Allemagne envahit le Luxembourg puis la Belgique, neutres et déclare la guerre à la France le 3 août. Auparavant, le 1er août, l'Allemagne était entrée en guerre contre la Russie déjà en conflit ouvert avec l'Autriche-Hongrie. L'Angleterre, avec l'Egypte à ses côtés, entre dans la lutte pour le droit des Etats aux neutralités piétinées, aux traités bafoués par les signataires.

 

La France mobilise le 2 août, déclenche la concentration aux frontières de ses troupes puis passe à l'offensive. Ses deux protectorats, Maroc et Tunisie, fournissent des soldats contre l'Allemagne. D'Algérie, l'armée d'Afrique (tirailleurs, cavalerie, artillerie, etc) vient en France, comme des contingents sénégalais de l'armée coloniale tandis qu'à Paris, à Bordeaux, Lyon, Marseille et Toulon, des milliers d'étrangers (Italiens, Polonais, Tchèques, Suisses, Espagnols, Luxembourgeois, Russes, etc) s'engagent dans la Légion étrangère pour la durée de la guerre.

 

 

 

Embarquement d'un régiment de tirailleur à Alger en 1914 à destination de la France. Source : Libre de droit

 

 

Les opérations s'engagent immédiatement sur terre, sur mer et aux colonies, en Afrique, en Asie, dans le Pacifique. Le Japon se met dans le camp allié ; plus tard, la Turquie rejoint les Empires Centraux. S'ouvrent un front Ouest, un front Est, un front des Balkans (devenant le front d'Orient en 1916), un front du Caucase (on s'y bat pour Tiflis, Tabriz, Van, Erzeroum, la 3e armée turque est anéantie par les Russes dans les montagnes) ; il y aura même un front du Moyen-Orient lorsque les Anglais débarquent en Mésopotamie et que les Turcs attaquent le canal de Suez en 1915. La Guerre Sainte, lancée à Constantinople, va agiter les populations musulmanes contre les Chrétiens (soulevant les Senoussis au Sahara, les dissidents au Maroc, les Turcs contre les Arméniens), semer le trouble en Perse, en Azerbaïdjan, au Pakistan, et maintenir sur place des troupes alliées au dépend du front Ouest. Quant au front africain, il est immense et aussitôt réactif : dès le 8 août 1914, des navires anglais canonnent Dar-es-Salam ; en novembre, 6 000 Britanniques débarquent pour envahir l'Est africain allemand où la guerre va durer quatre ans avec, en 1916, l'appui des troupes portugaises. Français, Anglais et Belges envahissent le Cameroun et le Togo allemands.

 

 

 

Troupe camerounaise en poste dans la Sud-Ouest africain allemand (Namibie) ; la colonie capitule en 1915 face aux Sud-Africains. Source : Deutsche Kolonialgesellschaft (DKG) — Koloniales Bildarchiv, Universitätsbibliothek Frankfurt am Main

 

 

Les Afrikaaners du Transvaal attaquent sans hésiter la colonie allemande en Namibie. Très loin de là, en Chine, l'armée japonaise fait le siège du port de Tsing Tao où la garnison allemande résiste avec énergie, tandis que les Australiens ont fait main-basse sur les possessions allemandes de Papouasie.

 

En Europe de l'Est, les Russes envahissent la Prusse Orientale mais ils sont battus en Mazurie, à Tannenberg. Puis la lutte se déroule en Pologne pour Varsovie, Lodz. En 1915, elle a lieu surtout en Galicie, sur les lignes de la Vistule, du Bug, du Sereth. Les Russes écrasés, reculent de 250 km en mai 1915 ; les offensives des Empires Centraux s'enchaînent jusqu'à constituer un front ininterrompu de 1 000 km de long, stabilisé de la Lettonie à la Bukovine. Les Russes ont perdu trois millions d'hommes dans cette lutte gigantesque. Pourtant, ils prennent de nouveau l'offensive à l'été 1916, avec le général Broussilov et sont victorieux dans une percée mémorable, soulageant ainsi le front Ouest et Verdun menacé.

 

 

 

Prisonniers russes à la gare de Tilsit. Source : Berliner Illustrirte Zeitung

 

 

Dans les Balkans, la Serbie, totalement occupée, agonise sous les coups des Empires Centraux. Entrée en Macédoine, l'armée d'Orient du général Sarrail se retire le long du Vardar et se retranche à Salonique, en Grèce, en décembre 1915.



Sur toutes les mers du monde, les flottes alliées et ennemies se rencontrent. Les Anglais remportent le combat naval des Falklands, en Atlantique sud, le 8 décembre 1914, après avoir gagné celui du Cap Coronel, au Chili, le 1er novembre. En mer du Nord, le 28 août 1914, la Home Fleet se heurte à la Hoch See Flotte qu'elle malmène. Dès le début des hostilités, les sous-marins prouvent leur réelle efficacité par des torpillages audacieux qui envoient de grands navires par le fond. Ainsi le 22 septembre 1914, l'U-9 coule-t-il trois croiseurs anglais au large de la Hollande. Le blocus maritime allié se déclenche le 29 octobre contre les Centraux.

 

En Méditerranée, l'Adriatique est bloquée par les Alliés, la flotte autrichienne se retrouve coincée dans ses bases, secourue par les sous-marins allemands venus par le détroit de Gibraltar. Ils opèrent aux Dardanelles que les Alliés attaquent par mer et par terre et coulent en 1915 les cuirassés Triumph, Majestic, etc. Ils attaquent aussi le trafic maritime dès 1916 et en 1917 entre Toulon et Salonique. Dans ces instants de lutte intense, la marine nationale française subit de lourdes pertes : cuirassés Bouvet (par mine), Suffren, Danton, Gaulois, croiseurs Léon-Gambetta, Châteaurenault, Amiral-Charner, croiseurs auxiliaires Gallia, Burdigala, transport Provence II, contre-torpilleur Cassini, des patrouilleurs, des sous-marins. La marine marchande perd de grosses unités : paquebots Athos, Sontay, Calvados, etc. L'arme absolue est la torpille allemande de 500 mm chargée à 180 kg d'explosif. En riposte, la marine française lance des grenades sous-marines Guiraud et utilise des écouteurs pour détecter des bruits d'hélice. Les Alliés oeuvrent en commun contre les U-Boot grâce aux bateaux-pièges ; l'amiral Jellicoe est mis à la tête de la défense anti-sous-marine.

 

 

 

Sous-marin allemand U 3. Source : Carte postale

 

 

L'U-20 torpille le paquebot Lusitania le 1er mai 1915 en Atlantique ce qui provoque colère et indignation des Etats-Unis. L'Italie rejoint les Alliés le 23 mai 1915 et sa flotte opère en Méditerranée. Le ministre de la Guerre britannique, lord Kitchener, disparaît en mer du Nord, le 6 juin 1916, à bord du cuirassé Hampshire qui a sauté sur une mine. Au nord, le 31 juillet 1916, flottes anglaise et allemande se rencontrent au Jutland en une bataille de cinq heures d'affilée, faisant environ 9 000 morts des deux cotés. Les Anglais perdent 5 croiseurs et cuirassés dont l'Invincible, qui explose avec l'amiral Hood à bord. Les Allemands perdent deux croiseurs et beaucoup d'autres navires ont des dégâts sérieux. Le blocus maritime contre les Empires Centraux est très élargi le 6 février 1917 et un barrage de mines flottantes et immergées est établi, long de 400 km, entre les îles Orcades et la Norvège.

 



 

Dans les cieux, le premier combat aérien, gagné par les Français, se déroule le 5 octobre 1914. Le commandant de Rose créée la chasse en 1916. Les as commencent leurs exploits (Garros, Védrines, Nungesser, Navarre, Brocard, Madon, Dorme, Boyau, Pégoud, Guynemer, Fonck, etc). Le commandant de Goÿs créée le 1er groupe de bombardement et attaque les usines de Ludwigshafen, avec 18 avions, le 26 mai 1915. En face, leur répondent les pilotes Boelcke, Immelmann, Voss, Richthofen, etc. Dès 1915, les dirigeables de la marine, les Zeppelins, attaquent les capitales Londres et Paris. Parmi les Anglais, les Américains et les Belges, d'autres as étincellent d'exploits : Ball, Mannock, Bishop, Mac Cudden, Collishaw, Rickenbacker, Luke, Lufbery, Willy Coppens, Thieffry, etc.

 

 

Autochrome couleur d'un chasseur Nieuport 17 dans l'Aisne, en 1917. Source : Domaine public

 

 

La base franco-britannique des attaques aériennes contre le Reich est au terrain de Malzéville-Nancy, en Lorraine. En France, le front s'est stabilisé après les victoires de la Marne et du Grand Couronné de Nancy en septembre 1914, pour favoriser les opérations dans les Flandres et en Artois. 1915 est l'apogée des attaques françaises dans les Vosges, dans la Meuse comme en Meurthe-et-Moselle, en Champagne et dans l'Aisne, l'Oise, la Somme, le Pas-de-Calais où la lutte est acharnée pour les hauteurs. Le généralissime Joffre réunit plusieurs fois les chefs alliés à son G.Q.G. de Chantilly afin d'y décider d'actions communes, désavantageant le IIe Reich qui doit se battre sur deux fronts. 1916 est dominée par les batailles de Verdun et de la Somme, deux "gouffres de feu", usant troupes et matériels.



La lutte s'achemine vers une guerre totale où le rôle de l'armement s'amplifie grâce à l'industrie. La première attaque, à l'ouest, qui utilise le gaz chlore, comprimé en bouteilles, a lieu en Flandre le 22 avril 1915 contre les troupes alliées du front de l'Yser. Vont être aussi utilisés les lance-flammes, les obus au phosphore, les chars d'assaut lourds et légers, l'artillerie lourde sur voie ferrée, l'artillerie de tranchée ainsi que les ballons d'observation, la D.C.A., le repérage par le son, la T.S.F., les camions, les tracteurs à chenille, etc. Chaque belligérant adopte un casque d'acier, adapte ses uniformes, améliore ses armes automatiques et ses pièces d'artillerie. Les gaz sont perfectionnés avec le phosgène en 1916, l'ypérite en 1917, la léwisite en 1918. Sont créés aussi les lacrymogènes, les toxiques sidérants.

 

 

 

Soldats de la 55e division britannique rendus aveugles par les gaz lacrymogènes à la bataille de la Lys en 1918. Source : Imperial War Museum

 

 

Sur mer apparaissent les croiseurs-sous-marins, les sous-marins mouilleurs de mines, les vedettes d'assaut, les avions et les hydravions torpilleurs, un porte-avions (le premier appontage est réussi le 2 août 1917 par un avion Sopwith). Les populations des Empires Centraux souffrent du blocus. Celles des pays occupés connaissent le travail forcé, la déportation, les réquisitions, les tyrannies militaires.

 

Dans chaque camp, l'espionnage, le contre-espionnage, la propagande sévissent. L'infirmière anglaise miss Edith Cavell, soupçonnée d'aide aux soldats alliés en Belgique, est jugée, condamnée à mort puis fusillée à Bruxelles par le Gouvernement militaire allemand de Belgique, provoquant un tollé général chez les Alliés et chez les Neutres.

 

 

Miss Edith Cavell. Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 

 

Les Français, en 1917, fusillent Mata-Hari pour espionnage. Celui-ci fait rage et les renseignements sont recherchés coûte que coûte par chaque camp.

 

L'Amirauté britannique réussit à s'approprier le code des messages allemands au plus haut niveau, ce qui permettra de déchiffrer la dépêche Zimmermann en 1917 d'une importance capitale. L'industrialisation de la guerre se développe à outrance, les femmes travaillent comme ouvrières. Les emprunts de guerre sont lancés, chaque pays draine son or, emprunte à l'étranger. Inflations, pénuries, grèves asphyxient la vie économique qui n'existe dès lors que pour la guerre menée avec frénésie par chaque gouvernement.

 

Les civils ont faim, froid et peur et sont frappés par les deuils. Les pertes en combattants sont immenses et nécessitent l'utilisation totale des ressources propres en hommes de tous les belligérants. Les Alliés puisent aussi dans leurs contingents d'Afrique et d'Asie. Ils embauchent des travailleurs chinois pour oeuvrer dans l'effort de guerre. Le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud luttent aux côtés des Anglais qui utilisent l'armée des Indes depuis le début des opérations. Le Portugal, la Grèce, la Roumanie, les Etats-Unis ont rejoint l'Entente. La Bulgarie s'allie aux Empires Centraux. Suisses, Hollandais, Espagnols restent neutres comme les Scandinaves, encore que les Suédois aient failli se rallier à l'Allemagne. Celle-ci a voulu entraîner le Mexique dans la lutte (la fameuse dépêche Zimmermann), ce qui a déterminé l'entrée en guerre des Américains le 2 avril 1917.

 

 

 

Pendant la Première Guerre mondiale, l'US Army publie une affiche de recrutement mettant en vedette l'Oncle Sam. Source : Library of Congress

 

 

Les Etats-unis déclarent également la guerre à l'Autriche-Hongrie, plus tard, en décembre 1917. Un bon nombre de pays sud-américains, comme le Brésil par exemple, sont entraînés dans leur sillage et se déclarent hostiles à l'Allemagne.



En cette année, l'empire des tsars s'effondre en février, Nicolas II abdique le 15 mars, remplacé par le gouvernement du prince Lvov dont Kérenski est le ministre de la Guerre puis Premier ministre. La révolution bolchevique éclate les 6 et 7 novembre, Lénine prend le pouvoir avec Trotski. L'Allemagne a déclenché la guerre sous-marine à outrance le 1er février 1917 et enregistre un record de tonnage coulé (même pas égalé lors de la Seconde Guerre mondiale !) : 880 000 tonneaux envoyés par le fond durant le mois d'avril.

 

Le 4 mai, la marine américaine entre dans le conflit, dans la bataille anti-sous-marine afin de protéger les convois de navires entre l'Amérique et l'Europe. 1917 voit aussi la prise de Bagdad, le 11 mars, par les Britanniques qui peuvent ainsi se renforcer sur le front de Perse où l'armistice russo-turc entre en vigueur le 7 décembre.

 

 

 

Entrée du général Maude à Bagdad, 11 mars 1917. Source : Libre de droit

 

 

Des renforts allemands partent pour le Moyen-Orient où le général anglais Allenby veut conquérir la Palestine. Lawrence, avec les Arabes, prend Akaba le 5 juillet. Allenby passe à l'offensive, atteint Gaza le 27 octobre, Jaffa le 16 novembre, Jérusalem le 9 décembre. Sur ce front, combattent aussi environ 6 000 Français du lieutenant-colonel de Piépape.

 

En Orient, le général Sarrail, après la prise de Monastir en 1916, a cédé son commandement au général Guillaumat le 22 décembre 17. En Italie, l'Allemagne intervient directement : Ludendorff y expédie la 14e armée allemande, fer de lance d'une offensive qui pulvérise le secteur de Caporetto avec 325 000 prisonniers et 3 200 canons pris, faisant une avance de 120 km. Les Italiens, secourus par les Alliés (général Fayolle avec 120 000 hommes, général Plumer avec 7 divisions) se rétablissent derrière la Piave. Se déroulent alors les combats acharnés du Grappa ; les chasseurs alpins français reprennent le Monte Tomba le 30 décembre.

 

 

1917. D’un boyau, Français et Italiens observent la Piave. Source : Library of Congress

 

 

La petite armée roumaine, assistée d'une mission militaire française (général Berthelot), est liquidée par les Empires Centraux sur le front moldave, un armistice est signé le 9 décembre.



La France, épuisée par la bataille du Chemin des Dames doute mais Georges Clemenceau, président du Conseil et ministre de la Guerre, déclare aux députés le 20 novembre : "je fais la guerre, rien que la guerre !". Son chef de cabinet militaire est le général Mordacq, baptisé "l'Ours" tandis que Clemenceau est "le Tigre". A leurs côtés, un homme efficace : Louis Rothschild dit Georges Mandel, chef de cabinet. Au ministère de la Marine, Clemenceau a mis Georges Leygues.

 

A Berlin, le chancelier Bethmann-Hollweg (en place depuis 1909) doit démissionner le 13 juillet, remplacé par Michaëlis tandis qu'au Reichstag, Erzberger exige une paix de compromis au grand dam des chefs militaires suprêmes. L'empereur d'Autriche Charles Ier partage l'idée d'une paix rapide mais à la Direction suprême de la Guerre, le maréchal von Hindenburg et son adjoint Ludendorff veulent obtenir la paix par les armes victorieuses, une paix allemande garantissant les buts de guerre impériaux comme l'annexion de la Belgique et du Luxembourg, la colonisation de l'Est, etc. Le programme du 9 septembre 1914, du au chancelier : création d'une Europe allemande, dite Mitteleuropa, où la France serait un état vassal après avoir perdu le Nord, le Pas-de-Calais, la Meuse et la Meurthe-et-Moselle, etc, reste effectif quoique susceptible d'amendements.

 

 

 

L’empereur Guillaume II et l’empereur Charles Ier d’Autriche-Hongrie. Source : Deutsches Bundesarchiv

 

 

Le traité de Kiev a été signé avec les Ukrainiens le 9 février, le traité de Brest-Litovsk avec Moscou le 3 mars, celui de Bucarest avec les Roumains le 7 mai, permettent à l'Allemagne d'assurer sa mainmise à l'Est et d'y développer ses multiples projets. Le G.Q.G. impérial aide l'Ukraine, et met à Kiev un gouvernement fantoche sous le général "collaborateur" Skoropadski, envoie des troupes qui entrent en Crimée, atteignent le Donetz, le Don, le Kouban et la Géorgie (celle-ci se donne l'indépendance le 26 mai). Une armée de Russes tsaristes se forme avec Denikine, anti-Rouges et anti-Allemands, qui se rallie à l'amiral Koltchak aidé par les Alliés qui vont débarquer à Vladivostok en Sibérie, à Mourmansk et à Arkhangelsk.

 

 

Nicolas II en captivité à Tsarkoie-Selo en 1917. Source : Bibliothèque du Congrès des États-Unis

 

 

Le 17 juillet, le Tsar et sa famille sont assassinés par les bolcheviks à Ekaterinbourg. Ces agissements unilatéraux allemands engendrent un deuxième traité à l'Est, celui du 28 août 1918, où Moscou reconnaît les pires conditions, perd la Pologne, la Finlande, les pays baltes, etc. L'objectif majeur est le pétrole de Bakou, ville prise par les Turcs et menacée par les Anglais, et dans ce domaine des carburants, le traité de Bucarest a déjà donné aux Allemands le pétrole roumain de Ploesti pour une durée de trente ans. Berlin exige à l'avenir 33 % du pétrole russe, promettant de rendre le Donetz et de faire partir les Turcs de Bakou. Turcs et Allemands négocient, les premiers veulent leur protectorat sur l'Arménie et l'Azerbaïdjan, laissant la vitale Géorgie à Berlin qui y protège le pipe-line Bakou-Batoum et la voie ferrée Caspienne-Mer Noire passant à Tiflis.

 

Parmi cet imbroglio agit la mission militaire française en Russie (du général Niessel avec plus de 200 officiers) : la France aide Moscou contre la mainmise ennemie et ses cadres sur place organisent l'évacuation de matériels vers la Sibérie, sabotent des usines, font sauter ponts et voies ferrées ; l'Allemagne y perd 500 000 tonnes de minerai de fer en wagons, utiles à sa métallurgie de guerre.

 

 

Chars Renault avec soldats français mélangés à des civils et des soldats russes durant l'intervention militaire en mer Noire en 1919. Source : Revue Connaissance de l'Histoire

 

 

Au nord, en avril 1918, en Finlande, le général Mannerheim prend le pouvoir, s'allie à Berlin, et c'est l'armée allemande qui reprend Helsinski aux "Rouges" où elle fait son entrée le 16 mai.



1918 voit le triomphe des moyens terrestres : le moteur des chars et des avions, l'obus spécial à l'ypérite dit gaz moutarde. Les moteurs permettent la victoire alliée d'où l'importance, déjà, du pétrole. L'aviation omniprésente intervient directement dans la bataille. Les Anglais ont créé la R.A.F. le 1er avril ; le général Duval créée la 1ère division aérienne le 16 mai (une force tactique de chasse et de bombardement) ; les Allemands ont la Kogenluft (commandement des forces aériennes) et pour leurs raids de représailles contre Paris et Londres, ils emploient les avions géants Gotha GV bi-moteurs ainsi que les R.F.Z. à six moteurs.

 

 

Un « Gotha » dernier modèle, exposé devant la statue Jean Bart a Dunkerque. Dans l'après-midi et la nuit du 25 janvier 1918. Source : l'album de la guerre 1914-1919. © L'illustration

 

 

La première bombe d'une tonne est jetée sur Londres le 7 mars 1918. Un pilote italien, Gabriele d'Annunzio, après un vol audacieux, parvient à larguer des tracts anti-allemands sur Vienne, le 9 août. Le 22 janvier, à Londres, se réunit pour la première fois l'état-major naval interallié où amiraux anglais, français, italiens, américains et japonais coordonnent leurs actions pour achever de gagner la guerre maritime et assurer l'arrivée des forces américaines en Europe, soit 10 000 soldats par jour à partir de juillet. La marine américaine de l'amiral Sims met elle-même en action 370 bâtiments et 80 000 marins.

 

 

Soldats américains à bord de l’US Transport Hancock en route vers la France. Source :  US National Archives

 

 

Le 22 avril, l'Amirauté britannique déclenche le raid audacieux de l'amiral Keyes contre Zeebrugge, la base des Flandres, nid de sous-marins et d'hydravions, avec un débarquement de fusiliers-marins, les Royal Marines, qui réussit ses destructions et embouteille le canal de sortie. Le camp allemand, à l'Ouest, a perdu bataille sur bataille depuis le printemps, ses pertes en hommes et en matériel sont immenses ; même l'offensive "pour la paix", en Champagne, du 15 juillet, a échoué piteusement. A Spa, en Belgique, le 14 août, se déroule le Conseil de la Couronne où se rencontrent les deux empereurs d'Allemagne et d'Autriche. Charles Ier y dit que "ses peuples sont à bout, comme les forces de son empire le sont aussi". Généralissime allié, Foch reçoit la dignité de maréchal de France le 6 août et, deux jours plus tard, son offensive de Montdidier crève le front allemand de la Somme. Ludendorff qualifie ainsi le 8 août : "c'est le jour de deuil de l'armée allemande". Celle-ci, durant des semaines, va subir revers sur revers, se trouver acculée, ses lignes de défense percées, sans réserve en effectifs, affaiblie, affamée, obligée à la retraite constante, avec un commandement supérieur démoralisé.



En Orient, le général Franchet d'Esperey perce le front bulgare de la Moglena le 15 septembre. La brèche est exploitée par la cavalerie française qui prend Uskub sabre au clair le 29. Le jour-même, l'armée bulgare capitule. Le 16 octobre, les Français occupent la capitale bulgare, Sofia, et atteignent le Danube trois jours plus tard. Le 1er novembre, l'armée serbe reprend Belgrade.

 

 

Franchet d'Esperey passe en revue la 5e armée grecque en Macédoine en 1918. Source : Libre de droit

 

 

L'armée française du Danube, du général Berthelot, intervient contre les Allemands en Roumanie. La Turquie capitule le 30 octobre, effondrée par son désastre au Moyen-Orient (pertes de Naplouse, Nazareth, Damas, Beyrouth, Alep ; Naplouse a été conquis au sabre par la cavalerie française d'Afrique), en Mésopotamie (perte de Mossoul) et en Thrace. Le 6 octobre, la marine française s'empare de Beyrouth où le général Hamelin, venu par mer, prend le commandement de la région jusqu'à Alexandrette en vertu des accords franco-anglais Picot-Sykes.

 

La Hongrie rompt avec l'Autriche le jour où l'Italie attaque sur la Piave, le 24 octobre. L'Autriche capitule le 3 novembre et le 12, la République est proclamée à Vienne puis le 16 à Budapest. En Pologne, le général Pilsudski prend le pouvoir à Varsovie. L'Allemagne, à l'armée battue sur les champs de bataille et minée par les menées révolutionnaires, prie en octobre le président des Etats-Unis Wilson d'entrer en pourparlers sur la base des 14 points de paix américains, par la voix de son chancelier Max de Bade. Le général Groener remplace Ludendorff (ce dernier sera député nazi dans l'Entre-deux-guerres). Avec l'aide du chancelier, il fait abdiquer le Kaiser Guillaume II, le 9 novembre, qui se réfugie en Hollande. La République est proclamée à Berlin.

 

 

 

Révolution de novembre 1918 à Berlin : un groupe de soldats brandissant le drapeau rouge, le 9 novembre à la Porte de Brandebourg. Source : Deutsches Bundesarchiv

 

 

Les plénipotentiaires allemands menés par Erzberger sont conduits à Rethondes, dans l'Oise, pour y entendre du maréchal Foch les conditions d'armistice. Après les signatures, l'armistice prend effet le 11 novembre, arrêtant les hostilités à 11 h entre l'Allemagne et les Alliés, l'armée allemande devant évacuer les territoires qu'elle occupe sauf en ex-Russie (article 12) jusqu'à décision opportune des Alliés qui y préfèrent pour quelques temps la présence militaire allemande qu'un chaos généralisé.

 

Les Français entrent à Strasbourg, Metz ; le roi Albert Ier à Bruxelles ; les Alliés occupent la rive gauche du Rhin et des têtes de pont sur la rive droite.

 

 

 

Une vue de l'intérieur de la Galerie des Glaces à Versailles, avec les chefs d'Etat assis et debout devant une longue table. Source : Imperial War Museum

 

 

L'armistice est renouvelé plusieurs fois avant que la conférence de la paix, à Paris, n'aboutisse à la paix finale concrétisée par le traité de Versailles du 28 juin 1919 qui comprend 435 articles. Il entre en vigueur le 11 janvier 1920, adopté par les députés français à la majorité le 20 octobre suivant. D'autres traités sont signés ensuite : Saint-Germain-en-Laye (10 septembre 1919) avec l'Autriche ; Neuilly (27 septembre 1919) avec la Bulgarie ; Grand Trianon (4 juin 1920) avec la Hongrie ; Sèvres (10 août 1920) avec la Turquie.

 

Des pays s'agrandissent : la France (qui retrouve l'Alsace et la Lorraine), la Belgique, le Danemark, l'Italie, la Grèce et la Roumanie. D'autres voient le jour : la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, l'Estonie, etc. La Société des Nations est créée pour régler de futurs litiges internationaux. Les Etats-Unis refusent de ratifier le traité de Versailles et n'entrent pas à la S.D.N. La paix est cependant porteuse de nombreux germes de guerre qui conduiront les peuples épuisés à entamer une deuxième guerre mondiale.

 

 

MINDEF/SGA/DMPA Pierre Hervet 21/11/2002