Les Tchécoslovaques en France 1914-1918

1914-1917

 

En 1914, les populations tchèques et slovaques sont des minorités nationales incluses dans l'empire austro-hongrois. La guerre fait naître des espoirs chez les partisans de l'indépendance qui voient dans une victoire des Alliés la condition de celle-ci. Si nombre de ces partisans espèrent en la Russie, d'autres regardent vers l'Occident. Thomas Masaryk, chef du mouvement anti-autrichien, effectue ainsi plusieurs voyages en pays neutres, gagne Paris puis Londres. Rejoint à Paris par Édouard Benes en septembre 1915, il rencontre le président du Conseil, Aristide Briand, grâce à Milan Stefanik, général français d'origine slovaque. À Londres, Masaryk rencontre le premier ministre, Lord Asquith.

 

Peu désireux de soulever l'épineuse question des minorités nationales, les Alliés ne se décident pourtant pas à soutenir la cause tchécoslovaque. Loin de se décourager, le groupe tchèque de Paris persévère et publie, le 14 novembre 1915, une déclaration demandant l'instauration d'un état tchécoslovaque indépendant. En 1916, le Comité tchèque à l'étranger se transforme en Conseil national des pays tchèques et installe son siège à Paris. Masaryk en est le président, Stefanik le vice-président, Benes le secrétaire général.

 

Thomas Masaryk, Milan Stefanik et Édouard Benes

 

Le 10 janvier 1917, les Alliés incluent alors dans leurs buts de guerre l'indépendance des Tchécoslovaques par le démembrement de l'empire austro-hongrois.

 

 

La compagnie Nazdar 1914-1915

 

Le 25 juillet 1914, jour de la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie, la colonie tchécoslovaque de Paris se porte rue de Varenne (7e arrondissement) devant l'ambassade impériale des Habsbourg où elle brûle un drapeau autrichien. Le 9 août, après l'assemblée générale des organisations tchécoslovaques parisiennes (la Rovnost, social-démocrate, et le Sokol, national-libéral), il est décidé que tous les membres aptes s'engagent dans l'armée française. Le 22, plusieurs centaines d'entre eux sont acceptés dans la Légion étrangère, lors des conseils de révision tenus à l'Hôtel des Invalides. Un groupe de 250 hommes part pour le camp d'instruction de Bayonne, où il reçoit l'entraînement des soldats français. Équipés, armés, ils forment la 1re compagnie du bataillon C du 2e régiment de marche du 1er régiment étranger. Le 12 octobre se déroule la cérémonie de prestation du serment avec remise d'un fanion offert par les Bayonnaises. Le 23, les volontaires partent pour le front de Champagne. Au sein de la 5e armée, leur régiment, qui fait partie de la division marocaine du général Blondlat, lutte jusqu'en avril 1915 dans le secteur de Sillery. Le premier légionnaire tchèque tué, Lumir Brezovsky, tombe le 11 décembre 1914 près de la ferme des Marquises. Inhumé le 15 décembre à Louvois-sur-Marne, son corps est exhumé en 1933, en présence du ministre de la Guerre Daladier, pour être envoyé à Prague où il est déposé dans une urne au musée national de la Libération.

 

Mutée à la 10e armée, la division attaque en Artois le 9 mai 1915 et le 1er Étranger subit de lourdes pertes dans le secteur de Neuville-Saint-Vaast. La compagnie Nazdar prend l'ouvrage P, avance vers la cote 140 au prix de 50 tués et 150 blessés. Au cours de ces opérations périssent Bezdicek, le porte-drapeau, enseveli par l'explosion d'un obus, et le lieutenant Vaclav Dostal, premier officier tué. Contre-attaquée, la Légion doit se replier après onze heures de lutte. Les compagnies, exsangues, sont fusionnées les jours suivants. Les rares survivants tchécoslovaques combattent comme légionnaires jusqu'en 1918 avant de passer dans leur armée nationale.

  • Le lieutenant-colonel Stefanik et les représentants tchécoslovaques aux États-Unis, 1917. Source : wikipedia CZ/domaine public

  • Arrivée de Tomas Masaryk à Prague, place Venceslas, 21 décembre 1918. Source Czech archive

  • Le général Janin passe les troupes tchèques en revue en compagnie du général Syrovy, Omsk, 1919. © ECPAD/Antoine Mangin

  • Cavaliers tchèques, Sibérie, printemps 1919. © ECPAD/Antoine Mangin

  • Plaque commémorative à l'entrée du monument du camp Kléber, Darney, Vosges. © MINDEF/SGA/DMPA

  • Monument aux soldats tchécoslovaques morts en France entre 1914 et 1918, œuvre de Karel Dvorak, Paris, cimetière du Père Lachaise. © MINDEF/SGA/DMPA/J-P Le Padellec.

L'armée en France, 1918

 

Le 16 décembre 1917, le gouvernement français, qui s'est rangé aux raisons du Conseil national, autorise par décret présidentiel la formation d'une armée tchécoslovaque, subordonnée aux Alliés, avec un encadrement français. Le noyau de cette armée est d'abord constitué des survivants de la compagnie Nazdar et des engagés venus de France. Le 21e régiment de chasseurs tchécoslovaques (RCT) est mis sur pied à Cognac en janvier 1918, suivi du 23e. En mai, à Jarnac, est fondé le 22e RCT. Les volontaires viennent de Russie, de Roumanie, de Serbie, d'Italie, recrutés parmi les prisonniers de l'armée autrichienne. Un important groupe de volontaires vient des USA. Le général français Janin devient le chef du corps tchécoslovaque en Sibérie. Les 21e et 22e RCT forment la 1re brigade d'infanterie tchécoslovaque, d'environ 7 000 hommes, aux ordres du colonel Philippe. Lors des premières offensives, les deux chefs de corps de la brigade tchécoslovaque sont français (lieutenants-colonels Gillain et Gardan) et un seul chef de bataillon sur six est tchécoslovaque (commandant Husak).

 

Le 30 juin, au camp Kléber, à Darney (Vosges), le président de la République, Raymond Poincaré, en présence d'Édouard Benes, remet leur drapeau national aux volontaires tchécoslovaques qui prêtent serment.

 

Remise de drapeau au 21e régiment tchécoslovaque, camp de Darney, Vosges, 30 juin 1918.

© ECPAD/Bressolles

 

En juillet, le 21e RCT, rejoint en septembre par le 22e, gagne le front d'Alsace, près d'Aspach. Les deux régiments font partie de la 53e division d'infanterie du général Guillemin, jetée dans l'offensive de la 4e armée Gouraud à partir du 16 octobre, qui livre les combats de Vouziers.

 

Le 18 octobre, elle passe l'Aisne, le 3l9e RI prend Vandy puis, le 20, Terron. L'ennemi est repoussé de Chestres mais, le 21, il contre-attaque pour reprendre les hauteurs de la rive droite, reconquérir le village de Terron défendu par le 319e RI et le 21e RCT. Le 21e reprend Terron, maison par maison. Le 22 octobre, la lutte est générale pour la cote 153, près de Chestres, où les Allemands résistent avec acharnement. La 134e DI du général Petit participe à l'attaque, son 65e RI marchant avec les Tchécoslovaques. Les 65e, 205e, 319e RI, 21e, 22e RCT n'arrivent pas à briser l'ennemi, malgré une nouvelle tentative du 2e bataillon du 22e chasseurs. Le 23, un assaut des 22e RCT et 65e RI est arrêté par des tirs d'obus à gaz. Une douzième attaque franco-tchécoslovaque, menée dans l'après-midi, échoue à son tour.

 

La fatigue due aux combats apaise le secteur durant trois jours. Le 27, un assaut des 21e et 22e RCT, avec les Nantais du 65e RI, se heurte aux tirs des défenseurs. Épuisées, les 53e et 134e DI sont envoyées au repos à l'arrière.

 

Pour sa belle attitude au feu, la brigade tchèque est citée à l'ordre de la 4e armée : "ardents à l'attaque, acharnés dans la défensive, impassibles sous les feux d'artillerie les plus violents, ses régiments ont parfaitement rempli toutes les missions qui leur ont été confiées et donné toute satisfaction aux chefs qui ont eu à les employer. Signé général Gouraud". Le 65e RI breton reçoit une quatrième citation, gagnant ainsi la fourragère de la Médaille militaire.

 

La 53e DI se regroupe vers Livry-sur-Veule où elle apprend l'armistice le 11 novembre.

 

Le 14 juillet 1919, aux côtés des autres Alliés, les Tchécoslovaques défilent sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile, à Paris.