Une histoire à enseigner aux scolaires

Naïma Page est professeur d’histoire en classe défense et sécurité globale au collège Stéphane Mallarmé à Paris. À ce titre, elle sensibilise ses élèves aux enjeux de défense en leur faisant découvrir le monde militaire via des visites d’unités ou des rencontres avec des soldats.

Quelle place ont les opérations extérieures conduites par la France depuis 1963 dans les programmes scolaires au collège ?

 

Les programmes d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique (EMC) offrent une place importante aux opérations extérieures au collège, comme au lycée d’ailleurs. En classe de 3e plus précisément, les élèves abordent les Opex dans le cadre du thème 2 sur le monde depuis 1945. La guerre froide, l’affirmation du projet européen et sa mise en œuvre, les conflits dans le monde après 1989 sont autant de thèmes qui permettent de les étudier.

 

Le programme d’EMC propose par ailleurs de travailler plus spécifiquement sur ces Opex dans le cadre de l’enseignement de défense. Les élèves doivent connaître les grands principes de la Défense nationale, les menaces sur la liberté des peuples et la démocratie, tout comme les engagements européens et internationaux de la France. Ces derniers peuvent ainsi faire l’objet de questions lors de l’épreuve écrite du brevet en fin d’année scolaire.

 

Qu’est-ce qu’une classe de défense et sécurité globale ? En quoi l’enseignement dans ce type de structure permet de sensibiliser davantage les élèves à la question des Opex ?

 

Il s’agit d’une classe qui a noué un partenariat avec une unité militaire. Les élèves peuvent ainsi, tout au long de l’année et dans un cadre pluridisciplinaire, échanger lors de visites de membres de l’unité dans l’établissement ou par correspondance (courriels si l’unité part en opération) et se rendre sur site pour une visite de l’unité, en général en fin d’année. S’articulant avec l’EMC et le thème de l’engagement, ces classes aident à sensibiliser les élèves aux enjeux de la Défense nationale en les rendant actifs, en essayant de les amener progressivement aux connaissances et aux compétences de défense et de sécurité nationale essentielles à l’exercice de leurs devoirs de futurs citoyens.

 

Au fil de l’année, les élèves sont ainsi amenés à construire leur parcours de citoyenneté qui comprend, outre un enseignement de la défense en 3e et en 1re, le recensement à seize ans et la participation à la Journée défense et citoyenneté avant l’âge de 18 ans. Les élèves de la classe défense et sécurité globale peuvent par exemple réfléchir à la question de la dissuasion militaire, de la réserve ou du lien entre l’armée et la nation à travers sa jeunesse tout simplement. Ma collègue Katia Szwec est associée à ce projet dans le cadre d’un partenariat avec le porte-avions Charles de Gaulle, noué pour l’année scolaire 2017-2018.

 

 

  • Une élève à bord du remorqueur Maïto, Martinique, 2011. © DR/ECPAD

Alors que l’engagement opérationnel de la France en Afrique et au Moyen-Orient se retrouve souvent au cœur de l’actualité, comment enseigner aujourd’hui les Opex à des adolescents ?

 

Les Opex font l’objet d’une partie spécifique du programme de 3e en EMC. Ainsi, nos élèves ont pu travailler l’année dernière sur différentes opérations menées à travers le monde en choisissant par binôme une opération extérieure ("Barkhane", "Chammal", "Atalante"…) et en faisant une recherche sur le site du ministère des armées, notamment pour identifier la nature de l’opération choisie, ses missions ainsi que les forces mobilisées. Chaque groupe a pu ensuite faire un compte rendu oral à sa classe et l’ensemble des exposés ont donné lieu à de petits articles mis en ligne sur le site de l’établissement.

 

L’année précédente, le contrôleur général des armées et ancien président du Souvenir français Gérard Delbauffe était venu au sein de l’établissement. Il a pu notamment intervenir en 3e sur cette question des Opex. Ces échanges concrets ont réellement contribué à donner du sens au lien armées/jeunesse. Monsieur Delbauffe est à cet égard convaincu que l’appropriation des valeurs de notre pays et la prise de conscience des menaces qui pèsent sur elles sont les ressorts du développement d’un esprit de défense chez les jeunes.

 

Quel regard les élèves portent-ils sur cette histoire très récente, voire sur cette histoire immédiate, et sur les hommages rendus aux soldats blessés ou morts en opérations ?

 

Le contexte particulier, lié aux attentats commis dans notre pays et ailleurs, place la question du lien avec la Défense, et donc avec les soldats qui se battent pour nos valeurs à travers le monde, au centre des réflexions de nos collégiens. Ils s’interrogent et échangent en classe, tout comme au sein de leur famille. Le devoir de mémoire leur tient également à cœur. La question de la mémoire des conflits est largement abordée notamment à travers l’histoire des génocides, des deux guerres mondiales ou encore des différents conflits plus récents (en lien avec les hommages aux soldats morts en opérations). Des sorties scolaires ont d’ailleurs permis aux élèves de travailler tout au long de l’année sur ces thématiques : au musée de l’Armée aux Invalides, à l’Historial de Péronne ou le long du circuit du Souvenir de la bataille de la Somme par exemple.

 

Ils sont conscients du rôle qu’ils ont à jouer et pas seulement parce qu’ils font partie d’un projet lié à la Défense. Nos élèves se sentent concernés en tant que futurs citoyens.

 

Entretien avec Naïma Page - Professeur d’histoire au collège Mallarmé, en classe de défense et sécurité globale, Paris