Veuves et orphelins de la Première Guerre mondiale

 

Veuves et orphelins de la Première Guerre mondiale Avec la mort de plus d'un million de soldats français, la Première Guerre mondiale plonge près de 600 000 veuves de guerre et 986 000 orphelins dans la détresse. Les conditions difficiles dans lesquelles vivent nombre de veuves de poilus, qui ne peuvent plus subvenir correctement à l'éducation de leurs enfants, incitent l'État à prendre des mesures pour leur assurer les ressources nécessaires.

 

5,5 millions de blessés, 1 117 000 invalides et 1 393 000 soldats morts pour la France, soit 10 % de la population active masculine et 1/5 des hommes de moins de 50 ans : la Première Guerre mondiale représente une véritable hécatombe pour la population française.

 

Dans un cimetière parisien, 1er novembre 1918. Source : ECPAD

 

 

Près de 600 000 veuves de guerre et 986 000 orphelins sont ainsi plongés dans la plus grande détresse physique et morale. Durant le conflit, de très nombreuses femmes ont pris une part active à l'effort de guerre, occupant au sein du système de production les places laissées vacantes par les hommes partis sur le front. Avec la disparition du soutien de famille, la majorité d'entre elles se trouvent en situation de précarité une fois la paix revenue : les conventions sociales incitent les employeurs à utiliser des hommes plutôt que des femmes à qui l'on demande de regagner le foyer familial afin d'élever leurs enfants.

 



Tout comme après la guerre de 1870, la France reconnaît naturellement le sacrifice consenti par toutes les mères et toutes les épouses et leur rend largement hommage à travers l'édification de monuments aux morts. Souvent associée à l'énumération nominative des morts, cette vision de la femme terrassée par la douleur est déclinée selon deux thèmes : la souffrance résignée et la révolte. Les femmes sont soit représentées comme des héroïnes, pleurant celui qui a donné sa vie pour la Patrie et soutenues par leurs enfants, soit comme des combattantes qui brandissent le glaive pour abattre le fléau - la guerre - qui leur a pris ceux qu'elles aimaient.

 

Monument aux morts d'Angoulême. Source : SHD



L'émotion provoquée par le sacrifice consenti par les veuves des poilus et surtout par la constatation que la plupart de ces femmes vivent dans des conditions difficiles qui ne leur permettent pas d'éduquer correctement leurs enfants incite l'État à prendre des mesures pour leur assurer des ressources indispensables en leur attribuant des emplois réservés dans la fonction publique et en leur allouant des pensions. Des lois sont alors votées qui accordent des aides financières à l'ensemble de ces femmes (pour mémoire, la première loi allouant une pension aux veuves de guerre date de la Révolution française). C'est ainsi que la loi du 31 mars 1919 reconnaît aux militaires blessés et à leurs ayants cause le droit d'obtention d'une pension.

 

Carte postale diffusée par le Comité de réhabilitation accompagnée de la mention « Cher Martyr ! Tu seras vengé ! » août 1923 à Sartilly. Source : Collection particulière

 

 

Celle du 24 juin 1919 étend ce droit aux victimes civiles de la guerre et à leurs ayants cause. Une femme est considérée comme veuve de guerre et donc autorisée à faire valoir les droits afférents à ce titre si elle est l'épouse d'un militaire mort en service ou mort des suites de blessures ou de maladies contractées pendant le service. Cette disposition sera étendue aux compagnes par la loi du 12 novembre 1955. Le 20 janvier 1920, le ministère des pensions, des primes et allocations de guerre est créé pour appliquer cette législation ; le premier ministre en est André Maginot. La société française s'inquiète également du sort des enfants des soldats morts en service. Des associations destinées à aider les orphelins de guerre se créent à la fin du XIXe siècle. Alors que la Première Guerre mondiale est à son paroxysme, l'État prend des mesures pour subvenir aux besoins financiers et à l'éducation de ces enfants.

 

Les orphelins de la colonie agricole et ménagère de Dampierre-sur-Salon en promenade. Source :Bibliothèque Marguerite Durand



La loi du 27 juillet 1917 crée le statut de pupille de la Nation. Par son article 1, "La France adopte les orphelins dont le père, la mère ou le soutien de famille a péri, au cours de la guerre de 1914, victime militaire ou civile de l'ennemi". Un enfant, adopté par l'État à la suite d'un jugement du tribunal de grande instance demandé soit par le tuteur légal de l'enfant, soit par l'État lui-même, devient pupille de la Nation. Ce statut ne peut toutefois être accordé que si l'une des cinq conditions suivantes est remplie : l'enfant est un orphelin dont le père ou le soutien de famille est mort à l'ennemi, l'enfant est un orphelin dont le père, la mère ou le soutien de famille est mort de blessures ou de maladies contractées lors de la guerre, l'enfant est un orphelin dont le père, la mère ou le soutien de famille est mort des suites de violences ou de sévices de l'ennemi, l'enfant est un mineur dont le soutien de famille est atteint d'une invalidité telle qu'elle ne lui permet pas de subvenir correctement à l'éducation de l'enfant dont il est le tuteur, l'enfant est lui-même victime de guerre. De la loi de 1917 découle la création d'un office national des pupilles de la Nation dont la mission est de contribuer à l'éducation et à la formation de ces enfants. Dépendant d'abord du ministère de l'instruction publique, cet organisme est finalement intégré à l'office national des anciens combattants (ONAC), lui-même créé en 1916 sous le nom d'office national des mutilés et réformés de la guerre.

 

Dans le même temps, des écoles militaires accueillent en leur sein, en plus ou moins grand nombre, des pupilles de la Nation, tandis que d'autres sont créées spécifiquement pour eux, soit par l'ONAC, soit par les armées elles-mêmes. Caractère subsidiaire de la pension de veuve de guerre, la pension d'orphelin de guerre est accordée à un enfant mineur légitime ou légalement reconnu si sa mère est décédée, déchue de ses droits ou inhabile à exercer ses devoirs de chef de famille. Les lois qui régissent la reconnaissance d'un mineur comme orphelin de guerre et l'attribution des pensions qui découlent de cette reconnaissance sont les mêmes que celles qui concernent les veuves de guerre.

 

Monument aux morts de Péronne. Source : SHD

 

 

Source : MINDEF/SGA/DMPA