Lettre d'information

3.2 Points de passage et d’ouverture : Juin 1940 : continuer ou arrêter la guerre

Séquences vidéo

 

Une exposition

Musée de l’Armée, exposition temporaire Comme en 40… (musée de l’Armée, 17 septembre 2020-10 janvier 2021) qui aborde la campagne de France à travers ses enjeux nationaux, tant militaires que politiques, mais aussi dans sa dimension internationale. De la « Drôle de guerre » à l’Occupation, en passant par la dualité Vichy-France libre, l’exposition offre des clés de compréhension de la défaite et de ses terribles conséquences

Catalogue : Comme en 40…, Gallimard, 2020. Consultable à la bibliothèque du musée de l’Armée.

 

Objets

Musée de l’Armée

 

Bibliographie indicative

  • Jean-Pierre Azéma, 1940. L’année noire, Paris, Seuil, 2012.
  • Jean-Pierre Azéma, François Bédarida (dir.), La France des années noires, vol.1 De la défaite à Vichy, Paris, Seuil, 1993.
  • Marc Bloch, L’Etrange défaite, Paris, Gallimard, 1990.
  • Jean-Louis Crémieux Brilhac, Les Français de l’an 40, 2 vol., Paris, Gallimard, 1990.
  • Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome 1 : l’Appel, Paris, Plon, 1954, rééd. Mémoires, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2000.
  • Jean-Luc Leleu, Françoise Passera, Jean Quellien, Michel Daeffler, La France pendant la Seconde Guerre mondiale. Atlas historique, Paris, Fayard/Ministère de la Défense, 2010.
  • Rémy Porte, 1940. Vérités et légendes, Paris, Perrin, 2020.
  • Fondation De Gaulle, Avec de Gaulle : Témoignages, tome 1 : La Guerre et la Libération, Paris, Nouveau Monde éditions, 2003.
  • Daniel Rondeau, Roger Stéphane, Des hommes libres (1940-1945) : La France libre par ceux qui l’ont faite, Paris, Grasset, 1997.
  • Max Schiavon, Les carnets secrets du général Huntziger. 1938-1941, Paris, Pierre de Taillac, 2019.
  • Michel Truttmann, Hackenberg. Le géant de la ligne Maginot, Arès, 2019.
  • Gilles Vergneron, Yves Santamaria (dir.), Le Syndrome de 1940. Un trou noir mémoriel ?, Riveneuve éditions, 2015.

 

Brochure pédagogique du Concours national de la Résistance et de la Déportation de la session 2019-2020 sur le thème « 1940. Entrer en résistance. Comprendre, refuser, résister ».

Une brochure papier (consultable au format PDF) et une brochure numérique au contenu augmenté permettent de faire le point sur la question de la défaite, des premiers refus et des organisations pionnières en 1940.

Une exposition en ligne sur le Musée de la Résistance en ligne

 

Série de clichés et de photos montrant le ralliement d’unités au général de Gaulle

Plusieurs photos mettent en avant des unités, des entités et des personnels qui sur leur initiative rejoignent ce qui deviendra la France libre à l’été 1940. Aviateurs (les élèves pilotes du Trébouliste ou le futur as René Mouchotte et ses compagnons) ou marins (le sous-marin Rubis), combattants individuels ou en unités, ils vont constituer le premier maillon des Forces françaises libres.

 

Série de tracts (été 1940)

Le général de Larminat est un acteur décisif dans le ralliement de territoires et d’acteurs au général de Gaulle et à la France libre. Ces tracts, de nature différente et destinés à des publics différents, montrent les difficultés mais aussi l’esprit d’initiative afin de convaincre de la nécessité de poursuivre le combat, autour d’une figure héroïsée, celle de De Gaulle.

http://www.france-libre.net/manifeste-aef/

http://www.france-libre.net/esprit-france-libre/

http://www.france-libre.net/soldats-de-france/

http://www.france-libre.net/position-francais-libres/


 

Une ressource tirée des Archives du Service historique de la Défense (cote SHD/GR 99 VE 131) : Lettre de Geneviève de Gaulle à son oncle, Charles de Gaulle, 6 mai 1943.

La forme

La lettre autographe de Geneviève de Gaulle à son oncle est conservée dans le dossier que le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) a ouvert au nom de Geneviève de Gaulle, sous la cote SHD/GR 99 VE 131. Écrite à l’encre bleu pâle, ce long courrier de 7 pages est daté du 6 mai sans référence explicite à l’année. Ce document s’accompagne d’une note manuscrite d’André Pelabon, chef du BCRAA, non datée.

Le fonds

À la fois extrêmement intime et émouvant, le document témoigne de l’engagement spontané d’une jeune fille de 22 ans dans la Résistance. Il se construit selon deux axes fortement imbriqués. Un premier qui s’énonce comme les débuts d’une banale correspondance familiale dans laquelle Geneviève de Gaulle fait état des derniers évènements familiaux qui prennent un tour inquiétant : l’arrestation de son oncle Pierre, frère de Charles ; le départ de son père en Suisse ; sa nouvelle clandestinité et sa résolution à continuer le combat malgré les circonstances. « Nous avons tous une si grande fierté de vos « gestes » que nous voudrions n’en pas être trop indignes ».

Le second axe arrive rapidement pour entamer le véritable enjeu de la lettre : « J’aborde donc le problème qui m’intéresse personnellement. » Dans les faits, Geneviève entre dès septembre 1940, à l’âge de 19 ans et demi dans la Résistance. Pas encore intégrée à un cercle professionnel, elle agit d’abord individuellement à Rennes où elle étudie l’histoire. Elle inaugure son parcours de résistante par des gestes symboliques comme arracher des affiches, un drapeau nazi flottant sur un pont au-dessus de la Vilaine ou encore distribuer des tracts dans le métro. Elle agit ensuite auprès du groupe du Musée de l’Homme et rejoint Paris en octobre 1941 pour continuer une licence en histoire. Hébergée chez sa tante Madeleine, elles décident toutes deux d’agir contre l’occupant. Mais Madeleine, mère de famille, doit petit à petit se tenir plus en retrait de ses activités clandestines, d’autant que son mari est arrêté en 1943 et envoyé en Allemagne. Malgré la perquisition des polices française et allemande à son domicile parisien, Geneviève poursuit de plus en plus ses activités dans la Résistance. Elle entre en clandestinité et coupe les liens avec sa famille. Elle rejoint au printemps 1943 le mouvement Défense de la France qui regroupe des jeunes gens et des fonctionnaires autour d’un noyau constitué d’un petit groupe d’étudiants de la Sorbonne.

La lettre s’inscrit exactement dans cette temporalité de la clandestinité : « J’ai dû à mon tour « disparaître » étant d’un jour à l’autre destinée à être appréhendée en lieu et place de mes parents ». Désormais libre de toute attache familiale, elle peut servir « de toutes [ses] forces » comme un véritable soldat de la France libre. Sa démarche volontaire et militante s’énonce encore avec plus d’émotion quand elle propose à son oncle les différentes modalités possibles pour le servir : « Je suis à vos ordres, et je les attends […] Quels que soient les risques, les difficultés, je serais heureuse infiniment d’être utilisée. »

Plus encore, cette lettre porte un témoignage précieux et rare quant au rôle et à l’engagement des femmes dans la Résistance. Malgré les propos du colonel Rol-Tanguy à la Libération qui déclarait que « sans elles, la moitié de notre travail eût été impossible », force est de constater que les résistantes restent peu valorisées et oubliées de l’historiographie des années 1940-1944. Pourtant les femmes ont constitué 15 à 20% des résistants et environ 15% des internés et déportés résistants. Or seules six femmes figurent parmi les 1 059 Compagnons de la Libération et elles ne représentent que 10% des Médaillés de la Résistance française. Pourtant, « Les femmes ont bien prouvé […] qu’elles pouvaient aussi servir »

Enfin concernant la note d’André Pelabon, aucune indication ne permet de dire comment le courrier de Geneviève arrive à Alger. Cependant il apparaît que le 22 juillet 1943, André Pelabon transmet le document au lieutenant-colonel Passy, chef du BCRAL (Bureau central de renseignements et d’action de Londres) pour mettre en place les modalités d’engagement de Geneviève de Gaulle. Or deux jours plus tôt, elle est arrêtée dans une librairie avec une partie de son réseau Défense de la France par la Gestapo française. Démasquée, elle finit par leur livrer — non sans fierté — son véritable nom. Internée à Fresnes, elle est ensuite déportée à Ravensbrück en février 1944 et sera libérée le 25 avril 1945.

 

Transcription

Le 6 mai

Mon cher oncle Charles,

Peut-être êtes-vous déjà au courant des divers événements qui ont affecté la famille :

1° Arrestation de mon oncle Pierre le 16 avril en son domicile de Paris. Oncle Pierre n’est pas inculpé mais considéré (terme Gestapo) comme « prisonnier d’honneur » et incarcéré comme tel non dans une prison, mais sans doute aux environs de Paris. On semble lui donner un régime matériel suffisant et avoir envers lui certains égards, mais l’avenir est évidemment inquiétant. On ignore le lieu exact de sa résidence et c’est seulement hier qu’est arrivée sa 1ère lettre datée du 20 mars.

2° Arrestation de tante Marie-Agnès et d’oncle Alfred à St Pierre de Manneville, chez Madeleine. L’ordre d’arrestation est venu de St Etienne mais a suivi Tante Marie-Agnès et son mari dans le voyage qu’ils effectuaient en zone anciennement occupée. Nous sommes sans nouvelles d’eux depuis le 29, jour de leur arrestation.

3° Papa, prévenu à temps de la menace qui pesait sur lui, a pu quitter Ille sur Têt (Pyr-Or) à temps avec une belle-mère et mon dernier petit frère et a passé en Suisse. Le gouvernement suisse l’a accueilli aimablement et lui paie sa pension dans une petite ville des bords du Léman. Mais ceci à la condition expresse (papa s’y est engagé d’honneur pour ne pas être refoulé) qu’il gardera son identité d’emprunt et n’entrera pas en rapport personnellement avec les consulats britanniques ou américains. De plus, mes parents sont tenus de ne pas quitter la commune et de venir signer chaque jour sur un registre.

Nous sommes sans nouvelles des Jacques et ignorons si, à défaut de mon oncle et de ma tante que l’on peut difficilement arrêter, un fils, Bernard par exemple, ne sera pas touché. Nous espérons qu’il aura pu prévenir cette mesure.

Etant donné tout ceci je veux d’abord vous exprimer le très vif intérêt que papa a de vous rejoindre. Je pense que vous êtes peut-être au courant ou que vous le serez prochainement par d’autres que par moi.

J’aborde donc le problème qui m’intéresse personnellement. J’ai dû à mon tour « disparaître » étant d’un jour à l’autre destinée à être appréhendée en lieu et place de mes parents, peut-être aussi pour quelques autres petits motifs qu’il serait trop long d’expliquer ici.

Bref, je suis provisoirement chez des amis. Mais c’est une situation qui ne peut durer. Jusqu’ici j’avoue que le nom dont je suis si fière m’a plutôt handicapée pour « servir », m’empêchant d’approcher les agissants pour ne pas les compromettre. J’ai fait ce que j’ai pu bien petitement. Malgré tout, il nous semblait à Madeleine et à moi (Madeleine surtout d’ailleurs, que nous avons quand même une certaine utilité par rayonnement, par action personnelle, ne serait-ce aussi que pour rectifier de stupides préjugés sur vous et la famille dans certains milieux et pour garder l’enthousiasme chez d’autres.

Maintenant, tout ceci devient impossible du moins pour moi (Quant à Madeleine elle est paralysée par l’arrestation de son mari). Mais, libre de toute attache familiale je puis, de toutes mes forces encore « servir ». Je suis donc à vos ordres et je les attends.

J’envisage 3 solutions que je vous présente :

Solution N°1 : Partir pour l’Angleterre.

Solution N°2 : Partir pour l’Afrique du Nord.

Solution N°3 : Rester en France, où ayant changé d’identité et de domicile je pourrais je crois servir assez utilement.

Je vous serais reconnaissante mon cher oncle Charles de me donner aussi rapidement que possible une réponse par radio au cours de l’émission de 21 heures 15. J’attends le message suivant :

« L’oncle de Geneviève accepte la solution n°1 » (ou n°2 ou n°3). Selon vos ordres, j’agirai, mais je vous supplie de me répondre.

Je voudrais que vous ne pensiez pas que je puisse être totalement inutile. Les femmes ont prouvé je pense qu’elles pouvaient aussi servir.

Quels que soient les risques, les difficultés je serais heureuse infiniment d’être utilisée.

Nous avons tous une si grande fierté de « vos gestes » que nous voudrions n’en pas être trop indignes.

Madeleine pense comme moi et m’envie d’être libre.

Je vous ai dit l’essentiel, mon cher oncle Charles, non pas tout ce que j’avais à vous dire. Si vous ne me répondiez pas, ce qu’à Dieu ne plaise, j’adopterai soit la solution N°3, soit celle d’un départ beaucoup plus hasardeux.

Voulez-vous dire toute ma tendresse à tante Yvonne, Philippe, Elisabeth et Anne. Je vous embrasse très respectueusement.

Geneviève

Le Général est désireux que l’on utilise les services de sa nièce dans les services du BCRA, soit en G.B. soit même en France.

André Pelabon

A transmettre au BCRA pour suite.

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Bibliographie indicative