Le Château de Joux et la retraite de l’armée de l’Est pendant la guerre de 1870 : un événement majeur du droit international

En 1870, la France et l’Allemagne sont en guerre. Les Allemands ont envahi le territoire, Paris est assiégé. Alors que l’empereur Napoléon III a abdiqué, la République française a décidé de poursuivre le combat. Au cœur de l’hiver 1870-1871, une armée française, l’armée de l’Est, commandée par le général Bourbaki, a été constituée pour délivrer Belfort. Mais rapidement mise en difficulté, elle se replie vers Lyon. Alors qu’elle arrive Besançon, les vivres et les renforts sont bloqués. Les Allemands commencent déjà leur manœuvre d’encerclement. Le général Bourbaki puis son successeur ne voient qu’une solution : gagner Lyon par Pontarlier, petite ville de 5 000 habitants à la frontière suisse, au cœur des montagnes du Jura.

Le 27 janvier 1871 au soir, environ 88 000 soldats de l’armée de l’Est commencent à affluer vers Pontarlier, par - 20 °C et sous près d’1 m de neige. Les soldats sont gelés, mal équipés, affamés, et poursuivis par les Allemands, qui resserrent progressivement leur étau avec l’objectif de les acculer à la frontière. Pour ne pas se constituer prisonnier, le général français décide de négocier l’internement de son armée en Suisse. Une convention est signée entre les deux partis, à la frontière. Les réfugiés seront désarmés, jusqu’à la signature de la paix. Les armes et le matériel de guerre seront mis sous séquestre. Les lieux d’internement seront choisis par les Suisses.

L’accueil d’une armée entière par un Etat neutre est un événement sans précédent. Il permet de formaliser le droit international de la guerre, de penser et d’organiser la prise en charge des blessés militaires par la Croix-Rouge, créée en 1864. Il confirme la neutralité de la Suisse, qui, depuis 1815, se pose en arbitre les rapports de force européens.

Mort du colonel Achilli par Robert Bouroult

Mort du colonel Achilli par Robert Bouroult

L'armée de l'Est arrivant en Suisse par le fort de Joux

La Cluse - Les défenseurs du fort de Joux construisent une batterie de neige

L’arrière-garde de l’armée de l’Est est alors chargée protéger le passage en Suisse, du gros des troupes. Elle résiste dans un dernier combat au pied du château de Joux. Les fortifications sont mises en état de défense. Un mur de neige et de glace est construit en avant du château pour protéger une batterie d’artillerie. Le 1er février, en milieu de matinée, la fusillade s’engage. Les soldats français tirent, cachés derrière les voitures abandonnées, en barricade. Les canons de château de Joux touchent l’artillerie prussienne qui se replie. L’ennemi est repoussé de 500 m. Le combat se transforme en corps à corps à la baïonnette. Les Allemands essaient de contourner le château de Joux par la montagne. Les pentes sont raides. Les hommes ont de la neige jusqu’aux genoux. La fusillade se poursuit dans les bois, pendant 6h, jusqu’à la tombée de la nuit. 

Le 2 février, les Français, leurs 11 800 chevaux, 285 canons et mitrailleuses, 1 158 véhicules ont réussi à passer la frontière. Ils sont pris en charge par la Croix-Rouge, par les civils et notamment par les femmes. Ils sont ensuite répartis dans tous les cantons suisses, jusqu’au 11 mars où la signature du traité préliminaire de la paix permet de commencer leur rapatriement. Les Allemands, quant à eux, occupent Pontarlier et ses alentours jusqu’au 12 mai 1871. 

Cet épisode marque la mémoire du territoire. En Suisse, il est considéré comme fondateur de l’identité du pays. En 1881, il a fait l’objet d’un grand panorama, toujours visible à Lucerne. Il est commémoré chaque 1er février, aux Verrières, lieu de passage sur la frontière.

Par Laurène Mansuy-Gibey, directrice du musée de Pontarlier et du château de Joux

 

Le château de Joux sous la neige

Le château de Joux sous la neige

Kepi de sous-officier de la garde mobile

Exposition en cours

Exposition en cours