Le Chemin des Dames

Sous-titre
Par Alexandre Lafon, agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine, chercheur associé à l’université Toulouse Jean-Jaurès.

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23 octobre 1917, Soupir. Position allemande du « Balcon », nos soldats sur la position conquise.
23 octobre 1917, Soupir. Position allemande du « Balcon », nos soldats sur la position conquise. 
© Jacques Ridel/ECPAD/Défense.

En 1917, la bataille meurtrière du Chemin des Dames, commencée mi-avril, dure jusqu’en octobre, d’abord sous la conduite du général Nivelle. Les mutineries qu’elle occasionne se soldent par le remplacement de Nivelle par Pétain, et par une reprise en main du commandement militaire qui se traduit par 57 condamnations à mort effectives.

Corps 1

Introduction

L’année 1916 se termine du côté de la France sur le front ouest avec l’éviction du généralissime Joffre, maître des armées depuis 1911. Après plus de deux ans de guerre devenue totale, les grandes batailles de Verdun (février - décembre) ou de la Somme (juillet - novembre) n’ont permis aucune avancée stratégique significative, malgré les centaines de milliers de soldats morts, disparus ou blessés. Dans la Meuse, les troupes françaises ont certes tenu autour de la citadelle de Verdun face aux assauts furieux des troupes du Kronprinz impérial allemand (fils de l’Empereur Guillaume II), reprenant le terrain perdu entre février et juin. Mais sur la Somme, l’offensive alliée lancée le 1er juillet et qui devait apporter la « percée » tant attendue, s’est très rapidement embourbée dans des attaques meurtrières et stériles. Les troupes britanniques en particulier ont payé un lourd tribu face aux positions fortifiées des Allemands. Plus de 10 départements français restent occupés ou annexés, la France combat sur son sol, dans les Balkans ou sur le front italien. Joseph Joffre, accusé de tous les mots, doit céder devant le pouvoir politique en quête de nouveaux chefs énergiques. Devenu « maréchal de France », le premier en République, il laisse dans les cartons un plan d’offensive pour le début de 1917. À la conférence interalliée de Chantilly, le 15 novembre 1916, Joffre proposa en effet une offensive en trois temps et trois espaces distincts afin d’étrangler le saillant allemand de Péronne à Soissons : une attaque française entre la Somme et l’Oise, accompagnée par une action britannique dans le nord. Enfin, une offensive française « de rupture » effectuée par la Ve armée vers Laon dans l’Aisne. Avec l’arrivée du général Robert Nivelle à partir du 17 décembre 1916, c’est à l’un des vainqueurs de Verdun que le plan final échoit. Et avec lui, la confiance en une victoire certaine, à la suite de ce que les optimistes appellent la « bataille de France ». 

30 juin 1916, Jonchery-sur-Vesle. QG 5e Armée. Conférence sous la présidence du général Pétain © Henri Bilowski/ECPAD/Défense
30 juin 1916, Jonchery-sur-Vesle. QG Ve Armée. Conférence sous la présidence du général Pétain.
© Henri Bilowski/ECPAD/Défense.

 

Corps 2

« La bataille de France » projetée, espoir de victoire

Le Grand Quartier Général (GQG) reprend les plans du désormais maréchal Joffre en les transformant. Mais les conditions stratégiques obligent à changer les données initiales. 

Le général Nivelle choisit tout d’abord de concentrer l’offensive de l’Oise à Vimy, et de l’est de Soissons jusqu’à Reims. Mais le recul stratégique allemand du 15 mars 1917 de plusieurs kilomètres sur la ligne Hindenburg modifie la donne. Nivelle concentre le projet d’attaque sur la boucle de l’Aisne et donc sur le Chemin des Dames, en prolongeant l’effort à l’est en Champagne sur le massif de Moronvilliers (ce que Pétain préconisait fin 1916, en insistant plutôt sur une attaque en plaine que sur les hauteurs). Ainsi, ce ne sont pas moins de quatre secteurs de combat qui sont retenus et des opérations échelonnées sur plusieurs jours, les Britanniques attaquant en premier à partir du 9 avril sur la Scarpe. L’épicentre doit être la boucle de l’Aisne en direction de ce que l’on appelle depuis le 18e siècle le plateau du Chemin des Dames. 

Dès 1914, il revêt un grand intérêt stratégique. Ces hauteurs sont en particulier occupées et fortifiées par les Allemands après le retournement de la Marne en septembre 1914, d’où les Français et les Britanniques n’arrivent pas à les déloger. Les « creutes », anciennes carrières, creusées dans le calcaire, offrent des abris aux soldats des deux camps, les troupes françaises occupant début 1917 le flanc sud. Sur la topographie particulière de ce secteur du front entre 1914-1918 renvoyé à https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/regard-geologique-sur-le-chemin…

 

16 avril 1917, Marne, 7 h 20. Première offensive du Chemin des Dames. © ECPAD/fonds Joseph et Loys Roux/Loys Roux.
16 avril 1917, Marne, 7 h 20. Première offensive du Chemin des Dames. 
© ECPAD/fonds Joseph et Loys Roux/Loys Roux.

Citons longuement Roger Nobécourt, ancien combattant, auteur d’un ouvrage complet sur l’offensive du 16 avril, à propos des hauteurs du Chemin : « L’obstacle trois fois dressé depuis l’Aisne, vallée, ravins et rebords, constituait ici la première position allemande. Le dernier obstacle se raccordait devant Cerny, au nord de Troyon, à un fouillis de tranchées qui occupait tout le plateau jusqu’à Craonne. Moins resserrées et moins confuses à partir de Cerny, vers Laffaux, elles formaient la deuxième position du système défensif chevillé à la rivière et à ses coteaux. » Un plateau bien occupé donc par les Allemands, ponctué d’ouvrages de défenses en dur (casemates, fortins, tunnels), armés de mitrailleuses. Mais pour Nivelle, la victoire est acquise parce que la manœuvre utilisée à Verdun a fonctionné : écrasement par surprise des tranchées ennemies sous le feu d’une artillerie puissante et franchissement des lignes « d’un seul élan » par l’infanterie. Surprise, violence et rapidité, trois maîtres mots que des hommes fidèles comme les généraux Micheler ou Mangin doivent mettre en œuvre en direction de l’Aisne. Exit Foch, Pétain ou Castelnau. Devant les hauteurs du Chemin des Dames, deux armées de rupture aux soldats bien formés et à l’artillerie efficace, la Ve et la VIe ; une armée pour exploiter, la Xe. On entraîne début 1917 les unités à la marche, à la manœuvre, à « l’esprit de la guerre de mouvement » (général Mazel) que les « anciens » ont oublié, puisque la percée se fera. Les généraux escomptent une avance de 100 mètres toutes les trois minutes (Mangin), chaque division devant aller le plus loin possible devant elle. Les canons « et l’intendance » suivront. 

12 juin 1917, Laffaux. Les ruines du moulin © SPA/SPCA.
12 juin 1917, Laffaux. Les ruines du moulin.
© SPA/SPCA.

Durant les premiers mois de l’année, tout est organisé pour gonfler le « moral » des troupes comme de l’arrière. L’offensive du printemps sera la bonne… comme il avait été annoncé début 1915 ou début 1916. Comment les soldats s’emparent de cette nouvelle offensive future ? Les témoignages des hommes de troupe ou de cadres disent une forte remobilisation, voulue par le commandement. Ils n’ont pas connaissance des plans d’attaque, mais le jeu des rumeurs dessine peu à peu le champ de bataille du printemps « saison des offensives ». En mars 1917, les hommes repèrent la multiplication des convois autour de Paris, le départ d’unités vers l’Aisne ou la Champagne, la multiplication des exercices de manœuvres. « Toute la DI [division] se livre à d’importantes manœuvres qui laisse présager une offensive pour le printemps, écrit le soldat Louis Désalbres (128e RI). Le lieutenant Tezenas du Montcel (5e RI coloniale) remarque en passant l’Aisne à Œuilly (Marne), la terre fraichement remuée comme témoignage des préparatifs : « Je me demande si les toiles de camouflage suffisent à les masquer aux avions boches », note-t-il. Le 7 avril, le fantassin Paul Clerfeuil (273e RI) est avec son régiment vers Craonne : il terrasse, aide le génie, prépare le terrain depuis plusieurs jours. Pluie et brouillard au menu, de nombreux avions et « saucisses » dans le ciel lorsqu’il est clair : « L’artillerie ennemie, qui sent l’attaque imminente, bombarde fort », écrit-t-il le 8 avril. Le lieutenant Désiré Sic du génie prend des clichés des unités qui répètent le prochain assaut du plateau et surtout de la formidable concentration du matériel en face du Chemin des Dames. Il photographie les dépôts d’obus, les voies de communication, les chars aussi qui prendront part du côté français pour la première fois à une attaque d’ampleur. Les sapeurs construisent des lignes téléphoniques, des tunnels, préparent l’arrivée des troupes de réserve. Les rapports du contrôle postal relèvent dans les correspondances de soldat, le moral retrouvé avec des expressions comme « préparatifs monstrueux » ou des phrases « tu seras épaté quand tu verras les résultats de la fameuse offensive ». Mais d’autres évoquent le froid, l’attente de la bataille qui devra être la dernière. De nombreux soldats « indigènes » mobilisés depuis les colonies d’Afrique sont évacués pour engelures et pieds gelés avant le déclenchement de la bataille : l’hiver tarde à quitter le plateau. Le soldat audois Xavier Chaïla note le 7 avril dans son carnet : « Nous touchons des vivres pour 6 jours. On fait les paquetages d’attaque : les couvertures et les vivres roulés dans la toile de tente portée en sautoir, les musettes pleines de grenades, de cartouches, etc. ». Les nouveaux armements comme les fusils-mitrailleurs ou les lance-flammes donnent l’impression de puissance.  Le 1er avril, les artilleurs d’assaut, ceux des chars, sentent « un départ de plus en plus imminent » après l’inspection du général Etienne, commandant l’artillerie d’assaut. Du côté de Laffaux, les combats début avril sont terribles, qui testent les défenses allemandes notamment leurs avant-postes. Les coups de main se multiplient et les avions allemands repèrent : la bataille n’est déjà plus une surprise pour le haut commandement du Reich. 

7 juillet 1917, Hurtebise. La caverne du Dragon. Cimetière provisoire à l'intérieur de la grotte © Emmanuel Mas/SPA-SPCA
7 juillet 1917, Hurtebise. La caverne du Dragon. Cimetière provisoire à l'intérieur de la grotte.
© Emmanuel Mas/SPA-SPCA

Pour Nivelle, rien n’est changé : « Aux conditions de la rupture qui doit mener les fantassins jusqu’aux emplacements de l’artillerie ennemie (…) et aucune considération ne doit intervenir qui soit de nature à entraver l’élan de l’attaque ».

Les Allemands qui opèrent un repli stratégique sur la ligne Hindenburg à la mi-mars, renforcent leurs nouvelles positions sur tout le plateau du Chemin des Dames. Les témoignages de soldats montrent les activités de terrassement, de creusement de tunnels fortifiés comme celui du Winterberg sur le plateau de Californie. Painlevé, le nouveau ministre de la Guerre, s’inquiète : la révolution russe, l’entrée en guerre des États-Unis (le 6 avril) sont des éléments importants à prendre en compte et interroge officiers et hommes politiques. Le 6 avril à Compiègne, Nivelle reste ferme sur ses positions. L’optimisme est de mise dans l’esprit du généralissime, malgré l’hiver qui persiste, la pluie, la neige et un ennemi accroché au terrain escarpé. 

16 avril : l’échec et ses suites

Le 9 avril, l’offensive britannique « marche » bien dans le nord du front ouest. La colline de Vimy est reprise par les Canadiens. Devant Saint Quentin, les armées françaises échouent à avancer. Sur le Chemin des Dames, l’attaque est ajournée à trois reprises à cause de conditions météorologiques exécrables. Le million d’hommes mobilisé patiente. La préparation d’artillerie mobilise quelques 2 000 pièces de tous les calibres pendant deux semaines et alerte davantage encore les troupes allemandes retranchées. Le 16 avril à 6 heures, les fantassins sortent des tranchées. Laissons la parole à deux témoins, Jean Portes, soldat du 1er RI devant Craonne, le second, Paul Clerfeuille déjà croisé, qui s’élance également vers le plateau de Californie avec la 2e vague.

Jean Portes : « Nous franchissons le parapet avec un moral excellent : rien ne devait nous arrêter ; Craonne, le plateau de Californie, l’Ailette (…). Quelle déception et quel massacre ! Dès le début de la première phase, nous sommes arrêtés par les mitrailleuses. En 10 ou 15 minutes, la compagnie était décimée (…). »

 

Paul Clerfeuille : « La première vague part, mais est aux deux tiers fauchée par les mitrailleuses ennemies qui sont dans des petits abris en ciment armé. C’est le départ : sauter le parapet, grimper, mitrailleuse, croiser les morts de la première vague (le capitaine), crête, neige qui tombe. »

À la ferme de Hurtebise, vers Vauclerc, à Laffaux où se battent les troupes coloniales, le constat est le même : si les premières lignes sont bouleversées, quelques tunnels allemands ou « creutes » effondrées ou conquises, l’offensive est partout stoppée nette. Le barrage d’artillerie s’éloigne vers le nord ou s’arrête alors que les hommes survivants sont englués dans la boue. A 14h, le soldat Paul Clerfeuille écrit ainsi dans son journal : « Ordre nous est donné de creuser des trous individuels. Moi qui ai entendu parler du plan, je sais qu'à cette heure nous devrions déjà avoir passé Craonne et être dans la vallée de l'Ailette. Je dis aux camarades : « Ça ne va pas ! » c'était vrai. […] le plan d'attaque du général Nivelle est raté. » Le capitaine Charles Delvert, « ancien » de Verdun écrit : « La bataille était engagée à six heures ; à sept heures, elle était perdue ». Les blessés affluent vers l’arrière où le service sanitaire est insuffisamment préparé. Sur les 121 chars mobilisés en deux groupes devant Berry-au-Bac, plusieurs dizaines sont détruits ou tombent en panne. Très lents, ils ont été pris rapidement sous le feu de l’artillerie allemande. Quelques-uns atteignent leur objectif, mais restent isolés. Plusieurs tankistes meurent brûlés vifs dans leurs engins. 

Malgré la situation difficile et l’échec patent, Nivelle souhaite poursuivre les combats et s’entête. Le 17, le front est élargi vers l’est et Moronvilliers. Le tonnelier Louis Barthas participe dans ce secteur à l’offensive du 30 avril avec le 296e RI. « Presque sans résistance atteignit en un instant la 3e ligne de tranchées allemandes. Une centaine de prisonniers. » Il souligne avec force dans ses carnets les ordres et contrordres qui se succèdent et rendent inintelligible le sacrifice demandé. Les Allemands contre-attaquent. Barthas note de façon ironique : « À la gauche du mont Cornillet, le 296e régiment avait reculé ou avancé, comme on voudra, la frontière française de cinq cents mètres ». Le bombardement est « pire qu’à Verdun ». Des grenades asphyxiantes sont lancées contre un fortin allemand, transformé en tombeau : « Ah ! C’est beau la guerre ! », écrit-il. À partir de mai, le vocabulaire utilisé par Barthas renvoie à celui de la guerre d’attrition : « abri », « tranchées », « bombardement d’artillerie et marmites ». Le régiment est relevé le 15 mai après avoir perdu 150 hommes.

À gauche, le monument d'Hurtebise le 8 mars 1914. À droite, les vestiges du monument après la guerre © gallica.bnf.fr / BnF.
À gauche, le monument d'Hurtebise le 8 mars 1914. À droite, les vestiges du monument après la guerre.
© gallica.bnf.fr / BnF

Des mutineries à la reprise de la Malmaison

Comme nous l’avons vu, de sévères engagements se poursuivent sur le terrain : il est question désormais de tenir les hauteurs conquises ou d’en prendre définitivement la possession. Entre le printemps et l’automne 1917, il est question de la « bataille des observatoires » qui consument de nombreuses unités sur les plateaux de Vauclerc, des casemates ou de Californie au-dessus de Craonne. Français et Allemands se disputent aussi la « Caverne du Dragon », cette imposante carrière souterraine qui sert d’un abri bien relatif sur le Chemin des Dames. Des gaz asphyxiants sont utilisés, on se bat jusqu’à l’intérieur de la Caverne à l’été 1917.

L’échec du 16 avril, durement ressenti par les hommes sur le terrain, la crise du commandement qui s’en suit, nourrissent les récriminations de très nombreuses unités. Au repos, la colère gronde, d’autant que les Russes « lâchent » après leur révolution à l’est. Certains de leurs régiments, engagés en France sur le Chemin des Dames, se révoltent. À l’arrière, la crise économique se fait ressentir. Des grèves éclatent à Paris, la rumeur au front dit que l’on tire sur la foule des femmes qui demandent du pain. Alors des groupes de soldats, parfois importants, se mutinent, refusent de remonter en ligne. Ces mouvements apparaissent dès le 29 avril au 20e RI de Marmande puis dans des unités engagées en mai entre Cerny et Craonne. Ces mouvements collectifs de désobéissance sont désormais bien documentés, connus, analysés. André Loez a en particulier étudié les formes prises par les refus collectifs d’obéissance. Les hommes n’acceptent pas de se rassembler aux ordres. Les fantassins accusent les artilleurs de ne pas faire leur travail, le commandement est pris à partie. On met crosse en l’air au cantonnement, des tracts circulent, l’Internationale est parfois chantée dans le sillage de la révolution russe, tout comme la « Chanson de Lorette » (1915) devenue la « Chanson de Craonne » : « Adieu la vie, adieu l’amour, adieu toutes les femmes, c’est bien fini, c’est pour toujours, de cette guerre infâme. C’est à Craonne, sur le plateau, qu’on doit laisser n’te peau. Nous sommes tous des condamnés, nous sommes les sacrifiés. » Il est question de « grèves de tranchée », c’est-à-dire de citoyens-soldats lassés, demandant des comptes aux autorités face à l’échec des combats et aux pertes immenses. Il est question des conditions matérielles de la guerre, des permissions mal organisées. Les mutineries se déroulent sur l’arrière-front avec pour acmé le mois de juin : les soldats ne refusent pas de se battre, mais de se battre dans les présentes conditions. Pétain et le haut commandement prennent au sérieux ce vaste mouvement qui s’étend dans quasi toute l’armée française, au-delà de l’Aisne. Au final, le généralissime ménage la troupe (le taux de permissions est revu à la hausse) mais renoue avec la justice militaire d’exception. Ce sont 57 soldats qui sont finalement exécutés, d’autres envoyés en unités disciplinaires. 

Minutieusement organisée les 23-25 octobre 1917, l’offensive du fort de la Malmaison à l’ouest du Chemin des Dames (intégré au réseau fortifié Séré de Rivières de la fin du XIXe siècle) est un succès, certes limité mais probant. Elle fait 11 0000 prisonniers et quelques 150 canons pris à l’ennemi. La presse, en mal de bonnes nouvelles, s’empare de cette « victoire ». Elle permet de « terminer » le premier récit du Chemin des Dames sur une note militaire positive, et de faire sortir les armées françaises de l’ornière de l’échec et des mutineries. Les combats se poursuivent, avec moins d’intensité, jusqu’à la fin de la guerre qui voit la délivrance du plateau par l’armée américaine. Le Chemin des Dames ressemble à un pays « aplati » selon l’expression de l’écrivain Roland Dorgelès. La bataille perdue d’avril 1917 devient « l’offensive Nivelle », prenant le nom de celui qui est désigné par les politiques, le commandement et les soldats, comme le responsable de la défaite. En cette fin d’année, la Russie en guerre civile abandonne définitivement la partie, sans que la jeune armée américaine, dont Joffre est un des conseillers, ne soit encore opérationnelle. L’initiative est à l’Allemagne. 

Alexandre Lafon 

Publié le 10 avril 2026.

 

Parmi les ouvrages de l'auteur :

Joffre - un maréchal en République, édition Ellipses / Biographies et mythes historiques, 4 novembre 2025.