Les étrangers dans la Résistance

Durant la Seconde Guerre mondiale, la résistance au nazisme fut l’œuvre d’hommes et de femmes de toutes origines sociales mais aussi de toutes nationalités. La France est alors riche de 2,2 millions d’étrangers, venus pour des raisons politiques ou économiques. Les étrangers dans la Résistance française sont essentiellement des Allemands et Autrichiens antinazis, des républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Italiens antifascistes, des Polonais fuyant l'antisémitisme, des Arméniens, des Juifs d’Europe de l’Est et d’Allemagne. Parmi eux, beaucoup rejoignent la Résistance dès 1941, alors qu’ils font l’expérience de l’exclusion, de la répression, de la xénophobie. Ils entrent alors en résistance par rejet idéologique du nazisme et non en réaction à un Occupant. Mais cette lutte aux côtés de la France résistante est aussi une manière de se rallier, comme d’autres Français, à la cause de la liberté et de la justice et donc à la patrie d’adoption.
Le résistant italien Spartaco Fontano, FTP-MOI du groupe Manouchian, illustre ce réflexe patriotique de certains étrangers immigrés en France lorsqu’il répond en ces termes au président de la Cour martiale qui lui demande pourquoi il combattait aux côtés des résistants : « pour un ouvrier, la Patrie, c'est le pays dans lequel il a trouvé du travail ». Beaucoup d’autres embrassent la Résistance pour un motif plus stratégique. Pour eux, libérer la France est la première étape vers la libération de l’Europe et donc de leur pays natal. C’est notamment le cas des républicains espagnols. De nombreux combattants africains et maghrébins originaires des colonies, simples sujets de l'Empire français, entrent dans la France combattante, à l’image des 5 000 tirailleurs africains et malgaches, déserteurs ou évadés des camps de prisonniers.
Nombreux sont les communistes étrangers qui rejoignent la Résistance française. Le Parti communiste espagnol est par exemple à la base de la création de l'Union nationale des Espagnols, les combattants - les guérilleros - se regroupant dans les maquis du sud du Massif central et du Sud-Ouest (en juin 1944, le XIVe corps guérillero comprenait près de 4 000 hommes et couvrait 31 départements). L'autre grande composante fut la Main-d'œuvre immigrée (MOI), mise en place par les organisations communistes dans les années 1920. La FTP-MOI sera – jusqu'au printemps 1944 - l'instrument le plus efficace de la résistance armée urbaine du PCF clandestin. Quant aux juifs étrangers, traqués par l'Occupant et les polices spécialisées de Vichy, résister était un moyen de survivre.
Au total, les étrangers résistants s'engagent dans toutes les formes possibles que peut prendre la Résistance française : intégration aux Forces françaises libres, presse clandestine, sabotage, lutte armée, renseignement, etc. Les étrangers sont aussi parmi les premiers à se lancer dans la lutte armée contre l’Occupant aux côtés des résistants français au sein des Mouvements ou bien au sein d’organisations qui leur sont propres. A cet égard, les sections "nationales" de la MOI (FTP-MOI) ont joué un rôle décisif et emblématique ; en témoignent en 1943 l’arrestation de Missak Manouchian et de son groupe, et la célèbre « affiche rouge » placardée par les Allemands au lendemain de leur exécution en février 1944 qui visait à exacerber la xénophobie des Français. Nombreux sont aussi, dans le Sud-Ouest, les républicains espagnols engagés dans la Résistance.
 

  • Défilé de guerilleros espagnols portant un drapeau républicain, lors de la libération d’Auch (Gers), août 1944. Copyright Collection particulière

  • La brochure allemande L’armée du crime stigmatise les résistants d’origine étrangère en France, espagnols, italiens, arméniens... Copyright Mémorial Leclerc de la Ville de Paris

  • Des Russes de la Wehrmacht ont rejoint les rangs de la résistance, 1944. Copyright Collection particulière

  • Pour le gouvernement de Vichy, les résistants sont des étrangers à la solde de l’URSS et de Staline. Copyright MRN

1918, sortir de la guerre

L’armistice du 11 novembre 1918 inaugure une période complexe durant laquelle se met en place la sortie de guerre pour 4 millions de soldats. Il s’agit d’abord de les démobiliser, c’est-à-dire d’organiser leur retour au foyer. Pour certains, notamment les soldats venus des colonies, la démobilisation n’intervient pas avant la fin de l’année 1919.

Retour des démobilisés à la gare de l’Est, 1er février 1919. Photographie parue dans le journal Excelsior du dimanche 2 février 1919
Retour des démobilisés à la gare de l’Est, 1er février 1919. Photographie parue dans le journal Excelsior du dimanche 2 février 1919 - © Excelsior-L'Équipe/Roger-Viollet

L’expérience des démobilisations qui suit la guerre de 1914-1918 est exceptionnelle par son ampleur, mais aussi par la diversité des situations des personnes concernées, originaires de métropole, mais aussi d’outre-mer, c’est-à-dire des anciennes colonies, soldats, mais aussi travailleurs et travailleuses recrutés pour l’effort de guerre.

 

Dès la proclamation de l’armistice, la perspective du retour au foyer des quatre millions de mobilisés de l’armée française (dont peut-être 300000 soldats des anciennes colonies) est sans doute le plus grand facteur de joie des soldats et de leurs familles. Le gouvernement est conscient de ces aspirations. Mais il tient à conserver une armée puissante jusqu’à la signature de la paix définitive imposée à l’Allemagne vaincue, acte qui n’intervient que le 28 juin 1919, avec le traité de Versailles. D’autres préoccupations internationales (Europe centrale et orientale, Russie et pays du Levant) incitent également à la vigilance.

 

ORGANISER LA DÉMOBILISATION

 

Le renvoi des soldats à la vie civile s’effectue donc de façon échelonnée, avec priorité donnée à l’ancienneté. Dès la fin novembre, les hommes les plus âgés (49 à 51 ans) peuvent rentrer dans leurs foyers. Les hommes de 32 à 48 ans sont pareillement renvoyés chez eux de décembre à avril. À ce moment, les dirigeants alliés s’alarment des réticences exprimées en Allemagne à l’égard de conditions jugées trop dures, et envisagent explicitement une intervention militaire destinée à contraindre les vaincus à se soumettre.

 

Le processus de démobilisation est donc interrompu. Les classes constituant la réserve de l’armée active, c’est-à-dire comprenant les soldats de moins de 32 ans, sont maintenues sous les drapeaux jusqu’en juillet 1919. Si plus d’un million de soldats ont été démobilisés à cette date, l’armée française compte encore 2,5 millions d’hommes aux armées contre un peu plus de 4 millions le 11 novembre 1918. Puis la démobilisation reprend, et s’opère en 4 échelons jusqu’en septembre. C’est seulement le 14 octobre 1919 qu’est signé le décret de démobilisation générale, annulant le tristement fameux décret de mobilisation du 1er août 1914. Le renvoi des originaires des colonies s’opère de la même façon. En revanche, pour ceux, nombreux, qui ont contracté des engagements pour la durée de la guerre, leurs contrats stipulent que la démobilisation ne doit intervenir que six mois après la fin des hostilités, ce qui signifie, au mieux, le mois de mai 1919, en retenant la date de l’armistice comme date de référence. En septembre 1919, il resterait en France environ 15 000 militaires "indigènes", dont 13 000 Indochinois, surtout vietnamiens, essentiellement infirmiers et conducteurs. Ils regagnent leur pays entre septembre et novembre.

 

Cet échelonnement est rarement apprécié des intéressés, même quand il donne à certains d’entre eux le grand souvenir d’avoir participé au défilé du 14 juillet 1919 sous l’Arc de Triomphe. Il introduit un certain désordre dans la composition des unités, qu’il faut réorganiser pour tenir compte des départs. Par ailleurs, la discipline a tendance à se relâcher, les soldats-citoyens estimant que la fin de la menace allemande ne justifie plus l’application de règlements auxquels la grande majorité s’est soumise avec une sourde révolte, et à l’égard desquels elle conserve un vif ressentiment. Pour les démobilisés, le départ de l’armée ne va pas toujours sans difficultés. La procédure est pourtant simple : une visite médicale, la mise à jour des papiers militaires, puis l’envoi vers le centre démobilisateur qui est le dépôt du régiment d’appartenance de l’intéressé. Mais les désordres sont fréquents, particulièrement dans les transports ferroviaires : les soldats, pour protester contre la lenteur des convois et l’inconfort des wagons, brisent fréquemment vitres ou portières. Des manifestations se produisent chez les tirailleurs sénégalais du camp de Saint-Raphaël, qui, à l’occasion d’une revue, bousculent un général et demandent bruyamment leur retour. Il faut dire que, faute de moyens de transport maritimes, le rapatriement des soldats d’outre-mer est encore plus difficile.

 

QUITTER L’ARMÉE, RETROUVER SON FOYER

 

Les premiers retours créent bien des désillusions. Les hommes rentrent en effet dans l’indifférence des autorités, sans cérémonie d’aucune sorte. Pour remplacer les vêtements laissés à la caserne, abandonnés ou abîmés, ils ne reçoivent qu’un costume mal taillé (dit "Abrami", du nom du sous-secrétaire d'État à la Guerre Léon Abrami), ou, s’ils le refusent, la somme ridicule de 52 francs, peut-être 50 euros d’aujourd’hui. Ils sont même sommés par l’administration fiscale de payer leurs arriérés d’impôts, la fin du moratoire en la matière ayant en effet été décrétée dès la fin des hostilités. C’est seulement à partir de mars 1919 que des mesures plus compréhensives viennent remédier à ces maladresses : rétablissement du moratoire des impôts, paiement d’une prime à la démobilisation calculée selon un barème plus décent (250 francs plus 20 francs par mois de présence au front), loi sur les pensions versées aux invalides de guerre ou aux familles des décédés. L’accueil s’est modifié aussi.

 

À partir de la signature du traité de Versailles, les retours des régiments qui reviennent dans leur localité d’attache sont désormais célébrés : la fête commence par le défilé des soldats, acclamés par la foule de leurs compatriotes, dans des rues pavoisées et ornées de feuillages ; l’émotion est d’autant plus forte que beaucoup de ceux qui défilent, en dépit du brassage survenus dans les régiments au cours du conflit, sont encore des enfants du pays. Le défilé est parfois, mais pas toujours, suivi de festivités diverses (concerts, bals, feux d’artifice, retraites aux flambeaux). Même quand elles ont lieu, ces fêtes ne peuvent, cependant, cacher le deuil que manifeste pour de nombreuses années la présence des mutilés, mais aussi celle des veuves ou des familles dont les vêtements noirs de deuil rappellent tous ceux qui ne reviendront jamais.

 

Les démobilisés doivent aussi faire un gros effort de réadaptation. Ils ont vécu, pendant plusieurs années, 5 ans pour certains, au milieu de leurs camarades, loin de leurs familles, et coupés du milieu civil, à l’exception de rares permissions. Il leur faut d’abord retrouver du travail, ce qui n’est pas toujours aisé. Même si une loi de 1918 oblige les patrons à rembaucher leurs anciens ouvriers ou employés, encore faut-il que ces patrons soient encore en activité et en mesure de le faire. Il leur faut aussi accomplir toute une série de démarches, longues et souvent vécues comme humiliantes, pour obtenir les indemnités auxquelles ils ont droit. Mais il ne s’agit pas seulement de trouver du travail. L’homme libéré, dont jusque-là le quotidien était pris en charge par l’armée, a oublié comment régler son rythme de vie, pourvoir individuellement à ses besoins, choisir comment se nourrir ou se vêtir. Tout particulièrement, la vie familiale est à réorganiser, avec des épouses qui, bon gré mal gré, ont pris les responsabilités dévolues aux chefs de famille, des enfants qui ont perdu un temps leur père ou n’ont jamais connu sa présence. Des couples se sont défaits ou se défont, et les divorces sont plus nombreux qu’avant la guerre.

 

Les démobilisés estiment enfin qu’ils ne peuvent rien communiquer de leur expérience à ceux qui n’ont pas partagé les mêmes souffrances, les mêmes peurs, la même solidarité avec les camarades. Une partie des six millions et demi d’anciens combattants (environ un homme adulte sur deux) trouvent cependant dans les associations un moyen d’exprimer leur solidarité et leurs revendications au sein de la société française. Leur état d’esprit se caractérise avant tout par la fierté d’avoir «tenu» dans l’épreuve, en s’accrochant à leurs positions, comme à Verdun, pour empêcher la masse des troupes allemandes de se déverser sur le pays. Ils ressentent infiniment plus la satisfaction du devoir accompli que l’exaltation de l’exploit guerrier, même si tous n’y ont pas été insensibles. Plus la guerre s’éloigne, plus se renforce chez la majorité d’entre eux un patriotisme très pacifique, voire pacifiste, marqué avant tout par la condamnation de la guerre, et un rejet de tout ce qui peut la faciliter : notamment le militarisme, l’exaltation de l’héroïsme guerrier voire même, dans certains cas extrêmes, il est vrai, de l’honneur qui fait préférer la mort à la servitude.

 

QUEL SORT POUR LES AUTRES "MOBILISÉS" DE LA GUERRE ?

 

La fin de la guerre concerne d’autres catégories de soldats. Les prisonniers français, dont le nombre peut être évalué à 500 000, ont eu la possibilité de quitter les camps dès l’armistice. Nombre d’entre eux prennent l’initiative de rentrer par leurs propres moyens, non sans difficultés. Les autorités françaises prennent en charge le rapatriement des autres. Deux mois, de mi-novembre 1918 à mi-janvier 1919, suffisent pour assurer l’essentiel des retours. Ceux-ci se font dans l’indifférence des autorités et de l’opinion, comme si une sorte de déshonneur s’attachait à la condition de ces anciens soldats, qui, pour la plupart, n’ont pourtant pas démérité. Les règlements les assimilent d’ailleurs aux autres anciens combattants pour les indemnités qui leur sont dues.

 

Tout aussi discrète, pour des motifs compréhensibles, est la démobilisation des Alsaciens et Lorrains des territoires annexés au Reich depuis 1871, qui ont servi dans l’armée impériale (au nombre de 250 000 pendant la durée de la guerre). Pour tenter de remédier aux incompréhensions et aux injustices que fait naître leur situation de Français ayant servi dans une armée ennemie, une première association est créée dès 1920 sous le patronage du grand écrivain patriote Maurice Barrès, et prend le nom explicite de "malgré-nous", appelé à être de nouveau employé, à la suite de circonstances encore plus tragiques, lors de la Seconde Guerre mondiale.

 

Encore plus négligée est la démobilisation d’un certain nombre de femmes, appelées pendant le conflit à exercer des travaux jusque-là largement attribués aux hommes dans l’industrie et les services. Elles doivent accepter de quitter leur travail pour redevenir femmes au foyer ou employées de maison, sous la pression des autorités (circulaire du ministre de l’Armement Louis Loucheur du 13 novembre 1918). Ce transfert s’effectue sans beaucoup de bruit, et laisse peu de traces.

 

REMISE EN CAUSE OU MAINTIEN DE L’ORDRE COLONIAL ?

 

La rentrée des démobilisés des colonies est souvent marquée, elle aussi, par des solennités. Dans une allocution prononcée à Alger, le général Nivelle, venu souhaiter la bienvenue aux tirailleurs et aux zouaves qui regagnent leurs garnisons, exalte "leur héroïsme, leur esprit de sacrifice et leur foi invincible, dans la Marne, à Ypres, sur la Somme, au Chemin des Dames, à Verdun, à Château-Thierry, en Champagne". Il rappelle que lui-même les a toujours placés aux postes d’honneur. Cet accueil s’adresse surtout, il est vrai, aux premiers contingents rapatriés, les suivants débarquant dans une plus grande indifférence. Dans certains cas, les autorités paraissent se préoccuper de préparer la réadaptation des combattants. Une brochure est ainsi distribuée aux démobilisés d’Indochine pour leur indiquer les formalités à remplir afin de faire valoir leurs droits. Ils sont soumis à une visite médicale, les blessés ou malades étant soignés dans des formations sanitaires.

 

Cette sollicitude ne signifie pas un abandon de la surveillance. Toujours en Indochine, un service des rapatriés, mis sur pied dès septembre 1917, reçoit pour mission de centraliser les informations sur les "indigènes" en métropole, de manière à signaler les problèmes éventuels, mais aussi les écarts divers dans les comportements individuels, dont mention est faite aux services de la Sûreté locale. Il faut dire que, dans certaines régions, les arrivées ont donné lieu à des incidents : à Djibouti, au printemps de 1919, les soldats démobilisés, dont certains se sont illustrés sur le champ de bataille (notamment lors de la reprise de Douaumont en octobre 1916), se mutinent. Certains, retournés dans leurs campements, se livrent au pillage. Des incidents éclatent en ville. D’autres agitations analogues se produisent en Afrique occidentale française (AOF), notamment au Sénégal et en Guinée. Aucune, cependant, ne dégénère en troubles graves. Les travailleurs recrutés dans les colonies à l’occasion de la guerre (dont le nombre est évalué à 200 000) regagnent, eux aussi, leur pays en très grand nombre. Les autorités ne désirent pas les maintenir sur place. Elles craignent qu’ils ne soient contaminés par les idées révolutionnaires qui paraissent faire de grand progrès au sein du prolétariat français. Elles trouvent en les renvoyant l’occasion de donner une satisfaction démagogique aux mécontentements populaires, alors que les combattants de retour du front sont encore à la recherche de travail. Enfin, les responsables des colonies souhaitent retrouver au plus vite l’intégralité de la main-d’œuvre "indigène", indispensable pour assurer la reprise économique des territoires en touchant des salaires ramenés à des niveaux plus bas grâce à la pression des rapatriés. Pour faire face aux besoins de la reconstruction en France, on juge préférable de faire appel à des originaires d’Europe, jugés plus efficaces et qui excitent moins la méfiance des syndicats, en raison de leur tradition ouvrière. On se contente d’employer un nombre réduit de coloniaux et de Chinois sur les premiers chantiers de déblayage du front, dans des conditions d’ailleurs souvent très dures et dangereuses. Le voyage de ceux qui rentrent est en principe pris en charge par l’État, mais l’administration ne s’empresse pas de satisfaire à ses obligations. Les Vietnamiens n’achèvent de regagner leur pays qu’en juillet 1920.

 

Comme leurs camarades en métropole, les anciens combattants, Européens ou "indigènes", évoquent peu les réalités de la guerre. Certains ont tendance à attribuer l’attitude de ces derniers à un «fatalisme», qui les rendrait indifférents aux plus prodigieux événements, et non au désir d’oublier très répandu chez les anciens combattants. De retour chez eux, ces mêmes "indigènes" ne contribuent pas moins à remettre en cause l’ordre d’avant-guerre, l’ordre imposé par l’autorité coloniale, mais aussi celui des sociétés traditionnelles. La soumission à leurs propres notables et à leurs anciens leur pèse.

 

Ils excipent de leur qualité d’anciens soldats de l’armée française pour chercher à échapper aux injonctions de l’administration. En AOF, des chefs dénoncent l'arrogance des démobilisés et les accusent d’avoir acquis au service des habitudes de paresse qui les poussent à la délinquance. Beaucoup en revanche jouissent, dans le peuple, de la considération que leur vaut leur maîtrise apparente des "manières de Blancs" : ils fument le tabac, connaissent quelques mots de français, peuvent exhiber des "papiers" officiels. On admire leurs actions militaires, dans une société au sein de laquelle le guerrier jouit d’un grand prestige. Leur prime de démobilisation, versée en une seule fois et souvent dépensée en cadeaux, leur vaut, au moins dans les débuts, un certain prestige dans des milieux contraints à une existence frugale.

 

Par ailleurs, certains rapatriés ont acquis, au contact de l’Europe, une nouvelle conscience politique et de nouvelles pratiques d’action. Un ancien combattant, Dorothée Lima, fonde en 1920 le premier journal dahoméen, la Voix du Dahomey. Un ouvrier, Tôn Duc Thang, de retour de France, et qui a peut-être participé aux mutineries de la Mer Noire, crée le premier syndicat de Saïgon. Chez d’autres, le passage par l’armée a plutôt confirmé une vocation politique, comme chez l’instituteur Jean Ralaimongo, qui s’est porté volontaire à trente-deux ans et va devenir un des premiers animateurs du mouvement d’émancipation malgache, ou le comptable Galandou Diouf, bientôt devenu rival sénégalais de Blaise Diagne. On peut se demander cependant si ces comportements sont très fréquents parmi les anciens combattants. En effet, la plupart d’entre eux semblent plutôt rentrer de la guerre avec le désir de jouir de la paix, en bénéficiant des avantages que leur dispense le gouvernement et de l’estime de leur entourage.

 

Les vétérans et les anciens combattants d’origine européenne, notamment les Français d’Algérie, ont une attitude différente. Si leur mentalité apparaît assez proche de celle de leurs compatriotes de métropole, la situation coloniale donne à leur patriotisme une nuance particulière. Leur expérience de guerre, la fraternité d’arme qui a lié nombre d’entre eux à des soldats "indigènes", les innombrables exemples d’héroïsme et de dévouement fournis par ces derniers, paraissent plaider en faveur du maintien d’un ordre colonial qui a su engendrer ces comportements impeccables. Leur vision très positive de leurs anciens camarades de combat fait trop souvent peu de cas des conditions de vie, souvent difficiles, de ceux-ci ou de leurs aspirations, quand ils sont revenus à la vie civile, à échapper à la condition de "sujets". Tout en éprouvant à l’égard des "indigènes" plus d’affection et d’estime que par le passé, ceux qu’on n’appelle pas encore les "Pieds Noirs" ne sont guère davantage disposés à prêter l’oreille aux revendications de leurs représentants. Ces sentiments exagérément optimistes seront encore renforcés par la participation exemplaire des soldats des colonies lors de la Seconde Guerre mondiale.

 

Au total, la démobilisation peut paraître une réussite : les soldats ont été réintégrés sans heurts dans la vie civile. Les anciens combattants de métropole continuent à exprimer leur fidélité à la République, qui paraît sortie grandie de l’épreuve. Mais leurs attentes sont à la mesure des sacrifices qu’ils ont consentis : une vie plus heureuse, des gouvernements plus attentifs. Quant aux hommes mobilisés dans les colonies, la fierté d’avoir été de bons soldats alimente une revendication de dignité qui contribuera à nourrir l’aspiration à l’indépendance.

Jacques Frémeaux - Professeur émérite à l’université de Paris-Sorbonne (Paris-IV), membre de l’Académie des Sciences d’Outre-mer et membre émérite de l’Institut universitaire de France.

Articles de la revue

L'évènement

L'entretien

En résumé

DATE : 11 novembre 1918

LIEU : Clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne

ISSUE : Signature de l'Armistice mettant fin aux combats de la Première Guerre mondiale

PAYS PARTICIPANTS : France, Grande-Bretagne, Allemagne

Un démobilisé essaie le costume national dit

Un démobilisé essaie le costume national dit "Abrami", Paris, École militaire, 13 février 1919.

© Joly/ECPAD/Défense
Visite médicale d’un soldat démobilisé, Paris, École militaire, 13 février 1919.

Visite médicale d’un soldat démobilisé, Paris, École militaire, 13 février 1919.

© Joly/ECPAD/Défense
Défilé des spahis lors des fêtes de la Victoire à Paris, 14 juillet 1919.

Défilé des spahis lors des fêtes de la Victoire à Paris, 14 juillet 1919.

© Albert Harlingue/Roger-Viollet
Prisonniers français rapatriés d’Allemagne, novembre 1918.

Prisonniers français rapatriés d’Allemagne, novembre 1918.

© Maurice-Louis Branger/Roger-Viollet
Travailleurs chinois dans les manufactures de guerre, région de Lyon, septembre 1916.

Travailleurs chinois dans les manufactures de guerre, région de Lyon, septembre 1916.

© Piston/Excelsior-L’Équipe/Roger-Viollet
Troupes françaises occupant le centre de la chimie de guerre de l’Allemagne : avant-postes à la sortie du pont devant Mannheim, mars 1919. Photographie parue dans le journal Excelsior du mercredi 5 mars 1919.

Troupes françaises occupant le centre de la chimie de guerre de l’Allemagne : avant-postes à la sortie du pont devant Mannheim, mars 1919. Photographie parue dans le journal Excelsior du mercredi 5 mars 1919.

© Excelsior-L’Équipe/Roger-Viollet

Chronologie

11 novembre 1918-10 août 1920, les sorties de guerre

Novembre 1918

11 novembre : armistice signé à Rethondes, en forêt de Compiègne, mettant fin aux hostilités de la Première Guerre mondiale sur le front occidental, durée 36 jours.

20 novembre : en France, Georges Clemenceau ministre de la Guerre.

Décembre 1918

9 décembre : armistice de Focşani entre les puissances centrales et la Roumanie.

13 décembre : reconduction de l'armistice par les Alliés.

15 décembre : armistice russo-allemand de Brest-Litovsk.

Janvier 1919

1er janvier : indépendance de la Biélorussie, érigée en république socialiste soviétique.

5 janvier : prise de Vilnius par l’Armée rouge.

5-16 janvier : insurrection spartakiste écrasée à Berlin (exécution de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg le 15).

16 janvier : nouvelle reconduction de l'armistice par les Alliés.

17 janvier : Paul Deschanel élu président de la République française.

18 janvier : ouverture au Quai d'Orsay de la Conférence de paix sous la présidence de Georges Clemenceau.

19 janvier : élection d'une Assemblée Constituante en Allemagne.

21 janvier : début de la guerre d’indépendance irlandaise.

26 janvier : élections législatives polonaises.

Février 1919

5 février : reprise de Kiev par les bolcheviks.

11 février : Friedrich Ebert élu président de la République par l'Assemblée nationale de Weimar.

14 février : bataille de Bereza Kartuska, en Biélorussie, premier engagement de la guerre polono-soviétique.

16 février : dernière reconduction de l'armistice par les Alliés avant la signature du traité de paix.

27 février : proclamation de la République socialiste soviétique lituano-biélorusse.

Mars 1919

2 mars : création de la IIIe Internationale à Moscou.

3 mars : grève générale en Allemagne.

4-13 mars : répression de la grève générale à Berlin.

10 mars : proclamation de la république soviétique d’Ukraine.

21 mars : proclamation de la république des conseils de Hongrie ou république soviétique hongroise.

22 mars : en France, loi instituant une prime de démobilisation.

23 mars : fondation, à Milan, des Faisceaux italiens de combat (Fasci Italiani di Combattimento) par Benito Mussolini.

25 mars : en France, création des conventions collectives de travail.

29 mars : en France, acquittement de Raoul Villain, assassin de Jean Jaurès.

31 mars : en France, loi instituant le droit à réparation pour les Anciens Combattants et Victimes de Guerre.

Avril 1919

2-6 avril : évacuation des troupes françaises du port d’Odessa.

7 avril : tentative de révolution communiste en Bavière.

15-16 avril : début de la guerre hongro-roumaine.

17 avril : en France, loi reconnaissant le droit individuel à la réparation des dommages causés aux biens par le déroulement de la guerre.

19 avril : en France, loi promulguant la charte des sinistrés.

19-21 avril : mutinerie des marins français de l’escadre de la mer Noire.

21 avril : entrée des troupes polonaises dans Vilnius. Fin de la république socialiste soviétique lituano-biélorusse.

23 avril : en France, loi instaurant la journée de travail à 8 heures et la semaine de travail à 48 heures. Entrée en Bavière de l’armée et des corps francs pour écraser l’insurrection.

Mai 1919

1er mai : manifestations ouvrières à Paris. Offensive tchèque en Hongrie.

1er-8 mai : prise de Munich par l’armée et les corps francs. Fin de la république des conseils de Bavière.

7 mai : signature du pacte franco-anglo-américain, dans le cadre du traité de Versailles, en cas d'agression de l'Allemagne.

12 mai : rejet par l’Assemblée nationale constituante allemande du projet de traité soumis à la délégation allemande.

21 mai : en France, vote par la Chambre d'un projet de loi accordant le droit de vote aux femmes, rejet du Sénat.

Juin 1919

10-13 juin : en France, grèves dans la métallurgie.

12-13 juin : congrès du Parti des communistes de Hongrie.

16 juin : ultimatum des Alliés à l’Allemagne. Proclamation de la république slovaque des Conseils.

19-23 juin : victoire décisive de l’Estonie et de la Lettonie sur le gouvernement balte pro-allemand à la bataille de Wenden.

22-23 juin : approbation du traité de Versailles par l’Assemblée nationale de Weimar.

24 juin : en France, loi sur les réparations à accorder aux victimes civiles de la guerre. Échec d’une tentative de putsch contre-révolutionnaire à Budapest.

25 juin : grèves des transports à Paris.

28 juin : traité de Versailles avec l'Allemagne incluant en préambule le Pacte de la société des Nations.

Juillet 1919

2 juillet-septembre : grève des cheminots au Portugal.

7 juillet : l'armée tchèque met fin à la république slovaque des Conseils.

11 juillet : la Galicie orientale protectorat polonais après la conférence de Paris.

14 juillet : défilé de la Victoire sur les Champs-Élysées.

20 juillet : offensive de l’Armée rouge hongroise contre les Roumains (défaite de l'Armée rouge le 24).

31 juillet : création de la Confédération générale du patronat français.

Août 1919

1er août : démission du gouvernement des Conseils en Hongrie, formation d'un gouvernement socialiste.

3 août : occupation de Budapest par les troupes roumaines.

6 août : chute de la République des conseils hongroise, formation d'un gouvernement contre-révolutionnaire, début de la Terreur blanche en Hongrie (1919-1920).

8 août : Minsk aux mains des Polonais.

11 août : promulgation de la Constitution de Weimar à Schwarzbourg.

14 août : promulgation de la Constitution de Bamberg par la Bavière.

16-17 août : début d’une insurrection des populations polonaises contre l’autorité allemande en Haute-Silésie.

19 août : proclamation de l’état de siège en Haute-Silésie.

20 août : début de la bataille de Tobolsk-Petropavlovsk entre les armées rouge et blanche en Sibérie.

23-28 août : insurrection de Sejny, retrait des troupes lituaniennes.

24 août : répression de  l’insurrection par les corps francs en Haute-Silésie.

Début des mouvements paysans en Italie (occupation des terres).

Septembre 1919

7 et 12 septembre : décrets-loi instituant des réformes agraires en Roumanie.

10 septembre : traité de Saint-Germain-en-Laye avec l'Autriche.

12 septembre : prise de parole d'Adolf Hitler à un meeting du Parti ouvrier allemand dans une brasserie de Munich.

28 septembre : guerre soviéto-polonaise, début de la bataille de Daugavpils.

Octobre 1919

9 octobre : à Florence, premier congrès des Faisceaux de combat.

10 octobre : blocus économique de la Russie soviétique par le Conseil Suprême des Alliés.

14 octobre : en France, décret de démobilisation générale annulant le décret de mobilisation du 1er août 1914.

26 octobre : succès de l’Armée rouge sur les troupes russes blanches en Sibérie après la bataille de Tobolsk-Petropavlovsk.

Novembre 1919

2 novembre : en France, premier Jour des morts depuis le retour de la paix donnant lieu à de nombreuses cérémonies dans les cimetières et les nécropoles du front. Fondation de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).

11 novembre : première journée de commémoration de l'armistice de 1918, une seule cérémonie étant organisée dans la chapelle des Invalides en présence du maréchal Foch.

16 novembre : en France, succès électoral du Bloc national aux législatives ; débuts de la "chambre bleu horizon".

20 novembre : refus du Sénat américain de ratifier les traités entraînant la non-participation des États-Unis à la SDN.

22 novembre : gouvernement de Károly Huszár en Hongrie.

27 novembre : traité de Neuilly avec la Bulgarie.

Décembre 1919

8 décembre : la ligne Curzon proposée par le Conseil Suprême des Alliés comme frontière entre la Pologne et la Lituanie, la ville de Vilnius attribuée à la Lituanie. Refus de la ligne Curzon par les Polonais qui avancent jusqu’à Kiev.

9 décembre : signature à Paris du traité des minorités par le royaume de Roumanie à l’issue de la conférence de la paix.

12 décembre : reprise de Kharkov aux nationalistes par l’Armée rouge, de Kiev le 16 puis prise d’Ekaterinoslav et occupation de tout le sud de l’Ukraine.

Janvier 1920

5 janvier : l’Armée rouge chassée de Daugavpils les troupes polono-lettone.

10 janvier : entrée en application du traité de Versailles.

17 janvier : en France, Paul Deschanel successeur de Raymond Poincaré à la présidence de la République.

18 janvier : en France, démission de Georges Clemenceau du poste de président du Conseil après sa défaite à la présidentielle.

20 janvier : en France, Alexandre Millerand président du Conseil ; création du ministère des pensions, des primes et allocations de guerre avec André Maginot comme premier titulaire.

24 janvier : en France, constitution de la Commission des Réparations.

Février 1920

18 février : le nombre d'hommes pouvant être gardé sous les armes en Allemagne fixé à 100 000 par le Conseil suprême.

23 février : en France, Raymond Poincaré nommé président de la Commission des Réparations.

25-29 février : 17e congrès national de la SFIO à Strasbourg.

Février-mai : en France, vagues de grèves des mineurs et des cheminots.

Mai 1920

24-25 mai : second congrès des Faisceaux de combat à Milan.

Juin 1920

4 juin : traité de Trianon avec la Hongrie.

En Italie, révolte des bersagliers (unité d’infanterie légère).

Juillet 1920

5 - 16 juillet : conférence de Spa sur les réparations.

Août 1920

10 août : traité de Sèvres avec la Turquie.

Galeries photos

La ligne de front, Belgique 1914-1918
La ligne de front, Belgique 1914-1918 - © SGA/COM
Les cimetières militaires
Les cimetières militaires - © SGA/DPMA
Le front belge
Le front belge - © SGA/DPMA
Autour des cimetières militaires
Autour des cimetières militaires - © SGA/COM
La ligne de front, Belgique 1914-1918 Les cimetières militaires Le front belge Autour des cimetières militaires

Aux bleuets, citoyens !

Le centenaire de l’année 1918 donnera à beaucoup l’occasion d’arborer le Bleuet de France, né au lendemain de la Première Guerre mondiale. Symbole du souvenir et de la solidarité, le Bleuet maintient aujourd’hui sa vocation et vient en aide aux blessés et victimes de guerre.

Le Pèlerin n°3009 du 25 novembre 1934
Le Pèlerin n°3009 du 25 novembre 1934 - © DR

En 2015 et 2016, les attaques terroristes ont frappé la France en son cœur. La guerre, si éloignée de notre territoire depuis plusieurs décennies, a surgi dans le quotidien des Français. Des millions de personnes se sont rassemblées dans les rues pour faire front contre la peur et le fondamentalisme liberticide, unies pour rendre hommage aux victimes disparues et témoigner leur solidarité envers celles qui, désormais, doivent survivre au traumatisme. Pour beaucoup, l’engagement des armées sur les théâtres d’opérations extérieures prend un sens nouveau.

 

Cet élan humaniste n’est pas sans rappeler celui qui avait resserré la nation, au lendemain de la Grande Guerre, autour des centaines de milliers de jeunes hommes blessés et mutilés, lesquels devaient se reconstruire et s’insérer dans la société. Il fallut trouver des fonds, parallèlement aux aides de l’État, dans cette entreprise sociale sans précédent. Une idée de génie germa alors dans l’esprit de deux infirmières de l’hôpital des Invalides : créer un atelier où des soldats en convalescence confectionneraient de petits bleuets en tissu, et dont la vente alimenterait une cagnotte solidaire. Un symbole national était né ! Car le bleuet était porteur de références. Pendant la guerre, les jeunes recrues, vêtues du nouvel uniforme "bleu horizon", étaient appelées affectueusement des "Bleuets" par leurs anciens. Bleuets et coquelicots étaient par ailleurs les seules fleurs à pousser sur les sols dévastés par les combats, évoquant la force de la vie. Le coquelicot (ou poppy) incarna quant à lui le souvenir en Grande Bretagne et dans les pays du Commonwealth. Il suscite encore aujourd’hui un engouement populaire.

 

À partir de 1934, l’État officialisa la vente du bleuet chaque 11 Novembre, alors que des ateliers de confection se multipliaient partout en France. En 1957, une nouvelle collecte fut autorisée, le 8 mai, au profit des combattants de la Seconde Guerre mondiale.

 

Qu’en est-il aujourd’hui du Bleuet de France ? Menacée de disparition, l’Œuvre  fut confiée en 1991 à l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), établissement public sous tutelle du ministère des armées. Les campagnes de collecte, menées avec l’appui d’associations d’anciens combattants, des armées, de collectivités locales et de bénévoles de tous horizons, rassemblent chaque année un peu plus d’un million d’euros.

 

Depuis 2012, le sport professionnel français soutient cette action caritative : le Stade rennais FC fut le premier à arborer le bleuet en match officiel. À l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, les équipes de France de rugby et de football, ainsi que des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, en deviennent les ambassadeurs. À l’exemple du président de la République, nombre d’élus et d’autorités militaires le portent lors de cérémonies mémorielles. Des initiatives plus que louables, relayées par les médias.

 

Fabriqués par des travailleurs handicapés, les bleuets sont vendus pour "aider ceux qui restent", combattants d’hier et d’aujourd’hui, soldats blessés, veuves, pupilles de la Nation, victimes de guerre et d’actes de terrorisme. Une partie des fonds finance également des actions de mémoire, notamment à destination des scolaires.

 

En cette année 2018, en mémoire des poilus, par solidarité pour ceux qui ont servi et servent la France au péril de leur vie, ceux que la guerre ou le terrorisme a meurtris à jamais, le port du bleuet est un acte citoyen fort, universel et intergénérationnel.

Antoine Rodriguez - Directeur de service de l’ONACVG de l’Ille-et-Vilaine/ Alexandre FONS - Chargé de mission du Bleuet de France

Pour en savoir plus

bleuet-de-france@onacvg.fr

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Bridget Gee

Bridget Gee est chargée des relations extérieures à l’ambassade de Nouvelle-Zélande à Paris. À ce titre, elle s’occupe de l’organisation des commémorations franco-néo-zélandaises, notamment de l’inauguration en 2018 du monument français de Wellington.

Pekahu National War Memorial Park, Wellington, Nouvelle-Zélande
Pekahu National War Memorial Park, Wellington, Nouvelle-Zélande - © Colin McLellan

Quel a été le rôle des Néo-Zélandais dans la Première Guerre mondiale et quel a été l'impact de ce conflit sur la Nouvelle-Zélande ?

 

La Première Guerre mondiale a été un événement important et traumatisant pour la Nouvelle-Zélande. Le coût humain de la guerre a été considérable. Au total, sur une population d'un peu plus d'un million d'habitants, plus de 100 000 Néo-Zélandais ont servi au sein du corps expéditionnaire. Parmi eux, 18 000 sont morts et 41 000 ont été blessés. Le centenaire de l’année 1918 nous donnera d’abord l’occasion de rendre hommage à ces hommes.

 

C’est animés du sens du devoir, d’un esprit de justice et d’une grande fidélité à l’Empire britannique qu’ils se sont engagés dans la Première Guerre mondiale dès l’ouverture du conflit en 1914.

 

Par ailleurs, les expériences épouvantables vécues pendant ce conflit mondial  ont fait naître chez les Néo-Zélandais des qualités d'endurance et de courage, des sentiments de solidarité et de fraternité et un fort sens de l’engagement. Certaines dates, auxquelles se sont déroulées les pires batailles de la guerre sont devenues des repères dans la mémoire nationale néo-zélandaise ; en particulier les débarquements de 1915 à Gallipoli, en Turquie, qui  se sont soldés par un échec. Sur le front occidental, où la Nouvelle-Zélande a subi les trois quarts de ses pertes, on se souvient également des batailles de la Somme, de Passchendaele et de Messines.

 

En quoi 1918 et sa mémoire ont-elles joué un rôle dans la formation de l'identité nationale néo-zélandaise ?

 

À la fin de la guerre, les Néo-Zélandais n'ont pas pu rentrer chez eux immédiatement en raison d'une pénurie de navires et de la participation de certains d’eux à l'occupation de l'Allemagne. Ceci a beaucoup marqué les soldats et leur famille. Par ailleurs, la signature du traité de Versailles par la Nouvelle-Zélande a  offert au pays une nouvelle place sur la scène internationale.

 

La Première Guerre mondiale a eu un impact profond et durable sur la Nouvelle-Zélande, notamment pour ceux qui ont parcouru d'énormes distances pour prendre part à une guerre à l'autre bout du monde, et pour ceux qui y sont restés. Les effets de la guerre sont encore  présents aujourd'hui ; non seulement dans nos symboles et nos monuments commémoratifs, mais aussi dans nos politiques et nos valeurs, dans nos amitiés et nos alliances internationales, ainsi que dans notre sentiment d'appartenance à une nation.

 

Depuis 2014, le programme du centenaire de la Première Guerre mondiale en Nouvelle-Zélande encourage les gens à explorer la manière dont ces expériences de guerre ont contribué à façonner notre identité nationale. Parmi les  actions commémoratives, on peut citer l’érection et la rénovation de monuments, la  création de spectacles musicaux et théâtraux, ainsi que la réalisation de nombreux projets pédagogiques par des scolaires.

 

Quelles seront les principales commémorations de votre pays en 2018 ?

 

Le 4 novembre 2018, la Nouvelle-Zélande organisera une cérémonie nationale en France pour marquer le centenaire de la libération de la ville du Quesnoy. Une semaine seulement avant la fin de la guerre, début novembre 1918, la division néo-zélandaise a repris la ville aux Allemands. Depuis lors, Le Quesnoy et la Nouvelle-Zélande entretiennent des liens privilégiés. La ville a même donné des noms de personnalités et lieux néo-zélandais à certaines de ses rues et à l’une de ses écoles. La Nouvelle-Zélande commémorera aussi bien sûr le 11 novembre 1918, aux côtés de la France.

 

Autre symbole de la relation étroite qui unit nos deux pays et de la mémoire qu’ils ont en partage, le monument commémoratif français au sein du Pukeahu National War Memorial Park à Wellington que la Nouvelle-Zélande accueillera en 2018. Ce monument a été financé par le ministère des armées, au travers de sa Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives (DPMA), qui a également participé à sa conception, notamment en co-organisant un séminaire franco-néo-zélandais, ainsi qu’au choix du projet lauréat.

La rédaction

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2018 : Année Clemenceau

Le 11 novembre dernier, le Président de la République a rendu hommage à la figure de Georges Clemenceau, en visitant son appartement parisien, devenu aujourd’hui un musée. L’occasion pour lui d’annoncer que l’année 2018 serait "l’Année Clemenceau".

Le président de la République, accompagné de Jean-Noël Jeanneney, inaugure le nouveau musée Clemenceau à Paris, 11 novembre 2017
Le président de la République, accompagné de Jean-Noël Jeanneney, inaugure le nouveau musée Clemenceau à Paris, 11 novembre 2017 - © Lentignac / Musée Clemenceau

À Paris, au rond-point des Champs-Élysées, les statues de deux chefs de guerre se font face. À la sortie du métro, se dresse, immense, celle du général de Gaulle ; de l’autre côté de l’avenue s’élève celle de Georges Clemenceau. En place depuis 1932, elle figure le Père la Victoire en mouvement, vêtu d’un grand manteau, chaussé de guêtres, l’écharpe au vent, tel qu’il le fut lors de ses visites aux poilus. De nos jours, cette représentation est, sans aucun doute, la plus vivace dans la mémoire des Françaises et des Français.

 

En 2018, elle sera renforcée par la décision du président de la République de rendre hommage, dans le cadre de la commémoration du centenaire de la Grande guerre, au vainqueur qu’a été Georges Clemenceau, fondateur de la Troisième République qui, appelé par Poincaré à la présidence du Conseil en novembre 1917, s’est engagé à "vaincre ou mourir". Malgré la légitimité de ce choix, il serait réducteur de figer Clemenceau dans son image de guerrier et de résumer sa carrière à celle d’un stratège agressif et belliciste.

 

"LA PAIX, NOUS LA VOULONS"

 

En 1917, Georges Clemenceau et son gouvernement ont répondu présent pour "travailler", travailler à la "guerre de salut" et œuvrer pour la paix. Ainsi, le 20 novembre 1917, dans sa déclaration ministérielle à la Chambre des députés, le Tigre s’engage à mener "une guerre intégrale" parce qu’il veut au plus vite la fin du conflit meurtrier : "La paix, nous la voulons, nous nous sacrifierons tous pour l’obtenir dans des conditions de justice et de beauté qui soient dignes de notre pays". Plusieurs raisons expliquent l’acharnement de Clemenceau à arrêter la guerre. La principale est son aversion viscérale pour la violence extrême, exécration largement nourrie par les visites qu’il fait au front, dès septembre 1915 en tant que président de la commission de l’Armée du Sénat.

 

En effet, sa première visite, en Champagne, n’est pas uniquement institutionnelle. De Suippes à Souain, elle lui permet de rencontrer ces hommes "dans les tranchées, qui sont d’ailleurs dans un état épouvantable par suite de l’accumulation de la boue et des débris de toutes sortes, [ces] hommes qui font preuve du courage le plus tranquille", comme il l’exprimera devant la commission de l’Armée du Sénat le 30 septembre 1915.

 

De plus, ce premier contact avec le terrain lui offre l’occasion de se rapprocher par la pensée d’Albert, son petit frère chéri pour lequel il s’inquiète fort, regrettant de ne pouvoir prendre sa place sur le champ de bataille. Enfin, cette première visite, prélude à bien d’autres, inscrit à jamais le souvenir du sergent Poissonnier, qui "a autre chose à faire que de nous garder dans sa mémoire, anxieuse d’avenir" mais que "Lui [Clemenceau], il n’oubliera pas". C’est ainsi qu’il évoque le sergent Poissonnier dans le quotidien L’Homme enchaîné, le 6 octobre 1915. L’admiration et la sincère affection que le président du Conseil éprouve pour les soldats est le moteur constant de son engagement pour la paix. Ebranlé, jadis, par une visite sur les "ruines fumantes" de 1870 en compagnie de son ami Scheurer-Kestner, il est profondément convaincu de l’urgence d’arrêter la guerre au plus vite quand celle-ci ne peut être évitée. Cette horreur du sang versé est issue de l’expérience et de la philosophie sur l’existence du "grand homme".

 

UNE PERSONNALITÉ FLAMBOYANTE ET COMPLEXE

 

Par conséquent, décréter l’année 2018 comme "Année Clemenceau" est non seulement rendre hommage à l’intelligence et à l’énergie de l’homme d’État mais aussi aller à la rencontre d’une personnalité flamboyante, complexe et plurielle. Célébrer le Père la Victoire, c’est suivre une infinité de chemins, selon nos intérêts, nos envies et notre humeur.

 

Né en Vendée, monté à la capitale pour finir "sa médecine", enfermé, en 1870, dans Paris assiégé, maire sous la Commune, docteur des pauvres à Montmartre, député, sénateur, dreyfusard, journaliste, écrivain, ami des artistes comme Monet, ministre de l’Intérieur puis président du Conseil, grand voyageur, Georges Clemenceau fut constamment dans l’action et dans l’idéal. Insaisissable et contradictoire, il fut parfois difficile de le comprendre. Voilà pourquoi, en 2018, de nombreux événements organisés ou soutenus par la Mission du centenaire, les ministères de la culture et des armées (direction des patrimoines, de la mémoire et des archives) et les lieux de mémoire vont se succéder.

 

UNE SAISON CLEMENCEAU

 

Depuis fin janvier, sur un site internet dédié sont disponibles un calendrier détaillé de l’année 1918, des documents et articles, une riche iconographie, et un suivi des initiatives de la Présidence de la République. Plusieurs documents d’archives conservés au service historique de la défense, et rassemblés par le général Mordacq, chef du cabinet militaire de Clemenceau, sont en cours de numérisation. Au total, 10 000 vues sont concernées.

 

À Paris, le musée Clemenceau accueille le public afin de révéler, dans une galerie rénovée avec le soutien de la direction des patrimoines, de la mémoire et des archives du ministère des armées, non seulement les différents visages et les nombreux combats du "républicain de bataille" mais aussi l’immense culture et la tendresse de l’homme privé, dans son appartement laissé en l’état depuis le 24 novembre 1929, jour de son décès. Tout au long de l’année, expositions et visites guidées y seront organisées.

 

À Mouilleron-en-Pareds, l’inauguration de sa maison natale transformée en musée national sera, en juin 2018, le grand événement vendéen. Maison-musée, elle "conservera l’émotion d’un lieu de mémoire et présentera le parcours d’un homme d’idées qui a marqué l’histoire de France par sa pensée et son action" comme aime à la présenter sa conservatrice en chef, Marie-Hélène Joly. À quelques kilomètres de là, à Saint-Vincent-sur-Jard, "la Bicoque", maison de cœur de Clemenceau à la retraite, honorera, elle aussi, par des conférences et des manifestations, l’hôte qui recevait à sa table ses nombreux amis et qui, dans le silence et la solitude de la nuit, rédigeait textes littéraires et lettres d’amour, face à la mer.

 

Tout cela aidera à mieux saisir le sens du Serment à Clemenceau prononcé, le 11 novembre 1941, à la BBC par le général de Gaulle. Assurément, lorsque ce dernier commençait par ces mots inoubliables : "Au fond de votre tombe vendéenne, aujourd’hui 11 novembre, Clemenceau, vous ne dormez pas !", le chef de guerre, qu’il était alors, savait que le "Vieux Tigre" pouvait inspirer la France pour la victoire immédiate et le siècle à venir. Une exposition au Panthéon en novembre 2018 en témoignera.

Sylvie Brodziak - Maîtresse de conférences HDR en littérature française et histoire des idées, université de Paris Seine-Cergy-Pontoise

Pour en savoir plus

www.clemenceau2018.fr

www.musee-clemenceau.fr

 

Bibliographie

Clemenceau, Sylvie Brodziak, Presses universitaires de Vincennes, 2015.

Clemenceau au front, Samuël Tomei, éditions Pierre de Taillac/ministère de la Défense, 2015.

Dictionnaire Clemenceau, Sylvie Brodziak et Samuel Tomei (dir.), préface de Jean-Noël Jeanneney, collection Bouquins, Robert Laffont, 2017.

 

Lieux de mémoire

Musée Clemenceau

Musée des Deux Victoires - Clemenceau-de Lattre

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Lens' 14-18 - Centre d'Histoire Guerre et Paix

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Situé à Souchez, au cœur du front d'Artois, Lens' 14 - 18 Centre d'Histoire Guerre et Paix présente la Première Guerre mondiale sur le sol du Nord et du Pas-de-Calais.

Le centre international propose une collection exceptionnelle de documents iconographiques : cartes animées, lettres, photographies d'archives parfois inédites, films d'époques et des objets emblématiques en provenance du monde entier.

 

Source : Lens' 14-18 - Centre d'Histoire Guerre et Paix

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Musée de l'aviation - Warluis

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Le musée de l’aviation de Warluis, ouvre sa collection au public en 1995. Consacré plus spécialement à l’aviation et aux aviateurs de la Seconde Guerre mondiale, le musée présente 1000 objets authentiques, 1600 photographies et documents sur une surface de 1000 m2.

 

Source : Musée de l'aviation de Warluis

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Visites

collège - lycée

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Musée de la Résistance de Châteaubriant

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La Sablière fut le témoin d’un évènement de la Seconde Guerre mondiale. Le 22 octobre 1941, 27 otages furent fusillés par les Allemands en représailles de la mort du Feldkommandant de Nantes (Loire-Inférieure) Karl Hotz, tué deux jours plus tôt par de jeunes résistants français. Suite à cette date, La Sablière se fait appeler la "Carrière des fusillés" et des rassemblements rendant hommage aux fusillés de Châteaubriant s’organisent.

Pour transmettre cette histoire au public, le musée de la Résistance à Châteaubriant, implanté dans la ferme qui jouxtait la carrière où ont été fusillés ces 27 otages, est inauguré en 2001. Des expositions permettent de mieux comprendre la vie des internés et la Résistance dans le pays de Châteaubriant. Chaque année, une exposition est en lien avec le thème du Concours National de la résistance et de la Déportation.

 

Source : Musée de la Résistance de Châteaubriant

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Informations pratiques

Mémorial du camp de Rivesaltes

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Conçu à l’origine comme camp militaire, le camp de Rivesaltes a été tour à tour principal camp d’internement du sud de la France en 1941 et 1942 pour les républicains espagnols, les juifs étrangers et les tsiganes, centre de séjour surveillé pour les collaborateurs et dépôt de  prisonniers de guerre de l’Axe entre 1944 et 1948, et lieu de  relégation des harkis et de leurs familles entre 1962 et 1964.

 

Pour raconter son histoire, un Mémorial a été construit sur l’ancien îlot F du camp, au milieu des vestiges des baraques où ont vécu plus de 60 000 personnes. Conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, ce bâtiment de 4 000 m  est un espace de référence de l’histoire des déplacements contraints de populations et de leur mise sous contrôle, et un lieu de mémoire incontournable.

 

Source : Mémorial du camp de Rivesaltes

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Fort de Metz-Queuleu

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Le fort de Queuleu, construit à partir de 1867 puis réaménagé pendant l'Annexion allemande, a accueilli plusieurs camps d'internements durant la Seconde Guerre Mondiale. Entre octobre 1943 et août 1944, un camp spécial (Sonderlager) géré par la Gestapo est installé dans la Caserne II.
 
Les thématiques abordées sont nombreuses : histoire de la fortification, histoire de la résistance mosellane, répression nazie, la torture, l’enfermement, la mémoire…
 
Source : Association du fort de Metz-Queuleu
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