Lettre d'information

Commémorer autrement en France

Captation et retransmission en direct sur les réseaux sociaux de la cérémonie du 70e anniversaire de la participation du bataillon français de l’ONU à la guerre de Corée, Paris, 18 mai 2021. © Maurice Bleicher

Depuis près de cent ans, la politique commémorative de la France s’organise autour de journées nationales, essentiellement fixées par la loi, et de cérémonies marquant l’anniversaire d’événements historiques dans le cadre de thématiques annuelles. Aujourd’hui, à l’aune de la disparition des acteurs et témoins des conflits du XXe, les commémorations prennent d’autres formes, plus actuelles, pour répondre à l’enjeu de transmission.

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La politique de mémoire des conflits contemporains, dont le ministère des armées est le dépositaire, s’attache à conserver et à transmettre aux jeunes générations le souvenir de l’engagement des combattants et des principes et des valeurs qui les animaient, ainsi que le souvenir des victimes de guerre.

Une diversité commémorative à l’image de l’histoire nationale

Cet objectif se traduit notamment par l’organisation de cérémonies publiques commémoratives. Les cérémonies relevant du ministère des armées sont organisées dans le cadre des journées nationales, dont l’existence est prévue par un texte législatif ou réglementaire. Depuis 1922, ce ne sont pas moins de onze journées nationales qui rythment le calendrier commémoratif du ministère des armées. Ces cérémonies rappellent les faits marquants des conflits contemporains dans lesquels la France a été engagée, depuis la Première Guerre mondiale jusqu’à nos jours.

Tout comme en Allemagne, ces cérémonies commémorent des événements majeurs de l’histoire nationale. Si la Seconde guerre mondiale, le soulèvement de 1953 à Berlin-Est et en République démocratique d’Allemagne ainsi que la réunification sont les événements commémorés en Allemagne, le champ mémoriel apparaît plus large en France. Il couvre en effet les deux guerres mondiales et les guerres de décolonisation, et s’attache aussi à commémorer des événements particuliers ou à mettre en lumière des mémoires spécifiques (Déportation, Résistance, Harkis…).

Par ailleurs, si l’Allemagne célèbre des anniversaires particuliers comme à l’occasion des 40e, 50e et 60e anniversaires de la République fédérale d’Allemagne, la France définit chaque année plusieurs thématiques particulières liées aux cycles mémoriels. C’est ainsi qu’en 2021, un accent particulier est mis sur la fin de la guerre de 1870-1871, le 30e anniversaire de la guerre du Golfe, le 70e anniversaire de l’engagement de la France dans la guerre de Corée et le 80e anniversaire du serment de Koufra. Des hommages particuliers sont également rendus aux Français libres Félix Eboué et Honoré d’Estienne d’Orves, ainsi qu’à la résistante Bertie Albrecht.

Des hommages nationaux sont enfin régulièrement organisés sur décision du président de la République pour saluer la mémoire de soldats morts en opérations extérieures, à la suite de la disparition de personnalités éminentes ou d’événements ayant profondément marqué la nation.

 

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Cérémonie pour la Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires
de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc, 19 mars 2021, Paris. © Erwan Rabot/SGA-COM

 

"Aller à la rencontre de nouveaux auditoires"

La poursuite de cette mission commémorative fait face aujourd’hui à d’importants défis.

La disparition progressive des acteurs et témoins de l’histoire oblige le ministère des armées à s’interroger sur le renouvellement des pratiques mémorielles. Sans évolution, les cérémonies resteront condamnées à demeurer dans l’entre soi de publics captifs et acquis (hautes autorités, audience catégorielle).

La crise sanitaire, qui a éloigné les publics traditionnels des cérémonies, a par ailleurs accentué ce risque d’un repli sur soi mémoriel. L’enjeu pour le ministère des armées est ainsi celui de la réappropriation par le grand public des commémorations.

Il apparaît désormais nécessaire d’aller à la rencontre de nouveaux auditoires, de s’adresser et d’expliquer notamment aux jeunes générations les sujets mémoriels, selon des codes et formats plus en prise avec notre époque et conformes aux orientations recherchées en matière de politique mémorielle. Renouveler l’acte commémoratif permet de lui redonner du sens afin de marquer la force d’adaptation de la mémoire et d’accompagner son rayonnement.

Cette implication passe d’abord par un effort didactique de la part de notre institution pour présenter les cérémonies et en expliquer le sens et l’actualité, le rythme et la solennité, mais également leur résonance contemporaine et les valeurs qu’elles célèbrent. L’objectif consiste à ancrer la mémoire combattante dans le XXIe siècle et à en accompagner les développements, dans le respect des règles qui président à ces moments d’hommage, de célébration et de souvenirs.

Le recours au numérique

C’est ainsi que des outils et rendez-vous numériques ont été mis en place pour favoriser une participation citoyenne aux commémorations et au travail de mémoire. L’outil numérique a tout d’abord été mis au service de la pédagogie mémorielle.

Les grands anniversaires commémoratifs et journées nationales font désormais l’objet d’espaces virtuels commémoratifs dédiés sur le site Internet www.cheminsdememoire.gouv.fr, proposant des ressources documentaires, audiovisuelles et pédagogiques, et invitant l’internaute à une lecture didactique et mémorielle de la cérémonie.

Par ailleurs, afin d’élargir la commémoration à de nouveaux publics mais aussi d’en éclairer le sens, a été engagée à partir de 2020 la retransmission en direct de certaines cérémonies commémoratives sur les réseaux sociaux du ministère des armées.

 

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Captation et retransmission en direct sur les réseaux sociaux de la cérémonie du 70e anniversaire de la participation du bataillon français de l’ONU à la guerre de Corée,
Paris, 18 mai 2021. © Maurice Bleicher

 

Inauguré à l’occasion de la cérémonie à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France le 19 juillet 2020, le dispositif a été reconduit à l’occasion de la cérémonie commémorant le 150e anniversaire de la guerre franco-prussienne à Gravelotte le 30 août, puis lors de la journée nationale d’hommage aux harkis le 25 septembre.

Afin de créer les conditions d’un engagement du plus large public et de toucher un maximum de personnes, ce dispositif est désormais appelé à se pérenniser en l’étendant à d’autres cérémonies et à se consolider.

C’est ainsi que la transmission de la cérémonie commémorative du 70e anniversaire de l’engagement du bataillon français dans la guerre de Corée, tenue le 18 mai 2021, a été rendue plus dynamique et didactique grâce à une présentation par un animateur et à la diffusion d’interviews de l’Ambassadeur de la République de Corée, d’anciens combattants et de responsables associatifs.

Un autre enjeu consiste à davantage associer nos concitoyens et la jeunesse à ces gestes commémoratifs. Ainsi, la ministre déléguée auprès de la ministre des armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants, a souhaité lancer un appel à projets "Commémorer autrement". Il visait à soutenir des projets créatifs et innovants, favorisant et promouvant la culture de l’engagement, et permettant de s’adresser au plus grand nombre. Cinq lauréats ont ainsi été reçus à l’Hôtel de Brienne le 20 juillet 2021 et bénéficieront d’un soutien du ministère des armées.

 

La Rédaction